‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 16 sur 58 · MATTH. VIL. LUC VI: ME · texte numérisé non relu

MATTH. VIL. LUC VI: ME

A Ne jugez point, afin que| 24 De telle 31 Ne jugez point, ét vous ne vous ne soyez jugez !. mesure que| serez point jugez : ne condamnez

2 Car de tel jugement que | vous mesu-| point, el vous ne serez point convous jugez, vous serez juges:|rez, il vous| daninez: quitlez et il vous Séra et de telle mesure que vous |sera mesu-| quitté. mesurerez, on vous mesurera | ré. 38 Donnez, el il vous sera don-

d'autre part?.

3 Et pourquoy regardes-tu le festu qui est en l'œil de ton frère, et lu n'apperçois pas un Chevron qui est en ton œil?

4 Où, comment dis-tu à ton frère, Permets que je face sortir ce festu hors de ton

1) Rom., I, 1. 1 Cor.,1V,3. 9%) Ou, à l’opposite.

né. On vous donnera au sein bonne

| mesure, pressée el entassée, et qui s’en ira par dessus: car de la mesne MESUrE que vous Mmesurerez, on vous mesurera d'autre part.

| 41 Jtem, Pourquoy regardes-tu le festu qui est en l'œil de ton frère, et lu n'apperçois point un chevron qui est en ton propre œil?

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

œil, et voyci un chevron en:

ton œil? |

… 5 Hypocrite, fay sortir premièrement le chevron hors de ton œil, ét adonc regarderas! le moyen de faire sortir le festu hors de l'œil de ton frère.

1) Ou, aviseras de, etc.

1 Nejugez point, etc. Par ces paroles Christ n’a pas voulu préciséement défendre de juger, mais il a voulu guarir une maladie qui est quasi naturelle à tous.

Car nous voyons que tous se flattent euxmesnies : et cependant il n’y à celuy qui ne Contrerolle les autres à la rigueur.

Et il y à je ne sçay quel allèchement en ce vice, qué quasi tous sont chatouillez d’une cupidité de faire inquisition sur les vices d’autruy. Il est vray que tous confessent bien que c’est un mal intolérable, de ce que ceux qui se flattent et pardonnent leurs vices, sont si difficiles et chagrins envers leurs frères. Les Payens mesmes ont jadis usé de plusieurs pro-

‘ verbes, par lesquels ils condamnoyent ce vice : mais toutesfois il n’a pas laissé d’avoir lieu en tous aages, et ha encores au-

jourd’huy. Et mesmes il y a quant et quant une autre peste encore plus dangereuse : c’est que la plus grand’part en

* blasmant et condamnant les autres, veut avoir plus grande liberté de mal-faire.

Christ réprime ceste perverse cupidité de mordre, reprendre, et détracter, quand il dit, Ne jugez point. Car les fidèles ne doyvent pas fermer les yeux pour ne rien discerner, mais seulement se tenir en bride, afin qu’ils ne soyent plus légers à juger que la raison ne veut. Car il ne se peut faire que celuy qui appète d’avoir jugement sur ses frères, ne passe mesure et soit par trop rigoureux. Il y a une semblable locution en S. Jacques, chap. HE, "1. Ne soyez point faits plusieurs maistres. Car il ne veut pas descourager les fidèles, ou les destourner de faire office de Docteurs, mais il leur défend d’appéter un tel honneur par ambition. Ainsi donc Juger en ce passage vaut autant comme contreroller par curiosité les faits d’au-

42 Ou, comment peux-lu dire à ton frère, Frère permets que j'oste le festu qui est en ton œil, toy qui ne vois point un chevron qui est en ton œil? Hypocrile, jette premièrement le chevron hors de ton œil, et adonc tu regarderas de jetter hors le festu qui est en l'œil de ton frère.

truy. Or ceste maladie prémièrement tire tousjours avéc soy une iniquité : c’est que nous condamnons une pétite faute, comme si c’estoit quelque grand forfait :

puis après elle se tourne en une audace perverse, d'autant que nous venons avec fierté à mal juger de toutes choses, mesmes de celles qui se peuvent prendré en bonne part. Maintenant nous voyons à quel but prétend Christ : asçavoir que nous nous donnions garde d’estre trop affectionnez, ou chagrins, ou malins, ou mesme curieux à juger nos prochains :

mais quiconque juge selon la parole et la Loy du Seigneur, et compasse son jugement selon la règle de Charité, commenceant tousjours la censure par soy-mesme, cestuy-là garde un bon moyen et ordre de jugement. Dont il appert commentceuxlà abusent povrement de ce passage, lesquels sous couleur de la modération laquelle Christ recommande, voudrovent oster d’entre les hommes toute discrétion de bien et de mal. Or il nous est non-seulement permis, mais aussi nécessaire de condamner tous péchez, Si nous ne voulons nous rebécquer contre Dieu, voire mesme abolir ses ordonnances, annuller ses jugémens, el renverser son siége judicial. Car il veut que nous soyons proclamateurs de la sentence qu’il prononce des faits des hommes : seulement il nous faut aviser à garder telle modestie les uns envers les autres, que il demeure seul Législateur et Juge. Afin que vous ne soyez jugez. 11 dénoncé la punition qui adviendra à ées contrerolleurs tant rigoureux, qui prenent si grand plaisir à esplucher les fautes des autres : asçavoir que les autres ne les traitteront pas plus doucement, mais qu'ils sentiront qu'on leur tiendra la mesme rigueur dont ils

ont usé envers leurs frères. Comme nous n'avons rien plus cher et précieux que nostre renommée, ainsi ce nous est une chose tant amère que rien plus, d’estre blasmez et exposez à opprobres et infamie entre les hommes : et toutesfois par nostre faute nous attirons sur nous ce mal que nostre nature trouve tant fascheux. Car qui est celuy qui n’espluche de plus près les faits des autres qu’il n’est raisonnable ? qui ne se courrouce par trop pour de petites fautes? qui ne se monstre trop chagrin à condamner ce qui estoit indifférent de soy-mesme ? Et cela qu'est-ce autre chose sinon de propos délibéré attirer contre nous la vengence de Dieu, afin qu’il nous traitte de mesme ?

Et combien que c’est une juste punition de Dieu, quand ceux qui ont jugé les autres reçoivent semblable récompense, toutesfois le Seigneur exécute ceste punition par les hommes. Car de restraindre ceci à l’autre monde, comme fait Chrisostome et quelques autres, cela est trop contraint. Car comme Isaie menace que ceux qui auront fourragé les autres auront aussi leur tour destre fourragez {Isaïe chap. XXXIHIT, v. 4) ainsi Christ entend qu'il n’y aura pas faute d’exécuteurs pour punir d’une semblable aigreur et rigueur les hommes difficiles-et détracteurs. Et si les hommes n’y besongnent, encores que ceux qui auront esté par trop addonnez à blasmer leurs frères n’en soyent point punis en ce monde, ils neschapperont pas toutesfois le jugement de Dieu. En sainct Luc est aussi adjoustée la promesse, Quittez, et il vous sera quitté, donnez, et il vous sera donné : de laquelle le sens est, Que le Seigneur fera que celuy qui se sera monstré traittable, humain et doux envers ses frères, sentira que les autres useront de mesme douceur envers luy, en sorte qu’il sera traitté par eux humainement et amiablement. Quant à ce qui advient souvent, qu’on rend fort mauvaise récompense aux enfans de Dieu qui sont opprimez injustement par beaucoup de fausses calomnies, combien qu’ils n’ayent blessé la renom mée de personne, mais qu’au contraire ils ayent supporté les imperfections de leurs frères, cela n’est point contraire à ceste

sentence de Christ. Car nous sçavons que les promesses qui appartienent à la vie présente n’ont pas tousjours lieu, et ne sont pas sans exception. D’avantage, combien que le Seigneur laisse pour un temps opprimer injustement l'innocence des siens, et souffre qu’elle soit comme du tout cachée, il accomplit toutesfois quant et quant ce qu’il dit en un autre passage, Que leur intégrité et droiture reluit comme l’aube du jour, Pseaumé XXX VIE, 6.

Ainsi sa bénédiction vient tousjours à se monstrer au-dessus des fausses calomnies. Car il assujetit tellement ses fidèles à des opprobres injustes pour les humilier, afin que finalement il mette en évidence leur bonne cause. En outre, il faut aussi entendre que mesmes les fidèles, combien qu’ils s’estudient à converser en toute douceur avec leurs frères, néantmoins pource qu’il leur eschappe quelque fois de passer mesure, et d’user de rigueur excessive contre aucuns des frères qui sont innocens, ou ne méritent pas d’être reprins si aigrement, par leur faute ils provoquent contr’eux un semblable jugement. Certes ce qu’ils ne reçoyvent pas mesure pressée el entassée, et abondante, combien que cela doit estre imputé à l’ingratitude du monde, toutesfois ils s’en doyvent attribuer aussi une partie de la faute, pource qu’il n’y en a pas un qui entretiene et supporte ses frères si amiablement comme il faloit.

3 El pourquoy. Il touche nomméement un vice, duquel les hypocrites sont communéement entachez. Car comme ainsi soit qu’ils voyent clair tant et plus aux vices des autres, etles amplifient nonseulement avec grande sévérité, mais aussi en usant de termes picquans qu’ils vont chercher tout exprès, ils jettent leurs propres fautes derrière eux pour n’y point penser : ou sont tant subtils à les amoindrir, qu’ils veulent estre trouvez exeusables, mesmes en des crimes bien évidens. Christ doncques reprend tous ces deux maux : asçavoir quand nous voyons trop clair par faute de charité, en espluchant de trop près et scrupuleusement les fautes de nos frères : et quand nous-nous flattons en couvrant et nourrissant nos péchez. j

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

MATTH. VII

ri

MARC. LUC

6 Ne donnez point la chose saincle aux chiens, et ne jettez point vos perles devant les pourceaux : de peur qu'ils ne les foullent à leurs pieds : et qu'en

se retournant ils ne vous deschirent.

6 Ne donnez point la chose saincte.

Iln’est jà besoin que je répète plus souvent que sainct Matthieu met yci des sentences coupées, et lesquelles il ne faut pas prendre comme si elles s’entretenoyent tout d’un fil. Car ceste doctrine n’est pas conjointe avec le propos précédent, mais est du tout séparée. Or Christ admoneste yei les Apostres, et en leur personne tous docteurs de l'Evangile, qu'ils gardent le thrésor de la Sapience céleste aux enfans de Dieu seulement, sans le prostituer aux vileins et profanes contempteurs de Dieu. Mais yci se présente une question : car il leur à commandé depuis de prescher l'Evangile à toute créature : et sainct Paul dit que sa prédication est odeur de mort aux réprouvez, 2 Corinth., If, 45. Et il n’y à rien plus certain que tous les jours par le commandement et ordonnance de Dieu PEvangile est proposé en tesmoignage aux incrédules, afin de les rendre plus inexcusables. Je respon, Pource que les Ministres de l'Evangile, et tous ceux qui sont appelez à la charge d’enseigner, ne peuvent discerner entre les enfans de Dieu et les pourceaux, que leur devoir est de présenter à tous indifféremment la doctrine de salut. Car combien qu’ils en voyent beaucoup pour le commencement qui sont rebelles et indociles, toutesfois charité ne peut souffrir qu’on les tiene incontinent pour gens désespérez. Car il faut entendre que Christ appelle chiens et pourceaux, non pas tous meschans et desbauchez, ou qui sont sans crainte de Dieu, et sans cognoissance de la vraye doctrine, mais ceux qui ont monstré par certains tesmoignages que ils estoyent du tout endurcis en un contemnement de Dieu, en sorte que la maladie semble in- Curable. En un autre lieu Christ mét les chiens à l’opposite du peuple éleu de Dieu, et des domestiques de la foy, quand il

se

dit, Il n’est pas bon de prendre le pain des enfans, et le donner aux chiens. Mais yci par les chiens et les pourceaux, il entend ceux lesquels estans du tout confits en un meschant contemnement de Dieu, ne veulent recevoir aucune admonition. De ceci il appert comment ceux-là destournent faussement les paroles de Christ, lesquels pensent qu’il vueille yci restraindre la doctrine de l'Evangile seulement à ceux qui sont dociles et bien préparez. Car que sera-ce si les fidèles Docteurs n’invitent personne à la doctrine de l'Evangile, sinon ceux qui desjà par leur obéissance auront prévenu la grâce de Dieu ? Mais plustost veu que de nature nous sommes tous souillez et meschans, et addonnez à obstination, il ne faut refuser le remède de salut à aucun, sinon à ceux lesquels l’auront rejetté si vileinement, leur estant présenté, qu'il apparoistra bien qu’ils sont réprouvez et condamnez par eux-mesmes, comme sainct Paul dit parlant des hérétiques, Tite, HE, 40. Oril y a deux raisons pour lesquelles Christ défend de proposer PEvangile aux malheureux contempteurs. Car c’est une profanation manifeste des saincts mystères de Dieu, si nous les exposons aux mocqueries et risées des meschans. En après, Christ a voulu aussi consoler ses disciples, afin qu’ils ne laissassent point de s’employer envers les éleus de Dieu en leur enseignant l'Evangile, combien qu’ils le veissent estre fièrement rejetté par les hommes meschans et profanes : comme s’il eust dit, Afin que ce thrésor inestimable ne viene à estre moins prisé, qu’il n’en faut pas laisser approcher les pourceaux et les chiens. Au reste, il faut noter les titres de louange desquels Christ a orné la doctrine de salut, la nonimant Chose saincte : et l’accomparant à des perles. Car d’yci nous recueillons en quelle estime nous devons avoir ceste

doctrine. De peur qu’ils ne les foullent.

Il semble que Christ mette distinction entre les pourceaux et les chiens, attribuant aux pourceaux une stupidité brutale, et aux chiens une rage. Et de faict, l'expérience monstre qu’il y a deux telles espèces de contempteurs du Dieu : comme pour exemple, il y en a plusieurs lesquels tournent à oisiveté et dissolution de la chair tout ce qui nous est enseigné és Escritures touchant la corruption de la nature de l’homme, la justification gratuite et l'élection éternelle. Tels à bon droict et bien proprement peuvent estre

tenus pour pourceaux. Mais il y en a d’autres lesquels deschirent par injures et outrages pleins de sacrilége, la pure doctrine et les ministres d’icelle, comme si elle abolissoiït le soin de bien faire, la crainte de Dieu, et toute solicitude de

nostre salut. Ainsi done, combien que

Christ dénote par tous les deux noms, les adversaires de la parole de Dieu désespérez et incurables, toutesfois en usant de deux similitudes, il monstre briefvement en quoy diffèrent les uns des autres.

MATTH. VIl.

1 Demandez, et ilvous sera donné:

cherchez, et vous trouverez : heur- Lez, et il vous sera ouvert.

8 Car quiconque demande, recoit: el quicon-

que cherche, il]

trouve : et à celuy qui heurte, il sera ouvert.

9 Y a-il homme”

d’entre vous, auquel si son fils demande du pain, qu'il luy donne une pierre ?

A0 Et s’il luy demande du poisson, luy donnera-il un serpent ?

A1 Si vous donc, combien que soyez mMmauvAIS, SÇaAvez donner à vos en-

fans choses bon-|

nes, combien plus vostre Père qui est és cieux, fera-il des biens à ceux qui le requièrent?

1) Matth, XXI, 22. Marc, XE, 24, Jean, XIV, 13, et XVE, 24. Jaq., 1, 5.

J’homme,

MARC

LUC XI

5 Puis il leur dit, Qui sera-ce d’entre vous qui aura un ami, lequel ira à luy & la minuict, el luy dira, Ami, preste-moy trois pains :

6 Car un mien ami m'est venu veoir en passant, et n'ay rien pour luy présenter.

1 Et que celuy qui est dedans responde, et die, Ne me fasche point: car desjà mon huis est fermé, et mes petis enfans sont avec moy en la couche : je ne me puis lever pour. l'en donner.

8 Je vous di, jà soit qu'il ne se lève point pour luy en donner, pourtant qw'il est son ami, toutesfois pour son importunité il se lèvera, et luy en donnera autant qu'il en aura besoin.

9 Et moy, je vous dis, Demandez, et il vous sera donné : cherchez et vous trouverez : frappez à ia porte, el on vous ouvrira.

10 Car quiconque demande, il reçoit : et qui cherche, il trouve : el à celuy qui frappe, on luy ouvrira.

A1 Que si un enfant demande du paiñ à quelqu'un d'entre vous qui soit père, luy donnera-il une une pierre? ou s'il luy demande du poisson, luy donnera-il en lieu de poisson un serpent?

12 Ou s'il demande un œuf, luy baillera-il

un scorpion ?

13 Si vous donc, qui estes mauvais, scavez

donner à vos enfans choses bonnes, combien

plus vostre Père céleste donnera-il le sainct Esprit à ceux qui le luy demandent.

2) Mais qui est, ete., ou, Car quel est

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