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SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
verses. Car Christ n’eust jamais défendu qu’on feist devoir de purger une: telle corruption. Quant aux mœurs des hommes, il faut supporter aucunement les vices qu’on ne peut corriger: mais C’est autre chose de la doctrine. Car il ne faut jamais endurer les erreurs meschantes qui corrompent la pureté de la foy. D’avantage, Christ nous met hors de ce doute, en disant nomméement que l'yvroye, sont les enfans du mauvais. Toutesfois il faut noter derechef que ceci ne se peut non plus entendre simplement des personnes des hommes: comme si Dieu par création semoit les bons, et le diable les meschans hommes. Ce que je di, pource que les Manichéens ont abusé de ce passage pour donner couleur à leur erreur des deux principes: mais nous sçavons que toute la perversité qui est tant aux diables qu’'és hommes, n’est autre chose qu’une corruption de la nature entière. Comme donc ce n’est pas par création que Dieu fait devenir bonne semence ses éleus qui sont souillez du péché originel, mais en les régénérant par la grâce de son sainet Esprit : ainsi le diable n’est pas créateur des hommes mauvais, mais estans créez de Dieu, il les pervertit, et les jette au champ du Seigneur pour gaster la bonne semence.
37 Celuy qui sème la bonne semence, est le Fils de l’homme. Il avoit dit devant, Que le Royaume des cieux ressemble à un homme qui à semé: mais ceste façon de parler estoit un peu estrange:
toutesfois le sens en est bien clair, Que quand l'Evangile se presche, il en advient comme quand on sème les terres: asçavoir qu'avec le bon blé il y lève aussi de Pyvroye. Sinon que Christ vueille monstrer qu’il y à quelque différence, en disant, que l'ennemi a semé de l'yvroye parmi le blé: afin que nous sçachions quand beaucoup de meschans se meslent ainsi avec les fidèles, comme si c’estoit tout une semence, que cela n’advient pas par cas fortuit ou naturellement: mais que nous apprenions à imputer la faute au diable: non pas qu’en condamnant le diable, les hommes soyent absous et trouvez innocens, mais premièrement afin qu'on ne mette aucun blasme sur Dieu
pour ce vice venant d’ailleurs. En apres, afin que nous ne nous esbahissions si Pyvroye pullule ainsi par fois au champ du Seigneur, veu que Satan veille tousjours à mal-faire. Au reste, Christ ne dit pas que les ministres de la Parole sèment, mais luy seul : et ce non sans bonne raison. Car combien qu’il ne faille pas restraindre ceci à sa personne, toutesfois pource qu’il se sert tellement de nostre labeur, et nous employe comme instrumens à cultiver son champ, qu’il ne laisse pas de besongner luy seul par nous et en nous, à bon droict il s’attribue ce qui est aucunement commun à ses Ministres.
Qu'il nous souviene donc que non-seulement l'Evangile est presché par le commandement de Christ, mais aussi sous sa conduite et authorité. En somme, que nous ne sommes que sa main, et luy seul est autheur et conducteur de tout l’œuvre.
39 La moisson c’est la fin du monde.
C’est bien une chose fort fascheuse de ce que l'Eglise jusques en la fin du monde est chargée de réprouvez: toutesfois Christ, afin que nous ne nous abusions d’une vaine espérance, nous baille ce temps-là pour terme, jusques auquel il nous faut avoir patience. Les pasteurs doyvent bien’ travailler de tout leur pouvoir à purger l'Eglise, et chacun fidèle selon sa vocation les doit aider à cela: mais quand chacun aura fait ce qu’il peut, et que tous s’y seront employez en commun, si ne pourront-ils pas faire que l'Eglise soit entièrement purgée de toutes ordures. Sçachons donc que Christ n’a rien moins prétendu qu’à nourrir les ordures, en les supportant et dissimulant : seulement il a voulu exhorter les fidèles à ne perdre point courage s’ils sont contraints d’avoir des meschans meslez en leur assemblée.
En après aussi il à voulu retenir et modérer le zèle de ceux qui ne pensent point qu’il soit bon de s’atjoindre à la compagnie des fidèles, sinon que tout y soit pur comme entre les Anges. Les Anabaptistes donc et semblabies resveurs ont abusé faussement de ce passage, pour oster de l'Eglise l'usage du glaive. Et il est facile de réfuter leur erreur. Car veu que ils reçoyvent bien l’excommunication, laquelle arrache les mauvais et réprouve
à tout le moins pour un temps, pourquoy le magistrat Chrétien ne desployera-il le glaive contre les meschans quand il en est besoin? Ils répliquent que quand Ja peine n’est pas à mort (comme est lexcommunication) il y a lieu de repentance.
Voire, comme si le brigañd estant en la croix N’avoit pas trouvé remède de salut.
Mais ceste solution nous doit suffire, Que Christ ne parle point vci de loflice des Pasteurs ou des Magistrats, mais oste seulement le scandale qui trouble les infirmes, quand ils voÿent que l'Eglise ne consisté pas seulement en des éleus, mais qu’il y a aussi des meschantes canailles méslez parmi. Les moissonneurs sont les Anges. X faut ajproprier ce titre au propos qui ést maintenant traitté. Les Apostres soït nommez en un autre lieu moissonnêéurs, au regard des Prophètes, Jehan, IV, 38: pource qu’ils sont éhtrez en leurs labeuïs. À quoy se rapporte aussi ce passage, Que les régions sont desjà blanches, et attendent les moissonneurs, Jeh., IV, 35. Itém, Qu'il y à grande moisson, et peu d'ouvriers, Mat., IX, 37. Mais la comparaison s'applique autrement en ce passage : pource que tous ceux qui tienent lieu en lEglise, sont dits estre plantez au champ du Seignéur.
Et à cela n’est point contraire ce qui est dit en un autre lieu, Que Christ venant avec son Evangile, ha le van en la main pour nettoyer Son aire, Matt., HE, 12:
Car là est descrit le commencement dé célle purgation laquelle 1! dit ÿei ne devoir point estre faite devant le dernier jour, pource que lors elle sera accomplie en toute perfection. Au reste, combien que lors il achèvera de purger son Eglise par les Anges, et y mettra la main pour là dernière fois, si est-ce qu’il commence dés aujourd’huy à faire cest œuvre par les fidèles docteurs. Or il attribue cest office aux Anges, pource que ils ne seront pas là oisifs devant le siége judicial de sa majésié, mais se présenteront tout prests à exécuter ce qu’il commandera.
Dont il s’ensuit que ceux qui s’avancent d’une hastiveté importune, prévienent entant qu’en eux est le jugement de Christ, et ostent aux Anges leur office pour l’usurper témérairement.
41 Qui cueilleront de son Royaume tous scandales. Ce qui s’ensuit, £ ceux qui font iniquilé, est adjousté pour exposition. Car ce ne sont pas choses diverses : mais cela vaut autant comme s’il eust dit, Que lors sera le vray temps etla droite saison de remettre toutes choses en bon ordre, et de retrancher les meschans, lesquels sont maintenant scandales. Or ils sont ainsi nommez, pource que non-séulement ils vivent mal quant à eux, mais aussi ils gastent la foy de plusieurs, ils retardent les uns de poursuyvre au droit chemin, ils en destournent et desbauchent du tout les autres, ils en font trébuscher aucuns du haut en bas. Il noùs faut prendre yci une admonition bien utile, c’est asçavoir qu’estans ényvironnéz de tant de scandales, nous né poursuyvions pas à esire nonchalans et endormis, mais que nous soyons bien attentifs el Songneux pour nous donner garde. Il y à aussi pour Corriger la mignardise de ceux qui sont tant délicats, que pourle plus petit scandale qui se présente à eux, ils tournent incontinent bride. Je confesse qu’il est bien difiicile qu’on ne heurte par fois et souvent, et mesthe qu’on ne tombe bas quelque fois entre les innumérablés séandales qui se présentent: mais il se faut asseurer en vrayé fiance, veu qu'il est certain que le Fils de Dieu, qui commande aux siens de cheminer et passer au milieu des scandales, leur baillera force pour surmonter tout. Il dénonce aussi un horrible jugement aux hypocrites et à tous réprouvez, qui semblent maintenant estre comme des premiers bourgeois de l'Eglise, afin qu’ils ne s’endorment en leur vaine vanterie. Quantà /& Journaise de feu : c’est une manière de parler où il y a métaphore. Car eommé la gloire infinie qui est gardée aux enfans dé Dieu, surmonte tellement tous nos sens, qu'on ne sçauroit trouver paroles pour la bien exprimer, ainsi le tourment qui est préparé aux réprouvez, d'autant qu’il est incompréhénsible, nous est représenté selon la mesure de nostre capacité. Par faute d’entendré cela, les Sophistes se sont tourmentez en des demandes et questions frivoles, comme nous.
avons desjà touché en ün autre passage,
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
Je sçay bien qu’aucuns s'amusent à esplucher subtilement chacun mot par le menu, mais pource qu’il ést à craindre que ces petites subtilitez qui n’ont rien de ferme ne nôus faceht tomber en des niaiseries sottes, j'aime mieux philosopher plus sobrement, en me contentant du simple sens naturel. Si ôn demande à ceux qui prenent plaisir à esplucher les choses curieusement, commentle diable sème lyvroye parmi le bon blé cependant que Christ est endormi et n’y prend pas garde, ilsne sçauront que résoudre : toutesfois j’ay mis peine de tenir telle mesure, que je ne laissasse rien qui fust utile et digne d’estre sceu.
43 Adonc les justes reluiront. Voyci une belle consolation. Que les enfans de Dieu, qui trainent maintenant en la poudre, ou demeurent cachez sans estre en estime, ou mesmées sont couvers d’Opprobres, lors apparoistront vrayvement remplis de clarté, comme en un temps serein quand tous brouillars sont escartez. Ce mot donc, est bien à peser : car il contient tacitement une antithèse du temps présent et de la dernière restauration, par l'espérance de laquelle Christ soustient ses fidèles. Le sens est donc, Combien que pour ceste heure beaucoup de meschans soyent eslevez en l'Eglise, que toutésfois nous devons attendre en certaine asseurance ce bien-heureux jour, auquel le Fils de Dieu eslèvera les siens en haut, et les nettoyera de tout ce qui obscureit maintenant leur splendeur. Il est vray * que la gloire à-venir n’est promise sinon à ceux esquels l’image de Dieu reluit ‘desjà, et quisont journellement transformez en icelle, avanceans tous les jours de
MATTH. XIII
34 Il leur proposa une autre similitude, disant, Le Royaume des cieux est semblable au grain de moustarde, qu'un homme & prins et semé en son champ :
32 Qui estbien la plus petite de toutes les semences :
mais quand il est crew, il est plus grand que les au-
comment.
26 D’avantage il dit, Le Royaume de Dieu est comme si un homme ayant jetté la semence en la terre,
27 Dormoit, el se levoit de nuil et de jour :
mast et creust, luy ne scachant
28 Car la terre de soy-mesme produit premièrement l'herbe, puis apres les espics, el puis le plein frournent en l'espi.
quelque degré au chemin de gloire. Mais pource que la vie des fidèles est maintenant cachée, et leur salut consistant en espérance, est invisible, à bon droict Christ rappelle les fidèles au ciel, pour là chercher la jouissance de la gloire qui leur est promise. Et n’y a point de doute qu'il a regardé au passage de Daniel, pour esmouvoir les auditeurs plus au vif:
comme s’il eust dit que le Prophète en partant de la clarté et splendeur à-venir, veut donner quant et quant à entendre qu’il y a pour un temps comme une obscurité : et que pourtant afin que la Prophétie ait lieu, il faut porter patiemment ce meslinge qui enveloppe pour un temps les éleus de Dieu avec les réprouvez. En comparant ceste gloire à la lumière du soleil, il ne veut pas establir une gloire égale en tous. Car comme Christ distribue maintenant ses dons entre les fidèles diversement, aux uns plus, aux autres moins : ainsi les couronnera-il au dernier jour. Mais il faut entendre ce que j'ay dit, Qu’yci il est fait comparaison de la restauration qui est différée jusques au dernier advénement de Christ, avec l’estat présent du monde, qui est comme tout obscurci de brouillars. Le Royaume du Pere, comme estant le vray héritage des fidèles, est mis à Popposite de la terre:
afin qu'ils se reécognoissent estre yci estrangers et Voyagers, et que pourtant ils prétendent toujours là-haut au ciel. Car combien qu’en un autre lieu il soit dit que le Royaume de Dieu est en nous, Lue, XVII, 21, si est-ce toutesfois que nous n’en aurons point une vraye jouissance, jusques à ce que Dieu soit tout en tous.