‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 20 sur 58 · PR NP LEE · texte numérisé non relu

PR NP LEE

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SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de foy. Car il faut noter l’antithèse entre deux craintes contraires : si la crainte des hommes vient à estouffer et surmonter la crainte de Dieu, n'est-ce pas à dire que nous faisons plus grand conte d’eux que de Dieu mesme? Et de cela il s'ensuit

desjà que en renonçant la vie céleste et

éternelle, nous faisons qu’il ne nous reste seulement que d’estre semblable aux bestes brutes. Il n’y a que Dieu seul qui ait puissance de donner la vie éternelle aux hommes, ou de les envoyer à la mort éternelle : nous ne pensons point à luy pource que la crainte des hommes nous transporte. Par cela ne voit-on pas bien clairement que la vie de ce corps, laquelle n’est que une fumée, nous est en plus grande recommandation que l’estat éternel de l’âme ? ou plustost que le royaume céleste de Dieu ne nous est rien au pris d’une ombre vaine et incertaine de Ja vie présente ? Il faut donc résoudre ainsi les paroles de Christ, Recognoissez que Dieu vous à donné des âmes immortelles, lesquelles estans sous la domination de luy seul, ne vienent point en la puissance des hommes : et si vous pensez bien à cela, vostre foy ne Sera abbatue pour menaces ou espoyantemens que les hommes vous puissent faire. Car qui est cause qu’au combat la crainte des hommes l'emporte, sinon pource qu'on préfère le corps à l’âme, et que l’immortalité est moins estimée que ceste vie caduque ? Et pourtant la répétition dont use S. Luc emporte poids, Foire je vous di, craignez cesluylà. Comme si Christ eust dit que toutes fois et quantes que nous défaillons pour la crainte des hommes, c’est d'autant que nous n'avons point de regard à Dieu : au contraire que si nous craignons Dieu, nous avons la victoire aisée et en main, en sorte que tous les efforts des hommes ne nous pourront destourner de faire nostre devoir. Au reste, l'expérience de tout temps monstre combien ceste exhorlation est nécessaire aux ministres de Christ, et mesme à tous fidèles en général. Car il ne fut jamais que les hommes ne S’eslevassent furieusement contre Dieu, s’efforçeans d’abbatre et exterminer l’E- Yangile. Il estvray qu’ils ne sont pas tous armez également de force et puissance

pour menacer de mort les fidèles afin de les espovanter: mais tant y à que ceste cruauté et barbarie estrange règne en la plus grand’part, et puis après à la moindre occasion elle se descouvre et desborde. Souventesfois aussi Satan attire de grans géans, devant lesquels les serviteurs de Dieu perdroyent la parole et défaudroyent du tout, sinon que par ceste doctrine ils fussent fortifiez en une constance invincible. Or comme ainsi soit que ces deux membres soyent conjoints et liez ensemble, aucuns mal exercez s’abusent de prendre séparéement ceste partie, Qu'il ne faut point craindre les hommes.

Car Christ (comme il a esté desjà dit) pour remédier à la crainte perverse des hommes, laquelle nous retire du droit chemin, met à l’opposite une bonne et saincte crainte de Dieu. Autrement ceste conséquence n’auroit point lieu, Si nous craignons Dieu qui ha domination sur le corps et sur l’âme, qu’il ne faut point craindre les hommes desquels la puissance ne passe point le corps. Quant à ce que Christ attribue aux hommes la puissance de Tuer, cela est dit par une manière de concession. Dieu lasche tellement la bride aux malins, qu’estans enflez d’une présomption de leur puissance, il n’y a rien que ils n’entreprenent, et par ce moyen esbranlent et espovantent les cœurs infirmes, Comme s'ils pouvoyent faire tout ce qu’ils veulent. Combien donc que ce soit en vain que les iniques s’eslèvent, comme s’ils pouvoyent disposer de la vie des fidèles à leur plaisir : et combien que Dieu les tiene enserrez, pour réprimer leur cruauté et leurs efforts furieux quand bon luy semble : toutesfois il est dit que ils peuvent tuer par sa permission, pource que souventesfois il permet que leur fureur se desborde outrageusement. D’avantage ceste remonstrance et enseignement de Christ contient deux parties. Car premièrement afin que nous apprenions de porter patiemment la perte de la vie corporelle, il nous ramène à considérer tant la vie que la mort éternelle : en après. comme par degrez il vient mesmes à ce poinct, de monstrer que la garde et défense de nostre vie est en la main de Dieu.

29 Deux passereaux. Christ passe plus outre: comme j'ay desjà touché, Asçavoir que les tyrans quelques enragez et forcenez qu’ils soyent, n’ont pas mesme puissance sur le corps: et pourtant que c’est mal entendu à ceux qui craignent la cruauté des hommes, comme s'ils n’estoyent pas sous la garde et protection de Dieu. Parquoy au milieu des dangers que ceste seconde consolation nous viene en mémoire, Puis que Dieu est gardien de nostre vie, que nous-nous pouvons seu— rement reposer en sa providence: et mesme que c’est luy faire injure si nous ne remettons nostre vie entre ses mains, veu qu'il daigne bien en prendre le soin.

Or il estend la providence de Dieu sur toutes créatures en général, pour monstrer par un argument du plus grand au plus petit, que nous sommes gardez et maintenus d’une protection plus spéciale et particulière. Il n’y a quasi rien de si petite valeur que les passereaux: car on en baïlloït deux pour quatre deniers, ou, comme dit sainct Luc, pour huit deniers, et toutesfois Dieu ha l’œil mesmes sur iceux pour les maintenir, en sorte qu’il ne leur advient rien à l’aventure. Celuy qui ba soin des petis passereaux, seroit- -il possible qu’il ne teinst conte de la vie des hommes? Au reste, il faut yei noter deux choses. Car premièrement Christ baille bien une autre définition de la providence de Dieu, que ne font plusieurs qui en parlent quasi comme les philosophes, lesquels combien qu'ils disent que Dieu gouverne le monde, toutesfois ils imaginent une providence en confus et en général, comme si Dieu ne regardoit pas en particulier sur chacune de ses créatures.

Mais Christ prononce tout clairement que chacune créature est sous la main et garde de Dieu, en sorte que rien n’est abandonné au plaisir de fortune. Car cer-

tes la volonté de Dieu est mise à l’oppo- |

MATTH. X

32 Tout homme donc qui me confessera devant les hommes, je le confesseray aussi devant mon Père qui est és cieux.

MARC VIN

38 Car qui- Conques aura eu honte de moy et de mes paroles

COMMENTATRES

site de ce que tels Philosophes appellent Contingence : par lesquels mots ils signifient un accident qui vient de soy-mesme és choses, sans qu’il y ait une certaine conduite d’en haut. Et toutesfois en les condamnant nous ne voulons pas establir la resverie des Stoïques en cest endroit.

Car c’est autre chose de songer un Fatum, comme ils disoyent, c’est-à-dire une nécessité laquelle soit contenue en nature par une conjonction perpétuelle et infinie de toutes choses: et autre chose de dire que tout le monde et chacune partie d’iceluy, est gouverné et conduit par la volonté de Dieu. Je confesse bien que si on regarde la nature des choses en soy on trouvera qu’il y 4 quelque Contingence:

mais je di que rien n'advient par un mouvement de fortune esgaré et téméraire, puis que la volonté de Dieu est par-dessus qui conduit tout. Secondement il faut noter que la providence de Dieu doit estre considérée, non pas comme ont accoustumé les gens curieux et volages, mais afin que nous y prenions matière de mettre nostre fiance en Dieu, et que cela soït un moyen de nous soliciter à le prier. Car quand il dit que tous les cheveux de nostre teste sont contez, il ne prétend pas de nous entretenir en je ne sçay quelles spéculations frivoles:

mais c’est afin que nous apprenions à dépendre du soin paternel que Dieu ha de ces corps fragiles.

31 Vous valez mieux. Cela est vray en général de tous hommes, veu que les passereaux sont faits pour leur servir:

toutesfois le propos s'entend proprement des enfans de Dieu, lesquels ont une excéllence qui dépend bien d’autre chose que de la création. Cependant ceste prérogative qu'ont les hommes par-dessus les bestes, ne procède que d’une estime gratuite que Dieu ha d’eux.

LUC IX

26 Car quiconques aura honte de moy et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de luy quand il viendra en sa mujesté, et du Père, et des saincts Anges.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

33 Mais qui me reniera devant les hommes, je le renieray aussi devant mon Père qui est és cieux !.

34 Ne pensez point que je soye venu mettre la paix en la terre: je ne suis point venu mettre la paix, mais le glaive.

35 Car je suis venu mettre en dissension l'homme contre son pére, et la fille contre sa mère, et la belle-fille contre sa belle-mère.

36 Et les domestiques de l'homme seront ses ennemis ?.

en ceste génération adultère et pécheresse, le Fils del hom me Aur & aUSsi honte de luy quand il sera venu en la gloire de sonPère avec les saincts ANgEeS.

1)2 Tim., 11,12 2) Mieh., VIL, 6.

33 Tout homme donc. NN applicque maintenant à son propos ce qu’auparavant il avoit dit en général du mespris de la mort : pource qu’il faut combatre contre l'horreur de la mort, afin qu’elle ne nous empesche de faire une vraye confession de foy, laquelle Dieu requiert estroitement, mais le monde ne la peut porter.

C’est donc à ceste fin qu’il faut que les disciples de Christsoyent courageux et fermes, asçavoir afin que tousjours ils soyent prests au martyre. Or la confession de Christ, combien que la plus grand’part des hommes n’en tiene conte, comme si c’estoit une chose légère, est toutesfois yei mise pour un principal poinct du service de Dieu, et pour un exercice singulier de piété : et à bon droict. Car si les rois terriens, quand il est question de maintenir leur grandeur et gloire, ou d'augmenter leurs richesses, veulent que leurs sujets prenent les armes, pourquoy est-ce que les fidèles ne maintiendront pour le moins avec la langue la gloire de leur Roy céleste ? Parquoy il est certain que ceux-là esteignent la foy entant qu’en eux est, lesquels la suppriment et tienent Cachée au dedans, comme si la profession externe d’icelle estoit une chose superflue. Car ce n’est pas sans cause -que Christ nous appelle yei ses tesmoins,

LUC XII

8 Or je vous di que quiconques me confessera devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les Anges de Dieu.

9 Mais qui me reniera devant les hommes, il sera renié devant les Anges de Dieu.

Au mesme chapitre.

51 Pensez-vous que je soye venu mettre la paix en terre? je vous di que non, mais division.

52 Car désormais ils seront cinq en une maison divisez, trois contre deux, et deux contre trois. |

53 Le Père sera divisé contre le fils, et le fils contre le père : la mère contre la fille, et la fille contre la mère : la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère.

par la bouche desquels son Nom soit célébré et magnifié au monde. Christ veut, di-je, qu’on oppose aux fausses religions la profession de son Nom : et pource que c’est une chose odieuse, il nous adjourne en tesmoignage, afin que la foy d’un chacun ne demeure cachée au cœur, mais que elle viene en évidence devant les hommes, Quiconques refuse et demeure la bouche close, ne se bannit-il pas de la maison de Dieu en faussant la foy au Fils de Dieu? Il est vray qu’une confession de foy plus authentique est requise des docteurs, que non pas des particuliers qui wont point de charge publique. En après, pource que tous n’ont pas receu une mesure égale de foy, un chacun selon qu’il est plus abondant en dons de l'esprit, il doit marcher devant, et monstrer exemple aux autres. Toutesfois il n’y a pas un des fidèles, lequel le Fils de Dieu ne vueille avoir pour tesmoin. Au reste, il est difficile de déterminer par une certaine règle, où, quand, combien de fois, comment, et jusques à quel poinct il nous convient faire profession de nostre foy :

mais il faut regarder les occasions, afin que personne ne faille à faire son devoir quand il en sera temps. Aussi il faut demander au Seigneur l'Esprit de prudence et de force, par la conduite duquel nous

sçachions ce qui sera bon de faire. Je le confesseray aussi. La promesse est yci adjoustée, afin d’enflamber nostre zèle en cest endroit. Or it faut noter les antithèses. Car si nous faisons comparaison de nous avec le Fils de Dieu, n’est-ce pas une grande honte de luy refuser nostre tesmoignage, veu que de son costé il nous offre aussi le sien comme en récompense ? Si nous faisons comparaison des hommes mortels et qui ne sont rien, avec Dieu et ses Anges, et toute la gloire Céleste, combien est plus grand et excellent ce que Christ promet, que ce qu'il requiert de nous? Car combien que les hommes soyent incrédules et pervers, toutesfois Christ estime autant le tesmoignage que nous rendons devant eux, comme si C’estoit en la présence de Dieu et des Anges. Et pourtant en sainet Marc est adjousté par manière d'amplification, En ceste génération adultère : asçavoir afin que nous ne pensions perdre nos peines, pource que nous ne sommes pas devant des auditeurs disposez à recevoir.

Au reste, s’il y a aucun qui ne soit point esmeu par la promesse, une menace horrible est adjoustée puis après : asçavoir que quand Christ apparoistra pour juger le monde, ê reniera et renoncera tous ceux qui l’auront laschement nié devant les hommes. Que les ennemis de la croix s’en aillent maintenant, et qu'ils se flattent en leur dissimulation, quand Christ les elface du livre de vie. Car quelles gens Dieu ayouera-il du nombre de ses enfans au dernier jour, sinon ceux qui luy seroni présentez par Christ? Mais il dénonce qu’il sera tesmoin contr’eux, afin qu'ils ne s’insinuent à fausses enseignes.

Quant à Ce qui est dit que Christ viendra en la gloire du Père et des Anges : le sens est, que sa gloire divine sera lors manifestée clairement : ei que les Anges, comme maintenant ils sont à l’entour du siége de Dieu, luy assisteront pour faire honneur à sa majesté. Le passage du douzième chapitre de sainet Luc est concordant au texte de sainct Matthieu : mais ce que nous avons prins du neufième chapitre, et de sainct Marc, semble avoir esté dit en autre temps : toutesfois pource que la doctrine estoit du tout sem-

blable, j'ay pensé qu’il estoit bon de les rapporter yei.

54 Luc. Pensez-vous que je soye venu. Ce que Christ a n’aguères requis de ses disciples, chacun en son endroit le feroit aiséement, si tout le monde consentoit d’un accord à la doctrine de l'Evangile : mais pource que la plus grand” part y est contraire, et mesmeé combat à l'encontre fort et ferme, nous ne pouvons confesser Christ, sans avoir la résistance et haine de plusieurs. Il admoneste donc les siens qu’ils se préparent à la bataille, pource que nécessairement il faut combatre pour le tesmoignage de vérité. Et ainsi il vient au-devant de deux scandales, lesquels autrement eussent peu beaucoup troubler les cœurs des infirmes.

Veu que les Prophètes promettent par tout paix et un estat tranquille sous le règne de Christ, qu’eussent peu attendre les disciples, sinon que toutes choses seroyent incontinent paisibles en quelque lieu qu'ils viendroyent? D’avantage, veu que Christ est nommé nostre paix, et que l'Evangile nous réconcilie à Dieu, il

s'ensuit quant et quant que par iceluy la

concorde fraternelle est establie entre nous. Ainsi doncques il semble que ce n’est point chose accordante avec Îles livres des Prophètes, et beaucoup moins ayec l’oflice de Christ et la nature de l'Evangile, que débats et noises s’allument au monde quand l'Evangile est presché. Mais ceste paix de laquelle les Prophètes parlent tant magnifiquement , pource qu’elle est conjointe avec la f0y, n’ha lieu sinon entre les vrais adorateurs de Dieu, et és consciences des fidèles :

mais elle ne parvient point jusques aux incrédules, combien qu’elle leur soit présentée : ils ne peuvent aussi non plus souffrir d’estre réconciliezsavec Dieu : ce qui est cause que l'ambassade de paix esmeut en eux un plus grand tumulte que devant. Car pource que Satan, qui ha son règne és réprouvez, enrage contre le nom de Christ si tost que la doctrine de PEvangile vient en évidence, leur impiété qui auparavant estoit cachée et comme assopie, s’aiguise. Ainsi Christ qui est proprement autheur de paix, par la malice des hommes est fait occasion de

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

troubles. Apprenons d’yci combien est grande la peryersité de nostre pature corrompue, laquelle non-seulement souillé un don si singulier, mais aussi le convertit en un mal bien pernicieux. Cependant s’il s’eslève des tumultes, quand le royaume de Christ se monstre, n’en soyons point troublez comme si C’estoit une chose nouvelle et non accoustumée :

veu que Juy-mesme compare son Eyangile à un Glaive, et dit que c’est une Séparalion. Aucuns pensent qu’'yci soit descrite la peine dont ont esté punis les contempteurs de l'Evangile : asçavoir qu'ils sont venus à s’eslever comme ennemis les uns contre les autres : mais le fil du texte monstre bien que Christ exhorte yci ses disciples à constance, encore que la plus grand’part du monde soit discordanie avec eux, et qu’il semble que leur voix soit comme une trompette de guerre pour mettre en armes un nombre infini d’ennemis.

35 Mettre en dissension. Par ceci on xoit encore plus clairement ce que nous avons dit n’aguères, Que contre la nature de l'Evangile il advient par la faute des meschans que débats et tumultes s’eslèvent. Car ce que Malachie dit de Jehan Baptiste, convient à tous Ministres

MATTH. X. MARC IX

31 Qui aime son père] 41 Car quiel sa mère plus que moy, | conques vous

west pas digne de moy :

et qui aime son fils où sœ fille plus que moy, n'est pas digne de moy.

38 Et qui ne prend sa craix, et vient après moy, n est pas digne de moy".

39 Qui aura trouvé?

sa vie, il la perdra, et qui aura perdu sa vie pour l'amour de moy, la trouvera.

A0 Qui vous recoit, il me recoit : et qui me re- £oit, il recoit celuy qui m'a envoyé. |

41 Qui recoit un Pro-

Matlh., XV1, 24. Mare, VIII, 34.

donnera un verre d'eau à boire en mon nom, pource que vous estes à Christ : . je vous di en vérité quil ne. perdra point son salaire.

Luc, IX, 23, et XVII, 33.

de Christ : asçavoir qu’ils sont envoyez pour convertir les cœurs des pères aux enfans, et les cœurs des enfans aux pères, Mal., IV, 6. Mais la malice des iniquesfait que ceux qui auparavant estoyent unis, si tost que la voix de Christ est ouye, se séparent en bandes contraires, et mesme rompent tous liens de parenté ou cognoissance. Brief, Christ prédit que le monde viendra en une telle confusion, qu'on ne tiendra plus conte de tous degrez de nature, et qu’on ne verra plus d'humanité entre les hommes. Car quand Michée se complaind que les domestiques d’un chacun sont ses ennemis, il veut signifier une corruption extrême et malheureuse, Mic., VIT, 6. Christ dit qu’il en adviendra autant quand sa doctrine viendra en évidence : ce qui n’estoit pas autrement croyable. Et toutesfois il n’entend pas que cela soit perpétuel : comme il semble à aucunes gens chagrins, qu’ils ne sont pas autrement bons disciples de Christ, s’ils n’ahandonnent pères, mères, femmes et enfans. Mais bien au contraire, toute conjonction et accointance licite est confermée par l'unité de la foy : seulement Christ admoneste les siens qu'ils ne se doyvent pas troubler quand cela adviendra.

LUC XIV

25 Or grandes troupes alloyent avec luy : et se tournant il leur dit,

26 Si aucun vient avec moy, et ne hait son père el sa mére, et sa femme, el enfans, et frères, el sœurs, et encores mesme son âme, il ne peut estre mon disciple.

27 El quiconques ne charge sur soy sa croix et vient après moy, il ne peut estre mon disciple.

28 Car qui est celuy d'entre vous voulant édifier une tour, qui premierement ne s’assied, el conte les despens, s'il ha pour l'achever ?

29 Afin qu'après qu'il aura mis le

fondement, et n'aura peu l'achever,

{ous ceux qui le verront ne commen:

cent à se mocquer de luy, 30 Disans, Cest homme a com

2) Ou, gardé, 3) Ou gardera.

phèle au nom de Prophètle, il recevera salaire de Prophète : et qui reçoil un juste, au nom de juste, recevera salaire de juste.

42 Et quiconques donnera à boire un verre d’eau froide seulement à un de ces pelis au nom de disciple, je vous di en vérité qu'il ne perdra point son salaire.

31 Qui aime son père et sa mere.

Pource que c’est une chose fort difficile et estrange de faire nos ennemis ceux qui devoyent estre les plus liez avec nous, et pource que cela est contraire au jugement naturel, Christ dit maintenant que nous ne pouvons pas estre ses disciples à autre condition. Vray est qu’il ne Commande pas qu’on despouille les affections humaines, il ne défend pas qu’un chacun rende le devoir à ceux de son parentage :

mais seulement il veut que toute l'amour que les hommes ont les uns aux autres, soit réglée et modérée en sorte que tousjours la crainte et honneur deu à Dieu ait le premier degré. Ainsi doncques que le mari aime sa femme, le père son fils :

et au contraire, le fils son père, pourveu que lamour des hommes n’empesche point la révérence deue à Christ. Car si mesmes entre les hommes les uns sont préférez aux autres selon qu'un chacun nous attouche de plus près, c’est une honte si Christ seul n’est préféré à tous.

Et de faict, nous considérons bien mal, et ne recognoissons point que c’est d’estre disciple de Christ, si l’excellence de cest honneur n’ha ceste puissance envers nous de donter toutes affections de la chair, La manière de parler dont use S. Luc est un peu plus rude, Quiconque ne hail son père : toutesfois le sens demeure toujours un. Que si l’amour laquelle nous portons aux nostres nous empesche de suyvre Christ, il y faut résister fort et ferme : comme sainct Paul dit qu’il a estimé dommage pour Christ, les choses qui auparavant luy estoyent à

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mencé à édifier, et n’a ‘peu achever.

34 Ou qui est le roy qui parte pour donner bataille à un autre roy, qui premièrement ne s'assied, et consulte s'il pourra avec dix mille aller à l’encontre de celuy qui vient avec vingt mille contre luy?

32 Autrement, cestuy-là estant encores loin, il envoye un ambassade, et demande les moyens de paix.

33 Ainsi donc chacun de vous qui ne renonce à tout ce quil ha, ne peut estre mon disciple.

gain, et qu'il a volontiers souffert la perte d’icelles, Philip. HE, 8.

38 Et qui ne prend sa croix. D’une espèce il vient au général, afin que nous sçachions que nous ne pouvons pas autrement estre tenus du nombre de ses disciples, si nous ne sommes préparez à endurer beaucoup d’adversitez. S'il nous fasche et ne pouvons porter que pour PEvangile il nous faille estre en discord avec le père, ou la femme, ou les enfans qu’il nous souviene de ceste condition, que Christ assujetit tous ses disciples à la croix. Cependant n’oublions pas aussi

ceste consolation, qu’en portant la croix !

nous tenons compagnie à Christ : cela fera que facilement toute l’amertume que nous y sentons s’addoucira. Les réprouvez ne laissent pas d’estre aussi attachez à leur croix, et quelque effort qu’ils facent, ils ne s’en peuvent exempter : mais d'autant que hors Christ la croix est maudite, ils en auront mauvaise issue. Par quoy apprenons de conjoindre ensemble ces deux choses, Qu'il faut que les fidèles portent la croix, afin de suyvre leur Maistre, c’est-à-dire, de se conformer à son exemple, et aller pas à pas après luy, comme luy tenans en toute fidélité bonne compagnie.

39 Qui aura trouvé sa vie. De peur que la doctrine précédente, comme la chair la trouve fort difficile et ennuyeuse, n’eust guères l’efficace de soy-mesme, Christ la conferme en ce propos par deux

moyens. Car il dit que ceux qui sont trop

songneux et pourvoyans, quand ils penseront avoir fort bien gardé leur vie, ils

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

se trouveront trompez : au contraire, que ceux qui n’auront pas fait cas de leur vie, n’y perdront rien, d'autant qu’ils la recouvreront. Nous sçavons qu’il ny a rien que les hommes ne facent ou laissent pour la vie, tant est enracinée en nous naturellement l’amour d’icelle. Et pourtant il a bien esté nécessaire que Christ pour accourager les siens à mespriser la mort, usast de ces promesses et menaces.

Trouver la vie, en ce passage signifie la posséder en asseurance et comme sous une bonne garde. Car ceux qui ont trop grande affection en la vie terrienne, en se gardant de tous dangers, ils se flattent d’une vaine fiance, comme s'ils avoyent bien prouveu à leurs affaires :

mais leur vie si bien fortifiée de bons appuis s’envolera : car il faudra finalement mourir, et la mort leur apportera une ruine éternelle. Au contraire, quand les fidèles se présentent à la mort, leur âme qui semble s’esvanouir en un moment, rentre en une vie meilleure. Au reste, pource qu'il se trouve quelquefois des gens qui abandonnent témérairement leur vie, ou par ambition, Ou comme par une forcènerie, Christ exprime notamment la cause pour laquelle nous nous devons exposer à la mort. Il est incertain si le sermon que sainct Luc récite, a esté fait en un autre temps. Là le Seigneur exhorte aussi les siens à porter la croix, mais il muse pas d’un propos si long. En après, pour confermer ceste sentence, il met incontinent deux similitudes desquelles il west fait aucune mention en sainct Matthieu : mais pource qu’en substance elles convienent bien au propos, je n’ay point fait de scrupule de rapporter yci ce qui est en sainct Luc.

28 Luc. Car qui est celuy d’entre vous. Afin que personne ne trouve fascheux de suyvre Christ à la condition de renoncer à tous ses désirs, yCi nous es proposée une admonition fort utile : asçavoir qu’il faut penser et prévoir devant le temps que c’est qu'emporte la profession de l'Evangile. Car voylà qui fait que plusieurs défaillent pour des tentations bien petites, d'autant qu’ils n’ont imaginé que un estat plein de douceur et de plaisir, comme s'ils devoyent tousjours estre

en l’ombre et à leur aise. Jamais donc homme ne sera propre au service de Christ, sinon que long temps auparavant il se soit préparé à la guerre. Au reste, les similitudes convienent fort bien à ceci.

C’est une chose plene de fascherie et d’ennuy que de bastir, et mesmes en laquelle il n’y a guères de plaisir, à cause de la despense. Semblablement pource que la guerre tire avec soy beaucoup d’incommoditez , et mesme menace quasi le genre humain de ruine, personne ne l’entreprend que par contrainte, Et toutesfois la commodité et le proufit qu’il y a d’estre bien logé, allèche tellement les hommes qu’ils ne font point de difficulté d’y employer tout leur vaillant : la nécessité aussi les contraint de n’espargner rien, et de ne craindre aucune despense quandilest question de faire la guerre. Maïs les ouvriers qui travaillent pour le bastiment du Temple de Dieu, et aussi ceux qui bataillent sous l’enseigne de Christ, attendent bien une récompense plus grande. Car les Chrestiens ne travaillent pas pour un édifice terrien, et ne combatent pas pour un triomphe transitoire. Au reste, quand Christ dit, Que si quelque Roy se sent n’estre pas assez fort pour soustenir une guerre, et fournir l'argent qu’il y faut, il envoyera au-devant de son ennemi demander paix, de peur de perdre la bataille, et estre vaincu avec honte : ceste circonstance ne se doit pas appliquer au propos que Christ traitte, comme si nous devions nous réconcilier avec lennemi spirituel quand la force et vertu de résister nous défaut. Car ce seroit une mocquerie en matière de paraboles, de vouloir esplucher tout par le menu, et rapporter tout jusques aux plus petis mots, à la chose dont on parle. Mais le Seigneur entend simplement que nous devons estre tellement fortifiez et garnis, que il ne nous faille tourner le dos honteusement estans surpris sans bonne munition. Car aussi un chacun de nous n’est pas Roy pour entreprendre et mener une guerre sous sa Conduite. Or comme par ceste doctrine est redarguée la témérité de ceux lesquels s’avancent follement outre leur mesure et portée, ou se flattent en eux-mesmes, ne pensans point à

porter la croix : aussi faut-il prendre garde que ceste méditation à laquelle Christ nous exhorte, ne nous destourne où retarde nostre promptitude en nous espovaritant. Plusieurs pource que dés le commencement de leur course ils n’avoyent pas fait leur conte de rien souffrir, pource qu'ils sont Jasthes et délicats ils reculent incontinent en arrière : car ils ne peuvent pas porter d’estre Chrestiens, sinon que ils Soyent exempts de la croix.

Les autres, quand ceste condition aspre et mal-plaisante à la chair leur est proposée, craignent d'approcher de Christ. Mais il ne faut point que la cognoissance de hostre povreté nous descourage, veu que le Seigneur y rémédie au besoin. Certes je confesse bien que si nous considérons les frais qu’il faut faire, On trouvera que nous Sommes tous si desprouveus, que nous n'avons pas de quoy asseoir la première pierre, ou présenter lespée contre l’enneri. Maïs puis que le Seigneur nous fournit d'enhaut les matières, despens, armes et forces, nostre nonchalance ou tardiveté ne pourra aucunement se excuser sur la difficulté. Ainsi doncques lintention de Christ est d’admonester les siens qu’il leur faut porter la croix, afin qu’ils se préparent et munissent de IOPCEs

33 Ainsi donc chacun de vous qui ne renonce. Ceste conclusion monstre bien que c’est que signifie ce que Christ commande aux siens, Que dés le commencement ils facent le conte des despens : asçavoir qu'ils prenent ceste résolution, qu'il leur convient renoncer tout ce qu’ils ont. Car ceux lesquels aiment de vivre joyeusement, à leur aise, et sans croix ou fascherie, perdent leur temps de s’ingérer à faire profession de Chrestienté.

Or il faut entendre que ceux-là renoncent à toutes choses, lesquels préfèrent tellement Christ tant à leur propre vie, qu'à tous désirs de la chair, Que rien ne les empesche de poursuyvre au droit chemin. Car ce seroit mal prendre ce propos, si on vouloit précisément insister sur la letre : comme si nul n’estoit disciple de Christ, sinon qu’il eust jetté en la mer tous ses biens, et mésmes fait divorce avec sa femme, êt abandonné ses enfans.

Telles resveries ont tiré à la moinerie des gens mal-avisez, en sorte Qué pENSANS Approcher de Christ, ils Ont renoncé toute M humanité. Maïs il n’y a persontié qui re= nonce plus vrayement à toutes Choses qu'il possède, que celuy lequel ‘estänt prest dheure eh heüre à laisser tout, s’'employeentièrement at Seigfieur, come estant libre et desveloppé de tous empeschemens, et ainsi poursuit Sa Vocation en surmontant toutes difficultéz. Parquoy le v'ay réfioticement que le Seigneur réquiert des siens ne consiste pas tant en l’exécütion extèrné qu’en l'affection : asavoir que nous usionis du temps comme Dieu lenvoye, nayans point nostre cœur attaché aux choses desquelles noûs avons le gouvernement eñtre noS mains.

A0 Matth. Qui vous reçoit. Voyti une autre consolation, Que cornbien que là plus grand’ part du monde soit contre les disciples de Christ, et que par la confession de leur foy ils soÿent en haine à tous, toutesfois le Seigneur pour inciter plus de gens à leur Dien-faire, et üser d'humanité envers eux, daigne bien avouer en ses contes tout ce qui leur aura esté donné, comme si Iüy-mesme l’avoit receu.

Car par cela il appert combien il les aime, | veu qu'il souffre bien que tous les plaisirs qu’on leur aura faits, soyent Comme mis sur luy. Or il ñe parle pas tant vci de recevoir la doctrine, que dû recueil des personnes. Je confesse bien que le dernier dépend du premier : mais il faut regarder à l’intention de Christ : Car il a voulu leur dire et déclarer ce qu'il voyoït estre fort propre pour fürüfer leur infirmité : asçavoir que si quelqu'un les fecevoit humiainement, et leur faisoit plaisir, il auroit ce service aussi agréable éh leur personne comme si C’estoit luy-mesme à qui on eust fait ce bon recueil: et noñseulement cela, mais aussi Que Diéu son Père lPavouéroit pour un sacriliéé de bonne oÙeur. \éL

41 Qui receoit un Prophète: Îl commence par les Prophètes : tflaiS finalement descendant jusques au plus bas dégré, il comprend tous ses disciples: Ainsi … doncques il recommande sans exception aucune tous vrais adorateurs de Dieu ét amateurs de l'Evangile. Recevoir au nom

de Prophète et de juste, vaut autant eümmé leur faire bien en lhonneur de la doctrine, et pour le regard de la crainte de Dieu. Car combien que Dieu nous commande d’user de charité envers tout le genre humain, toutesfois non sans eause il eslève les siens en un degré plus haut, afin qu’on ait un soin particulier de leurs personnes. Salaire de Prophète.

Les expositeurs donnent diverses interprétations sur ces mots. Il semble à aucuns que ce soit pour dénoter une récompense mutñelle, Asçavoir que les Prophètes de Dieu rendront des biens spirituels pour les biens terriens. Maïs si ceste exposition ha liett, que dirons-nous que c’est que le Salaire du juste? Les dutres ehtendéñt que ceux qui auront bien fait aux Prophètes et aux justes, seront participans du mesme salaire qui est préparé aux Prophètes et aux justes. Aucuns le räpporteñt à la communication des Sainicts, Que corime par hostre libéralité

MATTH. MARC VI

12 Eux donc estans partis preschè-

rent qu'on s'amendast.

et charité nous monstrons que nous sommes un corps avec les serviteurs de Christ, ainsi par ce moyen noûs sommes faits participans de tous les biens lesquels Christ communique entre les membres de Son Corps. Quant à moy, jé le pren plus simplement, pour un loyer correspondant à la qualité du personnage auquel on aura assisté. Car Christ veüt dire qu’on cognoistra combien il estime ses Prophètes, et conséquemment tous ceux qui sont ses disciples, d'autant que par la grande récompense qu'il donnera, on verra que pas un de tous les plaisirs qu’on leur a faits, n’est perdu. Pour plus grande amplification il promet salaire mesmes aux plus petites gracieusetez qu’on leur aura faites, comme c’est de donner un verre d'eau froide. 1] appelle petis, non-seulement ceux qui sont des derniers, et de moindre apparence en l'Eglise, mais tous ses disciples, lesquels le monde par son orgueil foulle quasi aux pieds.

LUC IX

6 Æux donc estans partis, alloyent de vil-

13 Et jettèrent hors beaucoup de|lage en village à l'endiables, et oignèrent d'huile plusieurs | tour, évangélizans, et

malades, et les quarirent.

1) Jag., V, 14.

19 Eux donc estans partis prescherent. Sainct Matthieu ne fait point mentioh de ce que les Apostres ont fait. Sainct Marc et sainct Luc récitent qu’ils ont exécuté la commission que Christ leur avoit enjointe : et par ce qu'ils disent, il appert encores plus clairement que la charge qui leur fut lors donnée estoit temporelle, et mesmes pour quelque peu de jours, comme j’ay adverti par ci-devant. Car ils disent qu'ils al/èrent par les villes et villages. Et n’y a point de doute que bien tost après ils retournèrent vers leur Maistre, ainsi qu’il sera dit en un autre passage. Il n’est point besoin wei d'exposition, sinon quant à ce que Sainet Mare dit qu’ils oignèrent d'huile Plusieurs malades. Car on demande, Veu que Christ leur avoit donné la puis-

guarissans par tout.

sance et vertu de guarir les maladies, pourquoy c’est qu'ils y ont appliqué de l'huile. AuCuns sçavans personnages perisent que cela servoit de remède et médecine : et je confesse qu’en ces payslà usage d'huile estoit fort commun. Mais il n’y a rien moins convenable que de dire que les Apostres ayent usé des remèdes ordinaires et naturels, lesquels estoyent pour obscurcir les miracles de Christ.

Car ils n’avoyent pas receu du Seigneur Part et la science de médeciner, mais plustost il leur estoit commandé de faire des miracles pour resveiller tout le pays de Judée. Ma résolution donc est, que ceste onction estoit un signe visible de la grâce spirituelle, par laquelle ils ont donné à entendre que la guarison de laquelle ils estoyent ministres, procédoit de

la vertu secrète de Dieu : car sous la Loy cela avoit esté tout commun, que lhuile figuroit et représentoit la grâce du sainct Esprit. Au reste, que ceux qui ont establi en l'Eglise une cérémonie perpétuelle d’oindre les malades, se soyent fort mal prins à imiter les Apostres, il appert, d’autant que Christ a donné aux Apostres le don de guarison, non pas afin que ils le transmissent comme par droict de sue-

MATTH. XI

A Après cela il adveint que quand Jésus eut achevé de donner mandemens à ses douze disciples, il se partit de là pour enseigner et prescher en leurs villes.

2 Or Jehan ayant ouy en la prison les faicts de Christ, envoya deux de ses disciples,

3 Luy dire, Es-tu celuy qui devoit venir, ou si nous en attendons un autre?

4 Et Jésus respondant leur dit, Allez, et annoncez à Jehan les choses que vous oyez et voyez :

5 Les aveugles recouvrent la veuë, et les boiteux cheminent, les lépreux sont nettoyez, et les sourds oyent, les morts sont ressuscitez, et l'Evangile est annoncé aux povres.

6 Et bien-heureux est celuy qui ne sera point scandalizé! en moy.

1) Ou, offensé.

A Après cela il adveint que quand Jésus, etc. En ce passage S. Matthieu ne signifie autre chose, sinon que Christ n’a point délaissé à poursuyvre sa charge, ce pendant que les Apostres travailloyent d’un autre costé. Ainsi donc après qu’il les eut envoyez pour faire une course par tout le pays de Judée, avec commandemens de ce qu’ils auroyent à faire, il a cependant fait son devoir d'enseigner en Galilée. Or il faut poiser le mot de donner mandemens : pource que par cela S. Matthieu veut donner à entendre qu’ils

MARC

cession, mais afin que pour quelque temps cela fust un seau de la doctrine de VEvangile. Et aujourd’huy Pignorance et bestise des Papistes est par trop ridicule, quand de leur onction puante, par laquelle ils poussent jusques au sépulchre les malades estans à l'extrémité, ils veulent faire à croire que c’est un sacrement.

LUC VII

18 Toutes ces choses furent annoncées à Jehan par ses disciples : dont Jehan appela deux de ses disciples,

19 ET les envoya à Jésus, disant, Es-tu celuy qui devoit venir, ou si nous en attendons un autre?

Et bien tost après.

21 Et en ceste mesme heure il en quarit plusieurs de maladies el fléaux, et de mauvais esprits, et donna la veuë à plusieurs aveugles.

22 Puis respondant leur dit,

Allez, et annoncez à Jehan ce que vous voyez el oyez, ascavoir que les aveugles recouvrent la veué, les boiteux cheminent, les lépreux sont nettoyez, les sourds oyent, les morts ressuscitent, l'Evangile est presché aux povres.

23 Et bien-heureux est quiconque ne sera point scandalizé en MOY.

n’avoyent pas une commission à plaisir pour faire ce que bon leur sembloit, mais qu’ils ont eu comme par mémoire, et bien limité que c’est qu’ils devoyent mettre en avant, et comment ils s’y devoyent porter. ; 2 Or Jehan ayant ouy en la prison, etc. Les Evangélistes n’entendent pas que Jehan ait esté esmeu par les miracles à recognoistre adonc Christ pour Médiateur : mais pource qu’il voyoit que Christ avoit acquis grand bruit, luy considérant que le temps estoit propre et Poccasion

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

bonne de déclarer et mettre en évidence le tesmoignage qu'il luy rendoiït, il envoye ses disciples vers Iuy: Quant à ce qu’aucuns pensent qu’il les y a aussi envoyez pour son regard , il n’y à point d'apparence: comme s’il n’eust pas esté certainement persuadé, et n’eust eu claire cognoissance qu’il estoit le Christ. C’est aussi une spéculation frivole, de ceux qui imaginent que Jehan Baptiste estant lors prochain de la mort, envoya vers Christ pour sçavoir quelles nouvelles il pourroit porter aux Pères morts, comme de la bouche d’iceluy. Mais il est tout évident que ce sainct héraut de Christ, pource qu'il se voyoit nestre pas loin de la fin de sa course: et que ses disciples, combien qu’il eust beaucoup prins de peine à les enseigner, estoyent toutesfois encores en suspens à chercher ce dernier remède pour guarir leur infirmité : il avoit, comme j'ay dit, fidèlement travaillé à ce que ses disciples sans aucun délay receussent Christ. Pource qu’en les solicitant sans cesse, il avoit si peu proufité, non sans cause il craint qu'après sa mort ils ne s’abbastardissent du tout. Il a doncques voulu resveiller à bon escient leur tardiveté en les envoyant vers Christ. Derechef les Pasteurs de l'Eglise sont yci admonestez de leur devoir, c’est qu'ils ne cherchent point de tenir leurs disciples comme attachez et arrestez à leur personnes, mais qu'ils taschent de les adresser à Christ qui est le seul Maistre. Dès le commencement Jehan avoit déclaré franchement qu’il n’estoit point l’Espoux: et pourtant faisant le devoir d’un bon ami de l’'Espoux, il présente l’Espouse chaste et entière à Christ, qui est le seul Espoux de l'Eglise. Sainct Paul dit qu'il a eu le mesme but, 2 Cor., XI, 2, et l'exemple de tous les deux est proposé à tous les ministres de l'Evangile, afin qu’ils lensuyvent.

3 Es-tu celuy qui devoil venir ? Sainct Jehan présuppose ce que ses disciples scavoyent dés leur enfance: car c’estoit comme une première leçon de la religion, et qui estoit commune entre tous les Juifs, que le Christ devoit venir, apportant salut et une béatitude parfaite. Et pourtant il ne met aucunement ce poinct

en doute: mais seulement il demande si Jésus est ce Rédempteur promis. Car puis qu’ils estoyent bien persuadez de la rédemption promise en la Loy et és Prophètes, il restoit qu’ils la receussent lors qu’elle leur estoit présentée en la personne de Christ. Quand il adjouste, ow si nous en attendons un autre ? Par ce mot il touche obliquement et reprend leur nonchalance, de ce qu’ayans esté par si long temps enseignez certainement, ils flottoyent encores d’un costé et d'autre, et n’estoyent point bien résolus en leurs esprits. Aussi il monstre quant et quant quelle est la nature et propriété de la foy : asçavoir qu’estant fondée en la vérité de Dieu, elle ne regarde point çà et là, et ne varie, et que se contentant de Christ seul, elle ne se tourne point ailleurs.

4 Allez et annoncez. Comme Jehan en sa demande avoit parlé en sa personne pour autruy, ainsi Christ commande qu’on fasse ce rapport à Jehan, lequel toutesfois devoit plustost estre addressé aux disciples d’iceluy. Quant à ce qu’il ne respond pas simplement, il le fait tant pource qu’il valoit mieux que la chose parlast elle-mesme, que pour donner à son héraut plus ample argument d'enseigner. Et toutesfois il ne luy fournit pas seulement une manière simple et nue és miracles, mais il les accomode à leur fin, suyvant les passages des Prophètes: mais principalement il touche un passage du XXXVe chapitre d’Isaïe, et un autre du LXIe, afin que les disciples de Jehan recognoissent que ce que le Prophète avoit dit touchant le règne de Christ, est advenu et accompli.

Au premier passage est contenue la description du règne de Christ, sous lequel Dieu promet qu’il sera tant libéral et propice, qu’il donnera secours et remède contre toutes maladies. Et il n’y a point de doute qu’il parle de la délivrance spirituelle de tous maux et de toutes misères. Mais Christ a monstré par signes externes (comme il a esté dit ci-devant) qu’il estoit venu médecin spirituel pour guarir les âmes. Par ce moyen les disciples ne s’en sont point retournez incertains, veu qu’ils avoyent une response toute claire, et sans aucune obscurité.

L'autre passage est en cela semblable au

premier que monstrant que les thrésors de la grâce dé Dieu seront manifestez aux hommes en Christ, il exprime que Christ est spécialement ordonné pour les povres êt affligez. Et Christ allègue tout exprès céesté Prophétie, en partie afin d’accoustumer tous les siens à ceste prémière lecon d’humilité: en partie afin d’oster le scandale que le sens de la chair pourroit prendre en voyant ce petit troupeau Contemptible. Car comme nous sommes superbes de nature, nous ne faisons pas volontiers cas d’une chose, s’il n'y à grande splendeur et apparence. Mais l'Eglise de Christ, veu qu’elle est de povres et sim- . ples gens, il n’y à rien qui approche moins de quelque beauté magnifique reluisante devant les hommes. Cela est cause qué plusieurs conçoyvent en eux un mespris et desdain de l’Evangile, pource que tous les plus grans et eslevez en honneur ne le reçcoyvent point. Or Christ monstre combien ce jugement est pervers et inique, considéré la nature de l'Evangile: veu qu’il ne s’addresse sinon

aux povres et mesprisez. Dont s'ensuit

qu'il n’advient rien de nouveau, ou qui nous doyve troubler, si ceste doctrine est mesprisée de tous les grans, lesquels estans enflez en leurs richesses, ne donnent aucun lieu à la grâce de Dieu. Et qui plus est, si la plus grand’part des hommes rejette l'Evangile, il ne faut point que nous-nous en esbahissions, veu qu’à grand’peine en trouvera-ôn de cent l’un qui ne soit enflé d’une confiance perverse.

Au réste, comme Christ défend et maintient. yei l'Evangile contre tout mespris, aussi d'autre part il nous monstre quelles gens sont propres à recevoir la grâce de salut, qui est là présentée, Et par ce moyen en conviant bénignement les povres pécheurs à lespérance de salut, il les redresse en certaine asseurance. Car il n’y a point de doute que ceux-là sont yei appelez povres, desquels la condition est misérable et contemptible, et lesquels ne sont rien estimez. Parquoy tant plus un homme sera abbaissé, tant s’en faut que sa povreté luy doyve donner occasion de désespoir, que plustost il doit sur cela prendre courage de chercher Christ.

Mais qu’il nous souviene qu’il n’y à point

d’autres gens qui soyent tenus pour pôvres, sinon Ceux qui sont tels en euxmesmes: c’est-à-dire qui Sont abbatus et humiliez par le sentiment de leur misère et povreté.

6 Et bien-heureux celuy qui, etc.

Par ceste conclusion Christ a voulu nous advertir que pour demeurer fermes ét constans en la foy de l'Evangile, il est besoin de résister aux scandales qui pourroyent empescher le cours de nostre foy:

Et c’est yci une anticipation qu’il fait pour nous fortifier et armer contre les scandales : pource qu’il n’y a jamais faute d'occasions de le rejètter, jusques à ce que nos cœurs et nos esprits soyent 6slevez par-dessus tous scandales. Voylà doncques un poinct qu’il fault entendre tout premier. Qu'il nous est nécessaire de batailler contre les scandales, afin que nous puissions persistér en la foy de Christ. Car ce n’est pas sans cause qué Christ est nommé pierre de scandale, et pierre de trébuschement, à Jaquelle plusieurs s’achoppent. Il est bien certain que cela advient par nostre faute : mais Christ remédie mesmes à ceste faute, en disant que bien heureux sont ceux qui ne seront point scandalisez en luy: dont aussi nous recueillons que les incrédules n’ont nulle excuse, combien qu'ils allèguent des scandales sans nombre pour se couvrir. Car qu'est-ce qui les empésche d'approcher de Christ, ou qui les pousse à se destourner de luy? Certes c’est pource qu’il apparoist avec Sa Croix desfiguré et contemptible, et exposé aux opprobres du monde : pource qu’il nous appelle à participer de ses afflictions. Brief, pource que sa gloire et majesté, comme elle est spirituelle, n'est rien estimée du monde. En après, pource que Sa doctrine est du tout contraire à nostre sens. D'avantage, pource que par la ruse de Satan beaucoup de troubles sont suscitez, afin de diffamer le nom de Christ et l’Evangile, et le rendre odieux. En fin, d'autant que chacun comme de propos délibéré se forge un grand monceau de scandales :

pource que tous non-seulement sont bien aises de se retirer de Christ, mais aussi

taschent malicieusement d'en trouver les.

moyens.

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