‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 58 sur 91 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Gomment Juan de Ayolas fût tnë ayec ses compagnons aprii

aToir dëbarqnë dans ce port.

Le I û Mtbbre , on arriva ati port de la Can" delaria (de la Chandeleur), (|ui fait partie du territoire des Pàyaguas. Le capitaine Juan de Ayolas avait fait son entrée par ce port , suivi des Espagnols qu^il commandait. Il y laissa pour l'attendre jusqu'à son retour,

Domingo dlrala, avec les brigantins qu'il avait emmenés; mais quand il revint il ne les retrouva plus : il les attendit pendant plus de quatre mois ; dans cet înterT^He^ il souffrit beaucoup de la famine. Les Payaguàs ayant connaissance de son extrême faiblesse et de son manque d'armes, commencèrent à le traiter avec amitié; puis ils lui dirent qu'en bons alliés^ ils désiraient mener les Espagnols dans leurs maisons pour les y nourrir. Cependant en traversant de hautes herbes ( pajona^ les ) 9 chaque chrétien fut saisi par deux In- (fieiis , et un g^aad nombre dWtres naturels armés de bâtons, leur assénèrent tant de coups sur la tête , que le capitaine Juan de Ayolas et quatre-vingts hommes furent tués , c'était le reste dçs ceat cinquaate ^u'il avait emmenés quand il pénétra dans l'intérieixr du pays. Celui qui gardait les brigautixiâ fut cause de la mort de ces ^pagnols, car il avait quitté le port et il s'était amarré plus bas.

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&i Juan de Ayoias avait trouvé ses briganttns où iFles avait laissés , il se serait em-* barque avec les autres Ëspupoiols, et les Indiens De l'auraient pas tué; mais Domingo dlrala agît ainsi méchamment , et pour que les naturels massacrassent les Espagnols ainsi que celai est arrivé , son intention était de soulever le pays comme il est évident qu'il le fit, contre son Dieu et contre son roi. Aujourd'hui encore il est en insurrection , il a ravagé toute la contrée i et depuis deux ans ils y exerce sa tyrannie.

Dans cet endroit > les pilotes prirent la hau» teur ; ils virent que le port était à Vingt^-un degrés moins un tiers. Oi» se coneerta afin de chercher un moyen pour communiquer avec les Payaguas , et pour apprendre de ces natu* relsoù étaient leurs villagjeSé Le lendemain, à huit heures du matin, sept Payaguas parurent sur les bords du fleuve; le gouverneur or-^ donna qu'un pareil nombre d'Espagnols irait leur parler avec les interprètes qu'il

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avait amenés. Cette disposition était tré^ convenable. Ils s'avancèrent donc vers ces Indiens à une distance convenable pour pouvoir s'entendre. L'interprète leur dit qu'il, était nécessaire qu'un plus grand nombre se présentassent pour traiter, parce qu'on voulait s'entretenir avec eux et stipuler des conditions de paix ; que le commandant de la flotte n'était pas venu dans une autre intention. Quand on se fut ainsi abouché avec ces gens, ils demandèrent si les chrétiens nou-^ vellement arrivés dans les brigantins étaient de la même nation que ceux qui avaient autrefois habité la contrée. Comme les Espagnols avaient été avisés , ils dirent que ce n'étaient pas les mêmes chrétiens qui étaient déjà passés dans le pays, et qu'ils n'étaient ar« rivés que depuis peu. Quand les Payaguas l'eurent appris, un d'eux s'approcha des nôtres; on le conduisit devant le gouverneur* Celui-ci lui demanda qui lui avait ordonné de venir en cet endroit : il répondit que son

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chef ayant appris larrivée des Espagnols , l'avait envoyé avec ses camarades pour savoir si c'étaient les mêmes qui s étaient déjà présentés. Il dit de la part de son maître qu'il désirait être l'ami du gouverneur , que les Payàguas tenaient en leurs mains tout ce qu'ils avaient pris à Juan d'Ayolas, qu'ils voulaient le remettre au commandant des chrétiens, afin d'obtenir la paix, et qu'on lyi pardonnât la mort de Juan d'Ayolas et d'autres Espagnols; cet officier et les siens ayant été tués pendant la guerre. Le gouverneur lui demanda par l'entremise de son interprète , quelle \pouvait être la quantité d'or et d'argent que l'on avait prise à Juan d'Ayolas et aux chrétiens. Il répondit qu'il devait y en avoir soixante -six charges que portaient les Indiens Chanés : que toute cette quantité était en plaques , en bracelets , en couronnes, en haches d'armes , et en petits vases d'or et d'argent. Cabeça de Vaca fit dire à l'Indien de

prévenir son chef, que sa majesté lui avait 6. 18

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ordonné de se rendre dans ce pays pour conti^acter la paix avec eux et les autres nations qui seraient disposées à Faccepter, qu'on leur pardonnerait les anciennes guerres , et que si son maitre désirait être ami , et r^idre ce qu'il avait pris aux Espagnols , il n'avait qu'à venir voir le gouverneur et lui parler; . car celui-ci avait grande envie de le connaître et de le bien traiter : il ajouta qu'il ferait la paix et le recevrait comme sujet de sa majesté. En signe d'amitié il lui envoya de nombreux présents. Il fit aussi beaucoup de cadeaux à l'Indien , et il lui demanda quand il croyait revenir avec son maitre.

Quoique ce chef ne soit qu'un pécheur, il gouverne cette méchante nation, qui vit de pêche. Sa tournure est imposante ; il est redouté de ses gens, qui professent pour lui un grand respect; et si quelqu'un des siens lui déplaît trop , il prend un arc et lui lance deux ou trois flèche^ : s'il le tue, il envoie chercher sa femme, lui donne un collier (urta quentà).

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et dissipe ainsi le chagrin qu'elle peut avoir de cette mort; s'il n'a pas de collier , il lui donne deux plumes. Quand il veut cracher, l'Indien le plus proche de lui tend les deux mains pour qu'il crache dedans; il a plusieurs coutumes sauvages de ce genre. Il n'existe pas sur le bord de ce fleuve de chef plus riche que lui. L'interprète répondit que son maître se présenterait le lendemain matin, et il laissa le gouverneur dans cette attente.

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