MATTH. V. MARC. | LUC VI
À Jésus doncques voyant la foulle, 20 Adonc en eslevant ses monta en une montagne : et quand yeux vers ses disciples, il diil fut assis, ses disciples s'approché- soit, Vous les bien-heureux rent de luy. vous povres : car le Royau-
2 Et luy après avoir ouvert sa me de Dieu est vostret, bouche, les enseignoit disant, 21 Vous estes bien-heu-
3 Bien-heureux sont les povres en reux, vous qui maintenant esprit : car le Royaume des cieux avez faim : car vous serez est à eux. . rassasiez : vous estes bien-
4 Bien-heureux Sont ceux qui heureux vous qui pleurez mènent dueil : car ils seront con- maintenant : car vous risolez. rez?.
1) Is, LXV, 13. 2) Is., LXI, 3, 7.
Il 10
5 Bien-heureux les débonnaires :
car ils posséderont la terre‘.
6 Bien-heureux sont ceux qui ont faim et soif de justice : car ils seront soulez*?.
Bien-heureux les miséricor-
“dieux : car miséricorde leur sera Jaicte: |
8 Bien-heureux sont ceux qui sont nets de cœur : car ils verront Dieu.
9 Bien-heureux sont ceux qui procurent la paix : car ils seront appelez enfans de Dieu.
10 Bien-heureux sont ceux qui sont persécutez pour justice : car
de Royaume des cieux est à eux".
AA Vous serez bien-heureux quand on vous aura dicl injure el perséculez, et dict toute mauvaise parole contre vous, en mentant, à l’occasion de moy.
19 Esjouissez-vous , el vous esgayez: car vostre loyer est grand és cieux : car ainsi ont-ils persécuté les Prophètes qui ont esté devant VOUS.
1)Ps., XXXVII, 11. 9)Is',LV,1,3. 3) Ps., XXIV, 4.
A Matth. Monta en une montagne.
Ceux qui disent que c’est-ci un autre sermon de Christ que celuy qui est récité en sainct Luc sixième chapitre, se fondent sur un argument trop léger et frivole, ascavoir pource que sainct Matthieu récite que Christ parla à ses disciples en la montagne : et qu’il semble que sainct Luc vueille dire qu’il feit ce sermon en Ja plaine. Car ils s’abusent de lire tout d'une suite ces mots de sainct Luc, que Christ descendit en un lieu champestre : et, qu'eslevant ses yeux vers ses disciples, il parla ainsi. Car l'intention de tous les deux Evangélistes à esté de recueillir une fois en un lieu les principaux poincts de la doctrine de Christ appartenans à la règle de bien et sainctement vivre. Ainsi doncques, combien que sainct Luc eust auparavant fait mention d’un lieu champestre, il ne poursuit pas toutesfois la mesme histoire tout d’un fil, mais laissant je propos des miracles, il passe à la doc-
22 Fous serez bien-heureux quand les hommes vous hayront, et vous rejetteront, el vous diront outrages, et rejelteront vostre nom comme mauvais, à l'occasion dù Fils de l'homme.
23 Esjouissez-vous en ce.
jour-là, et sautez de joye :
car voyci vostre salairé est grand és cieux : car leurs pères faisoyent de mesmes aux Prophètes.
21 Mais malheur sur vous, riches : car vous remportez vostre consolation.
25 Malheur sur vous qui estes remplis : car vous aurez faim. Malheur sur vous qui riez maintenant: car vous lamenterez et pleurer rez. |
26 Malheur sur'vous quand tous les hommes diront bien de vous : car leurs pères ont fait de mesmes aux fauxprophètes.
4) 1 Prerre LIL, 14,
trine, sans déterminer ne temps ne lieu aucun : comme en sainct Matthieu il n’est point fait mention du temps, mais seulement du lieu. Et il est vray-semblable que Christ n’a point fait. ce sermon, sinon après qu’il eut choisi les douze. Mais je Kay point voulu estre par trop curieux à garder l’ordre du temps, auquel je voyoye que l'Esprit de Dieu ne s’estoit point arresté. Car les fidèles et modestes lecteurs se doyvent contenter de ce qu’ils ont yci devant leurs veux un brief sommaire de la doctrine de Christ, recueilli de plusieurs et divers sermons d'iceluy, desquels le premier à esté cestuy-ci, quand il a parlé entre ses disciples de la vraye béatitude.
2 Après avoir ouvert sa bouche, les.
enseignoil, etc. Ces mots superflus sentent la façon de parler des Hébrieux. Car ce qui seroit vicieux aux autres Langues, est ordinaire aux Hébrieux, de dire, Ia ouvert sa bouche, pour, Il a Commencé
SUR L’HARMONITE ÉVANGÉLIQUE.
à parler. Or combien qu’il semble à plusieurs que ceste locution emporte quelque chose d'avantage, et signifie qu’on met en avant quelque propos notable et d'importance, en bonne ou en mauvaise part, toutesfois pource qu’il y a aucuns passages de l’Escriture qui monstrent le contraire, je m'arreste plustost à la première exposition. Laissons aussi là ceste subtile spéculation, de ceux qui enseignent que Christ par une allégorie a mené ses disciples en la montagne, pour eslever leurs esprits en haut, loin des affaires et solicitudes de ce monde. Car plustost en montant la montagne il cherchoïit quelque lieu de retraite, afin de se deslasser ét reposer un petit avec ses disciples, estant hors du bruit et de la multitude.
Or il faut veoir en premier lieu à quelle fin Jésus-Christ a tenu propos à ses disciples touchant la vraye béatitude. Nous seavons que non-seulement le commun peuple, mais aussi les sages mesmes sont enveloppez en cest erreur, que cestuy-là est heureux, lequel estant exempt de toute fascherie, et venant à bout de ses souhaits, mène une vie joyeuse et tranquille. Certes à tout le moins au jugement commun de tous, la félicité de la personne est à estimer par Pestat de la vie présente. Jésus-Christ doncques pour accoustumer les siens à porter la Croix, corrige ceste opinion perverse, que CeUxlà soyent bien-heureux, lesquels sont maintenant à leur aise et en prospérité selon la chair. Car il ne se peut faire que les hommes ployent paisiblement le col pour porter afilictions et opprobres, cependant qu'il leur semble que patience est contraire à une vie bien-heureuse. Il y à doncques une seule consolation laquelle nous fait trouver légère, voire mesme douce lamertume de la croix et de tous maux, quand nous sommes certains qu'au milieu des misères nous ne laissons pas d’estre bien-heureux, pource que nostre patience est bénite de Dieu, et qu'en brief il s’en ensuyvra une issue joyeuse. Je confesse bien que ceste doctrine est fort eslongnée du sens commun, mais voylà comme il faut que les disciples de Jésus-Christ philosophent, en sorte qu'ils establissent leur félicité hors de ce
monde, et par-dessus Paffection de la chair. Et combien que la raison charnelle “’accordera jamais ce que Jésus-Christ prononce yci, si est-ce qu’il ne propose point de vaines imaginations faites à plaisir, comme jadis les Stoïciens s’esgayoyent en leurs paradoxes : mais il monstre selon la vérité de la chose, comme ceux-là sont vrayement heureux, desquels la condition est estimée misérable.
Qu'il nous souviene doncques que le but de tout ce propos est, que Christ nie que ceux-là soyent misérables , lesquels sont oppressez par l’outrage des malins, et sont sujets à diverses povretez. Et nonseulement Jésus-Christ monstre par raisons que ceux-là font mal, lesquels mesurent la félicité de l’homme selon l’estat de la vie présente, veu que les misères des enfants de Dieu seront en brief changées en mieux, mais aussi il exhorte les siens à patience, en proposant l'espérance du loyer qui leur est appresté.
3 Bien-heureux sont les povres en esprit. En sainct Luc il n’y a que la simple métaphore et similitude : mais pource que la povreté de plusieurs est maudite et malheureuse, sainct Matthieu a exprimé plus clairement l’intention de Christ.
Comme ainsi soit donc que plusieurs sont pressez de maux, lesquels toutesfois ne laissent point au dedans d'’estre enflez d’orgueil et de présomption, Jésus-Christ prononce ceux-là estre bien-heureux, lesquels estans chastiez et dontez par afflictions , se soumettent entièrement à Dieu, et estans humiliez au dedans, vienent à luy pour avoir secours. Les autres entendent par les povres en esprit, ceux lesquels ne s’attribuent rien : et mesmes estans vuides de toute fiance de la chair, recognoissent leur povreté. Mais veu qu’il faut nécessairement qu’il y ait un mesme sens és paroles de sainct Lue, et en celles de sainct Matthieu, il n’y a point de doute que les povres sont yci nommez, ceux qui sont pressez et affligez d’adversitez. I] y a Seulement cela de différence, que sainct Matthieu en adjoustant l'épithète, restraint la béatitude à ceux-là seuls, lesquels sous la discipline de la croix auront apprins à estre humbles. Car le Royaume des cieux est à eux. Nous
voyons que Jésus-Christ n'enfle point les cœurs des siens d’une folle persuasion, ou les endurcit d’une obstination brutale, comme les Stoiciens : mais les ramenant à l'espérance de la vie éternelle, les accourage à patience, disant que par ce moyen ils passeront au Royaume Céleste de Dieu. Au reste, il sera fort bon de noter que nul n’est povre d'esprit, sinon qu’estant anéanti en soy-mesme, il se repose én la miséricorde de Dieu. Car ceux qui sont accablez de désespoir, veu qu'ils frémissent et bruyent à l’encontre de Dieu , il faut bien dire qu’ils ont un esprit eslevé et superbe.
4 Bien-heureux sont ceux qui mènent dueil. Ceste sentence non-seulement ha affinité avec la précédente, mais est comme une dépendance ou confirmation d’icelle, Car on estime communément que les afflictions font l’homme nusérable, pour autant qu’elles tirent tousjours avec soy pleurs et tristesse. Or il ny à rien plus contraire à félicité que dueil : Mais Jésus-Christ non-seulement nie que ceux qui pleurent soyent misérables, mais aussi monstre que les pleurs mesmes aident à faire la vie bien-heureuse : pource que par ce moyen les hommes sont duits à gouster la joie éternelle, et sont comme aiguillonnez et resveillez, afin de ne chercher parfaite consolation ailleurs qu’en Dieu. Suyvant cela S. Paul dit au cinquième chapitre des Romains, v. 3, Nousnous glorifions en tribulations, pource aw’elles engendrent patience, et patience probation, et probation espérance, et espérance ne confond point.
5 Bien-heureux les débonnaires, car ils hériteront, etc. 11 entend les gens doux et paisibles, lesquels ne s’eschauffent pas volontiers pour outrage qu’on leur face, et n’entrent point en chagrin pour chose qu’on les offense, mais sont prests dendurer plustost tout, que de rendre la pareille aux meschans. Il semble que ce soit une grande mocquerie de ce que Christ promet la possession de la terre à telles gens. Car au contraire ceux qui repoussent vaillamment toutes injures et outrages, et lesquels estans offensez sont prests de lever la main pour se venger, ce sout ceux-là qui usurpent la do-
mination de la terre. Et de faict, lexpérience monstre que les meschans tant plus on les supporte en douceur, tant plus ils sont audacieux et enragez à mal-faire.
Et de là est venu ce proverbe diabolique, Qu'il faut hurler avec les loups : pource que celuy qui se fera brebis, les loups le mangeront. Mais Jésus-Christ opposant sa protection et celle du Père. à lencontre de la rage et violence des meschans, ne dit pas sans cause que les débonnaires seront seigneurs et héritiers de la terre. Les enfans de ce monde ne s’estiment point estre en seureté autrement, sinon en se vengeant fort et ferme de tout le mal qu'on leur aura faict, et en défendant leur vie par armes et outrages. Mais veu qu’il nous faut tenir asseurez que Christ est le seul gardien de nostre vie, il ne reste auire chose sinon que nous-nous cachions sous lombre de ses aïles. Or il faut que nous soyons brebis, si nous voulons estre tenus de son troupeau. Si quelqu'un objecte que l'expérience répugne à ce qui es£ vci dit, qu’il considère premièrement en quelle inquiétude sont les gens fiers et farouches, tellement qu’ils se troublent eux-mesmes. Certes en menant une vie tant plene de bruit et tumulte, quand ils seroyent cent fois seigneurs de la terre, si est-ce qu'ils ne possèdent rien en possédant tout. Et d'autre part, je respon pour les enfans de Dieu, qu'encores qu'ils ne puissent mettre le pied en lieu qui soit à eux, toutesfois ils ne laissent pas de jouir de l’habitation de la terre en tranquillité. Et ce n'est pas une possession imaginaire et en l'air. Car ils cognoissent que la terre en laquelle ils habitent, leur-est ordonnée de Dieu. En après, ils ont la main de Dieu au-devant d’eux, qui les couvre et défend contre l’outrage et la rage des meschans : et estans exposez à tous inconvéniens , sujets à la malice des meschans, de tous costez environnez de dangers, ils vivent toutesfois en asseurance et repos de leur esprit sous Ja protection de Dieu, en sorte qu’ils commencent dés maintenant pour le moins à gouster ceste grace de Dieu. Et cela leur suffit jusques à ce qu’au dernier jour ils entrent en possession de la seigneurie de tout le monde.
6 Bien-heureux sont ceux qui ont faim. Avoir faim et soif, je le pren par une figure qu’on appelle Synecdoche, pour Souffrir disette, estre despourveu de ses nécessitez, et mesme estre frustré de son droict. Quant à ce que sainct Matthieu met, Avoir faim de justice, c'est une espèce pour le mot général : il amplifie toutesfois la grandeur de l’outrage, quand il dit qu’estans en anxiété et gémissans, ils n’appetent rien qui ne soit raisonnable : comme s’il disoit, Bien-heureux sont ceux lesquels combien qu’ils modèrent leurs souhaits en sorte qu’ils ne désirent rien qui ne soit raisonnable qu'on leur baille, languissent néantmoins comme povres affamez. Car combien qu'on se mocque de l'anxiété et la peine en laquelle ils sont, cela toutesfois leur est une préparation certaine à la béatitude, pource qu’ils seront finalement rassasiez : car Dieu exaucera quelque jour leurs gémissemens, et accordera à leurs justes désirs, veu que son office est de remplir de biens les affamez, comme porte le Cantique de la Vierge.
1 Bien-heureux les miséricordieux, etc. Ceci aussi est un paradoxe, c’est-àdire une sentence contraire au jugement commun des hommes. Le monde estime bien-heureux ceux lesquels sans se donner peine du mal d’autruy, pensent seulement à pourvoir à leur repos, et à l'aise de leurs personnes : mais Jésus-Christ dit yei que ceux-là sont bien-heureux, lesquels non-seulement sont prests à porter leurs maux propres, mais aussi prenent sur eux ceux d’autruy, afin de secourir aux povres souffreteux, se rangent volontairement avec ceux qui sont en peine, et quasi prenent les mesmes affections, afin de s’employer plus volontiers à leur aide.
Il adjouste, Car miséricorde leur sera Jaite : asçavoir non-seulement envers Dieu, mais entre les hommes mesmes, desquels Dieu fléchira les cœurs à douceur et compassion. Au reste, combien qu'’aucunesfois tout le monde se monstre ingrat, et rende fort mauvaise récompense à ceux qui luy ont bien fait, il nous doit suffire que grâce est apprestée devant Dieu aux miséricordieux, et à Ceux qui usent d'humanité, en sorte qu’ils le
trouveront de leur costé propice et miséricGrdieux.
8 Hien-heureux sont ceux qui sont nets de cœur. I semble que Jésus-Christ n’amène rien yci qui ne soit bien accordant au jugement de tous. Il n’y à celuy qui ne confesse que la netteté de cœur est la mère de toutes vertus: mais cependant il n’y en a pas de cent l’un qui ne tiene finesse pour une bien grande vertu. De la vient que communéement on estime bien-heureux ceux qui sont ingénieux pour dresser subtilement quelque tromperie, et qui par moyens obliques surprenent finement ceux ausquels ils ont affaire. Il s'ensuit donc que Christ n’accorde point avec la raison de la chair, en nommant bien-heureux ceux lesquels ne prenent point plaisir en finesses, mais conversent avec simplicité entre les hommes, et ne monstrent point autre chose par paroles ou par mines, que ce qu’ils ont au cœur. Or pource qu’on se mocque de ceux qui sont simples, comme s'ils estoyent mal avisez, et ne regardans pas d'assez près à leurs affaires, Christ les ramène plus haut, asçavoir que s'ils ne sont pas subtils pour tromper en ce monde, ils jouyront de la présence de Dieu és cieux.
9 Bien-heureux sont ceux qui procurent la paix : car ils seront appelez enfans de Dieu. H entend ceux qui nonseulement cherchent paix, et se gardent de débats entant qu’en eux est, mais aussi mettent songneusement peine d’appaiser les dissensions qui sont entre les autres, exhortent un chacun à paix, et ostent toute occasion de haine et rancune. Et cela n’est pas dict sans cause.
Car veu que cest une chose bien fascheuse et pénible d’appointer Ceux qui sont en discord, les gens de bon vouloir qui s’employent à mettre paix, Sont Contraints de souffrir ceste povreté, qu'ils recoyvent opprobres, plaintes, et reproches de tous les deux costez. Ce qui advient d'autant qu’il n’y a celuy qui ne voulust qu’un chacun fust advocat pour maintenir sa cause. Ainsi doncques, afin que nous ne nous arrestions à la faveur des hommes, Jésus-Christ nous Commande de regarder à ce que son Père en
juge : lequel comme ainsi soit qu'il est le Dieu de paix, nous tient de ses enfans quand nous entretenons paix, encores que ce que nous faisons ne soit pas trouvé bon des hommes. Car estre appelé, vaut autant comme Esire tenu et avoué.
10 Bien-heureux sont ceux qui sont persécutez, etc. Les disciples de Jésus- Christ ont sur tout besoin de ceste doctrine : et tant plus il est difficile et malaisé à la chair d'y accorder, d'autant plus songneusement la devons-nous méditer. Car nous ne pouvons pas batailler sous l’enseigne de Jésus-Christ à autre condition, qu’en ayant la plus grand’ part du monde adversaire, qui s’eslève contre nous, et nous poursuyt jJusques à la mort. Voylà ce qui en est: Satan le prince du monde ne cessera jamais d’enflammer les siens de rage, afin qu’ils faschent et tormentent les membres de Jésus-Christ.
Il est vray que cela est comme un monstre et une chose contre nature, que ceux qui mettent peine de vivre en toute équité et droiture, soyent ainsi mal traitez et outragez, sans avoir rien mérité. Et pourtant sainct Pierre en sa première Epistre au troisième chapitre v. 43, dit, Si vousvous donnez garde de mal faire, qui est-ce qui vous nuira? Mais la perversité du monde est si desbordée, qu’il advient par irop souvent que les bons par un zèle de justice et équité enflamment et provoquent contr’eux la haine des meschans.
Et sur tout c’est une chose ordinaire et Comme naturelle aux Chrestiens, d’estre hays de la plus grand’ part des hommes :
Car la Chair ne peut porter la doctrine de l'Evangile, personne ne veut porter qu’on reprene ses vices. Par ÆEstre persécuté pour justice, il entend ceux lesquels provoquent contr’eux la haine et fureur des meschans, en s’opposant aux mauvaises causes, et maintenant les bonnes, entant qu’en eux est, par un zèle d'équité et de droiture. Eten ce rang à bon droit la vérité de Dieu doit tenir le premier degré.
Parquoy Jésus-Christ discerne par ceste marque les martyrs d'avec les meschans et mal-faiteurs. Je revien maintenant à ce que j'ay dit naguères , Que puis que tous ceux qui veulent vivre fidèlement en
Jésus-Christ, sont sujets à persécutions, tesmoin sainct Paul en la seconde Epistre à Timothée, chapitre troisième, v. 42, ceste admonition s’addresse généralement à tous fidèles, Que si quelque fois Dieu s’accommode à nostre infirmité, et ne permet pas que nous soyons tormentez par les meschans, nous ne devons pas laisser de méditer ceste doctrine à loisir, estans à nostre aise, afin que nous soyons prests toutes et quantes fois que besoïn en sera de venir au combat, et que nous ne nous y présentions point, sinon estant premièrement bien préparez. Au reste, pource que durant tout le cours de ceste vie, la condition des fidèles est tant et plus misérable, à bon droict Jésus-Christ nous ramène à l'espérance de la vie céleste, Et en cela voit-on la grande différence de ce paradoxe de Jésus-Christ, d'avec les resveries des Stoïciens, lesquels enseignoyent qu’un chacun se teinst content de son opinion, et establist sa félicité en soy-mesme. Mais Christ ne veut pas que nostre félicité dépende d’une vaine imagination, ains qu’elle soit fondée en l’espérance du loyer à-venir.
. AA Quand on vous aura dit injure.
En lieu de ceci, sainct Luc ha, Quand ils vous hayront, et vous deschasseront, et vous diront injures, el rejetteront vosire nom comme mauvais. Par lesquels mots Christ a voulu consoler ses fidèles, afin -qu’ils ne perdent courage, encore qu'ils se voyent estre détestables devant le monde. Car ce n’estoit pas une petite tentation d’estre jettez hors de l’Eglise comme meschans et profanes. Ainsi doncques, Christ sçachant qu’il n’y avoit gens plus envenimez que les hypocrites :
d'avantage, prévoyant de quelle rage les ennemis de l'Evangile devoyent ruer et courir sur son petit troupeau mesprisé, il les a voulu bien munir afin qu'ils ne défaillissent, encore qn’on leur chargeast sur la teste un monde dopprobres pour les accabler. Et par cela il appert comment il n'y a point d'occasion de craindre l’excommunication du Pape, quand ces tyrans nous bannissent de leurs synagogues, pource que nous ne voulons pas renoncer Jésus-Christ.
À2 Esjouissez-vous, el vous esgayez.
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
ll signifie que nous avons à main le remède pour ne perdre point courage pour les injures et outrages qu'on nous fait à tort. Car si tost que nous eslevons nos esprits au ciel, là se présente grande matière de joye pour effacer toute tristesse.
Quant à ce que les Papistes veulent faire des fins sur le mot de loyer, il est bien aisé à rabbatre leurs coups : car il ny à pas une relation mutuelle entre Loyer et Mérite, comme ils songent : mais la promesse du loyer est gratuite. En après, si nous considérons combien il y a de vices et imperfections aux bonnes œuvres qui procèdent des plus saincts et parfaits, Dieu ne trouvera jamais une œuvre digne de loyer. Il faut de rechef noter ces mots, A cause de moy: où 4 cause du Fils de d'homme. Item, Fous auront dit injure «en mentant : afin que celuy qui est persécuté par sa faute, ne se vante point d’estre martyr de Christ : comme jadis les Donatistes se plaisoyent en eux-mesmes pour ceste seule raison que les Magistrats estoyent contr’eux. Et aujourd’huy les Anabaptistes, combien qu’ils troublent les Eglises par leurs resveries, et diffament l'Evangile, ils se vantent toutesfois qu’ils portent les enseignes de Jésus-Christ, quand on les condamne justement. Mais Christ ne déclare bien-heureux sinon ceux qui défendent et maintienent sa cause justement. Car ainsi ont-ils persécuté. Ceci . à esté expresséement adjousté, afin que les Apostres s’attendans de triompher sans peine et sans combat, ne défaillissent quand les persécutions viendroyent.
Car pource que l’Escriture promet en chacun passage que sous le règne de Christ il y devoit avoir un renouvellement de toutes choses, il y avoit danger qu'ils ne s’abusassent d’une vaine fiance, ne pensans point au combat. Et il appert par d’autres passages qu’ils ont follement imaginé un règne de Jésus-Christ plein de richesses, magnificence et délices terriennes. Et pourtant, ce n’est pas sans Cause que Christ les advertit qu'ils auront à soustenir les mesmes combats que les Prophètes avoyent jadis essayez, pource qu'ils succèdent en leurs places.
Car Christ ne regarde pas seulement au temps, quand il dit que les Prophetes ont
esté devant eux: mais d'autant qu'ils sont d’un mesme rang, il veut dire qu’ils se doyvent mirer à l’exemple d’iceux.
Quant à ce qu’on a communéement fait yci les neuf béatitudes, la chose est si frivole qu’elle n’ha point besoin de longue réfutation.
24 Luc. Malheur sur vous riches, ete.
Comme sainct Luc a récité seulement quatre sortes de bénédictions, aussi maintenant il met à l’opposite quatre malédictions, afin qu’il y ait une correspondance mutuelle des uns aux autres. Au reste, ceste antithèse tend non-seulement à donner frayeur aux meschans, mais aussi à resveiller les fidèles, afin qu’ils ne s’endorment és vains alléchemens et tromperies de ce monde. Car nous sçavons combien il est facile de s’enyvrer par la prospérité, ou de s’arrester à l’applaudissement et faveur des hommes : dont aussi il advient souvent que les enfans de Dieu portent envie aux réprouvez, quand ils voyent que toutes choses leur vienent à souhait et à gré. Au reste, il ne maudit pas tous riches, mais ceux qui prenent leur consolation en ce monde : c’est-àdire qui prenent si grand plaisir et contentement en leur estat présent, qu'ils oublient la vie à-venir. Il signifie donc que tant s’en faut que les richesses rendent l’homme bien-heureux, que souvent elles luy tournent à damnation. Autrement, Dieu ne rejette pas de son Royaume les riches, pourveu qu'ils ne se facent point des lags pour s’empestrer, ou qu’ils ne se ferment la porte des cieux en mettant leur espérance en terre. Sainct Augustin rencontre fort bien, lequel voulant monstrer que les richesses en s0Y n’empeschent point les enfans de Dieu, dit que Lazare povre a esté recueilli au sein d’Abraham riche. Il y a mesme sens en ce qu'il maudit ceux qui sont soulez et pleins, pource qu’éstans enflez d’une fiance des biens présens, ils rejettent tous biens célestes. Autant en faut-il dire du ris : car par ceux qui rient, il entend les gens lesquels estans adonnez à une resjouissance d'Epicuriens, et plongez és voluptez de la Chair, se retirent de toute fascherie et peine qu’il faudroit souffrir pour maintenir la gloire de Dieu. Le dernier malheur
tend à corriger l’ambition : car pource qu’il n’y a rien si ordinaire que de cher-
cher la bonne grâce des hommes, ou pour
le moins en estre surprins, Jésus-Christ afin d’en retirer ses disciples, monstre que la grâce des hommes n’apportera que ruine. Or ceste admonition s’addresse spécialement aux Docteurs, lesquels n’ont point de peste plus à craindre qu’ambition, pource qu’il ne se peut faire qu’ils ne desguisent la pure doctrine de Dieu, quand ils cherchent de plaire aux hommes.
Quand Jésus-Christ dit, tous les hommes, cela se doit rapporter aux enfans du monde, lesquels ne font chère et caresse qu'aux abuseurs et faux-prophètes. Car les fidèles et bons ministres de la saine doctrine auront bien louange, et seront en Ja grâce des bons. Yci donc est condamnée seulement la faveur maudite de la chair, pource que jamais homme ne pourra estre serviteur de Christ, qui crerchera de plaire aux hommes : Comme sainct Paul le monstre aux Galat., [, v. 40.
MATTH. V
13 Vous estes le sel de la terre. Or si le sel perd sa “saveur!, de quoy le saleraon°? Ilne vaut plus rien, sinon pour estre jetté dehor $, et Joullé des hommes.
A4 Vous estes la lumière du monde. La cité assise sur une montagne, ne peut estre cachée.
A5 Et on n'allume point la chandelle pour la mettre sous un boisseau, mais sur le chandelier : et elle esclaire à {ous ceux qui sont en la maison.
16 Ainsi luise vostre lumière devant les hommes :
afin qu'ils voyent vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient vostre Père qui est és cieux ?.
MARC IX
49 Car un chacun sera salé de feu: et toute oblation sera salée de sel*.
50 C’est bonne chose que le sel:
mais si le sel est sans saveur, de quoy luy rendrezvous saveur? ayez du sel en vous-mesmes, et si soyez en paix entre-vous,
MARC IV
21 IE leur disoit aussi, La chandelle est-elle apportée afin qu'elle soit mise sous le boisseau, ousouslelict?n’estce point afin qu'elle soit mise sur le
LUC XIV
34 Le sel est bon: mais si Le sel perd sa saveur, de quoy le salera-on?
35 {n’est propre ne pour mettre en la terre, ni au fumier : mais on le jette dehors. Qui ha aureilles pour ouir, oye.
LUC VIN
16 Nul après avoir allumé la lampe, ne la couvre d’un vaisseau, ni la met sous le lict, mais la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent, voyent la lumière.
LUC XI
33 Nul n'allume la chandelle, et la met en lieu caché, ne sous un boisseau, mais au chandelier, afin que ceux qui entrent UT la lueur.
chandelier ?
1) Ou,s’esvente. 2) Ou, luy rendra-on sa saveur,
14 Matth. Fous estes le sel de la lerre, etc. Ce qui est propre à la doctrine est yci attribué aux personnes, ausquelles l'administration d'icelles est commise. Car Christ en nommant les Apostres le Sel de la terre, entend que leur office est de saler la terre : asçavoir pource que les hommes n’ont rien en eux qui ne soit fade et sans Saveur, jusques à ce qu'ils soyent assaisonnez du sel de la doctrine céleste.
Mais après qu’ils les à admonestez à quel office ils estovent appelez, il leur dénonce
3) 1 Péerre, 1, 1%.
4) Lévit., 1, 13.
un jugement horrible et espoyantable s'ils ne font leur devoir. Et monstre que la doctrine laquelle leur est commise, est tellement conjointe avec bonne conscience, et vie sainte et droite, que la corruption qui seroit aucunement tolérable en d’au- | tres personnes, est détestable et comme monstrueuse en eux : comme s’il disoit, Si les autres hommes sont sans saveur devant Dieu, vous aurez le sel pour les assaisonner : mais si YOUS-Mesmes venez à perdre ceste saveur, Où pourrez-vous
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
prendre le remède lequel vous deviez donner aux autres? Au reste, le Seigneur poursuit sa métaphore et similitude de fort bonne grâce, en disant que les autres choses quand elles vienent à se corrompre et empirer, ne laissent pas toutesfois de servir en quelque sorte : mais que le sel estant empiré, ne fait mesmes que gaster tout, à quoy qu'on le mette, tellement qu’il corrompt mesme les fumiers, et consume toute la graisse d’iceux. Ainsi donc, il veut dire en somme que c’est un mal incurable, quand les Ministres de la Parole et Docteurs du peuple s’abastardissent d’eux-mesmes, et vienent à perdre leur saveur, veu qu’ils devoyent assaisonner le reste du monde de leur sel. Mais ceste admonition est utile aussi à tout le troupeau de Christ, et non-seulement aux Ministres. Car puis que Dieu veut que la terre soit salée par sa Parole, il s'ensuit que là où ce sel n’est point, tout cela est fade et sans saveur devant luy, quelque goust que les hommes y trouvent. Parquoy il n’y à rien meilleur que de recevoir cest assaisonnement, lequel seul peut oster la fadesse qui est en nous. Mais que les saleurs avisent cependant de ne nourrir le monde en sa folie et fadesse : et beaucoup plus encore de ne linfecter de quelque mauvaise saveur. Et pourtant la malice des Papistes n’est aucunement à supporter, quand ils n’ont point de honte de couvrir de ces titres leurs Prélats masquez, afin que nul ne présume de rien reprendre en leurs personnes. Voire, comme si Pintention de Christ eust esté de donner à ses Apostres une licence desbordée, et les establir tyrans des âmes, et non plustost les admonester de leur office, afin qu'ils ne se desvoyassent du droit Chemin. Jésus-Christ déclare yei quels il veut que soyent les Docteurs de son Eglise.
Cependant des gens qui se vantent à fausses enseignes de tenir la place des Apostres, couvrent de ceste couverture toutes les abominations qu’il leur plaist d’inventer, pource que Christ a appelé S. Pierre et ses compagnons le sel de la terre : et ne pensent point à la griefve et horrible mehace qui est adjoustée quant et quant, Que s'ils vienent à perdre leur saveur, ils sont les plus meschans de tout le
monde. Ceste mesme sentence est mise en sainct Luc comme un propos coupé :
mais toutesfois à la mesme fin qu’en ce passage, tellement qu’il n’est point besoin d’y donner une autre exposition.
49 Marc. Car un chacun sera salé de Jeu, etc. Fay conjoint ce passage de sainct Marc avec celuy de sainct Matthieu que nous avons maintenant veu : non pas qu’ils s'accordent du tout en mesme sens, ou qu’ils se rapportent tous deux à mesme temps et lieu, mais plusiost afin qu’en les conférant ensemble on puisse mieux cognoistre les divers usages d’une mesme sentence. Jésus-Christ en S. Marc ayant parlé du feu éternel, exhorte les siens à l’opposite, de se présenter plustost maintenant à Dieu pour estre assaisonnez de feu et de sel, afin qu’ils soyent faits sacrifices ou offrandes sacrées, et que par leurs péchez ils n’attirent sur eux ce feu qui jamais ne s’esteint. Estre salé par feu, c’est une locution impropre : mais pource que le sel et le feu ont une mesme nature de purifier et consumer les superfluitez, Christ à appliqué à tous les deux un mesme mot. Nous entendons donc maintenant à quel propos il a ainsi parlé : c’est asçavoir afin que les fidèles ne refusent point d’estre purifiez par le feu et par le sel, veu que sans ceste sausse ils ne peuvent point estre saincts à Dieu. Or il fait une allusion au commandement de la Loy, où le Seigneur défend nomméement qu’on ne luy face aucune oblation sans sel, Lévit., I, 43. Mais maintenant il monstre que les fidèles sont salez par la parole de l'Evangile, afin d’estre sanctifiez. Quand il dit puis après, C’est bonne chose que le sel, il estend cela généralement à tous ceux ausquels le Seigneur aura une fois fait cest honneur de les assaisonner de sa Parole : et les exhorte qu’ils ayent à bien garder tousjours leur saveur. Il est vray que la métaphore est un peu dure, quand il nomme Sel, tout ce qui est salé : toutesfois le sens n’en est pas plus obscur :
Asçavoir que quand ils auront par leur nonchalance perdu la saveur de laquelle ils avoyent une fois esté assaisonnez par la grâce de Dieu, qu’il n’y a plus de remède : et que par ainsi ceux qui laissent perdre la foy par laquelle ils estoyent con-
sacrez à Dieu, et devienent sans saveur, ils sont désespérez, veu qu'il n’y à point d'autre sausse qui leur puisse donner bonne saveur. En après, que ceux qui se sont corrompus et dépravez, anéantissans la grâce que Dieu leur avoit faite, sont pires qu’infidèles, tout ainsi Comme le sel gaste la terre et le fumier.
50 Marc. Ayez du sel en vous-mesmes.
Le mot de Se/, se peut prendre yci autrement que devant, pour signifier un perfum de bonne odeur qui s’acquiert par foy, ou bien la prudence de l'Esprit. Comme quand sainct Paul commande que nostre parole soit conficte en sel, il signifie qu’elle doit estre pure et nette de toutes corruptions
et Sottises profanes, et remplie d’une grâce spirituelle, qui édifie et perfume de bonne odeur tous ceux qui loyent, Colos., IV, 6. Si on veut prendre ceste exposition, il faudra entendre le dernier membre, de la paix mutuelle qui est entretenue par ce sel. Toutesfois pour ce qu'il est plus vraysemblable que ceste dernière sentence dépend du propos précédent, il me semble que Christ exhorte les siens à garder et entretenir la vigueur de la foy, laquelle retranche mesmes les souillures des autres : comme s’il disoit, Il vous faut mettre peine que non-seulement vous soyez salez en vous-mesmes, mais aussi que vous saliez les autres. Mais pource que le sel ha unie pointe picquanteet mordante, il admoneste incontinent qu’il faut tellement assaisonner ceste sausse, que tousjours la paix demeure entre nous en son entier.
1% Matth. Vous estes la lumière du monde. Combien que nous soyons tous enfans de lumière, depuis que nous sommes illuminez par fov, et nous est commandé de porter en nos mains les lampes ardentes, de peur de nous esgarer en ténèbres, et mesmes de monstrer aux autres le chemin de vie, toutesfois pource que la prédication de l'Evangile a esté principalement enjointe aux Apostres, et est aujourd’huy commise aux Pasteurs de l'Eglise, Christ leur attribue particulièrement ce titre : comme s’il disoit qu'il sont Constituez à un tel degré, afin d’esclairer à tous autres, comme estans eslevez en un haut lieu. Il adjouste puis après deux si-
militudes, Que la cité assise sur une montagne ne peut estre cachée : Que la chandelle estant allumée, on wa pas accoustumé de la cacher. Parlesquels mots il signifie qu'ils doyvent aviser à vivre tellement comme si tout le monde les regardoit. Et de faict, tant plus un chacun est eslevé en grand estat, tant plus fait-il de mal par mauvais exemple, s’il se gouverne autrement que de raison. Ainsi doncques, Christ veut direque ses Apostres se doyvent employer plus songneusement à mener une vie saincte et honneste, que les autres qui sont du rang commun des hommes : pource qu'un chacun régarde à eux comme à des chandelles allumées, et qu'ils ne seront aucunement à supporter Si n’y à en eux une saincteté et intégrité dé vie convenable à la doctrine de laquelle ils sont ministres. En sainet Marc eten sainct Luc il semble que lapplication de césté similitude soit autre. Car là Christ admoneste en général qu’il se faut bien prendre garde que personne ne se donne congé de mal faire, se fiant à ce qu'on né le voit point. Car ce qui est caché pour un temps, sera finalement mis en lumière : sinon que nous vueillions dire que l’un et l’autre récitent des propos coupéz sans aucune suite de sens.
16 Ainsi luise vostre lumière devant les hommes. Après que Jésus-Christ à monstré que les Apostres sont en un tel degré, que tant leurs vices comme les vertus apparoissent de loin pour estre en bon où mauvais exemple, il les advertit maintenant de se conduire tellement en leur vie, qu'ils donnent occasion à un chacun de glorifier Dieu. Que les hommes (dit-il) voyent vos bonnes œuvres : comme dit sainet Paul, les fidèles procurent le bien, non-seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes, 2 Cor., VHI, 21.
Car ce qu’il commandera ün peu après, de chercher une cachete, et se retirer à part quand on veut faire de bonnes œuvres, cela est dit seulement pour corriger l'ambition : mais maintenant il nous recommande bien une autre fin : asçavoir la gloire d’un seul Dieu. Or si la gloire des bonnes œuvres ne peut estre attribuée à Dieu, sinon qu'on recognoisse qu’elles procèdent de luy, il appert par cela qu'il
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est impossible qu’on ne fasse une injure à Dieu bien lourde et évidente, en eslevant le franc arbitre, comme si les bonnes œuvres procédoyent entièrement où en par-
noter combien Dieu nous traitte doucement, d'appeler nostres, les bonnes œuvres, desquelles il pourroit à bon droict S’attribüer la louange entière.
tie de la vertu d’iceluy. Derechef, il faut
MATTH, Ve. MARC. LUC XVI.
17 Or estil plus facile que le ciel et laterre se passent,qu'il | chée un seul poinct de la Loy.
17 Ne pensez point que je soye venu pour abolir da Loyou les Prophetes : je ne suis point venu pour des abolir, mais pour les accomplir.
18 Car en vérité je vous di, que jusques à ce que le ciel sera passé el la terre, un iota où un seul poinct de la Loy ne passera, que toutes choses ne soyent failes. ï
19 Celuy donc qui rompra un de ces très petis commandemens", et enseignera ainsi les hommes, sera tenu le plus petit au Royaume des cieux : mais qui les aura faits et enseignez, cestuy-là sera tenu
grand au Royaume des cieux.
1) Jag., II, 10.
17 Ne pensez point que je soye venu, elc. Combien que Jésus-Christ, veu la perfection qui estoit en sa vie, pouvoit bien maintenir qu’il estoit venu pour accomplir la Loy, toutesfois il est yci parlé de la doctrine, et non pas de la vie. Pource que souvent il crioit que le Royaume de Dieu estoit venu, et redressoit les esprits des hommes d’une espérance non accoustumée, aussi qu’il recevoit des disciples en leur baïllant la marque du Baptesme, il est vray-semblable que plusieurs estoyent en suspens et incertains, enquérans à quoy tendoit ceste nouveauté. Or Jésus-Christ tesmoigne que tant s’en faut que sa doctrine discorde de la Loy, que mesme elle ha un bon accord avec icelle et les Prophètes : et non-seulement cela, mais aussi elle apporte le parfait accomplissement d’iceux. Au reste, il semble qu'il à esté incité pour deux raisons à tesmoigner de ce consentement entre la Loy et l'Evangile. Si tost que quelque nouvelle façon d'enseigner vient en avant, . le peuple prend cela comme si on faisoit un changementuniversel de toutes choses.
Et la prédication de l'Evangile estoit telle, comme j'ay naguères touché, qu’elle donnoit à penser qu'il y auroit une autre forme d’Eglise qu’elle n’avoit esté aupa-
!ravant. Ainsi donc, ils pensoyent que le gouvernement ancien et accoustumé devoit estre aboli. Laquelle opinion estoit dangereuse en beaucoup de sortes. Car ceux qui craignoyent vrayement Dieu, n’eussent jamais receu l'Evangile, sil eust enseigné un révoltement de la Loy.
Et d'autre part, les esprits volages et tumultueux eussent pris volontiers ceste occasion pour renverser tout l’estat de la religion. Car nous sçavons comment les gens témérairess’esgayentfièrement quand il y à ainsi quelque changement nouveau.
D’avantage, Jésus-Christ voyoit que plusieurs d’entre les Juifs, combien qu'ils feissent semblant de croire à la Loy, estoyent toutesfois profanes et abastardis.
Carles chosesestoyent tellement décheues en ce peuple-là, tout estoit plein de si grans abus, les Sacrificateurs avoyent tellement esteint la pure lumière de la doctrine par leur nonchalance ou malice, qu’il n’y avoit plus guères de révérence de: la Loy. Et si on eust apporté sur cela quelque nouvelle sorte de doctrine qui eust aboli la Loy et les Prophètes, c’estoit pour dissiper misérablement toute la religion. I semble que c’est-ci la première cause pour laquelle Jésus-Christ nie qu’il soit venu pour abolir la Loy. Ce qu'on
peut aussi recueillir du texte. Car pour confirmation de son dire, il met incontinent après, qu'il est impossible qu'un seul poinet de toute la Loy défaille, et maudit les Docteurs qui ne s’employeront fidèlement à maintenir l’authorité d’icelle. La seconde raison a esté, afin de réfuter la fausse calomnie de laquelle il sentoit qu’on Je chargeoït envers les simples et ignorans. Car il appert que c’estoyent les Scribes qui jettoyent ce diffame sur sa doctrine, veu qu’il s'attache incontinent à eux. Or il faut que nousavisions à ceste façon de procéder de Christ, qu’il convie et exhorte tellement les Juifs à recevoir l'Evangile, que il les retient toutesfois
tousjours en l’obéissance de la Loy : en après, qu’il repousse fort et ferme les vileines mocqueries et calomnies par lesquelles les adversaires taschoyent de diffamer ou rendre suspecte sa prédication.
Car si nous désirons de réformer en mieux les choses dissipées, il faut tousjours y procéder avec telle prudence et modération, que le peuple cognoisse qu'on n’abolit pas pourtant la parole éternelle de Dieu, et qu’on n’introduit point une nouveauté contrevenante à l’Escriture, de peur que quelque souspeçon de contrariété ne nuise à la foy des fidèles, et que les gens outrecuidez ne s’eslèvent sous couleur d’un nouveau changement :
finalement afin dobvier à un contemnement profane de la parole de Dieu, et que la religion ne soit moins estimée par les ignorans. Or la défense de laquelle Jésus-Christ use pour purger de tous diffames sa doctrine, nous doit donner courage si nous sommes aujourd’ huy exposez aux mesmes calomnies. On a objecté aussi à sainet Paul le mesme crime, asçavoir qu’il estoit apostat de la Loy de Dieu, Act., XXI, 91. Et pourtant ce n’est pas de merveilles si les Papistes s’aident aujourd’huy de la mesme invention pour tascher à nous rendre odieux : mais il nous faut à l'exemple de Jésus-Christ purger de leur fausses accusations, et cependant toutesfois maintenir franchement la vérité, combien qu’elle soit sujete à beaucoup de détractions iniques. Je ne suis point venu pour les abolir. H est vray que Dieu avoit promis une nouvelle
alliance à la venue de Christ, mais il avoit monstré quant et quant qwelle ne seroit point diverse de la première, et que plustost ce seroit afin d’establir et ratifier à jamais l'alliance qu’il avoit faite dés le commencement avec les siens. J’escriray (di-il) mes loix en leurs cœurs, et met- {ray en oubli leurs péchez, Jér., XXXI, 33. En parlant ainsi, tant s’en faut qu’il se desdise de la première alliance, que plustost il dénonce que lors elle sera ferme et stable quand la nouvelle sera survenue. Et c’est cela mesmes qu’emportent les paroles de Christ, quand il dit qu’il est venu pour accomplir la Loy :
car vrayement il l’a accomplie, en vivifiant par son Esprit la letre morte : en après, présentant de faict ce qui avoit esté monstré seulement par figures. Ainsi doncques quant à la doctrine, il ne nous faut point imaginer en l’advénement de Christ aucune abrogation de la Loy. Car puis que c’est la règle perpétuelle de vivre sainctement et selon Dieu, il faut qu’elle soit immuable comme la justice de Dieu, laquelle il a là comprinse. Quant aux cérémonies, combien qu’il pourroit sembler qu’il y soit survenu quelque chose de nouveau, il n’y a toutesfois eu que l’usage d’icelles qui ait esté aboli, mais la signification en a esté encore mieux approuvée et confermée. Dont s’ensuit que la venue de Christ n’a rien osté aux cérémonies :
plustost au contraire la vérité des ombres nous estant présentée, leur apporte plus grande fermeté, quand voyans le plein effet d’icelles, nous recognoissons que elles n’ont esté ni vaines ni inutiles. Et pourtant apprenons de maintenir inviolable ce lien sacré entre la Loy et l'Evangile, lequel plusieurs rompent sans propos. Car ce nest pas une chose de petite importance pour confermer l’authorité de l'Evangile, quand nous oyons que ce n’est autre chose qu’un accomplissement de la Loy, afin que tous deux d’un bon accord nous monstrent que Dieu en est le seul autheur.
18 Jusques à ce que le ciel sera passé.
S. Luc dit un peu autrement, toutesfois tout en un sens, Z{ est plus facile que le ciel et la terre se passent, qu'il chée un poinct de la Loy. Car en tous les
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deux passages Christ a voulu monstrer qu’en tout le bastiment du monde il ny a rien si perdurable, comme est ferme Ja vérité de la Loy, voire en tout et par tout. Aucuns veulent subtilizer en ce mot, Jusques : comme si le changement du ciel et de la terre qui sera au dernier jour du jugement, devoit apporter fin à la Loy et aux Prophètes. Et certes comme les Langues lors cesseront, et les Prophéties seront abolies, ainsi je pense que la Loy escrite et l'exposition d’icelle prendra fin. Mais pource qu'il me semble que Christ a voulu parler plus simplement, je ne veux point repaistre les aureilles des lecteurs de tels amusemens. Et pourtant il suffira d'entendre que plustost le ciel tombera par pièces, et tout le bastiment du monde s’en ira en confusion, que la Loy de Dieu perde rien de sa fermeté.
Mais que veut dire cela, que toutes les choses de la Loy seront faites jusques au plus petit poinct? car nous voyons combien les hommes sont loin de la parfaite observation de la Loy, mesmes ceux qui sont régénérez par l'Esprit de Dieu. Je respon, que ce mot estre fait, ne se rapporte pas à la vie des hommes, mais à la ferme vérité de la doctrine : comme sil disoit qu’il n’y a rien en la Loy qui soit de petite conséquence, ne rien mis à la volée : et que pourtant il est impossible qu'une seule letre d’icelle s’esvanouisse sans avoir son effet.
19 Celuy donc qui rompra un de ces, etc. Christ parle yci nomméement des commandemens de la vie, ou des Dix paroles , qui sont la règle à laquelle tous les enfans de Dieu doyvent former leur vie. Et pourtant il déclare que tous ceuxlà sont faux-docteurs et abuseurs qui ne retienent point leurs disciples sous lPobéissance de la Loy, et que tous ceux-là qui amoindrissent l’authorité de la Loy au plus petit poinet qu'on sçache dire, sont indignes d’avoir lieu en l'Eglise : et qu’au contraire ceux-là sont bons et vrais ministres de Dieu, lesquels tant par exemple de vie que par parole, entretienent les hommes en l'observation et révérence de la Loy. Au reste, il appelle très petis commandemens de la Loy, selon l’appréhension et jugement des
hommes. Car combien que les commandemens de Dieu ne soyent pas tous de mesme poids, mais si on en fait comparaison, les uns se trouveront moindres que les autres : toutesfois il ne faut rien estimer petit de ce sur quoy il a pleu au Législateur céleste donner commandement. Car quel sacrilége est-ce de recevoir nonchalamment où par acquit ce qui est procédé de sa bouche sacrée? Car cela est abbaïisser sa majesté au rang commun des créatures. Parquoy quand Jésus-Christ nomme Petis commandemens, C’est une espèce de concession.
Quand il dit, Z{ sera tenu le plus petit, c’est une allusion à ce qui avoit esté dit paravant des Commandemens : toutesfois le sens est clair : Asçavoir que ceux-là seront rejettez comme les plus inutiles du monde, lesquels auront rendu contemptible la doctrine de la Loy, mesmes en une seule syllabe. Le royaume des cieux, se prend pour le renouvellement de l’Eglise, ou le second estat et gouvernement d’icelle, tel qu'il commencçoit dés lors à se dresser depuis la prédication de l'Evangile. Il se prend aussi ainsi en S. Luc au septième chap., v. 28, quand Jésus - Christ dit que le moindre au Royaume de Dieu est plus grand que Jehan. La raison de ceste manière de parler est, pource que Dieu en renouvelant le monde par la main de son Fils a parfaitement ordonné l’estat de son Royaume.
Ainsi doncques, Christ dit que quand son Eglise sera renouvelée, il n’y faudra recevoir pour Docteurs, sinon ceux qui seront fidèles expositeurs de la Loy, et mettront peine de maintenir la doctrine d’icelle en tout et par tout. Mais on demande, Asçavoir-mon si les cérémonies n’estoyent pas du nombre des Commandemens de Dieu, l'observation desquelles toutesfois n’est pas maintenant requise.
Je respon qu’il faut tousjours considérer l'intention et le but du Législateur. Car puis que Dieu avoit commandé les cérémonies, afin que l’usage externe d’icelles fust temporel, et la signification éternelle, cestuy-là ne rompt pas les cérémonies, lequel en retenant l’effect d’icelles, en laisse les ombres. Au reste puis que Christ extermine et bannit de son Royaume
ceux qui accoustument les hommes à quelque mespris de la Loy, C’est une stupidité bien monstrueuse de ceux qui n’ont point de honte de dispenser les hommes par une dissimulation pleine de sacrilége, d’une chose laquelle Dieu requiert si estroitement et sous couleur de
péché véniel, de mettre la justice de la Loy sous les pieds. Il faut aussi noter le titre qu'il attribue aux bons et saincts Docteurs : asçavoir que non-seulement par paroles, mais principalement par exemple de vie ils exhortent et incitent les hommes à garder la Loy.
MATTH. V
MARC. LUC
20 Car je vous di, que si vostre justice n’outrepasse celle des Scribes et Pharisiens !, vous n’entrerez nullement? au Royaume des cieux.
21 Fous avez ouy qu'il a esté dit aux anciens, Tu ne tueras point*® : el qui tuera, sera digne d'estre puni par jugement.
22 Mais moy je vous di, que quiconque se courrouce sans cause à son frère, il sera digne d’estre puni par jugement : et qui dira à son frère, Racha, | il sera digne d’estre puni par conseil: et qui luy dira Fol, sera digne d’estre puni par la géhenne du
feu.
1) Luc, XI, 39. 2) Ou, jamais.
20 Si vostre justice noutrepasse celle. I touche les Scribes, lesquels taschoyent de mettre diffame sur la doctrine de l'Evangile, comme si c’eust esté une dissipation de la Loy. Il est vray qu’il ne déduit pas ce propos, mais seulement monstre en un mot qu’il n’y a rien moins en leurs cœurs que le zèle de la Loy :
comme s’il disoit, Ils font semblant d’estre contre moy, pource qu'ils ne peuvent souffrir que la Loy soit enfreinte : mais leur vie monstre comment ils semployent bien froidement à observer la Loy, et mesmes comment ils se mocquent de Dieu sans en faire conscience, en se vantant entre les hommes d’une justice masquée et feinte. Voylà comment plusieurs expositeurs entendent ce passage.
Toutesfois on pourra aviser si l'intention de Christ ne seroit point plustost de blasmer la façon corrompue d'enseigner, de laquelle les Scribes et Pharisiens avoyent abbruvé le peuple. Car en restraignant la Loy de Dieu aux œuvres externes seulement, ils accoustumoyent leurs disciples à une hypocrisie, et en faisoyent des signes. Je ne nie pas qu’ils p’ayent aussi mal vescu qu’enseigné,
8) Exod , XX,13. Deut,, V, 17.
voire encore plus mal : et pourtant avecques leur doctrine perverse je suis content de comprendre aussi leur vaine parade de fausse justice. Toutesfois que Christ ait voulu principalement charger sur la doctrine, il appert facilement par les propos suyvans quand il remet la Loy en sa pureté, la repurgeant de leurs inventions et fausses interprétations. En somme, ce que nous avons dit que les Scribes luy objectoyent à tort, ille recharge fort et ferme contr’eux. Regardez, dit-il, que voylà de bons supposts, et de vaillans expositeurs de la Loy : car ils forgent une justice qui ferme la porte des cieux à ceux qui la suyvront. Il faut qu’il nous souviene de ce que nous avons dit en un autre lieu, qu’il adjouste les Pharisiens avec les Scribes pour amplification de son dire : pource que ceste secte avoit sur toutes autres acquis le bruit de saincteté. Combien que ceux-là s’abusent qui pensent qu'ils ayent esté ainsi nommez du mot de Division, ou séparation, comme gens qui S’attribuoyent un degré particulier, se séparans du rang commun du peuple. Car ils ont esté nommez Phérussim, c’est-à-dire Expo-
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siteurs : pour Ce que ne se. contentans point du simple texte de l’Escriture, ils se vantoyent d’avoir la elef pour tirer subtilement des sens cachez. Et de là est venu un meslinge infini d'erreurs, d’'autant que s’attribuans une authorité ma- . gistrale, ils ont présumé selon leur meschante volonté et fierté détestable, de mettre en avant leurs songes et inventions en lieu de lEscriture.
91 Vous avez ouy qu'il à esté dit.
Ceste sentence et les autres suyvantes dépendent du propos que nous avons maintenant exposé. Car Christ monstre plus amplement par le menu comment les Pharisiens avoyent dépravé la Loy par leurs expositions tortues, en sorte que leur justice mestoit autre chose qu’escume et ordure. Au reste, plusieurs des anciens se sont abusez en pensant que ceci fust une correction ou amplification de la Loy, et que Christ voulust yci avancer ses disciples en un degré plus haut de perfection, auquel Moyse n’avoit peu conduire le peuple grossier et charnel, qui à grand peine estoit capable des plus petites choses. Ainsi ç’a esté une opinion toute commune, qu’en la Loy ancienne estoit compris le commencement de justice, et que la perfection d’icelle nous est monstrée en l'Evangile. Mais Christ n’a pensé à rien moins qu'à changer ou innoyer quelque chose des commandemens de la Loy. Car Dieu a là une fois arresté par résolution certaine la règle de bien vivre, de laquelle il ne se desdira jamais.
Mais d'autant que la Loy avoit esté corrompue par fausses expositions, et destournée en un sens profane, Christ la repurge de tous tels abus, et monstre le vray sens d’icelle duquel les Juifs s’estoyent desvoyez. Or que la doctrine de la Loy enseigne non pas seulement quelque commencement de saincte vie, mais la perfection entière, il est aisé à veoir en un mot, veu qu'elle requiert une amour parfaite de Dieu et du prochain.
Car quiconques aura une telle amour, il ha une perfection accomplie, et ne luy défaut rien. Ainsi doncques la Loy, quant aux enseignemens de bien vivre, amène les hommes au droit but de justice. Et pourtant S. Paul ne dit pas qu’elle soit
infirme ou débile en soy, mais en nostre Chair. D’avantage, si elle monstroit seulement quelque petit commencement de la vraye justice, ce seroit une mocquerie de la protestation que fait Moyse, Deut., XXX, Je pren, dit il, aujourd’huy le ciel et la terreen tesmoins, que je {ay manstré le chemin de vie et de mort. Et Dent., X, Or maintenant Israël que demande le Seigneur ton Dieu de toy, sinon que tu sois entièrement conjoint à luy? Semblablement ceste promesse seroit vaine et frustratoire, Lévit., XVII, Qui fera ces choses, vivra en icelles. Au reste, il appert bien évidemment aussi par d’autres passages, que Christ n’a rien voulu corriger aux commandemens de la Loy.
Car ceux qui par bonnes œuvres veulent entrer en la vie, il ne leur commande autre chose sinon de garder les commandemens de la Loy. Et aussi tant luy que les Apostres ne tirent d’ailleurs les enseignemens de vivre sainctement et selon Dieu. Et certes c’est faire une grande injure à Dieu autheur de la Loy, d’imaginer qu’il ait là voulu seulement duire les yeux, les mains et les pieds à quelque contenance et.vaine apparence de bonnes œuvres, et que l'Evangile seul enseigne d'aimer Dieu de tout le cœur Ostons donc ceste resverie, que Christ vueille yei corriger les défauts de la Loy Car il ne nous faut pas prendre Christ pour un nouveau législateur, qui adjouste quelque chose à la justice éternelle de son Père : mais il nous le faut escouter comme un fidèle expositeur, afin que nous sçachions quelle est la Loy, à quel but elle tend, et jusques où elle s’estend. Maintenant il reste de veoir en quoy Christ blasme les Pharisiens, et quelle différence il y a entre son exposition et leurs gloses. Le sommaire est, que de la doctrine de la Loy ils enavoyent fait seulement un ordre politique, tellement que c’estoit assez de s’acquitter des choses externes, Ainsi il advenoit que celuy qui n’avoit point commis de meurtre de sa main, s’estimoit innocent et entièrement pur d’homicide : celuy qui n’avoit point souillé son corps par adultère, s’estimoit pur et chaste devant Dieu.
Et cela estoit. une profanation insupor-
table de la Loy : veu qu’il est certain que Moyse requiert en tous endroits un service spirituel de Dieu : et veu que Dieu, qui l’a publiée par la main de Moyse, suyvant sa nature à parlé aussi bien aux cœurs comme aux mains et aux yeux. Il est vray que Christ récite les propres mots de la Loy : mais il s’acommode en cela à l'intelligence commune du peuple, comme sil disoit, Jusques à maintenant les Scribes vous ont abruvez d’une exposition de la Loy à la letre, que C’estoit assez pourveu qu’on s’absteinst de meurtrir et faire violence des mains : mais moy je vous adverti qu’il faut bien monter plus haut. Et puis que charité est la perfection de la Loy, je di que c’est outrager son prochain, toutes fois et quantes qu’on fait quelque chose envers luy autrement qu'en ami. Le dernier membre qui comprend, Que qui tuera l'homme, sera digne d'estre punipar le jugement, conferme ce que j'ay n’aguères dit, que Christ reprend ce vice, de ce que la Loy de Dieu, qui avoit esté baïllée pour gouverner les cœurs, estoit tournée en une police.
92 Mais moy je vous di. Christ met sa response, non pas à lencontre du commandement de Moyse, mais à l’encontre de l'exposition commune des Scribes. Or pource que les Pharisiens mettoyent en avant l'ancienneté (comme c’est toujours la Coustume d’alléguer prescription de longues années pour maintenir et défendre leurs erreurs ou abus en matière de la religion) Christ ramène le peuple à son authorité, au regard de laquelle à bon droict toute ancienneté ne doit rien estre estimée. Dont nous recueillons comment la vérité est de plus grand poids que la coustume, ou le nombre d’ans. Et qui dira à son frère. Christ met vyei trois dégrez de condamnation, outre la violence qui se fait avec la main.
En quoy il signifie que ce commandement de la Loy n’est pas seulement pour
fections contraires à la charité fraternelle : comme s’il disoit, que tous ceux là sont homicides, lesquels se seront seulement courroucez à leurs frères, ou les auront desdaignez fièrement, ou offensez de quelque injure. Au reste, veu que le mot Racha, est mis entre le courroux et l’injure manifeste, je ne doute point que ce ne soit un terme de mespris et desdain. Or combien que Christ adjuge à la gehenne du feu seulement ceux qui seront passez jusques à injurier apertement, ce n’est pas pourtant à dire qu'il vueille exempter les autres de semblable punition : mais en faisant une allusion à la façon des jugemens terriens, il déclare que Dieu sera juge mesmes de l’indignation secrète qu’on aura eue en son cœur contre le frère, pour la punir.
Et pource que celuy qui déclare son mauvais vouloir par quelque propos d’amertume, passe outre, il dit qu’il sera coulpable devant tout le Conseil céleste, pour estre puni plus griefvement : mais ceux qui se seront desbordez jusques à injurier, il les juge à la géhenne du feu :
signifiant par cela que haine et tout ce qui est contraire à charité, suffit pour rendre l’homme coulpable de mort éternelle, encore qu’il n’ait usé d’aucune violence de faict. I n’y à point de doute que le mot de Géhenne, ne soit emprunté d’ailleurs. Gæ, signifie entre les Hébrieux, Vallée. Or la vallée de Hennon estoit un lieu infâme pour la superstition détestable qui S'y commettoit, pource que là ils sacrifioyent leurs enfans aux idoles. De là est advenu que les saincts personnages, pour rendre plus odieuse ceste impiété meschante, l'ont prins pour enfer, afin que le peuple eust en horreur le nom mesme comme exécrable et maudit. Il appert que du temps de Christ c’estoit une manière de parler toute commune, et que pour signifier enfer on n'usoit quasi point d'autre terme que de Géhenne, le mot estant un peu changé
retenir les mains, mais aussi toutes af- | de sa vraye prononciation.
MATTH, V
93 Donc si tu apportes ton oblation à l'autel, et là Le viene en mémoire que ton
MARC. LUC XII
58 Or quand tu vas au magistrat avec ton
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
frère ha quelque chose à l'encontre de toy.
2 Laisse là ton oblation devant l'autel, et l’en va : premièrement appointe à ton frère, et lors vien et présente ton oblation.
25 Sois bien lost d'accord avec ton adverse partie, cependant que tu es en chemin avec luy': de peur que lon adverse partie ne te livre au juge, et que le juge te baille au sergent, et que tu sois mis en prison.
26 Je te di en vérité que tu ne sortiras point de la jusques à ce que tu ayes ren-
adverse partie pren peine en chemin d'estre délivré de luy : afin qu'il ne te tire au juge et le juge te baille au sergent, et le sergent te metlle en prison.
59 Je te di que tu ne partiras de là, jusques à ce que tu rendes la dernière pite.
du le dernier quadrin.
23 Si tu apportes ton oblation à l'autel, et là te viene en mémoire, etc.
Par ceci il conferme et déclare quant et quant la doctrine précédente : car le sommaire est, Que lors nous satisfaisons au commandement de la Loy qui défend de tuer, quand nous entretenons concorde et amitié fraternelle avec nos prochains. Et pour nous esmouvoir d’avantage, Christ dit que mesmes les exercices appartenans au service de Dieu luy sont desplaisans, et qu’il les rejette si nous sommes en noise avec nos prochains.
Car en commandant à ceux qui ont offensé quelqu'un des frères, de se réconcilier avec luy devant que de présenter leur don, il signifie que tant que nous sommes en malvueillance avec nos prochains par nostre faute, nous n'avons point d'accès à Dieu. Or si les hommes par leurs haines corrompent et polluent le service qu’ils font à Dieu, nous pou:
vons de cela recueillir en quelle recommandation Dieu veut que nous ayons la concorde mutuelle. Toutesfois on pourroit yci faire une question, Asçavoir si ce n’est pas une absurdité, que les choses appartenantes à charité soyent plus prisées que le service de Dieu. Car ou il faut dire que l’ordre qui est en la Loy n’est pas bon, ou que la première table doit estre préférée à la seconde. La s0lution est facile. Car Christ par ces paroles ne prétend à autre chose qu'à monstrer que ceux-là en vain et faussement se disent affectionnez au service de Dieu, lesquels après avoir injustement
offensé leurs frères, les desdaignent encores fièrement. Car sous une espèce qu’il nomme, il entend tous exercices externes du service de Dieu, par lesquels souventesfois les hommes font plustost mine lavoir la crainte de Dieu, qu'ils n’en donnent de vrayes enseignes. Et faut noter que Christ, selon que lors le temps le portoit, parle des sacrifices.
Nostre estat n’est pas aujourd’huy de mesmes : toutesfois la doctrine demeure tousjours une , Asçavoir que tout ce que nous présentons à Dieu est souillé et infect, si nous ne sommes d'accord avec nos frères, pour le moins entant qu’en nous est. L’Escriture appelle les aumônes Sacrifices de bonneodeur, Philippiens, IV, 18. Toutesfois nous oyons de la bouche Ge sainct Paul, que cestuy-là ne fait rien qui despend tous ses biens après les povres, s’il n’ha charité. Brief, Dieu ne reçoit et ne recognoist pour ses enfans, Sinon ceux qui de leur costé font aussi devoir de frères envers les autres.
Au reste, combien que Christ parle seulement de ceux qui auront fait tort aux frères, leur commandant qu’ils mettent peine de les appaiser, toutesfois sous une espèce il monstre combien la concorde fraternelle est précieuse devant Dieu. Il exprime aussi beaucoup plus, en commandant de laisser le don devant l'autel, que s’il eust dit que les hommes ne font rien qui vaille de venir au temple, ou de vouer sacrifices à Dieu cependant qu’ils sont en discord avec leurs prochains.
25 Sois bien tost d'accord. Combien
qu’il semble que Christ passe outre, et nl ’exhorte pas seulement à réconciliation ceux qui tienent tort à leurs frères, mais aussi ceux qui, sont assaillis et provoquez les premiers injustement, toutesfois quant à moy j’expose que, Christ a yci regardé à une autre fin, asçavoir de couper broche à toutes haines et discors, et de monstrer le moyen d'entretenir bonne amitié.
Car d’où procèdent toutes injures et outrages, sinon qu'un chacun ne veut rien lascher de son droict : c’est-à-dire que tous sont par trop addonnez à leur proufit au désavantage des autres? Car quasi tous sont aveuglez d’une amour perverse d’eux-mesmes, en sorte qu'aux plus meschantes causes ils se font à croire qu’ils n'ont pas tort. Christ doncques pour obvier à toutes haines, dissensions, débas, et outrages, corrige ceste obstination, qui est à source de tous ces maux : eb commande aux siens d’estre enclins à douceur et modération, afin que ne prenans pas les choses à la rigueur, is rachètent paix et amitié en se monstrans ainsi traittables, Il est vray qu’il-seroit bien à désirer qu’il ne surveinst jamais entre nous procès ne débat quelconque.
Et de faict, s’il y avoit entre les hommes une telle douceur qu'il faut, ils n’entreroyent jamais en noise ou dissension.
Mais pource qu’il est malaisé qu’il ne surviene par fois quelque procès, Christ monstre le remède pour bien tost y mettre fin : asçavoir que nous tenions en bride nos affections, et soyons prests d'accorder plustost en souffrant perte, que de poursuyvre nostre droict à la rigueur sans rien relascher. Toutesfois il appert par le douzième chapitre de sainct Luc, que Christ a souvent usé de ceste exhortation. Car là l’Evangéliste ne récite pas le sermon faict en la montagne, mais fait un brief recueil de divers propos de Christ. Il appert aussi de là que signifie ce mot, Accorder en la voye : asçavoir devant qu’on soit venu devant le juge. De peur que ton adverse partie ne te livre au juge, et que le juge te baille, etc.
Aucuns exposent ceci comme si c’estoit une métaphore ou similitude, Que le juge céleste nous traittera à la rigueur, sans rien relascher du tout, si nous ne met-
tons peine d’appaiser les différens qué nous avons avec nos prochains. Toutesfois je le pren plus simplement, que. Christ admoneste que mesmes selon les hommes il nous est proufitable d’appointer. de bonne heure avec nos parties. adverses, pource qu'aux gens quereleux le plus souvent Jeur obstination leur couste bon. Cependant je e ne di pas que céste similitude ne se puisse bien proprement appliquer : à Dieu : Asçavoir que cestuy-là qui se sera monstré fascheux et obstiné envers les frères, sentira Jugement sans miséricorde, Au reste, les Papistes se monstrent tant et plus ridicules s, de vouloir bastir leur purgatoire, en faisant une allégorie.sur chacun mot de ce passage. Il n'y à rien plus clair que Christ parle yci de s ’entretenir en amitié les uns ayec les autres. Ils ne font point de conscience de pervertir ces mots impudemment, et de les tirer en un sens du tout estrange, pourveu que cela leur serve de couleur pour abuser les ignorans. Mais pource qu’ils ne méritent pas qu'on s'amuse beaucoup à réfuter leurs niaiseries, je monstrerai seulement en un mot combien leur bestise et ignorance est lourde et vileine. Ils disent que la partie adverse c’est le diable. Or est-il ainsi que Christ commande à ses fidèles d’estre d'accord avec icelle. Afin donc que les Papistes puissent trouver leur | purgatoire, il faut que devant ils se fâcent amis et frères du diable. Quant au mot de Quadrin, on sçait bien que c’estoit la quatrième partie d’un gros : mais yci. il se prend pour une maille, ou quelque à autre pièce de petite valeur : comme aussi il appert de sainct Luc, qui dit, Jusques à à la dernière pite. D'avantage, qui voudroit user de cavillations et chippoter sur chacun mot, il y a bien yci pour monstrer plus amplement la sottise des Papistes.
Car si l’homme estant une fois, entré en purgatoire, ne sortira jamais de là jusques à ce qu’il ait payé le dernier quadrin, il s’ensuit que les prières e suffrages (qu’ils appellent) des Vivans pour les trespassez, ne servent de : rien. Ca Christ ne dit pas qu’un autré en piyaul puisse faire sortir le debteur : : Mais il requiert nomméement qu’un chacun satisface pour soy, et paye ce qu'il
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE. 163
doit. Or si les Messes ét autres satisfac-| tres et des moines seront bien morfontions sont inutiles, que le fou de purga- dues, pour lesquels ils s’eschauffent tant
| IQire soit tant ardent qu'on voudra, si|à maintenir leur purgatoire.
est-ce toutesfois que les cuisines des pres-
MATTH. V
MARC. LUC
27 Vous avez ouy qu'il a esté dit aux anciens,
Tu ne commettras point adultèref,
28 Mais moy je vous di, que quiconque regarde femme pour la convoiter, il a desjà commis adul-
tère avec elle en son cœur.
29 Que si ton œil dextre te fait chopper arrache-
le, et le jette arrière de toy :
car il l'est proufitable
qu'un de tes membres périsse, et que tout ton corps
ne soit point jetté en la géhenne.
30 Æt si ta main dextre te fait choper, coupe-la,
et la jette arrière de toy:
car il Le vaut mieux
qu'un de tes membres périsse, et que tout ton corps
ne soit point jelté en la gehenne?.
1) Exode, XX, 14.
97 Tu ne commettras, etc. Christ poursuit son propos : asçavoir que la Loy de Dieu n’est pas maistresse de vie seulement d’une façon politique, mais aussi requiert les affections du cœur pures et nettes. Or il faut retenir ce que je ay dit ci-devant, que combien que Christ récite les propres mots de la Loy, toutesfois il reprend. le sens lourd et desvoyant, lequel les mauvais expositeurs avoyent mis en avant. Car il a desjà protesté qu’il n’estoit point venu pour estre un nouveau législateur, mais pour faire oflice de fidèle expositeur de la Loy qui avoit une fois ésté donnée. Et pource qu’on pouvoit objécter que c’estoit une opinion desjà receuë de long temps, Christ le confesse nomméement : mais aussi il va au-devant, disant qu'on ne doit point faire préjudice de l'ancienneté pour maintenir un
érreur.
| 28 Quiconque regarde femme. L'inm…(éntion de Christ est de condamner géüéralement toutes concupiscences des la Chr. 11 dit donc que ceux-là sont. adultères devant Dieu, non pas seulement qui auront forcé la femme d’autruy, mais dussi qui auront pollué leurs yeux d’un regard impudique. Et c’est une façon de parler qu'on appelle Synecdoche, quand
2) Matth. XVIII, 8, 9. Mare, IX, #1.
on prend une partie pour le tout. Car non-seulement les yeux, mais aussi les poinctes et bruslemens secrets du cœur rendent les hommes coulpables d’adultère.
Pour laquelle cause S. Paul establit chasteté non-seulement au corps, mais aussi en lesprit. Mais Christ s’est contenté de réfuter la lourde imagination qui estoit lors receuë, pource qu’il leur sembloit que c’estoit assez de se donner garde de l’adultère externe. Toutesfois pource que le plus souvent les yeux par leur frétillement solicitent le cœur, et que paillardise entre par iceux comme par une porte, Christ voulant condamner la concupiscence, a usé de ceste façon de par-
ler: Ce qui se peut aiséement recueillir par
le mot de Convoiter. Aussi par cela nous sommes enseignez que ceux-là sont tenus pour paillars devant Dieu, non-seulement qui conçoyvent en leurs cœurs une affection de paillardise d’un propos et conseptement arresté, mais aussi qui en reçoivent quelques poinctes. Et pourtant l'hypocrisie des Papistes est par trop lourde et grossière, quand ils nient que concupiscence soit péché, jusqu’à ce que tout le cœur y donne consentement. Maïs il ne se faut pas esbahir s'ils font les péchez si petis. Car il faut bien que ceux
La
16% qui attribuent justice aux mérites des œuvres, soyent du tout stupides, et ayent perdu le jugement quant à estimer leurs péchez.
29 Si ton œil. Pource qu’il sembloit, pour le regard de limbécillité de la chair et de nostre nature, que Christ pressoit trop rigoureusement les hommes, il vient au-devant de toutes telles plaintes. En somme, il signifie quoy que ce que Dieu commande soit difficile, malaisé, fascheux, ou rude, qu’il ne faut point toutesfois rien alléguer de tout cela pour s’excuser :
pource que la justice de Dieu nous doit estre plus que toutes autres choses, lesquelles nous tenons bien chères et précieuses : comme s'il eust dit, Il ne faut point que tu m’allègues que tu ne sçaurois à grand’peine tourner l'œil d’un costé ou d’autre, que tu ne sois aucunement chatouillé, sans y penser. Car il faut plustost renoncer à tes yeux, que de t’esjongner des commandemens de Dieu.
MATTH. V
31 Il à esté dil aussi, Quiconque délaissera sa femme, qu’il luy baille la le-
tre de divorce".
32 Mais moy, je vous di, que quiconque aura délaissé sa femme, hors mis la cause de paillardise , il la fait estre adultère :
et quiconque se mariera à la femme dé-
laissée, il commet adultère.
Christ n'entend pas toutesfois qu’il fale couper ou meurtrir nostre corps pour obéir à Dieu. Mais pource que chacun seroit bien content qu’on ne bridast point ses sens, tellement qu’il n’en peust user à son plaisir, Christ par une façon de parler hyperbolique (c’est-à-dire excessive) monstre qu’il faut couper et retrancher tout ce qui nous empesche de rendre à Dieu telle obéissance qu’il demande en sa Loy. Et il parle ainsi expresséement pource que les hommes se laschent par trop la bride en cest endroit. Si le cœur estoit pur, il auroit aussi les veux et les mains obéissantes : lesquelles comme il est certain, n’ont aucun mouvement propre. Mais nous faillons grandement en cela, que tant s’en faut que nous soyons songneux comme il faudroit, d'éviter les allèchemens de mal, que plustost de nousmesmes nous y provoquons nos sens par une licence desbordée.
MARC. LUC XVI
18 Quiconque délaisse sa femme, et se marie & une autre, il commet adultère : et qui prend celle qui est délaissée de son mari, il commet adultère.
1) Ou, séparation. Matth., XIX, 7. Deut., XXIV,1. Marc, X, 4.
31 Quiconque délaissera sa femme.
Pource que le lieu sera plus propre au dixneufième chapitre, pour déduire et traitter amplement ceste doctrine, je toucheray maintenant en brief ce que Christ dit yei. Comme les Juifs s’abusoyent, pensans estre quittes envers Dieu en gardant la Loy d’une façon politique, aussi au contraire ils se faisoyent àcroire que tout ce que la loy politique ne défendoit point, leur estoit permis. Moyse, quant à l’ordre externe, n’avoit pas défendu les divorces que les maris faisoyent communéement avec leurs femmes : mais seulement pour réprimer la paillardise il avoit commandé qu’on baïllast letre de divorce aux femmes lesquelles on délais-
soit. Or cela estoit comme un tesmoignage que elles estoyent remises en leur liberté : en sorte que depuis, la femme estoit exempte de Ja sujetion et puissance du mari. Quant et quant le mari confessoit qu’il ne renvoyoit point sa femme pour faute qu’elle eust commise, mais seulement pource qu’elle ne luy venoit pas à gré. De là estoit procédée ceste fausse opinion, que ce n’estoit point mal fait de laisser ainsi sa femme, pourveu qu'on observast ce que la Loy commandoit en tel cas. Mais ils s’abusoyent en prenant du droit civil la règle de vivre sainctement et selon Dieu. Car les loix politiques s’accommodent quelquesfois aux mœurs des hommes : mais Dieu en
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
establissant la Loy spirituelle, n’a pas regardé ce que les hommes pouvoyent, mais ce qu’ils devoyent faire. Et pourtant là est contenue la justice parfaite et entière, quoy que nous soyons despourveus de puissance pour laccomplir. Parquoy Christ admoneste, que si la loy politique de Moyse permet quelque chose, ce n’est pas à dire pourtant que cela soit permis devant Dieu. Celuy (dit-il) lequel délaissant sa femme, luy donne la letre de divorce, pense bien estre innocent, sous couleur de la loy : mais le lien de mariage est si sainct, qu’il ne peut pas estre rompu par la volonté, ou plustost le plaisir désordonné des hommes. Car combien que le mari et la femme soyent conjoints ensemble dun consentement
MATTH. V
mutuel, toutesfois Dieu les accouple d’un lien indissoluble, en sorte qu’il ne leur est plus permis de se séparer l’un d’avec l’autre. Toutesfois l’exception est adjoustée, Si ce n’est pour cause de paillardise. Car la femme laquelle par sa desloyauté a faussé la foy de mariage, mérite bien d’estre rejettée : pource que par sa faute le lien est rompu, et le mari mis en liberté.
32 Il la fait estre adultère. Pource que la letre de divorce portoit cela, que la femme estant séparée de son premier mari, prenoit part ailleurs : celuy qui abandonne à d’autres, contre droict et raison, la femme que Dieu luy avoit donnée pour compagne, à bon droict est condamné comme mactquereau.
MARC. LUC
33 Derechef, vous avez ouy qu'il a esté dit aux anciens, Tu ne te perjureras point! ains tu rendras au Seigneur ce que tu auras promis par jurement.
34 Mais moy, je vous di, Ne jurez aucunement, ne par le ciel, car c’est le thrône de Dieu :
35 Ne par la terre, car c’est le marchepied de ses pieds : ne par Jérusalem, car c'est la cité du
grand Roy.
36 Aussine jureras par ta teste : car tu ne peux
faire un cheveu blanc ou noir.
37 Mais vostre parole soit, Ouy, ouy, Non, non : | | car ce qui est dit outre ces choses est du mal?. | |
1) Lév., XIX, 12. Exode, XX, 7. Deut., V, 11.
33 Tu ne te perjureraspoint, etc. Ceci aussi n’est pas une correction de la Loy, mais plustost une vraye interprétation d’icelle. Car Dieu a condamné en la Loy non- seulement les perjuremens, mais aussi la légèreté de jurer, laquelle dérogue à la révérence de son Nom. Car non-seulement cestuy-là prend le nom de Dieu en vain qui se perjure, mais aussi qui applique témérairement et avec mespris le Nom de Dieu en choses frivoles, ou en commun propos. Or comme ainsi Soit que la Loy condamne toute profanation du Nom de Dieu, il sembloit aux
. Juifs qu’il n’y avoit que les perjures qui emportassent offense. Christ reprend ce lourd erreur, qu’ils pensoyent leur estre permis d’abuser du Nom de Dieu, pour-
2) Ou, malin, ou, meschant. Jaq., V, 12.
veu qu’ils ne mentissent point en jurant.
Il est vray qu’il est commandé estroittement de rendre à Dieu les jJuremens :
car celuy qui trompe et déceoit ses pro:
chains, après avoir prins le Nom de Dieu, pe fait pas seulement tort aux hommes, mais aussi à Dieu. Mais cependant c’est abus de restraindre à une partie ce qui s’estend plus loin. Aucuns rapportent ce mot de Rendre, aux vœus, quand on a promis quelque chose à Dieu par religion : mais toutesfois ceste manière de parler convient fort bien à toutes promesses et conventions qui sont faites en prenant le Nom de Dieu. Car lors Dieu est mis entre les deux parties comme plége, auquel elles s’obligent.
34 Ne jurez aucunement. Plusieurs
se sont abusez en ce mot Aucunement,
tellement que il leur semble que Christ condamne tous juremens en général. Et il Y a eu de bons personnages, lesquels voyans la licence desbordée de jurer qui régnoit par tout au monde, ont esté facilément induits à tenir ceste rigueur extrême. Aussi les Anabaptistes ont fort tempesté sous couléur de ce passage, comme si Christ, en défendant de jurer aucunement, ne permettoit point de jurer pour cause quelconque. Mais il ne faut pas chercher lexposition ailleurs qu’és mots qui sont en ce texte mesmes. Il $’en- Suit incontinent après, Ve par le ciel, ne par la terre. Ne voit-on pas bien que ces espèces sont adjoustées par ma- -. nière d'exposition, pour exprimer plus clairement le membre précédent, en spé- | m cifiant les choses distinctement? Les Juifs avoyent des façons de jurer obliques, ou indirectes, comme on dit : et quand ils juroyent par le ciel, ou par la terre, ou par l'autel, il leur sembloit que cela n’estoit quasi rien. Et comme un vice vient de l’autre, ils excusoyent sous ceste couleur la profanation du Nom de Dieu, quand elle n’estoit pas toute manifeste.
Christ pour corriger un tel vice, dit qu’il ne faut jurer aucunement, en une sorte hi autre, ne par le ciel, ne par la terre, etc. Dont nous recueillons que ce mot Aucunement, ne se rapporte pas à la substance, mais à la forme : comme s’il eust dit, Ne directement, ne indirectement. Autrement c’estoit une chose superflue de réciter puis après ces espèces.
Par quoy les Anabaptistes monstrent une lourde bestise, avec un appétit enragé de débatre, quand s’attachans obstinéement à un mot, ils passent à clos yeux toute la suyte du propos. Si quelqu'un objecte que Christ ne permet aucun jurement : je respon qu'il faut rapporter à l’intention de la Loy ce que dit l’expositeur d’icelle.
Le propos donc en somme revient là, Qu'il y à bien encores d’autres moyens,
par lesquels le nom de Dieu est prins en vain, que le parjurement : et que pourtant il se faut abstenir de toute accoustumances de.,juremens superflus. Car quand il y à juste occasion qui nous y contraint, non-seulement la Loy permet
de jurer, mais aussi le commande expres” sément. Ainsi donc, Christ n a voulu autre chose dire, Sinon que tous juremens sont illicites, lesquels profanent par quelque abus le sacré Nom de Dieu, à la révérence duquel ils devoyent servir. Ne par le ciel. Aucuns s’abusent yci, eniendans que Christ condamne ces façons de jurer comme mauvaises, pource qu’il ne faut jurer que par Dieu seul. Car les raisons lesquelles ils amènent, tendent plustost au contraire : ASÇaVOIr que c’est aussi jurer par le nom de Dieu, quand on nomme lé ciel et la terre, pource qu'il n’y à aucune partie du monde, en laquelle Dieu nait engravé les marques de sa gloire. Toutesfois il semble que ceste sentence ne convient pas avec le commandement de la Loy, où Dieu commande expresséement de jurer par son Nom :
item avec tant de passages de PEscriture, où il se complaind qu’on luy fait injure toutes fois et quantes qu’on vient à jurer par les créatures. Je respon que c’est une corruption et abus approchant didoltrie, quand on leur attribue la puissance dé juger, ou lauthorité d’approuver et vérifier un tesmoignage. Car il faut regarder la fin et le but du serment :
c’est asçavoir que les hommes appellent Dieu, afin qu'il venge et punisse la desloyauté : et au contraire, qu'il maintiene la vérité. Cest honneur ne peut point estre transporté ailleurs, que sa majesté n’en reçoyve outrage. Et pour ceste raison l’Apostre dit que le jurement légitime ne peut estre sinon que on jure par un plus grand : et que cela est propre à Dieu sent. de jurer par soy-mesme, Héb.
VI, 16. Ainsi {ous ceux qui juroyent anciennement par Moloch, où autre idole, ostoyent à Dieu autant de son droict :
pource qu’ils establissoyent en sa place un autre, auquel is attribuoyent là cognoissance des secrets des cœurs, et le jugement sur les âmes. Et aujourd’huy ceux qui jurent par les Anges, ou par les Saincts qui Sont hors de ce mondé, 0Stent à Dieu ce qui luy est propre, leur attribuans faussement une majesté divine. C’est autre chose quand on jure par le ciel, ou par la terre, au regard de celuy qui en est le Créateur, Car lors là
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
saincteté du serment ne s ’arreste point aux créatures, mais Dieu seul est appelé pour tesmoin , par les tesmoignages de sa gloire, lesquels on met en avant. Au reste, l'Escriture appelle le ciel, Thrône Où Ssiége de Dieu : non pas qu “il Soit là enfermé, mais afin que les hommes apprenent deslever leurs esprits en haut toutes fois et quantes qu’ils pensent de luy, afin de n’imaginer rien en luy corruptible , bas où terrien : mais bien au contraire, laterre est nommée le Marchepied de ses pieds, afin que nous sçachions qu’il remplit toutes choses, et n’y à espace ni estendue aucune qui le puisse comprendre. La saincteté de Jérusalem dépendoit de la promesse. Ainsi donc c’estoit la Saincte Cité, pource que le Seigneur Pavoit choisie pour le siége et domicile de Son empire. Quand les for mes jurent par leur £este, ils baïllent leur vie, qui est un don singulier de Dieu, pour gage ou approbation de leur loyauté et bonne conscience.
31 Mais vostre parolesoit, etc. Christ donne maintenant en second lieu le remède : C'est que les hommes marchandent et conversent les uns avec les autres en syncérité, e£ à la bonne foy. Car lors la simple parole n’aura pas moins de poids qu’ha le jurement entre ceux qui ne cheminent point en bonne droiture. Et voylà le meilleur moyen qu’on sçauroit trouver pour corriger quelque vice : c’est de monstrer là source dont il procède. D'où
MATTH. V
38 Z'ous avez ouy qu'il a esté dit, OEil
pour œil, et dent pour dent".
39 Or je vous di, Ne résistez au mal :
ains si aucun te frappe en ta jouë dextre,
tourne-luy aussi l'autre *?:
40 Et à celuy qui veut plaidoyer conet l'oster ton saye, laisse-luy
tre toy, aussi le manteau.
4 Et quiconque te voudra contraindre d'aller une lieuë, vas-en deux avec |
luy.
1) Lév., XXIV, 20. Exode, XXI, 24. Deut., XIX, 21.
38 Matth. OEù pour œil. Yci est corrigé un autre erreur :
vient une si grande légèreté en sermens, sinon qu'entre tant de mensonges, tromperies, inconstance, et babil, on ne sçait qui croire, ni à qui se fier? Christ donc requiert que nous ayons en nos paroles uné simplicité et bonne tenue, afin qu’il ne soit plus mestier de tant jurer. Car ceste répétition dont il use, tant en affermant qu’en niant, Ouy, ouy, Non, non :
tend à monstrer qu'il nous faut estre véritables et fermes en nos paroles : afin que par cela on cognoisse qu’il y à une rondeur. Or pource que c’est la vraye et droite manière de contracter, quand les hommes n’ont autre chose en la langue qu’au cœur, Christ prononce que tout ce qui est outre ces choses, est du mal. Car je ne trouve pas bonne Pexposition d’aucuns : asçavoir que quand on offense Dieu en jurant, la faute en est à celuy qui ne veut pas croiré ce que dit l’autre.
Car (selon mon jugement) Christ veut monstrer que les vices des hommes sont cause de ce qu’ils sont contraints de jurer. Car S'il y avoit entr’eux une droiture et bonne conscience, et S'ils n’estoyent point variables et feints, ils aimeroyent et garderoyent ceste simplicité que nature mesmes enseigne. Îl ne s’ensuit pas pourtant qu'il ne soit permis de jurer toutes fois et quantes que la nécessité le requiert. Car il y a beaucoup de choses desquelles l’origine et la cause vient de mal, et toutesfois l’usage ne laisse pas d’en estre pur.
LUC VI
29 Et à celuy qui te frappe en une joué, baille-luy aussi l'autre: et qui l’oste lon manteau, ne l’empesche point de prendre aussi le saye.
30 Baille à tout homme qui te demande : et à celuy qui t'oste le lien, ne le redemande point.
MARC
2) Rom., XII, 17.1 Cor., VI, 7.
que Dieu avoit commandé en sa Loy aux
c’est que pource | juges et magistrats de punir ceux qui
avoyent outragé les autres, en leur faisant endurer autant de mal qu’ils en avoyent fait, sous couleur de cela un chacun particulier prenoit l’authorité de faire la vengence. Ainsi il leur sembloit qu'ils ne faisoyent point de mal, quand ils ne commençoyent pas les premiers, mais seulement après avoir esté outragez, rendoyent la pareille. Christ dit au contraire, que combien qu’il soit commandé aux juges de défendre un chacun, et qu’ils soyent ordonnez avec authorité pour ranger les meschans, et réprimer leurs outrages, toutesfois un chacun doit en son endroit porter patiemment le mal qu’on luy a fait.
39 Ne résistez au mal. Il y a deux manières de résister : l’une par laquelle nous empeschons qu’on ne nous outrage, sans mal faire à personne de nostre costé : l’autre, par laquelle nous rendons mal pour mal. Or combien que Christ ne permette pas aux siens de repousser violence par violence, il ne leur défend pas toutesfois de se destourner de l’outrage qu’on leur veut faire injustement. Et il ne faut point chercher de meilleur expositeur de ce passage que sainct Paul, lequel en lEpistre aux Romains, chapitre XI, 47, commande de vaincre plustost le mal par ie bien, que de rendre la pareille à celuy qui nous a mal-fait. Car ül faut noter l’antithèse qui est entre le vice et le remède, ou la correction d’iceluy.
Il est yci parlé de la façon de faire de ceux lesquels rendent la pareille à ceux qui les ont offensez. Christ pour retrancher d’entre ses disciples ce desbordement, leur défend de rendre mal pour mal. En après, il estend plus loin la règle de patience : c’est asçavoir que non-seulement nous endurions les injures qu’on nous fait, mais que plustost nous-nous apprestions à en porter de nouvelles. En somme, toute ceste admonition tend à ce que les fidèles apprenent de mettre en oubli tous les maux qu’on leur fait, afin qu’estans offensez ils ne se desbordent en haine ou malvueillance, ou désirent de leur costé de nuire à ceux qui les ont injuriez et outragez : mais qu’ils sovent disposez à avoir d'autant meilleure patience, qu’ils verront la perversité et rage