CHAPITRE XVII
Be la paix que le gouremeur contracta avec les Indiens
Agazes.
Sur les bords du Rio-Paraguay habite une nation dlndiens, nommée jàgazes; c'est la plus redoutée de tout le pays. Outre qu'ils sont vaillants et aguerris , ils sont très-perfides. Sous prétexte de traiter de la paix, ils ont commis de grands ravages, tué nombre
d autres naturels et même beaucoup des leurs , afin de se rendre maîtres de tout le pays ; de sorte que l'on s'en méfie. Leur taille est gigantesque ; ils vont en course sur le fleuve dans des canots I s'apostent sur le rivage pour pil^ 1er les Guaranis , leurs plus grands ennemis. Ils vivent de poissons et de gibier, et ne culti-* vent pasla terre.Ils ont coutumede prendre des. Guaranis y de leur lier les mains et de les enlever dans leurs embarcations; puis ils se rerident chez eux et leurs parents viennent à leur rencontre. Ils frappent lès prisonniers devant leurs pères, leurs fils, leurs femmes et leurs parents, et leur disent qu'ils les engrais- , sent pour les tuer ensuite. Ils emportent autant de vivres qu'ils en peuvent charger dans leurs canots; puis ils retournent chez eux en emmenant les captifs. Ils font fréquemment ces expéditions* Il est rare qu'ils échanga;it ceux qu'ils ont pris. Quand ils sont fatigués de les garder dans leurs canots et de les battre 9 ils leur coupent la tête y et la placent sur
des pieux plantés au bord du fleuve. Avant l'arrivée du gouverneur, les Espagnols avaient combattu contre ces Indiens; ils en avaient tué un grand nombre, mais ils avaient fini par &ire la paix avec eux. Les Âgazes, suivant leur coutume, violèrent ce traité , maltraitèrent les Guaranis et leur enlevèrent beaucoup de vivres. Quand Cabeça de Vacavint à l'Assomption , il y avait peu de jours que les Agazes avaient commencé les hostilités et pillé certains villages des Guaranis. Chaque jour ils inquiétaient la ville et la tenaient en alerte. Les principaux chefs des Agazes , ayant appris l'arrivée du gouverneur (on les nommait Abacoten y Tahor et Alahos) , vinrent dans des canots, accompagnés d'un grand nombre des leurs; ils se présentèrent au gouverneur, et lui dit'ent qu'ils venaient faire acte de soumission à sa majesté et contracter amitié avec les Espagnols ; que si , jusqu'à présent , ils n'avaient pu maintenir la paix , c'était la faute de
quelques jeunes fous très - audacieux , qui, 6. ^ 8
Il4 COMMENTAIRES
sans leur permission, se mettaient en campasne.et donnaient à penser que les chefs rompaient les conditions de la paix ; que d'ailleurs ces jeunes gens avaient été punis. Ils prièrent le gouverneur de les recevoir, et demandèrent à faire une alliance avec nous, promettant de la maintenir. Ils parlèrent ainsi en présence du clergé , des religieux et des officiers de sa majesté. Alvar-Nunez les accueillit avec beaucoup d*amitié , et leur répondit qu'il consentait avec plaisir à recevoir les Agazes comme sujets du roi et amis des chrétiens , pourvu qu'ils ne violassent plus les traités comme par le passé. Il les avertit qu'autrement il les regarderait comme des ennemis mortels , et qu'il leur ferait la guerre* C'est ainsi que la paix fut conclue , et ces Indiens restèrent amis des Espagnols et des Guaranis. Le gouverneur ordonna de les bien traiter à l'avenir, et de leur fournir des vivres.
Les conditions du traité de paix furent les suivantes :
Les chefs des Agazes que nous venons de nommer, et les autres Indiens de cette nation, devaient venir tous ensemble , et non par troupes séparées, lorsquils descendraient le Bio-Paraguay pour entrer sur les terres des Guaranis jusqu'à l'Assomption* lijiàllait que ce fût en plein jour, et non de niiit, et cela sur l'autre rivé , et non pas du coté où lés Gùaninis et les Espagnols avaient leurs étaBIiâsements et leurs cultures. Ils rie devaient ni ravager le pays, ni continuer la guerre qu'ils avaient contre les Guaranis^ ni leur causer aucun mal ni dommage, parce qu'ils étaient sujets de sa majesté. Ils promettaient de mettre à l'ancon et de rendre des Indiens de cette nation pris pendant la paix , parce que c'étaient des chrétiens, et que leurs parents étaient dans la désolation. Ils ne devaient pas inquiéter les Espagnols et les Guaranis qui allaient pêcher dans ce fleuve ou chasser dans l'intérieur, ni leur apporter aucun empêchement. Les femmes , les filles et parents des Agazes
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qui s'étaient convertis, devaient être libres de persévérer dans leur sainte œuvre , et ne seraient pas forcés de quitter leur pays. Ces clauses étant observées, on les regarderait comme des amis; et, si quelques-unes ne l'étaient pas, on marcherait contre eux. Ces conditions et ces ordres ayant été compris , les Agazes promirent de les respecter. Ainsi fut stipulée la paix , et ils jurèrent obéissance.