‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 31 sur 130 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

De Ja frayeur qn un tîgre causa aux Espagnols et aux Indiens.

Le gouverneur et son armée marchaient sur la lisière d'une forêt , lorsqu'à l'approche de la nuit un tigre vint à passer au milieu des Indiens, les épouvanta et causa tant de confusion , que les Espagnols se virent obligés de sonner la charge, et croyant que les In- 6. lo

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diens voulaient se tourner contré eux , ils les chaînèrent aux cris de Santiago ! Plusieurs naturels furent blessés dans ce tumulte , les autres s'en étant aperçus s'enfuirent dans la forêt.

Le gouverneur faillit être atteint de deux arquebusades t les balles lui passèrent trèsprès de la figure , et l'on pensa que certainement elles avaient été tirées malicieusement , dans l'intention de le tuer , et pour complaire à Domingo d'Irala , parce qu'il avait retiré à cet officier le commandement de la province.

Alvar-Mufkez, voyant les Indiens gagner la forêt, et la nécessité de mettre un terme à tout ce désordre et de réparer le mal qui s'en était suivi , mit pied à terre et se dirigea seul au milieu des bois sur les traces des Indiens. II leur cria que rien de fâcheux n'était arrivé, qu'un tigre avait caifsé tout ce tumulte , que lui et les Espagnols étaient leurs amis et leurs frères , et tous sujets de sa majesté ; de venir comme auparavant pour chasser les ennemis

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du pays ^ puisqu'ils étaient certains de réussir. Cette démarche du gouverneur près der

Indiens et les discours qu'il leur tint , firent qu'ils s'apaisèrent et sortirent des bois avee lui. Il est certain que dans ce moment criti^ que, toutes nos troupes étaient en danger de périr ; car ^i les Indiens s'étaient retirés , jamais ni eux ni leurs parents n'auraient eu de confiance dans les Espagnols. Âlvar les engagea donc à quitter la forêt, en appelant ch^ue chef par son nopi. Il calma leur IVayeur , leur dit de venir en toute sûreté , et Jeur persuada qu ils n'avaient rien à craindre* « Si les Espagnols, ajouta-t- il, ont voulu vous tuer , c'est de votre faute, puisque vous avez couru aux armes et donné à penser que vofer6 intention était de les massacrer. Croyez que la véritable cause de la terreur qui s'est emparée de tous las esprits , c'est ce tigre qui a passé au milieu de vous. Vous êtes nos amis. Réunisaea-vous donc de nouveau. Vous savez que la guerre que nous allons faire est

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dans vos intérêts, qu'on ne Tentreprend que pour vous seuls, car jamais les' Espagnols n'ont vu les Guayeur us , jamais ils n*en ont rcicu de tort , et l'expédition se fait pour que vous ne receviez d'eux aucun mauvais traitement. » Cédant à la persuasion du gouverneur, les chefs indiens revinrent encore tout effrayés , ils dirent qu'ils avaient pris l'épouvante, croyant que l'ennemi sortait de la fo-rét pour les attaquer, qu'alors ils s'étaient réfugiés vers les Espagnols pour leur demandei* du secours , ce qui avait causé tout le désordre. Les chefs s'étant tranquillisés, les autres naturels ne tardèrent pas à les rejoindre sans qu'aucun eût été tué. Quand ils ftirent réunis , le gouverneur donna Tordre que par la $uite les Espagnols marcheraient en aVant , les Indiens formant l'arrière-garde , et que la cavalerie. se tiendrait en tète des Indiens: et pour contenter ces derniers , pour leur témoigner la bonne volonté avec laquelle on mar^ chait contre leurs ennemis, et leur faire ou-

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blier ce qui venait de se passer, il fut ordonné que cette disposition serait constamment gar-dée. Si l'on n'eût apporté un remède au mal qui venait d'avoir lieu, les Espagnols qui habitaient cette province, n'auraient pu s'y maintenir ni subsister et il aurait fallu absolument l'abandonner. On marcha ainsi jusqu'à deux heures après le coucher du soleil , et toute Tarmée s'arrêta pour souper sous les arbres avec les vivres que l'on avait apportés.

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