CHAPITRE LXVIII
Le goaTemeiir enroie un brigantin monté par le capitaine Rifaera pour dtfooimv la ririère des Xarajet.
Gabcça de Vaca ayant expédié le capitaine Gonzalo de Mendoce , d'après l'avis du clergé , des gens du roi et des capitaines , cet oflScier partit le i5 décembre de la même année, avec cent vingt chrétiens et six cents Indiens tireurs d'arcs , nombre
38a COMMEMTAIRBS
suffisant pour une expédition beaucoup plus considérable. Les naturels du port des Rois - donnèrent avis au gouverneur, qu'en remontant le fleuve Yguatu , les brig^ntins pour^ raient transporter les troupes au pays des Xarayes , que les eaux commençaient à croître , et que ces bâtiments navigueraient bien fhcilement : ils lui dirent aussi que les Xarayes et d'autres Indiens , qui vivent sur le bord de cette rivière, possédaient beaucoup de vivres, et que , dans cet endroit même , il y avait d'autres cours d'eau très-rapides qui venaient de l'intérieur et se jetaient dans la rivière Ygnatu. On y trouvait , suivant eux, de grands villages d'Indiens bien pourvus de vivres. Désirant faire explorer les parties inconnues 4^ cette rivière , le gouv^rn^vir epvoya le capitaine ISerqando de Ribftr^» avec cinqiiantei* deux homm^3 et uq brig^ntin, Ils devaient remonter la, rivière jusqu'i^u village 4^ Xa^ rayes, parler à leur chef, s'infornpier de çelw qui ét^t Ip plus «vfljit, pifi» all^ voir «e
DB CABBÇA DB YACA. 3ft3
denûep et l'observer eu personne. Us n'avaient la permission de débarquer ni lui ni qui que ee flit de sa troupe. L'interprète seul et deux autres personnes devaient chercher à voir les ri* verainsi traiter aveo eux, leur faire des pré* sents et des propositions de paix. Le gouver-* neur, pour ètrebien informédece que renferme le pays, chargea le capitaine d'instructions et de nombreux présents ; et il lui dit de vive voix ce qu'il était nécessaire qu'il fit pour le service de sa majesté et le bien du pays. Hernando de Ribera mit k la voile le ao de décembre de la même année.
Quelques jours après son départ , le oapi«» taine Gonn^lo de Mendocc écrivit qu^audsitèt arrivé au village des Indiens Arianicosis , il avait expédié un interprète pour leur dire qu'il venait chez eux les prier de lui vendre de^ vivres 4 qu'il les payerait en marohan*dise3 dont ils seraient très-satisfaits , en col** liers , ep couteaux , en coins de fer , choses qu'ils estiment beaucoup , et qu'il leur donud-^
384 COMIIENTAIRBS
rait une grande quantité d'hameçons. L'interprète emporta ces marchandises pour qu'ils les vissent et qu'ils connussent qu'on ne venait pas pour leur faire tort , et que l'on ne voulait rien prendre de force ; mais il ne tarda pas à revenir en fuyant devant les Indiens qui étaient accourus pour le tuer. Us avaient lancé une nuée de flèches , en disant qu'ils ne voulaient pas que les chrétiens vinssentchez eux, qu'ils refusaient de rien leur donner , et voulaient même les tuer tous; que lesGuaxarapos, nation très-belliqueuse , étaient venus leur prêter main-forte. Ces derniers, ajoutaient-ils, avaient tué un grand nombre de chrétiens , et proclamaient que les Espagnols avaient le crâne tendre, et qu'ils n'étaient pas forts. Gonzalo de Mendoce envoya de nouveau le même interprète pour les prier et les sommer de leur donner des vivres. Il avait expédié avec cet homme quelques Espagnols , pour voir ce qui se passait. Tous ces gens revinrent chassés par les Indiens : ils dirent que ces na-
DB CABEÇA DE TAGA. 385
turels avaient marché contre eux à main ar-* mëe j qu'ils avaient lancé une grande quantité de flèches^ en leur criant de quitter le pays, qu'ils refusaient de donner des vivres. Le capitaine s'avançadonc avec sa troupe pour les soumettre. Quand il fut arrivé prés de leur village ^ tous les Indiens marchèrent à sa rencontre en tirant une nuée de flèches , et ils cherchèrent à tuer les Espagnols sans vouloir les entendre et sans vouloir les écouter. Cest pourquoi , dans Fintérèt de leur propre défense , les nôtres tuèrent deux naturels à coups d'arquebuse. Les ennemis layant vu s'enfuirent dans les forêts. Les Espagnols se portèrent ensuite aux maisons, où Ton trouva une grande quantité de vivres, du mais, des mandubies, des plantes, des racines , et d'autres aliments.
Sans perdre de temps , Gonzalo de Mendoce envoya un Indien qu'il avait fait prisonnier, pour dire aux autres naturels de revenir
chez eux , promettant de les traiter en amia* 6. 25
386 COMMBNTAIIIES
et de paj)er les vivres qa'oii leur avait pria lorsqu'ils s'ëtaient enfais. Us ^y refusé* rent^ reccnlimencèrent lesiiostili tés, établirent un camp , fortifièrent leurs maisons , et même ils an brûlèrent une grande partie» Ces gens sa coalisèrent avec un nombre considérable de peuplades indiennes pour tuer les Espagnols; eux-mêmes le disaient , et ils né cessaient de venir faire aux nôtres tout le mal possible. Le gouverneur envo;^ Tordre au capitaine dé fidre tous ses efforts pour rameoer les In<* diens chez eux; il lui enjoignit de tïe pas permettre que Ton fit aucun mal àees naturels , de payer toutes les provisions qu'on avait prises, de les pacifier ^ et d'aller cher* cher des vivres d'un autre côté. Le capi« taine flt^ bientôt savoir qu'il les avait envoyé appeler et leur avait donné toute sûreté pour qu'ils revinssent chez eux protestant qu'il les regarderait comme ses amis, qu'il ne leur ferait pas de mal, qu'il les traiterait bien ; mais ils s'v étaient refusés , et avaient ieon*
D£ CABBÇA DE YACA. 387
tinué les hostilités , nous faisant tout le tort possible , conjointement avec les Guaxarapos et les Guatos , nos ennemis, avec qui ils s'estaient ligués.