‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 6 sur 91 · I 2 AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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son administration , ont forcé leurs majestés à se séparer de lui , et à le charger de l'éducation de leur fils. C'est avec le même empressement que leurs majestés ont choisi Honorato Juan, à qui ont été confiés l'enseignement et l'instrucfion de votre altesse : lui dont la religion, les vertus et l'érudition étaient connues depuis les nombreuses années , pendant

lesquelles il a servi à la cour, et particulière-

ment pour l'éducation du roi , notre seigneur. Outre que c'est un genti]J^oinme très-connu de la maison des Juan de Xativa, et qu'il possède de grands biens héréditaires , son érudition en toute sorte de littératures est si extraordinaire , que tous les vrais savants de ce siècle , italiens , allemands , français , flamands, anglais et espagnols que l'on admire, ont donné témoignage du rare génie et des connaissances nombreuses et profohdes qu*il possède dans les letti'es grecques et latines ,

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dans la philosophie naturelle et morale, et

dans les sciences mathématiques, connaissances qu'il semble avoir acquises aux époques de Faqtiquité où elles florissaient davantage , tant on est charmé de ses écrits et de ses discours , où l'on reconnaît le vrai style des anciens, à ces qualités jparticulières que l'on ne doit attendre que de Tantiquité et de ses grands auteurs.

Il s'exprime avec tant de clarté , de perspicacité, que ceux qui l'entendent, s'ils possèdent les sciences, se retirent satisfaits, et ceux qui les ignorent , les comprennent comme si c'étaient choses communes et faciles. Aussi sa conversation est-elle fort agréable et fort utile pour quiconque Tentend : elle est riche en modèles et en profonde érudition; car, dans ses entretiens familiers, il puise dans les écrivains des faits très-clairs, qui chez eux étaient très-difBciles à comprendre. Sa science n'est

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pas moindre dans les afEures du monde ^ et,

pour agir avec prudence , il n'applique la sub<stance des lettres qu'autant qu'il y a analogie ; toutes choses que votre altesse observera pendant ses études. Déjà on peut s'en apercevoir aux progrès de votre altesse; elle a vaincu les difficultés et l'âpreté des principes, pour pouvoir être instruite par un professeur si docte ^ si prudent et si sage; et elle arrivera doucement, et saus fatigue , au plus haut degré de piété et de savoir , ce qui est nécessaire à ces royaumes.

Telles sont les personnes, telles sont les quai ités de leur cœur, et Dieu devait nous les accorder, en nous donnant votre altesse pour gui* der sa personne et son esprit, pour la former, et Torner de ces brillantes vertus, qui fferont de votre altesse un roi pieux, sage, juste, fort ami de la vérité , afiable , bon, aimab]e , ennemi de tout ce qui est contraire à ces

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qualités, et soumis à celui qui Fa créé pour de si grands royaumes et dominations.

Noiis devons tous au Seigneur des grâces in-^ finies, puisque nous voyons que la tranquillité de ces royaumes est bien assurée et fermement établie, et qu'en outre nous comprenons clairement quelle a été sa grâce et sa miséricorde envers nous en nous donnant de si grands princes , et un tel successeur pour qui il a découvert tant de nouvelles provinces, comblées de toutes les richesses de la nature, couvertes de nations et dépopulations innombrables, mais aussi privées de civilisation et de lois bienveillantes et douces, comme celles de FÉvangile que leurs majestés catholiques ne cessent de faire enseigner avec ^rtant de soin et de zèle , ayant été choisies par Dieu, comme les ministres et les instruments des prédications évangéliques dans tout l'Occident, afin qu'en accroissant le royaume du

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saint Evangile, qlles accroissent leurs royaux mes, leurs états fleurs titres, leur renommée , qu'elles ont rendue immortelle en protégeant et en répandant de nos jours la religion chrétienne dans ce monde. Quant à nous, Espagnols, nous leur serons redevables d'avoir participé à une entreprise si sainte et si méritoire. Bien que l'envie cherche à empêcher et à entraver l'accomplissement de cette œuvre utile et nécessaire , le mérite et les puissantes vertus de si grands princes nous protégeront, Dieu nous accoi^dant lia paix, le repos et la tranquillité que , sous les bons rois , il accorde toujours aux peuples avec abondance. Ainsi votre altesse héritera de royaumes pacifiés et ti^anquilles : elle pourra donc rappeler les vertus , restaurer les bonnes lettrès, et faire revivre les bonnes mœurs, par lesquelles son grand esprit semble devoir ré-^

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guer légitimement» et qui , dan& les temps de discorde , s'enfuient et s'exilent.

Quel homme n'espère pas cela de la miséricorde de Dieu, à qui nous devons de si grands

princes, et de la vertu, de là sainteté et de la magnanimité de l'empereur votre

aïeul , qui ( tel que le roi Josias dan$ Israël ) purifia t Occident des abominations et des faux sacrifices du démon , introduisit et raffermit la liberté évangélique ? Qui n'attend pas cela du roi votre père, dont la mémoire^ justement unie à celle de la trèsrchrétienne et hien heureuse reine, son épouse, entrera (comme dit l'ecclésiastique en .parlant du même roi Josieis) dans toutes lesjpotions comme un cordial^ et sera douce à toutes les bouches comme un gâteau de miel., parce que ces princes ont ramené à Dieu les anciens chrétiens d'Angle-' terre , en leur ouvrant les églises que l'aveuglement et les erreurs avaient fait fermer , se 6. 2

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servant pour cela des clefs de Tobéissance du saint père? Qui n'est pas) en droit d'attendre ce résultat de la profonde soumission que votre altesse professe, pour Dieu d*abord, et ensuite pour leurs majestés , de rattachement et du respect que vous avez pour votre gouverneur et votre précepteur, et de votre admirable esprit, dont nous voyons les fruits à cette époque si tendre et si peu avancée de votre vie, où , comme les champs au printemps ^ les esprits des autres ne portent que des fleurs; fruits aussi parfaits et aussi mûrs

que ceux produits dans les années fertiles et à la saison propice par un petit nombre d'esprits les plus éclairés et les plus élevés. Soit qu'on le voie, soit qu'on Fentende rapporter, chacun s'en réjouit vivement, et, grâce au bel avenir de votre altesse, déjà on commence à voir ces royaumes aussi riches en toutes sortes de vertus et de doctrines, que Dieu les

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