‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 19 sur 58 · MARC VI. LUC IX · texte numérisé non relu

MARC VI. LUC IX

A Lors ayant appelé à soy ses douze disciples, il leur donna puissance contre les esprils immondes, pour les jetter hors, et quarir toute sorte de maladie, et toute sorte de langueur. |

2 Or les noms des douze Apostres sont ceux-ci. Le premier est Simon dict Pierre : et André son frère : Jaques fils de Zébédée, et Jehan son frère :

3 Philippe et Barthélemi : Thomas et Matthieu, le Péager : Jaques fils d'Alphée, et Lebbée, surnommé Thadée.

4 Simon Chananéen, et Judas Iscariot qui mesme le trahit.

1 Adonc il appela les douze, et commen ca de les envoyer deux a deux, el leur. donna puissance sur les esprits ÿimmondes.

A Puis après avoir appelé ses douze disciples ensemble, il leur donna puissance el’ authorité sur tous diables, t de qguarir

SUR L'HARMONTE ÉVANGÉLIQUE.

5 Ces douze envoya Jésus, et leur donna mandemens, disant, N'allez point vers les Gentils, et n'en- ‘

trez point és villes des Samaritains :

6 Mais plustost allez aux ouailles de la maison

d'Israël", qui sont péries.

7 El quand vous serez partis, preschez, disans,

Le Royaume des cieux est prochain.

8 Guarissez les malades, nettoyez les lépreux, ressuscilez les morts, jettez hors les diables : vous

les maladies :

2 El les envoya prescher le Royaume de Dieu,etquarir les malades.

l'avez receu pour néant donnez-le pour néant.

1) Act., XIE, 46.

Yei est descrite la vocation des Apostres, non pas telle que devant, quand le Seigneur Jésus-Christ les voulant préparer à leur charge, les a choisis et receus en Sa Conversation domestique : car maintenant ils sont appelez à une commission présente, il leur est commandé de se disposer à la besongne, il leur baïille comme des mémoires de leur charge : et afin qu’ils ne soyent sans authorité, il les douë de puissance et efficace du sainct Esprit. Auparavant doncques Jésus-Christ les destinoit en espérance de la besongne à-venir, mais maintenant il dénonce que l'heure est venue en laquelle il leur convient mettre la main à la besongne. Toutesfois il faut noter qu’il n’est pas encore yci fait mention de l'office perpétuel d’Apostre, mais seulement d’une commission temporelle d'annoncer la doctrine, qui estoit un moyen pour redresser et resveiller les esprits des hommes, afin qu’ils fussent plus attentifs à ouir Christ. Ainsi doncques les Apostres sont maintenant envoyez, afin de publier par le pays de Judée que le temps de salut et de restauration promise est venu. Par ci-après Christ les ordonnera pour prescher l'E- .vangile par tout le monde. Yciilles prend seulement comme coadjuteurs, afin qu’ils luy facent avoir audience és lieux où la Voix de sa bouche ne pouvoit parvenir :

par ci-après il leur résignera l'office et la charge d'enseigner, laquelle il avoit exer- . cée. Et c’est un poinct bien digne d’estre noté, afin que nous ne pensions qu’yci Soit baillée une règle certaine et arrestée Pour tous ministres de la Parole, quand le Seigneur baille comme par mémoires à ceux qu’il envoyoit pour publier sa doc-

trine, ce qu'il veut qu'ils facent pour quelque peu de temps. Par faute d’entendre ceci plusieurs se sont abusez, voulans régler indifféremment tous ministres de la Parole selon 6e qui est yci dit.

A Lors ayant appelé à soy les douze, etc. Le nombre de douze, estoit pour dénoter la restauration qui devoit estre faite en l'Eglise. Car comme le peuple estoit issu de douze Patriarches, ainsi maintenant Jésus-Christ ramène le résidu de ce peuple dissipé et dispersé, à la souvenance de leur première origine, afin qu’ils conçoyvent certaine espérance de leur réduction et restablissement. Or combien que le Royaume de Dieu rn’ait point tellement fleuri en Judée, que lestat du peuple ait esté remis en son entier : au COntraire ceste nation qui estoit desjà misérablement décheuë, en mesprisant la grâce qui lui estoit présentée, a mérité de périr deux fois, cela toutesfois n’a point empesché que derechef ne se levast un nouveau peuple. Depuis il adveint que Dieu estendit plus loin hors de Sion le sceptre de la vertu de son Fils, et que de ceste source descoulèrent des rivières pour arrouser abondamment les quatre costez du monde. Lors Dieu a rassemblé de toutes parts son Israël, afin que non-seulement les membres qui cstoyent dispersez et deschirez, fussent unis en un corps, mais aussi avecques eux des gens qui au paravant dvoyent esté du tout contraires au peuple de Dieu. Non sans cause doncques le Seigneur en ordonnant comme douze Patriarches, a signifié le renouvellement de l'Eglise. Joint que par ce nombre il à admonesté les Juifs à quelle fin il estoit

venu : mais pource qu'ils n’ont point donné lieu à la grâce de Dieu, il s’est engendré un nouveau fsraël. Si on regarde les commencemens, la chose pourroit sembler ridicule, que Jésus-Christ ait orné de titres si honorables, des hommes de basse condition, et qui n’estoyent rien estimez : toutesfois l’avancement incroyable, et une si noble multiplication de l'Eglise, monstre que les Apostres nonseulement ne sont point moindres que les Patriarches en degré d'honneur et multiplication de lignée, mais aussi les surmontent de beaucoup. Leur donna puissance. Pource qu'entre les hommes les Apostres nestoyent quasi rien estimez, ét toutesfois la commission laquelle Jésus- Christ leur enjoint, estoit divine : pource aussi qu’ils n’avoyent ne grand esprit, ne belle éloquence, et cependant une charge si excellente et nouvelle requéroit des grâces plus grandes qu’on n’en peut trouver en l’homme, il estoit bien nécessaire qu’ils eussent authorité d’ailleurs. Jésus- Christ doncques les ordonnant à faire miracles, leur baïlle comme des marques et armoiries de la puissance céleste, afin qu’ils Soyent en révérence et authorité envers le peuple. Et de ceci nous pouvons recueillir quel est le vray et droit usage des miracles : car puisque Jésus-Christ les ordonne erisembléement et par mesme moyen prescheurs de l'Evangile et ministres des miracles, en sorte que les miracles ne sont autre chose que seaux de sa doctrine, il n’est pas licite de rompre ce lien inséparable. Parquoy les Papistes sont faussaires, et corrompent meschamment les œuvres de Dieu, en séparant la Parole d’avec les miracles.

2 Le premier est Simon. Les Romanisques se monstrent bien sots, de vouloir tirer de ce passage leur primauté.

Nous confessons volontiers que Simon Pierre a esté le premier entre les Apostres : mais ce qui à eu lieu et s’est peu aiséement faire en une petite compagnie de gens, il n’y a point de raison de le vouloir estendre par tout le monde. Joint que s’il est nommé le premier, il ne s’ensuit pas pourtant qu’il ait domination sur sés Compagnons. Mais Guand nous leur aurous accordé touchant S. Pierre tout

ce qu'ils veulent, si est-ce encores que toute sa dignité et prérogative n’apportera rien au siége Romain, jusques à ce qu'ils ayent prouvé que des meschans apostats et sacriléges sont successeurs de S. Pierre.

5 N'allez point vers les Gentils, etc.

Yei appert plus clairement ce que j'ay n’aguères touché, que la charge qui fut lors donnée aux Apostres, ne prétendoit à autre fin sinon pour resveiller les Juifs à l’espérance du salut qui approchoit, et par ce moven les rendre attentifs à ouir Christ. Pour ceste cause il enclost maintenant leurs voix dedans les limites du pays de Judée, laquelle depuis il leur commande de faire retéhtir par tout jusques aux derniers bouts du monde. La raison est, pource que lé Père Pavoit envoyé ministre de la Circoncision, pour accomplir les promesses qui avoyent jadis esté faites aux Pères, au XVe chap. des Romains, v. 8 : mais Dieu avoit fait une alliance spéciale avecques la race d’Abraham. Et pourtant non sans Cause Jésus- Christ pour le commencement a voulu que la grâce de Dieu demeurast enclose entre le peuple éleu, jusques à ce que le vray temps de la publier fust'venu : mais depuis sa résurrection il a espandu sur toutes nations la bénédiction qui avoit esté promise en second lieu, pource que lors le voile du Temple estoit rompu, et la paroy qui faisoit la division, mise bas. Si doncques ceste défense semble à quelqu'un estre inhumaine, quand Christ ne reçoit pas les Gentils à la participation de FEvangile, qu’il aille plaider contre Dieu, lequel sans comprendre le reste du monde, a establi son alliance avecques la seule semence d'Abraham, dont dépend ce commandement de Jésus-Christ.

6 Mais plustost allez aux ouailles de la maison, etc. Comme j'ay dit, Christ donne le premier lieu aux Juifs, pource.

qu'ils estoyent les aisnez, ou plustost pource que Dieu lors les avouoit seuls de sa maison, les autres en estans éslongnez et bannis. Il use de ce mot, ouailles qui sont péries, en partie afin que les Apostres éstans esmeus de compassion, avent soin de leur aider plus alaigrement et d'une plus grande affection : en partie aussi afin

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

qu’ils sçachent qu’il y à bien de la besongne pour eux, et de quoy travailler. Cependant toutésfois sur l'exemple de ce peuple, Christ a monstré quelle est la condition de tout le genre humain. Les Juifs qui estoyent prochains de Dieu et qui estoyent de son alliance, voire mesme vrais héritiers de la vie éternelle, selon le droict de la promesse, sont toutesfois nommez perdus, jusques à ce qu'ils recouvrent salut en Christ. Que nous resteil donc, à nous, di-je, qui n'avons point une telle prérogative? Au reste, pource que l'adoption s’estendoit à tout le corps du peuple, il attribue ce nom d’Ouailles, mesmes aux réprouvez, qui n’estoyent proprement du troupeau de Dieu : comme en sainct Matthieu, chap. VITE, v. 42, il nomme les fils du Royaume, ceux qui en devoyent finalement estre retranchez par leur faute et desloyauté. En somme, sous le nom d'Ouailles, Christ recommande les Juifs aux Apostres, afin qu’ils s’employent envers eux, pource qu’ils ne pouvoyent recognoistre du troupeau de Dieu, sinon ceux qui estoyent assemblez en la bergerie.

1 Preschez, disans, etc. C’est-ci la prédication ou publication que j’ay dite, par laquelle Christ vouloit redresser et resveiller les esprits du peuple à l’espérance de la rédemption prochaine, Pour le Royaume des cieux, sainet Luc met le Royaume de Dieu, en mesme sens:

asçavoir que les Juifs entendissent premièrement qu'ils estoyent remis sus par la grâce de Dieu, et non par le moyen dés hommes: en après, que leur estat et Condition seroit heureuse sous Dieu Roy :

pour le troisième, que la félicité qui leur estoit promise, n’estoit point terrienne et caduque, mais céleste et perdurable,

8 Guarissez les malades. Comme il les a garnis de puissance et vertu, ainsi il leur commande de l’administrer et dispenser fidèlement et libéralement, et leur défend de la supprimer, veu qu’elle leur estoit donnée. entre mains, et en garde pour le bien commun de tous. Au reste, il donne à entendre par ces miracles, à quelle fin il a esté envoyé par le Père, et quel est le but de son Evangile. Car ce m'est pas sans cause qu'il leur commande

plustost de ressusciter les morts, et guarir les malades, que d’affliger par mala- Gie les sains, ou de faire mourir les vivans. Les miracles doncques ont conformité et similitude avec l'office de Jésus- Christ, afin que nous sçachions qu'il est venu vers nous rempli de tous biens, pour nous délivrer de la tyrannie de Sa

tan et de la mort, pour guarir nos maladies, infirmitez et péchez, et pour-remé

dier à toutes nos misères. Fous l'avez receu pour néant, etc. Afin que plus volontiers ils communiquent aux autres les gràces qu’il avoit mises en eux, il donne à entendre qu’ils en ont esté par luy douez, non pas pour leur gloire particulière, mais afin que ils soyent comme des canaux de la libéralité gratuite de Dieu.

Comme s'il disoit, Pensez d’où vous est venue ceste puissance, Comme elle est procédée de la pure grâce de Dieu, sans qu'il y eust aucun mérite de vostre costé :

ainsi C’est raison que maintenant par vostre ministère elle soit communiquée gratuitement aux autres. Nous sçavons comment un chacun accorde difficilement de départir aux autres ce qu’il pense luy estre propre et particulier : en après, quand quelqu'un est excellent par-dessus les autres frères, comme il tombe aiséement à les mespriser tous. Il n’estoit doncques pas possible de mieux recommander la communication libérale des dons spirituels, que quand Jésus admonéste qu'il n’y en à pas un qui ait excellence ne grâce quelconque par sa propre industrie, mais que le tout procède de la pure libéralité de Dieu. Or Jésus-Christ à monstré en ses ministres un tesmoignage de la grâce qui avoit esté dite par Isaie, chapitre cinquante cinquième, v.4, Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, beuvez, et sans bailler argent prenez du vin et du laict. Toutesfois il monstre quant et quant que jamais homme ne sera fidèle ministre de sa Parole, et dispensateur de sa grâce, s’il n’est prest de s’y employer, et d'y mettre son labeur gratuitement, et sans considération de son proufit : et que tous mercenaires corrompent vileinement, et profanent cest office sacré d’enseigner.

Au reste, ce que les Docteurs de l'Eglise sont entretenus de gages qui leur sont

assignez du public, n’est point contraire à ceste dispensation gratuite, pourveu qu’ils servent volontairement et libéralement à Jésus-Christ et à son Eglise, et

que leur nourriture et entreténement soit comme un accessoire pour le regard du labeur.

MATTH. X

9 Ne faites provision d'or, ni d'argent, ne d'airain en vos ceintures :

10 Ne de mallete pour le chemin, ne de deux robbes, ne de souliers, ne de baston! : car l’ouvrier est digne de sa nourriture ?.

11 Et en quelque ville ou bourgade que vous entrerez, enquestezvous qui y est digne, el demeurez la jusques à ce que vous en parliez.

12 Et quand vous entrerez en quelque maison, saluez-la.

13 Que si la maison en est digne, que vostre paix viene sur elle :

mais sielle n'en est pas digne, que vosire paix retourne à vous.

A4 Et quiconque ne vous recevera, et n’escoutera vos paroles, départans de la maison ou de la ville, secouez la poudre de vos pieds. À

15 Je vous di en vérité, que ceux du pays de Sodome et Gomorrhe seront traillez plus doucement au jour du jugement, que ceste ville-là.

MARC VI

8 Et leur commanda de ne rien prendre pour porter sur le chemin, sinon un baston seulement : ne mallete, ne pain, ne monnoye en leur ceinture :

9 Mais qu'ils fussent chaussez de sandales*, el qu'ils ne se vestissent point de deux robbes.

10 ZI leur disoit aussi, En quelque part que vous entrerez en une maison, demeurez-y, jusques à lant que vous partiez de la.

A1 Et tous ceux qui ne vous receveront, el ne vous orront, en partant de là secouez la poudre de dessous vos pieds en tesmoignage contre îiceux. Et vérité je vous di que ceux de Sodome et de Gomorrkhe seront plus doucement traitlez au jour du jugement que ceste villelà.

LUC IX

3 Et leur dit, Ne portezrien pour le ckemin, ne baston, ne mallete, ne pain, ni argent, et n'ayez point deux habillemens.

4 Et en quelque maison que vous en-

triez, demeu-

rez-Yy, Cl VOUS en allez de là.

5 Et par tout Où On ne VOUS recever a, parlez de ceste

ville-là, et se- .

couez la pou-

dre de vos pieds en tesmoignage con- (r'Eux.

1) Luc, XXII, 35. 2) 1 Tim., V, 18.

9, Ne faites provision d'or ni d'argent, etc. Pource que la commission et ambassade estoit telle, que Christ vouloit que ses disciples circuissent tout le pays de Judée en peu de jours, et retournassent incontinent vers luy, il leur défend de porter des hardes qui les pourroyent empescher de faire si bonne diligence. Aucuns ont failli pensans que Christ donnast yci une règle perpétuelle pour les ministres de la Parole, ou pour les Apostres. Il y aura ci-après quelques sentences qui tendent plus loin: mais il est certain que ces commandemens de ne se charger d'aucun pacquet, se doyvent restraindre à ceste commission temporelle que j’ay dite. Or il faut lire d’une suite toute ceste défense qui est en sainct

8) Act., XIIL, 51, et XVIII, 6.

4) Act., XII, 8.

Matthieu touchant l'or, Pargent, la mallete, et les deux robbes, comme il appert par les deux autres Evangélistes. Et pourtant j'ai mieux aimé tourner, Ve faites

provision : pource que le Seigneur à VOU-.

lu simplement défendre qu’ils ne se chargeassent de rien pour faire le voyage. Is pouvoyent avoir en la maison des malletes, des souliers, et d’autres Sayes: mais afin qu'ils soyent plus alaigres et disposez à cheminer, il leur commande de laisser tout ce qui les pourroiït Charger.

À quoy aussi se rapporte ce qui est en sainct Marc, Qu'ils soyent chaussez de sandales. Quant à la verge ou baston, il

semble que ils ne s'accordent pas : Car en.

sainct Marc il leur est permis de porter baston: en S. Matthieu et en S. Luc il

SUR L’HARMONIE EVANGÉLIQUE

leur est défendu. Mais veu qu’en Hébrieu la signification du mot Schéveth, est ambiguë, combien que les Evangélistes escrivissent en Grec, toutesfois ils ont prins en diverses sortes le mot Grec, comme l'Hébrieu. S. Matthieu doncques et S.

Luc entendent des bastons qui chargent ceux qui les portent : mais sainct Marc entend un baston, sur lequel ceux qui ont à cheminer s’appuyent pour se soulager. Or il.est certain que pour faire quelque voyage, la coustume estoit de porter un baston. Et ainsi faut entendre ce passage de Genèse XXXII, 10, Jay passé ce Jordain avec mon baston: par lesquels mots Jacob confesse qu’il estoit venu en Syrie despourveu et n'ayant aucuns biens.

10 Car l’ouvrier est digne de sa nourriture. Christ vient au-devant de objection qu’ils pouvoyent faire. Car la condition pouvoit sembler dure et estrange, d'aller par tout le pays de Judée, n’ayans rien de quoy faire leurs despens.

Et pourtant Christ dit qu'ils ne doyvent pas craindre d’avoir faute, pource qu’en quelque lieu qu'ils vienent, ils gaigneront bien pour le moins leur nourriture.

Il les appelle ouvriers, non pas qu'ils fussent semblables à des ministres ordinaires qui travaillent en la vigne du Seigneur, et lesquels en plantant et arrousant s’employent à la cultiver, mais seulement pource qu'ils estoyent comme héraux pour donner au peuple quelque goust d’une doctrine plus abondante et parfaite. Car Christ ne leur enjoignit point lors autrement charge d'enseigner, sinon afin qu'ils rendissent les Juifs attentifs à la prédication de l'Evangile.

Mais afin qu’ils ne veinssent à objecter qu'ils ne trouveront pas leur nourriture, pource que personne ne les recognoistra pour ouvriers, Christ prévient aussi ceste difficulté, leur commandant de s’enquérir par chacune ville s’il y a quelqu'un digne de recevoir le message de salut. Par lesquels mots il leur commande de demander s’il y à quelques gens de bien et fidèles qui ayent une crainte et révérence de Dieu et de la docilité desquels on puisse espérer quelque chose de bon, afin d’employer principalement leur travail envers ceux-là. Car pource qu’ils ne pouvoyent

pas beaucoup séjourner en chacun lieu, il faloit commencer par ceux lesquels estoyent mieux préparez et disposez.

11 Demeurez là jusques, etc. Ceci se rapporte semblablement à la grande diligence qu'il leur faloit faire: car s'ils eussent séjourné un peu plus longtemps en quelque lieu, il y eust eu raison de changer de logis, de peur de charger par trop un homme. Quand doncques Christ leur commande de s’arrester chez le premier qui les aura receus en sa maison, jusques à ce qu'ils s’en aillent en une autre ville, il signifie qu’il faut qu'ils se hastent, à celle fin qu’ayans divulgué en une ville ie message de l'Evangile, ils courent incontinent à l’autre.

12 Saluez la, etc. Pource qu'ils ne pouvoyent discerner ceux qui Craignoyent Dieu et le servoyent d'affection, d’avec les contempteurs, il leur commande de s’accointer amiablement en toutes les maisons où ils s’addresseront. Car la salutation est comme une entrée pour deviser et parler avec les gens. Desjà ils avoyent esté bien advertis de se retirer vers Ceux qui avoyent quelque apparence et bruit de porter affection à la doctrine de Dieu: mais pource qu'il advient quelque fois que ceux qui ont grand bruit d’estre fort gens de bien, quand ce vient à bon escient à monstrer de quoy, descouvrent leur impiété, il estoit besoin que ce commandement fust expresséement yei mis. Le sens est doncques, Essayez de première entrée si ceux de la maison vous escouteront volontiers, et tous ceux qui auront prins plaisir à recevoir vostre doctrine, demeurez avec eux afin que vostre salutation soit confermée et accomplie. Que s’il y en a qui la rejettent, sortez incontinent de leur maison, et entant qu’en vous sera, retirez vostre salutation. Car ceste manière de parler vaut autant comme s’il eust dit, Pource qu’à cause de leur ingratitude ils sont mdignes de jouir de la bénédiction de Dieu, laquelle vous leur avez souhaiïttée, quittez et rompez tout lien de communication avec eux. Le mot de Paix, se rapporte à la façon de saluer que les Juifs avoyent communéement en usage : Car pource qu'en leur langue Paix signifie prospérité et

bonne issue d’affaires, quand ils veulent désirer bien à quelqu'un, et souhaitter que ses affaires vienent à proufit, ils luy désirent paix. Je confesse bien que les Abostres ont apporté aux hommes une autre paix: mais c’ést philosopher trop subtilement de tirer Ce passage à la réconciliation gratuite de Dieu avec les hommes.

A4 Quiconque ne vous recevera, el n’escoutera, etc.Il dénonce une vengence bien rigoureuse contre les contempteurs de l'Evangile: et par cela il a voulu donner courage à ses disciples, afin que l’ingratitude du monde ne les empeschast point de passer outre. Vray est qu'il commande aux Apostres ce qu’ils auront à faire, quand ils rencontreront des contempteurs : toutesfois son intention à esté principalement, si en quelque lieu on rejettoit leur doctrine, de remédier à la douleur et énnuy qu’ils en prendroyent justement, afin qu’ils ne défaillissent au milieu de leur course. Et de faict, nous voyons comment sainct Paul en la seconde Epistre aux Corinthiens If, 45, se consolant là-dessus, mesprise courageusement toute la rébellion et résistance des hommes, marche constamment par le milieu de tous les empeschemens, et se glorifie qu'il est bonne odeur à Dieu, combien qu'il soit odeur de mort à ceux qui périssent. Au reste, Ce passage monstre combien le Seigneur prise son Evanpile: et de faict, veu que c’est un thrésor inestimable, il y à une ingratitude par trop vileine en {ous Ceux qui le refusent quand il leur est présenté. D’avantage, puis que c’est le Sceptre de son règne, on ne peut le rejetter sans luy faire une injure et outrage manifeste. Secowez la poudre. Comme le Seigneur magnifie yci l'excellence de la doctrine de l'Evangile, afin qu’elle soit receue de tous avec révérence, ét donne crainte aux rebelles en les menaceant d’une punition horrible.

Ainsi il veut que les Apostres publient et facent sçavoir la vengence laquelle il dénoncé: Ce qui ne se peut faire, sinon qu'ils bruslent d’un grand zèle de maintenir la doctrine laquelle ils preschent.

Il faut donc entendre qu’un homme n’est point propre à enseigner la doctrine cé-

leste, s’il n’ha un tel courage qu'il se sente tormenté el picqué en son Cœur, quand il voit qu’on la mesprise. Il est vray-semblable que la facon de secouer la poudre estoit desjà dès lors en usage entre les Juifs pour un signe d’exécration, comme s'ils eussent déclaré que les babitans du lieu sont tant pollus et infects, qu'ils ne font qu’infecter la terre en la touchant. Je pense que c’estoit une coustume toute commune, pourcé que Jésus-Christ en parle Comme d’une chose cognue. Or ceste façon d’exécration conferme encore mieux ce que j’ay dit naguères, qu’il n’y a offense que Dieu ait plus à contre-Cœur, que le mespris de sa. Parole: car il ne nous Commande point d’user d’une façon de détestation où exécration si solennelle contre les adultères ou meurtriers, ou autres malfaiteurs quelconques.

A5 Je vous di en vérité, etc. Afin qu’il ne semble que ce soit une menace vaine, et (comme on dit) seulement pour « faire peur aux petis enfans, Christ prononce que Ceux qui auront rejetté l'Evangile seront punis plus griefvement que le peuple de Sodome. Quant à ce qu’aucuns prenent le mot de Jugement, pour la destruction de Jérusalem, cela ne convient point à Pintention de Christ: car il faut entendre le jour du jugement genéral, auquel les uns et les autrés viendront à conte, en sorte qu’on pourra faire Comparaison dés punitions. Jésus-Christ a nomné Sodome plustost qu’une autre ville, non-seulément pource qu’elle a surmonté toutes les autres en meschancetez exécrables, mais aussi pource que Dieu la fait périr d’une façon merveilleuse, afin qu’elle servist d'exemple en tous aages, et que le nom mesme d’icelle fust en abomination.

Et toutesfois il ne se faut point esbahir si Christ dit qu'ils seront punis plus doucement que les incrédules qui auront refusé d’ouir PEvangile. Car quand. les hommes r’attribuent point d'authorité à leur Créateur qui les a faits et formez, et ne daignent pas luy donner audience quand il parle, mais au contraire le repoussent quand il les appelle doucement, et ne lui adjoustent point dé foy quand il leur promet toutes choses libéralement,

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE. 255

ceste impiété estcomme le dernier comble de toutes meschancetez. Or si Dieu a fait une si horrible vengence de ceux qui avoyént rejetté ceste prédication encores obscure, combien sera terrible la punition qui est préparée à ceux lesquels rejettent maintenant Jésus-Christ, lequel parle

comme à plene bouche? D’avantage, si Dieu à puni si rudement les contempteurs, que sera-ce des adversaires et ennemis enragez, lesquels combatent contre PEvangile par leurs blasphèmes et langues vénéneuses, Où lé poursuyvent cruellement par feu et espées ?

MATTH. X,

A6 Foyci, je vous envoye comme brebis au milieu des loups: soyez donc prudens comme serpens, et simples ! comme pigeons.

17 Et vous donnez garde des hommes : car ils vous livreront aux consistoires,et vous fouetteront en leurs synagogues.

18 Et serez menez aux gouverneurs el aux rois, à cause de moy, en lesmoignage à eux et aux Gentils.

19 Mais quand ils vous livreront, n'ayez point de souci quoy ow comment vous parlerez : car à ce mesme instant vous sera donné ce que vous direz.

20 Car ce n'estes pas vous qui parlez, mais c’est l'Esprit de vostre Père qui parle en vous.

MARC

LUC XII

A1 Et quand ils vous meneront aux synagoques et aux magistrats et puissances, ne soyez en souci comment ou. quelle chose vous respondrez, Ou que vous direz.

12 Car le sainct Esprit vous enseignera à ce mesme instant ce qu'il vous faudra dire.

1) Ou, innocens.

Les commandemens que sainct Matthieu a récitez Jusques yci, appartenoyent seulement à Ceste première commission qui dévoit prendre fin dedans peu de jours:

maintenant Christ passe plus avant, et les prépare pour le temps à venir, afin qu’ils sçachent qu'ils n’ont pas esté éleus seulèément pour fairé ceste briefve prédication, mais qu'il leur reste une charge plus excellente et de bien plus grande diffi- Culté. Car combien que d'entrée ils ne soyent pas tombez en Cés Combats desquels Christ parle yei, toutesfois il leur à esté bon d’en estre advertis devant le temps, Afin que si dés lors ils enduroyent quelques fascheries, ils sceussent que C’estoyent comme des préparatifs et comméncemens de ceste guerre plus rude à laquelle ils estoyent destinez. Cela a bien esté ray, mesme au premier VOyYage, que les Apostres sont semblables à des brebis au milieu des loups : mais pource que le Seigneur espargnant leur infirmité, a réprimé la cruauté des loups, afin qu’ils hé leur feissent nuissance, ce propos se rapporté principalement au temps qui de-

voit venir après, auquel le Seigneur les a traittez plus rudement. Car devant la résurrection lors que l’Espoux estoit présent, ils ont esté traittéz et gouvernez, par manière de dire, comme géns estans aux nopces : mais depuis que l’Espoux est départi d’avec eux, ce bon traittement à cessé, et leur condition a commencé à estre tant dure et aspre, qu’ils ont bien senti que non sans cause ils avoyent esté de bonne heure munis dé ces armes.

Peut-estre aussi que sainct Matthieu a rassemblé en un lieu des propos tenus en divers temps. Car sainct Luce (comme nous verrons puis après) raconte qu’autant en fut dit aux septante disciples qui furent substituez en la place des Apostres. Tant y à que ce poinct est tout résolu, que ces propos n’estoyent pas pour leur prédire et monstrer lissue du voyage lequel ils commençoyent, mais pour les advertir de bonne heure de tout le discours de leur charge d’Apostre.

16 Foyci, je vous envoye comme brebis au milieu des loups, etc. L’exhortation qui s$’ensuit incontinent après, mons-

tre bien à quelle fin tend ceste admonition : et pourtant l’ordre du texte se doit ainsi résoudre, Vous avez besoin de prudence et simplicité, pource que vous serez comme brebis entre les loups. La raison de ceste admonition est prinse sur la nécessité : pource que s'ils ne se gardoyent bien prudemment, ils pourroyent incontinent estre dévorez par les loups :

et s’ils estoyent espovantez pour la rage des loups, ou n’estoyent pas bien avisez, ils chanceleroyent à chacun coup, et finalement désisteroyent de faire leur devoir.

Traittons en premier lieu que veulent dire ces mots, Qu'ils sont envoyez comme brebis entre les loups. Tant cruels et sanguinaires que puissent estre les hom- - mes, le Seigneur pourroit bien addoucir leur nature farouche, veu qu’il apprivoise et rend traittables les bestes sauvages quand il luy plaist. Quand donc il ne donte pas la plus grand’part des hommes pour les faire ranger à l'obéissance de son Evangile, mais les laisse en leur nature sauvage et cruelle, il le fait tout exprès afin d'exercer ses Ministres. Or combien que tous ceux lesquels Dieu ne régénère point par l'Esprit de douceur, soyent loups de nature, toutesfois Christ entend principalement ceux qui sont ennemis enragez contre l'Evangile, lesquels tant s’en faut qu'ils s’addoucissent oyans la voix du Pasteur, qu'au contraire ils s’enflamment en plus grande cruauté. Le Seigneur done envoye les Ministres de sa Parole, avec ceste condition qu'ils conversent au milieu des loups, c’est-à-dire qu’ils ayent beaucoup d’ennemis mortels, et estans de toutes parts environnez de beaucoup de dangers, ils exercent leur charge avec grande difficulté entre plusieurs empeschemens. Et afin qu’ils soyent esprouvez plus vivement, il ne leur baille point d'armes pour se défendre par violence, mais il les présente sans armes et comme tous nuds entre les dents des loups.

Car quand il les compare à des brebis, cela ne se doit pas rapporter à leurs mœurs et façon de faire amiable et paisible, ou à la douceur de leurs esprits, mais seulement il signifie qu’ils ne seront non plus robustes ou pareils en force pour repousser la violence des adversaires, que

sont les brebis contre la rage des loups.

Il est vray que Jésus-Christ requiert bien aussi de ses disciples qu’ils ayent des cœurs de brebis, afin qu’ils combatent par patience contre la malice des meschans, et endurent paisiblement les injures qu’on leur fait: mais le simple sens de ce passage est, qu'il y a des ennemis puissans et cruels préparez contre les Apostres, combien que de leur costé ils n’ayent aucure force ou munition externe. Si quelqu’un réplique, qu’ainsi la comparaison entre les loups et les brebis ne seroit pas plene et parfaite, la response est aisée.

Car combien que le Seigneur en nommant les ennemis de l'Evangile Loups, ait voulu plustost exprimer la puissance qu’ils ont à mal-faire, que non pas la cupidité et laffection, toutesfois pource qu'on ne cognoist pas si un homme est loup s’il ne monstre sa rage contre VEvangile, pour ceste cause Jésus-Christ a conjoint ces deux choses ensemble, asçavoir qu’ils sont poussez d’une impétuosité et cruauté à espandre le sang, et quant et quant qu’ils sont armez de force et puissance. Soyez donc prudens, etc.

Il veut dire en somme, que la prudence à se donner garde doit estre tellement réglée et compassée, que cela ne les face point par trop craintifs, et qu'ils n’en soyent plus lasches à faire leur devoir.

Car nous voyons que ceux qui veulent estre estimez bien avisez et pourvoyans, le plus souvent sont craintifs, poureux et lasches. Il est bien vray qu'il faut que les disciples de Jésus-Christ, estans de tous costez environnez de beaucoup de dangers, avisent songneusement à se donner garde : mais pource qu’il est bien à craindre que par faute de courage ils laissent de faire leur devoir, Jésus-Christ leur commande de cheminer en simplicité par tout où leur vocation les poussera.

Ce qu'il exprime par deux similitudes.

Les serpens se sentans estre hays, sont

songneux éviter et fuir tout ce qui leur.

est contraire : ainsi il est commandé aux

fidèles d’avoir soin de leur vie propre, afin qu'ils ne se jettent témérairement en danger, et qu'ils ne se présentent à toute nuisance. Au contraire les pigeons, combien qu’ils soyent poureux de nature, et

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

sujets à beaucoup d’encombriers, toutesfois ils volent en simplicité, et comme Wayans point de souci, ils attendent quasi qu’on les frappe, souvent aussi ils se présentent devant ceux qui leur tendent des embusches. Christ exhorte les siens à une telle simplicité, afin qu’une trop grande peur ne les empesche de poursuyvre leur course. Il y en a aucuns qui philosophent yci plus subtilement de la nature du serpent et du pigeon : mais la similitude ne passe pas plus avant.

Nous voyons donc que Christ condamne yci ceste prudence charnelle, ou plustost ceste finesse, en laquelle la plus grand’ part des hommes se plaist et se lasche par trop la bride, en regardant dun costé et d’autre jusques à quel point on pourra passer seurement. Et ainsine vou- Jans point se mettre en aucun danger, ils renoncent Christ et sa vocation.

17 Et vous donnez garde des hommes. Erasme a traduit, de ces hommes :

pource qu’il luy a semblé que Particle Grec qui est mis avec le nom, dénotoit quelques certains hommes : mais selon mon jugement, il vaut mieux le prendre en général : comme si Christ eust dit qu’il faut aviser à converser prudemment entre les hommes, où tout est plein d’embusches et de nuisances. Toutesfois il semble qu'il se contredit soy-mesme. Car le souverain moyen de se donner garde, seroit de se tenir en sa maison et faire ses affaires, sans s’avancer en public. Je respon qu'il est yci parlé d’une autre manière de se garder, non pas afin qu’estans saisis de crainte ils se déportent de faire leur devoir, mais afin qu'ils ne soyent par trop troublez des maux et fascheries venans soudain. Car nous SÇavons que ceux qui Sont surprins sans y avoir pensé, défaillent tout esperdus et comme demi-morts. Christ doncques a voulu que les siens eussent cest avis de prévoir de loin ce qui adviendroit, afin de se disposer et préparer de bonne heure à soustenir les assaux et combats.

Brief, il leur sonne la trompette, afin qu'ils s’'apprestent plus alaigrement à la bataille. Car comme une prouvoyance excessive et de plus grand souci qu’il ne

ainsi une asseurance nonchalante en enyvre beaucoup, en sorte que se jettans en danger à la volée, ils défaillent quand il est question de tenir bon. Car ils vous livreront aux consistoires. I est aisé à recueillir de ces mots, que les combats lesquels Christ dénonce maintenant aux Apostres, ne se doyvent point restraindre au premier voyage, auquel ils mont rien expérimenté de tout ceci. Or le but où il prétend en les advertissant de ce qui leur devoit advenir, est, que jamais ils ne perdent courage : pource que c’estoit une chose où il estoit requis une vertu singulière, que de povres gens et de basse condition, venans devant les princes et grans seigneurs , demeurassent fermes en leurs propos, sans estre troublez pour la grandeur et hautesse qui reluisoit au monde. Il les advertit aussi qu'ils auront à combatre mesmes és pays lointains, et non-seulement en Judée. Ce qu’il fait, non-seulement afin que par longue méditation ils se préparent à une telle bataille, mais aussi afin que quand ces choses surviendront, estans comme maistres bien expérimentez et confermez , ils se tienent asseurez d’estre gouvernez par la conduite céleste. Quant à ce qu’il adjouste, En tesmoignage à eux el aux Gentils : le sens est, Que la volonté de Dieu doit estre notifiée, mesmes aux princes estranges et nations lointaines, afin qu’ils soyent inexcusables. Dont s'ensuit que le travail des Apostres ne sera pas vain, veu qu’il servira à monstrer la droiture au jugement de Dieu, après que les hommes auront esté convaincus de leur obstination et rébellion.

19 N'ayez point de souci. La considération est yci adjoustée : car autrement Christ eust peu cent fois exhorter ses disciples, et tout cela n’eust guères servi sans ceste promesse, par laquelle il les asseure que Dieu leur assistera, et que par sa vertu ils demeureront victorieux.

De ceci nous recueillons que l'intention de Christ n’a pas esté, en leur prodisant les dangers, de diminuer l’ardeur et laffection de laquelle nécessairement les disciples devoyent brusler, s'ils vouloyent s'acquitter de leur devoir. Il est bien vray

faut, fait perdre courage à plusieurs : | que &’est une grande chose de soustenir

la présence des princes : car non-seulement crainte, mais quelques fois aussi une nonte fait bien perdre courage à des gens de bon vouloir. Que sera-ce doncques quand les princes se jetteront contre nous d’une cholère furieuse, en sorte qu’il semblera quasi qu’ils foudroyent ? Christ toutesfois défend aux siens de s’en donner souci, d'autant que le sainct Esprit leur suggérera les mots pour parler. Car selon qu'un chacun sentant mieux son imbécillité se desfie de soy-mesme, d’autant plus est-il en tremblement et incertitude sil n'attend secours d’ailleurs. Ei nous voyons que ce qui fait défaillir plusieurs, est, pource qu'ils mesurent Selon leurs forces, qui sont bien petites ou du tout rien, lissue des choses qu’ils entreprenent. Pour ceste cause Christ défend à ses disciples de regarder leur force et puissance, leur commandant de s’arrester à la seule fiance de la grâce céleste. Il n’est pas yei question, dit-il, de vostre pouvoir et dextérité, mais de la vertu du S. Esprit, lequel duit et addresse les langues des fidèles à faire pure confession de la foy. Et afin que le défaut qu'ils sentoyent présentement en eux ne les feist douter, il dénonce que remède leur sera envoyé soudainement au besoin. Car souventesfois le Seigneur laisse ses fidèles

MATTH. X,

| despourveus du don de bien parler, ce-

pendant qu’il ne les appelle pas à luy rendre tesmoignage : mais quand il en est nécessité, il fait que ceux qui aiparavant avoyent semblé estre muets, se trouvent plus que bien parlans. Et de faict, nous avons veu de nostre temips aucuns martyrs, lesquels ayans esté le reste de leur vie quasi muets, et n’ayans point de grâce à parler, toutesfois quand Dieu les a appelez à rendre confession de leur foy. devant les ennemis, ça esté un mi:

racle du don excellent qw’ils ont eu dé parler et respondre pertinemment et ayee grâce. Au reste, Christ n’a pas voulu que ses Apostres fussent du tout sans soin:

Car il estoit bon qu’ils etssent quelque souci, afñni d’estre incitez à demander par prières que cest Esprit leur fust donné :

mais il a voulu oster ceste cogitation profonde et plene de chagrin, de laquelle les hommes s’enveloppent le plus souvent. Car en fuminant en eux-mesmes que ce sera si ceci ou cela advient, et ne se reposans point sur li providence de Dieu, ils sont troublez d’une merveilleuse incertitude et instabilité. Et certes tous ceux qui ne font point cest honneur à la providence de Dieu, de croire qu’il suppléera au besoin à leur défaut, sont bien dignes d’un tel tourment.

MARC. LUC VI

91 Or le frère livrera son frère à niort, el le père l'enfant : et les enfans s’eslèveront contre leurs pères

et mères, et les feront mettre à mort 1.

22 Et seréz hays de tous, à cause de mon nom ; mais qui soustiendra? jusques à la fin, cestuy-là sera

sauvé.

93 Et quand ils vous persécuteront en cesté villelà, füyez en une autre: car en vérité je vous di que vous n'aurez point parachevé d'aller par toutes

les villes d'Israël, que le Fils de l'homme he soit

venu.

24 Le disciple n'est point par-dessus le maistre, ni le Servileur par-dessus son seigneur ?.

95 1l suffit au disciple qu'il soit comme son Maistre, et que le serviteur soit comme son seigneur s'ils ont appelé le père de famille Beelzebub, combien plus

ses domestiques"?

1) Luc, XXI,16. 2) Ou, tiendra bon.

3) Jean, XII, 16, et XV, 20.

10 Le disciple n'estpointpardessus son maistre: mais tout disciple sera rendu conforme à son maistre.

») Matth.; XI, 2%,

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

91 Or le frère livrera son frère. I les admoreste premièrement des grandes tribülations qu'ils auront à endurer : puis après adjoustant une singulière consola- tion, il addoucit toute l’amertume d’icel-

les. I! dénonce doncques premièrement que les choses qui ont accoustümé d’apporter secours où soulagement aux autres, séront tournées aux disciples en comble de plus grande misère : asçavoir que leurs frères et parens, qui devoyent leur aider les voyans oppressez, leur tendre la main au Milieu des calamitez, et pourchas- Sér que Mal ne leur adviene, seront leurs énnemis mortels. Toutesfois ceux-là s’abut- Sent Qui pensent que ceci adviene seulement aux fidèles, d’estre livrez à mort par léürs propres frères. Car il peut advenir qu'un père poursuyvra son fils par un zèle Sainet et plaisant à Dieu: comme s’il voit que Son fils soit un meschant apostat qui ait renoncé le pur service de Dieu : et mesie le Seigneur nous commande en tel cas d'oublier hostre propre sang et l'affection iaturelle, (Deut., XIE, 9) et nous proposer seulement ce büt, de maintenir la gloire de son nom, afin que punition Soit faite de l’outrage commis cotitre sa majesté. Et de faict, quiconque aura la révérence de Dieu "bien imprimée en sOY, nespargnera jamais en telle sorte ceux de son sang, qu'iln ‘aime mieux les véoir tous périr, si besoin est, plustost que le royaume de Christ viene à estre dissipé, li doctriñe de salut esteinte, et le service de Dieu aboli. Que si nos affections esfoyvent bien réglées, il n’y auroit point d'autre juste cause de haine entre nous.

Au reste, veu que Christ non-seulement réstablit le Royaume de Dieu, et remet là vraye piété en sa vigueur entière, mais aussi retire leS hommes de damnation, et les Amène à salut : il n’y a rien plus es- “range et desraisonnable, que d’avoir en haine à cause de luy les Ministres d’une “doctrine tant digne d’estre aimée. Cela, Comme C’est un monstre contre nature, éstoit bien pour troubler merveilleuse- - ment les gens simples et d'esprit paisible : Mais nonobstant Christ prédit qu'il en adviendra ainsi.

22 Qui soustieñdra. Ceste seule promesse doit suffire à bon droict pour for-

tifier les cœürs des fidèles, encores que tout I8 monde S’eslevast contr’eux, quand il leur est promis que l'issue en sera heureuse et salutaire. Car si une Cértaine ré- Solution qu'ont pris ceux qui bataillent sous des capitaines terriens, sans SÇavoir quelle en sera l’issue, les pousse jusques à là mort, faudra-il que les fidèles, qui sont certains de leür victoire, facent difticulté de s’employer jusques au bout pour l’honneur de Christ?

23 Et quand ils vous persécuteront.

Il prévient ce qu’ils pouvoyent répliquer :

S'il nous faut encourir là male-grâce et haine de tout le monde, que sera-ce à la fin : et que deviendrons-nous? Combien donc qu’ils ne puissent arrestér seurement en aucun lieu, Christ toutesfois les admoneste qu'ils ne doyvent point perdre espérance : mais que quand ils auront esté chassez d’un lieu, ils doyvent plustost essayer si leur travail ne pourra point proufiter en quelque aütre endroit.

Les expositeurs s’abusent, en pensant que ce soit yci une simple permission : veu que plustost Christ commande aux Apostres ce qu’il veut qu’ils facent. Car celuy qui à soustenu une persécution, seroit bien conterit de se reposer comme un gendarme qui à fait son temps, mais Christ n’accorde point aux siens une telle exemption : au contraire il veut qu'ils poursuyvent toute leur course d’une grande affection sans se desgouster. En somme il est commandé aux Apostres de s'apprester d'heure en heure à houveaux combats, afin qu'estans venus à bout d'un ou de deux, ils ne pensent point estre quittes : et ne leur est point permis de s'enfuir et se retirer en quelque lieu secret, où ils demeurent oisifs : mais combien que leuf labeur n’ait pas bien rencontré en un lieu, le Seigneur les exhorte à poursuyvre. Au reste, SOUS ce ComMandement il faut entehdre que la permission y est comprinse. Et quant à ce poincet de fuir persécution, il nous le faut résoudre ainsi, Qu’on ne doit pas condamner indifféremment tous ceux qui s’enfuyent, et néäntmoins que toute manière de fuite n’est pas licite. Aucuns des anciens se sont montrez en ceci trop ardens et extrêmes, en condamnant la fuite comme une espèce

de renoncement. Car si cela estoit vray, Christ et ses Apostres porteroyent une partie de ce déshonneur : au contraire, s’il estoit permis indifféremment de fuir, on ne cognoistroit point en temps de persécution le bon Pasteur d'avec le merceaire. Il faut donc tenir la modération que sainct Augustin prescrit escrivant à Honorat, Asçavoir qu’un chacun se garde «abandonner laschement le troupeau, ou de monstrer exemple de couardise, en délaissant sa charge par timidité. Cependant toutesfois que personne aussi ne se précipite inconsidéréement et à la volée. Si toute l'Eglise est assaillie, ou la plus grand part d’icelle poursuyvie à la mort, le Pasteur fera mal de s’absenter, veu que son devoir est de mettre sa vie pour un chacun d'eux : mais quelque fois il se pourra faire qu’en. appaisant par son absence la fureur des ennemis, il fera plus grand proufit à l'Eglise. Il faut donc que ceste simplicité de colombe serve yci de règle, afin que les gens mols et lasches ne prenent quelque couleur pour couvrir leur timidité, comme: tousjours la chair n’est que trop subtile quand il est question de s’exempter de fascherie et d’affaires. Car en vérité je vous di. Quant à ce qu’aucuns exposent ces mots touchant le premier voyage, ou la première commission qu'ont eue les Apostres, cela ne convient pas : au contraire il comprend plustost tout le discours de leur Apostolat. Mais toute la difficulté gist, asçavoir que c’est que signifie /a venue du Fils de l’homme. Aucuns le prenent pour un tel avancement de l'Evangile, que chacun puisse cognoistre que Christ règne vrayement, et que c’est de luy qu’il faut espérer le restablissement du règne de David. Les autres le rapportent à la destruction de Jérusalem, en laquelle Christ s’est monstré prenant vengence de l’ingratitude de ce peuple. La première exposition est passable : l’autre est plus contrainte. Toutesfois il me semble que c’est yei une consolation donnée spéciament aux Apostres. Nous disons que Christ vient, quand les choses estans comme hors d'espérance il envoye quelque remède. C’estoit une chose merveilleuse et comme infinie que ceste com-

mission qu’ils avoyent à accomplir, asçavoir de publier la doctrine de l'Evangile par tout le monde, Christ promet donc qu’il viendra devant qu’ils ayent fait le circuit par tout le pays de Judée : asçavoir pource que par la puissance de son Esprit, il esclarcira et magnifiera son règne, en sorte que les Apostres verront vrayement luire ceste gloire et majesté qui leur estoit encores incognue.

24 Le disciple n’est point. Maintenant par son exemple il les exhorte à patience :

et de faict ceste consolation est telle, qu’elle doit effacer toute tristesse de nos cœurs, quand nous venons à penser que nous avons une condition commune avec le Fils de Dieu. Toutesfois pour nous faire plus grand’ honte, il emprunte deux similitudes de la facon commune des hommes. Le disciple et escholier estime que ce luy est grand honneur de ressembler à son maistre, et n’ose pas en désirer davantage, En après, les serviteurs n’ont garde de refuser la condition de laquelle leurs seigneurs et maistres se contentent bien. Puis que le Fils de Dieu ha tous les deux titres par-dessus nous, auquel le Père a donné le souverain empire, et enjoint l'office de Maistre et Docteur :

nous deverions bien avoir honte de refu.ser ce à quOy il n’a pas desdaigné s’assujetir pour l’amour de nous. Mais ce propos ha plustost besoin d’estre bien ruminé, qu'exposé plus longuement, pource qu'il est assez clair. Sainet Luc récite ceste sentence au sixième chapitre, comme dite sans aucune liaison, parmi plusieurs autres propos. Mais pource que sainct Matthieu en ce passage monstre fort bien où elle se doit rapporter, il ne m’a pas semblé qu’on la peust mieux mettre autre part. Au reste, quant à la translation je n’ay voulu suyvre ni Erasme, ne l’ancien translateur Latin, pour la raison qui s’ensuit. Le mot Grec signifie parfaict, et aucunesfois propre ou convenable et conforme : mais veu que Christ parle yci de similitude ou convenance, et non pas de perfection : comme s’il disoit qu'il n’y a rien plus convenable que cela, que le disciple se conforme et règle à l’exemple de son maistre, il m’a semblé que le dernier sens estoit plus propre au passage.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

25 S'ils ont appelé le père de famille.

C'est autant comme s’il se nommoit Seigneur de l'Eglise : comme aussi l’Apostre faisant comparaison de luy avec Moyse et les Prophètes dit que ceux-là ont esté serviteurs de la maison, mais qu’il est le fils et héritier, Héb., IE, 2. Car combien qu'il nous face cest honneur de nous nommer ses frères, toutesfois il est l’aisné et le chef de tout le corps : brief il ha tout le gouvernement et la souveraine puissance. Parquoy il n’y a rien moins raisonnable que de vouloir estre tenus du rang des fidèles, et cependant murmurer contre Dieu, quand il nous conforme à l’image de son Fils, lequel il a ordonné gouverneur sur toute sa famille. Car quelle mignardise est-ce là, si nous voulons avoir place en sa maison, et cependant avoir quelque chose plus que le Seigneur-mesme ? Le sommaire est, que nous sommes par trop délicats et tendres sil nous fasche d’endurer les injures et opprobres ausquels nostre Prince s’est volontairement assujeti. Le mot de Beelzébub, est corrompu : car à proprement parler il faut dire Baal-zébub. On a ainsi nommé le principal des faux dieux des Philisthins, lequel estoit adoré en la ville nommée Accaron. Baalim estoyent nommez les autres petis Dieux, lesquels au-

MATTH. X

26 Ne les craignez point donc: car rien n'est couvert, qui ne se descouvre:

el rien ne est secret, qui ne se cognoisse.

27 Ce que je vous di en ténèbres, dites-le en lumiéere: el ce que vous oyez en l'aureille, preschez-le sur les maisons.

28 El ne craignez point ceux qui tuent les corps, el ne peuventtuer l'âme: mais plustost craignez celuy qui peut desfaire l'âme et le corps en la Géhenne.

29 Deux passereaux ne se vendent-ils pas une pile?

néantmoins l'un d'eux ne

soit

lumière.

pour qu'il oye.

MARC IV

22 Car n'y a rien de secret qui ne enfin manifesté, ou qui puisse estre caché, ains ùl faut qu'il vieneen

23 Si aucun ha aureilles OUT ,

jourd’huy en la Papauté on appelle Patrons. Or pource que Baalzébub vaut autant comme patron et seigneur de la mousche, ou des mousches, aucuns pensent que ce nom luy a esté donné, pource qu’il y avoit grande abondance de mousches dedans le temple, à cause de la multitude des sacrifices : mais je pense plustost que on ha eu recours à cest idole, pour avoir remède contre les mousches qui faisoyent grande nuisance en ce lieulà. Car quand Ochozias y envoya par superstition pour sçavoir touchant sa convalescence, il lenommoit ainsi, 2 Rois I, 2.

Dont appert que ce n’estoit pas un nom qui fust donné par mespris et détestation de lidole : mais comme les saincts personnages ont attribué aux enfers le nom de Géhenne, afin de diffamer et descrier tant plus ce lieu-là : ainsi en haine et détestation de l’idole ont nommé le diable Baal-zébub. Dont nous recueillons que les meschans et malins, afin de rendre Christ détestable au commun peuple, l'ont noté de la plus grande injure qu'ils ont peu, comme diable, et celuy qui estoit le plus grand ennemi de la religion.

Parquoy S'il advient qu’on nous face Île mesme outrage, il ne faut pas trouver nouveau que ce qui a commencé à estre fait au chef, soit accompli aux membres.

LUC VII

17 Car Ü n'y a secret qui ne soit manifesté : ni chose cachée qui ne se cognoisse, el qui ne vieneen lumière.

LUC XII

2 Car rien nest couvert, quine se révèle, et rien n'est caché qui ne se cognoisse.

3 Pourtant les choses que vous avez dites en ténèbres, seront ouyes en lumière : et ce que vous avezparlé en l’aureille és chambres, sera presché sur les maisons.

k El à vous mes amis je di, Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et après cela ne scauroyent rien faire d'avantage.

5 Mais je vous advertiray qui vous devez craindre: craignez celuy qui ha puissance après qu'il a tué, de

cherra point sur la terre sans vostre Père.

30 £Etmesmes les cheveux de vostre teste sont tous contez!,

31 Ne craignez point donc, vous valez mieux que beaucoup de passereaux.

1) 1 Sam., XIV, 45. Act., XXVII, 84.

26 Ne craignez point donc. Les Apostres voyans l'Evangile en si grand mespris, et considérans le petit nombre des croyans, pouvoyent perdre toute espérance, mesmes pour le temps advenir. Or Christ maintenant vient au-devant de ceste “doute, disant que l'Evangile doit estre espars et publié plus loin, et qu'il surmontera tous les empeschemens que les hommes y mettront de leur costé, en sorte que finalement il viendra au-dessus et sera cognu par tout. Car combien qu’il semble que ce soit une manière de proverbe quand il dit Que rien n'est couvert qui ne se descouvre, toutesfois il le faut yci restraindre spécialement à la doctrine de salut, laquelle Christ promet estre victorieuse, quoy que les hommes machinent à l'encontre. Combien qu’il preschast quelque fois publiquement au Temple, néantmoins d'autant qu’on rejettoit sa doctrine, elle estoit encores comme cachée en de petis anglets : mais il asseure que le temps viendra qu’elle sera divulguée et publiée de tous costez. Ce que nous sçavons estre advenus un peu de temps après.

Car jamais ne fut ouy tonnerre si esclattant et bruyant sur la terre, qu'a esté le son de la prédication de l'Evangile, qui a retenti d’un bout du monde à l’autre. Et pource que ceste promesse leur devoit augmenter le courage, Christ les exhorte à s’y employer hardiment et diligemment, et qu’ils ne craignent point s'ils voyent encores l'Evangile n’estre rien estimé, et que cela ne les destourne point de le prescher à haute voix. Ce que j’ay yci mis de sainct Marc, a paraventure esté dit en un autre temps et en sens divers : toutesfois pource qu’on trouve là des sentences coupées, j’ay suyvi ce qui me sembloit le plus vray-semblable. Car après que Christ

mettre en la Géhenne : voire je vous di, craignez cestuy-là.

6 Ne vent-on pas cinq petis passereaux deux piles,el un seul d'iceux n’est point oublié devant Dieu?

7 Mesmes aussi tous les cheveux de vostre teste sont nombrez. Ne craignez donc point: vous valez mieux que beaucoup de passereaux.

a là commandé à ses Apostres qu'ils soyent comme des chandelles allumées, estendans bien loin une claire lumière, il met incontinent après, Zl n’y a rien secret qui ne se cognoisse. Or la lumière de l'Evangile a esté allumée aux Apostres comme en ténèbres, afin qu’estant levée haut par leur ministère, elle esclairast. et espandist sa lueur par tout le monde. Le passage du VIIIe chap. de S. Luc est du tout semblable. Quant à celuy du douzième chapitre, il n’y a point de doute qu'il ne soit aussi correspondant à cestuy-ci :

toutesfois il y a quelque diversité quant aux mots. Car là Christ commande aux Apostres de mettre en lumière ce qu'ils ont dit en ténèbres : signifiant par cela qu’ils n’avoyent encores parlé de PEvangile que bien bas, et (par manière de dire) comme entre leurs dents, mais que la publication qu’ils en feront maintenant, sera si authentique qu’elle s’espandra jusques aux bouts du monde.

28. Etne craignez point. Christ use d’une bonne raison pour accourager ses disciples à mespriser la mort: asçavoir que les hommes qui sont créez à l’immortalité céleste, doyvent faire peu de cas de ceste vie transitoire et caduque.. Car le sommaire de tout ce propos revient là, que si les fidèles considèrent bien à quelle fin ils sont nais, et quelle est leur coudition, ils n’ont aucune cause de désirer si fort ceste vie fterrienne. Combien que le sens des mots est encores un peu plus

plein et abondant. Car Christ remonsire .

que la crainte de Dieu est assopie en ceux

qui délaissent la confession de la foy pour

crainte des tyrans, et qu’une stupidité brutale règne és cœurs de ceux qui pour crainte de la mort ne font point de conscience de renoncer la mesme confession

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