‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 10 sur 58 · ARGUMENT. XIX · texte numérisé non relu

ARGUMENT. XIX

procéder leur a néantmoins suggéré un bon accord, quant à la chose principale. Et cela seul suffiroit bien pour donner approbatiort à leurs livres , s’il n’y avoit d'autre part de plus grans moyens pour les authorizer. S. Luc nous est bon tesmoin que c’est luy-mesme qui a tenu si bonne compagnie à S. Paul. Mais c’est une chose ridieule ce que dit Eusèbe, que S. Paul est autheur de l'Evangile qui est nommé de S. Luc : se fondant sur un passage, où il fait mention de son Evangile, 2 Tim. , I. Comme si par ce qui s'ensuit incontinent, on ne voyoit pas bien que S. Paul parle là de toute sa prédication, et non pas de quelque livre. Car il dit, Pour lequel j’endure travaux jusqu'aux liens. Or il est bien certain qu’il n’avoit pas esté accusé et emprisonné pour avoir eserit un livre, mais d'autant que de sa propre bouche il avoit administré et presché la doctrine de Christ. Ainsi il appert qu'Eusèbe, combien qu’il fust homme laborieux, a toutesfois eu faute de jugement, d’entrelacer ainsi sans discrétion de telles niaiseries parmi ses livres. De quoy j'ay bien voulu advertir les lecteurs , afin que personne ne s’arreste à beaucoup d’autres semblables resveries qu’on y trouve.

Au reste, pource que j'ay choisi une façon d'interpréter, laquellé paraventure beaucoup de gens de prime face n’approuveront pas, il faut que j’en rende la raison, pour contenter les gens fidèles et honnestes qui viendront à lire ce mien escrit. En premier lieu, c’est une chose hors de doute, qu’on ne peut bien et proprement expo- Lou Pun des ‘trois Evangélistes, sinon en le conférant avec les HS tes Li Pr

UE ce qui est dit par les trois. Mais pource que les gens re moyen esprit se peuvent souvent trouver empeschez à les conférer, quand il ut à {OUS Coups passer ainsi de l’un à l’autre, j’ay pensé que ce seroit un grand soulagement, utile et agréable, si je mettoye par ordre toutes les trois Histoires ensemble d’un rang continuel, comme en un tableau, afin que sans beaucoup fueilleter, les lecteurs puissent là veoir tout d’un regard la convenance ou la diversité qui y est. Ainsi donc je prendray garde de ne rien omettre qui ait esté escrit par l’un des trois, et ce qui se trouve en plusieurs, je le despescheray tout d’un fil. Cependant les lecteurs en s’en servant, pourront juger avec le temps si j’ay apporté un avancement tel que j’espère, ou non. Tant y à que tant s’en faut que j’aye cherché d'acquérir louange en inventant quelque chose de nouveau, que je confesse volontiers, comme doit faire un homme qui va rondement et en bonne conscience, que j'ay prins ceste façon de procéder à l’imitation d’autres. Principalement j’ay voulu suyvre Bucer homme de saincte mémoire, et qui a esté excellent Docteur de l'Eglise de Dieu : lequel sur tous autres, selon mon jugement, a beaucoup fait en cest En TEUE Et comme en cela il s’est aidé du labeur des anciens, qui avoyent devant luy fait le passage : aussi m’a-il en cas pareil grandement soulagé par son industrie et diligence. Quant à ce qu’en quelques endroits je ne suis pas de son opinion (ce que j’ay fait librement, quand il m’a semblé estre de besoin) luy-mesme, s’il estoit encores aujourd’huy “vivant en ce monde, ne le prendroit point en mauvaise part.

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