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PRISE D'ARMES

avec sa compagnie et une compagnie de chevauxlégers qu'il avait faite, et le vicomte de Limeuil avec sa compagnie, et une compagnie de chevauxlégers, et quelque noblesse qu'il avait avec lui de Limousin et Périgord : j'en avais aussi quelques-uns dans la troupe de M. des Cars et dans la nôtre. Nous jugeâmes au rapport de notre maréchal de camp, qui était M. de La Chapelle-Lozières, lieutenant de M. de Biron, que nous pouvions être au plus quatre cents salades ; et quant aux gens de pied, en toutes les trente enseignes il n'y pouvait avoir que 1800 hommes pour combattre, bons ou mauvais. Et passant le pont à Cahors, le chevalier de Montluc fit la revue de ses gens, et en cassa trois ou quatre cents qui ne servaient que pour piller le pays; il ne lui en demeura que 1800. Il lui en venait toujours quelqu'un, car les capitaines avaient laissé derrière leurs lieutenants, qui en assemblaient toujours. Nous marchâmes droit à Cahors, là où je demeurai douze jours, et le camp aux environs. Je reçus ^ettres encore de M. des Cars, qui m'attendait vers Souillac, et aussi de M. de Joyeuse, m'avertissant par celle-ci que les ennemis s'acheminaient toujours au long de la montagne vers Rodez. Et ainsi nous partîmes, et en deux jours nous en vînmes à Souillac.

Là je reçus lettres de M. l'évêque de Rodez, de MM. de Lestang, fils aîné de M. de Cornusson, et de Saint-Yensa, toutes d'une même teneur, qui était qu'ils les avaient reconnus, et qu'ils n'étaient que

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cinq ou six mille coquins,ayant leurs femmes etenfants avec eux, tout de même sorte que M. de Joyeuse nous avait mandé. Et parce que tant de gens de bien nous donnaient cet avertissement, surtout M. de Joyeuse, qui me mandait les avoir fait reconnaître par gens de bien, et les autres par eux-mêmes les avaient reconnus, nous pensions tous que cela fût ainsi. Voilà ce que c'est que de faire reconnaître ou de reconnaître soi-même ; car ces avertissements nous faillirent faire perdre, et nous fûmes plutôt conservés par œuvre de Dieu que par œuvre d'homme, combien que nous étions tous en une pensée, qui était que malaisément pouvions-nous imprimer dans notre tête que MM. le comte de Tende, de Gordes, deMaugiron et de Suze, ayant toutes les forces de Dauphiné et de Provence, eussent laissé passer le Rhône à si peu de gens en si mauvais équipage, sans les combattre (car ils étaient tous ensemble,ainsi que m'avait mandé M. de Joyeuse), ni leditsieur de Joyeuse même, qui avait assez de forces en Languedoc pour leur empêcher de son côté le passage de la rivière; car il en était à deux ou trois journées. Je ne pouvais aussi imaginer comment cette poignée de gens était si hardie d'oser traverser ainsi la France; je disais toujours : « Voilà de bien hardis et braves bélîtres ; il les faut voir : si ainsi est, nous en aurons bon marché. » L'envie que nous avions de les combattre nous faisait de l'autre côté croire que ce qu'on nous mandait était vrai, car souvent on

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