MARC IV. LUC XIII
18 Lors il disoil, À quoy est semblable le regne de Dieu? et à quoy l’accompareray-je ?
19 l'est semblable au grain de moustarde, qu'un homme prit el meil en
et que la semence ger-
tres herbes : et devient arbre, tellement que les oiseaux du ciel y vienent, et font leurs nids en ses branches.
33 {l leur dit une autre similitude, Le Royaume des cieux est semblable au levain qu'une femme prend et met dedans trois mesures de farine, jusqu'à ce qu'elle soit tou- Le levée.
34 Toutes ces choses dit Jésus aux troupes en similitudes, et ne parloit point à eux sans simililue :
35 Afin que ce qui a esté dit par le Prophete fut accompli, disant, J’ouvriray ma bouche en similitudes : je prononceray les choses qui ont esté cachées dés la fondation du monde.
29 Æt quand le fruit s'est]
monstré, homme y met la faucille, à cause que la moisson est preste.
30 Puis il disoit, À quoy dirons-nous estre semblable le Royaume de Dieu? ou de quelle similitude le comparerons-nous?
31 Comme à un grain de moustarde, lequel estant semé en terre est le plus petit de toutes les semences qui sont en la terre.
32 Mais après estre semé, il se lève et devient plus grand que toute autre herbe, et fait de grans rameaux, tellement que les oiseaux du ciel peuvent bastir leurs logeites sous son ombre.
33 Et ainsi par plusieurs telles similitudes il leur traittoit de la Parole, selon qu'ils pouvoyent ouir :
34 Et ne parloit point à eux sans similitudes, mais à part il déclaroit tout à ses disciples.
son jardin, lequel creut et deveint grand arbre, tellement que les oiseaux du ciel faisoyent leurs nids en ses branches.
20 Il dit derechef, À quoy accompareray-je le règne de Dieu?
21 Ilest semblable au levain qu'une femme print el meit dedans trois mesures de farine, jusques à ce qu’elle fust toute levée.
22 Puis s’en alloit par les villes et villages, enseignant, et tenant le chemin vers Jérusalem.
1) Ps. LXXVIIL, 2.
Par ces paraboles Christ veut accourager ses disciples, afin qu’ils ne soyent offensez en voyant les petis commencemens de l'Evangile, et que cela ne les en face destourner. Nous voyons comment les gens profanes mesprisent orgueilleusement l'Evangile, et mesmes en font leurs risées, pource qu'il est presché par des ministres, gens de basse condition et de petite estime devant le monde. D’autant que la doctrine n’est pas incontinent receue avec applaudissement de tout le monde, mais ha seulement quelque petit nombre de disciples qui sont le plus souvent du Commun populaire, et desquels on ne tient conte, de là les infirmes vienent à perdre toute espérance de veoir avancer l'Evangile, pource qu’ils en jugent selon les commencemens : mais le Seigneur fait tout exprès que son Royaume ait ainsi d'entrée des commencemens petis et abjects, afin que sa puissance soit tant mieux cognue, quand on verra les avancemens qu’on mavoit jamais at-
tendus. Ainsi donc le Royaume de Dieu est comparé au grain de moustarde, qui est la plus petite de toutes les semences, toutesfois croist en telle hauteur qu’elle devient arbre, et les oiseaux du ciel y font leurs nids. Il est aussi comparé au levain, lequel combien qu’il n’y en ait guères, toutesfois espand tellement sa vertu, qu'il fait aigrir et lever une grande quantité de paste. Apprenons donc si le Royaume de Christ est en apparence contemptible devant les yeux de la chair, d’eslever nos esprits en la puissance de Dieu infinie et inestimable, laquelle comme elle a une fois créé toutes choses de rien, ainsi tous les jours elle suscite les choses qui n’estoyent point, et'leur donne estre par des moyens incomprébensibles au sens humain. Laissons aux orgueilleux leurs risées infâmes, attendans que le Seigneur les surprene à desprouveu, et les confonde tout à un coup. Cependant ne perdons point courage, mais eslevonsnous par foy contre tout orgueil dumonde
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
jusques à ce que le Seigneur nous face |
sentir l’effect de ceste vertu incompréhensible duquel il parle yci. Le mot de Levain, se prend aucunesfois en mauvaise part : Comme quand Christ admouneste qu’on se donne garde du levain des Scribes : et quand sainct Paul enseigne, qu’un petit de levain fait lever toute la paste, À Cor., V, 6 : mais yci il nous le faut simplement appiicquer au propos qui est traitté. Touchant ces mots, Règne de Dieu, et des cieux, il en a esté parlé en d’autres pas sages.
26 Marc. Le règne. Combien que ceste similitude tende à mesme fin que les deux précédentes, il semble toutesfois que Christ de propos délibéré addresse son dire aux ministres de la Parole, afin qu’ils ne se refroidissent en leur office, pource que le fruit de leur labeur ne se monstre pas du premier jour. Il leur propose donc Pexemple des laboureurs, lesquels jettent la semence en la terre, sous espérance de moissonner, et ne se tormentent point d'inquiétude et anxiété: mais s’en vont coucher, et se lèvent, c’est-à-dire poursuyvent songneusement leur besongne le jour durant selon leur coustume, et prenent leur repos la nuit, jusques à ce que finalement l’espi vient à meurir en sa saison. Ainsi donc, combien que la semence de la Parole soit cachée pour un temps, et comme estouffée, toutesfois Christ commande à tous fidèles docteurs de prendre bon courage, de peur que la
desfiance ne diminue lalaigreté qu'ils
doyvent avoir à leur office.
34 Matth. Toutes ces choses dit Jésus.
Combien que sainct Marc exprime nomméement que Christ a parlé selon qu'ils pouvoyent ouir, toutesfois il me semble vray-semblable qu’il ait ainsi continué à user de paraboles, non pas tant pour enseigner, qu'afin de rendre les auditeurs attentifs pour un autre temps plus propre.
Car pourquoy les a-il exposées familièrement à ses disciples à part? Estoit-ce qu'ils fussent de plus dur entendement
. que le commun peuple ? Non : mais pource
qu’il a voulu leur communiquer premièrement son intention, et laisser les autres en suspens, jusqu’à ce qu'une opportunité plus propre se présentast. Car tous ces
propos ont esté seulement comme une manière de préparatifs de l'Evangile, duquel la plene clarté et publication estoit différée jusques à son temps. Au reste, il est facile de soudre la contrariété, qui semble estre en apparence entre ce que dit yei sainct Matthieu, et la prophétie d'Isaie, qui à esté alléguée un peu devant. Car combien qu'il ait caché aux réprouvez la lumière de la doctrine, cela toutesfois n’empesche point qu’il ne se soit accommodé à leur capacité, afin de les rendre inexcusables. Il a donc tenu une façon d’enseigner propre et convénable aux auditeurs, lesquels il sçavoit n’estre point encore bien préparez à comprendre la doctrine.
35 Afin que fust accompli. S. Matthieu n’entend pas que le Pseaume qu’il allègue soit une prophétie qui parle spécialement de Christ mais comme la majesté de l'Esprit s’estoit monstrée clairement Aux propos sortans de la bouche du Prophète, il dit que la vertu d'iceluy a esté aussi vivement représentée en la parole de Christ. Le Prophète voulant là parler de l'alliance de Dieu, par laquelle il a adopté la semence d'Abraham, des biens qu’il a continué de faire à ce peuple, et de tout le gouvernement de l’Eglise, fait une préface magnifique : J’ouvriray, dit-il, ma bouche en similitudes :
c’est-à-dire, Je ne feray point des contes de choses frivoles, mais je traitteray avec gravité convenable, de matières de grande conséquence. Le mot de choses cachées, emporte encores autant : car C’est une répétition assez commune és Pseaumes.
Les Hébrieux nomment les comparaisons et similitudes, Nissalim. Puis après ils attribuent ce nom aux propos qui sont de poids, pource que souventesfois les similitudes donnent quelque grâce et authorité à la Parole. [ls appellent Schidoth aucunesfois les Enigmes, aucunesfois les recontres de propos plaisantes et de bonne grâce. Or combien qu’il semble que sainet Matthieu face une allusion sur le mot de parabole, toutesfois il n’y à point de doute qu’il veut dire que Christ a parlé en termes couverts et figurez, afin que son style estant plus haut que le commun parler fust de plus grand poids et
majesté, En somme il dit, Que ce qui est dit au Pseaume a esté accompli, Pseaume LXXVIIE, v. 2: pource que Christ en usant d’allégories et figures, a monstré qu'il traittoit des secrets mystères de Dieu, afin que la doctrine ne veinst à estre vilipendée. Au reste, nous recueillons d’yci qu’il n’est pas absurde que Christ ait parlé obscurément au peuple pour diverses fins. Car combien qu’il voulust parler en telle sorte que les réprouvez n’y entendissent rien, il a toutesfois tellement modéré son style, qu’en leur stupidité ils ont senti que son parler avoit quelque vertu céleste et Divine.
sçait si sainct Luc parle seulement dun voyage, ou s’il entend que Christ cheminant par le pays de Judée, et traversant d'un costé et d'autre tous les endroits d’iceluy, avoit accoustumé de monter en Jérusalem és jours de feste. Certes il semble qu’il veut monstrer par la première partie de ceste sentence , le train que Jésus-Christ à tousjours suyvi, depuis qu'il a commencé de faire la charge qui luy estoit enjointe par le Père. Et pourtant afin que le second membre conviene avec le premier, le sens sera, Que quand les jours de feste approchoyent, sa coustume estoit de se trouver avec les autres
29 Luc. Tenant le chemin. On ne | aux sainctes assemblées.
MATTH. XII
44 Derechef le Royaume des cieux est semblable à un thrésor caché en un champ, que quelqu'un a trouvé, et caché. Puis de joye qu'il en ha, il s’en va, et vend tout ce qu'il ha, et achète ce champ.
45 Derechef le Royaume des cieux est semblable à quelque marchand qui cherche de bonnes perles:
46 Lequel ayant trouvé quelque perle de grand pris, s’en est allé, et a vendu tout ce qu'it avoit, et l’a achetée.
471 Derechef le Royaume des cieux est semblable dun filé jetté en la mer, et amassant de toute sorte de choses.
48 Lequel estant plein, les pescheurs le tirent en haut sur la rive : et estans assis mettent le bon à part en leurs vaisseaux, el jettent hors ce qui ne vaut rien.
49 Ainsi sera-il en la fin du monde : les Anges viendront et sépareront les mauvais du milieu des justes :
50 Et les jetteront en la fournaise de feu, là y aura pleur et grincement de dents.
51 Jésus leur dit, Avez-vous entendu toutes ces choses? Ils luy dirent, Ouy, Seigneur.
52 Et il leur dit, Pourtant tout Scribe qui est apprins quant au Royaume des cieux, est semblable
& un père de famille qui tire de son trésor choses ? nouvelles et anciennes.
MARC: LUC
Les deux premières similitudes tendent à ceste fin, que les fidèles apprenent de préférer le Royaume des cieux à tout le monde, et ainsi de renoncer à eux-mesmes et à tous désirs de la chair, afin que
rien ne les empesche qu’ils ne jouissent d’un si grand bien. Or ceste admonition nous est fort nécessaire, pource que les allèchemens du monde nous ensorcellent tellement, que nous venons à oublier la
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