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culion qu'il convenait d'adopter (1); d'ailleurs le bruit courait que le Turc voulait entrer en Autriche, et aucun ordre n'avait été donné pour s'opposer à cette invasion et faire la résistance nécessaire. Déjà, avant d'apprendre ces nouvelles, l'empereur, par diverses raisons qui le guidaient, avait fait de grands préparatifs pour entreprendre par mer, à son retour en Espagne, l'expédition d'Alger. Il quitta donc Ratisbonne avant d'être pleinement informé de l'invasion du Turc, et partit pour l'Italie afin de s'y embarquer et de commencer ladite entreprise. Ce fut la sixième fois que Sa Majesté s'y rendit. Aussitôt après son arrivée, on reçut la nouvelle certaine que le Turc faisait de grands préparatifs pour entrer en Hongrie. Par ce motif, l'empereur alla à Lucques, où il eut sa troisième' entrevue avec le pape Paul, afin de traiter des moyens d'organiser la défense contre le Turc. Mais, voyant que cette conférence et ces négociations ne produisaient aucun résultat, il se rendit à la Spez-
(1) Que avia pouco de conclusâo e menos d'execuçâô que convinlia fazer.
zia, port du golfe de Gênes, pour y attendre que sa flotte fût tout-à-fait prête. Bien que Féquipement et les apprêts de cette flotte eussent duré plus qu'il ne convenait, et quoique la saison fût presque perdue , toutefois, comme on ne pouvait donner un autre emploi aux dépenses qui avaient été faites, et par d'autres raisons qui, ainsi qu'on l'a dit, l'y engageaient, l'empereur, considérant que le temps est dans la main de Dieu (1), s'embarqua audit port de la Spezzia pour la Corse, qu'il vit pour la première fois, et de là pour Alger, en touchant en Sardaigne, à Majorque et à Minorque pour la seconde fois. C'était la huitième, qu'il traversait la mer du Levant, et la deuxième, qu'il descendit en Afrique. Dans ce voyage , il eut en partie le temps que comportait la saison. La flotte d'Espagne arriva aussi , et après quelques escarmouches, lorsque les troupes étaient déjà placées dans un endroit convenable pour assiéger la ville, et mises en bon ordre avec tout ce qui était néces-
(1) GoDsiderando que o tempo estava em mâo de Deus.
saire pour ouvrir le feu des batteries, il se leva tout à coup en mer une si grande tempête que beaucoup de vaisseaux périrent, et Farmée qui était à terre en souffrit aussi beaucoup.
Néanmoins, on s'entr'aida et on se mit dans le meilleur ordre possible, pour résister aussi bien à la fureur de la mer qu'aux sorties et aux attaques des ennemis par terre. Enfin la tourmente fut telle, que ferapereur jugea que le meilleur parti était de ne pas poursuivre son expédition et de reprendre la mer. Mais ceci ne put s'exécuter immédiatement, parce que la tempête n'avait pas cessé. Il fut donc obligé de marcher pendant vingt milles par terre, et de franchir deux grandes rivières, avant d'arriver au Cap Matafous, où il se rembarqua.
Tout le temps que l'armée fut h terre (elle y demeura douze jours avant de reprendre la mer), elle souffrit d'une grande disette d'approvisionnements, parce que, comme on l'a dit, le temps était si mauvais que l'on ne pouvait rien tirer des vaisseaux. Après ces douze jours, l'empereur mit à la voile,
pendant une grande tempête et il fut forcé de toucher à Bougie. Les vents lui furent si contraires, et il fut retenu si longtemps qu'il souffrit beaucoup avec tous les siens du manque de vivres ; et le mal eût été pire encore si le beau temps n'était pas revenu. La tempête fut telle que chacun se réfugia là où il put , et beaucoup furent poussés dans une direction toute contraire à celle qu'ils voulaient prendre. Néanmoins, les troupes se remirent et se refirent de sorte que, sans faire autant de pertes qu'on aurait dû l'attendre d'un pareil temps, tous revinrent au lieu qui avait été désigné. L'empereur congédia les hommes superflus ou le moins nécessaires , et les autres revinrent dans leurs garnisons. L'empereur, s'étant embarqué à Bougie, arriva avec un bon temps, pour la troisième fois, à Majorque, d'où le prince Doria retourna à Gênes avec ses galères, après être passé par Barcelone. 1542 L'empereur avec les galères d'Espagne toucha, pour la première fois, à Iviça ; il naviguait, pour la neuvième fois, sur la mer du Levant. Il arriva à Carthagène : ce fut la sixième fois qu'il vit l'Espagne.
Puis il continua sa route jusqu'à Ocana où il rencontra ses enfants le prince d'Espagne et les infantes.
Au commencement de Tannée 1542, l'empereur alla à Valladolid tenir les certes du royaume de Castille. Il fut atteint de la goutte pour la neuvième fois, et au monastère de la Mejorada, où il resta jusqu'à Pâques, il l'eut pour la première fois presque généralement dans tous les membres. Dans ce temps, on négocia le mariage du prince son fils avec l'infante dona Maria de Portugal, et du prince Juan de Portugal avec l'infante dona Juana , seconde fille de Sa Majesté.
Les certes achevées, l'empereur, bien qu'indisposé, se mit en route le plus promptement qu'il put, en passant par la Navarre, afin d'aller tenir les certes des trois royaumes d'Aragon à Monzon , dans l'intention de retourner aussi vite que possible en Allemagne, pour traiter du remède à porter aux affaires de religion, et pour recouvrer par tous les moyens le duché de Gueldre qui lui appartenait. Cependant le roi de France, voyant le mauvais succès que l'empereur avait eu dans
Tentreprise d'Alger, et se figurant que les dépenses auxquelles il avait été obligé le faisaient manquer d'argent, commença par. quelque légère plainte, et l'empereur lui répondit en offrant toutes les justifications auxquelles il était obligé par les conditions de la trêve conclue à Nice (1). Le roi de France lui transmettait néanmoins de toutes parts l'assurance qu'il n'avait pas la moindre intention de lui faire la guerre (2) ; mais tout à coup il attaqua Tempereur dans les Pays-Bas, tant par le moyen de Martin Van Rossem, qui commença la guerre du côté de la Gueldre, que par l'entreprise de M. d'Orléans sur Luxembourg et de M. de Vendôme dans les États de Flandre et en Artois. De plus, il ordonna au dauphin son fils d'assiéger Perpignan, et vint lui-même jusqu'à Narbonne, afin d'encourager l'entreprise. Néanmoins, par la grâce de Dieu, l'empereur et ceux qui avaient la conduite de ses
(1) Âlgùa fraca queixa a quai se linham offerecido todas as justincaçôes que o Emperador polas condiçoes da (regoa feila em Niza estava obrigado.
(2) Âssegurando o de todas as parles que nâo tinha intento de )he fazer guerra algûa.
affaires y mirent un si bon ordre, et Ton organisa une si belle défense , que cette fois ledit roi ne fît rien d'important..
A cette époque, le pape Paul, non content d'avoir publié une bulle qui fut un témoignage de sa bonne volonté, mais qui n'eut guère d'autres effets, convoqua un concile général à Trente et envoya en même temps ses légats à Sa Majesté et au roi de France, non-seulement afin de les inviter et de les exhorter à la paix, mais aussi pour les contraindre par les censures ecclésiastiques, s'ils n'obéissaient pas, à conclure une trêve. Ceci arriva, comme il a été dit, à l'époque où Sa Majesté fut attaquée, et où les Français furent repoussés de toutes parts et réduits à se retirer. Sa Majesté Impériale, voyant dans quelle intention Sa Sainteté voulait amener la paix entre Leurs Majestés , et que par là Sa Majesté Impériale eût été grevée et dépossédée de ce qui lui avait été enlevé par une invasion soudaine et inattendue, ne crut ni juste ni convenable d'accepter de semblables propositions de paix, mais elle se sentit excitée et
obligée à reconquérir ce qui lui appartenait et à montrer son ressentiment d'une pareille offense. L'empereur rejeta donc lesdites propositions et ne voulut d'aucune manière les écouter (1). Il congédia assez sèchement le légat qui lui avait tenu un langage peu sérieux , sans garder le respect qui était dû à Sa Majesté (2). Il protesta toutefois qu'il était , comme il l'avait toujours été, prêt à traiter de la paix, pourvu que la partie adverse voulût se gouverner selon la raison, et pourvu que la paix fût sûre et convenable au service de Dieu et au bien de la chrétienté (3).
(1) Vendo Sua Magestade Impérial a lençâô, com que Sua Sanlitade queria IraUar de por em paz Suas Mageslades , pela quai Sua Magestade Impérial ficara aggravado , e desapossado do que peraquella subila e repenlina invasâô Ihe fora toipado, nâo Ihe parecendo nem juslo, nem convenienle acceitar taes modos e meios de paz, antes senlindo se mais stimulado e forçado a recobraro seu e mostrar o seDlimenlo, que tinha de hum tal aggravo, refusou osdiUos modos propostos e de nenhua inaueira os quis ouvir.
(2) Despedio assaz seccamenle ao legado o quai lambem lîDha usado de lermos pouco graves, nem guardava o respeilo que a Sua Magestade se dévia.
(3] Offerecendo se com tudo de estar, como sempre esteve, prestes para tratlar da paz, com tanto que a parle contraria se
Les corlès d'Aragon étant terminées, l'empereur partit pour Barcelone. Il avait envoyé le prince son fils de Monzon à Saragosse, afin qu'il fût reconnu prince de ce royaume ; de là Sa Majesté se rendit avec lui à Barcelone, où il fut aussi reconnu. Après être passé par Valence, où eurent lieu les mêmes cérémonies , l'empereur se dirigea vers Alcala pour voir ses filles. Là fut fiancée per verba de futuro sa fille l'infante dona Juana , avec le prince don Juan de Portugal , conformément à ce qui avait été conclu. Cela fait, l'empereur vint à Madrid, d'où il partit le plus promptement qu'il put, parce qu'il désirait beaucoup, selon sa première intention, passer la mer du Levant et retourner en Allemagne. En effet il avait convoqué une diète à Nuremberg pour traiter de la défense contre le Turc et des affaires de religion. Le roi son frère et M. de Granvelle s'y rendirent, au nom de Sa Majesté, avec plusieurs autres de ses ministres qu'il y avait envoyés. L'empereur, ayant terminé tout ce
accommoda sea razâô, e ella fosse segura e convenienle ao serviço de Deus e bem da Ghrislandade.
qu'il avait à faire dans les royaumes d'Espagne, se mit en route, après avoir laissé, pour la seconde fois, pendant son absence , le prince son fils gouverneur desdils royaumes. Il quitta donc Madrid et arriva à Barcelone d'oii il serait volonio43 tiers parti plus tôt, mais divers obstacles l'empêchèrent de s'embarquer avant le premier de mai, et par suite des bourrasques et des temps contraires qui survinrent , il ne lui fut pas possible de gagner la pleine mer avant le i 9 de ce mois, alors que le temps était encore assez incertain et douteux. Quand il arriva près des Pomègues de Marseille, des galères françaises sortirent pour escarmoucher avec l'aide des batteries du rivage, mais on leur répondit si bien qu'elles furent forcées de se retirer, et de se mettre sous la protection de l'artillerie de terre. L'empereur ne voulant pas s'arrêter plus longtemps, continua son voyage jusqu'à Gênes. Ce fut la dixième fois qu'il traversa la mer du Levant, et la septième qu'il aborda en Italie. Comme il passait en vue de Nice, il apprit que les galères de France voulaient prendre le
château de cette ville, et tandis que Sa Majesté débarquait à Gênes, le prince Doria s'approcha avec ses galères, pour voir ce que cherchaient à faire celles de France. Et remarquant qu elles venaient dans l'intention d'exécuter le projet qu'on leur avait attribué, il les attaqua si vivement qu'il en prit quatre.
A cette époque, Sa Majesté apprit que Barberousse arrivait avec une grande flotte pour soutenir les prétentions du roi de France. (Ce Barberousse vint plus tard, resta à Toulon tout le temps que dura la guerre contre l'empereur, et s'en retourna ensuite sans avoir rien fait d'important.) Sa Majesté se rendit à Busseto où vint aussi Sa Sainteté, tant pour s'aboucher sur les affaires d'Allemagne, que pour voir s'il n'y avait pas quelque moyen d'arriver à la paix (I). Ce fut la quatrième entrevue que l'empereur eut avec le pape Paul, et il eut la goutte pour la dixième fois. Peu de jours après, voyant le peu de fruit qui résultait
(1) Para se verem ambos assi polas cousas d'Âlemanba, como por ver se havcria algûm modo de paz.
de cette entrevue (1), il poursuivit sa route vers rAlIemagne, où il se trouva pour la cinquième fois.
Comme il n'y avait pas longtemps que la diète avait été réunie, et que l'empereur ne voyait, dans un temps si plein de troubles, aucune apparence de pouvoir traiter et régler les affaires de religion, il continua son chemin jusqu'à Spire, où il fit tous les préparatifs nécessaires pour entrer en campagne avec une bonne armée, à la tête de laquelle il plaça don Ferdinand de Gonzague. Il voulait résister aux offenses et aux dommages dont s'était rendu coupable le roi de France, qui avait pénétré dans les terres du Hainaut jusqu'à Binche et qui avait pris Landrecies, qu'il faisait fortifier. Il s'y trouvait aussi forcé par la guerre que lui ^ faisait le duc Guillaume de Clèves qui avait pris les armes à l'instigation du roi de France et d'accord avec lui. En chemin, l'empereur reçut la nouvelle de la défaite et de la déroute des troupes
(1) Poucos dios despois vendo o pouco effeiio, que daquella visla resultava.
de ce duc à Heinsberg. Néanmoins, Sa Majesté étant arrivée à Spire, voulut, pour mieux se justifier, offrir aux Électeurs qui s'étaient réunis aux bords du Rhin, de traiter avec ledit duc de Clèves, par voie d'arrangement pacifique, en ce qui regardait le duché de Gueldre. Cette proposition ne rencontra que -peu d'accueil, et il ne lui resta qu'à rassembler son armée, et à marcher avec elle (c'était la sixième fois qu'il se trouvait sur le Rhin) jusqu'à Bonn d'où il se dirigea vers Duren. Là, ayant reconnu le terrain , il établit ses batteries , canonna la place et la prit d'assaut. Alors arriva le prince d'Orange avec l'armée qu'il amenait des Pays-Bas. Les deux armées s'étant réunies, et Duren ayant été pris, ainsi qu'il vient d'être dit, avec d'autres terres, tant du duché de Gueldre que des duchés de Clèves et de Juliers , Sa Majesté se dirigea vers Ruremonde, qui se rendit aussitôt, et de là elle s'avança dans la direction de Venloo. Et comme le duc Henri de Brunswick arrivait comme ami dudit duc de Clèves, fempereur lui démontra et lui exposa son erreur, en rengageant
à y renoncer. En ce temps mourut la mère du duc de Glèves. Celui-ci reconnut quels mauvais conseils il avait reçus, et les hommes les plus sages de l'État de Gueldre le supplièrent également de se retirer du danger où il se trouvait et de suivre de meilleurs conseils ; il le fit et vint se jeter aux pieds de Sa Majesté, confessant sa faute et en demandant pardon. Il remit et fit restituer à l'empereur tout l'État de Gueldre. Mais l'empereur, considérant que l'erreur du duc provenait plutôt de son jeune âge que d'aucun mauvais penchant ou de la volonté de faire le mal, lui fit rendre les villes et les lieux qu'on lui avait pris en d'autres contrées. Non content encore de ce qu'il avait fait, et voyant le repentir du duc et combien il persévérait dans ses bonnes intentions , il s'occupa de son mariage : en effet il lui fit épouser une fille du roi des Romains, sa nièce. Ce mariage augmenta les obligalions dudit duc envers Sa Majesté et l'amour de Sa Majesté pour ce prince.
Dès le commencement du printemps, le roi de France, afin de prendre les devants et d'opposer à
l'empereur des forces supérieures, mit en campagne deux armées , destinées à porter la guerre dans les Pays-Bas. Une partie de Tune de ces armées, dans laquelle le roi se trouvait en personne, occupa Landrecies, et l'autre partie s'établit dans les environs, tandis qu'on travaillait aux fortifications. Les deux fils du roi, pendant ce temps, avaient marché sur Binche, d'où ils furent repoussés avec perte et sans avoir rien fait. Ensuite M. d'Orléans se réunit à l'autre armée qui était à Luxembourg (cette ville, n'étant pas en état de défense, s'était rendue, et elle avait été fortifiée par les Français). Vers la même époque arriva ce que l'on a raconté plus haut de la guerre que le duc de Clèves, par l'instigation du même roi, avait portée du côté du Brabant. L'empereur ayant mis fin à celte guerre de Clèves, et s'étant emparé de la Gueidre , ainsi qu'il a été dit, partit, avec la goutte, de Venloo pour Diest, où les États des Pays-Bas étaient assemblés. Ils lui accordèrent un fort subside, sur le pied de celui qu'ils lui avaient donné l'année précédente, pour assurer
leur défense. C'était la cinquième fois que Sa Majesté se trouvait dans les Pays-Bas. Le roi de France ayant appris ces nouvelles, rentra avec ses gens dans son royaume , après avoir fortifié Landrecies.
Cela fait, l'empereur laissant sous les murs de Landrecies l'armée qui était dans les Pays-Bas avec la gendarmerie que le roi d'Angleterre lui avait envoyée en vertu des conventions qui avaient été faites, fit marcher l'armée qu'il amenait avec lui, ainsi que celle qui était venue d'Angleterre, jusqu'à Guise. Mais comme la saison était déjà avancée, et que le temps était mauvais, il la fit bientôt revenir afin qu'elle rejoignit celle qui était devant Landrecies. L'empereur, bien que tourmenté de la goutte, quitta Diest pour assister au siège, et sachant que le roi de France rassemblait de nouvelles troupes pour venir au secours des assiégés, il ne voulut pas s'éloigner de ses armées. Il s'établit donc à Avesnes, quoiqu'il se trouvât, comme il a été dit, encore souifrant de la goutte , et il y resta jusqu'à ce que les troupes envoyées au secours de la garnison de
Landrecies se fussent retirées. G'étart la dixième fois qu'il était atteint de la goutte.
Le roi de France, sachant que ses troupes étaient en danger et manquaient de vivres, se porta avec son armée à Cateau-Cambrésis, d'où il envoya un gros corps de cavalerie reconnaître le terrain , afin d'essayer de secourir ceux de Landrecies. Pour s'opposer à ceci, les armées de l'empereur se réunirent et firent une telle résistance que cette cavalerie n'atteignit pas son but et eut peu sujet de se vanter (1). Il est vrai que pendant ce temps quelques cavaliers français, avec des sacs de poudre et quelques vivres, dont les assiégés avaient le plus pressant besoin, entrèrent dans Landrecies par un point qui ne présentait pas d'obstacle : ce qui ravitailla un peu les assiégés. Comme la saison était avancée et que le temps devenait mauvais, et comme d'ailleurs le principal dessein de l'empereur, quand il fit entrer son armée en France et assiéger Landrecies, avait été d'obliger ainsi le roi
(1) Nem tene muito de que se jactar.
à donner la bataille (1), il fit déloger son armée et se rapprocha de la France.
Le même jour, Tempereur encore indisposé et porté en litière , partit d'Avesnes , et passa la nuit au Quesnoy. De là il alla rejoindre son armée, qui déjà était établie vis-à-vis de celle du roi de France. Le lendemain malin, Sa Majesté quittant son logement, s'avança avec tous ses gens à portée du canon ennemi, près du camp du roi, et lui offrit la bataille. Il y eut quelques escarmouches et quelques décharges d'artillerie de part et d'autre, et enfin une bonne charge contre les Français où ils eurent le dessous, et ils trouvèrent bon dé ne plus sortir de leurs retranchements. L'empereur, voyant qu'ils ne feraient pas autre chose, se porta en avant avec son armée près du camp ennemi. Le lendemain se passa en quelques escarmouches; et la nuit étant venue, le roi s'éloigna avec son armée, et se retira jusqu'à Guise. L'empereur, ayant par la négligence des siens, ignoré ce départ
(1) Forçar el rey de França a Ihe dar balallia.
jusqu'au jour suivant, il résulta de cette ruse qu'il ne put atteindre le roi avec son armée (1). Il s'avança jusqu'à un bois ou bruyère, à une distance de trois lieues, mais il ne voulut pas, à cause du désordre de ses arquebusiers (qui la plupart étaient suivis et accompagnés de plus de bagage qu'il ne convient à des gens de guerre), franchir ce bois avec son armée. Il y eut seulement quelques chevaulégers avec peu d'arquebusiers et beaucoup de gens en désordre qui le passèrent. M. le Dauphin le remarqua, et ayant réuni tous ses gendarmes français, il fit volte-face et chai^ea ceux qui le poursuivaient. Ceux-ci se réfugièrent dans le bois, et cela
(1) Movendo ao oulro dia pela tnanbâa, Sua Magestade do dillo alojamenlo se foi por com (oda sua génie a llro de bombarda , junlo ao arraial del Rey e Ihe apresentou batalha. £ com algûas escaramuças e liros d'artilberia de bua e outra parte e com hua bon carga , que se deu aos Franceses daqual elles ficaram com peor, se contentaram por enfonces e linerao por bem nâo sair do arraial. E vendo o Emperador que elles nâo fariam outra cousa, se foi por com sua génie bem junlo ao campo enemigo ; oulro dia se passou com algùas escaramuças, e vindo a noute el Rey com seu exercilo se partio , e se foi lee Guisa. E nâo sabendo o Emperador por descuido dos seus desta parlida alee a outro dia pela manhâa, foi no alcânce del Rey com sua génie.
fait, ils se retirèrent vers Finfanterie. Il est aisé de croire que, si l'empereur avait eu ses arquebusiers, avec lesquels il eût pu franchir le bois en pleine sécurité, il eût atteint en partie le but de ses désirs (1); mais, comme il n'avait plus rien à faire ce jour-là et qu'il était déjà tard, il s'éloigna de ce bois, et vint s'établir au camp et aux lieux mêmes qu'avait quittés le roi de France. Il y arriva après une heure de la nuit.
L'empereur demeura quelques jours à Cateau- Cambrésis, pour voir s'il ne pouvait plus rien entreprendre contre son ennemi. Mais celui-ci résolut de dissoudre immédiatement son armée et la renvoya dans les garnisons. L'empereur, considérant aussi que la fête de la Toussaint était déjà passée, se détermina à en faire autant; et en conséquence il se rendit à Cambray, et de là à Bruxelles, où il fut fort indisposé, mais non de la goutte, tout le reste de l'année. A la fin de cette même année, la princesse d'Espagne, l'infante dona Maria de Portugal fut, con-
(1) Ghegara em parte ao fim de seus desejos.
formément aux engagements qui avaient été pris, conduite en Castille et remise au prince d'Espagne à Salamanque, où leur mariage fut consommé après qu'il eût été contracté per verba de presenti. 1544 L'empereur laissant, pour la troisième fois, la reine de Hongrie sa sœur, gouvernante des Pays- Bas, partit de Bruxelles, et fit, pour la sixième fois, le voyage du Rhin, qu'il continua jusqu'à Spire. Ce fut aussi la sixième fois qu'il entra en Allemagne, où il avait convoqué une diète pour exposer à ceux de l'empire les causes qui l'avaient engagé à faire l'expédition de Gueldre et à marcher contre le roi de France, causes que l'on a rapportées plus haut en peu de mots, mais qui furent plus développées dans la proposition faite alors. Et voyant qu'en ce moment il n'y avait pas d'apparence que le Turc voulût marcher contre la chrétienté, et qu'il était également impossible de faire quelque chose en ce qui louchait la religion (1), ou de traiter aucune affaire importante, il demanda un subside
(1) £ lambem que a cerca da religiâô nâo se podia fazer.
contre le roi de France, qui s'était emparé de plusieurs villes et de plusieurs terres de Terapire, et qui' chaque jour accomplissait ou négociait des choses qui étaient à son grand détriment (1). Ceci étant bien considéré et bien compris, tous accordèrent une bonne aide à Sa Majesté impériale.
Tandis que l'empereur était en route vers Spire, le pape Paul envoya près de Sa Majesté le cardinal Farnèse, sous couleur et sous prétexte de lui faire des représentations et de chercher à traiter de la paix. L'empereur voyant qu'en cela il n'y avait rien que des paroles, sans aucune apparence de bonne conclusion, ne voulut pas s'y laisser prendre, ni renoncer à l'exécution de ses desseins et à la poursuite de l'entreprise qu'il avait commencée pour recouvrer ce qui lui avait été enlevé. Aussi congédiat-*il bientôt ledit cardinal , en déclarant qu'il serait toujours prêt à négocier une paix sincère,
(1) Contra el rey de França o quai tinba tomado algûas cldades e (erras do Imperio, e fazia e trattava cada dia cousas em grande detrimenlo.
bonne, sûre et stable (1). Puis, aidé et fortifié par le secours qu'il avait reçu de Fempire, il commença à réunir son armée.
Sur ces entrefaites, l'empereur reçut la nouvelle que l'armée qu'il avait en Italie, avait été défaite près de Garignan. Ce fut dans un mauvais temps et dans de mauvaises circonstances (2). Quoi qu'il en fût, ayant appris précédemment que la ville de Luxembourg, bien que fortifiée avec soin, manquait d'approvisionnements, et que le roi de France cherchait à y faire entrer des vivres, il ordonna en grande diligence à don Ferdinand de Gonzague, à qui il avait donné le commandement de son armée, d'empêcher tout secours d'arriver à cette
(1) Indo Emperador por caminho para Espira, veo ter com Sua Mageslade o Gardeal Farnes da parte do Papa Paulo sob color e sombra di amoestar e querer Iraltar de paz. E conhecendo Sua Magestade que nisto nâo bavia mais que palavras scm algùa mostrade boa conclusâo, nâo se quis deixar levar d'elios, nem d'executar a inlençàô, e seguir a boa causa, que tinba e a impresa começada por recobrar o que Ibe fora tomado. E assi despedio logo ao ditto Gardeal , offerecendo se de estar serapre prestes para entender e trattar de bua verdadeira, boa, segura e firme paz.
(2) Que foi em mao tempo e occasiâo.
ville. Ce général s'acquitta de sa mission, avec peu de monde, et si bien que la ville ne tarda pas à se rendre.
Bientôt l'empereur renforça son armée de telle sorte que son dit capitaine-général s'empara en peu de jours de plusieurs villes et places fortes sur la frontière de France du côté de la Lorraine, et qu'il mit le siège devant Saint- Dizier. De son côté, l'empereur partit de Spire et passa par Metz, pour le rejoindre avec le reste de Tarmée. Ce fut la quatrième fois que Sa Majesté entra en France, et pour la seconde fois en ennemi. Le feu fut ouvert contre Saint-Dizier, l'assaut fut donné et la ville conquise en peu de jours. A ce siège, le prince d'Orange fut atteint d'un coup de canon dans la tranchée, et il en mourut peu après.
Suivant ce qui avait été convenu entre Sa Majesté et le roi d'Angleterre, ledit roi était venu en personne, avec une grande armée, inquiéter et attaquer le royaume de France (1), et Sa Majesté
[\) Moieslar e oflfender o reino de Franca.
lui avait également envoyé, sous les ordres deM.de Buren, les forces qu'elle avait promises par ladite convention. Ledit roi s'était arrêté au siège de Boulogne et de Montreuil ; et pendant le long espace de temps que Sa Majesté avait été devant Saint-Dizier, le roi de France avait eu le loisir de rassembler toute son armée, et de garnir la plupart des frontières de son royaume. L'empereur, prenant tout cela en considération, remarquant d'ailleurs qu'il ne disposait pas d'autant d'approvisionnements qu'il l'eût désiré et que la saison était fort avancée, trouvait des difficultés à toute entreprise ultérieure.
Cependant, pour ne pas laisser le roi d'Angleterre seul contre son ennemi, il ne voulut pas se retirer avec son armée. Déjà précédemment, alors que durait encore le siège de Saint-Dizier, avaient* eu lieu la prise de Vitry, la défaite des chevau-légers français qui s'y trouvaient et d'autres incursions. L'empereur, laissant en bon état de défense la ville de Saint-Dizier et d'autres places plus importantes, et persévérant dans
rintenlion, dont nous avons parlé plus haut, d'employer tous les moyens pour amener le roi de France à livrer bataille (I), résolut de pénétrer dans Finlérieur de ce royaume le plus avant qu'il pourrait, en cherchant toujours ledit roi et son armée (2). En conséquence , Fempereur, passant par Vitry, alla s'établir dans une plaine près de Châlons. Là il y eut quelques bonnes escarmouches, où les Français ne gagnèrent rien, et où ils n'eurent pas beaucoup à se louer des pistolets ou petites arquebuses des cavaliers allemands (3). Mais comme Châlons avait une bonne garnison, et qu'il y avait une armée française à trois petites lieues de là , de l'autre côté de la Marne , vu que d'ailleurs l'empereur et son armée n'avaient d'autres subsistances que ce qu'ils trouvaient dans les campagnes.
(1) De por lodos modos e meios lirar e Irazer el rhe de França a llie dar balalha.
(2) Delerminou d'enirar o mais que pudesse per deniro daqaelle reino, indo se sempre inegando e buscando ao dillo Rey e seu exercilo.
(3) Nem ficaram muilo contentes dos pisloletes ou piquenos arcabuzes dos Alemaes de cavallo.
et dans les villages et les villes les moins fortes, il sembla à Sa Majesté qu'il ne devait pas faire en cet endroit une plus longue demeure (1). Et bien qu'il eût marché tout le jour qu'il y arriva, il partit avec toute son armée à dix heures du soir, et on s'avança si bien qu'on se trouva à la pointe du jour en vue et en face du lieu où les Français avaient pris position en fortifiant avec soin leurs retranchements, surtout du côté par où venait l'empereur. La Marne coulait entre les deux armées. Sa Majesté pouvait bien la traverser, attendu qu'il y avait un pont de bois, et bien qu'il fût rompu, il pouvait être réparé, de façon à permettre le passage de l'infanterie. Il y avait aussi un gué par où pouvaient passer la cavalerie et l'infanterie. Mais cela achevé, il restait encore beaucoup à faire, et avec un grand désavantage pour les gens de l'empereur. Car une fois le pont et le gué traversés (ce qui ne pouvait se faire qu'à la file), il était nécessaire de les remettre en
(1) A Sua Magestade pareceo que nao convonlia fazer mais longa demora no quelle lugar.
ordre, parce quon avait devant soi une plaine très-belle, mais fort exposée au feu de l'ennemi. Il fallait ensuite marcher et arriver à Fennemi toujours sous son feu ; et quand on serait venu à bout de tout cela, restait encore un bras de la Marne, qui, bien que plus^troit, était profond, et présentait quelques passages difficiles, que Ton ne pouvait franchir sans désordre. Ensuite il était nécessaire de gravir une hauteur ou colline et den atteindre le sommet pour rencontrer les ennemis, parmi lesquels il y avait bon nombre de Suisses. L'empereur reconnut que toutes ces difficultés rendaient impossible de mettre l'armée en bon ordre pour combattre ; il persisia donc dans la résolution qu'il avait prise de faire une grande marche ce jour-là, pour gagner les devants de l'armée française. En effet, l'intention de l'empereur était d'aller en avant, de manière à trouver sans défense les lieux par où il passerait, et il espérait qu'il forcerait les Français h s'avancer assez pour que dans leur marche vînt s'offrir l'occasion qu'il désirait. Dans la même matinée,
le comte Guillaume de Furstenberg, ne sachant pas ce qu'il faisait (1), passa le gué ci-dessus mentionné, et tomba dans les mains des Français. D'autre part, le prince de la Roche-sur- Yon, venant avec sa compagnie pour entrer au camp français , rencontra quelques chevau-légers impériaux qui le poursuivirent et le chargèrent de façon , que lui , son lieutenant et beaucoup d'autres furent faits prisonniers , et la plupart de ses gens mis en déroute.
Le même jour, l'empereur continua à s'avancer
jusque près d'Ay, où il se trouva arrêté par les nombreux ruisseaux et les mauvais passages qu'il rencontra ce jour-là. D'ailleurs, son arrière-garde n'était arrivée qu'à dix heures du soir. Il y avait donc vingt-quatre heures que toute l'armée était en marche, et le jour précédent elle avait fait la même étape. S'il est permis de porter un jugement sur les choses qui auraient pu arriver, on peut bien croire que, si l'empereur avait atteint ce jour-là
(4) Nâo sabendo o que fazia.
Épernay, qui rrélaît éloigné que d'une petite lieue de France (la chose ne fut pas possible), de manière a faire dès le lendemain passer Tarmée par le pont de pierre de cette ville, et par les ponts de bateaux qui avaient été construits sur la même rivière, il aurait pu , en suivant la colline ci-dessus mentionnée, aller attaquer le camp français par les pentes qui n'étaient pas encore fortifiées, et Dieu eût donné la victoire à qui il lui aurait plu (1). Cependant, à cause des obstacles prérappelés, l'empereur n'arriva à Épernay que le lendemain au soir, et il proposa en conseil ce qui a été dit plus haut. Mais on ne put mettre ce projet à exécution, parce que, à cause du retard de ce jour qui avait été perdu, les Français eurent le temps de se fortifier sur ces pentes, comme ils Tétaient déjà des autres côtés : ce dont l'empereur fut aussitôt prévenu. En conséquence, l'empereur partit d'Épernay, allant toujours en avant avec grande diligence et avec précaution (2).
(1) E Deus dera a Victoria a quem fora servido.
(2) Gom granda pressa e cuidado.
Mais la route lui offrit beaucoup de contrariétés à cause des nombreux ruisseaux qu'on rencontrait à chaque pas. Dans beaucoup d'endroits elle était trèsmauvaise, et il fallait souvent prendre de longs détours de sorte que, lorsqu'on pensait pouvoir faire deux ou trois lieues de France par jour , on arrivait en parcourant de grands circuits à n'en faire qu'une. Ceci décida l'empereur à envoyer en avant un bon nombre de soldats, débarrassés de leur charroi, qui formait un grand obstacle à la marche, afin qu'ils pussent prendre (et ils la prirent, en effet) la ville de Château-Thierry. L'empereur les y suivit aussi promptement qu'il put, toujours avec l'intention de marcher en avant et de poursuivre sa route.
Or il faut savoir que pendant cette expédition que l'empereur fit en France, les ministres du roi ne cessèrent jamais de négocier chaque jour et de présenter des propositions de paix, et l'empereur, à qui la paix était et avait toujours été chère, (I),
(1) Âoque Sua Magestade coino quem Ihe era e fora seinpre tao affeiçoado.
ne les avait pas repoussées. Si dès le commencement les ministres du roi avaient parlé de paix, ils le firent bien davantage et avec bien plus d'instances quand ils virent Sa Majesté dépasser Chàlons avec toute son armée (<). Ils continuèrent donc ces négociations et y mirent une si grande ardeur, que Ton était presque tombé d'accord sur les articles et les conditions de la paix. Néanmoins comme le roi d'Anî:cleterre était devant Boulogne, ainsi qu il a été dit, et comme Sa Majesté, qui s'était a^'ancée si loin dans Fintérieur de la France, n'avait pas de nouvelles de ce qu'il faisait cl n avait aucun moven de lui donner des siennes, elle ne pouvait, conformément aux conventions conclues avec ledit roi, signer la paix avec le roi de France s;vas que le ri^»i d'Angleterre en eût connaisscinee et v consentit, A cet etïet, les ministres du rc»î de Fî'tinoe {< rrairoaî qi;e levniue d'Arras,
\t^ K sif i.> jrlUv y: j e"e> Irit.iviai e fri'.-^urani Je pai. Sua Xj :> i,^e r ssir i^ Cli';r: ecci >«îtt exerj:\" e tiz.o <e cod-
ministre de Tempereur, allât, de la part de Sa Majesté, informer le roi d'Angleterre de ce qui se passait en vérité. L'empereur lui fit connaître que, si avec ses forces il voulait de son côté pénétrer plus avant en France, il était prêt du sien à pousser sa marche et son entreprise, jusqu'à ce que les deux armées opérassent leur jonction devant Paris ou dans l'endroit qu'on jugerait le meilleur (1). A défaut d'accepter cette proposition, il demandait qu'il consentît h ce que Sa Majesté traitât de la paix, en l'y comprenant, conformément à ce qui avait été convenu auparavant.
Cependant, dans le même temps, le roi d'Angleterre continuant le siège de Boulogne serrait la place de façon qu'elle fut forcée de se rendre, ce dont à juste cause il était fort content (2). Voyant donc la saison fort avancée et considérant les grands frais que cette guerre lui avait occasionnés, il jugea qu'il
(1) Offerecendo llie que se com suas forças e génie queria (ia sua parte enirar mais per França, que o Emperador da sua conlinuaria seu caminho e empresa alee se arrem ajunlar os dous exercitos la para a parle de Paris, ou aonde mellior parecesse.
(2) Doque elle, e com jusla causa, estava mui conlenle.
n'avait ni les moyens ni les ressources nécessaires pour entrer plus avant en France (I), et consentit à ce que l'empereur conclût la paix.
Or, tandis que l'empereur attendait, comme il a été dit, une prompte réponse du roi d'Angleterre, il reconnut qu'il ne pouvait pas s'arréterpluslongtemps dans le lieu où il se trouvait, à cause de la grande disette de toutes les choses nécessaires, qu'éprouvait son armée, et il remarqua qu'il lui serait difficile de continuer à aller en avant. En effet, par les motifs indiqués plus haut, il n'avait pu mettre plus de rapidité dans sa marche, et l'armée ennemie restée libre dans ses mouvements à cause de la rivière qui la séparait de l'empereur, avait eu le temps de gagner les devants et d'organiser ses forces. Il en résulta que l'empereur, faute de vivres qu'il lui était impossible de se procurer, si loin dans l'intérieur de la France (de Château-Thierry à Paris il n'y a guère que vingt petites lieues), ne
(1) E vendo a sazâô ir declinando muito, e os grandes gastos que fizera nesfa guerra, nem 1er as commodidades e apercebimentos necessarios para poder entrar mais per França.
pouvait s'arrêter le temps convenable pour attaquer les places qui auraient voulu se défendre, point qui était de grande importance (1). L'empereur pesa toutes ces considérations, d'autant plus que Ton devait déjà plusieurs payes aux soldats, et qu'on avait aux Pays-Bas l'argent nécessaire pour les payer, mais qu'il n'y avait pas moyen de le transporter, et sa détermination lui fut presque imposée par la nécessité, tant pour obtenir plus vite la réponse du roi d'Angleterre que pour se rapprocher des Pays-Bas, d'où il pourrait plus facilement être pourvu d'argent et d'autres choses indispensables, et aussi pour mieux régler ce qu'il aurait à faire, selon la réponse qui lui viendrait du roi d'Angleterre. Il partit donc de Château- Thierry, prenant la route de Soissons qui se soumit h son approche. De là il pouvait mettre à exécution les propositions qu'il avait faites au roi d'Angleterre aussi bien et même mieux qu'il ne l'eût pu faire de Château -Thierry.
(1) Gousa que fora de grande imporlancia.
Sur ces entrefaites arriva la réponse du roi d'Angleterre. Ainsi qu'il a été dit, il consentait à ce que Sa Majesté impériale conclût la paix. La paix faite, M. d'Orléans vint visiter l'empereur. Autant en fit bientôt M. de Vendôme; et l'empereur poursuivit sa route, avec toute son armée jusqu'à Cateau-Cambrésis où elle fut payée et licenciée, et de là il se rendit à Cambray où il trouva la reine de Hongrie sa sœur, ainsi que les otages qui devaient lui être remis. Avec toute cette compagnie il rentra à Bruxelles. C'était la sixième fois qu'il revoyait ses États de Flandre. Quelque temps après, il y reçut la reine Très-Chrétienne et M. d'Orléans, accompagnés de beaucoup de seigneurs et de dames, qui s'en retournèrent après avoir été fêtés pendant quelques jours. L'empereur s'occupa des affaires de ses États de Flandre, avec l'intention de les visiter. Il partit donc de Bruxelles, où il avait été menacé de la goutte, pour aller à Gand. Dans cette ville, la goutte le prit à ce point que de décembre à Pâques il en fut toujours extrêmement tourmenté, quelque sévères
que fussent le régime et la diète qu'il s'était imposés pour la première fois : c'était sa onzième attaque de goutte.
L'empereur aurait dû aller vers ce temps en Allemagne, pour tâcher d'y rétablir l'ordre (1). Car il faut savoir que, depuis l'année 1529 où, comme on l'a dit, il passa en Italie pour la première fois et eut une entrevue avec le pape Clément, il ne laissa jamais, toutes les fois qu'il vit ce même pape Clément ou le pape Paul, et dans tous les voyages et dans toutes les diètes d'Allemagne, et dans tous les autres temps et dans toutes les autres circonstances, de solliciter continuellement soit en personne, soit par ses ministres, un concile général, comme remède des maux de l'Allemagne et des erreurs qui se propageaient dans la chrétienté (2). En ce qui concerne le pape Clément, à
(1) Para Irallar de seu remedio.
(2) Porque liede saber, que como ja se disse, desdo anno 29 que foi a primeira vez que passou a Ilalia e se vio com o Papa Clémente nunqua deixou todas as vezes, que se vio assi corn o mesmo Papa Clemenle como com o Papa Paulo. e em lodas seus caminlios, c dictas, que tinha feilo na ditla Germania, e
cause de diverses difficultés qui tenaient à sa • personne, et malgré la promesse qu'il avait faite à Sa Majesté de convoquer ledit concile dans le délai d une année, il ne fut jamais possible d'obtenir de lui quil voulût l'exécuter (1). Son successeur le pape Paul déclara au commencement de son pontificat qu'il avait promis d'annoncer et de convoquer immédiatement le concile, et montra un vif désir de porter remède aux maux de la chrétienté et aux abus de l'église; néanmoins, depuis ce temps ces démonstrations et cette première ardeur allèrent en se refroidissant, et suivant les traces et l'exemple du pape Clément, il temporisa avec de bonnes paroles et différa toujours la convocation et la réunion du concile (2),
em lodos os oulros tempos e occasioes de conlinuamenle sollicitar liora em persoa, hora per raeio de seus rainisiros, concilio gérai para reraedio da ditla Germania e dos erros, que iam multiplicandô na Christandade.
(1) Quanlo ao Papa Clémente, por aigus inconvenlentes, que liavia em sua pessoa, $em embargo da promessa, que linha feilo a Sua Mageslade de denlro de hum anno convocar o dilto concilio, ja mais foi possivel accabar corn elle, que o quisesse execular.
(2) A Papa Paulo, ainda que no principio de seu Ponlificado
jusqu'à ce que, comme il a été dit plus haut, il envoyât à Monzon, lorsque le roi de France commença la guerre en 1 542, une bulle de convocation dudit concile à Trente. La saison et l'opportunité du temps montrent bien quelle était son intention, Dieu la connaît et on peut la voir clairement par ce qui se passa alors, et par la réponse de Sa Majesté (1). Cependant, par suite des changements qui survinrent dans les affaires, changements bien différents de ce qu'avaient calculé des esprits pénétrants, les choses s'arrangèrent (2), et elles furent conduites de sorte que ladite convocation eut lieu; le concile commença et continua long-
pabiicasse que linha promeUido de logo publicar e convocar concilio, emostrasse grandes desejos de reraediaraCbristandade 6 abusos da Igreja, com tudo despois com o tempo aquellas mostras e ardor primeiro se foi esfriando, e seguindo os passos e exemplo do Papa Clémente, com boas palavras proloiigou, e entrelene sempre a convoçaô e ajuntamenlo do concilio.
(1) A sazâo e opportunidade do tempo mostram bem, com que tençàô isto era, e Deus o sabe, e pelo que enlàô passou, e Sua Magestade respondeo, se pode claramente enlender.
[2) Con tudo polas mudanças que nos negocios sobrevieram bem diiïerentas do que aigus agudos engenhos tinbao discorrido, as cousas se ordenaram.
temps à Trente, jusqu'à ce que ledit pape Paul, par des raisons qui l'y portèrent (Dieu veuille qu elles fussent bonnes !), voulût révoquer et le transférer à Bologne (l).Sa Sainteté étant donc vis-h-vis Fempereur dans les dispositions dont on a parlé plus haut, et ayant pris occasion des propositions faites par Sa Majesté à la diète de Spire, lui adressa un bref bien peu d'accord avec les sentiments que Sa Majesté avait professés pendant toute sa vie (2). L'empereur ne voulut pas y répondre, attendu que cela ne pouvai t pas bien se faire sans compromettre l'honneur et l'autorité des deux chefs de la chrétienté , et il s'affligea beaucoup de ce que les protestants saisirent cette occasion de répondre au pape au nom de Sa Majesté (3). L'empereur poursuivit ce
(1) Alee que o dilto Papa Paulo por respeilos, que o moveram (os quaes Deus permiUa que forsem bons) trallou de avocar e (ransferir a Bolonlia.
(^) £ lendo Sua Sanlitade para com o Emperador a (ençaô, que acima se moslrou, e lomando occasiâô da prattiea, que Sua Mageslade fez na diela de Spira, Ihe escreveo hum brève bem différente da proOssam, que Sua Mageslade (Izera (oda sua vida.
(3) Ao quai Sua Mageslade nâo quis responder por quanlo se nâo podia bem fazer, guardnndo o deeoro e auclhoridade das
qui avait été résolu à la diète de Spire, relativement à la réunion d'une autre diète à Worms; mais, celle-ci ayant été convoquée, l'empereur, à cause de son indisposition, ne put s'y rendre au jour fixé. Il pria donc le roi son frère de s'y trouver, et il y envoya aussi M. de Granvelle, afin qu'ils y assistassent, et se hâtassent d'aborder et de régler les affaires en employant le meilleur et le plus prompt expédient possible (1).
1545 Dans le but mentionné plus haut, l'empereur partit de Bruxelles pour Anvers , quoique encore affaibli par la goutte et la diète , et il y reçut la visite de M. d'Orléans. Laissant, pour la quatrième fois, la reine de Hongrie, sa sœur, gouvernante des États de Flandre, il se rendit par le Rhin à Worms. Ce fut la septième fois que l'empereur fit celte route. Il entra en Allemagne avec l'intention et le
duas cabeças da clirislandade, e llie pezou hem da occasiàô, que com grande audacia (omaram as protestantes de llie responder em nome de Sua Magestade.
(1) E indo ganhando tempo encaminharem e ordinarem as cousas tomando o mais brève e melhor expedienle que podesse ser.
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vif désir de porter un remède à ce qui s y passait : ce qu'il espérait faire plus facilement au moyen d'un bon accord (1), vu qu'il était en paix avec le roi de France, et qu'il n'y avait alors aucune apparence que le Turc attaquât l'Allemagne. Mais comme il connaissait et avait vu le grand orgueil des protestants et leur obstination, il craignait que réellement on n'arrivât à aucun résultat convenable (2). Il avait toujours eu, ainsi que beaucoup d'autres, la conviction qu'il était impossible d'abaisser par la voie de rigueur une telle obstination et une puissance aussi grande que celle qu'avaient les protestants ; il hésitait donc sur ce qu'il pouvait faire dans une affaire qu'il convenait et qu'il importait tant de régler (3). Mais Dieu qui
0) £ enirou na Germania com (ençâô e grandes desejos de llie dar bum remedio, o que esperava fazer mais facilmenle per meio d'aigu m bom aceordo.
(2) Mas eomo Sua Magestade (inba enlendido e vislo a grande soberba e obslinaràô dos prolestanles, receava que por virlude nenbûa cousa fizessem, que conveniente fosse.
(3) E por quanlo Sua Mageslade tivera sempre, e muilos oulros tinbam para si que via impossîvel per via de força abaixar bum (ao obslinado e grande poder, quai era o que os
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n'abandonne jamais ceux qui recourent à lui, même quand ils ne le méritent point (1), ne se contenta pas de faire à Tempereur la grâce de lui donner si promptement la Gueldre : Texpérience de ce qui se passait ouvrit aussi les yeux de l'empereur et éclaira son entendement, de sorte que non-seulement il ne lui parut plus impossible de dompter par la force un tel orgueil, mais, tout au contraire, cela lui sembla très-facile, en Tentreprenant dans des circonstances et par des moyens convenables (2). Comme cette affaire était dune si grande importance et d'un si grand poids, il ne voulut point en prendre sur lui seul la décision, et il la communiqua seulement (à cause du secret qu'il convenait de garder) à quelques-uns de ses ministres les plus
proleslanles linham, se achava perplexo acerca do que podcria fazer, porremediar cousa que lanlo convinha e iinportava.
(1) Mas Deus que jamais desampara aquelles, que a elle recorrera, ainda que o nâo mereçam.
(2) Mas conio a experiencia do que passava Ihe abrio os ollios, c ailumiou o enlendimento de sorte, que dalli pordianie nâo soo nâo llie pareeeo impossivel, poder per via de força domar lao grande soberba, mas o levé por muy facil, emprendendo o em tempo e modo conveniente.
fidèles, qui avaient rexpérience du passé, et auxquels en conséquence il fit part de ce dessein (1). Leurs avis furent semblables à celui de Sa Majesté, mais l'empereur en différa l'exécution, espérant qu'elle pourrait être conforme à ce qui serait décidé à la diète de Worms, et prévoyant qu'à défaut de pouvoir par de bons moyens et des voies pacifiques rétablir l'ordre en Allemagne, on se trouverait réduit à en venir aux armes et à l'emploi de la force, suivant les circonstances et l'opportunité qui se présenteraient (2).
L'empereur , ainsi qu'il a été dit , poursuivit sa route jusqu'à Worms, où il trouva peu de princes de l'empire, mais beaucoup de fondés de pouvoirs ou
(1) E por ne{];ocio ser de grande imporlancia e peso, nâo querendo (iar de si soo a resoluçàô délie, a communicou com aigus poucos de seus minislros mais fiels por causa do segredo, que convinba se tivesse, e que (ambem (inham experiencia do passado, aos quaes por causa délia se representou o mesmo.
(2) E Sua Magestade deixou a execuçâô para quando e conforme ao que se podesse resolver na diela de Vormes, porque nâo podendo por bons meios e modos pacifîcamenle reduzir Alemanha, enlâô se viria as armas e força, segundo o lempo e opporlunidade que se oiîerecesse.
commissaires avec lesquels il commença à traiter, en continuant ce qui avait déjà été conclu dans une conférence tenue auparavant dans la même ville. Mais la faiblesse et la froideur qu'ils montrèrent dans cette négociation firent voir clairement dans quelle intention et dans quel esprit ils traitaient ces affaires (1). L'empereur, voyant ceci, communiqua sa pensée et les considérations ci-dessus exposées au roi des Romains, son frère, qui était venu à la diète, comme à un frère et à un prince fort intéressé dans cette question (2). Celui-ci, avec la ferveur qu'il mettait aux choses qui touchent au service de Dieu, et avec un grand désir de remédier à de si grands maux, voyant l'obstination des protestants et les résultats peu nombreux ou nuls que l'on obtenait en agissant avec eux par des moyens et des termes de dou-
(1) D'onde se seguia tâô fraca e fria negociaoâô , que se via claramenle, corn que tençâô e animo se traUava de (aes negocios.
(2) que vendo Sua Mageslade e vindo neste lempo à dieta el Rey de Romanos , seu irmaô como a irmâô e a quem o negocio grandemenle loccava, coramunicou seu parecer e discurso acima dillo.
ceup, trouva le projet deTempereur fondé en raison et exécutable, et y acquiesça (1). L'empereur considéra que le temps et l'opportunité étaient propices et favorables à l'accomplissement de ce projet, et qu'à cette fin il convenait et était nécessaire que le pape y concourût et y aidât de sa puissance spirituelle et temporelle, étant plus tenu que personne de mettre ordre et de porter remède à de si grands maux (2). Leurs Majestés arrêtèrent donc ceci entre elles, en jurant le secret, et sous la condition que, si le secret n'était pas gardé, elles ne seraient pas obligées à ce qui aurait été révélé, et elles résolurent de communiquer leur détermination au
(1) quai cora o fervor que lem nas cousas, que sâo de serviço de Deus, e grande desejo do remedio de tâô grandes maies, vendo a obstinaeaô dos protestantes, e o pouco ou nenlium efTeilo, que se seguia de procéder corn elles per modos e termos brandos, aciiou o ditlo discurso do Ëmperador, fundado cm razâo e possibilidade, e se conformou com elle.
(2) E considerando, que o tempo e opporlunidade era mui propicia e accommodada para executar o ditlo discurso, e que para este effeito convinha e era neccssario que o Papa concorresse e ajudasse com suas forças spiriluaes e lemporaes, como aquelle que estava mais obrigado a dar ordem e procurar remedio a tantos maies.
cardinal Farnèse, petil-flls et alors légat du pape Paul, qui, à cette époque, arriva dans la ville de Worms (1). En conséquence, après qu'il eût juré lé secret et accepté la condition susmentionnée, ils lui firent connaître que, si Sa Sainteté voulait, ainsi qu'il a été dit, leur prêter l'appui de sa puissance spirituelle et temporelle, Leurs Majestés, considérant que les moyens de douceur et de concorde étaient impuissants , et que Tobstination et l'insolence des protestants croissaient chaque jour davantage au point qu'on ne pouvait plus les tolérer, entreprendraient par la force de remédier et d'obvier à leur obstination et à leur insolence (2). Le
(1) Suas Mageslades assentaram ambos entre si, de com juramento de segredo e condicào, que se este se nâo guardasse, elles nâo estariam obrigados a cousa, que livessem ditla, e ofTerecida communicar sua determinacàô com o cardeal Farnes, nefo e enfonces legado do Papa Paulo, que neste tempo cliegou ao mesmo lugar de Vomies.
(^) £ assi, despois que declarou a Suas Mageslades com o juramento e condiçâô dantes dilla Ihe proposeram e ofTerecerâô que se Sua Sanlidade quisesse ajudar, como dltto lie, com suas forças spirituaes e lemporaes (vislo como os modôs e meios suaves e de concordia nâo tinliam lugar, e a obslinaçâo e insoiencia dos protestantes ia cada dia crescendo de sorte que se nâo podia ja
cardinal Farnèse fut tellement effrayé de cette ouverture que, bien qu'il eût dit auparavant qu'il avait d'amples pouvoirs pour traiter de tout ce qui se rapportait au remède des maux présents, il ne voulut pas aller plus avant dans la conclusion de cette affaire (1). Et comme Leurs Majestés disaient que puisqu'il n'allait pas plus avant et ne voulait prendre sur lui aucune résolution , le mieux serait de consulter Sa Sainteté en toute diligence, par un exprès qui lui apporterait la réponse, il n'en voulut absolument rien faire, mais il voulut être lui-même le messager, disant qu'il ferait bonne diligence; et en effet elle fut telle qu'elle convenait à- un personnage de son autorité, mais non pas telle que l'exigeait l'importance de cette affaire (2). La pre-
soffrer] Suas Mageslades emprenderiam por via de força remediar e obviar a laes obslinaçoés e insolencias.
(1) Do quai offerecimenlo o dUlo Gardeal flcou tàô espantado, que dizendo danles, que trazia amplos poderes para (rallar de iudo que (ocasse ao remedio dos présentes maies, nâo quis passar mais ao dianle na conclusao desle negocio.
(2) E dizendo Ihe Suas Magestades, que ja que nao passava mais avante, nâo querendo per si concluir nada, o mellior séria consullar com (oda diiigencia Sua Santidade per hum proprio, que Uie (rouxesse a resposla, de nenhum modo o quis fazer, mas
mière chose qu'il fit en arrivant à Rome fut d'aller en tout contre son serment, et contre la condition imposée par Sa Majesté. En effet, Sa Sainteté convoqua aussitôt un consistoire où il y a toujours des opinions et des partis contraires, et elle y communiqua les offres de l'empereur (1). Sa Sainteté choisit pour légat le même cardinal Farnèse , et pour gonfalonier ou général de l'église, le duc Octave son frère. On nomma immédiatement les autres principaux capitaines et Ton battit le tambour pour rassembler des gens de guerre, en les appelant à s'associer à cette sainte expédition et à prendre vengeance du sac de Rome (2).
Sa Majesté, considérant que, lorsque la proposition ci-dessus avait été faite au cardinal Far-
elle mesmo quis ser o messageiro, dizendo que faria boa diligencia, a aqual foi (al quai a hum personagcm de sua auclhoridade convinha, mas nâo a que a qualidade de negocio requeria.
(1) Porque tanlo que cïiegou a Roma, a primeira cousa que se fez foi ir em tudo conira o juramenio e condiçâô, que Sua Mageslade linlia poslo; porque logo Sua Sanlidade chamou o consistorio onde sempre costuma haver opinons e bandos con- Irarios, ao quai communicou o offerecimento.
(S!) Publicando que vinham a esia sancla empresa e a tomar vingança do sacco de Roma.
nèse, on était près de la Saint -Jean, et que, d'après la diligence qu'y pourrait mettre le cardinal, la réponse viendrait trop lard et dans une saison trop avancée pour commencer à réunir l'armée et pour faire les préparatifs nécessaires à une si grande affaire, présumant aussi que le secret ne serait pas gardé, dépêcha un exprès à Sa Sainteté pour lui représenter que, cette année, ce projet ne pouvait pas recevoir d'exécution, mais qu'il fallait que l'on gardât bien le secret, car autrement il ne se croirait plus tenu par les offres qu'il avait faites (1). Comme le secret fut violé et comme les protestants furent avertis , l'empereur crut devoir se conduire de telle sorte qu'ils n'ajoutèrent aucune foi au bruit qui
(i) Vendo Sua Mageslade Impérial que quando propose acima ditto ao Cardeai Famés era pelo S. Joâo, e que conforma a diligencia que o dillo Cardeai podia fazer, a resposla viria jà fora de tempo e em sazâô muilo adeanlada para começar a Irallar de por em ordem o exercilo, e apprestar as cousas convenienles a lai négocie, presumindo tambcm que o segredo se nâo guardaria, despachou hum proprio a Sua Sanlilade advirtido o que por este anno a ditta delerminacâô se nâo podia execular e que por lanto se guardasse bem o segredo, porque d'outra maneira nâo se linha por obrigado aos offerecimentos que.fizera.
circulait (I). L'empereur, vit aussi que dans ladite diète on ne ferait rien que perdre du temps (il voulut toutefois la prolonger jusqu'à ce qu'il connût la résolution du pape), et il se borna à des communications brèves et sèches (2), en remettant les négociations à une diète convoquée, pour l'année suivante, à Ralisbonne.
Sur ces entrefaites, il y eut, dans la même ville, une conférence touchant les moyens qu'il pouvait y avoir de remédier à ces différends (3). Durant cette diète, l'empereur reçut la nouvelle que la princesse d'Espagne, sa bru, était délivrée d'un fils, qui s'appela depuis l'infant don Carlos, et quatre ou cinq jours après, il reçut la nouvelle bien différente de la mort de la même princesse, dont il fut affligé comme de raison. Dans le même temps, le roi des Romains reçut également la nouvelle de la mort
(1) £ por quanto o segredo se rompeo, e os prolesiantcs foram adverlidos, se levé con ludo tal modo, que a fama que corria nâo foi per elles crida.
(2) Lbe fez hua brève e secca praUica.
(3) No mesmo kigar se fe/ hum coiloquio a cerca dos modos, que poderia haver para remedio deslas differenças.
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de sa fille aînée , ce dont l'empereur fut aussi affligé que s'il avait été son père.
Toutes ces choses terminées, l'empereur partit de Worms , et prenant la route du Rhin pour la huitième fois, il revint pour la septième aux Pays- Bas, où il trouva la reine de Hongrie, sa sœur, à Louvain, et de là il se rendit à Bruxelles, où arriva la nouvelle que le duc d'Orléans était mort, huit jours avant l'anniversaire de la paix de Crespy, dont l'une des conditions portait que le duché de Milan lui serait donné. Cette mort vint à propos, car, comme elle fut naturelle, on put croire que Dieu l'avait résolue dans ses secrets jugements (1).
L'empereur se rendit ensuite à Bruges, où arrivèrent, tant de la part de la France que de l'Angleterre, plusieurs grands personnages chaînés, à cause de ce changement, de modifier, de corriger et de rédiger de nouveau les conventions conclues entre les trois monarques (2); mais ne trouvant pas
(0 A quai morte veo a tempo, que sendo nalural pode parecer, que foi ordenada de Deus por seus secretos juizos.
(2) Para per occasiâô desla mudança, innovar, mudar, e fazer de novo.
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moyen de s'arranger et de tomber d'accord, ils s'arrêtèrent aux expédients les plus convenables. Et dès lors les traités et la paix conclus entre Leurs Majestés se maintinrent tant par la dissimulation des uns que par la tolérance des autres (1).
Cela fait, l'empereur partit pour Bois-Ie-Duc, afin d'aller tenir le chapitre de la Toison d'Or, à Utrecht. Mais à Bois-le-Duc, il fut attaqué de la goutte, de sorte qu'il fut obligé de s'y arrêter et de remettre le chapitre à une autre époque. Bientôt après, sentant sa santé s'améliorer, il le tint à Utrecht, où la goutte le reprit. Le chapitre terminé , se trouvant un peu mieux, il partit d'Utrecht pour aller visiter les terres de l'État de Gueldre, qu'il occupait de nouveau en vertu de l'ancien droit qu'il y avait. La nécessité où il avait été de marcher contre ses ennemis lavait empêché d'y aller aussitôt qu'elles lui furent restituées. Cette visite finie, il continua son chemin jusqu'à Maestricht, encore fort affaibli par son dernier accès de goutte qui fut le
(1) Assi pola dissimulaoao d*algûas d*ellas, corne pola toléra ncia d'oui ras.
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douzième. Il était dans cette ville, quand il reçut les députés de quelques Électeurs et princes de Fempire. Ils dirent qu'ils étaient avertis que Sa Majesté venait à main armée en Allemagne : chose nouvelle qui scandalisait fort la plus grande partie de ce pays (1). Ils fondaient leur mission sur un bruit qui courait et qui avait son origine dans ce qui s'était passé à Rome l'année précédente, lors du voyage du cardinal Farnèse, et dans l'arrivée de plusieurs ambassadeurs que Sa Sainteté avait envoyés à l'empereur aux Pays-Bas et à Utrecht, lesquels réclamaient et sollicitaient, avec de grandes démonstrations de bonne volonté, l'exécution de l'offre que Sa Majesté avait faite, et qui, parce motif, montraient beaucoup de véhémence et peu de discrétion, comme cela convenait à l'exécution de
l'affaire (2). Par celle raison et pour mieux rassu-
(1) Dizendo, que foram advirlidos, que Sua Mageslade vinlm com mâo armada a Germania, cousa nova, e que muilo escandalissava a maior parle della.
(2) Fundando sua embaixada sobre algum runior, que corria, e procédera daquelle, que o anno passado se fizera cm Roma, por causa da ida do Cardeal Fariics, e d'aigus minislros, que Sua
rer ceux qui n'ajoutaient pas foi à cette rumeur, l'empereur ne voulut encore rien conclure avec les ambassadeurs de Sa Sainteté (1), les remettant et les ajournant jusqu'à ce qu'il serait à Ratisbonne. Il répondit de même aux députés des princes, qu'ils pouvaient voir par eux-mêmes et selon leur propre témoignage, qu'il n'amenait pas avec lui une compagnie plus nombreuse que de coutume, qu'il désirait régler les affaires de d'Allemagne plutôt par des voies de paix et de concorde que par force et par discorde, et que ceci était une chose sûre, conforme h ses intentions et à ses désirs, car il n'avait jamais voulu employer les armes que lorsqu'il avait reconnu qu'il fallait désespérer de tous les autres moyens, et s'était vu réduit à en faire usage (2).
Sanlidade linha mnndado ao Emperador aos Paeses-Baixos e a Direct), os quaes inslavam e sollicitavam com grandes moslras de boa vontade a execueàô de offerecimento que Sua Magestade linha feito, e por esta causa usavam de mais veliemencia e de menos segredo do que a execuçâô do negocio convinha.
(1) Pola quai razao, epor mais verdadeiramente cerlificar os que nâo criani o dillo rumor, o Emperador nâo quis enlâô concluir cousa aigûa com os minislros de Sua Sanlidade.
(2) E assi mesmo respondeo aos commissarios dos Principes, que elles mesmos podiam vor e ser leslemunhas, que nâo levava
Gomme dans le même temps, Sa Majesté fut avertie que la conférence qui était réunie à Ratisbonne devait être rompue de la part des protestants , elle insista près desdils commissaires pour qu'ils voulussent bien continuer cette conférence, jusqu'à ce qu'elle assistât à la diète dans la même ville de Ratisbonne. Ils donnèrent quelque espoir d'agir en ce sens , et proposèrent, afin de mieux la continuer, et afin de trouver quelque moyen de concorde, que le comte palatin Frédéric, alors électeur, se rendrait près de Sa Majesté à Spire, et y mènerait le landgrave de Hesse , auquel Sa Majesté donnerait un sauf-conduit. L'empereur y consentit volontiers, car à son avis, il était bien plus nécessaire de demander des saufs-conduits aux protestants que de leur en donner (1). En effet,
consigo maior companhia da que sempre coslumava levar, e que desejava mais dar medio as cousas da Germania per meio de paz e concordia, que per força e dlscordia, e que islo era cousa cerla, conforme sua lençao el desejo, porque jamais quis usar das armas, se nâo desesperado de todos los oulros meios, e forçado e conslrangido a usard'ellas.
(1) Sendo Ihea elle conforme seu parecer mais necessario lomar lo dos prolestantes, que dar ihe a elles.
il n'était pas moins dangereux pour lui, attendu que le secret avait été peu gardé, de faire ce voyage avec une petite escorte, que d'entreprendre la guerre ouvertement (1). L'empereur se sentait plus perplexe et plus incertain sur la résolution à prendre qu'il ne l'était lorsqu'en 1 S39 il se décida à traverser la France (2). Cependant il crut qu'il convenait d'essayer les moyens de douceur et de modération pour rétablir l'ordre en Allemagne, avant de se voir dans la nécessité de prendre les armes, et telle fut la résolution qu'il adopta dans l'espoir d'obtenir un bon résultat et en se tenant prêt à l'une et à l'autre de ces éventualités (3).
Après ce qui a été dit plus haut, l'empereur quitta Maeslrîcht, laissant, pour la cinquième fois, à
(l)Porque nâo linha por menos perigo, supposto o pouco segredo que se guardara, fazer eslc caminlio corn lam pequena companliia, que de emprender a guerra publicamenle.
(2) Ë se achou mais perplexo e irresolulo de fazer esta delermenaçâô do que esleve em se resolverde passar por França em anno de 39.
(3) Contudo porque convinlia lenlar por meios brandos e suaves de reduzir Aiemanha, ou per necessidade (omar as armas, Sua Magestade se delerminou na foram ditla, para bom effeilo, e execuçâô ou de bùa, ou de ouïra cousa.
la reine de HoDgrie sa sœur le gouvernement des Pays-Bas, et passant, pour la seconde fois, par Luxembourg, il poursuivît son voyage jusqu'à Spire. C'était la huitième fois qu'il entrait en Allemagne. Là ledit électeur palatin avec ledit landgrave de Hesse déclara que, si ceux de la ligue de Smalcalde lui avaient donné la cavalerie qu'il demandait, il eût escorté et conduit l'empereur, malgré lui, jusqu'à Trente : chose assez facile à faire, vu la compagnie qu'il avait demandée, et le faible cortège , que pour les raisons mentionnées ci-dessus, l'empereur avait voulu amener avec lui (1). Mais Dieu qui gouverne et ordonne toutes choses en disposa autrement; et ce ne fut pas la seule faute et la seule erreur que Dieu qui les aveuglait permit qu'ils fissent dans leurs affaires , mais ce fut la première de celles
(1) Âonde ditlo eleclor Palatino coin o diUo Lanlsgrave declarou , que se os da ligua Esmalcalda Ihe deram a genfe de cavallo, que pedia, houvera de accompanhar e levar no Ëmperador, inda que nâo quisera, alee Trenlo, a quai cousa fora assaz facil de fazer, vislo a eompanhia que pedia, e a pouca que polas razôcs acima diUas, SnaMagestadequisera levar consigo.
qu'ils commirent ensuite en grand nombre envers leur Dieu et leur empereur, et qui furent la cause de leur ruine totale (1). Dans les propositions et les entretiens que ledit landgrave eut avec Sa Majesté à Spire, il montra une si grande insolence que Sa Majesté le congédia en peu de paroles (2). Car, bien qu'il feignît d'ignorer que ceux de son parti qui se trouvaient à ladite conférence avaient été rappelés et s'étaient retirés, alors que Sa Majesté savait Je contraire, et bien qu'il fit espérer que, s'ils étaient partis, il s'efforcerait de les faire retourner à Ratisbonne, où une diète était convoquée, néanmoins il n'en fit rien, et la conférence fut rompue et dissoute. L'empereur continua donc son voyage jusqu'à Ratisbonne. Il n'y trouva que les commissaires des Étals de l'empire, sans aucun prince ;
(4) Mas Deus que governa e ordena lodas as cousas dispos d'oulra nianeira. E nâo foi esta a soa falla e erro, que cegando os permiUio que fizessem em seus negocios, se beni foi o premeiro de muilos, que despois commelleram para corn seu Deus e seu Emperador, das quaes procedeu sua (olal ruioa.
(2) Nas proposlas e praUicas que o dillo Lanlsgrave levé com Sua Mageslade em Espira, inostrou lâô grande insolencia, que Sua Mageslade em poucas palavras o despedio.
mais l'électeur de Mayence y arriva quelques jours après, tant pour s'occuper de la convocation de la diète que pour ce qui le touchait particulièrement, car peu de temps tiuparavant il avait été élu après la mort du cardinal électeur de Mayence. Quoi qu'il en fût, Sa Majesté fut obligée d'ouvrir la diète, et d'adresser ses propositions à ceux qui s'y trouvaient pour lors; mais elles furent accueillies avec tant de froideur, les affaires furent traitées avec tant de négligence, et les protestants continuèrent à montrer une si grande arrogance que l'empereur jugea et vit clairement que les moyens de douceur serviraient à peu de chose, et, qu'il serait forcé, bien que ce fût fort contre son gré, de faire usage d'autres moyens plus rigoureux (1).
Dans ce temps , les envoyés du pape et quelques ecclésiastiques ne cessaient d'engager l'empe-
(1) A quai foi (àô friamenle tomada e os negocios com (âô grande negligencia trallados, e pelos proleslanles continuada hua taô grande arrogancia, que Sua Mageslade julgava e via claramenle, que os remedios brandos serviram de pouco, e ainda que muKo conira sua vonlade, séria forçado usar d'oulros mais forles.
reur à conclure des arrangements avec leur maître, et à prendre les armes contre les protestants (I). Toutefois Sa Majesté différait, tant pour la grandeur et la difficulté de l'entreprise, que pour se concerter avec le roi son frère (2) qu'elle avait attendu depuis plusieurs jours et qu'elle attendait encore. Ainsi qu'il a été dit, le secret avait été mal gardé, les protestants étaient sur leurs gardes et commençaient leurs préparatifs et leurs armements, ne voulant pas être pris à l'improviste; ils songeaient même à surprendre les autres (3). Cependant l'empereur n'avait rien voulu faire afin de moins agiter l'Allemagne, mais tous reconnurent
(l)Nes(e tempo os minislros do Papa e aigus ecclesiasticos nâocessaram de sollieilar ao Emperador, que quisesse concluir os concertos com seu amo, e começar de lomar as armas contra os protestantes.
(2) que todavia Sua Magestade dilatava assi pola grandcza e difïïculdade da empresa, como por se resolver com el Rey seu irmâo.
(3) Porque, como ditto lie, o segredose guardara mal, e os protestantes andavam sobre aviso, e começavam de se prover e armar, como aquelies , que nâo soomente nâo queriam ser tomados desapercebidos, mas ainda Irattavam de tomar aos outros descuidados.
qu'il ne dépendait pas de lui d'empêcher qu'il ne perdit, en attendant plus longtemps, beaucoup des avantages qu'il pouvait avoir (1). Dès que le roi son frère fut venu , il lui communiqua l'état et les termes des affaires, et comme, longtemps auparavant, le duc Guillaume de Bavière avait offert ses services , engageant et excitant Leurs Majestés à prendre les armes, comme le seul remède à tant d'insolences (2), Leurs Majestés négocièrent avec lui pour qu'il voulût aussi entrer dans l'alliance ou la ligue que mettaient en avant et proposaient les envoyés du pape (3); mais après s'être montré dans le principe si zélé et si ardent dans celte affaire, il se refroidit tellement qu'à cause de lui la conclusion en fut différée plus qu'il ne convenait (4).
(1) que Sua Mageslade nâo tinlia feilo per menos allerar a Germania atee que (odas viram que nâo podia o fazer, e que por ter tanlo esperado, perdera muilo da ventagem, que podera 1er.
(â) Como muilo tempo anles o Duque Guilhclmo de Bavera se tinlia offerecido, incilando e induzido Suas Mageslades a lomar as armns,como unico remedio de tantas insolencias.
(3) No concerto, ou ligua, que os do Papa sollicilavam e offereciam.
(4) Mas moslrando se de principio laô sollicilo e quente no
Enfin Ton fit avec lui une alliance, dont on relira peu de profit, excepté que son pays fournit des vivres à l'armée impériale. On s'adressa aussi aux ecclésiastiques , pour qu'ils voulussent contribuer de leur part et entrer dans ladite ligue. Ceux-ci, avant d'en venir à Fexéculion , avaient également montré beaucoup d'ardeur; mais quand il fallut s'assembler et conclure, ils n'osèrent pas, soit par crainte des protestants , soit de peur d'entrer dans une si grande affîaire, soit par d'autres considérations, s'aventurer en entrant dans la ligue (1). Toutefois ils consentirent à une contribution en argent, en vertu d un accord passé dans les diètes précédentes ; contribution à laquelle les protestants non-seulement ne se crurent pas tenus, mais à laquelle de plus ils s'opposèrent, en empê-
negocîo, se esfriou de sorte, que por sua causa se dilalou a conclusâo mais do que convinha.
(1) Os quaes da mesma maneira anles de vir a obrn, se tinham mostrado muito desejos, mas quando se veo ajûrilar e concluir, ou por receo que tivessem dos protestantes , ou por medo d'en- Irar em hua lâô grande cousa, ou por oulros respeitos. nao se aventuraram, nem atreveram a entrar na liga.
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chant plusieurs de payer leur part (1). Ainsi les prolestants avaient gagné , par ces préparatifs, l'avantage que Tempereur aurait pu avoir sur eux, si le secret avait été gardé. Par toutes ces raisons Taffaire rencontrait beaucoup plus de difficultés et de risques. Cependant Fempereur comprît qu'il serait difficile d'éviter l'exécution de ce qui avait été convenu, que le tenîps se perdait, et que plus l'on tardait, plus la chose deviendrait publique, difficile et périlleuse (2). Il considéra de plus, comme on l'a dit, qu'il était en paix avec la France, et que le roi François était fort empêché par la guerre qu'il avait avec le roi d'Angleterre (3); que le bruit courait que
(1) Do qua! os protestantes nâo soo nâo fizeram caso para con- Iribuirem, mas antes contra vinham, e iao a mao a aigus por pagarem sua parte.
(2) Assi ainda que polo apparalho dantesditio, os pcotestantes tinham ganliado e tomado a ventagem sobre o Emperador, que elle podera tomar sobre elles, se segredo se nâo rompera, e por todas estas cousas o negocio ficava mais difficultoso e arriscado, com ludo vendo Sua Magestade, queja mal se podia escusar d'execurào do que estava trallado, e que o tempo se Iiia passando e que quanio mais se tardava, tanto a cousa mais se publieava, diflicullava e se fazia mais perigosa.
(3) E el Rey Francisco may gastado por causa da guerra, que levé com el Rey d'Inglaterra.
le Turc voulait marcher contre le Sophi ; que par conséquent Ton pouvait supposer avec quelque vraisemblance que de ce côté Ton n'aurait aucun danger à craindre; et que pour plus d'assurance, dans le même temps, l'empereur et le roi des Romains avaient député quelques personnages au Turc, pour l'entretenir et en obtenir, s'il leur semblait que cela fût utile au but proposé, une trêve qu'en effet ils conclurent plus tard. Il observa enfin que les protestants avaient déjà dépouillé toule honte, et qu'ils mettaient activement des troupes sur pied et s'efforçaient d'accomplir leurs desseins (1). Leurs Majestés se déterminèrent donc à conclure avec le pape, et h mettre à exécution ce à quoi la nécessité les obligeait, et ce qui avait été l'objet de si longues négociations (2). En effet, les choses étaient déjà tellement avancées, que dans le cas où l'empereur
(1) E considerando uKimamenle que os prolestantes tinham ja de todo perdido a vergonha, e com toda a pressa faziam génie, e punliam por obro seus desenlios.
(2) Se determinaram Suas Mngestades de concluir com o Papa, e dar execuçâô a que a necessidade os obrigava, e eslava Irattado havia lanlo tempo.
n'aurait pas abordé l'entreprise , l'organisation des protestants leur eût permis de mettre à exécution le conseil que le landgrave , comme on l'a dit plus haut, leur avait donné (1)*
Aussitôt après l'arrivée du roi à Ratisbonne, la reine sa femme, y vînt avec ses filles, et l'on y vit arriver aussi le duc Guillaume de Bavière et le duc Guillaume de Clèves, avec leurs femmes et leurs enfants, et plusieurs autres princes de l'empire. On célébra dans la même ville les noces du duc Albert de Bavière et du duc Guillaume de Clèves, avec deux filles du roi et de la reine des Romains. Les noces achevées, la reine et ses filles, les ducs et les duchesses et les nouveaux époux s'en allèrent. Puis le roi et le duc Maurice s'éloignèrent pour attaquer, chacun de leur côté, les terres de Jean-Frédéric de Saxe, ce qu'ils exécutèrent, de sorte qu'après avoir fait essuyer une grande défaite à son armée, ils lui prirent une bonne partie
(1) Por que as cousas eslavara ja lanto avanie, que se o Emperador nâo dèra principlo a empresa, os protestantes estavara em tal ordem, que poderam por em execuçào o conseille, que danles se disse, que o lantsgrave llies tinha dado.
de ses domaines. Ce fut à Ratisbonne que Terapereup commença à mettre son armée sur pied , en négociant à cet effet avec plusieurs princes, capitaines et gens de guerre, de telle manière qu'en peu de jours il réunit un certain nombre de soldats allemands auxquels se joignirent les Espagnols qui se trouvaient en Hongrie.
Les principales villes de Souabe , qui faisaient partie de la ligue de Smalcalde, avaient reçu précédemment une lettre écrite par l'empereur où il leur disait qu'il était informé qu'elles réunissaient des troupes, par suite d'un bruit qui courait qu'il voulait leur faire la guerre pour cause de religion, et où il les assurait que ce bruit était faux, qu'il n'avait pas eu la pensée d'entreprendre la guerre, principalement contre ceux qui lui avaient obéi et qui n'avaient rien fait contre l'autorité impériale, et qu'en conséquence, si elles licenciaient leur armée et faisaient preuve d'obéissance, elles pouvaient s'aboucher avec Sa Majesté; mais les députés qu'elles envoyèrent vers ce temps montrèrent tant d'obstination, et dans leur insolence, ils répondirent avec
tant d'orgueil que Sa Majesté les congédia comme ils le méritaient (1). De la même manière, les commissaires des protestants, qui étaient à la diète, vinrent un jour près de Sa Majesté, et lui exposant les bruits de guerre qui circulaient, ils lui demandèrent de leur faire connaître ses intentions (2). Sa Majesté leur répondit qu'elle ne voulait faire la guerre que si elle y était forcée pour maintenir son autorité, contre laquelle on attentait chaque jour, en travaillant à l'abaisser et à l'amoindrir (3). Dès qu'ils
(1) Neste tempo os depulados das principaes cidades de Suevia, que eram da Jiga Esmalcaldiana, sobre hua carta, que o Emperador escrevera dizendo Ihes, como fora avisado, que faziam gente de guerra por algua fama que corria , que Ihes queria fazer guerra por causa da religiâô , assegurando Uie qua tal fama era falsa, e que elle nâo linha pensamento de fazer lai cousa, principalmenle conira aqueHes, que Ihe fossem obedienles, e nâo flzessem contra a aucllioridade Impérial, e que por lanto s' elles eram destes,desfizessem o exerci(o,e se mostrassern obedienles, vieram (er com Sua Mageslade, es com grande obslinaçàô em sua insolencia responderam mui soberbamenle. que vendo o Emperador, os despodio, como elles mereciam.
(2) E propondo ihe a fama, que corria de guerra, pediram que os cerlificasse de sua tencàô.
(3) Que elle nSo queria fazer guerra senâô forçado por conservar sua auclhoridade, contra a quai via que cada dia se altentava, e Irabalhava pola abaixare deminuir.
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reçurent celte réponse, tous les prolestants se retirèrent sans dire adieu (I).
L'empereur, voyant que la diète pouvait déjà cire considérée comme terminée et rompue, eut avec ceux qui étaient restés une explication sèche et brève (2). Alors les gens de guerre que lesdites villes avaient levés, furent conduits à Fuessen sous le prétexte d'empêcher Feutrée des soldats étrangers en Allemagne. Ils s'emparèrent de Fuessen, et de plus d'une autre forteresse nommée Clusa, qui appartenait au roi des Romains, de sorte qu'ils furent les premiers qui engagèrent les hostilités et commencèrent la guerre (3). Ils firent ainsi une faute grave, dans leurs mauvais desseins et dans leurs mauvaises inspirations , en prenant ce
chemin plutôt que celui de Ratisbonne (ce fut la seconde faute qu'ils commirent par la permission
de Dieu, qui les aveuglait), car à cette époque Sa
(1) £ lendo esla risposta (odos os protestanles se foram sem dizerem : A Deus.
(â) Gom os que Gcaram fez hua brève e secca prallica.
(3) Demodo que lelles foram os primeiros , que começaram a olTender e a romper a guerra.
Majesté n'était pas encore en mesure de leur résister d'une manière convenable (1).
L'empereur, sachant que les Italiens que le pape avait envoyés sous la conduite du cardinal Farnèse, comme son légat, et du duc Octave, comme son gonfalonier, étaient en roule, ainsi que les Espagnols qui devaient venir de Lombardie, considéra quelles difficultés rencontrerait leur jonction avec lui; il remarqua aussi que Jean-Frédéric de Saxe et le landgrave étaient déjà avec toute leur armée à Donav^erth, et que s'ils venaient se placer entre Sa Majesté et ses troupes, ses forces resteraient divisées et chaque corps par conséquent serait plus faible; et bien que quelques-uns se fissent scrupule, par respect pour la réputation de Sa Majesté, d'abandonner Ratisbonne, l'empereur ne tint pas compte de ces vanités (2), Il était dé-
(1) E nâo erraram pouco por sc^ir sua maa lençâô, e maos principios em tomar anles este caminlio, que o de Ralisbona (e foi este o segundo erro que fizeram por permissâo de Deus, que os cegou] por que Sua Magestade nâo estava ainda aquelle tempo bem apercebido para Ihes resisUr, como convinlia.
(2) Nâo fazendo caso destas vaidades.
cidé, quand il conçut cette entreprise dans le but principal qui l'y déterminait, à la mener à bonne fin, quoi qu'il en pût advenir, parce qu'il voulait rester, mort ou vivant, empereur en Allemagne (I). II forma donc le dessein de laisser la ville de Ratisbonne bien pourvue de gens de guerre, et de se rendre à Landshut, domaine du duc de Bavière. Il y arriva avec le peu de monde qu'il amenait, mais voyant la multitude d'ennemis qui l'attendaient près de là, il tint conseil avec le duc d'Albe, qu'il avait fait son capitaine-général, et avec d'autres capitaines, afin de savoir comment il pourrait prendre la meilleure position et se fortifier le mieux, tant pour résister à l'ennemi que pour attendre les siens, qui, à cause de la longueur et de la difficulté de la route, n'arrivaient pas aussi promptement que tous le désiraient. Dans ce temps, les protestants, qui avaient pris Rhain, terre du duc de Bavière, marchaient sur
(i) Eslando delerminado quando propos de seguir esla emprcse, visla a causa principal por que a emprendia, de vir ao fim délia, qualquer cousa que ouvesse d'acconlecer, por que linba proposto e assenlado deiilro de si, vivo ou morlo, ficar Emperador em Alemanha.
Ingolstadt, ville du même duc, dans laquelle Tempereur avait mis quelques troupes. Us lui envoyèrent, par un trompette et un page, suivant leur coutume, une lettre bien longue et non moins insolente, dont Sa Majesté ne tint compte et à laquelle elle ne prit point la peine de répondre (1). Puisqu'ils étaient entrés dans cette voie, mieux eût valu pour eux se conformer à ce défi oîi ils avaient abjuré toute retenue et exécuter leurs menaces, que de s'arrêter, comme ils le firent après s'être montrés si fonfarons et si insolents (2). Dieu les aveugla ; il permit que ce fût la troisième faute qu'ils commirent, afin qu'ils n'atteignissent pas le but de leurs desseins pervers (3). L'empe-
(1) Lhe raandaram per hum Irombela e lium page, conforme seu costume, hua caria bem comprida, e nâo menos desavergonhada, da quai Sua Mageslade nâo fez caso, nem lomou pena de lhe responder.
(2) Melhor fora para elles, ja que eslavam postos em (al caminho, de seguir sua pouea vergonha no cartel, eexecular os fios, de que neiie usavam , que despois de se lerem moslrado (aô bravos e insolentes iiearem quaes ficaram.
(3) Deus oscegou e permiltio, que esta fosse a lerceira falla, que elles commetleram por nâo ehegar ao fini de sua perversa lencâô.
reur, profitant de ce temps et de cet avantage (1), fit presser l'arrivée tant des gens du pape et des autres princes italiens que des Espagnols qui avaient élé appelés de Lombardie et de quelques Allemands, qui, à cause des empêchements et des obstacles apportés par la marche des protestants, n'avaient pu venir plus tôt. Tous atteignirent Landshut, et aussitôt l'empereur, avec toutes les troupes qu'il avait réunies, se mit en route pour Neustadt, ville du duc de Bavière, avec l'intention et le désir de s'y étabh'r, afin de s'y fortifier et de se rapprocher peu à peu de l'ennemi, ce qu'il ne pouvait faire en ce moment, faute d'approvisionnements, parce que, comme l'on était au début de la guerre, on n'avait pas encore mis bon ordre à ce que l'armée fût pourvue aussi abondamment qu'il convenait. En conséquence l'empereur partit de Neustadt pour Ratisbonne ; et là il régla si bien les choses, que l'on ne sentit plus aucune disette de subsistances, du moins manifeste et notable. Dans la même ville
(i) E assi lendo dado esla commodidade e espaço ao Emperador.
arrivèrent les Espagnols qui venaient de Naples par la mer Adriatique ; et aussi les marquis Jean et Albert de Brandebourg, et le maître de Prusse, avec la cavalerie allemande qu'ils avaient pu rassembler, en quoi ils rendirent service à Sa Majesté (1).
Cependant les protestants s'imaginaient, dans leur orgueil, que l'empereur battait en retraite et s'éloignait d'eux, et ils se portèrent sur l'autre rive du Danube pour occuper les montagnes qui de ce côté dominent Ratisbonne, afin de faire jouer de là leur artillerie, dont ils faisaient grand cas (2), contre l'armée de l'empereur, qui y avait ses quartiers et qui ne pouvait en prendre d'autres sinon au bord du fleuve. Or, l'empereur ayant, comme on l'a dit, réglé le service des vivres, et ne voulant pas perdre de temps ni rester loin de ses adversaires (3), quitta Ratisbonne, et se rendit par étapes à
(1) D*onde Sua Mageslade tinlia bem que fazer.
(2) Para dalli jogar da arlilharia, de que elles faziam grande caso.
(3) E nâo querendo perder lempo, nem eslar longe de seus adversarios.
Neustadt. Tandis qu'il faisait ce chemin, les ennemis prenaient celui que nous avons indiqué plus haut et ils arrivèrent ainsi à trois lieues de Ratisbonne ; mais voyant que leur projet avait échoué, et quils marchaient à travers un pays rude et montagneux, ils craignirent que Tempereur, assaillant leurs flancs, ne leur coupât les vivres. Ils firent donc grande diligence pour revenir sur leurs pas et gagner un passage étroit et difficile près d un lieu nommé Perengries à deux lieues allemandes de Neustadt, où, comme on l'a déjà dit, l'empereur était arrivé avec son armée. Faute d'avoir été averti par ceux qui savaient ce qui se passait, et qui pouvaient et devaient l'instruire (1) de l'avantage qu'il aurait eu en attaquant les ennemis dans un lieu si désavantageux pour eux, il perdit une excellente occasion; mais ce ne fut point par sa faute (2).
Cela fait. Sa Majesté, passant le Danube, assit
(l)»Por falla de nSo ser advirlido per aqueîles que sabiam, podiam e o deviara advirlir.
(2) Que lodavia se nâo perdeo por sua culpa.
son camp dans une belle et forte position en face de Neustadt. Les ennemis, ayant franchi le passage dont nous avons parle, continuèrent leur marche, et se logèrent près du Danube, à deux lieues plus près de Neubourg que d'Ingolstadt. L'empereur désirait aller à eux, malgré la grande disproportion des forces (I), tant pour gagner chaque jour du terrain, que pour dégager et faciliter les mouvements de M. de Buren, qu'il avait chargé de rassembler un bon nombre d'Allemands, à pied et à cheval : ce qu'il avait fait, en emmenant aussi avec lui d'autres cavaliers allemands envoyés par les princes susdits, par le duc Henri de Brunswick et par d autres capitaines, qui étaient au service de l'empereur. Cette cavalerie, que les protestants avaient empêché de passer, était allée, par ce motif, se réunir à M. de Buren, afin de faire route avec lui , et de rejoindre ensemble Sa Majesté. L'empereur, exécutant son intention et le projet susmentionné, partit du camp près de Neustadt, pour prendre, près d'Ingolstadt, une posi-
(1) Âînda que se achava bcm diffcrenle em forças.
tion où il avait la face tournée vers Fennemi (1), le Danube à sa gauche, la ville dlngolstadt à dos, et à sa droite une plaine découverte. Mais comme cette position offrait des difficultés, l'empereur s'en était réservé une autre bonne et forte entre Neustadt et Ingolstadt. Sa Majesté, ayant reconnu celle qu'il avait l'intention d'occuper devant Ingolstadt, envoya quelques chevau-Iégers escarmoucher jusqu'au camp des ennemis, si bien que ceux-ci se mirent en mouvement, et Ton tint pour certain qu'ils venaient tout droit se loger près du camp que Sa Majesté avait résolu d'occuper : ce qu'ils étaient parfaitement en état de faire, parce qu'ils étaient plus rapprochés de cet endroit et avaient la supériorité des forces. Cela engagea l'empereur à s'arrêter et à établir son camp au lieu qu'il s'était réservé, ainsi qu'il a été dit, jusqu'à ce qu'il sût exactement ce que feraient les ennemis. Apprenant qu'ils se retiraient dans les quartiers d'où ils étaient sortis, il alla incontinent occuper avec son
(1) Â cara para o campo dos enemigos.
armée la position qu'il voulait prendre devant Ingolstadt, et il fit telle diligence qu'il y arriva, bien que tard, le même jour. Pendant toute celte nuit (qui ne se passa pas sans quelque bruit, parce que la mullitude qui suivait, pouvait difficilement pendant la nuit reconnaître ses quartiers), il fit creuser des tranchées, autant que le temps le permit; et à ce que l'on n'avait pu faire pendant la nuit on chercha à remédier au point du jour.
Pendant plusieurs jours, les deux camps restèrent rapprochés et en vue l'un de Taulre, et il y eut quelques escarmouches ou, avec l'aide de Dieu, les ennemis eurent toujours le dessous (1). Toutefois, ils vinrent s'établir à une lieue plus près de Sa Majesté. La nuit suivante, eut lieu une bonne camisade qui leur causa grand dommage. Le lendemain, il y eut encore une bonne escarmouche ; et le jour suivant, de grand matin, ils se portèrent, avec toute leur armée et leur artillerie en bon ordre, à portée de canon, vers l'armée
(1) Sempre levaram o peor.
impériale. L'empereur, en ayant été averti immédiatement par le duc d'Albe son général, s'arma, monta achevai, et ordonna au duc de mettre aussitôt, mais sans bruit et sans battre l'alarme (I), toute l'armée sur pied. L'empereur ne s'était pas encore montré, et l'ordre qu'il avait donné n'était pas encore exécuté, quand les ennemis, qui avaient déjà établi une partie de leur artillerie sur un coteau, qui à cet effet leur venait fort à propos, commencèrent, avec celte artillerie, et avec une infinité d'autres pièces, qu'ils avaient placées en différents endroits, à battre le camp et l'armée de l'empereur, de telle manière que, de huit heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, ils tirèrent de huit à neuf cents coups de grosse artillerie, chose que jusque là on n'avait pas encore vue, car jamais aucune armée n'avait été exposée à un pareil feu en pleine campagne, sans être protégée par des tranchées. Néanmoins les soldats de l'empereur le soutinrent si bien que nul ne montra le moindre semblant de peur ; et par la
(1) Sem estrôndo e sem (occar alarma.
grâce de Dieu, ladite artillerie ne causa pas un grand dommage. Les ennemis souffrirent beaucoup plus de l'artillerie avec laquelle on leur répondit de l'armée impériale. On dit qu'ils formèrent le projet de cesser le feu de leurs batteries et d'attaquer le camp de l'empereur. Il se peut qu'ils aient eu raison de ne pas le faire : il ne faut du moins pas leur adresser un reproche de ce qu'ils ne le firent pas (1).
Ainsi se passa cette journée, et les ennemis retournèrent à leurs quartiers, que sur ces entrefaites ils avaient fait réparer. L'empereur ordonna que, cette nuit, tous dormissent dans les tranchées; que, s'il survenait quelque alarme, la cavalerie allât à pied aux tranchées et que tous se missent en bon ordre pour les fortifier : ce qu'ils firent de fort bonne volonté. Car pendant toute cette nuit, et le jour suivant, que les ennemis ne
(1) Se dissèque elles de(erminaram de cessar com a arlilheria e accommetler o arraial do Emperador ; pode ser, que andaram melhor em o nâo fazer, ao menos nâo se devem culpar por que nâo Hzeram.
firent plus jouer leur artillerie, ces tranchées furent mises dans un si bon état, que ceux qui s'en trouvaient proches étaient en parfaite sécurité.
Dans le n)éme temps, on prolongea une tranchée dans la direction du camp des ennemis, ce dont ils ne furent pas fort contents, car ils envoyèrent quelques-uns de leurs arquebusiers y mettre obstacle, ou voir ce que Ton faisait. De ladite tranchée du camp impérial sortirent aussitôt environ huit cents soldats également armés d'arquebuses; et de part et d'autre commença une escarmouche. Les ennemis, voyant que les arquebusiers impériaux étaient en rase campagne, lancèrent trois escadrons de cavalerie pour les charger et les assaillir, mais les arquebusiers nonseulement ne reculèrent pas, mais ils firent de plus une si belle charge, que les ennemis, rompus et ouvrant leurs rangs, montrèrent le dos, après avoir éprouvé de grandes pertes (I), et lesdits
(1) De sorle que rompendo se e abrindo se moslraram as cos- (as, com grande damno.
arquebusiers revinrent à la tranchée. Ainsi se passa le second jour.
Le troisième jour, à la même heure que le premier, les ennemis recommencèrent le jeu de leur artillerie , mais ils ne firent ni plus ni moins que le premier jour. Ceux qui allaient et venaient dans rintérieur du camp recevaient plus de mal que les troupes qui étaient aux tranchées, et Fartillerie de l'empereur causa plus de dommage aux ennemis ce jour-là que le premier. Pendant la nuit, on leur donna de fausses alertes, et par là ils eurent peu de repos. Ainsi se passa cette journée. Le quatrième jour, ils se reposèrent, comme ils Favaient fait le deuxième , et tout se réduisit à quelques coups de feu et à des escarmouches. Le cinquième jour, mécontents et fatigués de la peine et du travail qu'ils s'étaient donnés, inquiétés d'ailleurs par la tranchée qui s'étendait et se prolongeait toujours davantage, et sachant bien qu'elle ne laisserait pas de leur causer un grand dommage, ils envoyèrent en avant la- grosse artillerie, pendant la nuit, à la même heure qu'elle était arrivée le premier jour.
et décampèrent le sixième. Ils menaient leurs escadrons en bon ordre, et ils cheminèrent ainsi jusqu'au camp situé à deux lieues d'Ingolstadt, où ils s'étaient établis précédemment. De là, ils allèrent se loger à deux lieues plus loin, à Neubourg, où ils s'arrêtèrent plusieurs jours. L'empereur, pendant ce temps, ne bougea pas de son camp, attendant des nouvelles du comte de Buren et des troupes qu'il amenait, pour se régler en conséquence. Car il pensait avoir assez fait, avec une telle infériorité tant au point de vue de ses retranchements que du nombre de ses troupes, en obligeant l'ennemi, qui était venu l'attaquer avec tant de fureur, à quitter ses positions et à battre egi retraite (I).
Presque en même temps, l'empereur et les protestants reçurent la nouvelle que M. de Buren avait opéré la jonction qui lui avait été ordonnée,
(IJ Por que Ibe parecia, que tinha assaz feito de havendo tâô grande diiïercnça do seu campo e gente a dos enemigos que o vieram corn lan(a braveza accommeller, fazer los deixar o seu aiojamento e relirar se.
et quaprès avoir passé l'inspection générale de ses troupes au delà du Rhin, il s'avançait pour franchir ce fleuve et venir se réunir à Sa Majesté. Les protestants, qui étaient informés chaque jour et plus exactement (1) de ce que faisait M. de Buren, avaient placé sur le Rhin, du côté de Francfort, de nombreuses troupes, qu'ils avaient laissées en arrière pour en défendre le passage contre M. de Buren. Celui-ci déploya toutefois une telle valeur et une telle activité qu'il opéra ce passage par la force et malgré l'ennemi (2). Les protestants, en ayant été avertis, partirent de Neubourg , où ils avaient leur camp , et se portèrent vers Bendingen , terre du duc de Bavière, excellente position pour marcher en avant, et pour barrer le chemin par lequel le comte de Buren pouvait venir rejoindre l'empereur. Mais comme, pour exécuter cette marche, il fallait s'éloigner des principales villes de Souabe, qui, comme on peut
(1) Os proleslanles que mnis particularmente e que cadia dia sabiào.
(2) quai contudo levé (anlo esforço e pos tanta diligcncia que apezar délies e per força o passou.
le croire, étaient peu rassurées de voir si près d'elles l'empereur avec une armée, ils changèrent d'avis, et revinrent s'établir à Donawert, d'où ils étaient sortis dans le principe. Ils auraient beaucoup mieux fait, pour le succès de leur dessein, de retourner à Neubourg, où ils étaient mieux en mesure de tenir tête à l'empereur, qu'à Donawert. Ce fut la quatrième faute qu'ils commirent, et non la moins considérable (1).
Dans ce temps, l'empereur reçut la nouvelle que le comte de Buren avait passé le Rhin, et qu'il arrivait et s'approchait chaque jour davantage pour opérer sa jonction avec Sa Majesté. Il fut aussi informé du dessein qu'avaient les protestants, quand ils prirent la roule de Bendingen; et cela lui avait donné beaucoup d'inquiétude, car il savait combien il importait que le comte de Buren arrivât sans accident (2). En conséquence, l'empereur avait résolu de s'avancer sur les derrières des protestants , et de régler
(i) Que foi quarlo, e nâo menor erro, que coramelleram. (2) Visio quanlo imporlava que o ditlo conde viesse seguramente.
si bien ses marches en prenant des positions bien fortifiées, que les protestants ne pussent livrer combat au comte, sans être obligés d'en venir aussi immédiatement aux mains avec Sa Majesté ; et, s'ils se retournaient contre l'empereur , le comte devait trouver la route libre et ouverte pour opérer sa jonction avec lui (1). Le comte fit si bonne diligence qu'il arriva avec tous ses gens sains et saufs devant Ingolstadt, au camp de l'empereur. Celui-ci ayant fait reconnaître et ayant reconnu lui-même la ville de Neubourg, passa avec toute son armée le Danube, près du camp, devant Ingolstadt, et marcha vers ladite ville de Neubourg, où se trouvaient quatre enseignes d'infanterie qui capitulèrent. L'empereur arrivé à Neubourg y laissa une garnison, et après avoir réglé tout ce qui était nécessaire, il alla s'établir sur le Danube en un
(l)Para o que o Emperador linha determinado de indo nas coslas dos protestantes fazer jornadas (àô proporcionadas , e tomar sempre alojamentos làô fortificados, que os protestantes, nâo podessem pelejar com o conde, que subito nâo ouvessem tambem de viras maos com SuaMagestade, ou, se virassem sobre Sua Majestade, o conde ficasse o caminho livre e desembaraçado, para se poder vir ajuntar com Sua Magestade.
lieu qui se nomme Maresheim, à une bonne lieue de Donawert, où les ennemis, ainsi qu'on Ta dit, avaient un camp bien fortifié, et où ils s'étaient renforcés des troupes qu'ils avaient laissées en arrière pour fermer le passage à M. de Buren. Et bien que les deux camps fussent fort près l'un de l'autre, pendant les quelques jours qu'on passa dans cette position, on ne put pas en venir aux mains (1).
Ceci porta l'empereur à recourir à une autre combinaison. Il quitta sa position de Maresheim, et s'éloignaut du Danube sur lequel il avait toujours conservé son camp , et laissant les ennemis à sa gauche, il gagna un lieu de l'État de Neubourg, qui se nomme Monheim. Le lendemain, qui fut la veille de la Saint-François, partant de là, il alla s'établir près d'une petite montagne située vis-à-vis d'Ettingen et de Nordiingen, sur laquelle il plaça une partie de son artillerie , en établissant son camp à l'entour. Cela étant fait, l'empereur reçut à la
(1) Le texte portugais est plus énergique : Jamais se poderam morder.
chute du jour Tavis que Ton entendait les tambours des ennemis. Le bruit venait d'un bois qui se trouvait entre l'empereur et les ennemis ; l'obscurité allait croissant , et en même temps un brouillard commençait à s'élever : toutes ces causes empêchèrent de bien savoir ce que faisaient les ennemis. Le son des tambours fut entendu toute la nuit et toute la matinée du lendemain, qui fut le jour de la Saint-François. Pendant la nuit, l'armée et le capitaine -général restèrent dans le camp afin de connaître les dispositions et les intentions des ennemis. L'empereur qui, deux jours auparavant, avait été atteint de la goutte au pied, veilla lui-même la majeure partie de la nuit pour savoir ce qu'on avait appris de nouveau, et pour donner les ordres convenables : ce qui ne l'empêcha pas, quoiqu'il souffrît de la goutte, de se lever avant l'aurore. II se confessa et entendit la messe, tenant pour certain que ce jour-là on livrerait bataille. Malgré le brouillard et malgré les douleurs qu'il éprouvait , il monta à cheval; et sortant du camp, il gravit la montagne
sur laquelle se trouvait Fartillerie , afin de savoir plus tôt ce qui se passait; mais la goutte le tourmentait h ce point qu'il fut obligé d'attacher une bande de toile à l'arçon de la selle, afin de reposer le pied, et il le porta ainsi tout le jour (1). Durant tout ce temps, on ne put rien apprendre des ennemis, à cause du brouillard qui s'était élevé la nuit précédente, et qui continua à s'épaissir tellement qu'on ne pouvait voir à deux pas, tant que ledit brouillard ne tomba point, ce qui n'arriva que vers les dix heures avant midi ; et alors on découvrit que les ennemis avaient passé le bois dont on a parlé plus haut, et qu'ils occupaient les montagnes qui se prolongent jusqu à Nordlingen, sur lesquelles ils avaient rangé tous leurs escadrons en bon ordre. Il est vrai que les derniers de l'arrièregarde, et quelques autres qui se trouvaient encore dans le ravin entre le bois et la montagne, eurent à essuyer une telle charge des chevau-légers impériaux qu'ils prirent une allure plus rapide que le
(i) Que foi forçado por hum lençol sobre o arçàô da sella em que respousasse o pee, e assi o trouxe lodo o dia.
pas pour fuir vers les montagnes (1) où se trouvait le gros de leurs forces. Dans Finlervalle, l'empereur avait fait sortir du camp toute son armée. Dès que le brouillard fut tombé, il rangea les escadrons eh bataille ; et ayant été averti que Farmée des ennemis était en vue, il marcha en bon ordre et d'un pas régulier dans la direction de Tennemi. Il se porta ainsi en avant et occupa une petite montagne qui était plus près de la rivière, afin de mieux voir et de prendre les dispositions convenables. Là se réunirent le duc d'Albe, son général, et beaucoup d'autres capitaines et de grands personnages, discutant et disant chacun ce qui lui paraissait préférable. L'empereur qui, à cause de son indisposition, ne pouvait se déplacer ni se donner de la peine comme il avait coutume de le faire (2), trouva la majeure partie de ses capitaines d'avis qu'il fallait traverser la rivière qu'on rencontrait de ce côté et combattre, ou tout au moins faire
(1) Hua tal carga que elles se relîraram mais que de passo para as montanlias.
(2) Nem Irabalhar como coslumava fazer.
passer un bon nombre de cavaliers soutenus de quelques arquebusiers , qui chargeraient Farrièregarde, et verraient en quel endroit se plaçaient les ennemis, en même temps que l'on conserverait l'armée prête, comme elle Tétait, pour la mettre en mouvement, dès que tcla serait nécessaire. Comme l'empereur n'avait pas, ainsi qu'il a été dit, bien étudié la disposition des lieux et que tous étaient d'accord sur la nécessité de combattre, il adopta cette opinion, et ordonna aussitôt à ladite cavalerie de passer la rivière. Mais au moment où il se retournait vers ses escadrons, afm de les faire marcher au combat , un meilleur conseil lui fut donné par un grand de sa maison (1) qui lui exposa la disposition des lieux , et l'impossibilité de franchir la rivière pour donner la bataille, sans courir le danger évident et presque certain d'être mis en déroute, à cause du grand avantage qu'auraient les ennemis. L'empereur le comprit fort bien et approuva ces raisons, et il fit aussitôt rappeler la
(I) Lhe foi (lado oulro parecer meihor de hum grande de sua casa.
cavalerie, qui avait déjà traversé la rivière à grand'peine, et qui la repassa avec plus de peine encore, le passage étant fort difficile; et Farmée rentra tout entière dans le camp. Quant aux ennemis, ils continuèrent leur marche jusqu'à ce qu'ils fussent établis sur la montagne dont il a été parlé, près de Nordlingen.
Fallait-il franchir la rivière, et donner la bataille? Sur ce point, il y eut alors, il y a eu depuis et Ton croit qu'il y a encore aujourd'hui de grandes discussions et diverses opinions. L'empereur voulut plus tard prendre à son aise une exacte inspection des lieux, et sans qu'il y eût là personne qui pût le gêner. Il en résulta que Sa Majesté, ainsi que tous ceux* qui alors avaient été d'avis de ne pas franchir la rivière et de ne pas combattre, se raffermirent dans leur opinion qui pour eux cessa d'être douteuse, et la chose leur parut d'autant plus impossible, qu'il était bien plus aisé aux ennemis qu'à l'empereur d'attaquer et de donner la bataille. Ceux qui, ce jour-là, avaient été d'avis de combattre, avouèrent, dès qu'ils eurent vu les lieux , que leur
avis ne valait rien, et ceux-là qui, d'après la discussion, avaient jugé que Ton ferait mal de ne pas combattre, confessèrent aussi, après avoir vu les lieux, leur erreur. Ceux qui ne les ont pas vus et qui soutiennent encore l'opinion qu'il fallait combattre, feraient bien de les visiter, et s'ils persistaient dans la même idée, il serait à désirer qu'ils se représentassent exactement l'armée qui était sur l'autre rive (t) : cela modifierait peut-être leur avis.
Ainsi qu'il a été dit, l'empereur retourna cette nuit loger au camp, d'où il était parti, et voyant que les ennemis étaient plus loin qu'il ne l'eût voulu, il délogea le lendemain et fit asseoir le camp sur le bord de la rivière qui, la veille, avait été l'objet de la discussion prérappelée, et alors on vit bien quelle opinion avait été la meilleure. Le camp embrassait deux petites montagnes voisines et dans la position la plus favorable. Quand l'empereur prit ces quartiers, quelques cavaliers protestants
[i) Faram bem d'imaginar o exercito que estava em contrario.
descendirent des montagnes dans la plaine, et aussitôt plusieurs des impériaux traversèrent la rivière. Il y eut une forte escarmouche, beaucoup de décharges d'arquebuse, et des morts de part et d'autre, mais plus du côté des protestants, et surtout parmi les principaux. Là périt entre autres le duc de Brunswick. Cependant il était déjà tard, et l'empereur ne pouvait aller au secours des siens, comme le faisaient les ennemis pour leurs combattants, attendu qu'il était nécessaire, comme il est dit, de passer la rivière. L'empereur voulait d'ailleurs- asseoir son camp, et il fit cesser cette escarmouche. Plusieurs fois il examina et fit examiner diverses positions pour voir s'il y avait quelque moyen de faire du mal aux protestants, mais n'en trouvant aucun, il pesa et régla secrètement ce qui pouvait se faire (1) ; enfin il résolut d'envoyer le nombre de troupes nécessaires pour attaquer Donawert, ville impériale, d'où les ennemis étaient partis, quand ils étaient venus près de Nordlingen,
(1) Cuidou e pratticou em segredo o que se poderia fazer.
et où ils avaient laissé une garnison chargée de la défendre. En conséquence, à l'entrée de la nuit, il fît partir lesdites troupes, qui arrivèrent au point du jour, et qui, du premier assaut, emportèrent les faubourgs. Peu après, la ville capitula.
Cela fait. Sa Majesté quitta son camp, et se rendit à Donawert, avec Tintention de suivre le Danube, du côté d'Ulm, afin de voir s'il y avait ainsi moyen d'empêcher le ravitaillement des ennemis, et dans l'espoir de les affaiblir et de les épuiser (et les habitants de la ville d'Ulm avec eux), eu les obligeant d'abandonner les montagnes et de venir dans un lieu où Ion pourrait plus facilement leur livrer bataille (1).
Il faut savoir que, pour aller à Donawert, l'empereur avec son armée devait nécessairement passer la rivière et se mettre en ligne en pleine campagne, près du camp des protestants. Bien que des ponts de bateaux eussent été établis pour le passage de la rivière , et quoique l'on connût
(1) Onde mais facilimente she les podesse dar balalha.
les gués mieux que lorsqu'on y arriva la première fois, le passage était toutefois si difRcile (et il y avait encore de l'autre côté d'autres rivières à traverser), que, si les ennemis avaient eu un grand désir de combattre, ils auraient pu ce jour-là le faire avec un grand avantage (1). Par quoi, il y a lieu de juger, sans savoir les motifs qui les ont dirigés, que l'on peut compter ceci pour la cinquième faute qu'ils commirent (2).
L'empereur, voyant que les protestants ne bougeaient pas, marcha en bon ordre jusqu'au camp qui était sur le Danube entre Donawert et Hastat. Ceux qui l'occupaient Tabandonnèrent, et les habitants de Hastat apportèrent les clefs de leur ville à l'empereur qui, le lendemain, se dirigea vers Dillingen qui suivit l'exemple de Hastat. Puis il s'établit près de Laubingen, terre qui appartenait au duc Othon-Henri de Bavière, où il y avait quatre
(1) Que se os enemigos liveram grande vonlade de pelejar, elles poderam fazer nesle dia corn grande venlagem sua.
(2) Pelo que se pode julgar, sem saber as causas que a islo os moveram, se pode esta conlar polaquinta falta ou erro que elles comnaetteram.
enseignes d'Allemands, et ce soir-là, elles firent mine de vouloir se défendre.
L'empereur, étant averti que les ennemis voulaient venir secourir cette ville et prendre position sur quelques hauteurs qui se trouvaient à la sortie d'un bois, ordonna, bien qu'encore assez éloigné de la ville, que le lendemain, aux premières lueurs de l'aube, toute l'armée se tînt prête à se porter en avant, quand et là où il voudrait; il partit lui-même de bonne heure avec le duc d'Albe, son général, et plusieurs de son conseil, pour voir quelle position on pourrait prendre comme la plus avantageuse pour combattre les ennemis quand ils déboucheraient dudit bois. Il était en route, quand plusieurs habitants de ladite ville sortirent et vinrent la livrer à Sa Majesté. Autant en firent les habitants de Gondelfingen. Ceux de Laubingen donnèrent avis que lesdites quatre enseignes s'étaient retirées et avaient passé le pont du Danube avant le jour avec quelques pièces d'artillerie et un des capitaines de la ligue, qui était arrivé la veille et les avait empêchés de se rendre dès lors; et ils ajoutaient
qu'avec lesdites quatre enseignes et cette artillerie il avait pris la route d'Augsbourg.
A cette nouvelle, l'empereur remarquant qu'il n'avait pas appris qu'il y eût quelque mouvement dans le camp des protestants, rejoignit l'armée, et en passant devant Laubingen, où il laissa une garnison convenable, il fit traverser le pont par quelques chevau-légers à la poursuite desdites quatre enseignes. Ils les atteignirent et, après une escarmouche, ils les pressèrent de telle sorte qu'elles abandonnèrent leur artillerie, qui fut amenée à l'empereur. Vu le grand désir qu'il avait de gagner les devants, l'empereur marcha si rapidement avec son armée, que le même jour il franchit une rivière qui se nomme la Brenz, et s'établit dans un lieu situé sur le bord d'une autre rivière qui coule vers Ulm, nommé Sontheim. En arrivant là, l'empereur fut informé qu'il y avait dans le voisinage quelques cavaliers ennemis, dans une petite ville impériale nommée Giengen, sur ladite rivière de Brenz. Sa Majesté y envoya son général accompagné comme il convenait; mais dès que ces cavaliers l'aperçurent, ils se
retirèrent. II y avait dans la même ville quelques gendarmes de Fennemi : ceux-ci, espérant ou sachant que toute leur armée arriverait le lendemain, dissimulèrent, parce qu'il était déjà tard, lorsqu'on les somma de se rendre, en donnant leur parole qu'ils se rendraient le lendemain, et ils gagnèrent cette nuit par leur ruse. Cette même nuit, l'empereur étant venu à son camp, envoya des espions de deux ou trois côtés pour apprendre quelque chose des ennemis. Ceux qui allèrent du côté où ils ne se trouvaient pas, ne rapportèrent aucunes nouvelles; mais ceux qui se dirigèrent du côté où ils étaient, donnèrent dans leurs vedettes; les uns furent retenus prisonniers, et les autres revinrent sans rien savoir. Par suite, l'empereur se trouva le matin indécis et irrésolu : il ne savait s'il valait mieux prendre la direction d'Ulm , afin de gagner les devants sur les ennemis, ou s'arrêter, parce que, en faisant grande diligence, ils auraient pu prendre aussi une position qui lui eût intercepté l'arrivée des vivres.
L'empereur, étant dans ce doute, reçut la nouvelle
que les protestants étaient en marche; mais il ne savait pas encore bien où ils voulaient s'établir. En conséquence l'empereur et son général et beaucoup d'autres personnages, allèrent reconnaître les dispositions des ennemis qui marchaient en bon ordre, pour se loger à Giengen. Alors l'empereur, voyant qu'il n'avait pas mis son armée en ordre de bataille, et qu'au contraire elle était prête à se mettre en marche vers Ulm, sur la rive opposée à celle qu'occupaient les ennemis, retourna à son camp, et fit entrer ses troupes dans leurs quartiers : les ennemis firent de même.
L'empereur ayant reconnu la situation et la disposition des ennemis, il fut convenu que ce jour-là on leur dresserait une bonne embuscade; mais comme on ne put pas en terminer les apprêts , elle ne fut pas exécutée comme il convenait. Il est toutefois à présumer que, si elle avait été bien ordonnée, elle aurait eu de grands résultats; car, malgré toute l'irrésolution qu'on y mit, les arquebusiers impériaux firent essuyer de si grandes pertes aux ennemis, qu'ils se souvinrent toujours de cette
journée. En effet, lorsque plus tard l'empereur voulut établir une embuscade telle qu'elle devait être, en profitant d'une occasion favorable, et envoya des éclaireurs en avant pour attirer les ennemis, il ne fut jamais possible de les faire sortir en grand nombre et loin de leur camp.
Cette embuscade échoua peut-être aussi, parce que Giengen est situé dans un bas-fond, et les protestants avaient leur camp sur le bord de la rivière opposé à celui où Sa Majesté avait le sien. De ce côté du camp de Sa Majesté, il y avait une hauteur qui dominait à la fois Giengen et une partie du camp des protestants. Pour ce motif, ceux-ci firent passer la rivière et occuper cette hauteur par une bonne partie de leurs gens ; et comme on pouvait difiîcilement venir à leur secours d'un camp à l'autre, ils fortifièrent très-bien cette position, et de ce camp , l'on découvrait une partie de l'embuscade qui avait été placée. Il en résulta que Sa Majesté ordonna que ladite embuscade rentrât au camp. Afin d'essayer tous les moyens de causer quelque dommage aux ennemis, il sembla
bon de résoudre, comme on le fit, une camisade (1); mais ils furent avertis, et prirent si bien leurs mesures qu*on agit très-sagement en n'exécutant pas ce dessein. Gomme les protestants occupaient la hauteur dont il a été parlé, au-dessus de Giengen, du même côté de la rivière où se trouvait le camp impérial, et que Sa Majesté occupait aussi une autre hauteur de la même manière du côté où étaient les quartiers des protestants, on commença, dès qu'ils furent arrivés à Giengen, et par plusieurs bonnes raisons, à fortifier la hauteur qui était vis-à-vis du camp impérial, pour y loger les Italiens qui étaient restés. Car presque tous étaient déjà partis, se plaignant de mauvais traitements et de l'insuffisance de la paye. Ceux qui étaient restés étaient de si mauvaise volonté que , voyant s'éloigner le légat, que le pape avait fait rappeler , ils voulurent saisir l'occasion qu'ils trouvaient de s'en retourner dans leur pays, au moment même où l'on cherchait à gros-
(1) Attaque nocturne dans laquelle les assaillants se cou* vraienl, afin de mieux se reconnaîlre, d'un sarrau blanc qu'on appelait camt^e.
sir l'armée de Sa Majesté, parce que les protestants recevaient de nombreux renforts du Wurtemberg, et à mettre une garnison dans le fort que l'on construisait. Dans ce même temps, sur les quatre mille hommes de Sa Sainteté, il en partit trois mille en une matinée. Ainsi l'empereur fut obligé de renoncer à ses desseins (1), parce qu'il n'avait plus assez de monde pour en mettre dans le fort qu'il avait commencé , et par ce motif on le laissa inachevé. La saison était déjà fort avancée, puisqu'on touchait à la Toussaint, et les pluies commençaient. L'empereur, voyant que de son camp il ne pouvait pas nuire aux ennemis, résolut, après quelques petites escarmouches, de repasser la rivière et d'aller prendre ses quartiers près de Laubingen. Il se mit donc en route et marcha en bon ordre, attendant que les ennemis voulussent tenter la fortune, ce que, selon lavis de quelques-uns, ils eussent pu et dû faire (2). Toutefois, par les motifs
(i) FJcou fruslrado de seu inlenlo.
[% Se os enemigos quereriam lentar a rorUina, o que algùs querem que elles poderam e deverara fazer.
qu'ils jugèrent bons, ils ne bougèrent pas ce jour-là, et l'empereur poursuivit sa marche jusqu'au lieu où il voulait s'établir. La pluie et le mauvais temps continuaient. De plus, le terrain était gras et humide, et le camp impérial, plein de boue. Bien que le camp des ennemis fût sur les hauteurs, il n'était pas toutefois, ainsi qu'on l'apprit plus tard, dans une meilleure condition (1). Cela fut cause que, tout le temps que l'empereur demeura dans son camp, l'on ne fit rien d'important. Au contraire, à la même époque, les protestants voulurent traiter de la paix ; mais Sa Majesté, voyant qu'on n'arriverait pas à un accord convenable, rompit la négociation. Tandis que Sa Majesté se trouvait dans ledit camp, elle reçut la nouvelle que Jean-Frédéric de Saxe avait été défait par les troupes du roi et du duc Maurice.
A cause du mauvais temps, et pour d'autres motifs qui déterminaient quelques personnes, on était généralement d'avis que l'empereur devait mettre les
(I) Nâo ficavam de melhor condioâo.
soldats dans des garnisons. De cette façon, il eût serré et pressé davantage les protestants, surtout les villes qui tenaient pour eux, car ces garnisons leur auraient enlevé leurs approvisionnements et leurs vivres, et on leur aurait fait ainsi une rude guerre; mais l'empereur considéra que tout le bon effet de son entreprise consistait à disperser l'armée des protestants et à séparer leurs forces ; il lui sembla que placer son armée dans des garnisons, c'était la diviser, l'amoindrir, la rompre (I). L'empereur fit reconnaître, et à plusieurs reprises, des quartiers qui parussent avantageux et convenables pour hiverner et pour tenir tête à l'ennemi, jusqu'à ce qu'on vît laquelle des deux armées renoncerait la première à la lutte, ou serait réduite à se licencier (2). Puis il partit du lieu susmentionné, parce qu'il était humide et fangeux, et par suite peu
(1) Mas coDsidcrando Sua Mageslade que lodo o bom effeilo de sua empresa consislia em romper o exercito e dividir as forças dos protestantes, pareceo llie que por o seu em garnieôes, séria dividilo, diminuilo e rompelo.
{% Âlee ver quai dos dous exerçilos se deixaria primeiro, ou séria forcado a se desfazer.
agréable et peu avantageux pour une armée; et il chercha una autre position, exempte d'humidité, forte et bien assise, au goût et à la satisfaction des soldats (1). On veut soutenir (2) que ce jour-là les protestants auraient pu de nouveau combattre avec avantage. S'il en est ainsi et s'ils ont commis une faute, il faut la laisser à celui qui Ta faite (3). Sa Majesté résolut donc de poursuivre son entreprise jusqu'au bout et d'y persévérer jusqu'à ce que l'une des deux armées fût obligée de se dissoudre par la force, le mauvais temps, la famine ou toute autre nécessité (4).
L'empereur fut informé qu'il y avait un autre lieu, dans une belle et bonne situation , où il pourrait , en se rapprochant des ennemis, leur faire éprou-
(1) Para ou(ro enxulo, forle, de bello asseulo, e a goslo e satisfacàÔ dos soldados.
(2) Querem dizer.
(3) Se assi lie e se corameleram erro, se deve delxar ao que nisso ha.
(4) Sua Mageslade delerminou seguir sua empresa alee o fim e persistir alee que hum dos dous exercitos fosse per força, por ruim tempo, per famé, ou por eulra qualquer necessidade conslrangido a se desfazer.
ver tant de pertes, et avoir tant d'avantages sur eux, que sans aucun doute on pouvait tenir pour certain qu'on les jelterait à bas par force et qu'on les obligerait à se dissoudre et à se séparer (1), et il résolut de mettre dans un bref délai cette entreprise à exécution. Mais comme la chose était de grande importance et ne manquait pas de difficultés, et qu il ne faut pas, sans avoir fait les préparatifs nécessaires, tenter une entreprise ardue et périlleuse (2), l'empereur différa l'exécution jusqu'au moment opportun. Or, il arriva que, dans le même temps, la ville de Nordiingen traita de sa soumission, et l'empereur pensa qu'en l'occupant il trouverait un autre moyen d'inquiéter les ennemis , en restant maître d'adopter et de prendre la meilleure de ces deux voies. L'empereur reconnut la situation et les grands avantages de cet endroit, et rechercha comment il pourrait en profiter pour rompre les ennemis. Comme d'autres qui plus tard l'examinèrent égale-
(I) Que por força os levaria debaixo, e faria roraper e dividir. {2) Os negocios arduos e perigosos nâo se devem emprender scnâo Teilas as preparaçoês necessarias.
ment, il jugea que c'était chose faisable et convenable, pourvu qu'elle fût bien exécutée.
Les protestants avaient cru que la marche de l'empereur sur Laubingen était le résultat de quelque nécessité ou de quelque découragement (1), mais en voyant l'empereur occuper les quartiers qui ont été indiqués plus haut , ils se trouvèrent déçus dans leurs espérances. Aussi, quand ils apprirent que Sa Majesté commençait de nouveau à se rapprocher , ils montrèrent beaucoup moins d'énergie et de courage qu'auparavant (2), et malgré les escarmouches qu'engagea l'empereur, et les occasions qu'il leur offrit de sortir de leur camp, il n'y eut aucun moyen de les en tirer (3). Déjà il s'était élevé entre eux des contestations et des disputes (4); les villes impériales étaient fatiguées
(1) Procédera de algua necessidade ou desfallecimenlo.
(2) Mostraram logo muilo menos spirilos e coragem do que d'an tes lin lia m.
(3) Nâo ouve rcmedio para os lirar fora.
(4) E lendo ja passado enlrclles algûas conlradiçoes e disputas, e enfadando se as cidades imperiaes dos grandes gastos e despesas que faziam, e nâo podendo os outros da liga supprir os gastos.
des grands frais et des dépenses qu'elles supportaient, et les autres membres de la ligue ne pouvaient subvenir à ces frais. En conséquence , les protestants renvoyèrent leur grosse artillerie; et enfin, le 22 novembre au matin, lassés et rebutés de leurs travaux, du mauvais temps et de beaucoup d'autres choses qui les tourmentaient, et pour d'autres motifs qu'ils connaissaient mieux que personne, ils levèrent le camp, et allèrent tous se loger sur quelques montagnes de l'autre côté de la Brenz, sous la protection d'un château situé aux frontières du Wurtemberg, qui se nomme Heydenheim.
La nuit précédente, l'empereur avait été averti par un espion que la grosse artillerie des protestants était partie; et craignant ce qui arriva en effet, il renvoya le même espion au camp ennemi, en lui commandant de revenir, à quelle heure que ce fût, rendre compte de ce qu'ils faisaient. Cet espion, qui était parti dès minuit pour l'en instruire, raconta qu'à la même heure ils s'étaient mis en marche ; mais , comme il avait rencontré des troupes sur
sa route, il avait été obligé de se détourner; et, par la nuit et le brouillard qui s'était élevé le matin, il s'était égaré , de sorte qu'il n'arriva au camp de l'empereur qu'après que Sa Majesté se fut éloignée. Soit qu'il eût dit la vérité, soit que ce fussent de fausses excuses, il en résulta qu'il revint fort tard et non plus en temps utile. Car, l'empereur ayant été prévenu, vers dix heures du matin , que les protestants, comme il a été dit, étaient partis, envoya aussitôt son général avec quelques cavaliers et quelques arquebusiers en éclaireurs (I) pour savoir la vérité. Sa Majesté le suivit avec d'autres cavaliers, laissant l'ordre à toute la cavalerie de s'avancer promptement, et à toute rinfanterie de se tenir prête à faire ce qui lui serait commandé. Après avoir dépassé le camp qu'avaient abandonné les protestants, on les suivit jusqu'à ce que l'on rencontra un de leurs escadrons (2), qui servait d'arrière-garde, avec lequel
(1) Gom aigus cavallos, e arcabuzeiros desmandados. (^) Assi despois de ter alravessado o seu canipo, os protestantes foram seguidos atee se ver hum dos seus esquadrées.