YO EL REY
(0nint bp^is son bppart brs états br ^^lanbtp (on il naquit^ b îi îimtï 1500, Sflon b stgb bf jRomf> rt où il fut iisni), apM la mort bn roi ipijilipp 0on ^m, que fiira ait pn sa jloirr : » qui arrtoa Tan 1516.
Après la mort du roi Philippe, il y eut par intervalles diverses guerres dans les États de Flandre, que nous nommons les Pays-Bas. L'une de ces guerres fut celle que l'empereur Maxîmilien soutint, de concert avec le roi Henri d'Angleterre, contre le roi Louis de France. Par la prudence, autant que par la bravoure habituelle de l'empereur (i), les Français furent vaincus, en voulant venir au secours de Thérouanne. Après la prise de cette ville, on mit le siège devant Tournay, qui, peu de temps après, se soumit également. Il en résulta que l'archiduc Charles, petit-fils de l'Empereur, se rendit à
(1) Pola prudencia como polo estorçocostumadodoEmperador.
Tournay, qui était alors au pouvoir du roi Henri, et à Lille, où il eut sa première entrevue avec le même roi, et où, entre autres choses, fut traitée et résolue son émancipation. Ceci advint en Tannée
i5io 1515, pendant laquelle il fut immédiatement reconnu pour seigneur dans lesdits États de Flandre. Peu de temps après, le même archiduc envoya des ambassadeurs au roi François de France, qui, à la même époque, avait hérité de ce royaume, par la mort du roi Louis. Ces ambassadeurs négocièrent et conclurent la paix. La même année. Sa Majesté visita une partie des États de Flandre, et tandis qu'elle faisait cette visite, arriva à La Haye, en Hollande, M. de Vendôme, envoyé par le roi de France pour ratifier cette paix. La partie de ses États, qu'il n'avait pu voir cette année, il la visita Tannée sui-
1516 vante, 1516, et il tint son premier chapitre de Tordre de la Toison d'Or à Bruxelles. Ce fut Tannée de la mort du roi catholique; et, à partir de ce moment, l'archiduc prit le titre de roi (1). A la
(1) E d'enlâô por diante o Ârchiduque (omou o titulo de Rey.
même époque, il recouvra, non sans quelque résistance, les terres de Frise. Ensuite, le roi de France, à Foccasion de son récent avènement, exprima le désir d'ouvrir d'autres négociations avec Sa Majesté (I) : ce qui eut lieu à Noyon dans le même temps et la même année. Le roi de France envoya le seigneur d'Orval ratifier ce qui avait été de nouveau convenu. Sa Majesté resta dans les Pays- 1S17 Bas jusqu'au 8 de septembre 1517, jour où elle s'embarqua à Flessingue pour l'Espagne, et elle laissa pour la première fois, en son absence, madame Marguerite, sa tante, gouvernante de ses États.
Cette même année, Sa Majesté conservant la paix faite en France et l'amilié du roi d'Angleterre (2), s'embarqua à Flessingue, ainsi qu'il a été dit, traversa l'Océan, et vit pour la première fois l'Espagne, où son séjour devait se prolonger jus-
Ci) Despois el Rcy de França descjou de IraUar de novo com Sua Majestade, por causa da nova successào.
(â) Gontinuando a paz feita em França e amizade com el Rey dinglaterra.
qu*a Tan 1520. Continuant son voyage jusquà Tordesiilas, elle alla baiser les mains de la reine sa mère, et partant de là, elle se rendit à Mojados où elle rencontra l'infant don Ferdinand , son frère, qu'elle reçut avec un grand et fraternel amour (1). Dans ce temps mourut le cardinal fray François Ximénès, que le roi catholique avait institué gouverneur de ces royaumes. Poursuivant son chemin, Sa Majesté vint à Valladolid, où elle réunit les cor tes des royaumes de Castille; et elle y fut reconnue roi conjointement avec la reine sa mère (2). En ce temps, le roi de France fit avertir Sa Majesté de certaine intention et volonté qu'il avait de faire la guerre au roi d'Angleterre, afin de recouvrer, disait-il, la ville de Tournay, qui, comme on Ta vu, avait été prise. A quoi Sa Majesté répondit conformément aux conventions qu'elle avait faites avec les deux rois. Cette réponse, bien que modérée, juste et conforme à la raison, fut interprétée de telle sorte que le roi de France en conçut du
(1) Gom grande e fraternal amor.
(2) E foi jurado por Rey jiinlamente com a Rainha sua mai.
ressentiment, et, peu après, il commença la guerre. D'autre part, le monarque anglais ne témoigna pas la reconnaissance que méritait une semblable réponse. Car bientôt les deux rois s'accordèrent et s'unirent, tenant peu compte des conventions qui avaient été faîtes entre eux et le roi catholique. Par suite de cet accord et de cette union, la ville de Tournay fut rendue aux Français (1).
1518 Dans ce temps, c'est-à-dire l'an 1518, Sa Majesté et l'infant son frère partirent de Valladolid pour Saragosse; et pendant ce voyage elle se sépara à Aranda de l'infant, qui partit de là pour s'embarquer à Sanlander, et se rendre par mer en Flandre, où il fut reçu par madame sa tante. Sa Majesté con-
(1) El Rey de França fez adverlir a Sua Mageslade de certa lençàô sua 8 Yontade que tinlia de fazer guerra ao Rey dlnglalerra por cobrar, segundo dizia, a Tornay que, como dantes se disse, fora (omada. Âo que Sua Magestade respondeo conforme os concertos, que tinha feitos com os dillos dous Reys. A quai resposla, aînda que branda, justa , e conforme a razàô, foi (omada de sorte que el Rey de França se resenlio lee pouco despoiscomeear a guerra* e Ingrez nâo levé o reconhecimenlo que a lai resposla merecia, porque logo se concerlaram e unlrao ambos, fazendo pouco caso dos concerlos , que eslavam feilos entre elles e o Rey Ga- (holico.
tinua sa route jusqu^à Saragosse, où, de la même manière, elle assembla les cortès , et fut reconnue
1519 pour roi (1).
L'an 1519, Sa Majesté tint les cortès à Barcelone, où tout se passa de même. En chemin, elle apprit la mort de l'empereur Maximilien, son aïeul; et, pendant qu'elle assistait à ces cortès, arriva la nouvelle de son élection à l'empire, que le duc Frédéric, comte Palatin, fut chargé de lui annoncer. De là elle partit pour s'embarquer à La Corogne, afin d'aller recevoir la couronne impériale (2) à
4520 Aix-la-Chapelle.
Sa Majesté s'embarqua au port de La Corogne, laissant pour gouverneur le cardinal de Tortose, auquel elle adjoignit plus tard le connétable et l'amirante de Caslille, don Inigo de Velasco, et don Frédéric Hènriquez. Ayant traversé l'Océan pour la seconde fois, elle débarqua la première fois en Angleterre, où elle eut sa deuxième entrevue avec le roi , et, malgré ce qui a été dit plus haut, une
(1) Ondeda mesma maneira ajantou cortès, e foi jurado por Rey.
(2) A primeira corôa.
alliance plus étroite (1) fut traitée et conclue avec ledit roi. De Ih elle passa dans ses Ëtals de Flandre, où elle fut reçue par madame sa tante et par rinfant son frère. Ce fut le premier retour de Sa Majesté dans ses États de Flandre : il en résulta une troisième entrevue, à Gravelines et à Calais, entre Tempereur et le roi Henri d'Angleterre. De là il partit, et continua sa route jusqu'à Aix-la- Chapelle, où il fut couronné. Puis, madame Marguerite sa tante revint gouverner les dits États de Flandre pour la seconde fois. Il y laissa aussi l'infant son frère, et tint sa première diète à Worms. Ce fut la première fois qu'il se rendit en Allemagne et sur le Rhin. Dans ce temps commencèrent à pulluler les hérésies de Luther en Allemagne, et les commnnidades en Espagne (2).
Sa Majesté, étant à ladite diète, fit appeler l'infant son frère, qui partit de là pour aller épouser la sœur du roi Louis de Hongrie, conformément à
(1) Hais particular paz.
(% Gomeçaram a pollolar as heregias de Luthero em Alemanha e as communi<la(l«s em Hespanlia*
ce qui avait été réglé par Terapereur Maximilien. Durant la même diète, Robert de la Marck commença à soulever la guerre (1). Elle eut son origine dans la réponse, mentionnée plus haut, qu'en 1518 le roi catholique Charles avait adressée de Valladolid au roi de France. Non-seulement ce roi ne put dissimuler le dépit et le peu de satisfaction qu'il en avait éprouvé, mais tout ceci alla en croissant, surtout depuis que le roi catholique fut élu empereur (2). Il fit continuellement des réclamations et des propositions si déraisonnables, et en termes si exorbitants, que l'empereur ne put les accepter ni y condescendre (3). Pour ce motif, et pour d'autres pratiques et d'autres intelligences que le roi de France entretenait en Italie, et en Espagne avec les communidades (4),
(1) Gomeçou a mover guerra.
(2) Daqual nâo soo mente nâopode dissiniularodesgosloe pouca salisfaçàô que tinlia, mas cada dia ia em crescimenlo, e muito mais despois que o diUo Rey Calholico foi eleilo em Emperador.
(3) E Ihe foram conlinuamente feitos requerimenlos, e postas condiçoes tàô desarrezoadas e per termos tàô exorbitantes que nâo pode oir, nem condescender nellas.
(4) Pola quai causa , e outiras pratticas e înlelligcncias que ha via em lialia, e em Hespanlia com as communidades.
commencèrent en 1521 les guerres entre Sa Majesté et le roi de France, dans lesquelles messire Robert de la Marck perdit la majeure partie de ses terres qui lui furent enlevées par le comte Henri de Nassau, alors capitaine-général de Tarmée. Ces guerres se prolongèrent jusqu'à l'an 1525. Pour ce motif l'empereur fut obligé de clore la diète de Worms. En cela il fit ce qu'il put, plutôt que ce qu'il désirait et avait résolu de faire (1), et partit ainsi pour résister à ces guerres.
1521 Sa Majesté retourna, par le Rhin, dans ses États de Flandre pour la seconde fois. A cette époque, les communidades furent vaincues en Espagne, et les Français, battus et chassés du royaume de Navarre qu'ils avaient occupé, de même qu'ils s'étaient établis à Fontarabie. Toutes ces choses furent achevées avant que l'année fût écoulée.
Dans ce temps, le roi de France envoya une armée en Lombardie. Elle assiégea Pavie, qui fut défendue par le marquis Frédéric de Mantoue, qui
(1) Mais como pode que como desejava e determinava fazer.
s'y trouvait alors. Une armée ayant été réunie, en vertu de la ligue que forma l'empereur avec le pape Léon et les Vénitiens, les Français furent chassés du duché de Milan. Prosper Golonna était chef de Tarmée de la ligue, et en vertu de la même ligue, le duché de Milan fut donné au duc François Sfprza.
Dans le mêipe temps, selon l'ordre de l'empereur, la ville de Tournay fut assiégée par le comte de Nassau, et elle fut rendue à Sa Majesté par les Français qui Toccupaient depuis qu'ils l'avaient reçue du roi d'Angleterre au pouvoir duquel elle avait été précédemment. L'armée du roi de France 1522 tenta de nouveau en 1522 de rentrer dans le duché de Milan , mais Prosper Golonna et l'armée de la ligiie leur opposèrent une telle résistance qu'ils perdirent la bataille de la Bicoque. Elle fut suivie de la prise de Gènes.
Sa Majesté laissant pour la troisième fois à madame sa tante le gouvernement des Étals de Flandre, s'embarqua à Galais et passa pour la seconde fois en Angleterre, où elle eut sa quatrième
entrevue avec le roi. Après y être restée quelques jours, elle s'embarqua à Soulharapton, traversa pour la troisième fois rOcéan et arriva pour la seconde fois en Espagne, où elle alla de nouveau baiser les main3 de la reine sa mère, et où elle séjourna jusqu'en 1529. A l'époque même de son arrivée, le pape Adrien, qui avait été élu après la mort du pape Léon, s'embarqyait à Barcelone pour Rome. Sa Majesté continua sa route jusqu'à Valladolid, où elle tint les certes pour achever d'apaiser les dissensions passées, eq exceptant quelquesuns des plus coupables du pardon général accordé h tous ceux qui l'avaient offensé, 1523 En l'année 1523, pendant cette guerre avec la France, TEnipereur entretint certaines conimunications et certaines intelligences (1) avec le duc Charles de Bourbon, qui se tenait pour offensé de quelques injustices qu'on lui avait faites (3). Ce fut pourquoi il passa au service de Sa Majesté
(t) Teve algua communiçàô e intelligencia.
(2) quai se linha por injuriado de aigus aggravos que Ihe foram feitos.
Impériale. L'Empereur se rendant à Pampelune avec une armée afin d'enlrer en France, en donna le commandement au connétable de Gastiile don Inîgo de Velasco, qui pénétra dans ce royaume, et qui à son retour reprit Fontarabie.
1524 Cela fait, TEmpereur revint en 1824 au royaume de Tolède. Il y fut malade de la fièvre, qui le
1525 quitta au commencement de Tannée suivante 1525. En ce temps-là, le roi de France mit le siège devant Pavie, où commandait en chef Antoine de Leyva, et dans la bataille qui se donna devant cette ville, ledit roi fut fait prisonnier par le duc de Bourbon (1), capitaine-général de l'Empereur, Charles de Lannoy, son vice-roi à Naples , et don François d'Avalos, marquis de Pescaire, ses principaux capitaines. Le roi fut conduit par le vice-roi de Naples en Espagne à Madrid, où il tomba malade, et l'Empereur alla lui faire visite. Ce fut la première fois qu'ils se virent.
Tandis que l'Empereur était dans ladite ville de
(t) Pelo dantes ditlo duque de BorbDii.
Madrid, on négocia et Ton conclut avec ledit roi la paix et son mariage avec la reine veuve de Portugal, madame Ëiéonore, sœur de Tempereur. A la même époque, arriva aussi le duc de Bourbon, qui retourna bientôt à Miian, ayant été investi de cet État par Sa Majesté.
1526 En 1526, l'empereur partit de Tolède pour Séville, où il se maria. En chemin, il reçut la nouvelle de la mort de la reine de Danemark, sa sœur. Dans la même ville de Séville, vint le visiter son beau-frère, le seigneur infant don Louis de Portugal, qui accompagnait Timpératrice , sa sœur. Ce fut la première fois que Sa Majesté vit ledit seigneur infant. Dans ce même temps aussi , elle mit en liberté (1) le roi de France, en échange de deux de ses fils, conformément aux conditions des conventions faites à Madrid. Celui-ci, bientôt après, renouvela la guerre, et Sa Majesté Impériale reçut à Grenade un défi (2), en vertu d'une ligue conclue entre le pape Clément, qui avait été élu après
(1) Sollou.
(2) Foi (tesafîado.
la mort du pape Adrien, les rois de France et d'Angleterre et la seigneurie de Venise. Sa Majesté répondit à ce défi.
Dans le même lieu arriva à l'empereur la nouvelle que son beau-frère, le roi Louis de Hongrie, avait été défait par les Turcs et qu'il avait péri. C'est pourquoi Sa Majesté convoqua à Valladolid les cortès générales de tous ses royaumes de Castille, afin de s'occuper du remède à apporter à cet état de choses, et de la défense qu'il y avait lieu d'organiser contre les Turcs. Sa Majesté se trou- 1527 vait en cette ville, en 1527, quand naquit son fils Philippe, prince d'Espagne. Dans le même temps et dans le même lieu, lui parvint la nouvelle que l'armée, qu'avait levée le duc de Bourbon, était entrée à Rome, à la suite d'un assaut, où ledit duc avait été tué, et qu'elle tenait le pape Clément enfermé (1) au château Saint-Ange. Une garde avait été mise ensuite à ce château par le prince d'Orange qui , depuis la mort du duc de Bourbon , était demeuré chef de l'armée.
(1) Encerrado.
Le pape resta dans ledit château jusqu'à ce que, s'étant entendu avec l'armée (1), il fut, par ordre de Sa Majesté, mis en liberté.
A la même époque, dans la ville de Burgos, l'empereur reçut un défi des rois de France et d'Angleterre, sous le prétexte de la détention du pape Clément (2). Sa Majesté répondit entre autres choses : que ce défi n'avait plus de motif, attendu que le pape était en liberté ; et qu'il fallait moins reprocher le fait de la détention du pape à l'empereur qu'à ceux qui l'avaient obligé à lever pour sa défense tant de gens de guerre, dont il n'avait pas été bien obéi (3).
Tout ceci étant passé. Sa Majesté revint à Madrid, et elle y tint les certes des royaumes de Castille, où son fils Philippe fut reconnu (4) prince desdits royaumes.
(1) Tee que lendo se concerlado com o exercilo. (3) Sob color (la detençâô do papa Glemenle.
(3) E que linha aeonlecido de sua detençâô fora mais por culpa daquelies.o obrigaram a mandar para sua defensâô lanta gente de guerra que nâo foi bem obedecido, que por sua.
(4) Fol jurado.
iî^28 L'an 1828, Sa Majesté, se rendant à Valladolid, ressentit les premières atteintes de la goutte. Elle reçut la nouvelle qu'une armée, envoyée par le roi de France en Italie, sous prétexte de délivrer le pape Clément (qui, comme on l'a dit, était déjà libre) (1), s'était avancée pour envahir et assaillir le royaume de Naples ; qu'elle en avait déjà conquis une grande partie, et qu'elle avait mis le siège devant la capitale, dans laquelle s^était retirée l'armée qui avait été à Rome, Dans celte armée se trouvaient le prince d'Orange, don Alphonse d'Avalos, marquis du Guast, Alarcon, qui avait occupé le château Saint -Ange, et don Hugues de Moncade, qui était dans ladite ville de Naples, parce qu'il s'y était trouvé à la mort du vice-roi Charles de Lannoy ; et comme chacun prétendait au commandement supérieur, ils ne s'entendaient pas bien entre eux. Néanmoins ils firent si bien leur devoir que, avec l'aide de Dieu, ledit royaume et la capitale furent défendus, et que l'armée française
(1) Gora cor de querer livrar o papa Clemenle, o quai, como fica (liUOf eslava ja livre.
fut vaincue et mise en déroute (1). Durant ce siège, don Hugues de Moncade sortit avec quelques galères pour attaquer celles de Tescadre du prince Doria ; mais Hugues de Moncade fut tué, et la plupart de ses galères furent prises.
Sa Majesté, conformément à la résolution qu'elle avait prise, alla à Monzon tenir les cortès des trois royaumes d'Aragon. Ceci achevé, elle retourna à Madrid, où se trouvait l'impératrice qui avait donné le jour à l'infante dona Maria, sa première fille. Bientôt après, arrivèrent les députés du prince Doria qui, pour certains motifs et à cause du mauvais traitement qui lui avait été fait (2), offrait de venir au service de Sa Majesté, avec ses galères et celles qui avaient été prises devant Naples. Sa Majesté accueillit volontiers ces offres qui lui furent très-agréables et qui étaient indispensables pour le succès de ce qu'elle songeait à faire et de ce qui pouvait survenir ultérieurement (5).
(1) Rolto e desbaratado.
(S) Por algûas causas e mao Irallamento que Ihe fora feilo.
(3) quai Sua Majestade acceilou de boa vontade por este
De là, Tempereup se mit bientôt en roule pour Tolède; et dans cette ville il chargea Timpératrice de gouverner en son absence tous ses royaumes d'Espagne, d'où il avait résolu de s'éloigner, animé du désir d'imposer le meilleur ordre possible aux erreurs de l'Allemagne, auxquelles, comme il a élé dit , il n'avait pu porter qu'imparfaitement remède (1), à cause des guerres qu'on lui avait suscitées. Il voulait aussi, en résistant aux attaques dirigées sans cesse contre lui du côté de l'Italie, y ceindre en même temps les couronnes qu'il n'avait pas encore reçues, et enfin se trouver plus à même d'arrêter le Turc qui, disait-on, marchait contre la chrétienté. 1529 Par ces divers motifs, l'empereur quitta la ville de Tolède pour se rendre à Barcelone, où le prince Doria arriva aussi peu après avec ses galères. Il acheva d'y équiper et d'y mettre en ordre toute sa flotte afin de s'embarquer et d'aller,
offerecimento Ibe ser de muito goslo e necessario para o que tratlava fazer e que cada dia se Ihe podia offerecer.
(1) Po lo desejo que (inba de dar a melhor ordem que Ihe fosse possivel aos erros anlesdiUos de Alemanha que^como esta diUo, Sua Majestade deixara o remedio imperfeito.
ainsi qu'il a été dit, se faire couronner en Italie, malgré la ligue déjà mentionnée qui avait été formée contre Sa Majesté et qui, dans le même moment, commençait à se dissoudre. Car pendant qu'elle était encore à Barcelone, il y eut des négociations entre le pape Clément et Sa Majesté. Là vint la nouvelle que M. de Saint- Pol avait été défait dans l'État de Milan , et qu'il était prisonnier d'Antoine de Leyva , gouverneur de cet État. Dans le même temps , madame Marguerite, sa tante, traitait à Cambray de la paix avec madame la régente de France, mère du roi. Cela fait. Sa Majesté s'embarqua, et ayant mis à la voile avec toute sa flotte, elle passa la mer du Levant et arriva pour la première fois en Italie. Comme elle naviguait le long des côtes de France, elle ouït dire que la paix était conclue; mais elle n'en eut la certitude qu'à son arrivée à Savone. En conséquence, elle envoya de Gênes, le seigneur de la Chaulx, son sommeiller de corps, pour la ratifier. De là, elle partit pour entrer plus avant en Italie, où elle fut instruite que le Turc, ayant pénétré en Hongrie,
avait mis le siège devant Vienne et donné Tassant à cette ville : ce qui fut cause que le pape Clément et Tempereur se virent tous deux pour la première fois à Bologne où Sa Majesté ressentit sa seconde attaque de goutte. Dans le même lieu, l'empereur apprit que rimpératrice avait mis au jour son deuxième fils, Ferdinand, dont la mort lui fut annoncée Fannée suivante à Augsboui^. Afin d*être plus libre pour résister au Turc, et afin de laisser Fltalie tranquille (1), il ceignit les couronnes qui lui appartenaient (2), dans ladite ville de Bologne. Il conclut la paix avec les Vénitiens, et investit de nouveau de l'État de Milan le duc François Sforza. Après une longue guerre dirigée par le pape et Sa Majesté contre les Florentins, dans laquelle le prince d'Orange, qui déjà était vice-roi de Naples, remplit les fonctions de capitaine -général, la maison de Médicis fut rétablie dans la ville de Florence, et le duc Alexandre fut investi de cet État. Dans cette
(1) E por Sua Majestade Gcar mais livre para resistir ao Turco e por deixar Italia quieta.
(â) Suas coroas.
expédition, le prince d'Orange fut tué. Il fut remplacé dans son commandement par don Ferdinand de Gonzague, et dans le gouvernement de Naples parle cardinal Caracciolo, jusqu'à ce que Sa Majesté en eût disposé autrement.
Sur ces entrefaites, une telle résistance fut faite par le roi son frère et ceux qui étaient avec lui à Vienne, que le Turc, tant pour ce motif que parce qu'il apprit les diligences et les préparatifs qu'on faisait pour le combattre, jugea à propos de se retirer. Dans ce même temps, l'empereur demanda à Sa Sainteté, comme chose très-importante et nécessaire pour porter remède à ce qui se passait en Allemagne et aux erreurs qui se propageaient dans la chrétienté, de vouloir, (comme unique et principal remède) convoquer et assembler un concile général (1). A cet effet, Sa Sainteté nomma un légat pour assister à la
(1) Como de cousa mais principal e necessaria, o Emperador sollicilou a Sua Santilade que, para remedio da Germania e dos erros que iào mulUplicando em a Ghristandade, quisesse, como unico e principal remedio, convocare celebrar hum concilio gérai.
diète d'Augsbourg et y prendre toutes les résolutions qui sembleraient le plus propres h celte fin. 1530 Ces choses terminées, l'empereur prenant congé du pape, partit de Bologne pour se rendre à la diète qu'il avait convoquée à Augsbourg. Là vint le légat du pape pour traiter du remède desdites erreurs, et en même temps afin de pourvoir et d'obvier aux maux dont on était menacé de la part du Turc. L'empereur, passant par Mantoue et les terres de Venise, arriva à Trente, et en Allemagne pour la seconde fois. Pendant ce voyage, il rencontra le roi son frère, et ils se rendirent ensemble à ladite diète d'Augsbourg, où l'on accorda contre le Turc une bonne aide, qui plus tard fut mise à exécution à Ralisbonne. Dans ce temps, il entama des négociations (1) avec les Électeurs. Attendu que l'empereur, à cause des grands royaumes et des grandes terres, que Dieu lui avait donnés, ne pouvait prolonger son séjour dans l'empire autant qu'il le désirait et que cela était convenable (2), on traita
(1) Prattica el intelligencia.
(î) Quanto desejava e convinha.
de rélection du roi son frère comme roi des Romains. La diète terminée, ils partirent tous ensemble, et il vit pour la troisième fois le Rhin en le suivant jusqu'à Cologne. Ce fut là, (à cause de la peste qui régnait à Francfort), que se conclut, sur la proposition de Sa Majesté, Félection du roi i53i son frère comme roi des Romains. De ladite ville de Cologne, l'empereur se rendit à Aix-la-Chapelle pour couronner ledit roi. Ceci étant fait, le roi et les Électeurs se mirent à traiter de leurs intérêts particuliers, et l'empereur revint pour la troisième fois dans ses États de Flandre, afin de mettre ordre aux affaires qu'il y avait, tant par suite de sa longue absence qu'à cause de la mort de madame Marguerite sa tante, dont la nouvelle lui était parvenue quand il descendait le Rhin. Afin de mettre tout dans le meilleur ordre, il confia l'expédition et la direction des affaires à la reine de Hongrie madame sa sœur. Cela étant réglé et achevé, il parcourut ses États, et visita une partie de ses terres. Ce fut avec l'aide et en la compagnie de ladite reine, qu'il prit toutes les mesures qui lui
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parurent les plus convenables et les plus nécessaires. Entre autres choses, il tint le troisième chapitre de Tordre de la Toison d'Or, à Tournay. io32 Au commencement de cette année, l'empereur, laissant, pour la première fois, la reine de Hongrie sa sœur dans le gouvernement desdits États de Flandre, prit sa route, pour la quatrième fois, par le Rhin, afin de rentrer, une troisième fois, en Allemagne, tant pour rechercher s'il pouvait pourvoir en quelque manière au remède des hérésies qui s'y répandaient (1) que pour s'opposera l'invasion du Turc, qui se préparait, comme on en avait reçu la nouvelle, à venir avec de grandes forces détruire l'Allemagne. A cet effet, il avait convoqué une diète impériale à Ratisbonne, pour mettre à exécution ce qui avait été convenu, comme il a déjà été dit, à Augsboui^. Pendant ce voyage, se trouvant à la chasse il tomba de cheval et se blessa à la jambe ; par suite, Férysipèle s'y déclara et il en souffrit tout le temps qu'il passa à Ratisbonne. Il éprouva
(1) Por ver se podia fazer algûa cousa de proveito para remedio das heregias que liavia nella.
aussi une troisième attaque de goutte. Dans la même ville mourut son neveu le prince de Danemark.
Pendant que Sa Majesté était ainsi indisposée, on traita dans cette diète du remède à apporter aux affaires de religion, et Ton reçut la nouvelle certaine de la venue du Turc dans le but indiqué plus haut. Par ce motif, Sa Majesté, conjointement avec le roi des Romains son frère, s'adressa aux États de l'empire qui se montrèrent pleins de zèle dans l'accomplissement de leur devoir. On suspendit donc les affaires de religion, parce que le temps manquait (1), et on les laissa dans l'état où elles se trouvaient. Une telle armée fut réunie par l'empire ainsi que par Leurs Majestés l'empereur et le roi des Romains, que le Turc, qui voulait aller assiéger Vienne, où l'empereur et le roi des Romains l'avaient prévenu avec leurs troupes, ayant vu une partie des siens (ils s'étaient avancés sur plusieurs points) mis en déroute par le comte Frédéric Palatin, alors général de l'armée impériale, résolut de rebrousser chemin, et battit en
(1) Pola brevidade do tempo.
retraite près de Neustadt. En efTet, le Turc, ayant passé la Drave et la Save, retourna à Conslanlinople avec grande perle et dommage de ses gens. Dès ce moment, on commença à moins redouter ses forces (1).
Dans le même été, le prince Doria, pour opérer une diversion, alla, par Tordre de l'empereur, attaquer les possessions maritimes du Turc; il conquit la ville de Coron en Morée, où il laissa une garnison ; prit en outre beaucoup d'autres places, et fit de grands ravages.
L'empereur voyant qu'en ce moment il n'y avait plus rien à faire contre le Turc, que la saison était trop avancée pour songer à reconquérir la Hongrie, et que la peste ravageait l'armée, résolut de licencier toutes ses troupes, afin d'éviter des dépenses inutiles. Ceci se fit sans aucun désordre. Seulement les Italiens, que Sa Majesté avait résolu de laisser en Autriche pour la défense de cet État, excités par quelques mauvais esprits, se mutinèrent
('1) Que foi principio para dalli em (liante menos estimar suas forças.
sans aucun motif, et s*en retournèrent. Cependant Ferapereur, poursuivant ses desseins, se mit bientôt en route pour aller, une seconde fois, en Italie, et de là en Espagne, ce qu il avait grand désir de faire, parce qu'il y avait déjà quatre ans qu'il était éloigné de l'impératrice sa femme. Il désirait aussi, en traversant l'Italie, avoir une seconde entrevue avec le pape Clément, tant pour traiter de la convocation du concile, du remède des affaires de religion, et de la résistance à opposer au Turc, que pour assurer la paix et la tranquillité de l'Italie. Sa Majesté , continuant son chemin par le Frioul, arriva à Bologne, et vit, une seconde fois, Sa Sainteté, sans que cela produisit toutefois le plein effet que Sa Majesté espérait atteindre (1), et elle partit pour aller s'embarquer à Gènes, ce qu'elle fit peu après. 1533 L'empereur traversa, pour la seconde fois, la mer du Levant ; et abordant pour la troisième fois en Espagne, il débarqua à Barcelone, où l'attendait l'impératrice avec le prince d'Espagne et l'in-
(I) Dônde nâo resullou inleiro effeilo do que Sua Majeslade pretendia.
fanle dona Maria, ses enfanls. Âpres être reslé dans cette ville durant quelques jours, il se rendit à Monzon pour tenir lescortès de ses trois royaumes d'Aragon. Pendant qu'il y assistait, Fimpératrice éprouva de fortes souffrances, mais quand elle fut guérie, elle vint aussi à Monzon. Les corlës étant achevées. Leurs Majestés se mirent en route et arri-
1534 vèrent, Tan 1534, à Tolède. II y eut là aussi une assemblée de cortès, après quoi, Leurs Majestés allèrent à Valladolid , où Fimpéralrice accoucha avant terme d'un fils. De là, à cause de la peste qui y régnait, elles se rendirent à Palencia où l'empereur eut, ainsi qu'il put s'en assurer, une quatrième attaque de goutte. Dans la même année, il partit de celte ville pour aller à Madrid et passer l'hiver dans le royaume de Tolède. A celte époque, se résolut et se prépara l'expédition de Tunis que Barberousse, cet été même, avait conquis avec une grande armée de Turcs.
1535 Sa Majesté, laissant pour la seconde fois à l'impératrice, qui était enceinte, le gouvernement de tous ses royaumes d'Espagne, s'éloigna de Madrid et arriva
à Barcelone, afin de commencer le voyage de Tunis. A cet effet, elle rassembla dans ladite ville de Barcelone un grand nombre de navires de guerre, les uns envoyés par le roi de Portugal , son beaufrère, les autres venus de Malaga et d'autres points des côtes d'Espagne. Là arrivèrent aussi les galères d'Espagne et celles du prince Doria, général de la mer pour Sa Majesté. Lorsqu'on eut réuni tous ces navires, ainsi que les seigneurs, les gentilshommes, les nobles (1), les gens de cour et de guerre, de mer et de terre, l'empereur s'embarqua, pour la troisième fois, à Barcelone , afin d'aller à Tunis, et il passa la mer du Levant, pour la troisième fois. Tandis que l'empereur était occupé de ces choses, l'infant don Louis de Portugal, son beau-frère, ayant appris que l'expédition qu'allait entreprendre Sa Majesté, était dirigée contre les infidèles, voulut y prendre part, comme prince chrétien et doué d'un grand courage (2). Il vint donc en poste, avec plusieurs des principaux person-
(1) Os scnhores, genlizliomés el fidalgos.
(3) Como principe chrislad e de grande animo.
nages du royaume de Portugal, dans la même ville de Barcelone, où l'empereur se trouvait. Ce fut la seconde fois qu'ils se virent. L'empereur le reçut et le traita, pendant toute la durée de l'expédition, comme un frère doit traiter son frère (1), et le mieux qu'il lui fut possible.
Tous les préparatifs étant achevés, ils s'embarquèrent au printemps; et ayant mis à la voile, ils furent forcés par le mauvais temps de diriger leur route par Mayorque, où l'empereur arriva, pour la première fois, avec toute sa flotte, et puis par Minorque, où il arriva aussi pour la première fois. De là portant le cap sur la Sardaigne , où il toucha également pour la première fois, il y trouva tous ses gens de mer et de terre , qui s'y étaient rendus sur des galères et sur d'autres bâtiments, afin que les deux flottes s'y réunissent. Là vinrent aussi six galères du pape Paul, qui avait été élu peu auparavant après la mort du pape Clément. Cetle jonction opérée, tous partirent de l'île de Sardaigne,
(1) Como hum irmàô deve Tazer a outro.
en se recommandant d'^mord à Dieu , par la faveur et la grâce de qui ils devaient, avant le jour, toucher la terre d'Afrique (1). Le matin venu, , Tempereur avec ses galères découvrit la terre et attendit les autres navires au port Farino. Ensuite, après avoir fait reconnaître les lieux propres au débarquement, il mit pour la première fois, entre le cap de Carthage et la Goulelle, le pied sur la terre d'Afrique, avec tous ses gens de guerre, dont le marquis du Guast était le général. Après avoir été retardé par quelques escarmouches, il assiégea la Goulelte pendant quelques jours avec une forle artillerie (2), et elle fut enfin prise d'assaut. En ce temps, fempereur reçut la nouvelle que l'impératrice avait mis au monde l'infante dona Juana, sa seconde fille. Peu de jours après, l'empereur, laissant la Goulette et la flotte bien pourvues, s'avança vers Tunis avec ses gens à pied et à cheval et avec quelques pièces d'artillerie. Tandis
(t) Encommendando se primeiro a Deus, corn cujo favor e graça chegaram antes de dia à (erra de Africa. (3) Gom grande baUeria.
qu*il marchait, Barberousse sortit de Tunis avec un grand nombre de Mores, à pied et à cheval, et avec une forte artillerie, et il rencontra l'empereur et son armée, entre des puits et des étangs, où l'empereur voulait s'arrêter pour rafraîchir ses soldats. L'empereur occupa ce lieu de vive force, et obligea les ennemis à se retirer après avoir perdu leur artillerie et une partie de leurs troupes. Du côté de Sa Majesté il y eut aussi quelques morts ; et ce même jour, Barberousse commença sa retraite vers Tunis. Le lendemain, lorsque l'aube parut, l'empereur rangea son armée en bataille, et marcha sur ladite ville de Tunis, et ni Barberousse ni ses gens ne purent l'empêcher d'y entrer avec son armée. Quand la ville eut été saccagée, et quand on y eut délivré les esclaves chrétiens , il la rendit au roi Hassan ; et après être retourné à la Goulelle, qu'il fortifia, il s'embarqua avec l'intention d'aller prendre la ville d'Afrique (1). Il en fut empêché par les vents contraires. Partant donc de Calybia, qui est aussi sur
(1) Alger. Voyez sur ce projet, Sandoval, XXII, 45.
la côte d'Afrique, il traversa, pour la quatrième fois, la mer du Levant, et aborda, pour la première fois, en Sicile ; et après y avoir tenu une assemblée et avoir donné les ordres convenables pour le bien de ce royaume , où il laissa pour vice-roi don Ferdinand de Gonzague, il passa le phare de Messine et se rendit par la Calabre, à Naples. C'était la troisième fois qu'il se trouvait en Italie. Dans ce voyage, il fut, pour la cinquième fois, et à quatre reprises, atteint de la goutte. Étant à Naples, Tempereur convoqua une assemblée dans laquelle on traita des affaires du royaume, et il y reçut la nouvelle de la mort de la reine d'Angleterre , du prince de Piémont , qui était en Espagne , et de François Sforza, duc de Milan.
Durant ce temps, le roi François de France commença une troisième guerre pour occuper les États du duc de Savoie : ce qui obligea Sa Majesté impériale à partir de Naples le plus tôt qu'elle put, afin de remédier et d'obvier à cette attaque. 1336 L'empereur vint à Rome, où était le pape Paul, (ce fut la première fois qu'il vit Sa Sainteté) tant
pour traiter de la paix, qu'on lui avait demandée, que pour l'engager, dans le cas où elle ne se ferait pas, à aider le duc de Savoie, qui, outre qu'il était vassal de l'empire , était marié à sa belle-sœur et cousine germaine l'infante dona Béatrice de Portugal. A Rome il y eut à ce sujet des pourparlers, et il se passa beaucoup de choses, qui ne furent que des paroles sans effet (1). Il en résulta des écrits tels que l'empereur ne voulut point prendre le soin d'y répondre, comme à des choses trop frivoles (2). Il résolut donc de poursuivre son chemin. Ayant pris toutes les dispositions possibles, et désirant trouver le moyen le plus convenable de rendre au duc de Savoie la plus grande partie de ses Etats, dont il avait été dépouillé à main armée, il laissa une partie de son armée près de Turin , et fit avancer par les Pays-Bas une autre armée, à laquelle il donna pour capitaine le comte de
(1) Em Roma se trattou e praticou desta materia, e passarara muilas cousas que nâo forain mais palavras sem effeito.
(âj D'onde se seguiram laes escrilturas que Sua Majestade nâo quis (omar cuidado de Ihes responder, com a cousas muito frivolas.
Nassau, afin dinquiéter Tennemi et de lui causer du dommage. Enfin il marcha lui-même en avant avec le reste de ses troupes, dont il avait confié le commandement à Antoine de Leyva, et pénétra jusqu'à Aix en Provence. C'était la première fois qu'il entrait en France et avec une armée (1). Cependant, vu que la saison était déjà avancée, et qu'il fallait faire face à une entreprise de fennemi, il se retira avec toute son armée à Nice. De là il se rendit à Gènes, où il licencia et renvoya toute la partie de son armée qui était superflue et inutile. Il avait eu soin de pourvoir les frontières de Piémont, de Montferrat et de l'État de Milan, dont il fit gouverneur et capitainegénéral le marquis du Guast. Puis il s'embarqua, pour la seconde fois, à Gênes, et traversant, pour la cinquième, la mer du Levant, il retourna à Barcelone. Ce fut la quatrième fois qu'il vint en Espagne. '^*^7 L'empereur se rendit en poste à Tordesillas, ou étaient la reine sa mère et l'impératrice sa femme; et de là il alla à Valladolid, où il convoqua les cortès. Il fut, pour la sixième fois, fortement attaqué
(1) ftuefoi apriraeiravezqueenlroueraFrancaecora exercito.
de la goutte. Il reçut la nouvelle que le duc Alexandre de Médicis avait été tué par trahison, et il investit de l'État de Florence le duc Côme de Médicis. Sur ces entrefaites, Tinfant don Louis de Portugal vint à Valladolid voir Sa Majesté et l'impératrice. Ce fut la troisième visite qu'il fit à Leurs Majestés. Peu de jours après , l'empereur, laissant l'impératrice enceinte, se rendit à Monzon, où il convoqua les corlès ordinaires. Dans ce temps, le roi de France, avec des troupes levées à la hâte, entra dans les États de Flandre, et s'empara rapidement d'Hesdin et de Saint-Pol, qui fut bientôt repris d'assaut par une armée que rassembla la reine de Hongrie, et dont le général était le comte de Buren. En même temps, cette armée prit Montreuil, et mit en déroute Annibal (1), qui cherchait à ravitailler Thérouanne alors assiégée. Malgré cela , cette ville fut secourue, le siège en fut levé, et Montreuil fut abandonné.
(t) HennebauU, que Brantôme appelle ramiral d'Annebaut, en le peignant très-brave quoique bègue ou plutôt parce qu'il était bègue.
Le roi de France, voyant que les terres du duc de Savoie, qu'il avait conquises en Piémont, manquaient d'approvisionnements et étaient serrées de près par les impériaux, et qu'il n'avait d'ailleurs aucun moyen de venir à leur secours, s'il ne s'affranchissait de la résistance qu'il rencontrait dans les États de Flandre, proposa une trêve générale, que l'empereur fit difficulté d'accepter, parce qu'il connaissait la fâcheuse situation des terres, que le roi de France occupait en Piémont. De ces négociations il résulta que l'empereur étant informé de la triste situation où se trouvaient lesdites terres, et sachant que ses forces étaient telles que l'on jugeait impossible que ces terres pussent être secourues , et encore par d'autres raisons qui le guidèrent, conclut une trêve générale avec ledit roi, en exceptant seulement le Piémont. Il advint toutefois que le roi de France envoya tant de gens et tant de forces en Piémont, que lesdites terres furent secourues.
Les certes étant achevées, l'empereur retourna en poste à Valladolid, afin de voir l'impératrice
qui venait d'accoucher de son quatrième fils rinfant don Juan, qui mourut peu après. Près* que dans le même temps mourut aussi Tinfanle dona Béatrice de Portugal, duchesse de Savoie. L'impératrice fut aussi très- souffrante de ses couches; et depuis lors jusqu'à sa mort elle eut toujours peu de santé. Pendant que l'empereur était à Monzon, il y eut quelques pourparlers de paix entre Sa Majesté et le roi de France. Il en résulta une conférence de leurs ambassadeurs, qui furent de la part de l'empereur, Covos, grand commandeur de Léon, et M. de Granvelle, et de la part du roi, le cardinal de Lorraine et le connétable de France; et, comme on eut quelque espoir d'une entrevue entre Leurs Majestés, l'empereur revint en poste à Barcelone, pour voir ce qui adviendrait de ces pourparlers. Cependant le pape Paul remaquant que l'on n'aboutissait à aucune conclusion, voulut s'entremettre et ouvrir de nouvelles négociations, offrant de se rendre luimême à Nice, pendant que l'empereur irait à Villefranche, et le roi de France à Antibes : ce à quoi
l'empereur condescendit, parce qu'il était toujours enclin au bien de la paix (1).
Sur ces entrefaites, l'empereur alla visiter Perpignan et la frontière de Roussillon ; et à son retour, il trouva l'infant don Louis de Portugal son beaufrère. Ce prince, par la bonne inclination et le désir qu'il avait de s'employer au service de Dieu et d'être une cause de bien (2), vint en poste dans la ville de Barcelone, afin de voir s'il pourrait rendre quelques bons offices pour amener la conclusion de la paix. Il fut reçu et traité par Sa Majesté, comme elle avait toujours eu coutume de le faire. Mais voyant que le voyage de Nice était déjà convenu, et que Sa Sainteté voulait servir de médiateur dans cette affaire. Sa Majesté jugea qu'il valait mieux que le seigneur infant n'allât pas plus loin que Barcelone. Ainsi il s'en retourna, et ce fut la quatrième fois qu'il vit Sa Majesté.
1538 Comme cela a été dit, l'empereur se rendit par
(1) Por ser sempre inclinado ao bem da paz.
(2) Pola boa inclinacàô e desejos que tinba de se empregar em cousas do serviço de Deus e ser causa d'algûm bem.
la poste à Barcelone ; el là , conformément à son intention de voir ce qui adviendrait de ces conférences, il s'embarqua une troisième fois, et entre* prit sa sixième traversée de la mer du Levant. Tandis qu'il était encore à Barcelone, on avait engagé quelques négociations de trêves entre Sa Majesté et le roi de France, et il parut à l'empereur qu'il n'y avait pas grand inconvénient à le faire, puisqu'il allait à Nice pour traiter de la paix. Il y consentit donc au moment où il voulait s'embarquer , et envoya aussitôt sa ratification , bien que l'on n'eût pas encore obtenu celle du roi, parce qu'il n'avait pu en être informé aussi promptement. Dans le même temps, courut la nouvelle que la flotte du Turc se dirigeait vers les pays d'Occident, et l'on disait que c'était avec l'intention d empêcher ce voyage de Nice. Sa Majesté étant arrivée aux Pomègues (1) de Marseille, on découvrit quelques voiles latines qui venaient de l'Orient. L'empereur, sachant que, peu de temps auparavant, le
(1) In insulas quae sanl an(e Massiliam, \\i\go Pomegas dictas. Sepulveda, XVII, 9.
roi de France avait envoyé de ce côté plusieurs de ses galères, et croyant que les voiles aperçues étaient de ce nombre, leur fit les signaux accoutumés, afin de pouvoir avec sécurité entrer en conversation avec elles, et savoir quelles nouvelles elles avaient de la flotte turque. Mais lesdites galères ou n'entendirent pas, ou ne voulurent pas entendre ces signaux , et comme elles ne savaient rien de la trêve, et qu'elles étaient ennemies, elles commencèrent à faire feu sur les galères de l'empereur, et lâchèrent à force de rames de gagner la terre de France. Cela ayant été vu par Sa Majesté et par ses galères, on leur donna la chasse, de telle sorte que l'on en prit quatre en mer; mais l'on ne voulut point poursuivre celles qui avaient gagné la terre. L'empereur adressa aux capitaines des galères qui avaient été prises, de vifs reproches sur la faute qu'ils avaient commise, et fit avertir le gouverneur de Provence de cette faute et du désordre qui en avait été la conséquence, lui donnant de plus connaissance de la trêve qui avait été conclue à Barcelone, trêve dont le gouverneur
ne savait rien. Conformément à cette trêve, il fit restituer les quatre galères saisies, et bientôt arriva la ratification du roi de France.
Gela étant fait, l'empereur continua son voyage jusqu'à Nice, où il eut sa seconde entrevue avec Sa Sainteté, et après lui avoir baisé les pieds, il traita avec elle de diiférentes négociations de paix avec le roi de France, qui était aussi arrivé à Saint- Laurent. On ne parvint toutefois qu à la conclusion d'une trêve, et divers motifs portèrent à la faire (1).
L'empereur étant à Villefranche de Nice et désirant voir la reine Très-Ch retienne sa sœur, parce qu'il y avait longtemps qu'il ne l'avait vue, cette princesse, afin' d'adoucir et de concilier davantage les volontés de l'empereur son frère et du roi son mari, se rendit à Villefranche avec madame la daupbine, actuellement reine (2), madame Marguerite (3) et beaucoup d'autres dames et de grands
(t) Paras as quaes se averem de fazer ouve algûas razoes. (:2) Catherine de Médicis.
(3) Marguerite, fille de François I«', depuis duchesse de Savoie.
personnages de France. Comme elle trouva fort court le temps qu'elle passa avec lui, elle revint une autre fois avec une compagnie moins nombreuse, et demeura une nuit dans la même ville. La reine s'étant éloignée, et la trêve ayant été conclue, Tempereur accompagna Sa Sainteté jusqu'à Gènes, où il fut atteint de la goutte, pour la septième fois. C'était la cinquième fois qu'il venait en Italie. Dans ce temps, le pape, l'empereur et la seigneurie de Venise conclurent une ligue offensive contre le Turc. Après quoi, Sa Majesté s'embarqua à Gênes pour retourner en Espagne. Comme il avait été convenu qu'une entrevue aurait lieu entre Sa Majesté et le roi de France, Sa Majesté annonça qu'à son retour elle longerait les côtes de France, de telle sorte qu'elle s'arrêta au port d'Algues -Mortes, Aussitôt le roi vint, avec de petites barques , voir l'empereur dans sa galère, et celui-ci pour reconnaître une si grande courtoisie et montrer une égale confiance (1), alla
(I) Porpagar lâô grande corleziae mostrar a mesma conflança.
aussi visiter le roi dans la ville d*Âigues-Mortes. II y demeura jusqu'au lendemain , bien traité et fêté par le roi, qui, non content de la courtoisie qu'il avait montrée à Fempereur, voulut avec ses deux fils, monsieur le dauphin et monsieur d*Orléans, d'autres princes du sang et d'autres grands personnages, accompagner l'empereur dans la chaloupe de sa galère , où ils entrèrent tous ensemble , et où de part et d'autre il y eut de grands compliments (1) et diverses offres, dont il résulta (ainsi que desdites visites et de la trêve) une grande continuation de bonne amitié et une confiance plus grande (2). Ce fut la seconde fois que Sa Majesté Impériale vit le roi de France, et la première fois qu'elle mit le pied dans ce royaume eu ami. L'empereur, poursuivant sa septième traversée de la mer du Levant, revint pour la cinquième fois, en Espagne, et étant descendu ù Barcelone, il partit pour Valladolid, où il trouva l'impératrice mieux que lorsqu'il l'avait quittée, mais
(I) Muitos comprimenlos.
(î) Hùa grande conlinuacàô de boa amizade e major contîança.
toujours indisposée. Pour mettre à exécution la ligue qu'il avait conclue , il convoqua , pour la seconde fois, les certes générales de tous ses royaumes de Castille à Tolède, où se trouvèrent Leurs Majestés, et où l'on traita de l'aide et de l'assistance qu'il était possible et convenable d'accorder.
Dans la même année, la Sicile fut affligée d'une grande stérilité. C'était là principalement que la flotte devait s'approvisionner, et bien que l'empereur fût prêt de son côté, il parut au pape et aux Vénitiens que l'on ne pouvait songer, cette année, à exécuter l'entreprise projetée, et l'on cessa de lever J'aide que Sa Majesté avait réclamée des certes. Il arriva toutefois que Sa Sainteté et la Seigneurie de Venise, jugeant qu'il ne convenait pas de laisser s'écouler l'année sans rien faire, joignirent leurs flottes et les envoyèrent pour arrêter et combattre le Turc par mer comme par terre. Le résultat de cette expédition fut la prise de Castel Nuovo (1).
(1) Castel nuovo, en Dalnialie, aux bouches de GaUaro.
4539 Les souffrances de l'impératrice continuaient et sa maladie faisait chaque jour des progrès, surtout depuis quelle s'élail reconnue enceinte. L'empereur demeura la plus grande partie de l'année 1539 à Tolède. L'état de fimpératrice allait toujours en s'aggravant, de telle sorte qu'après qu'elle fut délivrée de son cinquième fils, il plut à Dieu de l'appeler à lui, et Ton peut tenir pour certain qu'il agit ainsi dans sa grande miséricorde. Cette mort causa une grande douleur à tout le monde, principalement à l'empereur, qui fit el commanda tout ce qu'en pareil cas il est d'usage et convenable de faire.
Depuis l'entrevue d'Aigues-Mortes, les négociations se poursuivaient et se continuaient toujours pour conclure une paix bonne et stable entre l'empereur et le roi de France. Comme il arriva qu'à cette époque certaines nouveautés commencèrent à se faire jour dans les États de Flandre, d'où Sa Majesté impériale était éloignée depuis l'an 1551, elle jugea que son absence pouvait être un obstacle au remède à porter à ces maux, et donner occasion à d'autres
maux plus grands (1). L'empereur, se voyait sans compagne; il était animé d'un grand désir de faire tout ce qui était possible afin d'obtenir un bon résultat et la conclusion de la paix, et quoiqu'il vît le prince son flls encore beaucoup trop jeune pour gouverner en son absence et pour remplacer l'impératrice dans ses fonctions , et malgré les autres empêchements qu'on lui représentait et qu'on lui mettait sous les yeux , il n'écouta que la bonne et sincère intention qu'il avait de bien faire, et d'accomplir ce qu'il devait à ses sujets afin d'éviter qu'ils ne tombassent dans de plus grands inconvénients et dans de plus grands scandales (2); il voulait aussi terminer certaines affaires qu'il avait laissées en suspens en Allemagne. Il avait formé le dessein de s'embarquer à Barcelone pour passer en
(1) Naquelle tempo se commencào a mover algûas iiovilades nos estados de Flandres, e que eslando sua Majeslade Impérial ausenle d'elles desdo anno de XXXI , sua longa absencia podia fazer falla para remedio dos maies que Iiavia e dar occasiâo a outros majores.
(2) Pospondo ludo a boa e verdadeira inlençào que (inlia de bem fazer e comprir com o que dévia a seus vasallos por evilar que nâo caissem em outros maiores inconvenientes e escandalos.
Italie ; mais dans le même temps, le roi de France lui adressa de vives instances pour qu'il voulût bien traverser son royaume, lui offrant toute sécurité et un bon accueil , tandis qu'au contraire il eût ressenti un grand chagrin et une grande peine des témoignages de méfiance que Sa Majesté eût donnés en agissant autrement (1). L'empereur se décida donc à partir d'Espagne, laissant, pour la première fois, au prince son fils, quelque jeune qu'il fût, le gouvernement de ses royaumes. A la fin de cette année, l'empereur exécuta cette résolution , et sur la parole et la promesse du roi de France (avec lequel une trêve avait été conclue à Villefranche de Nice), il passa par son royaume, où Sa Majesté fut fêtée et bien traitée. Ce fut la troisième fois que Leurs Majestés se virent, et que Sa Majesté impériale mit le pied en France, et la seconde, qu'elle entra dans ce royaume en ami. 1540 L'empereur vint en Flandre pour la quatrième fois.
(1) Offerecendo ihe toda segurança e bom trattameDlo e que do contrario receperia grande pezar esenlimenlo polas monslras que Sua Majestade daria de desconfiança.
Là il pourvut, le plus promptement qu'il put, au remède des désordres qui y avaient éclaté (l).Il commença le château de Gand, assembla les états, et visita la plus grande partie de ces pays. Pendant cette visite, il eut à La Haye, en Hollande, sa huitième attaque de goutte, et conformément à l'intention qu'il avait, et aux désirs qui l'avaient toujours animé, de conclure une bonne paix, il offrit au roi de France, aussitôt qu'il fut arrivé dans lesdits États, des conditions si favorables, qu'il s'étonna de ne pas les voir acceptées, et de ne pas arriver à la paix désirée (2). Quelque temps auparavant, messire Charles d'Egmont était mort, après avoir occupé pendant de longues années le duché de Gueldre, qui toutefois ne lui appartenait pas. Bien plus, toutes les fois qu'il voyait l'occasion de développer et d'accroître sa puissance, il ne la laissait pas échapper, et à plusieurs reprises il avait essayé de s'emparer des terres de Frise, d'Overyssel et de Groningue, d'où
(1] Proveo ô remedioo mais prestes que pode as desordés que bavia.
(2) Offcrecendo Ihe tao grandes partidos que se maravilhou de nâo serem d'elle acceitados e de se nâo seguir a paz desejada.
il fut toujours repoussé par les impériaux, et dont actuellement Sa Majesté avait la paisible possession. Non content de cela, il fit la guerre à Tévêque d'Utrecht, qui était un prince de Tempire, et lui enleva par force ladite ville d'Utrecht. Lorsque ceci fut connu de Fempereur, à qui Tévêque s'adressa en réclamant son assistance (obligation à laquelle il était tenu comme seigneur du fief, et elle était d'autant plus forte qu'il importait de maintenir la tranquillité dans les Pays-Bas), (1) il se concerta avec l'évêque et lui vint en aide, de telle sorte que ledit messire Charles d'Egmont fut chassé d'Utrecht par les troupes impériales. L'empereur, qui s'y rendit peu après , y fit construire une nouvelle forteresse, et il obtint à ce sujet tant du pape que de l'empire les ratifications et les actes nécessaires.
Après la mort de Charles d'Egmont, le duc Guillaume de Clèves s'empara du gouvernement du duché de Gueldre, prétendant y avoir droit. Sa Majesté impériale, voyant ce qui en était et ce que par
(1) Nos Payses-Baixos de haver quielaçào.
bonne raison elle pouvait et devait faire, lui fit offrir de diverses manières des conditions telles que selon la raison elles eussent dû être acceptées. Mais par les sollicitations et les pratiques de la France (les Français étaient mécontents, quoique sans motifs, des conditions de la paix, qui n'étaient pas toutes conformes à leur volonté et à leurs desseins) (1), le duc qui d'ailleurs était jeune et suivait les conseils de sa mère, ne voulut pas les accepter. L'empereur ayant fait ainsi tout ce qu'il avait à faire dans les États de Flandre , et ayant convoqué une diète à Ratisbonne, où il voulait démontrer encore plus son droit relativement au duché de Gueldre , résolut de partir pour ladite diète, car déjà, lorsqu'il était en Espagne, il avait ouvert à ce sujet des négociations avec les Étals de l'empire. Le roi des Romains vint voir l'empereur son frère en Flandre, et les députés de l'empire s'assemblèrent à Worms pour s'occuper de cette
(1) Gomo por os Francerez ficarem disconlenlos (aïnda que sem razàô] das condiçoés da paz por nâo serem todas conformées a sua vontade e ao que tinham proposto.
question. L'empereur, voyant que tout n'était pas encore complètement arrangé dans les Pays- Bas , pria le roi son frère de vouloir bien y demeurer en son absence, et il manda aussi à M. de Granvelle et à ses autres ministres, de faire avancer les affaires, pendant qu'il se trouverait à ladite diète. Du reste , comme cette assemblée de Worms, et les négociations qui eurent lieu, n'amenèrent pas la résolution qu'il espérait , tout fut réservé pour la future diète de Ratisbonne.
1541 L'empereur laissant, pour la deuxième fois, à la reine de Hongrie le gouvernement des Pays-Bas, se rendit, en traversant pour la première fois le Luxembourg, à la diète de Ratisbonne. C'était la quatrième fois que l'empereur allait en Allemagne. Il avait convoqué cette diète principalement pour ramener la concorde et pour porter remède aux affaires de religion. Après de nombreuses disputes, l'empereur remarqua que les princes de l'empire n'étaient pas venus à cette diète et qu'on était très-éloigné d'une conclusion et encore plus des moyens d'exé-