PEL
7 Demandez, et il vous, ete. C’est une exhortation à prier : et pource que nous sommes tant nonchalans et paresseux en cest exercice de piété, qui nous devoit estre en singulière recommandation, Christ - insiste à une mesme chose par trois manières de parler. Car ce n’est pas une locütion superflne, quand il dit, Demandez, Cherchez, Heurtez : mais d'autant que la doctrine simple ne nous esmouveroit pas beaucoup, il insiste plus fort pour resveiller nostre paresse. Les promesses qui sont adjoustées quant et quant, tendent à mesme fin, Fous trouverez, Il vous sera donné, et Ouvert : veu qu’il n'y a rien qui nous incite mieux à prier, que la certaine asseurance d'obtenir : car ceux qui doutent ne peuvent prier que par acquit, et mesme la prière sans foy n’est qu'une cérémonie vaine, et un jeu. Et pourtant, Jésus-Christ, pour nous bien inciter à faire nostre devoir en cest endroit, ne commande pas seulement ce qu’il nous faut faire, mais promet que nos prières ne seront point vaines. Et c'est une chose bien à noter : premièrement afin que nous sçachions que ceste règle de prier nous est baillée, afin que nous soyons bien certains que Dieu nous est propice pour exaucer nos prières. En après, afin que toutes fois et quantes que nous-nous préparons à prier, OU que nous ne sentons pas en nous une telle ardeur à prier qu'il seroit de besoin, que lors il nous souviene comment Christ nous convie yei tant doucement, en nous asseurant de l'affection paternelle de Dieu. Cela fera qu'un chacun de nous s'appuyant sur la grace de Christ, concevera une asseurance de prier, et prendra hardiesse d’invoquer Dieu franchement : comme monstre sainct Paul aux Ephésiens, chapitre IH, 12. Et pource que nous sommes par trop enclins > à desfiance, pour corriger aussi ce vice, il imprime la promesse par divers termes.
Au reste, il a usé de la métaphore et si- Militude de Chercher, pource qu'il nous semble que les choses qui nous font besoin et sont nécessaires, sont bien loin de nous : et de Heurter, pource que nos sens Charnels imaginent que les choses que nous n'avons pas à main nous sont comme enfermées.
8 Car quiconque demande, etc. Aucuns pensent que C’est-Ci un propos prins d’un proverbe qui estoit communéement en usage : toutesfois je suis plustost d’un autre avis, asçavoir que Jésus-Christ offre la grâce de son Père à ceux qui le prient :
comme s'il disoit que Dieu est prest à nous exaucer volontairement, pourveu que nous le prions : et que ses richesses sont à nostre commandement, Par lesquels mots il signifie que ceux-là soustienent une juste punition de leur nonchalance, lesquels estans despourveus des choses nécessaires, ne recourent point à ce remède de leur indigence. Il est bien certain que souventesfois quand les fidèles dorment, Dieu fait le guet pour leur 5alut, en sorte qu’il prévient leurs prières :
car il n’y auroit rien plus misérable que nous, si en une si grande, je ne diray pas nonchalance, mais stupidité, il attendoit que nous l’eussions prié : si en une si grande faute d'avis que nous avons, il dissimuloit et ne regardoit à nous. Mais qui plus est, il n’est incité que par saymesme, à nous donner la foy, laquelle précède toutes prières en ordre et en temps. Mais pource que Christ parle yci à ses disciples, il remonstre simplement par quel moyen le Père céleste nous veut ottroyer ses biens. Ainsi donc, combien qu’il nous donne toutes choses gratuitement, toutesfois afin d'exercer nostre foy, il nous commande de prier, afin d'ottroyer à nos requestes les choses qui nous vienent de sa pure bonté. | 9 Y a-il homme d'entre vous. C'est une comparaison du plus petit au plus grand. Premièrement, Jésus-Christ met la bonté infinie de Dieu à l’opposite de la malice des hommes, L'amour que nous avons à nous-mesmes, nous rend ainsi malicieux: pource qu'un chacun estant par trop addonné à soy-mesme, met en oubli les autres, et n’en tient conte : mais l'amour paternelle surmonte ce vice, en sorte que les hommes s’oublians euxmesmes, se desbordent en toute libéralité envers leurs enfans. Et d’où vient cela, sinon d'autant que Dieu, duquel descend toute paternité, fait descouler dedans leurs cœurs une petite portion de sa bonté? Or si de bien petites gouttes en-
gendrent une si grande abondance de libéralité, que devons-nous espérer de la mer mesme qui ne peut estre espuiséé ?
Dieu qui ouvre ainsi les cœurs des hommes, auroit-il le sien serré? Cependant il nous doit tousjours souvenir du passage d’Isaïe, XLIX, 15, Encores que la mère oublie ses enfans, que toutesfois le Seigneur ne changera point, mais que tousjours il se monstrera Père.
AA Choses bonnes. Jésus-Christ a nomméement exprimé ceci, afin que les fidèles ne laschent par trop la bride aux fols et pervers désirs en priant. Nous sçavons quel est le desbordement et l'audace de nostre Chair en cest endroit : car il n’y à rien que nous ne nous donnions congé . de demander à Dieu : et s’il n’obéit à nostre folie, nous murmurons à l'encontre de luv. Jésus-Christ donc assujetit nos désirs au bon plaisir de Dieu, afin qu’il ne nous ottroye point sinon ce qu'il Cognoistra nous estre proufitable. Et pourtant ne pensons pas qu’il n’ait nul soin de nous, toutesfois et quantes qu’il n’accorde pas à nos désirs : car C’est à luy de discerner ce qui nous est bon et utile.
Et pource que toutes nos affections sont aveugles, il faut prendre en la parole de Dieu la règle de prier : car nous ne sommes pas juges compétens pour déterminer d’une chose si grande. Ainsi doncques, quiconques se veut présenter devant Dieu avec asseurance d'obtenir sa demande, qu’il apprene de réprimer les af-
demande rien sinon selon la volonté d’iceluy : comme S- Jacques admoneste, Chap.
IV, 3. Sainct Luc au dernier membre en lieu du mot de Biens, met Le sainct Esprit : non pas qu’il vueille exclure les autres bénéfices de Dieu : car il nous doit tousjours souvenir de ce mot, Demandez premièrement le règne de Dieu, et les autres choses vous seront adjoustées.
Et pourtant il faut que les enfans de Dieu pour bien se disposer à prier, despouillent les affections terriennes, et s’eslèvent à la méditation de la vie spirituelle. Cela fera qu’ils n’estimeront rien leur vivre et vestement au pris de l’arre et du gage de leur adoption : et Dieu après leur avoir donné un thrésor si précieux, ne leur refusera jamais les autres choses moindres.
5 Luc. Qui sera-ce d'entre vous qui aura un ami, En S. Luc ceste similitude est adjoustée, de laquelle S. Matthieu ne fait point mention. Or le sommaire est, qu'il ne faut point que les fidèles perdent courage s'ils ne vienent pas incontinent à avoir ce qu’ils ont désiré, ou si ce qu’ils demandent semble estre difficile à obtenir. Car si entre les hommes à force d’estre importun à demander, on tire de quelqu'un ce qu’il n’eust pas fait volontairement, il ne faut point douter que Dieu se monstrera propice à nos prières, si nous persévérons constamment en icelles, et que nos esprits et nos cœurs ne défaillent point pour la longueur ou
fections de son cœur, en sorte qu’il ne | difficulté de la chose. :
MATTH. VII
12 Toutes choses doncques lesquelles vous voulez que les hommes vous facent, faites leur aussi semnblablement : car c’est la Loy et les Prophètes1.
13 Entrez par la porte estroite : car c’est la porte large et le chemin spacieux qui mène à perdition, ety à grand nombre qui entre par icelle?.
14 Car la porte est estroite, et le chemin estroit qui mène à la vie, et peu y en a qui le trouvent.
1) Tob., IX, 16. 2) Luc, XIIF, 24.
12 Toutes choses doncques lesquelles, etc. Ce mot Doncques est superflu, comme souventesfois il advient quand il y a des sentences coupées, qu’il se trouve
LUC VI
34 ET comme TOUS VOUlez que les hommes vous Jacent, faites leur aussi semblablement.
MARC
ainsi de tels mots d’abondant. Or j’ay dit ci-dessus que sainct Matthieu ne récite pas yci tout au long de ce passage un seul sermon de Christ, mais qu’il fait un
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
sommaire de la doctrine de Jésus-Christ, recueilli de divers propos par luy tenus.
Il faut donc lire à part ceste sentence, par laquelle Christ exhorte ses disciples à garder équité et droiture, de laquelle il met une définition briefve et facile, afin que nous sçachions qu’il n’y à point d'autre cause de ce que tant d’inimitiez . règnent au monde, et que les hommes se nuisent ainsi les uns aux autres, sinon dautant qu’à leur escient et de propos délibéré ils foullent aux pieds la droiture, laquelle toutesfois un chacun veut bien estre gardée en son endroit de poinct en poinct. Quand il est question de nostre proufit particulier, il n’y a celuy de nous qui ne sçache bien deschiffrer par le menu et subtilement ce qui est bon et droit. Ainsi donc, un chacun pour son proufit est grand maistre et bien sçavant en équité : comment est-ce que la mesme cognoissance ne nous vient en l’esprit, quand il est question du dommage ou du proufit d’autruy, sinon d'autant que nous voulons estre sages seulement pour nousmesmes, et qu’il n’y en a pas un qui ait esgard au proufit de ses prochains? Et non-seulement cela, mais malicieusement et de propos délibéré nous faisons semblant de ne veoir point la règle d'équité, laquelle reluit en nos cœurs. Jésus-Christ doncques monstre qu'un chacun se peut servir de règle de vivre justement et droitement avec ses prochains, en faisant envers les autres ce qu’il voudroit qu’on luy feist en cas pareil. Ainsi il coupe broche à toutes vaines excuses, lesquelles les hommes inventent pour couvrir ou desguiser leur injustice : car il ny a point de doute qu’on verroit régner entre nous une parfaite équité, si nous estions aussi bons disciples à prattiquer la charité active (si ainsi faut dire) comme nous sommes subtils docteurs à prescher la charité passive. Car c'est la Loy et les Prophètes. Jésus-Christ n’entend pas que la Loy et les Prophètes n’enseignent . que ce seul poinct de doctrine, mais il eut dire que tout ce qui est là traitté touchant charité, que toutes les loix et exhortations d'entretenir équité et droiture, tendent à ce but. Le sens est donc, que l’accomplissement de la seéonde Table
est, qu’un chacun se monstre tel envers les autres, qu'il veut que les autres soyent envers luy : comme s’il disoit qu’il ne faut point de grandes disputes et hautes, pourveu que ceste simplicité soit entretenue, et que les hommes n’effacent point par une amour désordonnée d’euxmesmes, la droiture engravée en leurs cœurs.
13 Entrez par la porte estroite.
Pource qu'il n’y à rien plus contraire à la chair que la doctrine de Jésus-Christ, jamais homme ne proufitera bien en icelle, s'il n'apprend de ranger et comme tenir en serre ses sens et toutes ses affections, en sorte qu'il se tiene Coy dedans les bornes estroites, lesquelles le Maistre céleste à plantées pour réprimer nostre folle impétuosité. Pource donc que les hommes se flattent volontiers, s’esgayent et se desbauchent, Christ admoneste yci ses disciples, qu'ils se préparent comme ayans à passer par un chemin estroit et plein d’espines. Mais pource qu’il nous est fascheux de retirer nos cupiditez d’une liberté dissolue et du tout desréglée pour les tenir en serre, Christ propose une bonne et heureuse récompense pour addoucir ceste amertume, en disant que par la voye et porte esiroite on entre en la vie. Et au contraire, afin que la friandise et allèchement de la vie desbauchée et dissolue ne nous face fourvoyer (comme facilement les appétis de la chair tous tirent en leurs filets) il dit que ceux-là vont tresbuchans en la mort, qui aiment mieux entrer par la porte large et chemin spacieux, que de se ranger aux destroits qui mènent à la vie. Or il dit nomméement que grand nombre de gens court par la voye spacieuse, pource que les hommes se poussent les uns les autres au chemin de damnation par mauvais exemple. Car d’où vient qu’ils se précipitent à leur escient et sans souci, sinon d'autant qu'en se damnant avec grande compagnie, il ne leur semble pas avis qu’ils se damnent? Au contraire, le petit nombre des fidèles fait perdre courage à plusieurs : car nous ne pouvons pas aiséement nous ranger à ce poinct, de renoncer au monde pour reformer et nous et nostre vie à la façon de faire d’un pe-
tit nombre de gens. Car il nous semble que c’est une chose estrange, que nous soyons séparez: d'avec la plus grande multitude, comme si nous m’estions pas une partie du genre humain. Mais combien que la doctrine de Jésus-Christ nous tiene comme liez et enserrez, range nostre vie en un chemin estroit, nous sépare de la grande multitude pour nous mettre avec une petite compagnie, toutesfois ceste difficulté et rudesse ne doit pas empescher que nous ne nous efforcions de parvenir à la vie. Au reste, il appert bien par S. Luc, que Christ a tenu ce propos en un autre temps que quand il a prononcé ces sentences que nous avons veues par ci-devant, monstrant tout au contraire de l’opinion commune, et quand il leur à donné la règle de prier. Et c’est
MATTH. MARC
ce que j'ay touché desjà quelques autres fois, que S. Matthieu, pour mieux nous mettre devant les yeux comment Jésus- Christ a enseigné ses disciples, a fait comme un recueil et un sommaire de plusieurs propos, lesquels les autres Evangélistes récitent par-ci par-là selon l’ordre de l’histoire. Et pourtant il m'a semblé bon de mettre yei au-dessous tout le pas-.
sage «le sainct Luc, lequel se rapporte à ceste sentence. Car mais que j'aye songneusement adverti les lecteurs de l’ordre du temps que sainct Luc a suywi, j'espère qu'ils nexcuseront si je n’ay pas esté plus scrupuleux ou curieux en conférant les passages tendans à un mesme poinct de doctrine, qu'a esté sainct Matthieu.
LUC XII
23 El quelqu'un luy dit, Seigneur, y a-il peu de gens qui soyent sauvez?
24 Adonc il leur dit, Mettez peine d'entrer par la porte estroite : car je vous di que plusieurs chercheront d'entrer, et ne pourront.
1) Matth., VI, 13,
23 Et quelqu'un luy dit, etc. Combien que S. Matthieu mette ceste response tout d’une suite d’autres sentences recueillies des sermons de Christ, toutesfois je pense que la demande de laquelle il est yei fait mention, iuy donna occasion de parler en ceste sorte. Or il semble que la raison pour laquelle on à faict ceste question à Jésus-Christ, est d'autant que luy, qui se disoit autheur de vie, à grand” peine pouvoit assembler un bien petit nombre de disciples. Et on eust peu penser qu'une petite poingnée de gens estant sauvé, toute l'Eglise s’en alloit en ruine.
Car tout ce peuple, lequel ne faisoit pas grand proufit de la doctrine de Christ, et rmesmes lequel la rejettoit tout communéement, Dieu Pavoit adopté comme héritier de vie, Aujourd’huy toutes fois et quantes que nous regardons l’estat damnable et mal-heureux du monde, nous entrons en une semblable doute, que c’est que veut dire cela, que là plus grand” part du monde suit une façon de vivre
contraire à l'Evangile. Pour ceste cause Christ addressant son propos à toute la compagnie, les a exhortez qu’ils meissent peine d'entrer par la porte estroiîte.
Par lesquels mots il a voulu retirer les siens d’une folle curiosité qui destourbe et enveloppe plusieurs, lesquels regardent si les autres se mettront avec eux : comme s'ils ne vouloyent point estre sauvez qu'en grande compagnie. Quand il dit qu'on éasche, ou qu’on s'efforce, il donne à entendre qu’on ne peut pas parvenir à la vie éternelle sans de grandes et merveilleuses difficultez. Que les fidèles done employent plustost tout leur soin et diligence à ceci, que d’estre par trop curieux de la grande troupe de ceux qi s'esgarent hors du chemin.
24 Plusieurs chercheront d'entrer.
Ceci est adjousté afin que nous ne nous mescontions ou abusions d’une vaine espérance : comme si Cela nous servait quelque chose, d’avoir heaucoup de com= pagnons. Car comme la chair se flatte vo=
SUR L’'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
lontiers, plusieurs se promettent une entrée facile et aisée à la vie éternelle, lesquels cependant se laschent la bride à faire tout ce qui leur plaist. Ainsi les hommes se trompent les uns les autres, et s’endorment avec une nonchalance et
MATTH. MARC
estes.
nos rues.
rquitéf.
dehors.
1) Matth., VEE. 93, et XXV, 41. Ps., VI,S.
asseurance maudite. Christ pour osier aux siens toutes ces vaines flatteries, prononce que ceux qui se font à croire qw’ils sont desjà tout asseurez de la vie éternelle, et cheminent à leur plaisir sans souei en seront rejettez.
LUC -XIIE
25 Et quand le père de famille sera levé, et aura fermé Phuis, et estans dehors aurez commencé à frapper à l’huis, disans, Seigneur, Seigneur, ouvrenous : et respondant vous dira, Je ne sçay d'où vous
26 Adonc vous commencerez à dire, Nous avons mangé et beu en ta présence, et tu as enseigné en
27 Lors il dira, Je vous di, je ne scay d'où vous estes : départez-vous de moy, tous ouvriers d'ini-
28 Là sera pleur et grincement de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les Prophètes au Royaume de Dieu, et vous, estre jetllez
29 Aussi il y en viendra d'Orient et d'Occident, et d’'Aquilon et de Midi, lesquels seront assis à lable au Royaume de Dieu.
30 Æt voyci, les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers *.
2) Matth., XIX, 30, et XX, 16. Marc, X, 31.
25 Et quand le père, etc. Combien | lève luy-mesme, et ferme la porte à la
que ce propos-ci a esté tenu en un autre temps après, comme jay naguères dit, toutesfois ay mieux aimé avoir esgard à la doctrine qu’au temps : pource que c’est
une grande aide pour bien entendre les
choses, de lire tout d’une suite les passages qui se rapportent à un mesme sens.
Pource que Christ avoit dit que plusieurs voudront entrer au ciel, ausquels la porte sera fermée, il dit maintenant qu’ils ne gaignent rien de tenir lieu en l'Eglise, pource que finalement Dieu se lèvera en jugement pour forelorre de son Royaume ceux qui maintenant usurpent place entre ses domestiques. Or il use de la similitude d'un père de famille, lequel estant adverti d’aucuns de sa maison gens desbauchez.et de mauvais gouvernement, qui SoRtent secrètement de nuit, et mettent Sa maison en danger des larrons, il se
clef, et ne laissent plus entrer ces vagabons qui cherchent la nuit, et sont allez courir par la ville à heure indue. Par ces mots il advertit qu’il faut user de l’occasion cependant qu’elle se présente. Car tandis que le Seigneur nous invite à SOY, c’est comme si la porte estoit ouverte pour entrer librement au Royaume des cieux : mais la plus grand’ part ne daigne pas remuer le pied pour marcher. Christ doncques dénonce qu’il adviendra finalement que la porte $era fermée : et ainsi qu’il y a danger que ceux qui s'amusent à attendre des compagnons, n’en soyent du tout forclos.
26 Et as enseigné en nos rues. Christ
dit nomméement que ce qu'il s’est appro-
ché bien près des Juifs, et s’est présenté bien privéement à eux, cela ne leur servira de rien, sinon qu’estans appelez ils
respondent à jour nommé. Au reste, il ne poursuit pas sa similitude. Car ayant au commencement parlé d’un père de famille, maintenant sans aucune figure il s'exprime soy-mesme juge. Et de faict, ce qui est dit, éu as enseigné en nos rues, ne peut convenir à autre personne qu'à luy. Nous entendons maintenant son intention, c’est que les Juifs avisent qu’ils ne laissent perdre par leur nonchalance, le salut qu’ils peuvent obtenir.
28 Quand vous verrez Abraham, etc.
Pource que les Juifs n’ayans rien semblable aux saincts Pères, se glorifioyent toutesfois d’estre descendus de leur race, et avoyent tousjours en la bouche le titre d’Eglise, duquel ils abusoyent, Jésus- Christ déclare yci que ceste troupe bastarde, qui a desvoyé de la foy et saincteté des Pères, n’ha point de part au Royaume de Dieu. Et il y a yci sur ces mots une répréhension cachée, que ceux qui vouloyent avoir des compagnons à Chercher salut, ne taschoyent plustost de s’adjoindre à Abraham, aux Prophètes et saincts Pères, que de regarder çà et là à ceux de leur temps, lesquels &estoyent beaucoup eslongnez de l’exemple des autres, et estoyent tombez en des abus innumérables : comme s’il disoit, Si vous ne tenez conte d'entrer maintenant par la porte estroite, pource que la multitude de ceux qui sont hors du chemin vous retarde, ne voyez-vous pas bien qu’en vous enveloppant avec les incrédules, vous vous séparez du nombre des fidèles?
Et si l'apparence de ce monde vous esblouit maintenant les veux, le dernier jour vous ostera bien ceste bestise, mais ce sera trop tard. Car lors vous verrez que vous et vos semblables estes forclos
MATTH. VIT 45 Or donnez-vous garde des fauxprophètes, qui vienent à vous en habit de brebis, mais par dedans sont loups ravissans.
.. AG Vous les cognoistrez à. leurs Jruits. Cueille-on des grappes des espines, ou des figues des chardons ?
17 Ainsi tout bon arbre fait bons Jruits : et le mauvais arbre fait mauvais fruits.
du Royaume de Dieu, et n’avez point de part avec Abraham.
29 Aussi il y en viendra d'Orient, etc:
C’est une amplification prinse sur ce que les Juifs estans rejettez, lesquels s’estimoyent estre seuls vrais héritiers de Dieu, les Gentils devoyent estre substituez en leur place, pour obtenir la vie promise à Abraham et à sa race. Or il leur met les Gentils au-devant, afin de les picquer d’une saincte jalousie : comme sainet Paul dit que ce sera un grand honneur de son ministère, s’il en peut provoquer à une telle émulation aucuns de sa nation et de son sang, Rom., XI, 44. Et voylà comment il faloit nécessairement picquer les Juifs, d'autant que se plaisans par trop en eux-mesmes, ils mesprisoyent fièrement Dieu et ses Gons. Mais pource que ceste sentence se trouvera encore un peu après en sainct Matthieu, je la passe maintenant plus légèrement.
30 Æt voyci les derniers, etc. Nous verrons en un autre passage que Christ a souvent usé de ces mesmes mots, toutes-" fois en divers sens. En ce passage il n’a voulu autre chose, sinon rabbatre la vaine confiance et présomption des Juifs, lesquels d'autant que Dieu les avoit éleus, laissant arrière tout le reste du monde, se fians en ceste prérogative, il leur sembloit que Dieu estoit comme attaché à eux, et leur redevable. Pour ceste raison Christ leur dénonce que la condition sera bien changée en brief : c’est que les Gentils qui estoyent lors rejettez, auront le premier degré: et les Juifs estans privez de leur honneur et privilége, ne tiendront pas mesme le dernier rang ou quelque petit coin en l'Eglise.
LUC VI
13 Certes l'arbre n'est « point bon qui fait fruit pourri: ne l'arbre pourri « qui fait bon fruit : |
44 Car chacun arbre est cognupar son propre fruit." Aussi on ne cueille point de figues des espines, et si ne vendange-on point de raisin d'un buisson.
MARC
SUR L’HARMONIE ÉVANGELIQUE.
48 Le bon arbre ne peut faire mauvais fruits, ne le mauvais arbre faire bons fruits.
49 Tout arbre qui ne fait bon fruit, se coupe et se jetle au feu.
20 Fous les cognoistrez donc à leurs fruits.
1) Matih., LI, 10.
45 Or donnez-vous garde des Jaux-prophètes, etc. Par ces mois Jésus-Christ nous à advertis que son Eglise sera sujete à avoir beaucoup de trompeurs et abuseurs : et que pourtant il y a danger que plusieurs ne vienent à décheoir de la foy, s'ils ne sont bien attentifs à se donner garde. Nous sçavons comment les hommes sont enclins à vanité et mensonge : et pourtant nonseulement ils appètent naturellement d’estre repeus de menteries, mais il semble qu'un chacun soit subtil à s’abuser soymesme. Et puis, Satan qui est un merveilleux ouvrier de tout abus et déception, ne cesse de tendre ses filets pour attraper les ignorans, et ceux qui ne se tienent point sur leurs gardes. Or lopipion commune des Juifs estoit d'espérer que sous le règne de Christ il y auroit un estat plaisant, et qu’on n’auroit à soustenir combat ne fascherie aucune. Pour ceste cause il advertit ses disciples, s'ils veulent demeurer fermes, et persister, qu'ils s’apprestent à se donner garde des embusches de Satan. Car le Seigneur (comme il a desjà esté dit) veut que son Eglise soit exercée en ce monde par une guerre continuelle. Parquoy afin de demeurer ses disciples jusques à la fin, il ne suffit pas d'avoir seulement une docilité pour nous laisser gouverner par sa Parole, mais pource que nostre foy est à chacun coup assaillie par Satan, il faut nécessairement qu’elle soit armée pour résister. Il est vray que c’est bien un grand poinct, que nous souffrions desire conduits et gouvernez par les bons et fidèles ministres de Christ : mais pource que d'autre part les faux-docteurs s’eslèvent, si nous ne veillons songneusement, et si nous ne sommes garnis de constance, aiséement nous viendrons à
45 Le bon homme tire hors bonne chose du bon thrésor de son cœur : et le mauvais homme tire hors mauvaise chose du mauvais thrésor de son cœur :
car de l'abondance ducœur sa bouche parle.
estre distraits du troupeau. À quoy aussi se rapporte ce propos de Jésus-Christ, Que les brebis oyent la voix du pasteur, et elles n’oyent point l’estranger, mais s’enfuyent de luy, Jeh., X, 3. Dont aussi nous recueillons qu’il ne faut point que les fidèles perdent courage ou soyent troublez, quand les loups entrent secrètement dedans le troupeau de Christ, quand les faux-prophètes taschent par leurs meschantes doctrines de corrompre la pureté de la foy, mais que plustost il se faut lors resveiller à faire bon guet. Car ce n’est pas sans cause que Christ commande qu’on se donne garde. Parquoy, sinon que nostre propre nonchalance nous face tromper, nous pourrons bien eschapper toutes déceptions et embusches.
Et de faict, sans ceste asseurance nous ne pourrions pas prendre le courage de nous donner garde : mais maintenant sçachans que le Seigneur ne nous promet rien qu’il ne vueille tenir, quelque alarme que Satan nous donne, marchons hardiment et asseuréement, demandans à Dieu Pesprit de discrétion, par lequel, comme il seelle en nos cœurs la majesté et certitude de sa vérité, ainsi il descouvrira les ruses et tromperies de Satan, afin que nous n’en soyons abusez. Quand Jésus-Christ dit qu’ils vienent en habit de brebis, estans au-dedans loups ravissans :
il signifie qu’ils ne sont pas despourveus de quelque belle couleur pour se couvrir et desguiser, si on use de bonne prudence pour les examiner à bon escient, afin de les cognoistre.
16 À leurs fruits, etc. S'il n’eust adjousté ceste marque et différence, on eust peu douter de tous Docteurs sans exception aucune. Car si un danger mortel est à craindre és Docteurs, et qu’on ne voye moyen de s’en donner garde, il faudra
nécessairement les tenir tous pour suspects : et n’y aura rien meilleur ne plus expédient, que d’avoir les aureilles fermées à tous généralement. Et de faict, nous voyons que les hommes profanes, pour avoir quelque couleur de rejetter toute doctrine, allèguent ce danger : et aussi que les infirmes et les ignorans en demeurent là tout perplex. Afin donc que cela ne diminue rien de la révérence de l'Evangile et des fidèles Ministres et Docteurs d’iceluy, Jésus-Christ veut que nous apprenions à cognoistre les faux prophètes à leurs fruits. Parquoy les Papistes ont par trop mauvaise grâce, quand pour nous mettre en la haine des hommes ils allèguent préciséement ce propos de Jésus-Christ, qu'il se faut donner garde des faux prophètes :
crieries, que les ignorans, sans sçavoir pourquoy, ne nous veulent ouir parler.
Mais quiconque désire de suyvre le conseil de Christ, il faut nécessairement qu’il juge prudemment et par bonne discrétion. Quant à nous, non-seulement nous confessons volontiers qu’il se faut donner garde des faux-prophètes, mais aussi nous exhortons songneusement et instamment les simples gens qu'ils s’en donnent garde. Seulement nous les advertissons que selon la règle laquelle Jésus-Christ a donnée, il y ait devant un droit examen, de peur que les simples en rejettant la pure parole de Dieu, n’achètent trop cher leur témérité. Car il y a grande différence entre une bonne façon de se donner garde d’estre trompé, et un déboutement téméraire, sans sçavoir pourquoy. Et c’est une grande malice aux Papistes, d’abolir ainsi le commandement de Jésus-Christ, en destournant les povres âmes de toute inquisition de doctrine, par une vaine crainte qu’ils leur proposent. Ayons donc cela pour tout arresté, que ceux qui avec tremblement rejettent ou fuyent la doctrine devant que avoir cognue, font mal, et ne se peuvent point couvrir du Commandement de Jésus-Christ. Il reste maintenant à veoir de quels fruits Jésus-Christ parle yci. Selon mon jugement ceux-là s’abusent qui restraignent ceci à la vie. Car veu que les plus meschans abuseurs se couvrent d’une
et font tant par leur
belle apparence de saincteté, et mesme de je. ne sçay quels masques d’austérité de vie, ce seroit un examen fort incertain. Je confesse bien qu'hypocrisie est à la fin tousjours descouverte, pource qu'il n’y a rien si difficile que de contrefaire vertu : mais Jésus-Christ n’a pas voulu assujetir sa doctrine à un jugement tant inique, et avec cela obscur, qu’elle soit estimée selon la vie des hommes.
| Sous les fruits donc est aussi comprise
la façon d’enseigner, et mesme tient le principal lieu. Car aussi par cela Christ prouve qu’il est envoyé de Dieu, pource qu’il ne se glorifie pas soy-mesme, mais le Père qui l’a envoyé. Si quelqu'un allè:
gue à l'encontre, qu’il y a peu de gens qui ayent un jugement si aigu, de discerner les bons fruits d'avec les mauvais : je respon, comme j'ay desjà dit, que jamais l'Esprit de discrétion ne défaut au besoin aux fidèles, pourveu que se desfians d’eux-mesmes, et renonceans à leur propre sens, ils se laissent du tout conduire et gouverner par luy. Cependant, qu'il .
nous souviene qu’il faut esprouver toutes doctrines à la règle de la parole de Dieu, et que par ainsi en matière de discerner les faux-prophètes, la règle de la foy tient le principal lieu. En après, qu’il faut regarder que c’est que Dieu à enjoint à ses Prophètes et ministres de la Parole, pource que de là il sera aisé à cognoistre comment ils s'y portent fidèlement :
comme pour exemple, Si nous-nous proposons les choses que sainct Paul requiert és Evesques, ceste seule description suflira pour condamper toute la puante vermine du Pape. Car il semble que les prestres du Pape taschent de propos délibéré à représenter un pourtrait tout contraire à celuy de S. Paul. Et.
pourtant ce n’est pas de merveilles s'ils ne veulent pas qu’on apprene à cognoistre les faux-prophètes. Au reste, ce passage monstre clairement qu’il ne faut pas faire cas destitres, et qu’on ne doit point:
mesme s’arrester à la vocation, sinon que ceux qui sont nommez Pasteurs, et appelez à la charge d’enseigner, facent fidèlement leur office. Cueille-on des grappes des espines ? Par ces proverbes qui estoyent lors tout communs, et receus
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
en usage d’un chacun, Jésus-Christ Conferme son propos, Asçavoir que nul ne peut estre abusé par les faux-prophètes, s'il ne veut fermer les yeux dé propos délibéré : pource que les fruits monstrent ceux qui sont bons serviteurs de Dieu, ou ouvriers desloyaux, ne plus ne moins que les fruits donnent à cognoistre quel est l’arbre. En sainct Luc il semble que ce soit une sentence générale, par laquelle Jésus-Christ enseigne que par les fruits on peut faire jugement d’un chacun, comme on cognoist l’arbre par le fruit. Car après avoir crié contre les hypocrites, qui voyent bien le festu en l'œil d’autruy, n’appercevans point la poutre dedans le leur propre, il met incontinent après, Car l'arbre mauvais ne peut pas faire, etc. Et il semble que ce mot Car, conjoingne ces deux sentences. Mais veu qu'il est certain que sainct Luc en ce sixième chapitre récite divers propos de Christ, il se peut aussi faire qu’il a touché briefvement ce que sainct Matthieu déduit plus au long. Et je ne m’arreste point à ce mot Car, lequel en beaucoup d’autres lieux est superflu : ce qui appert aussi par la conclusion. Car sainct Luc conelud ainsi ce propos, Le bon homme produit bonnes choses du bon thrésor
MATTH. VII
de son cœur. Et je ne doùte point que par ces paroles il n’exprime sans figure et conjecture aucune, quel est ce jugement que Christ veut qu’on face par les fruits, Asçavoir que les fidèles examinent diligemment quelle doctrine proposent ceux qui se disent estre serviteurs de Dieu : comme s’il disoit que les titres n’y font rien, jusques à ce que celuy qui parle, monstre par effect qu'il est envoyé de Dieu. Combien que jene Contredie pas que ce passage ne puisse estre accommodé à une doctrine générale. Et de faict, la dernière sentence, asçavoir, que de l’aäbondance du cœur la bouche parle, s’estend plus loin qu'aux faux-prophètes, veu que c’est un proverbe commun. Si quelqu'un allègue au contraire, que les langues des hommes mentent souvent, en sorte qu’on verra des gens de mauvais cœur, lesquels néantmoins parleront très bien : je respon que Jésus-Christ monstre yci Simplement ce qui advient communéeément, el qui est le plus ordinaire. Car combien que les hypocrites monstrent en paroles autre chose qu'ils n’ont au dedans du cœur, cela toutesfois n’empesche pas qu’on ne puisse proprement et à bon droict appeler la langue pourtrait du Cœur.
MARC. LUC VI
91 Chacun qui me dit, Seigneur, Seigneur, n’en- 46 Mais pourlrera pas au Royaume des cieux : mais celuy qui quoy me appefait la volonté de mon Père qui est és cieux!. lez-vous Sei- 22 Plusieurs me diront en ceste journée-là, Sei- gneur, Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétizé en gneur, el ne ton Nom ? et n'avons-nous pas jetté hors les diables faites point ce
en ton Nom? et n'avons-nous pas fail plusieurs ver- que je di?
tus en ton Nom ?
23 Et lors je leur diray ouvertement, Je ne vous cognu oncques?: départez-vous de moy, vous qui
estes addonnez à iniquité*.
1) Rom. LL, 13. Jag., 1,22 2) Luc, XUI, %6, 27.
21 Chacun qui me dit, etc. Christ éstend son propos plus loin. Car il ne parle point seulement des faux-prophètes qui se jettent sur lé troupeau pour ravir et dévorer, mais aussi des mercenaires, lesquels s’insinuent par belles mines en apparence de pasteurs, combien qu’au
8) Ps. VI, 8.
dedans ils n’ayent point d'affection de crainte de Dieu. Or combien que ceste doctrine comprend tous hypocrites, en quelque degré ou estat qu’ils soyent, toutesfois pour ceste heure il touche proprement les docteurs feints et doubles, qui semblent estre excellens par-dessus
les autres, Et il n’addresse pas Seulement son propos à eux, pour les resveiller de ceste nonchalance en laquelle ils s’endormentcomme gens yvres, mais aussi il advertit les fidèles, afin qu'ils ne facent point cas de tels masques plus qu’il ne faut. En somme, il prédit qu'incontinent que l'Evangile aura commencé à faire fruit, en attirant plusieurs disciples, ïl s’en trouvera beaucoup non-seulement du commun peuple qui s’y rangeront faussement et par feintise, mais que mesmes en l’estat des Pasteurs il y aura une mesme desloyauté, en sorte que par leurs œuvres et leur vie ils nieront ce qu'ils enseignent et confessent de bouche. Parquoy, quiconque veut estre avoué du nombre des disciples, il luy faut mettre peine de se ranger sans feintise et d’affection de cœur, et s'exercer en nouveauté de vie. En sainct Luc la répréhension est générale, Pourquoy w'appelez-vous Seigneur, Seigneur, etc.
Mais pource que le plus souvent ceste corruption procède des docteurs feints, et facilement d’iceux s’espand par tout le corps, à ceste occasion en sainct Matthieu Jésus. Christ crie nomméement contreux. Faire la volonté du Pére, ne signifie pas seulement dresser sa vie et ses mœurs selon la règle des vertus (comme les Philosophes ont voulu enseigner le monde) mais aussi croire en Jésus-Christ, ainsi qu’il est dit, Jehan, VI, 40. Ces mots doncques n’excluent point la foy, mais la présupposent, comme la source de laquelle descoulent puis après toutes bonnes œuvres.
22 Plusieurs me diront, etc. Christ adjourne derechef les hypocrites devant son siége judicial, comme nous avons n’aguères dit en sainct Luc. Car cependant qu'ils tienent lieu en l’Eglise, ils s’abusent eux-mesmes, et trompent les autres.
Christ prononce donc que le jour viendra que l'aire sera nettoyée, et que les ordures et la paille seront séparées d'avec lebon grain. Prophétizer au nom de Christ, c’est avoir charge d'enseigner en sonauthorité, et comme soussonenseigne.
Car selon mon jugement, le mot de Prophétie se prend yci au large, comme au quatorzième chapitre de la première aux
Corinthiens. {l pouvoit bien user simplement du mot de Prescher, mais il a expresséement mis un terme qui estoit plus honorable, afin de mieux exprimer que la profession externe n’est rien, quelque apparence qu’elle ait entre les hommes.
Semblablement faire des vertus au Nom de Christ, n’est autre chose sinon faire miracles en la vertu d’iceluy, en son authorité, commandement et conduite. Car combien que le mot de Vertus, se restraint aucunesfois à une espèce de miracles, toutesfois en cest endroit, comme en plusieurs autres, il signifie toutes sortes de miracles.
23 Je leur diray apertement, etc.
Le mot Grec dont use lPEvangéliste, signifie proprement, Je leur confesseray :
par lequel terme il semble que Jésus- Christ face une allusion à la vaine vanterie de laquelle les hypocrites font maintenant leurs monstres : comme s’il disoit, Il est vray que quand ils n’ont confessé de la langue, il leur semble bien qu'ils ont fait quelque grand cas, et maintenant on oit retentir en leurs langues la confession de mon Nom: mais moy au contraire, je leur confesseray aussi de mon costé, que tout ce qu’ils monstrent par dehors n’est que mine et mensonge.
Mais que contient ceste confession de Christ? Que jamais il ne les à tenus du nombre des siens, mesmes du temps qu’ils se glorifioyent d’estre les piliers de VEglise. Et pourtant il commande qu’ils se départent de devant luy, comme gens lesquels à fausses enseignes ont desrobbé place en sa maison. Il semble que sainct Paul ait prins de ce passage de Jésus- Christ ce qu’il dit à Timothée, 2-Ep., ch. IF, v. 19. Le Seigneur cognoist ceux qui sont siens : quiconque invoque le nom du Seigneur, qu'il se retire d’iniquité. Car le commencement de ceste sentence de saïnet Paul tend à ce que les infirmes ne soyent troublez, ou ne perdent courage pour le révoltement d’aucuns qui auront eu grand bruit, et auront esté fort estimez. Car il dit que le Seigneur ne les à point recognus pour siens, combien qu’ils esblouissent les yeux des hommes d’une vaine apparence. En après, il exhorte tous ceux qui veulent estre disciples de Christ,
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
que de bonne heure ils se retirent d’ini- | de devant sa face, quand il séparera les quité, de peur que Christ ne les rejette | agneaux d’avec les boues.
MATTH. VII
24 Quiconque donc oit ces paroles que je di, et les met en effet, je l’accompareray à l’homme prudent qui a édifié sa maison sur une roche.
25 Lors la pluye est tombée, et les torrens sont venus, et les vents ont soufflé, et ont heurté contre ceste maison-là, et n'est point tombée : car elle estoit fondée sur la roche.
26 Mais quiconque oùit ces paroles que je di, et ne les met en effet, sera semblable à l'homme fol, qui a édifié sa maison sur le sablon.
27 Lors la pluye est tombée, ct les torrens sont venus, et les vents ont soufflé, et ont heurté contre ceste maison, laquelle est tombée, el sa ruine a esté grande.
28 Et adveint que quand Jésus eut achevé ces propos, le peuple estoit estonné de sa doctrine.
29 Car il les enseignoil comme ayant authorité, et non pas comme les Scribes!.
1) Marc, 1,22. Luc, IV, 32.
24 Quiconque donc oùt, etc. Pource que souvent il est difficile de discerner ceux qui font vrayement profession de l'Evangile, d’avecques ceux qui y procèdent par feintise, Christ monstre par une belle similitude en quoy consiste principalement la différence. Car il propose deux maisons, desquelles lune est bastie sans fondement, et l’autre est bien fondée.
Car combien qu’en toutes deux, quant à ce qui apparoist par-dessus terre, il n’y ait point de différence, toutesfois la première Cherra par terre quand le vent et a tempeste soufflera contre, ou quand les grandes eaux y flotteront : mais la dernière par sa fermeté demeurera en Son entier, quelque assaut qui viene. Ainsi doncques Christ compare la vaine profession de VPEvangile à un bel édifice, lequel ce-
MARC
LUC VI
47 Quiconque vient & moy, el oil mes paroles, et les met en effet, je vous monstreray à qui il est semblable.
48 Il est semblable à l'homme qui en édifiant une maison, aura fouy et creusé, et aura mis le fondement sur un rocher : et quand il est venu une ravine d'eau, le fleuve a heurté contre ceste. maison, et ne l'a peu esbranler : car elle estoit fondée sur le rocher.
49 Mais celuy qui les «a ouyes, et ne les à point mises en effet, est semblable à l'homme qui aura édifié sa maison à terre, sans fondement, contre laquelle le fleuve a heurté et incontinent elle est cheute : et la ruine de ceste maison «a eslé grande.
pendant n’est pas ferme : et combien qu’il soit haut eslevé, est toutesfois d’heure en heure prest à tomber bas, pource qu’il n’ha point de fondement. Pour ceste cause aussi sainct Paul veut que nous soyons bien et entièrement fondez en Christ, et que nous ayons une bonne racine en luy, afin que nous ne défaillions pour quelque heurt qui viene, Ephés., IV, 1%. Or le sommaire revient là, qu’on ne peut pas bien discerner la vraye crainte de Dieu, d’avecques une feintise et vaine apparence d’icelle, jusques à ce qu’on viene à l’examen. Car les tentations par lesquelles nous sommes esprouvez, sont comme flots et orages, lesquels abbatent facilement les cœurs mal arrestez, desquels la légèreté n’apparoïissoit point en temps de prospérité. Ces paroles. Ce mot
Ces, ne signifie pas une certaine espèce de propos, mais signifie toute la doctrine en somme. Car il veut dire que l’Evangile, s’il n’est profondément enraciné dedans les cœurs, est semblable à une matière qui s’eslève en haut, n’ayant cependant aucun fondement. C'est doncques autant comme s’il eust dit que la foy est vraye, quand elle ha ses racines profondes dedans le cœur, et est appuyée sur une vraye et ferme affection, comme sur son fondement, afin de ne faillir point pour tentation qui surviene. Car selon la vanité et inconstance de lPesprit humain, tons ceux-là édifient sur
dedans jusques au renoncement d’euxmesnes.
28 Quand Jésus eut achevé ces propos. J’enten tant le sermon qu’il feit estant descendu de la montagne, que le reste de la doctrine qui estoit desjà venue à la cognoissance du peuple. Aïnsi doncques le sens est, que depuis qu’il eut donné au peuple d’un costé et d'autre le goust de sa doctrine, ils entrèrent tous en estonnement pource qu’il y avoit je ne sçay quelle majesté nouvelle et non accoustumée, laquelle ravissoit à soy les esprits des hommes. Jay exposé ci-devant qu'emporte ce mot Enseigner avec authorité, et autrement que les Scribes.
le sablon, lesquels ne fouissent point au-
MATTH. VIII
À Et quand il fut descendu de la montagne, grandestroupes de gens le suyvirent.
2 Lors voyci venir un lépreux, qui s’enclina devant luy, disant,
Seigneur, si tu veux, lu me PEUX nettoyer.
3 Et Jésus estendant sa main, le toucha, disant, Je le veux, sois net : el incontinent sa lèpre fut nettoyée.
4 Puis Jésus luy dit, Garde que lu ne le dies à personne : mais va, et Le monstre au Sacrificateur, et offre le don que Moyse a ordonné, en lesmoignage à iceux !.
1) Lévit., XIV, 8.
MARC I
40 Et un lépreux veint à luy, le priant à genoux, et luy disant, Si lu veux, lu me peux netlioyer.
4A Adonc Jésus ayant compassion, estendit sa main, et le toucha, et luy dit, Je le veux :
sois net.
42 Et quand il eut dit, la lépre se partit soudain de luy, et Jut nettoyé.
43 Et l'ayant menacé, soudain il l'envoya dehors :
44 El luy dit, Garde que tu n'en dies rien à personne : mais va-l'en, et te monstre au Sacri- Jicateur, et présente pour ton neltoyement les choses que Moyse a commandées, pour tesmoignage à iceux.
45 Mais iceluy estant parti, commenca à publier maintes choses, et divulquer l'affaire :
tellement que Jésus ne pouvoit plus entrer ouvertement en la ville, maïs estoit dehors és lieux déserts : et de toutes parts on venoil à luy.
LUC Y
12 Or adveint comme il estoiten une ville, voyciun
homme plein de lèpre, le-
quel voyant Jésus, se jettant en Lerre sur sa face, le pria, disant, Seigneur, si lu veux, lu me peux netloyer.
13 Etilestendit la main, el le toucha, disant, Je le veux : sois nettoyé. Et incontinent la lèpre se parlit de luy.
14 Et il lui commanda qu'ilne le dist à personne:
mais va, dit-il, et te monstre au Sacrificateur, et of- Jre pour lon nettoyement, comme Moyse à enjoint en lesmoignage à iceux.
15 £t de plus en plus il estoit bruit de luy : tellement que grandes mullitudes de gens s’assembloyent pour le ouir, et pour eslre quaris par iceluy de leurs maladies.
16 Mais il se lenoit reliré és déserts, et prioil.
A Et quand ù fut descendu de la |par ci-devant que Christ estoit monté en montagne. Sainct Matthieu retourne | la montagne : et après cela il a fait um
maintenant au fil de l’histoire. Il avoit dit | recueil de plusieurs points de la doctrine 14
SUR L’'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
de Christ. Maintenant il dit qu’environ ce temps-là que Christ eut presché en la montagne, il guarit un certain ladre.
Ce qu'aussi racontent sainct Marc et sainct Luc, combien qu’ils ne font point . mention du temps. Or en cela s’estmonstrée la vertu Divine de Christ, que par sa seule parole et attouchement de la main, il a incontinent nettoyé la ladrerie de cest homme. Au reste, combien que ceste ladrerie-ci fust d’une autre espèce que celle que les médecins appellent £léphantiasis, toutesfois c’est une chose toute notoire qwelle estoit fort difficile à guarir. Et quand elle estoit enracinée de long temps, il n’advenoit guères qu'un homme en peust estre guari. Certes encores que nous présupposions que les médecins eussent peu par la science de leur art y faire quelque chose, si est-il tout certain qu’en ce pouce il n’y a rien eu de l'homme.
2 Qui s’enclina Pr luy, disant, etc. Il est aisé à recueillir de ce passage que c’est que signifie le mot Grec qu’on trouve tant souvent en l’Escriture, lequel les Latins ont traduit Adorer. Car les deux autres Evangélistes nous en sont fort bons expositeurs : sainct Marc, disant qu’il se meit à genoux : et sainct Luc, qu’il se jetta en terre sur sa face. Ainsi done ce ladre a monstré signe de révérence par contenance externe : C’est asavoir en s’agenouillant. Or nous Sçavons que ceste facon de révérence estoit toute commune entre les Juifs : comme volontiers les peuples d'Orient sont plus addonnez à telles cérémonies. Et pourtant plusieurs pensent que ce ladre ne prétendoit pas de faire à Christ un honneur appartenant à la majesté Divine : mais que seulement il l’a salué honorablement, comme estant un excellent Prophète de Dieu. Mais quant à moy je ne m'arreste point à quelle intention, ou de quelle affection il a fait révérence à Jésus-Christ :
cependant je regarde ce qu'il luy à attribué : asçavoir qu’il avoit la puissance de le nettoyer, s’il vouloit. Par lesquels mots il a monstré qu’il recognoissoit une vertu Divine en Christ. Et Christ respondant qu’il le veut bien, monstre bien que le ladre luy avoit attribué plus qu’il
ne peut convenir à un homme. Car il faut que celuy qui par son simple commandement et vouloir rend santé aux hommes, ait nécessairement une puissance souveraine. Or soit que ce ladre ait creu que Christ estoit le Fils de Dieu, ou bien qu’il avoit receu ceste vertu, comme Moyse et les autres Prophètes, si est-ce toutesfois qu’il ne doute point qu’il n’ait le don de guarison en Sa main et puissance. Et quant à ce qu'il parle sous condition, disant, 52 du veux, lu peux : cela nest point contraire à la certitude de la foy, laquelle Dieu requiert en nos prières, Car les hommes ne doyvent point espérer plus que Dieu ne promet : et ce ladre n’avoit point d’asseurance ne par révélation de Dieu, ne par promesse, de ce que Christ devoit faire envers Iluy. C’eust doncques esté folie à luy de passer outre ces limites. Car quand nous lisons quelques fois qu’aucuns ont prié sans condition, il faut entendre qu’il y a eu en tels personnages des mouvemens singuliers, et inspirations particulières du sainct Esprit, desquelles il ne nous faut point faire une règle générale. Combien que je doute si on peut dire, à proprement parler, que ce soit une prière. Car le ladre dit seulement qu’il ha une telle estimé de la vertu de Christ, qu’il ne doute point qu’il n’ait la puissance de guarir sa ladrerie. En après, il se présente à luy pour recevoir guarison, estant toutesfois incertain de l'issue : pource qu’il ne sçavoit point encore le vouloir de Christ sur sa requeste.
3 Estendant sa main le toucha. En la Loy lattouchement d’un ladre infectoit la personne : mais pource qu’il y a une telle pureté en Christ, que c’est pour oster toutes ordures et souillures, il ne se pollue point en touchant un ladre, et si ne transgresse point la Loy. En prenant nostre chair, non-seulement il nous a fait cest honneur de nous toucher de sa main, mais aussi il à esté fait un mesme corps avec nous, afin que nous fussions chair de sa chair : et non-seulement il a estendu son bras vers nous, mais il est descendu du ciel jusques aux enfers : ce néantmoins il n’a tiré de tout cela aucune tache, mais demeurant entier a anéanti toutes nos ordures, et nous à arrousez
de sa saincteté. Au reste, il pouvoit bien guarir ce ladre par sa seule parole : mais pour monstrer son affection de miséricorde et compassion, il a voulu quant et quant user d’attouchement de la main. Et ce n’est pas de merveilles, veu qu’il a bien voulu vestir nostre chair, afin de nous nettoyer de tous péchez. Ainsi donc ceste façon d’estendre la main, a esté un signe et tesmoignage de sa grâce et bonté infinie. Et de faict, ce que nous passons maigrement en lisant comme par acquit, seroit bien pour nous faire merveilleusement esbahir, quand nous y penserions :
de dire que le Fils de Dieu non-seulement n’ait point desdaigné de parler à un - Jadre, mais ait mesmes estendu sa main pour toucher ceste immondicité.
4 Puis Jésus luy dit. Aucuns pour excuser ce ladre, pensent que Christ n’ait pas parlé à bon escient, en luy défendant de publier le miracle’: mais qu’il a plustost voulu luy en faire plus grande envie.
Toutesfois l'opinion des autres est meilleure, lesquels disent que Christ feit ceste défense, pource que le temps n’estoit pas encore propre. Je confesse bien qu’il ne faloit pas que ce miracle fust supprimé : mais il y a eu certaine raison pour laquelle le Seigneur n’a pas voulu qu'il en fust fait bruit sur l'heure, ou pour le moins par le ladre mesme. Je di donc que tant s’en faut que ce ladre mérite aucune louange pour ceste affection mal réglée qu’il a eue de donner bruit à Christ, qu’au contraire à bon droict il doit estre condamné de ce qu’il n’a obey au commandement de Christ. S'il vouloit faire honneur et recognoissance à celuy duquel il avoit receu guarison, il ny avoit point de meilleur moyen qu’obéissance, laquelle est de plus grande estime envers Dieu que tous les sacrifices, et est le commencement et le fondement du vray service de Dieu. Ainsi par cest exemple nous sommes enseignez que tous ceuxlà qui laschent la bride à un zèle inconsidéré, font mal : pource que tant plus ils se travaillent à plaire à Dieu, ils ne font autre chose que se rebeller contre son commandement. Æt te monstre au Sacrificateur. Pource que les cérémonies de la Loy r’estoyent pas encore abolies,
Christ n’a pas voulu qu’on les mesprisast ou délaissast. Or Dieu avoit commandé en la Loy (comme il est [dit au Lévitique, chap. XIV, v. 2) que quand quelqu'un auroit esté nettoyé de ladrerie, il se présentast aux Sacrificateurs avecques sacrifice d’action de grâces. Et le but de ce commandement estoit, afin que le Sacrilicateur par son jugement approu vast le bénéfice receu de Dieu : et aussi afin que celuy qui avoit esté guari rendist tesmoignage de sa recognoissance envers Dieu. Ainsi donc, Christ renvoyant ce ladre au Sacrificateur, monstre qu’il n’ha autre esgard, sinon d’avancer et manifester la gloire de Dieu. Car ceste façon de se monstrer au Sacrificateur, se faisoit pour l’examen : et le présent ou l’offrande estoit signe d’action de grâces.
Il veut donc que les Sacrificateurs en jugent, afin que la grâce de Dieu en soit manifeste et certaine : et d'autre part, que le ladre rapporte à Dieu sa guarison.
Cependant, comme j’ay naguères touché, il commande qu’on garde les cérémonies de la Loy, jusques au temps de l’abrogation d’icelle. Quant à ce que les Papistes tirent d’icy l'ordonnance de leur confession, en cela ils se monstrent bien sots.
Ils disent que la ladrerie par allégorie signifie péché, et que les prestres consacrez par le Pape, doyvent avoir le jugement et la cognoissance de la ladrerie spirituelle. Encore que nous présupposions qu’en la Loy ceste puissance estoit donnée aux Sacrificateurs, afin que le peuple cognust que toute sa pureté, et le jugement d’icelle dépendoit de la Sacrificature, toutesfois les prestres du Pape font meschamment de s’attribuer cela :
car tout l’honneur et la prérogative qui estoit donnée aux Sacrificateurs anciennement, appartient maintenant à Christ seul. Il n’y à donc que luy seul à qui appartiene la cognoissance de la ladrerie spirituelle, et qui soit digne auquel ceux qui ont esté guaris facent otfrande de leur purgation: car aussi pour ceste cause en Ja Loy la guarison estoit comme seellée pour un sacrifice, pource que les hommes ne peuvent estre nettoyez autrement que par la satisfaction en l’effusion du sang. C’est donc un sa-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
crilége détestable, de transférer ailleurs le privilége que Dieu a voulu estre propre à son Fils. Et quant à ce que par le commandement de Christ les Ministres de PEvangile annoncent aux pécheurs la pur- gation de leurs péchez, cela ne doit point estre tiré à la fausse jurisdiction que les Papistes imaginent, que ce soit à eux de discerner entre ladrerie et ladrerie.
4% Marc. Pour tesmoignage à iceux. Aucuns prenent le mot de Tesmoignage, pour Loy ou Ordonnance : comme il est dit au Ps., CXXIE, v. 4. Dieu a mis cela en tesmoignage à Israël. Toutesfois il me semble que ceste exposition est bien maigre : car je ne doute point que le mot, À iceux, ne se rapporte aux Sacrificateurs.
Et pourtant selon mon jugement, Christ a regardé à la circonstance de la chose présente : pource qu’en ce miracle il y avoit une probation toute évidente pour convaincre leur ingratitude. Et à ceci n’est point contraire que Christ a commandé au ladre de n’en dire mot: veu qu’il n’a pas voulu que la mémoire de son miracle demeurast tousjours ensevelie.
Quand doncques par le commandement de Christ le ladre est venu en la présence du Sacrificateur, cela leur a esté en tesmoignage, pour les rendre inexcusables
MATTH. VII
5 Et quand Jésus fut entré en Capernaüm, un Centenier veint à luy, le priant,
6 Et disant, Seigneur, mon garçon gist paralytique en la maison, griefvement tormenté.
1 Et Jésus luy dit, J'iray, et le quariray.
8 Et le Centenier respondant dit, Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon tloict : mais seulement di le mot, et mon garçon sera quari.
9 Car aussi je suis homme constitué sous la puissance W’autruy : ed ay sous moy des gendarmes : et je di à l'un, Va, et il va: et à l'autre,
MARC
S'ils ne vouloyent recevoir Christ pour Ministre de Dieu : et quant et quant c’estoit leur oster occasion de calomnier, veu que Christ n’oublioit un seul poinet de la Loy. En somme, s’ils eussent esté gens esquels il y eust eu quelque espérance de mieux, il y avoit bien en ce miracle pour les amener à Christ : et s'ils estoyent incrédules, un tesmoignage si solennel de Dieu estoit plus que suffisant pour les condamner.
45 Tellement que Jésus ne pouvoit plus. Nous recueillons @yci pourquoy Christ n’a pas voulu qu’on feist si t0st bruit du miracle, asçavoir afin d’avoir meilleure occasion, et plus grande liberté d'enseigner : non pas qu’il se soit esleve des ennemis qui ayent tasché de luy clorre la bouche : mais pource que le peuple estoit si importun à demander des miracles, qu’il restoit bien peu de lieu à la doctrine. Mais Christ aimoit bien mieux les avoir attentifs à la Parole, que non pas aux signes. Et pourtant S. Luc dit qu’il kabita és désers : car il fuyoit la compagnie des hommes, voyant qu'il ne pourroit jamais satisfaire à l'appétit du peuple, que quant et quant il ne feist tant de miracles, que cela les empescheroit de bien penser à la doctrine.
LUC VII
À Quand il eust achevé toutes ces paroles, le peuple escoutant, il entra en Capernaüm.
2 Et le serviteur d’un Centenier estant malade s’en alloit mourir, qui luy estoit fort cher.
3 Et quand il ouït parler de Jésus, il envoya vers luy des anciens des Juifs, le priant qu'il veinst, et qu'il quarist son serviteur.
4 El quand iceux furent venus à Jésus, ils le prièrent affectueusement, disans, qu'il estoit digne qu’on luy ottroyast cela.
5 Car, disoyent-ils, à aime nostre nation, et nous a édifié une Synagoque.
6 Jésus donc s’en alla avec eux.
Et comme desjà il n’estoit guère loin de la maison, le Centenier luy
Vien, et il vient : et à mon serviteur, Fay cela, et il le Jail.
10 Ce qu'oyant Jésus, s’esmerveilla, et dit à ceux qui le sSuyvoyent, Je vous di en vérité, que mesmes en Israël je n'ay point trouvé si grande foy.
11 Mais je vous di que plusieurs viendront d'Orient et d'Occident, et seront assis au Royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob.
12 Et les Fils du Royaume seront jettez hors, és ténebres de dehors : là y aura pleur el grincement de dents.
13 Adonc Jésus dit au Centenier, Fa, et ainsi que tu as creu, que àl Le soit fait. Et en ce mesme instant son garçon fut quari.
5 Matthieu. Æ'€ quand Jésus fut entré.
Ceux qui pensent que sainct Matthieu et sainct Luc récitent yci diverses histoires, s’abusent en peu de chose. Il y a seulement cela de diversité quant aux mots, que sainct Matthieu dit que le Centenier veint vers Christ, et sainct Luc dit qu’il y envoya aucuns des Juifs, afin qu’ils feissent la requeste pour luy. Mais sainct Matthieu ne fait pas improprement d’attribuer au Centenier ce qui fut fait en son nom et à son instance. Au reste, les deux Evangélistes accordent si bien en toutes circonstances, que c’est une mocquerie de faire d’un miracle deux. Or je ne doute aucunement que la compagnie des gendarmes, de laquelle ce Centenier avoit charge, ne fust establie en la ville de Capernaüm, comme c’estoit la coustume de mettre les bandes de gens de guerre en garnison dedans les villes. Là ce Centenier voyoit les mœurs du peuple fort dépravées et corrompues : comme nous sçavons que Capernaüm estant une ville près de la mer, estoit plus plene de dissolutions et de desbauches que les autres : toutesfois cela n’a point empesché qu'il ne prinst goust à la vraye et pure
envoya ses amis luy disant, Seigneur, ne te travaille point : car je ne suis pas digne que tu entres sous mon Lloict.
7 Parquoy aussi ne me suis point répulé digne d'aller à toy : mais di le mot, et mon servileur sera guari,
8 Car je suis homme constitué sous la puissance dautruy : ayant sous moy gendarmes : el je di à l'un, Va, et ilva: et à l’autre, Vien, et il vient : et à mon serviteur : Fay cela, et il le fait.
9 Lesquelles choses ouyes Jésus s’esmerveilla de luy : et se tournant dit à la compagnie qui le suyvoit, Je vous di que je n’ay trouvé si grande foy, mesmes en Israël.
10 Æ quand ceux qui avoyent esté envoyez furent retournez en la maison, ils trouvérent en santé le serviteur qui avoil esté malade.
religion, en condamnant les supérstitions de son pays : car il n’avoit pas peu édifier une Synagogue aux Juifs, qu’il ne se chargeast de quelque haine et se meist en danger. Aussi il n’aimoit pas ceste nation, sinon d'autant qu’il avoit receu le service du seul Dieu. Ainsi doncques devant que Christ guarist son serviteur, il avoit desjà luy-mesme esté guari par le Seigneur. Ce qui estoit un grand miracle :
qu’un homme de guerre qui avoit passé la mer avec compagnie de gendarmes, afin de ranger les Juifs, et les accoustumer à porter le joug de la tyrannie des Romains, se soumettoit volontairement au Dieu d'Israël, et se rangeoit en l’obéissance d’iceluy. Quand saincet Luc dit, Que ce serviteur luy estoit fort cher : il prévient par ce moyen l’objection que les lecteurs pouvoyent faire en leur esprit.
Car nous sçavons qu’on ne tenoit pas si grand conte des serfs, que leurs maistres :
se souciassent béaucoup de leur vie, si ce n’estoyent quelques serviteurs qui eussent acquis la grâce des maistres par leur industrie et dextérité, ou loyauté à bien servir, ou autre vertu. Sainct Luc doncques signifie que ce n’estoit pas quelque
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
souillard, où de la façon commune des serviteurs : mais un serviteur fidèle et ayant beaucoup de belles vertus, duquel le maistre faisoit grand eas, et aimoit beaucoup. Cela estoit cause qu’il avoit si . grand soin de la vie d’iceluy, et lé recommaändoit si songreusement. Au reste, il appert par les deux Evangélistes que ce fut une paralÿsie soudaine, laquelle d’entrée Ostoit toute espérance de Vie : car les paralysies lentes ne donnent point de torment. Mais sainct Matthieu dit que Le garcon estoit griefvement tormenté : et S. Luc, qu’il s’en alloit mourir. Ainsi toutes les deux circonstances servent beaucoup pour monstrer la grandeur du Miracle : asçavoir la douleur ou le torment, et le danger extrême : ce qui fait que je n’ose rien asseurer de l'espèce de la maladie.
5 Luc. Car il aime nostre nation. I n’y à point de doute que les Juifs recommandent cest homme pour Paffection et le bon zèle qu’il avoit à la crainte de Dieu.
Car de porter amour à uhe nation qui estoit communéement haye au monde, cela ne procédoit que d'une affection qu’il avoit à la Loy, et d’une révérence de Dieu.
Et aussi en édifiant une synagogue, il avoit bien monstré qu’il portoit faveur à la doctrine de la Loy. Et pourtant non sans cause ils disent qu’il est digne auquel Christ se monstre propice, Comme à celuy qui s’employe fidèlement au service dé Dieu. Cependant c’est une merveilleuse stupidité à eux, de ce que par leur propre bouche ils attribuent à un homme Gentil la grâce de Dieu, laquelle euxmesmes desdaignent et refusent. Car s’ils tienent Jésus-Christ pour ministre et dispensateur des dons de Dieu, pourquoy ne reçoyvent-ils eux-mesmes la grâce qui leur ést présentée, avant que d’y amener les estrangers? Mais il y a tousjours ainsi aux hypocrites une nonchalance asseurée, qu’il leur semble avis qu’ils tiendront Dieu comme obligé à eux, et qu’ils disposeront de sa grâce à leur plaisir, comme si elle estoit à leur commandement : brief, estans souls dicelle, ou plustost pource qu'ils ne daignent pas la gouster, comme si elle ne leur servoit plus de rien, ils la quittent aux autres.
8 Matthieu. Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toict. Pource que S. Matthieu est plus brief, il introduit l’homme mesme parlant ainsi : mais S.
Luc exprime la chose plus à plein, disañt qu'il envoya ses amis vers Christ pour porter ceste parole : mais il y a mesmé sens en tous les deux. Or il ÿ à deux points en ce propos. Le Centenier espargnant Christ par honneur, le prie qu’il ne se travaille point : pour ce qu'il ne s'estime pas estre digne que Christ entre en sa maison. En après, il luy attribué une telle puissance, qu’il croit que son serviteur peut recouvrer la vie par son commandement et simple parole. Voylà une merveilleuse humilité, de ce qu'il s’abbaisse tant envers un homme qui estoit d’une nation subjuguée et asservie. Il se peut aussi faire qu’estant tout accoustumé à la fierté et orgueil des Juifs, selon qu'il estoit homme modeste ét humble, il n’a pas desdaigné d’estre tenu pour homme profane : et ainsi à craint de faire tort à un Prophète de Dieu, en le pressant d’entrer en la maison d’un homme Gentil et pollué. Quoy qu'il én soit, il est certain qu’il parle à bon escient et d'affection, et Ha Christ en telle estime et révérence, qu’il n’ose pas le prier de venir en sa maison : et meésme, comme s'ensuit au texte de S. Luc, il ne s’est pas estimé digne d'aller parler à Christ. Toutesfois on pourroit demander qui l’a esmeu de parler si magbitiquement de Christ : et la difficulté est encore plus grande, à cause de ce qui s'ensuit incontinent après, Di seulement la parole, et mon garcon sera quari:
ou comme dit S. Luc, Di le mot: car sil n’eust cognu Christ estre le Fils de Dieu, ceust esté superstition de transférer la gloire de Dieu à un homme. Aussi au contraire il est mal aisé à croire qu’il ait bien entendu le poinct de la Divinité de Jésus-Christ, lequel estoit encores incognu quasi à tous. Toutesfois Christ ne prend pas ces paroles comme dites à laventure et sans intelligence, mais déclare qu’elles procèdent de la foy. Et ceste raison à induit plusieurs expositeurs à penser que lé Centenier magnitie yci Jésus- Christ, comme estant le vray et seul Dieu, Mais il me semble que le bon personnage
ayant esté adverti des singulières œuvres de Christ, et vrayement Divines, a simplement appréhendé en luy la puissance de Dieu. Il n’y a point de doute qu'il avoit aussi ouy parler aucunement du Rédempteur promis. Combien donc qu’il n’entende pas encores que Christ soit Dieu manifesté en chair, toutesfois il est persuadé que la vertu de Dieu se manifeste en luy, et qu’il ha ceste charge de monstrer la puissance de Dieu par miracles. Ainsi, il ne transfère pas super- Stitieusement à l’homme ce qui est propre à Dieu, mais en considérant l'office que Christ avoit receu de Dieu, il croit que Christ par sa seule parole peut guarir le serviteur. Si quelqu'un objecte qu'il n’y a rien qui Conviene si proprement et particulièrement à Dieu que d'accomplir par sa simple parole ce que bon luy semble, et que ceste souveraine puissance ne peut estre attribuée à l’homme mortel sans un sacrilége évident : la response est encore facile, que combien que le Centenier ne sceust pas encore distinguer si subtilement, toutesfois il a attribué ceste puissance à la parole, non pas d’un homme mortel, mais de Dieu, de laquelle il tenoit pour certain que Christ estoit Ministre : de cela il n’en doutoit point. Pource donc que Christ avoit receu la vertu de donner guarison, le Centenier recognoissant que c’estoit une vertu et puissance céleste, ne l’attache point à la présence corporelle, mais se contente seulement de la parole, de laquelle il croit que procède icelle vertu. La similitude qu’il allègue, en disant qu’il est Lomme constilué, etc., n’est pas prinse de chose pareille (comme on dit) mais il compare la chose moindre avec la plus grande, Car il met bien en autre degré la vertu Divine qui se monstre en Christ, que la domination qu’il avoit Iuy-mesme sur ses serviteurs et gendarmes,
A0 Jésus s’esmerveilla. Combien que c’est une chose qui ne peut convenir à Dieu de s’esmerveiller, pource que cela se fait quand il advient quelque chose nouvelle, et à laquelle on n’a point pensé, toutesfois ceste affection pouvoit tomber en Christ, entant qu'avec nostre chair il avoit vestu les affections humaines, Or
quand il aeclare, Que mesmes en Israël iln’a point trouvé une si grande foy : il ne faut pas prendre cela comme estant dit simplement, mais pour quelque regard particulier. Car si nous considérons bien toutes les propriétez de la foy, on trouvera pour le moins que la foy de Marie a esté plus grande, en ce qu’elle a creu qu’elle deviendroit enceinte du S. Esprit pour enfanter le Fils unique de Dieu : en après, en ce que celuy qui estoit son fils nay d’elle, elle l’a avoué et receu pour son Dieu et créateur et gouverneur de tout le monde, et seul rédempteur.
Mais Christ a préféré la foy de ce Gentil à la foy de tous les Juifs, pour deux causes principalement : asçavoir que pour avoir si peu ouy et gousté la doctrine, il monstroit incontinent un si grand fruit.
Car ce n’estoit pas peu de chose à luy de magnifier si excellemment la vertu de Dieu, qui avoit seulement commencé à monstrer quelques estincelles en Christ.
D’avantage, en lieu que les Juifs estoyent par. trop curieux à demander des signes externes, ce Gentil ne requiert aucun signe visible, mais dit franchement qu’il se contente de la simple parole. Christ vouloit venir à luy, non pas qu’il en fust besoin, mais pour faire venir en évidence ceste foy qui estoit au Centenier. Et pourtant il l’a loué principalement de ce qu'il s’arrestoit à la simple parole. Qu’eust fait un autre, mesme des Apostres? Seigneur, vien, vOy, et touche. Mais cestuy-ci ne demande ne la venue corporelle ne l’attouchement : au contraire il croit qu’il y a une telle efficace enclose en la Parole, que il s’asseure d'obtenir par icelle guarison pour son serviteur. Et il fait cest honneur à la Parole, non pas d’un homme, mais de Dieu, en tenant pour certain que Jésus-Christ n’est pas un homme du rang commun, mais un Prophète envoyé de Dieu. Et de ceci on peut recueillir une doctrine générale, Combien que Dieu ait voulu que nosire salut fust accompli en la chair de Christ, et combien qu’il le seele tous les jours par les Sacremens, que toutesfois il faut prendre la certitude d’iceluy en la Parole. Car si nous n’attribuons ceste authorité à la Parole, que si tost que Dieu à parlé par ses Ministres,
SUR L'HARMONIE ÉVANCÉLIQUE.
nous tenions pour certain que nos péchez sont pardonnez, que nous sommes remis en la vie, voylà toute la fiance de salut mise bas.
41 Plusieurs viendront d'Orient.
Comme en la personne du serviteur Christ a proposé aux Gentils quelque petit goust, comme un premier fruit de sa grâce, ainsi il dit que le maistre est comme un miroir de la vocation à venir des Gentils, et de la longue estendue de la foy par tout le monde : car il ne dit pas qu'il y viendra des gens des pays circonvoisins seulement, mais des derniers bouts du monde.
Or combien que cela eust esté bien clairement prédit par plusieurs passages des Prophètes : pour le commencement toutesfois il a semblé absurde etincrovyable aux Juifs, lesquels imaginoyent que Dieu fust obligé à la race d'Abraham. Et pourtant ils n’ont peu ouir sans grande admiration, que ceux qui estoyent lors estrangers deussent estre faits domestiques et héritiers du royaume de Dieu: et nonseulement cela, mais aussi que l'alliance de salut deust estre un peu après publiée par tout, en sorte que tout le monde seroit un corps d'Eglise. Quand il dit que les Gentils qui viendront à la foy, seront participans du mesme salut avec Abraham, Isaac, et Jacob : de cela nous recueillons certainement que le mesme salut qui est manifesté en Christ à esté jadis promis aux Pères. Car l’héritage ne seroit point commun entre nous et eux, Si la foy, qui est le moyen pour y parvenir, n’estoit une. Au mot d’estre assis, il y a une allusion à la table d’un banquet : toutesfois puis que nous sçavons que la vie céleste n’ha besoin de boire ne de manger, ceste locution vaut autant comme s'il eust dit, IS jouiront d’une mesme vie.
12 Et les fils du royaume. Comment est-ce qu'il appelle Fils du royaume, ceux qui n’estoyent rien moins qu'enfans d’Abraham ? Car certes ceux qui n’ont point la foy ne doyvent estre tenus du troupeau de Dieu. Je respon, Combien qu'ils ne fussent pas vrayement de l'Eglise de Dieu, toutesfois qu'il leur accorde ce titre, pource qu’ils occupoyent lieu en l'Eglise. En
après, il faut noter que l'alliance de Dieu estoit de telle efficace, cependant qu'elle est demeurée en la race d'Abraham, que l'héritage du royaume céleste appartenoït proprement à eux. Pour le moins ils estoyent encores au regard de Dieu, branches sainctes de la racine saincte. Et de faict, la rejection qui s’en est ensuyvie par après, monstre assez qu'ils estoyent encore tenus de la maison de Dieu. Secondement il faut noter que Christ ne parle pas de chacun particulier, mais de toute la nation en général. Or cela estoit beaucoup plus dur à porter que la vocation des Gentils. Car de dire que les Gentils par une adoption gratuite seroyent entez en mesme corps avec les enfans d'Abraham, cela estoit aucunement passable : mais que les Juifs deussent estre mis hors, afin que les Gentils prinssent la place vuide, certes il leur sembloit que c’estoit comme une chose monstrueuse.
Et toutesfois Christ prononce que lun et l’autre adviendra, asçavoir que Christ recevra les estrangers au sein d'Abraham, et rejettera les enfans. Le mot de Ténèbres de dehors, emporte tacitement une antithèse de choses opposites. Car Christ signifie que hors le royaume de Dieu, qui est le royaume de lumière, il n’y règne que ténèbres. Or lEscriture use de la métaphore et similitude de Ténèbres, pour signifier une tristesse et angoisse horrible, laquelle la bouche de l’homme ne sçauroit exprimer, ne ses sens COmprendre en ce monde.
13 Va, et ainsi que tu as creu. I appert par ceci comment Christ espand libéralement sa grâce, quand il trouve le vaisseau de la foy ouvert. Car combien que par ces mots il parle au Centenier, toutesfois il n’y a point de doute que sous la personne d’iceluy, il nous convie tous à bien espérer. Au reste, ce passage aussi nous monstre pourquoy cest que Dieu est quelquefois reserré envers nous : asçavoir pource que nostre incrédulité lempesche d’estre libéral. Si doncques nous luy faisons entrée par foy, il exaucera nos requestes et prières.
MATTH, MARC
LUC VII
AA IT adveint le jour suyvant que Jésus alloit en une ville nommée Naïn : et plusieurs de ses disciples alloyent avec luy, et grosse multitude.
12 Et comme il approchoit de la porte de la ville, voyci, on portoit hors un mort, fils unique de sa mère, laquelle estoit vefve, et grande compagnie de la ville estoit avec elle.
13 Et quand le Seigneur l'eut veuë, il fut meu de compassion envers elle, et luy dit, Ne pleure point.
14 Et s’approcha, et toucha la bière. Lors ceux qui portoyent le corps, s’arrestèrent : et il dit, Jeune homme, je te di, lève-toy.
15 Et celuy qui estoit mort se rasseit, et commenca à parler : et il le rendit à sà mère.
16 Æt crainte les saisit tous, et glorifioyent Dieu, disans, Certes un grand Prophète s’est levé entre nous, et certes Dieu a visité son peuple.
A7 Et ce bruit courut de luy par toute Judée, et par toute la région à l’entour. |
11 Zi adveint, etc. Puis qu’en tous les miracles de Christ il faut tenir la règle laquelle sainet Matthieu monstre, sçachons que ce jeune homme lequel Christ a ressuscité de mort, est comme un miroir de la vie spirituelle en laquelle il nous a remis. Le nom de la ville sert pour la certitude de lhistoire. À cela mesme se rapporte ce que dit S. Luc, qu’il y avoit grosse multitude d’un costé et d'autre, Car Christ avoit beaucoup de gens en sa Compagnie : aussi plusieurs de la ville par civilité et honneur accompagnovent ceste femme à l’enterrement de son fils. Il y a doncques eu tant de tesmoins qui ont veu de leurs yeux ressusciter Ce jeune homme, qu’on n’a peu douter de la vérité de ce miracle. Outre cela la circonstance aussi du lieu fort fréquenté, y à servi. Car nous sçavons que les assemblées publiques se faisoyent és portes dé Ja ville. Et quant à ce qu’on portoit hors de la ville le corps mort, cela Se faisoit suyvant la coustume antienne dé tous pays: Au reste, sainét Hiérôme dit que la ville de Naïn estoit encore de son temps, deux milles au-dessous de la montagne de Thabor, en tirant vers le midi,
A2 Fils unique de, etc. Ç’a esté la raï- Son qui a induit Christ à ressusciter cest enfant, pource que voyatit la povre vefve avoir perdu son fils unique, il à eu Compassion d’elle. Car il Wa pas attendu à luy distribuer sa grâce, jusques à ce que quelqu'un Pen requist, Comme il à fait d’autres fois : mais il a prévenu les prières de tous, et a rendu le fils à là mère qui n’attendoit rien moins. En quoy nous avons un beau miroir de sa miséricorde gratuite. En touchant /@ bière, il a paraventure voulu monstrer que il wauroït point horreur de la mort et du sépulchre, afin de nous acquérir vie. Et de faict, il ne daigne pas seulement nous toucher de la main, pour nous vivifier lors que nous sommes en la mort : mais afin de nous eslever jusqu’au ciel, il est luymesme descendu jusqu’au sépulchre.
14 Jeune homme, jete di, etc. Par ce mot Christ a monstré combien est véritable ce que dit sainct Paul aux Romains, chap. IV, v.17, que Dieu appelle les choses qui ne sont point, commesi elles estoyent.
I parle à un mort, et se fait donner audience, en sorte que la mort est incontinent changée en vie. Et en cela nous avons premièrement un beau miroir de la
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
résurrection à-venir, comme il est commandé à Ezéchiel de dire aux os secs, qu'ils reçoyvent la parole de Dieu, Ezéc.
XXX VII, 4. En après aussi nous sommes enseignez comment c’est que Christ nous vivifie spirituellement par la foy : asçavoir quand il donne une vertu secrète à sa parole, en sorte qu’elle traverse jusques au dedans, comme luy-mesme le
dit (Jehan, V, 25.) L'heure est venue que |
les morts orront la voix du Fils de Dieu, et Ceux qui l’auront ouye, vivront.
16 ET crainte les saisit tous. Il faut névessairement que le sentiment de la présence de Dieu apporte crainte avec SOy. Mais il y a différence entre les espèces de crainte : pource que les incrédules s’espovantent jusques à demeurer esperdus, ou estans saisis de frayeur ils frémissent contre Dieu : mais les fidèles et gens craignans Dieu, estans touchez d’une appréhension de la majesté de Dieu, s’humilient volontairement. Le mot de crainte, se prend done yci en bonne part :
pource qu’attribuans à la vertu manifeste de Dieu son honneur, non-seulement ils ont porté révérence à Dieu, mais aussi
MATTH, VII
A9 Lors un Scribe s’estant approché luy dit, Maistre, je le suyvray par tout où lu iras.
20 Et Jésus luy dit, Les renards ont des fosses, et les oiseaux de l'air des nids : mais le fils de l'homme n'ha point où il puisse reposer sa leste.
21 Puis un autre de ses disciples luy dit, Seigneur, souffre que j'aille premièrement ensevelir mon père.
22 Et Jésus luy di, Suy-moy, et laisse les morts ensevelir leurs morts. |
MARC
luy ont rendu grâces. Quant à ce qu’ils disent que Dieu a visité son peuple : je ne pren pas cela de toute visitation, mais d’une visitation qui estoit pour les remettre en leur entier. Non-seulement les choses estoyent décheuës en Judée, mais ils estoyent opprimez d’une misérable et pitoyable servitude, comme si Dieu ne les eust point regardez. Il restoit une seule espérance, asçavoir que Dieu avoit promis d’estre leur Rédempteur, après qu’ils auroyent esté affligez de misères extrêmes. Je ne doute point doncques qu’estans admonestez par ce miracle, ils ont attendu et espéré un prochain restablissement de leur estat. Seulement ils s’abusent en la manière de visitation.
Car combien qu’ils recognoissent et magnifient la grâce de Dieu non accoustumée, en ce que un grand Prophète s’estoit levé, toutesfois ce titre de louange n’approche que de bien loin de la gloire et excellence du -Rédempteur promis.
Dont il appert que ce peuple avoit lors une foy fort confuse et enveloppée de beaucoup de fausses imaginations.
LUC IX
57 Et adveint comme ils alloyent par le chemin, quelqu'un luy dit, Seigneur, je te suyvray quelque part que tu ailles.
58 Æt Jésus luy dit, Les renards ont des Josses, et les oiseaux de l'air des nids :
mais le Fils de l’homme n'ha point où reposer son chef.
59 Mais il dit à un autre, Suy-moy.
Lequel dit, Seigneur, permets-moy de aller premièrement ensevelir mon père.
60 Jésus luy dit, Laisse les morts ensevelir leurs morts : mais toy va et annonce le royaume de Dieu.
61 Lors aussi un autre dit, Je te suyvray, Seigneur, mais permets-moy de prendre premièrement congé de ceux qui sont en ma maison.
62 Jésus luy dit, Nul qui met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est bien disposé pour le royaume de Dieu.
19 Lors un Scribe s'estant approché, | pose yci deux hommes, et S. Luc trois, luy dit, etc. Sainct Matthieu nous pro- | lesquels tous estans prests de se ranger
à l’eschole de Christ, selon la diversité des vices qui les empeschoyent de courir droit , ils reçoyvent diverses responses.
Toutesfois de prime face on pourroit trouver estrange de ce que Christ renvoye et ne reçoit en sa compagnie celuy qui se présentoit à le suyvre sur lheure et sans délay aucun : et néantmoiïns en retient un autre, lequel en demandant congé pour un temps, se monstroit plus tardif et moins prompt. Mais il y a bonne raison en tous les deux. D’où venoit une si grande promptitude au Scribe, de se disposer incontinent à suyvre Christ, sinon d'autant qu’il ne regardoit pas combien dure et misérable est la condition - de ceux qui le suyvent? Il faut entendre que c’estoit un Scribe, lequel ayant accoustumé de vivre en repos et à son aise, et d’estre en honneur, n’eust peu porter opprobres, povreté, persécutions et la croix. Il veut bien suyvre Christ, mais cependant il songe un chemin aisé et plaisant, et des logis remplis de tous biens, en lieu que les disciples de Christ ont à cheminer entre les espines, et à parvenir jusques à la croix par continuelles misères et angoisses. Par ainsi tant plus il s’avance, d'autant moins est-il prest. Car c’est comme s’il vouloit estre en guerre à l’ombre et à son aise, sans suer et humer du poussier, et hors du danger des coups. Ce n’est pas de merveilles si Christ rejette telles gens : car comme ils s’ingèrent par légèreté, ainsi à la première fascherie qui survient, ils se refroidissent, et au premier combat ils perdent courage, se reculent et abandonnent leur place honteusement. D’avantage, il se peut faire que ce Scribe cherchoit d'avoir lieu en la compagnie de Christ, afin de vivre à sa table sans rien despendre, et destre bien traitté Sans travailler. Et pourtant sçachons qu'en la personne de ce Scribe nous sommes tous admonestez de ne nous vanter légèrement et à nostre aise d’estre disciples de Christ, sans penser à la croix et aux adversitez : mais plustost méditons de bonne heure quelle doit estre nostre condition. Car nous appelant en son eschole, voylà la: première leçon qu’il baille, Que renonceans
à nous-mesmes nous portions nostre CrOIX.
20 Les renards ont des fosses, et les oiseaux de l'air des nids, etc. Le Fils de Dieu déclare yei quelle a esté la condition de sa vie, cependant qu’il a Conversé en ce monde : mais quant et quant il monstre à tous ses disciples à quoy ils se doyvent préparer. Toutesfois c’est merveilles comment Christ dit qu’il »’ha pas un pied de terre pour reposer sa teste, veu qu’il avoit beaucoup de personnages craignans Dieu et humains, qui le recevoyent volontiers en leurs maisons. Mais il faut noter que ceci est dit pour advertissement, afin que le Scribe ne s’attende d’avoir bons et grans gages, comme S'il estoit à quelque riche maistre, veu que le Seigneur demeuroit lyy-mesme en maisons empruntées.
21 Ensevelir mon père. Nous avons dit que le Scribe est rejetté de la compagnie de Christ, pource qu’en se faisant à croire qu’il vivroit à son aise, il s’ingéroit par une légèreté. Mais cestuy-ci que Christ retient, avoit un vice tout Contraire. Car il avoit une infirmité qui l’empeschoit d’obéir promptement à Christ : asçavoir pource qu’il luy faschoit de laisser son père. Et il est vray-semblable que le père estoit fort vieil, veu qu’il dit, Permets premièrement que j'aille ensevelir, etc. Car ceste façon de parler donne à entendre qu'il n’avoit plus guères à vivre. Sainct Luc dit que Christ luy commanda de suyvre : et en lieu de cela saint Matthieu dit qu'il Fut fait un des disciples. Or il ne refuse pas la vocation :
mais il demande congé pour un temps, jusques à ce qu’il se soit acquitté envers son père du devoir que nature commande.
Car son excuse vaut autant comme s’il disoit qu’il ne le peut faire commodéement, jusques à ce que son père soit mort. Au reste, nous apprenons de ceste response de Christ, que les enfans doyvent tellement faire leur devoir envers père et mère, que quand Dieu les appellera autre part, ils doyvent plustost laisser ceste considération pour donner Île premier lieu au commandement de Dieu :
il faut, di-je, que tout ce à quoy nous sommes obligez envers les hommes cesse,
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
quand Dieu commande que nous-nous employons à le servir en quelque endroit. Sur Cela il faut qu’un chacun advise ce que Dieu requiert de luy, et qu'emporte la vocation à laquelle il est lié : afin que les pères terriens n’empeschent que le sûuverain et seul Père de tous n’ait son droict entier.
22 Laisse les morts ensevelir leurs morts. Par ces mots Christ ne condamne pas la sépulture : car ce seroit une chose vileine et cruelle de jetter les corps morts sans les ensevelir : et nous sçavons que la façon d’ensevelir est procédée d’un bon advis et cognoissance que Dieu avoit baillée aux hommes, et que l’usage en a esté entretenu par les saincts personnages, pour confermer l’espérance de la dernière résurrection. Seulement il a voulu enseigner que tout ce qui nous destourne du droit chemin, ou qui nous retarde, ne sent autre chose que la mort.
Comme s’il disoit que ceux-là seuls vivent vrayement, lesquels applicquent toute leur industrie et leur vie à l’obéissance de Dieu : et que ceux qui s’arrestent au monde, et qui pour faire plaisir aux hommes, oublient Dieu, sont semblables à des morts, lesquels perdent leur temps en s'amusant après les morts.
60 Luc. a, et annonce. Sainct Matthieu ditseulement, Suy-moy: mais sainct Luc exprime plus clairement à quelle fin il a esté appelé : asçavoir pour estre ministre et prescheur de l'Evangile. Car s’il fust demeuré sans avoir charge publique, il n'y avoit rien qui le contraignist de laisser son père : pourveu que il n’aban-
MATTH. IX
A Adonc estant entré en la nasselle, passa outre et veint en sa ville.
2 Et voyci, on luy présenta un paralytique gisant en un lict. Jésus voyant leur foy, dit au pa- | nonçoit la parole.
ralytique, Fils, aye| 3 bon courage, tes pé-
maison.
MARC II
A Quelques jours après il entra derechef en Capernaüm, et le bruit fut qu’il estoit en la
2 Et soudain plusieurs s'y assemblèrent : tellement que mesme l'endroit d'aupres de la porte ne les pouvoil tenir : et il leur an-
Alors aucuns veindrent à luy, amenans un paralytique, chez te sont remis. | qui estoit porté à quatre.
donnast l'Evangile pour faire son devoir envers le père. Mais pource que la prédication de l'Evangile ne peut porter quil demeure oisif à la maison, à bon droict Christ le tire d'avec son père. Au reste, comme la bonté merveilleuse de Christ apparoist en ce qu'il a appelé à un estat si honorable cest homme encore infirme, aussi faut-il bien noter qu'il corrige le vice qui estoit encore en luy, sans le nourrir par dissimulation.
61 Lors aussi un autre dit. S. Matthieu ne fait point mention de ce troisième. Il appert que c’estoit un homme par trop attaché au monde, en sorte qu’il n’estoit point alaigre et bien disposé pour suyvre Christ. Il est vray qu’il se présente pour estre de sa Compagnie, mais c’est en adjoustant une exception, Après qu’il aura prins congé de ceux de sa maison :
c’est-à-dire, mais qu'il ait donné ordre aux affaires de sa maison, comme c’est la coustume de ceux qui se préparent à quelque voyage. C’est la cause pour laquelle Christ le reprend si rudement. Car ayant en un mot promis de suyvre Christ, il luy tourne le dos, jusques à ce qu’il eust dépesché ses affaires terriens. Or puis que Christ dit Que ceux qui regardent en arrière , ne sont point propres au royaume de Dieu, il nous faut bien aviser que c’est que cela emporte. Ceux-là donc regardent derrière eux, lesquels estans empestrez aux solicitudes de ce monde , se laissent tirer hors du droit chemin : et principalement ceux qui se plongent en des affaires qui les rendent inutiles à suyvre Christ.
LUC V
17 E% adveint un jour qu'il enseignoit, que des Pharisiens et docteurs de la Loy estoyent là assis, qui estoyent venus de tous les villages de Galilée et de Judée et de Jérusalem : et la puissance du Seigneur y estoil pour les quarir.
18 Lors voyci des hommes qui portoyent en un
3 Et voyci, aucuns des Scribes disoyent en eux-mesmes, Cestuy-ci blasphème.
4 Lors Jésus v0yant leurs pensées, dit, Pourquoy pensez-vous mal en vos cœurs?
5 Car lequel est plus aisé de dire, Tes péchez te sont pardonnez : ou de dire, Lève-loy, et chemine ?
6 Or afin que vous sçachiez que le Fils de l'homme ha authorité en terre de remettre les péchez, (lors dit au paralytique) Lève- Loy, pren ton lict, et l’en va en la Maison.
9 Et il se leva, et s'en alla en sa maison.
8 Ce que voyant la multitude, s’esmerveilla, et glorifia Dieu qui avoit donné telle authorilé aux hommes,
4 Mais pource qu'ils ne pouvoyent approcher de luy, à cause de la foulle, ils descouvrirent le toict du lieu où estoit Jésus, et l'ayant percé, avallèrent le lict auquel le paralytique estoit couché.
5 Alors Jésus ayant veu leur foy, dit au paralytique, Mon fils tes péchez te sont remis.
6 Or aucuns des Scribes estoyent là assis, el disputoyent en leurs cœurs,
7 Pourquoy cesluy-ci prononce-il ainsi blasphèmes ?
Qui est-ce qui peut remettre les péchez, sinon Dieu seul.
8 Et incontinent Jésus ayant cognu de son Espril qu'ils disputoyent ainsi en eux-mesmes, leur dit, Pourquoy disputez-vous de telles choses en vos cœurs?
9 Lequel est plus" aisé de dire au paralytique, Tes péchez te sont remis, ou de dire, Lève-toy, et charge ton lict, et chemine ?
10 Or afin que vous sçachiez que le Fils de l’homme ha puissance de: pardonner les péchez en terre (il dit au paralytique)
11 Je te di, lève-toy, et charge ton lict, et l'en va en ta maison.
12 Et iceluy soudain se leva : et ayant chargé son lict, ül sortit en la présence de tous : tellement qu'ils furent tous estonnez, et glorificyent Dieu, disans, Nous ne veismes jamais telle chose.
1) Job, XIV, 4. Is., XLUII, 18. Ps., LI, 1.
lit un homme qui estoit perclus, et cherchoyent de le porter au dedans, et de le mettre devant luy.
19 ÆT ne trouvans point par quel costé ils le pourroyent mettre dedans, à cause de la multitude, ils monlérent sur la maison, et le dévallèrent par les tuiles avec le petit lict au milieu devant Jésus.
20 Desquels voyant la foy, il luy dit, Homme, tes péchez le sont pardonnez.
21 Adonc les Scribes et Pharisiens commencèrent à penser, disans, Qui est cesluy-ci qui prononce blasphemes ? qui est-ce qui peut remettre les péchez sinon Dieu seul?
22 Et Jésus cognoissant leurs pensées, respondit, et leur dit, Que pensez-vous en vos cœurs ?
23 Lequel est plus aisé de dire, Tes péchez te sont remis, ou de dire, Lève-toy, et chemine?
24 Or afin que vous scachiez que le Fils de l’homme ha authorité en terre de remettre les péchez, (il dit au paralytique) Je te di, Lèvetoy, charge ton petit lict, et l’en va en La maison
25 Et incontinent ilse leva devant eux, et chargea son lict, sur lequel il gisoit, et s’en alla en sa maison glorifiant Dieu.
26 Et un estonnement les saisit tous, et glorifioient Dieu, et furent remplis de crainte, disans, Certes nous
avons aujourd huy veu cho-
ses incroyables
A Mat. Et veint en sa ville. Ce pas- | la naissance de Christ, pource qu’il y hansage-ci monstre que la ville de Capernaüm | toit fort. Car il n’y a point de doute que estoit communéement tenue pour le lieu de | ee que racontent yci les trois Evangelistes
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
est une mesme histoire, combien qu’ils récitent les circonstances plus exactement l'un que l’autre. Sainct Luc dit qu’il veint des Scribes de tous costez de Judée, en la présence desquels Christ guarit Ce paralytique : toutesfois il donne à entendre qu'il y en eut aussi d’autres qui receurent guarison par la grâce de Christ. Car devant que venir au paralytique, il parle au nombre pluriel, et dit que la puissance de Dieu fut là manifestée en guarissant leurs maladies. Au reste, la gloire de ce miracle fut merveilleuse, qu'un homme, lequel estant couché en un lict, perclus de tous ses membres, on avoit dévallé avec des chordes, se lève incontinent dispos et bien alaigre. Toutesfois il y à encores une autre raison spéciale, pour laquelle les Evangelistes insistent plus sur ce miracle que sur les autres: asçavoir pource que les Scribes ont esté fort despitez de ce que Christ usurpoit l’authorité et la puissance de pardonner les péchez: et pource que Christ au contraire a voulu par un signe visible confermer et seeller qu’elle . luy appartenoit.
2 Jésus voyant leur foy. HN est vray qu’il n’y à que Dieu seul qui cognoisse la foy: mais ces gens-ci monstroyent un tesmoignage de leur foy, entreprenans une chose de si grand’peine. Car jamais ils n’eussent tant travaillé, et tenu bon contre tant d’empeschemens, s'ils n’eussent prins courage par une certaine asseurance de bonne issue. Ainsi leur foy est apparue en ce qu’ils ne se sont point lassez, voyant l’entrée fermée de tous costez.
Car quant à ce qu'aucuns estiment que ce passage vueille dire que Christ selon sa
Divinité a cognu leur foy secrète et ca-
chée au dedans, il me semble que c’est uneexposition contrainte. Au reste, pource que Christ a ottroyé à leur foy le bien qu’il vouloit faire au paralytique, on a accoustumé de faire yci une question. Comment et combien la foy d’autruy proufite aux hommes. Or premièrement il est certain que la foy d'Abraham a proufité à ceux qui sont descendus de luy, quand il a embrassé l'alliance gratuite de salut qui estoit présentée à luy et à sa semence.
Autant en faut-il dire de chacun des fidèles, asçavoir que par leur foy la grâce de
Dieu s’estend sur leurs enfans, et enfans de leurs enfans, mesmes devant qu’ils naissent. Et cela ha lieu és petis LE qui ne sont pas encores en aage capable de Ja foy: mais ceux qui sont en aage de discrétion, lesquels n’ont point de foy, soit estrangers ou de nostre parenté, la foy d’autruy ne leur proufite point quant au salut éternel de l’âme, sinon qu’un autre moyen plus prochain entreviene. Car veu que les prières par lesquelles nous demandons à Dieu qu’il convertisse et amène à repentance les incrédules, ne sont pas inutiles, il appert de là que nostre foy leur proufite: en telle sorte toutesfois qu'ils ne parvienent point à salut. Jusques à ce qu’à nos prières Dieu les ait fait participans d’une mesme foy avec nous.
Mais où il y a un consentement mutuel en la foy, c’est une chose toute notoire que d’une part et d'autre les uns avancent le salut des autres. C’est aussi un poinct hors de doute, que souventesfois en faveur des fidèles Dieu donne des bénédictions terriennes aux incrédules. Quant au présent passagé, combien qu'il est dit que Christ a eu esgard à la foy des autres, si est-ce que le paralytique ne pouvoit obtenir rémission de ses péchez, sinon qu’il eust en soy la foy. Il est vrai que souvent Christ a rendu santé corporelle à gens indignes, comme Dieu fait tous les jours lever son soleil sur les bons et sur les mauvais: mais il ne se réconcilie point à nous autrement que par la foy. Et pourtant en ce mot leur foy, il ÿ à une figure nommée Synecdoche, quand on prend une partie pour le tout. Car Christ n’a pas tellement regardé ceux qui portoyent le paralytique, qu’il n'ait aussi eu esgard à la foy d’iceluy. Tes péchez te sont pardonnez. Il semble que Christ promet yci au paralytique autre chose qu’il n’avoit demandé. Mais luy voulant donner santé corporelle, pour commencer il oste la cause de la maladie, et quant et quant admoneste le paralytique dont luy estoit procédée ceste maladie, et comment il doit dresser ses prières. Car pource que les hommes communéement ne considèrent pas que les afflictions qu'ils soustienent sont fléaux de Dieu, ils désirent seulement d’avoir
quelque allégement en leurs corps: et ce-
pendant ne pensent point à leurs péchez :
comme si un malade ne se souciant point de la maladie, cherchoit seulement remède à la douleur présente, qui n’est qu’un accident particulier de son mal. Or le seul moyen de nous délivrer de tous maux, c’est d'avoir Dieu propice et favorable. Il est vray que quelque fois il advient que les meschans eschappent de leurs maux, ayans tousjours néantmoins Dieu adversaire: mais quand ils pensent avoir fait, incontinent les mesmes maux revienent, ou d’autres en plus grand nombre, ou plus griefs et fascheux, qui démonstrent qu'il n’y aura jamais fin ni allégement, jusques à ce que l’ire de Dieu soit appaisée: comme il dit luy-mesme par le Prophète Amos, V, 19. Si tu eschappes du lion, l'ours te rencontrera: si tu C’enfermes en la maison, le scorpion saillira contre toy. Ainsi doncques C’est une manière de parler fréquente et toute Commune és Escritures, de promettre pardon des péchez, quand on demande allégement des maux et des punitions qu’on souffre.
Il faut aussi en nos prières tenir cest ordre, qu’estans admonestez de nos péchez par les afflictions que nous sentons, nous pensions premièrement à obtenir pardon, afin que Dieu estant réconcilié à nous, retire sa main et cesse de frapper.
3 Et voyci aucuns des Scribes. Ts accusent Christ de blasphème et de sacrilége, pource qu'il usurpoit ce qui est propre à Dieu. Car les autres deux Evangélistes adjoustent, Qui est-ce qui peut pardonner les péchez sinon Dieu seul ?
Or il n’y a point de doute qu'un appétit de détracter les a poussez à faire Ce jugement malin. S'ils pensent qu’il y ait quelque chose digne de reprendre aux paroles de Christ, que ne parlent-ils à luy pour en avoir résolution”? En après, veu que le propos de Christ se peut prendre en deux sortes, et qu'il n’a dit autre chose que ce que les Prophètes ont accoustumé de dire, quand ils annoncent aux hommes la grâce de Dieu: pourquoy est-ce que ces gens prenent en mal ce qui pouvoit estre exposé en un sens moins estrange ? Il appert doncques qu’ils estoyent desjà envenimez de malveuillance et envie, puis qu’ils prenent si aiséement et à tort occasion de
blasmer Christ: ils pensent en leurs cœurs sans mot dire, pour détracter de luy en son absence entre leurs semblables. Ils disent bien vray qu’il n’y à que Dieu seul qui ait puissance de pardonner les péchez: mais ils s’abusent puis après, en disant que cela n'appartient point à Christ, veu qu’il est Dieu manifesté en chair. Leur devoir estoit de demander à quel titre Christ s’attribuoit une telle authorité: mais sans faire aucune inquisition, ils imaginent qu’il est comme quelque autre du rang commun des hommes, et s’avancent témérairement à le condamner.
4 Jésus cognoissant leurs pensées.
En ceci il monstre un tesmoïignage évident de sa Divinité, en descouvyrant leurs pensées secrètes. Car personne ne cognoist ce qui est en l’homme sinon l’esprit de l’homme, 4 Cor. Il, 44. Et pourtant sainct Marc adjouste qu’il a cognu de son Esprit : comme s’il disoit qu’il estoit impossible à Phomme de cognoistre ce qui estoit caché au cœur de ces gensci: mais que Christ par son Esprit de di- :
vinité est entré jusques là dedans. Or il dit qu'ils pensent mal: non pas qw’il leur feist mal de veoir transférer à un homme mortel ce que Dieu se réserve propre à sa majesté, mais pource qu’ils rejettoyent fièrement et malicieusement Dieu qui se présentoit devant leurs yeux.
5 Lequel est plus aisé. Le sens est, Veu qu'il n’est pas plus facile de remettre en vigueur un Corps qui est comme mort, que de pardonner les péchez, qu’on ne doit point trouver estrange s’il pardonne les péchez quand il aura fait l’autre. Toutesfois il semble que Christ fait yci un argument qui n’est guères bien fondé. Car d'autant que l’âme est beaucoup plus excellente que le corps, d’autant la rémission des péchez est un œuvre plus grande que la guarison du corps. Mais la solution est facile, asçavoir que Christ accommode son propos à la capacité de ceux, lesquels comme gens charnels, estoyent plus esmeus de signes externes, que de toute la vertu spirituelle de Christ, laquelle concernoit le salut éternel. C’est comme il en fait en sainct Jehan, V, 25, où pour prouver l’efficace et la vertu de
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
lEvangile à vivifier les hommes, il allègue qu'au dernier jour par sa voix il fera lever les morts de leurs sépulchres. Ainsi doncques cest argument estoit assez suffisant pour repousser ces gens, lesquels estimoient les signes visibles par-dessus toutes choses: en sorte qu’ils ne pouvoyent plus dire qu’il eust mal fait de pardonner les péchez au paralytique, voyans qu’il le remettoit en force et vigueur de son corps: pource que cela estoit comme un effect ou fruit de la rémission des péchez.
6 Ha authorité en terre. Ceste puissance est bien autre que celle qui a esté donnée aux Apostres, et laquelle exercent aujourd’huy les Pasteurs de l'Eglise. Car en publiant la commission dont ils sont chargez, ils ne pardonnent pas les péchez, à proprement parler, mais plustost ils tesmoignent que les péchez sont pardonnez.
Mais Christ par ces paroles ne se dit pas seulement ministre et tesmoin de ceste grâce, mais aussi autheur. Mais que veut dire ceste restriction et exception Æ£n terre ? Car que nous proufitera-il d’avoir yci obtenu pardon, si cela n’est ratifié au ciel? Certes Christ a voulu dire, afin qu’il ne faille aller chercher bien loin la rémission des péchez, qu’en sa personne elle a esté présentée aux hommes, et comme mise en la main. Car selon que nous avons une inclination naturelle à desfiance, nous Wosons jamais nous asseurer que Dieu nous vueille estre propice, sinon que S'approchant bien près il se déclare familièrement à nous. Or pource que Christ est descendu en terre afin d’offrir en présence la grâce de Dieu aux hommes, il est dit qu’il pardonne les péchez visiblement :
MATTH. IX
9 Puis Jésus passant outre, veit un homme assis au lieu du Péage, nommé Matthieu, et luy dit, Suy-moy. Et il se leva, et le suyvit.
10 Et adveint comme Jésus estoit assis à table en la maison d'iceluy, voyci plusieurs Péagers,
MARC Il.
13 Adonc il s'en alla derechef vers la mer : et tout le peuple venoit à luy, et les enseignoit.
A4 El en passant outre, il veit Lévi fils d'Alphée, assis au lieu du Péage, et luy dit, Suy-moy. Lequel se leva, et le suyvit.
15 Æt adveint que Jésus
pource qu’en luy et par luy la volonté de Dieu à esté manifestée, laquelle aupararavant estoit cachée par-dessus les nues selon le sens de la chair.
8 Ce que voyant la multitude. En lieu du mot S’esmerveiller, duquel use sainct Matthieu, les deux autres mettent estre estonnez, ou ravis. Sainct Luc ad-
jouste aussi crainte. Toutesfois le but de
tous trois est de monstrer que la vertu de Dieu n’a pas esté là simplement cognue, mais que tous ont esté soudain saisis d’une grande admiration, en sorte que ils estoyent contraints de donner gloire à Dieu. Or la crainte qui est venue après l'admiration, servoit à ce qu’ils ne contredissent à Christ, mais se rangeassent à luy avec révérence, comme à un Prophète de Dieu. Sainct Matthieu exprime notamment qu'ils ont glorifié Dieu qui avoit donné telle authorité aux hommes. En quoy il semble qu’ils s’abusent aucunement. Car combien que de leurs yeux ils voyent un homme, ils devoyent toutesfois en leur entendement recognoistre en luy quelque chose plus haute et excellente que l’homme. Ils font bien, en disant que la nature de l’homme a esté si grandement honorée en Christ, pour le bien commun du genre humain : mais pource qu’ils ne comprennent point encores qu’il est Dieu manifesté en chair, leur confession est enveloppée de quelque erreur et ignorance. En somme, il estoit vray que Dieu avoit donné telle puissance aux hommes :
mais Ces gens-ci ne Cognoissans point
que la majesté de Dieu estoit conjointe
avec la chair, ils n’entendoyent pas encores ceste façon et manière de donner.
LUG V.
21 Après ces choses, il se partit, el veit un Péager nommé Lévi, assis au lieu du péage, et luy dit, Suy-moy.
28 Lequel se levant abandonna tout, et le suyvi.
29 Et Lévi luy feit un grand banquet en
et mal-vivans ! qui estoyent là venus, s’assirent. à table avec Jésus et ses disciples.
11 Ce que voyans les Pharisiens, dirent à ses disciples, Pourquoy mange vostre maistre avec les Péagers, et gens mal-vivans ?
12 Adonc Jésus les ayant ouys, leur dit, Ceux qui sont sains, n'ont point besoin de médecin, mais ceux qui sont malades.
13 Mais allez, et apprenez que c’est, Je veux miséricorde, et non point sacrifice? : car je ne suis point venu appeler les justes, mais les pécheurs à repentance *.
COMMENTAIRES estant assis à table en la maison d'iceluy, plusieurs Péagers et gens de mauvaise vie s'assirent avec Jésus, él ses disciples : car il y en avoit beaucoup qui pareillement l'avoyent suyvi.
16 Æt les Scribes ei Pharisiens voyans qu'il mangeoit avec les Péagers et gens de mauvaise vie, disoyent à ses disciples, Pourquoy mange-il et boit avec les Péagers et mal-vivans.
sa Maison, où estoit une grosse assemblée de Péagers, el d'autres gens qui estoyent avec eux assis à table.
30 Et ceux d'entr'eux qui estoyent Scribes et Pharisiens murmuroyent contre ses disciples, disans, Pourquoy mangez-vous et beuvez avec les Péagers et gens de mauvaise vie?
31 Adonc Jésus res-
17 Et Jésus ayant ouy|pondant leur dit, Ceux
cela, leur dit, Ceux qui ont santé, n'ont besoin de médecin, mais ceux qui ont mal. Car je ne suis point venu pour appeler les jus-
qui sont sains, n’ont besoin de médecin, mais ceux qui ont mal.
32 Je ne Suis point venu pour appeler les
tes, mais les pécheurs a|justes, mais les pécheurs
repentance.
à repentance.
1) Ou, gens de mauvaise vie.
9 Un homme assis au lieu du péage.
Nous avons yci un bel exemple de la grâce de Dieu, en ce que Matthieu est non-seu-
ment receu en la compagnie de Christ, mais aussi appelé à l'office d’Apostre :
voire du lieu du Péage: lequel lieu a accoustumé d’estre plein de rapines et extorsions, et estoit lors fort diffamé. Certes Christ a voulu appeler à cest estat nonseulement des povres simples gens et grossiers, afin d’abbatre la sagesse du monde, mais aussi ce Péager qui avoit suyvi un estat qui n’estoit pas de fort bon bruit, mais meslé de beaucoup de corruptions et abus: et ce afin qu’il servist d’un miroir de sa bonté gratuite: et pour nous monstrer en la personne d’iceluy que nostre vocation de tous ne dépend pas des mérites de nostre propre justice, mais de sa pure libéralité. Ainsi doncques Matthieu n’a pas seulement esté tesmoin et prescheur de la grâce présentée en Christ, mais aussi tesmoignage el exemple. Au reste, il monstre bien qu’il n’est point ingrat, quand il n’ha pas honte d'enregistrer pour une mémoire perpétuelle quel il a esté, et de quel lieu il fut prins, afin de mieux magnifier en sa per-
2) Osée, VI, 6. Matth., XI, 7.
3) 1 Pierre, 1I, 15.
sonne la grâce de Christ. Sainct Pau, À Tim. 1, 45, en fait autant. C’est parole certaine, dit-il, que Jésus-Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs, desquels je suis le premier. Quant à ce que S. Marc et sainct Luc le nomment Lévi, il est aisé à veoir que c’estoit son droit nom par lequel les gens du pays l'appeloyent :
mais pource qu’il estoit Péager, cela fut cause qu'il print aussi un autre nom éstranger. Suy-moy. Il n’y à point de doute que Christ luy à déclaré par plusieurs paroles, à quoy il l’appeloit, et avec quelle condition : ce que on peut recueillir plus certainement de sainet Lue, lequel dit que se levant il abandonna tout pour suyvre Christ. Car il ne luy estoit point nécessaire de laisser tout, s’il W’eust esté disciple domestique de Christ; et appelé en l’espérance de loffice d’Apostre. Au reste, en une si grande promptitude dobéir nous cognoissons l’efficace Divine de la voix de Christ : non pas qu’elle touche également au dedans dés cœurs ceux és aureilles desquels ellé résonne :
mais Christ à voulu monstrer en ce personnage un singulier exemple, afin que nous sceussions qu’il n’a pas esté
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appelé par un moyen procédant de l’homme.
29 Luc. Luy feit un grand banquet.
Il semble que ceci soit contraire à ce que sainet Luc a dit, Qu'il abandonna tout.
Mais la solution est facile, asçavoir que Matthieu s’addonna du tout à Christ, mettant arrière tous empeschemens, en sorte . toutesfois qu’il ne quitta pas du tout le
soin de sa maison et du mesnage. Quand sainct Paul, 2 Tim. II, 4, exhorte les Ministres de la Parole à l'exemple des gendarmes, qu’estans libres et desveloppez de tous empeschemens, ils s’'employent à servir l'Eglise, il dit, Nul qui bataille ne s’empesche aux affaires de la vie, afin qu'il plaise à son capitaine. Certes il n’entend pas que tous ceux qui se font enroller pour aller en guerre, facent divorce avec leurs femmes, rejettent leurs enfans, ét renoncent Qu tout leurs maisons : mais Lil veut dire que pour un temps ils abandonnent leurs maisons, et renoncent à toutes solicitudes, afin de s’employer et addonner du tout à la guerre. Semblable- . ment il n’y a rien eu qui ait retenu S. Mat- -thieu qu'il ne suyvist où Christ l’appeloit: et toutesfois il a usé librement et de sa maison, et de ses biens, entant que le devoir de sa vocation luy en donnoit le loisir. Il est vray qu'il luy à bien falu quitter les- {at de Péager, pource qu'ayant cest empeschement il n’eust pas peu suyvre la compagnie de Christ. Le grand banquet ne se prend pas tant au nombre de ceux qui estoyent assis à table, qu'à l’abondance des viandes et diligent apprest. Car nous sçavons que Christ n’a pas esté si austère qu'il n’ait bien souferi quelque fois que les riches le traittassent avec quelque extraordinaire: pourveu toutesfois qu’il n’y eust point de superfluité ni excès. Cependant il n’y a point de doute, que comme il estoit un vray exemple de sobriété et de tempérance, aussi il a exhorté à une façon de vivre frugale et modérée, ceux qui l’appeloyent à manger enleur maison. Quant à ce que dit sainct Matthieu, que plusieurs pécheurs, C’està-dire Run et ayans mauvais bruit, se trouvèrent au banquet: cela adveint pource que les Péagers estans com- Mmunéement hays et mal estimez, ne s’es-
trangeoyent point de la compagnie de telles gens. Car comme une correction modérée, en faisant honte à ceux qui ont péché, les humilie : ainsi une trop grande sévérité en met aucuns en désespoir, en sorte que quittans toute honte ils se desbauchent et s’abandonnent à vilenie. Ce n’estoit point malfait de lever les tailles, ou recevoir le péage: mais les Péagers voyans qu’on les rejettoit comme profanes et détestables, cherchoyent à en passer leur ennuy, en s’accointant de ceux lesquels ayans mauvais bruit, ne les rejettoyent pas, pource qu'ils estoyent aussi mal estimez les uns comme les autres.
Cependant ils se mesloyent avec les paillars, yvrongnes, et semblables gens, desquels ils eussent condamné la meschanceté, et ausquels ils n’eussent point ressemblé, sinon que la haine et détestation en laquelle ils estoyent envers tous, les y eust contraints.
4A Matthieu. Pourquoy mange vostre Maistre. Les Scribes vienent assaillir les disciples de Christ: et pour les soliciter à l’abandonner, ils reprochent une chose, laquelle de prime face estoit deshonneste et mal-séante. Car de quoy leur sert-il (disoyent les Scribes) d’avoir un maistre à part, sinon afin qu’ils se retirent du commun des hommes pour mener une vie plus saincte? mais au contraire, il les a retirez d’une façon de vivre honneste et passable, à une licence profane, afin qu'ils se polluent en beuvant et mangeant avec les meschans. Ceste reproche pouvoit bien picquer les disciples qui estoyent encores ignorans, et n’estoyent pas des plus fermes, et les esbranler à délaisser leur Maistre. Mais ils font fort bien, quand ne se Cognoissans pas assez forts pour résister à une telle calomnie, ils en font la plainte à leur Maistre. Car Christ les conferme à l’à-venir en s’opposant contre les Scribes.
12 Ceux qui sont sains, etc. I appert par la response de Christ, que les Scribes ont failli en deux sortes : asçavoir qu'ils ne regardoyent point à l'office de Christ : et que s’espargnans et flattans en leurs vices, ils desprisoyent fièrement tous les autres. Ce qui est bien à noter, pource que c’est une maladie qui a esté
tousjours plus que commune. Car les hypocrites, comme ils sont yvres et crèvent d’une folle fiance de leur justice, ils ne considèrent point à quelle fin Christ a esté envoyé en terre: ils ne recognoissent pas en quel abysme de maux est plongé tout le genre humain, combien est horrible lire et la malédiction de Dieu, laquelle pend à tous sur la teste, combien est pesant le fardeau de leurs péchez. Et par ce moyen il advient qu’à cause de leur stupidité ne sentans point les misères des hommes, ils ne pensent aucunement au remède. D’avantage, se plaisans en euxmesmes, ils ue peuvent souffrir d’estre reprins et rangez, et estiment que on leur fait tort de les tenir du nombre des pécheurs. Christ touche ceste seconde faute, quand il respond que ceux qui sont sains n'ont que faire de médecin. Car c’est une concession par ironie (C'est-à-dire mocquerie) en laquelle il monstre qu’ils se scandalisent de veoir des pécheurs, pource que de leur costé ils s’estiment justes.
Pource que vous estes sains, dit-il, vous mesprisez les malades, tellement qu'il vous fasche de les veoir, et ne les pouvez porter: mais il faut bien que le médecin ait autre affection. Après cela il monstre qu'il luy faut faire office de médecin, pourcé que il est envoyé du Père pour appeler les pécheurs. Or combien que Christ commence par répréhension, toutesfois si nous voulons proufiter en sa doctrine, il faut entendre premièrement ce qu’il a mis en second lieu : asçavoir qu’il est venu pour vivifier les morts, justifier ceux qui estoyent coulpables de damnation, laver et nettoyer ceux qui estoyent pollus et pleins d’immondicité :
pour tirer des enfers ceux qui estoyent perdus et destruits, pour revestir de sa gloire ceux qui estoyent couvers de honte et vilenie, pour renouveler à l’immortalité bien heureuse ceux qui estoyent infectez de la puanteur ge leurs vices. Si nous considérons bien que voylà son office et la fin pour laquelle il est venu: s’il nous souvient que pour ceste cause il a vestu nostre chair, espandu son sang, accompli le sacrifice de sa mort, et est descendu jusques aux enfers: nous ne trouverons point estrange de ce qu'il recueille à salut
des gens qui sont les plus abjects de tout le monde, et couvers d’un abysme de meschanceté. Celuy que tu as en abomination, te semble indigne de la grâce de Christ :
pourquoy donc est-ce que Christ luymesme a esté faict exécration et malédiction, sinon afin de tendre la main aux povres pécheurs maudits? Au reste, sil advient que nous-nous desgoustions de ce qu'au Baptesme et en la saincte Cène nous tenions Compagnie à des gens souillez et polluez, en sorte qu’il semble que cela nous est à deshonneur: il faut que nous descendions incontinent en nousmesmes, et espluchions sans nous flatter aucunement les maux qui sont en nous.
Cest examen fera que nous souffrirons vo-
lontiers d’estre lavez en la mesme fon-
taine avec les plus polluez: et que nous ne desdaignerons point la justice, la vie et le salut que Dieu présente en général à tous ceux qui sont iniques ou pécheurs, morts, perdus et damnez.
13 Mais allez, et apprenez. I les rejette et renvoye, pource qu’il voyoit que c’estoyent gens indociles et obstinez. Ou bien il donne à entendre qu'ils font la guerre à Dieu et au Prophète, veu qu’estans remplis d’orgueil et de cruauté, ils ne peuvent souffrir qu’on aide aux misérables et affligez, et qu’on apporte médecine aux malades. Ce tesmoignage est prins d’Osée, VI, 6, où le Prophète ayant presché de la vengence de Dieu contre les Juifs, afin qu’ils ne s’excusassent, di sans qu’ils s’acquittoyent du service ex-
terne de Dieu, comme c’estoit leur cous tume d’alléguer leurs cérémonies, sans se
soucier du reste, dit que Dieu n’ha point
d’esgard aux sacrifices, quand les esprits
et les cœurs sont sans crainte de son nom, et quand il n’y à és mœurs justice ne droiture. Or quand Dieu prononce qu’il ne veut point de sacrifices, cela se dit en Comparaison, comme il appert par le second membre. Que la science de Dieu vaut mieux que les holocaustes : par lesquels mots il ne rejette pas précisée ment les holocaustes, mais'il leur donne le second lieu après la foy et la crainte de Dieu. Toutesfois il faut entendre que Ja foy et le service spirituel plaist de s0ÿ mesme à Dieu, que charité et toute hu
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manité envers les prochains est requise de soy-mesme : mais que les sacrifices ne sont qu'accessoires (comme on dit) qui ne sont rien estimez quand la vérité et substance n’est pas conjointe quant et quant.
Duquel propos j’ay traitté plus amplement au dixième chap. des Hébrieux. I faut noter qu’il y a en ce mot de Miséricorde, une figure nommée Synecdoche : car sous une partie le Prophète comprend toute Yhumanité que nous devons rendre à nos frères. Car je ne suis point venu. Combien que cela est dit pour rembarrer l’orgueil et lhypocrisie des Scribes, toutesfois il comprend en général une doctrine fort utile. Car nous sommes admonestez que la grâce de Dieu ne nous proufite point autrement, sinon quand sentans nos péchez, et gémissans sous le fardeau -d’iceux, nous venons à luy en humilité.
Îl y a aussi en ceste sentence de quoy redresser en une asseurance certaine les consciences infirmes. Car il ne faut pas craindre que Christ rejette les pécheurs, pour lesquels appeler il est descendu de sa gloire céleste. Mais il faut quant et quant noter ce mot, & repentance : afin que nous sçachions que Dieu nous pardonne, non pas pour nourrir nos péchez, mais pour nous ramener à un soin de vivre sainctement et justement. Car ïl nous réconcilie avec le Père, à la charge qu’estans rachetez par son sang, nousnous offrions en sacrifices vivans : comme dit sainct Paul, Tite, IT, 42, La miséricorde et douceur de Dieu est apparue, afin que renonceans aux désirs terriens, nous cheminions justement et sainctement, etc.
MATTH. IX
A4 Lors veindrent à luy des disciples de Jehan, disans, Pourquoy nous et les Pharisiens jeusnons-nous souvent, el tes disciplesne jeusnent point?
45 Jésus leur dit, Les gens de la chambre du marié peuventils mener dueil, pendant que le marié est avec eux? Mais les jours viendront que le marié leur sera osté, et alors ils jeusneront.
16 Aussi personne ne met une pièce de drap escreu à un vieil vestement : car ce qui est mis pour remplir emporte duvestement, et la rompure en est pire.
17 Pareillement on ne melupas le vin nouveau en vaisseaux vieux : autrement les vaisseaux se rompent,
MARC IL
18 Or les disciples de Jehan et des Pharisiens jeusnoyent : lesquels veindrent à luy, et luy dirent, Pourquoy jeusnent les disciples de Jehan et des Pharisiens, et tes disciples ne jeusnent point?
19 Jésus leur dit, Les gens de nopces peuventils jeusner pendant que le marié est avec eux? durant le temps qu’ils ont le marié avec eux ils ne peuvent jeusner.
20 Mais les jours viendront que le marié leur sera osté, et adonc ils jeusneront en ces jourslà.
21 Aussi nul ne coud une pièce de drap escreu à un vieil vestement : autrement le drap neuf qui a esté mis pour remplage emporte du vieil drap, et la rompure en est pire ?
22 Pareillement nul ne met le vin nouveau en vaisseaux vieux : autre-
LUC V
33 Ils luy dirent aussi, Pourquoy jeusnent souvent les disciples de Jehan, et font prières : semblablement aussi ceux des Pharisiens :
mais les tiens mangent et
‘boyvent?
34 Et il leur dit, Pouvezvous faire jeusner les gens de la chambre du marié, pendant que le marié est avec eux ?
35 Mais les jours viendront que le marié leur sera osté : adonc en ces jours-là ils jeusneront.
36 Puis il leur dit une stmilitude, Nul ne met une pièce d’un vestement neuf à un vestement vieil: car autrement ce qui est neuf le deschire, et la pièce de neuf ne se rapporte point au vieil.
37 Pareillement nul ne met le vin nouveau en vieux vaisseaux : Car autrement le vin nouveau rompra les vaisseaux, et se respandra, et les vaisseaux seront perdus.
38 Mais le vin nouveau
el le vin s'espand, et les vaisseaux se perdent : mais on met le vin nouveau en vaisseaux neufs, et l'un et l'autre sont conservez.
14 Lors veindrent à luy. Sainct Luc introduit des Pharisiens parlans : il semble que sainet Mare mette tous les deux.
Et de faict, il n’y a point de doute que par ceste ruse les Pharisiens ont malicieusement tasché de tirer de leur costé
les disciples de Jehan, et les mettre en
picque contre les disciples de Christ. La convenance en prières et jeusnes estoit une belle couleur et bien plaisante pour accorder ensemble : et la diverse manière de faire que Christ observoit, estoit occasion de discord et débat aux gens chagrins et par trop addonnez à eux-mesmes.
Par cest exemple nous sommes advertis d’estre prudens à nous donner garde que pour quelque légère occasion les hommes meschans et rusez ne sèment des divisions entre nous. Certes Satan est un merveilleux ouvrier à dresser de telles embusches : et de nostre costé nous-nous troublons aiséement pour des choses qui ne valent pas le parler. Mais sur tout il faut prendre garde que pour des cérémonies externes l’unité de la foy ne soit deschirée. C’est une maladie commune quasi à tous, d'attribuer aux cérémonies et élémens du monde (comme sainct Paul les appelle, Coloss., IT, 8,) plus qu’il ne faut : et ainsi ils ne font point de difficulté de préférer à la plus grande perfection les petis rudimens. Il survient puis après un autre mal procédant de chagrin et d’orgueil : c’est qu'un chacun contraindroit volontiers tout le monde à faire comme luy. Si quelque chose nous plaist, incontinent nous en voulons faire une règle, afin que les autres vivent à nostre poste.
Quand nous lisons que les disciples de Jehan ont esté surprins en ces filets de Satan, apprenons premièrement à n’establir point saincteté en choses externes et indifférentes : et quant et quant à nous tenir au dedans des limites de modestie
et humanité, afin que nous ne désirions
ment le vin nouveau rompt les vaisseaux, et le vin s’espand, et les vaisseaux se perdent : mais le vin nouveau doit estre mis en vaisseaux neufs.
doit estre mis en vaisseaux neufs : ainsi seront conservez tous les deux.
39 Et n'y à personne qui boyve du vieil, qui vueille tantost du nouveau : car il dit, le vieil vaut mieux.
point d’astraindre les autres à ce qui nous plaist, mais que nous laissions un chacun en sa liberté. Quant aux jeusnes et prières, il faut entendre que Jehan a exercé ses disciples par une certaine discipline :
et qu’il a eu à ceste fin certains jours de jeusne, une formule particulière et certaines heures pour prier. Et pourtant je conte ces prières entre les cérémonies externes. Car combien que l’invocation de Dieu soit le principal poinct du service spirituel, toutesfois ceste façon et ordre dressé pour la rudesse des hommes, est
à bon droict mis entre les cérémonies et choses indifférentes, à l'observation des-
quelles on ne doit pas insister trop rigoureusement. Au reste, touchant la raison pourquoy là discipline de Jehan à esté plus austère et estroîte que celle dé Christ, nous en avons parlé en un autre lieu, et aurons enicores ci-après meilleure OCca-
sion d'en traitter. |
15 Les gens de la chambre du marié. Christ excuse ses disciples par la circonstance du temps, pource que Dieu les veut encores traitter joveusemént, Comme
s'ils estoyent aux nopces. Car il 86 Com pare à un espoux, lequel par sa présence
resjouit ses amis, Chrysostôme pense que
ceste similitude est prinse de CE tESMOI=
enage de Jehan Baptiste, Celuy qui han
l’espouse est l’espoux. Ce que je ne réprouve pas : mais aussi je pénse qu'il n'y
a pas grande fermeté. Qu'il nous suffiseM
d'entendre que Christ déclare qu’il esparone ses disciples et les traitte un peu à leur aise, cependant qu’il est avec eux.
Et afin que personne ne leur porte envie de ce peu de bon temps, il dit que bien tost après ils seront traittez plus aspré ment et rudement. Or l’exc ce que le jeusne et les prièréstsont choses convenables pour le temps d’adversité et d’ennuy : les prières, di-jé, extraordi=M
‘dépend de
naires, desquelles il est yei fait mention.
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
Certes Christ les a voulu accoustumer petit à petit à plus grande patience, et ne les charger point beaucoup, jusques à ce qu’ils fussent plus fortifiez. De ceci nous avons à recueillir double doctrine : premièrement qu’il ne nous faut pas murmurer si quelque fois le Seigneur supporte l'infirmité de nos frères, et use de douceur envers eux, cependant qu’il nous traitte plus rudement. En après, que si quelque fois nous avons relasche de tristesse et d’ennuis, il nous faut donner garde de nous esgarer et. oublier en nostre aise : et que plustost il nous souviene que les nopces ne dureront pas tousjours. Les fils de l'espoux (comme il y à en tournant de mot à mot) par une façon de parler des Hébrieux, signifie ceux qui sont appelez au banquet des nopces.
16 Aussi personne ne met une, etc.
Pour confermer la sentence précédente il amène deux similitudes : desquelles une est prinse sur les vestemens, et l’autre sur les vaisseaux à vin. Ceux qui pensent que Christ compare les vieux vestemens et les vieux barils aux Pharisiens :
et d’autre part le vin nouveau et le drap neuf à la doctrine de l'Evangile, n’ont point de couleur. Mais la similitude est propre et fort convenable au propos, quand nous exposerons ceci des disciples de Christ encores infirmes et tendres, et de la discipline plus estroite et sévère qu’ils n’eussent peu encores porter. Et n’y a point de danger en ce qu’il pourroit sembler que ce mot 7’ieil, ne convient guères bien à de nouveaux escholiers qui he font que commencer. Car Christ ne compare pas ses disciples à des vieux ba-
MATTH. IX. MARC V
18 El comme il leur disoit ces choses, voyci venir un seigneur, lequel s’enclina devant luy, disant, Maille est maintenant trespassée : mais
vien, et mets ta | qu'elle vive.
22 Adonc voyciun des principaux de la Synagoque, nommé Jaïirus, veint: et l'ayant veu, se jelta à ses pieds.
23 Et le pria fort, en disant, Ma fillette est à l'extrémilé : je te prie que lu vienes, et que tu metites les mains sur elle, afin qu’elle soit quarie, et
rils et à des robbes deschirées , comme”
s'ils estoyent lassez par long usage : mais c’est autant qu'ils estoyent débiles et n’ayans pas grand’ force. Le sommaire de ceci est, qu'il ne faut pas contraindre indifféremment toutes personnes à suyvre une mesme manière de vivre, d'autant que les complexions sont diverses, et que toutes choses ne convienent pas à tous :
et principalement qu’il faut espargner les infirmes, de peur qu’ils ne se rompent si on leur fait violence, ou qu’ils ne vienent à estre abbatus par la pesanteur du fardeau. Au reste, le mot Grec dont use l'Evangéliste, signifie proprement des vaisseaux faits de cuir, desquels on usoit pour mettre le vin : comme aujourd’huy nous avons des muids ou des pipes.
39 Et n'y a personne. S. Luc seul a mis ceste sentence, laquelle ‘sans doute est conjointe avec les propos précédens.
Et combien que les expositeurs la prenent en diverses sortes, quant à moy je la pren ainsi simplement, que Christ admoneste les Pharisiens qu'ils n’attribuent plus qu’il ne faut à une coustume receuë en usage. Car d’où vient que le vin sans changer de saveur ne plaist pas également à tous, sinon pource que l’usage et laccoustumance fait le goust? De là s'ensuit que la manière que tient Christ envers ses disciples, n’est pas moins à priser, encores qu’elle n’ait pas tant d'apparence et de monstre : comme le vin vieil, combien qu’il ne jette point d’escume, et n’ait pas une ardeur picquante, il n’en est pas toutesfois moins plaisant, et ne laisse d’estre bien proufitable pour donner nourriture au COrps.
LUC VII
40 Adveint que quand Jésus fut retourné, la multitude le receut : car tous l'atlendoyent.
4A Lors voyci, un homme veint qui avoil nom Jairus, lequel estoit principal de la synagogue, et se jetta aux pieds de Jésus, le priant quil entrast en sa maison.
main sur icelle, et elle vivra.
19 Et Jésus se levant le suyvit, et ses disciples.
20: Æt voyci, une femme malade du flux de sang depuis douze ans, veint par derrière, et toucha le bord de son vestement.
21 Car elle disoit en soy-mesme, Si tant seulement je touche ‘ Son veslement, je seray quarie.
22 Adonc Jésus se retournant, et la regardant dit, Fille, aye bon courage, ta foy l'a sauvée. Et en ce mesme instant, la Jemme fut délivrée.
24 Jésus donc s’en alla avec | luy, et grand peuple le suyvoit, tellement que ils l'enserroyent
25 Or y avoil-il une femme qui avait un flux de sang depuis douze ans :
26 Laquelle avoit beaucoup souffert de plusieurs médecins : et avoit despendu tout le sien, et n’avoil rien proufité, ains plustost estoit allée en empirant.
27 Icelle ayant ouy parler de Jésus, veint en la foulle par derrière, et luy toucha la robbe.
28 Car elle disoit, Si tant seulement je touche ses vestemens, je seray quarie.
29 Et incontinent le flux de son sang s'estancha, et elle senlil en son corps qu'elle estoit quarie de ce fléau.
30 Et soudain Jésus cognoissant en soy-mesme la vertu qui estoil sortie de soy, se retourna en la foulle, disant, Qui a touché mes vestemens ?
31 Ses disciples luy dirent, Tu vois que la foulle l’enserre, et tu dis, Qui m'a touché?
32 Mais il regardoil tout à l’'entour, pour veoir celle qui avoil fait cela.
33 Et la femme craignant et tremblant, sçachant ce qui estoit fait en elle, veint et se jetta devant luy, et luy dit la vérité.
34 ETU luy dit, Fille, ta foy l'a sauvée, va-l’en en paix, et sois quarie de ton fléau.
42 Car il avoit une fille unique, environ de douze ans, qui se mouroît. Et comme il s'en alloit, la foulle le pressoit.
43 Adonc une femme qui avoil un flux de sang depuis douze ans (laquelle avoit despendu toute sa substance en médecins, et si n'avoit peu estre quarie de nul,)
44° S’approchant de luy par derrière, toucha le bord de son vestement : et inconlinent le flux de son sang s’'estancha.
45 Adonc Jésus dit, Qui est-ce qui ma touché. Et comme tous le nioyent, Pierre dit, el ceux qui estoyent avec luy, Maistre, la multitude te presse et foulle, et tu dis, Qui est-ce qui ma touché?
46 Mais Jésus dit, Quelcun ma touché : car j'ay.
cognu que vertu est issue de moy.
AT Ceste femme voyant que cela ne luy avoit point esté caché, veint tremblant, et se jettant devant luy, luy déclara devant tout le peuple pour quelle cause elle l’'avoit touché, et comment elle avoit esté tout incontinent gquarie.
48 Et il luy dit, Fille, asseure-toy : La Joy la quarie : va en Paix.
18 Et comme il leur disoit ces cho-| thieu ne le nomme point : et sainct Marc
ses. Ceux qui imaginent que sainct Marc et sainct Luc récitent yci une autre histoire que S. Matthieu, sont réfutez si clairement par le texte, que la chose n’ha point besoin de plus long propos. Ils disent tous trois d’un accord, qu’un prince de la synagogue pria Christ de venir en sa maison pour guarir sa fille. Il y à seulement cela de diversité, que sainct Mat-
| avec sainct Luc expriment son nom Jaïrus. D’avantage, sainct Matthieu introduit le père parlant ainsi, Ma fille est maintenant trespassée : et les autres deux disent, qu’elle estoit à l'extrémité :
et qu'ainsi qu’il y menoit Christ, on luy apporta en chemin les nouvelles qu’elle estoit morte. Mais il n’y a point d’absurdité en cela, si sainct Matthieu voulant
estre brief, touche en un mot plusieurs choses que les autres disent par le menu en divers endroits. Au reste, veu que toutes les autres choses convienent si bien, et veu que tant de circonstances se rapportent. ensemble, en sorte qu’on diroit que ce sont trois doigts dressez d’un accord pour monstrer une mesme chose, il n’y à point de raison de diviser ceste histoire en divers temps. Les Evangélistes racontent tous l’un comme l’autre, qu'ainsi que Christ à la requeste du prince de la synagogue venoit en la maison, il y eut en chemin une femme laquelle touchant secrètement la robbe d’iceluy, fut guarie du flux de sang : et que puis après Christ estant venu en la maison de ce seigneur, ressuscita une fille morte.
Certes il me semble qu’il n’est point besoin de si grans propos pour monstrer que tous les trois récitent une mesme histoire. Venons maintenant à traitter chacun poinct à part. J’oyci venir un seigneur. Combien qu’il appert par les deux autres que sa fiance n’estoit pas si fort avancée, qu’il espérast estre possible que sa fille recouvrast la vie, toutesfois il n’y à point de doute que après que Christ l’eut tansé et admonesté, il conceut plus grande espérance qu’il n’avoit sortant de sa maison. Mais sainct Matthieu (comme il a esté dit) voulant estre brief, met tout en un mot au commencement ce qui fut fait à plusieurs fois.
Toutesfois voylà comment il faut coucher l’ordre de l’histoire, Que premièrement Jairus requist Christ de guarir la maladie de la fille : puis de la ressusciter de mort à vie, asçavoir après que Christ luy eut baïllé courage, Là où nous avons traduit, S’enclina, le mot commun est Adora : mais Adorer se prend yci pour s’agenouiller, comme nous pouvons recueillir des paroles de sainct Marc et de sainct Luc. Car Jaïrus ne prétendoit pas d'attribuer à Christ un honneur appartenant à la majesté Divine, mais seulement il luy faisoit révérence comme à un Prophète de Dieu. Et nous sçavons comment C’estoit une façon de faire toute commune entre les peuples d'Orient de s’agenouiller. Vien et mets ta main sur elle.
Nous avons yci un beau miroir de la dou-
ceur par laquelle Dieu supporte nostre infirmité. Qui fera comparaison de ce prince de la synagogue avecle Centenier, on dira qu'il y a eu en ce povre Gentil une grande clarté de foy, et qu’en l’autre à grand’ peine y avoit-il une petite estincelle ou goutte de foy. I n’attribue point de vertu à Christ sinon moyennant l’attouchement : quand les nouvelles de la mort sont venues, il tremble comme s’il n’y avoit plus de remède. Nous voyons donc que sa foy estoit débile, et quasi morte. En ce que Christ condescend à ses prières, et l’accourage à bien espérer, nous cognoissons que sa foy, tant petite qu'elle fust, n’a pas esté du tout rejettée.
Et pourtant, combien que nous n’ayons pas encore une plene foy comme il seroit à désirer, si ne faut-il pas toutesfois que nostre débilité nous destourne ou empesche de prier.
20 Et voyci une femme. Les Evangélistes expriment notamment que le flux de sang avoit duré douze ans entiers, et que la femme n’avoit pas esté paresseuse à chercher les remèdes, veu qu’elle avoit despendu tout son bien après les médecins : et c’est afin que la gloire excellente du miracle soit tant mieux cognue. Car il appert clairement que cela ne s’est point fait par vertu humaine, quand une maladie incurable a esté ostée si soudainement, et par le seul attouchement de la robbe.
Au reste, quant à ce que la femme pense qu’elle sera incontinent guarie, pourveu qu’elle touche la robbe de Christ, ça esté un mouvement spécial du sainct Esprit, et duquel on ne doit point faire une règle commune. Nous sçavons comment la superstition se joue follement et sans mesure aucune à imiter inconsidéréement les Saincts : mais c’est estre singes et non pas imitateurs, quand nous prenons quelque exemple particulier sans avoir commandement de Dieu, et plustost par nostre propre sens que par la conduite du sainct Esprit. Peut-estre aussi que la foy de ceste femme a eu quelque vice et erreur meslé parmi, que Christ luy a pardonné et supporté par sa bénignité. Certes quand puis après se sentant coulpable en soy-mesme, elle craint et tremble, on ne peut pas excuser une telle doute qui
est contraire à la foy. Que n’est-elle allée plustost tout droit à Christ? Si la révérence qu'elle luy portoit la faisoit craindre, d'où est-ce toutesfois que elle à espéré Secours sinon de sa miséricorde ?
Comment doncques se fait cela qu’elle craint de lavoir offensé, si elle estoit asseurée de la bonne affection d’iceluy?
Christ néantmoins ne laisse pas d’honorer sa foy d’un beau titre. Et c’est ce que j'ay n’aguères touché, que Dieu use d’une fort grande douceur et bénignité envers les siens, en sorte qu’il ne laisse point d’avoir pour agréable leur foy, encore
qu’elle soit petite et imparfaite, et qu’il
ne leur impute point les défautes et les vices qui sont meslez parmi. Ainsi doncques ceste femme est venue à Christ par la conduite de la foy. Et quant est de ce que elle s’est arrestée à la robbe, plustost que de se présenter à luy avec prières pour estre guarie, peut-estre que par un zèle inconsidéré elle à un peu tiré hors du droit chemin, mesmement veu que puis après elle monstre qu'elle avoit fait cela avec quelque doute et incertitude. Et au reste, quand nous accorderons qu’elle l'a fait par la conduite du S. Esprit, toutesfois la règle demeure tousjours ferme, Que nostre foy ne doit point s'amuser çà et là aux exemples particuliers : pource qu’il faut qu’elle soit du tout arrestée et fondée sur la parole de Dieu, suyvant ce que dit S. Paul, La foy est par l’ouir, et l’ouir par la parole de Dieu, Rom., X, 47.
Cest advertissement nous est tant et plus nécessaire, afin que nous ne baillions le nom de foy aux opinions et imaginations prinses inconsidéréement.
45 Qui est-ce qui m'a touché? Sainct Marc exprime ceci plus clairement, disant qu'il regarda tout à l’entour pour savoir qui elle estoit. Mais cela semble estrange, que Christ ait espandu de sa grâce, ne sçachant à qui il faisoit ce bien. Il n’y a pas moins de difficulté à ce qui est dit un peu après, qu'il avoit cognu que quelque vertu estoit sortie de luy, voire, comme s’il descouloit quelque bien de luy, sinon selon la mesure du don gratuit, en
tel temps, et à tels que bon luy semble en distribuer. Certes il n’y a point dé doute qu’il n’ait de son propre mouvement et certaine délibération guari ceste femme : et mesme il n’y a point de doute que par son sainct Esprit il Va tirée à soy, afin qu’elle receust guarison : mais il la cherche, afin que d’elle-mesme elle viene à se déclarer devant tous. Si Christ eust esté seul tesmoin de son miracle, on n’eust pas creu paraventure Ce qu'il en eust dit : mais quand la femme saisie de crainte et frayeur vient elle-mesme à raconter ce que elle avoit senti, sa confession est bien de plus grand poids.
92 Matth. Fille, aye bon courage.
Par ce mot est monstrée l’imbécillité de sa foy. Car si ce tremblement n’eust esté vicieux, Christ ne le corrigeroit pas en exhortant la femme de prendre bon courage.
Toutesfois il loue quant et quant la foy d’icelle : dont s’ensuit ce que j’ay dit cidevant, Que combien qu’elle cherchast Christ par la conduite du sainct Esprit, et d’une pure affection de crainte de Dieu, il y a toutesfois eu en elle quelque doute, en sorte qu’elle avoit besoin d’estre confermée. Ainsi nous voyons que la foy, afin d’estre plaisante à Dieu, ha besoin de pardon, et quant et quant d’estre redressée et establie par nouveaux secours, afin d'acquérir plus de force et vertu. Au reste, il faut faire une déduction de la santé corporelle, au salut de l’âme. Car comme Christ attribue à la foy ce que ceste femme est délivrée de sa maladie, ainsi il est certain que par la foy nous obtenons rémission des péchez, laquelle nous réconcilie à Dieu. Quand il luy dit qu'elle s’en aille en paix, et qu'elle soit guarie de son fléau, de là nous recueillons que le bénéfice qu’elle avoit obtenu, estoit alors vrayement ratifié, quand elle a ouy de la bouche de Christ, ce que desjà elle avoit cognu et senti par expérience. Car nous ne pouvons pas jouir des bénéfices de Dieu vrayément et avec tranquillité de conscience, sinon que nous les possédions comme enclos dedans le thrésor de ses promesses.
MATTH. FX.
23 Et quand Jésus fut venu en la maison
de ce seigneurlà, et eut veu les ménétriers et l'assemblée menans grand bruit.
24 Il leur dit, Retirez-vous :
car la fillette n'est pas morte, mais elle dort. Et ils se mocquoyent de luy.
25 Et quand l'assemblée fut mise hors, il entra, et prit la main d’icelle, et la fillette se leva.
26 Et lebruit en courut par tout cepays-là.
36 Marc. Ne crains point. Les nouelles de la mort luy avoyent osté toute espérance, pource qu'il n’avoit requis Christ d'autre chose sinon de remédier à sa fille malade. Maintenant done Christ luy dit qu'il se donne garde que par sa crainte et desfiance il ne ferme la porte à
: là grâce, contre laquelle la mort ne peut
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE