‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 20 sur 130 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le goaTernenr arrire a rAnomption.

Le gouverneur acquit , par FEspagnol nouvellement arrivé , la certitude de la mort de Juan d'Ayolas , de ses compagnons et des autres chrétiens. Il reconnut donc l'absolue nécessité où se trouvaient ceux qui étaient à TAssomption de recevoir des secours. Sachant

aussi que Ton avait quitte le port de Buénos- AyreSy où il avait ordonné au vaisseau amiral de se rendre avec les cent quarante personnes restées à Sainte-Catherine , il fut persuadé du grand danger où ces gens seraient en trouvant le pays abandonné par les chrétiens et rempli d'une multitude d'ennemis. En conséquence, il se décida, pour porter de prompts secours à ceux de TAssomption et être utile aux Indiens alliés , sujets de sa majesté y à marcher dans Tintérieur du pays avec la plus grande diligence en traversant un nombre considérable de villages de la nation guarani. Ces naturels, ainsi que beaucoup d*autres bien plus éloignés de sa route , venaient pour le voir, portant des vivres , car, ainsi que je l'ai dit , le bruit des bons traitements et des présents qu'il faisait se répandait partout, et les Indiens arrivaient pleins de joie et d'intentions amicales. Ils amenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants, ce qui prouve la confiance qu'ils

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avaient en lui et dans ses gens, et ils servaient de guides.

Tous les naturels des villages par où Ton passa en faisant cette reconnaissance du pays avaient des maisons de paille et de bois. On vit parmi eux beaucoup dlndiens de l'Assomption, qui, l'un après l'autre, vinrent parler au gouverneur en castillan, lui disant qu'il était le bien venu; ils faisaient le même compliment à tous les Espagnols , et se mon* trèrent très-contents de son arrivée. Ces gens, par leurs manières, faisaient voir qu'ils avaient vécu avec des chrétiens. Comme les naturels savaient qu'Alvar-Nunez et ses gens voulaient se rendre à l'Assomption, ils ouvraient les chemins, et les rendaient praticables. Ils se rangeaient en ordre avec leurs femmes et leurs enfants, et comme en procès-' sion, pour attendre l'arrivée du gouverneur, tenant dans leurs mains de nombreuses provisions, des fruits, du mais, du pain, des pata^ tes, des poules, du poisson , du miel et de la

viande de cerfs tout apprêtée qu'ils donnaient et distribuaient généreusement aux Espagnols. En signe de paix et d'amitié , ils élevaient les mains » et ils disaient dans leur langue et souvent dans la nôtre que le gouverneur et les siens étaient les bien venus. Pendant la route ils se montraient très-sociables et causaient comme s'ils eussent été nos compatriotes ^ ou s'ils eussent été élevés en Espagne.

En voyageant ainsi, il plut à Dieu que le samedi 1 1 du mois de mars de l'année 154^ , à neuf heures du matin, le gouverneur et ses gens arrivassent à l'Assomption , où ils trouvèrent les Espagnols qu'ils allaient secourir.

Cette ville est bâtie sur les bords du Rio- Paraguay, à a5 degrés de longitude méridionale. Avant d'y entrer, les capitaines et les autres habitants vinrent recevoir Alvar-Nufiez avec une joie incroyable. Ils disaient que jamais ils n'auraient espéré recevoir des secours à cause des dangers et des difficultés

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d'un voyage que personne encore n'avait fait. Le port de Buenos- Ayres, par où ils avaient eu quelques espérances de recevoir du renfort y était abandonné ^ ce qui avait encouragé les naturels à les attaquer pour les massa-crer, et de longues années s'étaient passées sans qu'aucun Espagnol n'arrivât dans cette contrée.

Le gouverneur se réjouit avec eux , les reçut avec beaucoup d'affection , et leur dit qu'il venait les secourir d'après les ordres de sa majesté. Il communiqua ses pouvoirs et ses instructions en présence de Domingo d'Irala, lieutenant du gouverneur de ladite province , des officiers, qui étaient Alonzo de Cabrera , contrôleur, natif de Loxa , Philippe deCacerés» contador, de Madrid, Pedro Dorantes , (acteur, natif de Bejar, et des autres capitaines et habitants de la province. Ces pièces leur furent lues ainsi qu'aux prêtres et aux soldats qui y résidaient, en vertu de quoi ils reçurent le gouverneur et le reconnurent

au nom de sa majesté comme capitaine général de la province. On lui remit les ^insignes des diflTérentes magistratures qu'il confia de nouveau à diverses personnes pour qu elles administrassent dans cette province la justice civile ou criminelle.

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