‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de Vaca (volume 2)Chapitre 32 sur 130 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

L« goaremeiir et ion armée atteignent Tennetti.

La nuit , à onze heures , lorsque les Indiens et les Espagnols se furent reposés sans feu m lumière dans la crainte d*étre aperçus par lès Guayeurus , un des espions, qui était allé reconnaître les ennemis d'après les ordres du gouverneur, vint dire qu'il les avait laissés

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établissant leur village. Cette nouvelle fut un sujet de Joie pour Gabeca de Vaca , car il craignait que ces Indiens n'eussent entendu les arquebusades au moment de Téchauffouréede la veille. Il fit demander à Tespion où ils s'étaient arrêtés : cet homme répondit que c'était à trois lieues de là. Le gouverneur ordonna donc de lever le camp, et toute l'armée se mit en route en marchant trè&doucement afin de tomber sur Fennemi a la pointe du jour, ce qui était nécessaire pour la sûreté des Indiens nos alliés. Il leur donna pour signe de ralliement une croix de craie dessinée sur la poitrine et sur les épaules, afin que les Espagnols les reconnussent et ne les tuassent pas en les prenant pour des Guaycurus. Ce* pendant cette précaution pour leur sécurité ne leur fut pas utile quand ils entraient dans les maisons pendant la nuit, et l'on blessa et Ton tua les amis comme les ennemis.

Nous marchâmes jusqu'à l'aube du jour; alors nous atteignîmes les habitations des enne-

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mis. On attendit que le jour eut paru pour commencer l'attaque. Afin de ne pas être entendu , le gouverneur ordonna que Ton emplit d'herbes la bouche des chevaux jusqu'au mords pour les empêcher de hennir; puis, afin d'éviter un trop grand carnage y les Indiens reçurent l'ordre d'entourer le village et de laisser une sortie par où l'ennemi pût fuir dans la foret.

Tandis qu'on était ainsi dans l'attente, les Guaranis se mouraient de peur, jamais on ne put jMirvenir à leur faire attaquer les Guaycurus. Pendant que le gouverneur les priait et cherchait à les persuader, on entendit les tambours des Guaycurus : ils chantaient et appelaient toutes les nations , leur disant d'o* ser les combattre , qu'ils étaient peu nombreux , mais plus braves que tous les autres peuples du monde , et maîtres de la terre , des cerfs et de tous les autres animaux des champs , qu'ils étaient seigneurs des nvièi*es et des poissons. C'est la coutume de cette na-

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tïan de veiller toutes les nuits : un peu avant le jour \h se portèrent éti avant , de touchèrent sut le sol et virent la masse de l'ar* méeetles mèches des arquebusiers. Dès qu'ils eurent aperçu toute cette multitude et la lumière des mèches ils s'écrièrent: Quiêtes-^ousy vous qui osez venir dans nos demeures ? Un chrétien qui savait leur langue lui répondit : Je suis Hector ( c'était le nom de cet interprète ), et je viens avec les miens pour fiiire le troc ( ce lùot ibnalem* langue signifie vengeance) des Bâtâtes que vous avez tués. « Vous êtes les b^és-mal venus, reprirent-ils, et il vous arrivera ce qui leur est arrivé. » Ayant fiai de parler , ils laneèreût aux Espagnols les tisons qu'ils avaient à la main, coururent à leurs maisons, prirent leurs arcs , leurs flèches , et retournèrent contre le gouverneur et son armée avec tant d'impétuosité et de courage qu'ils semblaient n'en tenir aucun compte. Les Indiens que le gouverneur avait avec lui lâchèrent pied et se seraient enfuis s'ils avaient osé.

GeluM!! s'en étant aperçu , confia le comiuandément de rartillerie à don Diego de Barba : le capitaine Salazar fut mis à la tête de Tinfanterie espagnole et des Indiens partagés en deux corps. Il fit mettre les poiti*ails garnie de clochettes aux chevaux » et la troupe s'étant rangée en bataille , se précipita sur les ennemis, aux cris de Santiago I Le gouverneur en tète sur son cheval renversait tout ce qui se trouvait devant lui. Aussitôt que les ennemis aperçurent les chevaux qu'ils n'avaient jamais vus , ils en furent si épouvantés , qu'ils s'enfuirent dans les forets le plus vite qu'ils purent. En passant par leur village , ils incendièrent les maisons, et comme elles sont faites de nattes de jonc et de paille , elles s'enflammèrent à l'instant : elles étaient au nombre de vingt et faciles à transporter ; chacune avait cinq cents pas de long. Cette peuplade • comptait qua^lre mille hommes de guerre. Ils se retirèrent derrière les maisons qui brûlaient « et à la faveur de la fumée ils tuèrent-

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deux chrétiens et coupèrent la tête à douze Indiens qu'ils emmenaient avec eux. Ils se servent pour cela de trois ou quatre dents d'un poisson nommé palome ta, qui coupe les hameçons avec ses dents. Ils tiennent les prisonniers par les cheveux , et en deux ou trois coups qu'ils donnent en ft'ottant sur le cou et en le tordant un peu , ils parviennent à lui couper la tête et ils' Fenlèvent par les cheveux. Quoique souvent ils fassent cette cruelle opération en courant, elle est aussi facile pour eux que si c'était une chose qui offrit beaucoup moins de résistance.

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