‹ CommentairesChapitre 97 sur 126 · PRISE D'ARMES · texte numérisé non relu

PRISE D'ARMES

pût joindre avec M. de Madaillan, à cause du passage de la rivière d'Aiguillon, où il n'y avait que deux petits bateaux ; et comme nos gens arrivèrent à Eymet, il n'y avait que trois ou quatre heures qu'elle était partie en hâte droit à Bergerac. Le sieur de Pilles lui était venu au-devant avec soixante ou quatre-vingts chevaux, et ainsi elle passa la Dordogne. Je pris tant de peine à faire mes dépêches jour et nuit, pour avertir tous les capitaines et sieurs du pays de prendre les armes, n'étant encore bien guéri de mon catarrhe, que je tombai de nouveau en une extrême maladie. Tout le monde croyait que je n'en échapperais jamais; je n'en pensais pas moins, car je fis mon testament, ce que je n'avais jamais fait pour maladie ni blessure que j'eusse eue : en tant de maladies et blessures que j'ai eues, je n'avais soin que de mes armes et chevaux; mais lors, pensant mourir, je songeais à tout; ce qui plus me tourmentait, était de laisser le pays en tel état, et mon roi. Pendant ma maladie, je fis dresser trente enseignes de gens de pied au chevalier mon fils. La levée fut si prompte que les capitaines ne purent recouvrer des soldats pour le tiers de leurs compagnies, et d'autre part presque tous ceux que M. de Saincthorent en amena aux seconds troubles étaient demeurés en France parmi les régiments, et une partie des capitaines.

Étant encore en l'extrémité de ma maladie, M. de Joyeuse, qui était vers Montpellier, m'avertit que les Provençaux avaient passé le Rhône, et que

260 COMMENTAIRES DE MONTLUG

M. (TAssier les était allé recueillir vers Uzès ; qu'ils n'étaient que 5 ou 6000 bélîtres (c'était le mot de sa lettre), conduisant femmes et enfants avec eux, et que facilement je leur empêcherais le passage, s'en allant rendre en Saintonge à M. le prince de Condé et à M. l'amiral, lesquels déjà y étaient arrivés; aussi la reine de Navarre avait pris ce chemin, comme en lieu de sûreté et où ils avaient beaucoup de moyens, et le pays à leur dévotion. 11 me fat mandé de la cour que le roi avait dépêché M. de Montpensier pour venir recueillir les forces de la Guyenne et de Poitou ; de quoi j'étais bien aise, m'assurant bien que si nous étions avec lui, nous combattrions. Le jour même que je sortis du lit, relevé de ma grande maladie, je m'acheminai droit à Gahors, menant un médecin et une litière après moi : j'avais plus besoin de cela que d'un cheval d Espagne ; et ainsi me traînai jusqu'à Gastelnau de Montratier, cinq lieues près de Gahors, pour nous assembler tous là. Il y arriva MM. de Gondrin, de La Valette, de Sainte Colombe, qui amenait vingt-cinq hommes d'armes ou archers de la compagnie de Monsieur, qui était de ce pays ; le lieutenant et enseigne de M. de Montpezat, qui en avait quelques-uns de M. le marquis de Villars ; M. du Masses, avec sa compagnie, et la mienne, qui pour lors était de soixante hommes d'armes. Je demeurai quatre ou cinq jours à Gastelnau, où je commençai un peu à me remettre, et là je reçus lettres de M. des Gars qu'il se venait joindre à moi

Page 1