‹ CommentairesChapitre 99 sur 126 · CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

CONSEIL DE GUERRE

se persuade ce qu'on désire. En cette résolution nous faisions état de les aller combattre incontinent qu'ils s'approcheraient de la rivière de Dordogne.

Étant à Gourdon, arrivaM. de Monsallez, qui m'apporta lettres du roi, et à M. des Gars aussi, par lesquelles Sa Majesté nous mandait de nous rendre auprès de M. de Montpensier, qui était vers Poitou, pour combattre M. le prince de Gondé et M. l'amiral. Il vint fort échauffé, pour nous faire partir incontinent. Nous entrâmes tous au conseil, là où nous étions MM. des Gars et des Bories, de Saint Génies le vieux, deux ou trois autres chevaliers de l'Ordre qui étaient venus avec M. des Gars : et de notre côté étaient MM. de Gondrin, de La Valette, du Masses, de Fontenilles, de Giversac, de Sainte Colombe, de Gancon, de Brassac, de La Chapelle Lozières, de Gassaneuil, et quelques autres chevaliers de l'Ordre. J'avais renvoyé M. de Saincthorent vers Moissac, parce qu'on m'avait mandé que les vicomtes s'assemblaient pour s'aller joindre avec M.d'Assier et les Provençaux, afin de me tenir toujours averti; et faisais état de combattre ces genslà avec ce que nous étions ensemble, puisqu'ils n'étaient que cinq ou six mille bélîtres, comme l'on nous mandait. Il n'y eut un seul capitaine ni chevalier de l'Ordre qui fût au conseil, qui n'opinât d'une même voix, qui fut que M. le prince deCondé et M. l'amiral n'étaient point si novices aux armes, ni si jeunes capitaines, qu'ils ne se sussent bien

garder de combattre, sinon quand il leur plairait, vu qu'ils avaient déjà une rivière en leur faveur, qui était la Charente, et qu'ils avaient les ponts de Saintes et de Cognac pour eux ; et d'autre part, qu'ils ne se hasarderaient pas de combattre qu'ils n'eussent des gens de pied, ce qu'ils n'avaient point, s'en étant venus dénués avec trente ou quarante chevaux ; et qu'ils attendraient, avant que se mettre en campagne pour combattre, les Provençaux que M. d'Assier menait ; et que puisqu'ils nous venaient sur les bras, il nous valait beaucoup mieux les combattre nous-mêmes, que non de nous aller joindre avec M. de Montpensier, qui était loin de nous, et laisser les Provençaux derrière, en liberté de prendre en toute sûreté le chemin qu'ils voudraient au long de la Dordogne droit à Cognac ; puisqu'il ne restait point de forces en Guyenne pour les en garder. Ainsi résolurent tous qu'il les fallait combattre avant que s'acheminer ailleurs, espérant en Dieu que la victoire nous en demeurerait, puisqu'ils étaient si peu de gens. Il fut aussi supposé que lesdits Provençaux, comme ils se verraient au large, prendraient le chemin vers les vicomtes, car toutes les rivières étaient guéa^bles, et que M. le prince et M. l'amiral se viendraient joindre avec eux vers Libourne et Fronsac, car à Bordeaux n'y aurait personne pour les empêcher. D'autres disaient que comme nous penserions défendre les villes de Saintonge, nous perdrions les nôtres. Du reste il n'y eut capitaine ni chevalier

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de l'Ordre qui tînt autre opinion, sinon M. de Monsallez, qui était demi-désespéré, voyant qu'il ne pouvait mener le secours, comme il s'était promis qu'il ferait. Et comme il vit notre résolution, il se départit de nous; je ne saurais dire où il alla : une chose sais-je bien, qu'il était îort en colère. Il dépêcha promptement son frère devers le roi, et, à ce que j'ai été averti depuis, il me chaussa bien les éperons envers Leurs Majestés, disant que j'avais converti tous les capitaines à faire cette réponse. A la vérité cette réponse lui était bien à contrecœur; car il eût bien voulu montrer au roi et à la reine qu'il avait grand crédit en Guyenne d'avoir mené ce secours où il y avait tant de braves capitaines, pour toujours avoir plus de crédit et de faveur auprès de Leurs Majestés, aux fins d'obtenir ses demandes, qui étaient si épaisses que jamais le roi ne lui fit bien en l'une main qu'il n'ouvrît l'autre pour en demander toujours davantage. Je dirai cela, que jamais les rois de France ne firent tant de bien à gentilhomme de la Guyenne comme le nôtre avait fait à lui; car il lui donna pour un coup deux évêchés, deux abbayes, et d'argent plus de cent mille francs : et ce néanmoins il ne demeura jamais content. Et je dirai une autre chose, que, quand même tous les capitaines se fussent résolus d'aller trouver M. de Montpensier, il n'en y avait un seul qui eût voulu y aller avec lui : ils le montrèrent bien après, car personne ne le voulut suivre lorsqu'il fut près de Monsieur, mais bien

M. de La Valette, qui n'était pas la moitié si favorisé qu'il était, mais il savait mieux ce qui était du fait de la guerre. Je ne dis pas que le sieur de Monsallez ne fût brave gentilhomme de sa personne, mais il se faut mesurer et avoir fort sué sous le harnais avant de faire le grand capitaine et le gouverne-tout.

Après ce conseil, tenu à Gourdon, s'étant le dit sieur de Monsallez départi de nous, arrivèrent nouvelles de l'évêque de Cahors, son oncle, qui nous mandait que le camp des Provençaux était arrivé à trois ou quatre lieues de Cahors, et qu'il nous priait pour l'honneur de Dieu que nous allassions secourir la ville, car ils attendaient les ennemis le lendemain matin. Et avant que nous partissions de Souillac, il passa un que je ne veux nommer ici» par crainte que s'il était en vie il fût tué ; il portait une lettre de la reine à M. des Gars, lui mandant que le plus secrètement qu'il pourrait il fît passer cet homme, lequel elle envoyait au camp des Provençaux pour découvrir le nombre qu'ils étaient. M. des Gars me le vint dire, et me mena à son logis, dans un cabinet où il l'avait caché. Et comme je fus là, il me dit la charge qu'il avait de la part de la reine, et arrêta avec moi que, si je lui voulais bailler un homme en qui je me fiasse, et qui sût biennombrer les gens, qu'il lui ferait montrer tout leur camp ; non pas qu'il s'amusât à les compter, car il fallait qu'il jouât un autre personnage, mais qu'il lui ferait voir tout à son aise leur

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