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serviteur, Va par les chemins et hayes, et contrainles d'entrer, afin que ma maison soit emplie.
24 Car je vous di que nul de ces hommes-là qui avoyent esté invilez, ne goustera de mon souper.
d’abondance de toutes choses. Toutesfois le sens est, que bien-heureux sont ceux qui seront nourris de Dieu, quand il aura recueilli ses enfans en son Royaume.
2 Le Royaume des cieux est semblable. Comme il se trouva jadis un homme de Sparte qui dit que ceux d’Athènes sçavoyent bien ce qui estoit bon et droit, mais qu’ils n’en vouloyent rien faire, ainsi Christ reproche maintenant aux Juifs qu’ils disent assez de beaux mots du Royaume de Dieu, mais que quand Dieu les appelle et convie à soy doucement et amiablement, ils rejettent sa grâce avec desdain. Car il n’y a point de doute qw’il touche yci nomméement les Juifs pour les picquer: comme il apparoistra encores mieux un peu après. Au reste, S. Matthieu et sainct Luc ont quelque diversité en ce récit, d'autant que sainct Matthieu spécifie beaucoup de circonstances : l’autre propose la chose sommairement eten gépéral: comme sainct Matthieu dit qu’un Roy feit les nopces de son fils: en sainct Luc il est simplement fait mention d'un grand souper. Sainct Matthieu parle de plusieurs serviteurs, autre n’en nomme qu'un. Sainct Matthieu note que les serviteurs ont esté envoyez par plusieurs fois : l’autre ne touche que d’un voyage.
Sainct Matthieu ditauw’ aucuns outragèrent les serviteurs, et les tuèrent : l’autre dit seulement gu’on n’en teint conte. Pour le dernier, sainct Matthieu dit que celuy qui estoit entré au banquet sans estre vestu de robbe de nopces, fut mis dehors :
de quoy il n’est point fait mention en sainct Luc. Mais nous avons noté en un autre lieu une semblable diversité : asçavoir qu’entraittant une mesme chose sainct Matthieu estoit plus copieux et abondant.
Tant y a qu'ils accordent fort bien quant au principal et au sens, qui est, Que Dieu a fait un honneur singulier et spécial aux Juifs, en leur préparant comme un banquet magnifique, pour les recevoir et traitter: mais qu’ils n’ont fait conte de l'honneur qui leur estoit présenté. Plusieurs expositeurs rapportent à Christ les nopces du fils du Roy: pource que Christ est la fin de la Loy. Et Dieu en son alliance n’a eu autre regard, sinon de l’ordonner gouverneur sur son peuple, et de conjoindre l'Eglise avec luy par le lien sacré de mariage spirituel : ce que je receoy volontiers. Mais quant à ce que dit sainct Matthieu, Que les serviteurs ont esté envoyez pour appeler ceux qui avoyent esté invitez : il a voulu par ces mots signifier double grâce de Dieu : asçavoir qu’il a préféré les Juifs aux autres nations, en après que par les Prophètes il leur a manifesté son adoption. Car il fait une allusion à la façon commune des hommes, lesquels voulans faire des nopces, escrivent en un rolle tous ceux qu’ils veulent avoir au Banquet: et puis après il les envoyent semondre par leurs serviteurs. Ainsi Dieu a choisi les Juifs pardessus les autres, comme s'ils eussent esté ses amis bien familiers : puis après il les a conviez par ses Prophètes à participer à la rédemption promise: ce qui “estoit comme banqueter aux nopces. Or combien que ceux qui ont esté appelez les premiers, n’ayent pas vescu jusques à la venue de Christ, nous sçavons toutesfois qu’il n’y à eu qu’un salut proposé à tous en commun, duquel ils se sont privez par leur ingratitude et malice. Car dès le commencement ce peuple-là a vileinement et meschamment mesprisé l'honneur auquel Dieu le convioit.
à Derechef il envoya d'autres serviteurs. Il parle en telle sorte comme si ç’avoyent tousjours esté les mesmes personnes, pource que C’estoit tousjours un mesme corps de peuple. Le sens est, Que lors qu’'approchoit le joyeux et heureux jour de la rédemption, ils ont esté advertis de se trouver prests. Car beaucoup auparavant, le temps leur avoit esté assigné : et maintenant Christ dit que l'heure estant venue, il y a de nouveaux
messagers qui les pressent et solicitent, afin qu’ils se hastent de venir. Car la première semonce de laquelle il a parlé, comprend toutes les Prophéties précédentes jusques à la publication de PEvangile. Or combien que dés le temps jadis on avoit cruellement tourmenté ét meurtri les Prophètes, toutesfois pource qu'avec le temps la rage estoit creue, et que fina= lement elle s’estoit desbordée en toute impétuosité contre Christ et ses Apostres, il n’accuse le peuple ancien que de mespris et orgueil: mais il dit que ceux qui avoyent esté envoyez sur l'heure du souper, furent outragez ou meurtris. Ainsi ce peuple est venu au comble de meschanceté, quand après avoir rejetté fièrement la grâce, ils se sont aussi desbordez en cruauté enragée : et toutesfois il ne les charge pas tous également de ce crime. Car mesme en la dernière Semonce, asçavoir par l'Evangile, la grâce de Dieu a esté en partie mesprisée par des gens stupides et contempteurs : en partie repoussée furieusement par des hypoecrites.
Et voylà comme il en advient communéement, que les meschans escument plus furieusement contre Dieu, d'autant qu’il les solicite de plus près de leur salut. Il nous faut maintenant venir à traitter les points de doctrine que sainct Matthieu et sainct Luc touchent tous deux en commun : asçavoir, que l’un est allé à sa métairie, et l’autre à sa marchandise. Or comme il y a en sainct Luc, que l’un s’est excusé, disant que il avoit prèns femme en mariage:
et l’autre, Qu'il avoit acheté une métairie : et le dernier, qu’il avoit acheté cêng couples de bœufs : par ces paroles Christ signifie que les Juifs ont tant esté addonnez au monde et aux choses terriennes, qu'ils n’avoyent pas le loisir d'approcher de Dieu : comme à la vérité quand les solicitudes du monde nous tienent enveloppez, ce sont autant d'empeschemens qui nous retirent du Royaume de Dieu. C’est bien une honte et grande vilenie de ce que les hommes estans créez pour la vie céleste, sont du tout transportez après les choses terriennes et caduques par une stupidité brutale : mais c’est une maladie commune. Ainsi à peine s’en trouve-il de cent un qui préfère le Royaume de Dieu
SUR L’'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
aux richesses caduques. Et combien que tous ne soyent pas malades d’une mesme maladie, toutesfois chacun ha sa cupidité qui le tire de l’autre part : tellement que tous s’esgarent en une sorte ou autre. Il faut noter d'avantage que les hommes profanes prenent de belles couleurs et bien apparentes pour rejetter la grâce de Dieu:
comme si leur lascheté estoit à excuser, quand estans du tout addonnez aux affaires de la vie présente, ils ne tienent conte de lhéritage céleste. Mais nous voyons yci comment Christ nous osté d’entre les mains toutes ces vaines couvertures sous lesquelles nous-nous flattons nous-mesmes : afin que personne ne pense faire du fin, et gaigner sa cause, en alléguant que les empeschemens terriens et affaires de ce monde ne luy donnent pas le loisir. C’est bien au contraire, la faute des hommes redouble quand ils s’empeschent és choses autrement licites, pour n’approcher point de Dieu, lesquelles plustost les y devoyent aider et conduire.
Car à quelle fin Dieu nous baiïlle-il les commoditez de ceste vie présente, sinon pour nous attirer à soy? Mais tant s’en faut que Chacun aspire au ciel, selon qu’il a receu de biens et commoditez de la main de Dieu, que mesme le sainct mariage, les terres et possessions, et les autres richesses sont autant de laqs pour tenir un chacun attaché à la terre.
7 Quand le Roy l'entendit. Sainct Matthieu seul parle de ceste punition, pource qu’en S. Luc il n’est fait aucune mention de Voutrage fait aux serviteurs. Tous deux disent bien que ceux qui ne voulurent pas venir à l'heure assignée, ont esté rejettez, et privez de l'honneur d’avoir place au banquet. Or ceste doctrine est commune, et nous appartient aussi. Car tous iniques qui s’eslèvent furieusement contre les ministres de l'Evangile, doyvent attendre une telle destruction que Christ prédit yei aux Juifs. Et ceux qui s'occupent tellement après les solicitudes de ce monde, qu'ils ne font conte du bien auquel Dieu les invite, tous ceux-là finalement sécheront misérablement en leur povreté, comme gens du tout affamez. Et pourtant toutes fois et quantes que Dieu nous appelle, soyons
prests et disposez pour lé suyvre alaigrement,
9 Allez donc aux carrefours des chemins. Après avoir monstré que ceuxlà sont indignes de la grâce de Dieu, lesquels la rejettent desdaigneusement quand elle leur est présentée, il dit maintenant que d’autres sont mis en leur place, voire des plus abjets et mesprisez qu’on trouve au commun peuple. Et yci est descrite la vocation des Gentils, qui est pour inciter les Juifs à jalousie, comme il est dit au Cantique de Moyse, Ils mont provoqué en ceux qui n’estoyent point dieux : et moy semblablement je les provoqueray en celuy qui n’est point peuple, et les irriteray en la gent folle. Pource que les Juifs avoyent esté éleus en premier lieu, ils imaginoyent que la grâce de Dieu estoit attachée à eux, tout ainsi que si Dieu ne se pouvoit passer d’eux : et aussi il est tout notoire avec quelle fierté et orgueil ils mesprisoyent tout le reste du monde.
Voylà pourquoy Christ par une manière de concession, compare les Gentils à des povres, à des boiteux et aveugles : et dit qu'on les prend aux places et par les rues, comme estrangers, et gens incognus : mais cependant il proteste que ceuxlà tiendront la place, de laquelle les amis familiers et domestiques n’ont fait conte.
Ainsi il exprime clairement ce que les Prophètes avoyent prédit couvertement, que Dieu se feroit une nouvelle Eglise. Et certes ceste honte et ce déshonneur à esté sur les Juifs comme le comble de la vengence de Dieu, quand en les retrenchant, il a enté en la racine de Polivier des rejettons sauvages, et quand les mettant hors de Sa maison, il y a introduit les Gentils, nations pollues et souillées. Que s’il n’a lors espargné les branches naturelles, aujourd’huy autant nous en pendil à œil, si nous ne respondons quand il nous appelle. Cependant le souper qui nous est tout appresté, ne sera pas perdu, mais Dieu en appellera d’autres à son banquet.
3 Luc. Contrain-les d'entrer. Ceste façon de parler emporte autant comme si le Père de famille commandoit qu’on feist entrer quasi à force d’injures les mendians, et qu'on n’en oubliast aucuns jus-
ques aux plus povres et abjets. Par lesquels mots Christ signifie que plustost Dieu ramassera toutes les ballieures du monde, que de recevoir d’oresenavant à sa table ces ingrats. Toutesfois il semble qu'il fait une ausion à la manière du conviement ou semonce qui est en l'Evangile. Car la grâce de Dieu ne nous y est pas simplement proposée, mais quant et quant avec la doctrine sont adjoustées les exhortations, pour nous picquer et inciter. En quoy se monstre une merveilleuse bonté de Dieu : lequel après nous avoir appelez de sa grâce, voyant que nous demeurons tousjours en un poinct endormis, il use comme d’importunité pour resveiller nostre paresse : et non-seulement nous picque par exhortations, mais aussi
nous contraint par menaces d'approcher de luy. Cependant je ne trouve pas mauvais que sainct Augustin ait souvent usé de ce tesmoignage contre les Donatistes, pour prouver qu’il est permis aux princes fidèles de contraindre les obstinez et rebelles, et faire des édits pour les ranger au service du vray Dieu, et à l'unité de a foy. Car combien que la foy soit volontaire, nous voyous-néanimoins que ces moyens proufitent pour donter l’obstination de ceux qui n’obéiroyent jamais, s’il u’y avoit contrainte.
14 Matth. Et le Roy y estant entré.
Yci Christ ne reproche plus aux Juifs ce qu’ils ont meschamment mesprisé la grâce et la vocation de Dieu : mais il advertit de bonne heure ceux qui devoyent estre mis en la place des Juifs, qu’ils se donnent bien garde de souiller par leurs ordures ces sainctes nopces, quand Dieu leur aura fait cest honneur de les appeler à participer à sa table. Ainsi donc il a monstré jusques à maintenant que les Juifs pour leur ingratitude et mespris desdaigneux seroyent privez de lhonneur et privilége spécial qui leur avoit esté fait, et que Dieu en prendroit d’autres d’entre les nations profanes et exécrables, lesquels il feroit succéder en leur place :
mais maintenant il dénonce que mesme du nombre de ceux-ci il exterminera ceux qui auront souillé et déshonoré son Eglise, Car pource que Dieu par l'Evangile appelle indifféremment tout le monde, il y
entre beaucoup de vileins et puans, les-quels pour un temps tienent lieu avec les autres. Mais finalement quand Dieu fait une reveue de ceux qu’il a appelez à son banquet, ceux-là finalement estans mis dehors, sont tirez au supplice. En somme, le sens est, Que non pas tous ceux qui seront une fois entrez en lEglise, auront part à la vie éternelle, mais seulement ceux qui seront trouvez revestus d’habillemens convenables à la grandeur du palais céleste. Au reste, c’est temps perdu de disputer touchant la robbe des nopces : si c’est la foy, ou la saincteté de vie : veu que la foy ne peut estre séparée d’avecques les bonnes œuvres, et que les bonnes œuvres ne procèdent sinon de la foy. Et nostre Seigneur Jésus-Christ a voulu seulement dire que Dieu nous appelle à ceste condition, que nous soyons renouvelez par lEsprit à son image : et que pourtant afin que nous demeurions en sa maison à jamais, il faut despouiller le vieil homme avecques toutes ses souillures, et mener une vie nouvelle : en sorte que le vestement soit correspondant à une vocation tant honorable. Mais on pourroit demander quelle raison il y a de punir rigoureusement un povre mendiant, pource qu’il n’a point apporté une robbe de nopces : comme si C’estoit une chose nouvelle de veoir ceux qui demandent leur pain par les rues, estre deschirez et mal en ordre. Je respon qu’il n’est point yci traitté Jà où on prendra, et comment on pourra avoir ceste robbe. Car tous ceux que le Seigneur invite, il les revest quant et quant: et en un Chacun de nous est accompli ce que dit le Prophète Ezéchiel au chapitre seizième, v.'7, Que Dieu ne trouvant rien en nous qu’une poyreté ou nudité extrême, et de puantes ordures, nous remet en estat, et nous pare d’habillemens bonorables. Noussçavons pareillement que nous ne sommes point autrement reformez à l’image de Dieu, sinon en vestant Jésus-Christ, Ainsi doncques, Christ ne veut pas yci dire que les povres hommes seront rejettez, lesquels n'auront point ré de leur coffre une belle robbe pour la porter au banquet, mais ceux lesquels, quand Dieu viendra faire la reveue et examen des gens entrez au banquet, se-
SUR L’HARMONIE EVANGÉLIQUE
ront trouvez en leurs souilleures. La conclusion monstre assez quel est le but de la parabole, Que peu sont éleus, combien que plusieurs soyent appelez. Dont nous pouvons veoir qu'il ne faut pas esplucher subtilement et par le menu un chacun mot. Car Christ ne disoit pas n’a- guères que la plus grand’ part deust estre mise dehors, mais faisoit seulement mention d’un : toutesfois nous voyons qu’il dit yci que d’un grand nombre, il n’en sera retenu que bien peu. Et certes, comme ainsi soit qu'aujourd’huy la voix de VEvaugile assemble plus de gens en l’Eglise, que n’avoit fait anciennement la Loy, il n’y en a qu’une bien petite portion qui approuve sa foy par nouveauté de vie. Et pourtant ne nous flattons point
MATTH. MARC
en nous-mesmes d’une vaine apparence de foy : mais qu'un chacun s’examine à bon escient, afin qu’en la dernière reveue il puisse estre retenu au nombre de ceux qui auront vrayement part au banquet.
Car comme sainct Paul nous admoneste, 2 Tim., IE, 49, il n’y à pas des vaisseaux à la maison du Seigneur seulement d’une sorte : et pourtant, quiconque invoque le nom du Seigneur, qu’il se retire d’iniquité. Je ne traitte point yci plus avant de l'élection éternelle de Dieu, pource que les paroles de Christ ne tendent sinon à monstrer qu’une profession externe de la foy ne suffit pas pour dire que Dieu avoue pour siens tous ceux qui semblent s’estre rangez SOUS sOn enseigne.
LUC XVI
A Il disoit aussi à ses disciples, Il y avoit un
homme riche, qui avoil un maistre d'hostel, lequel fut accusé comme un dissipateur des biens d'iceluy.
2 Lequel il appela et luy dit, Qu'est-ce que j'oy de toy? rend eonte de ta despense : car tu n'auras plus la puissance de faire la despense.
3 Adonc le maistre d'hostel dit en soy-mesme, Que feray-je, que mon maistre m'oste la despense ? je ne puis fouir la terre, ef si ay honte de mendier.
4 Or je scay que je jeray, afin que quand je seray osté de ma despense, quelques-uns me recoyvent en leurs maisons.
5 Lors il appela tous les detteurs de son maistre, et dit au premier, Combien dois-tu à mon maistre?
6 Lequel dit, Cent mesures d'huile. Et il luy dit, Pren ta cédule, et l'assied viste, el en escri cinquante.
7 Puis il dit à un autre, Et toy, combien dois-tu? Lequel luy dit, Cent mesures de froument. Et il luy dit, Pren ta cédule, et en escri quatre-vingts.
8 Et le maistre loua le maistre d’hostel inique, pourtant qu'il avoit fait prudemment. Par ainsi les enfans de ce monde sont plus prudens en leur génération, que les enfans de la lumière.
9 Et je vous di aussi, Faites-vous des amis des richesses iniques, afin que quand vous défaudrez, ils vous recoyvent aux tabernacles éternels.
* 10 Qui est loyal en bien petite chose, il est aussi R {loyal en grande chose : et qui est injuste en bien peu de chose, il est aussi injuste en grande chose.
A1 Si donc vous n'avez esté loyaux és richesses iniques, du vray thrésor qui s’en fiera en vous ?
A2 El si en chose d'autruy vous n'avez esté loyaux, qui vous donnera ce qui est vostre?
Et tantost après.
Ax Or les Pharisiens aussi qui estoyent avaricieux, oyoyent toutes ces choses, el se mocquoyent
de luy.
15 Et ü leur dit, C’est vous qui vous justifiez vous-mesmes devant les hommes : mais Dieu cognoist vos cœurs : Car ce qui est haut aux hommes, est abomination devant Dieu.
Ceste parabole en substance tend à nous monstrer que nous nous portions doucement et amiablement envers nos prochains, afin que quand ce viendra à comparoiïstre devant le siége judicial de Dieu, nous sentions le fruit de nostre libéralité. Or combien que la similitude semble estrange, et prinse de loin, toutesfois la conclusion du propos monstre que l'intention de Jésus-Christ n’a point esté autre. Et par cela nous cognoissons que c’est philosopher sans raison et mal à propos, de vouloir en traittant les paraboles esplucher scrupuleusement chacun mot. Car Christ n’enseigne pas yci de racheter à force de donner, les fraudes, rapines, mauvais gouvernement, dissipation de biens, et autres fautes conjointes avec une mauvaise administration : mais comme ainsi soit que Dieu nous ait mis en main la dispensation des biens qu’il nous donne, il nous est vci monstré un moyen, par lequel quand ce viendra à rendre conte, nous serons supportez, et ne serons point traittez à la rigueur de droict. Car ceux qui imaginent par ce passage que les aumônes sont comme satisfactions pour récompenser les desbauchemens et dissolutions de la vie, ne considèrent pas bien qu’en premier lieu il nous est enjoint de vivre sobrement et avec tempérance: et qu'il faut que les ruisseaux qui descoulent à nous, procèdent d’une pure source. Il est certain qu’il n’y à homme de vie tant sobre et si bien réglée, qui n’abuse quelques fois des biens que Dieu luy à donnez en garde : et pourtant ceux mesmes qui vivent le plus sobrement et honestement, encores ne sont-
ils pas du tout exempts de la faute de mauvaise dispensation : joint qu’en beaucoup de sortes on peut abuser des dons de Dieu : tellement que les uns faillent en une manière, les autres en autre. Je ne nie pas aussi selon que nous-nous sentons coulpables d'avoir mal dispensé ce que Dieu nous avoit donné, que cela ne nous doyve inciter et picquer à faire choses qui appartienent à charité : mais nous:
nous devons proposer en cela un autre but, que d’eschapper le jugement de Dieu en satisfaisant et apportant devant luy quelque récompense : c’est asçavoir que nostre libéralité bien et sainctement employée, retranche et corrige d’autant les despens superflus : en après, que l’humanité et bon traittement que nous faisons à nos frères, attire la miséricorde de Dieu sur nous. Ainsi doncques le Seigneur Jésus ne monstre point yci à ses disciples une eschappatoire pour se délivrer de condamnation, quand le Juge céleste les fera venir à conte : mais il les advertit de prendre garde à eux de bonne heure, de peur qu’ils ne portent la punition de leur cruauté, s’il est trouvé qu'ils nayent eu aucun soin d'exercer charité envers leurs prochains, et n’ayent pensé qu’à despendre en tout excès et à leur plaisir les biens de Dieu. Car il faut tousjours tenir ceste maxime, Qu’à la mesme mesure qu’un chacun aura fait aux autres, il luy sera aussi rendu. Matth., VIE 2.
8 Et le maistre loua le maistre d'hostel inique. 1 est aussi aisé à veoir én cest endroit qu'il n’y auroït point d'ordre si on vouloit insister préciséement sur chacune circonstance des paraboles. Car
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
veu que c’est une chose qui n’est aucunement à louer, de faire largesse du bien d’autruy, qui pourroit souffrir qu’un meschant garnement luy oste du sien pourle donner puis après à qui bon luy semble ?
Certes ce seroit une trop grande bestise, qu'un homme voyant qu’on luy a pillé et dissipé une partie de son bien, trouvast bon qu’on luy desrobast encore le reste pour le donner à d’autres. Mais Christ à pré:
tendu seulement de monstrer ce qu’il met incontinent après, Que les hommes profanes et addonnez au monde sont plus industrieux, diligens, et prudens à conduire les affaires concernans ceste vie caduque, que les enfans de Dieu ne sont songneux de la vie céleste et éternelle, ou regardans de près à l'exercice et méditation d’icelle. Car par ceste comparaison il nous reproche nostre paresse et Jascheté plus que vileine, de ce que nous ne pensons pour le moins autant à nos affaires pour l’advenir, comme les gens profanes prouvoyent à leurs affaires en ce monde. Car quelle honte est-ce que les enfans de lumière, ausquels Dieu esclaire par son Esprit et sa parole, soyent endormis, et ne tienent autrement conte de la vie éternelle qui leur est présentée, veu que les mondains suyvent si alaigrement leurs commoditez, et sont si prouvoyans et regardans de près à pourchasser ce qui y peut servir? Dont nous recueillons qu’il n’y à point yci une comparaison de la prudence de la chair à célle de l'Esprit (ce qu’aussi ne se pourroit faire sans déshonorer Dieu) mais seulement que les fidèles sont vyci resveillez, afin qu'ils soyent plus attentifs aux choses qui appartienent à la vie à venir, et qu’ils ne ferment point les yeux à la lumière de l'Evangile, regardans ces povres malheureux aveugles de mondains, lesquels en leurs ténèbres voyent plus clair. Et de faict, il faut bien que les enfans de Dieu soyent d'autant plus incitez à faire leur dévoir, quand ils contemplent que les enfans de ce siècle pourvoyent de long temps pour ceste vie transitoire, et qui est escoulée en un moment.
9 Faites-vous des amis. Comme par-ci devant Christ n’a pas commandé que des rapines et extorsions nous offrions sacri-
fices à Dieu : ainsi maintenant il n’entend pas qu'il nous faille chercher des gens qui parlent pour nous excuser, ou des advocats qui nous maintienent et défendent par leur crédit : mais il enseigne qu'en distribuant de nos biens par charité, nous acquérons faveur envers Dieu, lequel à promis qu'aux miséricordieux et débonnaires il sera aussi miséricordieux de son costé. Mais c’est une grande bestise et absurdité de vouloir inférer de ce passage que les prières et suffrages des trépassez nous proufitent : Car si cela es-.
toit vray, tout le bien que nous faisons à ceux qui en sont indignes, seroit perdu.
Or est-il que la malice des hommes n’em-
pesche point que le Seigneur ne mette en
ses contes et registres tout le bien que nous aurons fait aux poyres : ainsi donc le Seigneur ne regarde point aux personnes, mais seulement à l’œuvre qui est faite : en sorte que nous trouverons devant Dieu la libéralité et charité dont nous avons usé, encore qu’elle ait esté employée envers des gens ingrats. Mais il semble par ceci qu’il vueille donner à entendre que la vie éternelle nous est baïillée par nos mérites. Je respon qu’il appert assez clairement par le texte, qu’il parle à la facon commune des hommes : c’est asçavoir que comme celuy qui est en crédit et en richesses, s’il acquiert des amis estant en son entier, quand puis après il viendra à estre abbatu par quelque mauvaise secousse il trouvera secours et support en ses amis. Ainsi, que nostre humanité et débonnaireté nous servira comme d’un bon refuge bien à propos et au besoin, pource que tout ce que nous avons communiqué libéralement à nos prochains, le Seigneur l’alloue comme fait à sa propre personne. Afin que quand. Par ce mot il signifie le temps de la mort : et nous admoneste que le temps de nostre administration sera incontinent escoulé : afin que l'espérance d’une longue vie ne nous rende plus serrans et chiches. Car d’où vient que la plus grand’part se baigne en ses richesses, plusieurs dissipent en superfluitez ce qu’ils ont, les autres tienent tout serré par une vileine tacquinerie, et ne s’en aident ni eux ne les autres, sinon pource que s’abusans d’une folle imagi-
nation de vivre longuement ils laschent la bride à leurs appétis tout à leur aise P En nommant les richesses iniques, il nous les veut rendre suspectes, d'autant que le plus souvent elles enveloppent en quelque iniquité ceux qui les possèdent.
Car combien que les richesses ne soyent point mauvaises en s0y, toutesfois pource qu'il advient à tard qu'on les acquière sans fraude ou extorsions, ou autres moyens et prattiques illicites, pource aussi qu'il ne se trouve guères qu’on Îles possède sans orgueil ou excès, ou autre meschante affection, à bon droict Christ prétend de nous les faire tenir pour suspectes. Comme aussi en un autre lieu il les appelle Espines, Matt., XIII, 22. Toutesfois il semble qu’il faille yei entendre une antithèse, comme s’il eust dit, Que les richesses lesquelles autrement par faute d’en bien user souillent ceux qui les possèdent, et sont volontiers allèchemens de péché, qu’il les nous faut faire servir à une fin toute contraire : asçavoir à nous acquérir grâce et faveur. Qu’il nous souviene aussi de ce que j'ay dit ci-devant, Que Dieu ne demande point que nous luy facions sacrifice d’une proye acquise injustement, comme s’il vouloit participer au butin des larrons, et estre leur compagnon : et que pourtant ce passage est plustost pour admonester les fidèles qu’ils avisent à se garder et maintenir purs de toute iniquité.
10 Qui est loyal, etc. Ce sont des sentences tirans sur proverbes, lesquelles sont prinses de lusage et expérience commune. Et pour tant c’est assez qu’elles soyent vrayes le plus souvent et ordinairement. Il adviendra bien quelques fois qu'un trompeur qui naura tenu conte d’un petit gain, monstrera puis après sa meschanceté en une chose d'importance :
et mesmes plusieurs sont contens d’user de simplicité et fidélité en de petites choses, afin d’attrapper puis après un grand proufit tout en un coup : comme a dit un autheur ancien, Que tromperie se fait le passage par loyauté en de petites choses, afin que quand la rencontre le vaudra, elle puisse tromper avec grand proufit. Néantmoins ceste sentence de Christ ne laisse pas d’estre vraye, pource qu’en
matière de proverbes (comme j’ay desjà dit) nous regardons seulement ce qui advient plus souvent. Christ donc exhorte ses disciples à se porter fidèlement en petites choses, afin que par ce moyen ils s'accoustument à converser en loyauté et bonne conscience en choses plus grandes. En après il approprie ceste doctrine pour leur monstrer à bien dispenser les grâces spirituelles : lesquelles combien que le monde ne les estime point ce qu’elles valent, il est toutesfois certain qu’elles outrepassent infiniement les richesses caduques de ce monde. Il conclud aussi par mesme moyen que ceux-là qui se portent mal et desloyaument en choses moins précieuses, comme sont les richesses de ce monde, plenes d'incertitude, sont indignes que Dieu leur mette entre les mains le thrésor inestimable de l’Evangile, et de semblables dons. Ainsi ces mots contienent tacitement une menace enclose, Qu'il est à craindre que pour avoir abusé d’une administration et dispensation terrienne, nous soyons frustrez des dons célestes. Et pour ce regard /e vray thrésor est mis à l’opposite des richesses : comme ce qui est ferme et permanent, à l'encontre d’une chose caduque et qui n’est qu'une ombre.
12 Et si en choses d’autruy. I appelle choses d’autruy ce qui est hors de l’homme. Car Dieu ne nous baïlle pas les richesses afin que nous soyons attachez à icelles, mais il nous ordonne tellement dispensateurs d’icelles, qu’il ne veut pas qu’elles nous tienent enserrez en leurs liens. Et aussi il ne se peut faire que nos esprits soyent bien au large et à délivre pour habiter au ciel, s'ils n'estiment tout ce qui est en ce monde comme choses appartenantes à autruy. Au contraire, il appelle les richesses spirituelles qui appartienent à la vie advenir, choses nostres : pource que la jouissance d’icelles est éternelle. Il use derechef yci d’une autre similitude, disant qu'il ne faut pas espérer que nous usions droitement et honestement de nos biens, si nous-nous sommes mal et desloyaument gouvernez és biens d’autruy. Car volontiers les hommes se soucient moins d’abuser de leurs biens, et se donnent plus grande licence
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
de les dissiper, pource qu’ils ne craignent point qu’on leur en reproche rien :
mais quand c’est une chose qui leur a esté baïllée en garde ou prestée, de laquelle il faudra puis après rendre conte, ils y prenent garde de plus près, et craignent d'avantage. Nous entendons par ce . moyen l'intention de Christ : asçavoir que ceux qui gouvernent et administrent mal les biens terriens ne seront jamais bons gardiens des biens spirituels. Après cela est entrelacée ceste sentence, Que nul ne peut servir à Dieu et aux richesses : laquelle à esté exposée au sixième chapitre de sainct Matthieu. Et là aussi on trouvera la signification de ce mot Mammona, lequel est yci mis, et que nous avons traduit Richesses.
14 Or les Pharisiens qui estoyent avaricieux, etc. Ceux qui pensent que Christ ait esté mocqué des Pharisiens, pource que se contentant d’une façon de parler familière et populaire, il ne se bravoit point en affectant des termes exquis et bien remplissans la bouche, ne considèrent pas assez de près lesparoles de sainct Luc. Je confesse bien que la doctrine de l'Evangile semble contemptible aux gens fiers, hautains et desdaigneux : mais sainct Luc dit apertement qu’ils n’ont fait que se mocquer de Christ, d'autant qu'ils estoyentavaricieux. Ainsi donc, pource que ils tenoyent pour certain, et avoyent cela tout imprimé en leurs esprits, que bienheureux sont les riches, et que pourtant il n’y à rien meilleur que faire valoir sa Maison par tous moyens qu’on peut, et de garder de bien près les richesses qu’on à acquises, de peur que rien n’en eschappe, tout ce que Christ avoit dit tendant au contraire, ils le rejettent comme choses absurdes et contre l'opinion commune.
Et de faict, quiconque parle de mespriser les richesses, ou d’en distribuer aux pores, il semblera aux avaricieux que cestuy-là resve. Horace poëte Latin dit, parlant en la personne d’un avaricieux, Ce peuple me siffle par mocquerie, mais cependant je me contente de ma personne.
Or si ainsi est, qu’estans condamnez par le jugement commun de tous, ils ne laissent point de se flatter en eux-mesmes :
ne moins que d’une fable, de ceste philosophie de Christ, qui est tant eslongnée de Popinion commune du peuple? Toutesfois je ne doute point que les Pharisiens n’ayent mis au-devant quelque autre couleur pour tourner en risée la doctrine de Christ, qui estoit contraire à leur vice :
mais cependant il ne faut pas laisser de considérer le motif de leur mocquerie.
Car ceste maladie règne quasi tousjours au monde, que la plus grand’part des hommes fait semblant de se gaudir de ce qui ne s'accorde point avec leurs meschantes mœurs. De là vient que la parole de Dieu est sujete à tant de brocars, mocqueries, risées et gaudisseries, pource qu'un chacun plaide pour défendre et maintenir ses vices : et il leur semble qu'avec leurs railleries ils couvriront leurs énormitez, comme si c’estoit une nuée mise au-devant.
A5 Fous estes ceux qui, etc. Nous voyons que Christ, quelque desdain qu’il y ait en eux, ne leur laisse point pourtant emporter la victoire, mais défend constamment l’authorité de sa doctrine contre leurs mocqueries. Ce que doyvent aussi faire tous Ministres de l'Evangile, asçavoir qu'à tous meschans contempteurs ils proposent le jugement espovantable de Dieu. Il dit donc que le fard duquel ils esblouissent les yeux des hommes, ne leur servira de rien devant le jugement de Dieu. Ils ne vouloyent pas qu’on pensast que leur mocquerie tendist à couvrir et défendre leur avarice : mais Christ monstre que ce venin qu’ils jettent, procède d’un apostème et pourriture Cachée au dedans de leur cœur : comme aujourd’'huy si quelqu'un disoit à ces bestes cornues d’Evesques, que ce qu’ils font ainsi fort la guerre à l'Evangile, C’est d'autant qu’on touche trop vivement leurs vices cachez. Ainsi donc Christ dit qu’ils se contentent d’apparoistre gens de bien devant les hommes, et d'acquérir bruit par une saincteté fardée : mais que Dieu qui cognoist les cœurs, voit bien les vices lesquels ils cachent devant les hommes.
Sur quoy aussi il nous faut noter la dif férence qui est entre les jugemens de Dieu, et ceux des hommes, pource que
combien plus se mocqueront-ils ne plus | les hommes trouvent bon ce qui ha belle
apparence par dehors, mais devant le siége judicial de Dieu rien n’est accepté sinon le cœur droit et non feint. Après cela est adjoustée une belle sentence, Que tout ce que les hommes estiment grand, est abomination devant Dieu : non pas que Dieu rejette les vertus desquelles il a engravé la louange és cœurs des hommes, mais pource que Dieu abomine et déteste tout ce que les hommes eslèvent
MATTH. MARC
19 Il y avoit un homme riche lequel se vestoit de
et ont en estime de leur propre sens.
Dont il appert que c’est qu'on doit juger de tous services controuvéz, lesquels le monde forge à sa poste. Car quoy qu'ils plaisent et semblent beaux à ceux qui les ont inventez, Christ toutesfois prononce que devant Dieu ils sont non-seulement vains et de nulle estime, mais aussi puants et exécrables.
LUC XVI
pourpre el de soye, et journellement se traittoit bien et magnifiquement.
20 Il y avoit d'autre part un povre nommé Lazare, qui gisoit à la porte d’iceluy, plein d'ulcères.
21 Lequel désiroit estre rassasié des miettes qui cheoyent de la table du riche : et mesmes les chiens venoyent, et luy léchoyent ses ulcères.
22 Or adveint que le povre mourut, et fut porté
des Anges au sein d Abraham
: ce riche aussi mou-
rut, et fut enseveli.
23 Et eslevant ses yeux ut èl éstoit és tormens en enfer, il voit de loin Abraham, et Lazare au sein d'iceluy.
24 Et s’escriant dit, Père Abraham, aye pitié de moy, et envoye Lazare afin qu'il mouille le bout de son doigt en l’eau, et qu'il rafraischisse ma langue : car je suis tormenté en ceste flamme.
95 Et Abraham dit, Fils, souviene-toy que tu as receu les biens en ta vie, et Lazare semblablement
les maux :
mené.
maintenant il est consolé, et tu es tor-
26 Et outre tout cela il y a un grand abysme qui est mis entre vous el nous : tellement que ceux qui
veulent d'yci passer à vous, ne peuvent, ne de là
passer yci.
21 Et il dit, Je Le prie donc, Pere, que tu l'envoyes en la maison de mon pére.
28 Car j'ay cinq frères : tesmoignage : de peur qu'ils ne vienent œussi en ce
afin qu'il leur rende
lieu de torment.
29 Abraham luy dit, Is ont Moyse et les Prophètes : qu'ils les oyent.
30 Mais il dit, Non, Père Abraham: mais si au- Cun des morts va à eux, ils s'amenderont. |
31 Et Abraham luy dit, S'ils n’'oyent Moyse et les
Prophètes, non plus seront-ils persuadez quand aucun des morts ressuscilera.
mai de
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
Combien que sainct Luc mette entre deux quelques autres propos, toutesfois il n’y à point de doute que par cest exemple Christ a voulu confermer la doctrine que nous avons maintenant traittée. Car il monstre quelle sera hors de ce monde la condition de ceux qui sans avoir aucun soin des povres, ne pensent sinon à se desborder en toutes délices, lesquels estans addonnez à yvrongneries et autres voluptez, laissent leurs prochains avoir faim, et mesmes tuent cruellement, à faute de les substanter, ceux ausquels ils devoyent subvenir, puis qu'ils en ont le moyen. Or combien qu’il semble à aucuns que ce soit simplement une parabole, toutesfois pource que le nom de Lazare y est exprimé, je pense plustost que c’est le récit d’une chose advenue : mais cela n’est pas de grande importance, pourveu que nous entendions là doctrine qui y est contenue. Premièrement yei nous est dépeint un homme riche vestu de pourpre el de soye, et faisant journellement grand chère. Par lesquels mots est signifiée une vie délicieuse et remplie de superfluité et pompe : non pas que toute beauté ou richesses en robbes et accoustremens desplaisent à Dieu de soy-mesme :
ou que toute façon d'apprester les viandes proprement soit à condamner : mais pource que peu souvent il advient qu’on se gouverne par mesure en ces choses. Car celuy qui voudra estre mignard en ses habillemens, augmentera de jour en jour la superfluité, en s’avisant d’y adjouster
tousjours quelque chose de nouveau.
Aussi à grand’ peine se peut-il faire que celuy qui prend plaisir à avoir la table bien garnie, et des morceaux frians, ne se desborde à intempérance.Toutesfois la cruauté principalement est condamnée en ce riche, de ce qu’il laissoit le povre Lazare plein de playes estendu dehors à sa porte.
Car Christ met ces deux choses comme à … lopposite l’une de l’autre, Que le riche
estant addonné à friandise, pompes, et excès, comme un gouffre insatiable, dé- - voroit un grand revenu en sa maison, et qu'il wavoit point pitié de la povreté et des douleurs de Lazare, mais le laissoit à son escient et devant ses yeux languir de faim, de froid, et pourrir en l’ordure de
ses playes. Voylà aussi en quoy Ezéchiel blasme Sodome, de ce qu'ayant abondance de pain et de vin, elle n’a point estendu sa main au povre, Ezéchiel, XVI,49. Ce que nous avons traduit, Soye, le mot dont a usé l’Evangéliste signifie une toile fort fine et déliée, de laquelle les nations Orientales usoyent en accoustremens pour grande braveté. Les Prestres du Pape ont ensuyvi ceste façon en leurs surpelis (qu’ils appellent) comme on voit encore aujourd’huy.
91 Et mesmes les chiens venoyent et luy léchoyent ses ulcères. L’inhumanité et cruauté barbare de ce riche estoit desjà assez manifestée, quand un spectacle si pitoyable ne l’esmouvoit aucunement à compassion. Car s’il y eust eu en luy une goutte d'humanité, il devoit pour le moins commander qu’on apportast à ce povre quelques reliefs de la cuisine. Mais le comble d’une cruauté vileine et plus que brutale a esté de ce qu’il n’a point apprins à tout le moins des chiens d’estre miséricordieux. Et n’y à point de doute que Dieu par sa providence secrète n’ait attiré ces chiens, qui par leur exemple condamnoyent ce mal-heureux. Tant y à que Christ les produit yci comme en tesmoignage pour convaincre cest homme d’une rigueur exécrable. Car que pourroit-on dire plus monstrueux que de veoir un homme duquel les chiens ont soin, et son prochain n’en tient conte? Et qui plus est, qu’on ne daigne pas donner les miettes de pain à un povre qui meurt de faim, auquel cependant les chiens n’espargnent point leurs langues, mais le vienent lécher pour soulager son mal?
Toutes fois etquantes donc que les estrangers, ou mesmes les bestes brutes s’employent à faire ce qui estoit plustost de nostre devoir, sSçachons que ce sont autant de tesmoins et de juges que Dieu nous met en face pour descouvrir tousjours tant plus nostre vilenie et inhumanité.
22 Or il adveint que le povre mourut. Christ monstre yei comment la mort a fait un grand changement en la condition de l’un et de l’autre. Vray est que la mort a esté commune à tous deux : mais d’estre après la mort porté des Anges au sein d'Abraham, Cest une félicité
plus désirable que d’avoir tous les royaumes du monde. Au contraire, destre adjugé aux tormens éternels, c’est une chose horrible, et pour laquelle éviter on deveroit (s'il estoit possible) employer cent vies. En la personne de Lazare nous avons un bel exemple, qu’il ne faut point estimer maudits devant Dieu ceux qui trainent en continuelles langueurs, menans une vie plene de beaucoup de misères. Car la grâce de Dieu a tellement esté cachée en luy, et ensevelie par la déformité et honte de la croix, que Île sens de la chair n’y pouvoit rien comprendre que malédiction : mais cependant nous voyons combien estoit précieuse làâme cachée en un si povre corps et plein de pourriture, laquelle est portée par les Anges en la vie bien-heureuse. Et pourtant il n’a rien perdu pour avoir ainsi esté povre et misérable, et destitué de toute aide humaine, puis que les Esprits célestes daignent luy assister pour l'accompagner sortant de la prison de ce corps mortel.
Au contraire, on voit clairement en ce riche, comme en un beau miroir, que nous ne devons point désirer la félicité temporelle, laquelle s’achète avec damnation éternelle. Toutesfois il faut noter que Christ faisant nomméement mention de la sépulture du riche, se taist de ce * qui fut fait à Lazare: non pas que son corps ait esté laissé sur la terre à l’abandon des bestes : mais pource qu’il fut jetté en la fosse par acquit et sans grand honneur. Car il est aisé à recueillir par ce qui est mis à l’opposite, qu’on n’en a guères tenu plus de conte mort que vif :
au contraire le riche estant enseveli somptueusément, selon ses grans biens, retient encore quelque résidu de l’orgueil de sa vie passée. Car nous voyons en cest endroit que les gens profanes bataillent quasi contre nature, voulans faire durer leurs triomphes mesmes après Ia mort par enterrement et funérailles pompeuses :
mais leurs âmes qui sont en enfer, rendent tesmoignage de la folie et grande mocquerie de leur ambition perverse.
Quand il dit que Lazare fut porté : c’est une figure qu’on appelle Synecdoche. Car pource que l’âme est la partie la plus excellente de l’homme, à bon droict on dit
simplement L'homme, encore que cela ne conviene qu'à l’âme. Au reste, ce n’est pas sans cause que Christ assigne cest office aux Anges, veu que nous sçavons que ils sont ordonnez pour le ministère
| des fidèles, afin de s’employer et servir à
leur salut. Zu sein d'Abraham. U n’est
| jà besoin de réciter au long la variété d’o-
pinions et spéculations de plusieurs expositeurs de l’Escriture, touchant le sein
| d'Abraham : et mesmes, selon mon juge-
ment, il n’y auroit point de proufit. Il suffira de sçavoir ce que les lecteurs bien exercez en l’Escriture confesseront convenir naturellement et nayfvement au sens du passage. Car comme Abraham est nommé Père des fidèles, pource qu’il a esté ordonné de Dieu gardien de l'alliance de vie éternelle, afin qu’en faisant bonne garde il la baillast premièrement à ses enfans, et puis de main en main à toutes nations : et comme tous Ceux qui sont héritiers de mesme promesse, sont nommez ses enfans, ainsi après la mort il est dit qu’ils sont recueillis en son sein : pource qu’ils reçoyvent avec luy le fruit de la mesme foy. Et c’est une métaphore ou similitude prinse d’un père terrien, vers lequel les enfans s’assemblent le soir, ayans travaillé et achevé leur journée, et par manière de dire se ranger en son sein.
Comme ainsi soit donc que les enfans de Dieu dispersez en ce monde, sont voyagers et passans leur Chemin : ainsi qu'ils suyvent la foy de leur père Abraham en ce pèlerinage terrien, aussi estans morts, ils sont receus en ce repos bien-heureux, auquel il les attend. Au reste, il n’est jà besoin d'imaginer yci un certain lieu :
seulement nous est signifié ce recueil que j'ay dit: afin que les fidèles cognoissent en effet qu’ils n’ont point perdu leur temps en combatant sous l’enseigne de la foy d'Abraham : pource qu’ils ont un mesme domicile au ciel avec luy. Si on demande, asçavoir si la condition des fidèles après la mort est aujourd’huy semblable, ou bien si Christ en ressuscitant a ouvert son sein auquel tant Abraham que tous autres fidèles reposent : je respon en un mot, que comme la grâce de Dieu nous à esté revélée plus clairement en la clarté de l'Evangile, et Christ le vray
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
Soleil de justice, à sa venue nous à apporté le salut, lequel Dieu avoit fait veoir de loin aux Pères sous des ombres obscures, qu’ainsi il n’y à point de doute que depuis les morts ne soyent approchez de plus près à la jouissance de la vie céleste.
Cependant il nous faut entendre que la gloire d'immortalité est différée jusques au jour de la rédemption dernière. Quant au terme, ce port heureux auquel arrivent les fidèles après la navigation de la vie présente, peut estre nommé le Sein d'Abraham, ou de Christ : toutesfois pource que nous avons un avantage que n’avoyent point les Pères sous la Loy, il sera plus propre d'exprimer ceste différence, en disant que les membres de Christ sont recueillis et assemblez avecques leur Chef : et ainsi cessera la métaphore du sein d'Abraham, comme la clarté du soleil quand il se monstre, obscurcit toutes les estoilles. Toutesfôis on peut recueillir de ceste manière de parler dont Christ a usé, que les Pères sous la Loy estans en ce monde ont embrassé par foy héritage de la vie céleste, en laquelle ils ont esté recueillis après leur mort.
23 Et eslevant ses yeux, quand il estoit és tormens en enfer, il voit, etc.
Combien que Christ raconte une histoire, toutesfois il descrit les choses spirituelles Sous des figures qu’il sçavoit estre convenables à nostre sens. Car les âmes n’ont point de doigt ne d’yeux, et n’endurent point de soif, et ne tienent point de tels propos les unes avec les autres, comme il est yci descrit entre Abraham et le riche : maïs le Seigneur nous a yci dépeint un tableau, pour nous représenter Pestat de la vie à venir, selon la mesure et capacité de nostre sens. Le sommaire de ceci est, Que les âmes fidèles «estans séparées des corps, mènent hors ce monde une vie joyeuse et heureuse : au contraire, qu'aux réprouvez sont apprestez des tormens horribles, lesquels nos esprits ne peuvent comprendre non plus que la gloire infinie des cieux. Car comme nous ne goustons qu'en petite portion (asçavoir en tant que nous sommes illuminez de l'Esprit de Dieu) par espérance la gloire à nous promise, laquelle surmonte infiniement tous nos sens: ainsi
qu'il nous suffise de cognoistre obscurément la vengence horrible de Dieu préparée aux meschans, entant qu'il est besoin pour nous faire craindre. Aussi les paroles de Christ donnent seulement une légère cognoissance de ces choses, et convenable à tenir en bride nostre curiosité :
asçayoir que les meschans sont si horriblement tormentez du sentiment de leur misère, qu'ils désirent quelque soulagement, et néantmoins cognoissent que toute espérance leur est ostée, tellement que leur torment en redouble d’avantage, qu’ils sont plus enserrez d’angoisse quand ils sont contraints de se souvenir de leurs forfaits, et faire comparaison de la béatitude en laquelle ils voyent les fidèles, avec leur estat misérable et désespéré. À cela se rapporte la description des propos yei couchez : tout ainsi comme si Ceux qui n’ont aucune accointance ensemble pouvoyent parlementer les uns avec les autres. Quand le riche appelle Abraham Père : en cela est exprimé un autre poinct de ces tormens, aSçavoir qu’il se cognoist estre retrenché du nombre des enfans de Abraham : mais c’est trop tard.
25 Fils, souviene-toy. Le nom de Fils, semble estre mis par ironie ou mocquerie, en sorte qu’il emporte une reproche bien picquante pour poindre ce riche, lequel en sa vie s’estoit glorifié à fausses enseignes d’estre un des enfans d’Abraham. Car ce mot est comme un cautère pour le navrer, en luy mettant devant les yeux son hypocrisie, et asseurance perverse. Quant à ce qui est dit qu’il est tormenté en enfer, pource qu’il a receu les biens au monde : il ne faut pas le prendre comme si tous ceux qui sont à leur aise en ce monde alloyent en damnation éternelle. Mais au contraire, comme sainct Augustin a fort bien noté, Lazare povre a esté porté au sein d'Abraham riche, afin que nous sçachions que les richesses terriennes ne ferment à personne la porte du royaume des cieux, mais qu’elle est ouverte généralement à tous ceux qui aurontbien et sainctement usé des richesses, ou qui se seront portez patiemment n’en ayans point. Le sens est seulement, que le riche, pource qu’il s’est entière-
ment plongé és délices terriennes, s’enyvrant des plaisirs de ce monde, et à mesprisé Dieu et son royaume, maintenant porte la punition de sa nonchalance et lascheté. Ainsi ce mot Tes, emporte grand poids : comme si Abraham disoit, Estant créé à la vie immortelle, et ayant la Loy de Dieu qui t’eslevoit en haut à la méditation de la vie céleste, tu as mis en oubli une condition tant excellente, et as mieux aimé estre semblable à un pourceau ou à un chien: et maintenant tu reçois un loyer convenable à tes voluptez brutales. Derechef, quand il est dit de Lazare qu'il est maintenant consolé, pource qu’il à souffert beaucoup de. misères en ce monde, ce seroit ineptement fait qui voudroit tirer cela à tous souffreteux : ausquels tant s’en faut que les af- - fictions proufitent, que plustost elles leur sont tournées en plus grande punition.
Mais la patience à porter la croix est louée en Lazare, laquelle procède tousjours de foy, et de une droite crainte de Dieu. Car celuy qui se rebecque obstinéement contre son mal, et persiste en sa fierté sans ployer le col, ne mérite aucune louange de patience pour recevoir de Dieu soulas et joye au lieu de la croix. Le sommaire donc de ce propos revient à ce poinct, Que ceux qui auront patiemment porté le fardeau de la croix, et n’auront point esté rebelles contre le joug et la verge du Seigneur, mais par continuelles misères auront aspiré à l'espérance d’une vie meilleure, qu'à ceux-là après avoir achevé le temps de leur combat, est appresté un repos au ciel. Au contraire, que les profanes contempteurs de Dieu, lesquels se crèvent après les voluptez de la chair, et par une manière d’yvrongnerie spirituelle, esteignent toute affection et exercice de piété, iront incontinent après la mort en des tormens qui leur feront bien oublier toutes les vaines fantasies dont ils se sont flattez. Au reste, il faut entendre que ceste consolation, de laquelle jouissent les enfans de Dieu, consiste en Ce que voyans la couronne de gloire leur estre apprestée, ils se reposent en lheureuse attente d’icelle :
comme au contraire les réprouvez sont gehennez du sentiment du jugement à-
venir, duquel ils se voyent estre pressez. i |
26 Æt outre tout. Par ces mots est signifié l’estat permanent de la vie à-venir :
comme s’il eust dit qu’il est impossible de rompre ou remuer les bornes qui séparent les réprouvez d'avec les éleus. Et par cela nous sommes admonestez de retourner de bonne heure au droit chemin, cependant que nous avons le temps, de peur que nous trébuschions tout à coup en cest abysme, dont on ne peut jamais se relever. Au reste, cela se dit improprement, Que le passage est fermé si quelqu'un vouloit descendre des cieux aux enfers : veu qu'il est certain que jamais un tel désir ne peut advenir à pas un des bien-heureux. 14
27 Je te prie donc Père. Afin de mieux appliquer ‘ceste histoire à nostre usage, il nous propose le désir qu’ha ce riche, que ses frères, qui sont encores vivans, soyent advertis par Lazare. Yci les Papistes se monstrent fort ineptes en faisant les subtils, quand ils veulent prouver que les morts ont soin des vivans : qui est une cavillation tant mal inventée et de mauvaise grâce que rien plus. Car je pourroye conclure dé mesme, que les âmes des fidèles non contentes de leur condition, ont envie de partir de là, si le grand gouffre qui est entre deux ne les empeschoït d'approcher d’enfer. S'il n’y a personne qui reçoyve une telle resverie, il ne faut point que les Papistes facent non plus grand cas de Pautre. Toutesfois mon intention n’est pas de débatre de ceci, ou bien d’en déterminer d’une sorte ou d’autre : mais j’ay voulu noter en passant combien sont futiles et frivoles les argumens sur lesquels ils se fondent pour faire à croire que les trespassez sont intercesseurs pour nous envers Dieu. Je retourne maintenant au vray et naturel sens du passage. Christ nous admoneste en la personne de Abraham et du riche, qu'il ne faut point attendre que les morts ressuscitent pour nous enseigner et exhorter, puis que nous avons la règle certaine, de vivre, qui nous est monstrée. Car Moyse et les Prophètes cependant qu'ils ont vescu en ce monde, ont tellement esté ordonnez docteurs à ceux de leur temps,
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
que Dieu à voulu que leurs livres servissent en cela mesme à tous ceux qui viendroyent après. Puis que Dieu veut user de ce moyen pour nous enseigner à bien vivre, il n’est point besoin que les trespassez soyent renvoyez pour estre tesmoins du loyer ou des peines de l’autre monde : ét aussi il n’y aura point d’excuse pour la nonchalance de ceux qui se laschent la bride sous couleur qu’ils ne sçavent ce qui se fait hors de ce monde.
Nous sçavons qu'entre les gens prophanes on orra Communéement ce propos exécrable, ou plustost ce grongnement de pourceaux, Que les hommes sont bien fols de se tourmenter ainsi à crédit d’une crainte incertaine, veu qu’il n’est encore personne retourné des enfers, pour nous dire des nouvelles de ce qu’on y fait.
Christ voulant obvier à toutes ces sorceleries de Satan, nous rappelle à la Loy et aux Prophètes, suyvant ce tesmoignage de Moyse, Deut., XXX, 12, Ne di plus, Qui montera au ciel ? ou, Qui descendra en l’abysme? ou, Qui traversera la mer? La Parole est près en ta bouche et en ton cœur. Ainsi donc ceux qui se mocquent de ce que lEscriture nous dit du jugement à-venir, comme si c’estoyent des fables, Sentiront un jour quelle horrible impiété c’est de démentir les saincts arresis de la majesté de Dieu. Au reste, Christ resveille les siens d’un tel estourdissement, afin qu’ils ne laissent escouler le temps de repentance, s’abusans d’une vaine espérance d’eschapper la punition.
Et à cela tend la response d'Abraham, pource que Dieu avoit suffisamment adverti son peuple de la doctrine de salut par Moyse et les Prophètes, qu’il ne reste plus autre chose sinon que nous nous arrestions tous à ce qui est là dit. Nous voyons (selon que l'esprit de l’homme est totalement infecté d’une curiosité perverse) que la plus grand’ part est tousjours après à demander quelques nouvelles révélations. Mais Dieu, pource qu’il n’y à rien qui luy desplaise plus que quand les hommes prenent plaisir à s’esgarer ainsi hors des limites, quand il défend aller aux magiciens et devins pour s’enquérir de Ja vérité, et de chercher des oracles à la façon des Gentils, pour ap-
paiser, ceste cupidité tant frétillante, il promet aussi de leur donner des Prophètes desquels le peuple puisse apprendre tout ce qui sera utile à salut : Deut., XVI, 10-15. Puis donc que les Prophètes ont esté envoyez de Dieu, afin que par ce moyen il teinst le peuple sous la conduite de sa Parole, quiconque ne se contente de ceste façon d’enseigner, cestuy-là n’ha pas désir d'apprendre, mais est préoccupé d’une légèreté damnable qui le chatouille. Et pour ceste cause Dieu se plaind qu’on luy fait tort quand il n’est point ouy seul depuis les vivans jusques aux morts, Isaïe, VIII, 49. Quant à ce qu’Abraham distribue la Parole de Dieu en la Loy et les Prophètes, cela se rapporte au temps du vieil Testament. Maintenant puis que l'Evangile nous a apporté une interprétation plus ample, tant moins est à supporter l’impiété des hommes, si se faschans de ceste doctrine, ils se laissent transporter çà et là, et à brief dire, s'ils ne souffrent d’estre gouvernez par la parole de Dieu. On peut aussi recueillir de ce passage, quelle fermeté il y a en la foy des Papistes touchant le purgatoire et semblables niaiseries, veu qu’elle n’est appuyée et fondée qu'en des apparitions et vaines imaginations d’aucuns cerveaux esventez.
30 Non, Père Abraham. C’est une façon d'introduire les personnes parlantes, comme nous avons dit, en laquelle il veut plustost exprimer les affections des vivans que le soin qu'ont les morts. Car la doctrine de la Loy n’est rien estimée au monde, on ne tient conte des Prophètes, personne ne se peut ranger à ouir Dieu parlant à sa façon. Les uns voudroyent qu’il descendist des Anges du ciel : les autres, que les morts sortissent des sépulchres : les autres, qu’il y eust tous les jours de nouveaux miracles pour confirmation de ce qu’on leur presche :
les autres, que Dieu parlast à eux du ciel en personne. Mais si Dieu leur accordoit tout ce qu’ils demandent selon leur fol appétit, tout cela encores n’y feroit rien :
car Dieu a compris en sa Parole tout ce qui nous estoit bon de sçavoir : et l’authorité de ceste Parole a esté approuvée par bons seaux et authentiques. D’avan-
tage Ja foy ne dépend point des miracles ou autres signes extraordinaires : mais est un don spécial du sainct Esprit, et se conceoit par la parole de Dieu. Finalement, C’est le propre office de Dieu de nous attirer à S0Yy, lequel veut besongner avec efficace par sa Parole. Et pourtant il ne faut pas espérer que les moyens qui nous retirent de lobéissance de la Parole, nous puissent servir. Je confesse bien que nostre chair est tant et plus encline à prester laureille à des vaines révélations : et nous voyons que ceux aus-
MATTH, MARC
quels toute l’Escriture vient à desgoust, se jettent volontairement et d’une affection ardente aux laqs de Satan. De là est venue la nécromantie et semblables abus, lesquels le monde non-seulement receoit ardemment, ains aussi Court après d’un appétit enragé. Mais Christ a voulu yci seulement dire que ceux qui ferment l’aureille à la doctrine de la Loy, et s’endurcissent à l’encontre, ne s’amenderont point mesmes quand les morts viendroyent parler à eux, et les advertir.
LUC XVII
7 Mais qui est celuy d'entre vous qui ail un serviteur labourant, ou paissant les bestes, qui le voyant retourné des champs, luy die, Avance-toy incontinent, et l'assied à table :
8 Et ne luy die plustost, Appreste-moy à souper, et Le trousse, et me sers, jusqu’à ce que j aye mangé et beu, el après cela tu mangeras et boiras?
9 Scait-il gré à ce serviteur-là, pource qu'il a fait ce qui luy avoit esté commandé? Je ne le cuide
pas.
10 Fous aussi semblablement quand vous aurez : fait toutes les choses qui vous sont commandées, di-. tes, Nous sommes serviteurs inutiles : ce que nous
devions faire, nous l'avons fait.
Le but de ceste parabole est, Que puis que nous tenons tout de Dieu, et que nous sommes entièrement à luy corps et biens, quelque devoir que nous sçachions faire envers luy, que toutesfois nous ne pouvons point Pobliger à nous comme ayans mérité quelque récompense de luy : car puis que nous sommes siens, il ne peut pas estre nostre detteur. Christ donc nous propose yci un serviteur, lequel après avoir travaillé songneusement le jour durant, retournant le soir à la maison, continue encore à besongner, jusques à ce qu’il se soit acquitté au bon plaisir du maistre : et qu’on luy dise, C’est assez.
Il ne parle pas yci des serviteurs comme nous avons aujourd'huy qui nous servent pour argent, mais des serfs du temps passé, desquels la condition estoit telle qu’ils n’acquéroyent rien pour eux, mais estovent entièrement à leurs maistres eux
et tout leur labeur et industrie, voire jusques au sang. Christ monstre yci que nous sommes liez et obligez à Dieu d’un lien de servitude aussi estroit : dont il conclud que nous ne pouvons faire par aucun moyen, qu’il soit tenu à nous. C’est un argument du moindre au plus grand.
Car s’il est permis à l’homme mortel d’avoir telle puissance sur un autre homme, que de le contraindre jour et nuict à faire ce qu’il luy plaira, sans toutesfois qu’il mérite aucune récompense, et que le maistre luy soit en rien tenu : combien plus sera-il permis à Dieu de demander que nous le servions en tous endroits de nostre vie tant que nostre puissance se pourra estendre, sans que toutesfois il soit en rien tenu à nous? Ceci est donc pour condamner et convaincre d’une arrogance perverse tous ceux qui se font à croire qu'ils méritent quelque chose envers
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
Dieu, pour dire qu’il en soit redevable en sorte que ce soit : et toutesfois nous voyons qu’il n’y à vice si commun qu'une telle arrogance. Car il n’y a celuy qui ne fust content d’appeler Dieu à conte : qui est la cause que quasi en tous aages ceste imagination de mérites a eu lieu. Mais il nous faut arrester à ceste sentence de Christ, Que nous ne faisons rien envers Dieu que nous ne soyons tenus de faire :
mais qu’il nous tient sous sa domination, à la charge que nous luy sommes redevables de tout ce que nous avons, et que le tout doit estre employé à son service.
Or il y a deux membres yci comprins.
Premièrement que nous sommes entièrement à Dieu pour toute nostre vie jusques à la fin, en sorte que si quelqu'un après avoir employé une partie d’icelle au service de Dieu, vouloit pour le temps à venir se reposer, il ne le pourroit faire licitement : comme nous voyons que la plus grand’part, après avoir servi quelques dix ans seroyent contens que on leur donnast congé. En après il y a en l’autre membre que nous avons desjà touché, que Dieu, quelque devoir que nous facions, n’est point obligé à nous payer aucun salaire. Ainsi done qu’un chacun se souviene qu'il est créé de Dieu afin de travailler songneusement et s’employer à sa charge : ef ce non pas pour un temps, mais jusques à la mort : et mesmes non-seulement pour vivre, mais aussi pour mourir à Dieu. Au reste, quant au terme de Mérite, il nous faut desmesler la dificulté où plusieurs se trouvent empeschez.
Car il semble que l’Escriture en promet- ‘tant si souvent loyer aux œuvres, leur attribue quelque mérite. La response est facile, Que Dieu purement et simplement pour son bon plaisir promet loyer, lequel toutesfois n’est aucunement deu. Car ceux-là s’abusent fort qui imaginent une relation ou correspondance mutuelle de loyer à mérite. Car ce n’est point la dignité des œuvres qui incite Dieu à leur ordonner récompense, mais c’est sa pure bonté et libéralité. Je confesse bien que selon les conventions contenues en la Loy, Dieu est obligé aux hommes, pourveu qu’ils accomplissent de poinct en poinct entièrement tout ce qu’il requiert d’eux :
mais encore pource que c’est tousjours une obligation volontaire, ceste maxime ne laisse pas de demeurer ferme, Que l’homme ne peut rien demander à Dieu comme ayant mérité envers Juy. Et voylà pour mettre bas toute l’arrogance de la chair. Car encores que quelqu'un eust accompli toute la Loy, si ne peut-il pas mettre cela en conte devant Dieu, pource qu'il n’a rien fait qu’il ne fust tenu de faire. C’est ce qu'entend Christ, disant que nous sommes serviteurs inutiles :
asçavoir d'autant que Dieu ne receoit rien de nous d’extraordinaire, mais qu’il prend seulement le revenu ordinaire, et les devoirs qui luy appartienent de droict, à titre de seigneurie. Il faut donc tenir ces deux poincts tout arrestez, Que Dieu naturellement ne nous doit rien : et que pour tout le service que nous luy faisons, nous ne méritons pas un festu. En après, que selon les conventions de la Loy il y a loyer ordonné aux œuvres : non point pour leur dignité, mais en telle sorte que Dieu se rend volontairement detteur, sans qu’il y soit tenu. Si quelqu'un à l'appétit de cela s’eslève fièrement en soy-mesme, c’est une ingratitude du tout insupportable. Car selon que Dieu neus fait plus de libéralité, d'autant plus nous rend-il tenus et obligez à luy : tant s’en faut que nous devions de là prendre matière de nous eslever en folle présomption. Et pourtant, toutes fois et quantes que nous rencontrons le mot de Loyer, ou qu’il nous vient en mémoire, sçachons que voylà comme le comble de la bonté de Dieu envers nous, de ce que combien que nous-nous devions entièrement à luy, toutesfois il s’abbaisse jusques-là de venir à composition avec nous, et de nous faire un traitté amiable. Et d'autant plus est détestable la sophisterie des Théologiens Scholastiques ou Sorbonistes, lesquels ont osé forger leur mérite qu’ils appellent De condigno. Le seul terme de Mérite, de soy-mesme estoit desjà profane, et non convenable à la règle de piété : mais voyci encore qui est bien pis, d’enyvrer les hommes d’une arrogance diabolique, comme s'ils pouvoyent mériter, apportans à Dieu quelque chose digne d’estre receue de luy.
10 Ce que nous devions faire. C’està-dire, nous n'avons rien baillé du nostre de surplus, mais avons seulement fait ce à quoy nous estions tenus de droict. Or Christ parle yci d’une entière observation de la Loy, laquelle on ne trouvera jamais -en l’homme. Car le plus parfait de tous est encore bien loin de la justice que la Loy requiert. Il n’est donc point yci question, asçavoir si nous sommes justifiez par les œuvres : mais seulement asçavoir si l'observation de la Loy mérite quelque récompense envers Dieu. Et sur ce dernier, la response est yci faite que non :
MATTH. MARC
d'autant que nous sommes entièrement à luy tout ainsi que povres esclaves, en sorte que tout ce que nous pouvons faire envers luy, luy appartient de droict. Mais encore qu'il fust vray que l'observation de la Loy deust avoir quelque récompense à titre de mérite, toutesfois il ne s’ensuyvra pas pourtant qu’un homme soit justifié par les mérites des œuvres : car nous défaillons tous : et non-seulement nostre obéissance est imparfaite, mais iln’y a pas un seul poinct d’icelle qui responde exactement au jugement de Dieu.
LUC XVIII
A Il leur dit aussi une similitude, tendant à ce qu'il faut tousjours prier, et ne se lasser point! :
2 Disant, Il y avoil un juge en une ville, lequel ne craignoit Dieu, et ne tenoit conte de personne.
3 Or y avoil-il en ceste ville-là une vefve qui veint à luy, disant, Fay-moy justice de ma partie
adverse.
4 Et pour un temps il n’en voulut rien faire : tou-
lesfois après cela il dit en soy-mesme, Combien que je ne craigne Dieu, et ne tiene conte de personne, œ 5 Toutesfois pourtant que ceste vefve me donne fascherie, je luy feray justice : afin que finalement
elle ne viene, et me rompe la teste.
6 Et le Seigneur dit, Escoutez que dit le juge
inique.
7 Or Déeu ne vengera-il point ses éleus qui crient à luy jour et nuict, combien qu’il diffère de se courroucer pour eux??
8 Je vous di que bien tost il les vengera : mais quand le Fils de l'homme viendra, pensez-vous qu’il trouve foy en terre?
1) Ecclésiastique, XVIII, 22, Rom., XI, 12. 1 Thess., V, 17.
Nous sçavons combien l'assiduité et continuation de prier, est une vertu qui ne se trouve en guères de gens, et difficile à retenir : et en cela se monstre nostre infidélité, que si à la première requeste nous n’obtenons ce que nous avons demandé, incontinent nous perdons avec l’espérance toute affection de prier. Mais voylà aussi une vraye et infalible espreuve de fiance, quand un homme estant frustré de son désir, ne perd point courage pourtant. Parquoy Ce n’est pas sans
2\ Ou, et aura-il patience quant à eux?
cause que Christ recommande maintenant à ses disciples ceste persévérance en prières. Or il use d’une similitude qui semble estrange de prime face, laquelle toutesfois est bien propre et convenable, quand il enseigne les siens de soliciter incessamment et avec importunité le Père céleste, jusques à ce que finalement ils tirent de luy ce qu’il semble ne donner pas volontairement. Non pas que Dieu se fléchisse à miséricorde avec peine et à tard, estant pressé et contraint par nos
SUL L’HALMONIE ÉVANGÉLIQUE.
prières : mais pource qu’il ne monstre pas incontinent et du premier jour par effet, qu’il ait esté propice à nos requestes. Au reste, quant à ce que Christ en ceste parabole nous propose une vefve, laquelle a obtenu ce qu’elle vouloit d’un juge inique et cruel, pource qu’elle n’a cessé de l'importuner continuellement, la substance est, que Dieu ne monstre pas incontinent son aide et assistance aux siens, pource qu'il veut (par manière de dire) que nous le lassions à force de prier : et que quelques misérables et mesprisez que soyent au reste ceux qui le prient, pourveu qu’ils ne se descouragent point de persévérer tousjours à prier, finalement il les regardera pour subvenir à leurs nécessitez. Combien que ceste comparaison n’est pas de choses égales : car il y à grande distance entre un homme meschant et cruel, et Dieu qui de sa nature est enclin à douceur. Mais Christ a voulu dire qu’il ne faut pas craindre que les fidèles soyent esconduits quand ils prieront assiduellement le Père de miséricorde, veu que par importunité ils font bien fléchir les hommes addonnez à cruauté. Le juge meschant et maupiteux n’a peu porter les solicitations importunes de la vefve, mais a esté contraint finalement de luy accorder ce qu’elle demandoit, maugré qu’il en eust : comment sera-il possiblé donc que les fidèles ne sentent aucun proufit de leurs prières, quand ils continueront? Parquoy, quand lennuy de la longueur nous rend lasches, quand après avoir fait quelque léger devoir nous-nous anonchalissons, ou quand Pardeur de prier se refroidit en nous, pource qu’il semble que Dieu face du sourd, néantmoins tenons pour certain que nos prières ne seront point inutiles, combien que le fruit n’en apparoisse pas encore. Et employons ceste ferme persuasion pour combatre tellement contre nostre impatience, que la longue attente n’empesche point la continuation de nos prières.
TOr Dieu ne vengera-il point ses éleus? Ce juge lequel Christ nous à dépeint comme un homme du tout désespéré, veu que non-seulement il estoit endurci contre Dieu, mais aussi ayant perdu
toute honte, ne se soucioit aucunement de son honneur, a encore finalement ou-
vert les yeux pour avoir pitié de la povre vefve. Il ne faut point douter que les fidèles ne sentent pour le moins autant de
proufit de leurs prières, pourveu qu’ils
persistent à soliciter envers Dieu. Mais
il faut noter que Christ en accommodant
la similitude à son propos, ne fait pas Dieu semblable à un juge pervers et inhumain, mais allègue bien une autre cau-
se pourquoy Dieu fait si long temps attendre ses fidèles, et ne leur tend pas la
main pour les secourir sur l'heure : as-
çavoir pource qu'il est patient. Et pourtant s’il advient quelque fois que Dieu dissimule plus long temps que nous ne
voudrions, aux outrages qu’on nous fait,
sçachons qu’il le fait par un bon avis et affection paternelle, afin de nous exercer à patience. Et aussi ceste dissimulation dont il use pour un temps, n’est pas une impunité de mal-faire à jamais. Quand il
promet que Dieu fera bien tost la ven-
gence pour eux, Cela se doit rapporter à sa providence. Car comme nous sommes hastifs, il ne vient jamais assez tost selon nostre sens charnel pour nous aider.
Mais s’il estoit possible d'entrer en son conseil, nous cognoistrions que son aide est prompte, ét vient tousjours à temps selon qu’il est besoin, et ne tarde d’une seule minute, mais est prest droitément au poinct qu’il faut. Toutesfois on fait yci une question, Comment c’est que Christ enseigne ses disciples à demander vengence, veu qu’en un autre lieu il leur commande deprier pour ceux qui les persécutent, Matth. V, 44. Je respon que Christ parle yei de la vengence, sans rien déroguer à sa doctrine précédente. Dieu promet qu’il fera la vengence pour ses fidèles, non-pas afin de lascher la bride aux affections de leur chair, mais pour les asseurer que leur salut luy est cher et précieux, et par ce moyen aussi les inciter à mettre leur fiance en sa protection et sauvegarde. Si estans despouillez de toute haine, et purs ou vuides de tout désir pervers de vengence, ils implorent l’aide de Dieu d’une affection de l’esprit droite et paisible, ce sera un souhait licite et sainct, lequel Dieu approuvera et
exaucera. Mais d'autant qu'il n’y a rien si difficile que de despouiller les affections corrompues, pour faire une prière pure et droite, il faut que nous demandions à Dieu qu’il conduise et modère nos cœurs par son Esprit. Et quand cela sera, nous pourrons bien et sans offenser, requérir que Dieu prene la vengence pour nous, et il accordera à nos requestes.
8 Quand le Fils de l’homme viendra. Par ceste sentence Christ monstre que ce ne sera pas de merveille si d’oresenavant les hommes languissent et sèchent en leurs maux : asçavoir pource qu’ils ne tiendront conte du vray remède. Il a voulu en ce disant obvier au scandale dont nous sommes tentez tous les jours, voyans une si vileine confusion en toutes choses. On voit régner par tout desloyauté, cautèles, fraudes, violence, extorsions : il n’y a ne droiture n’équité, il n’y à mesme point de honte ou d’honnesteté : les povres lamentent sous la main de ceux qui les oppressent, les innocens et gens de bien sont mocquez et outragez : cependant il semble que Dieu dorme au ciel. Voylà qui est cause que nostre chair imagine un gouvernement
MATTH, MARC
de Fortune confus et indiscret : mais Christ nous remonstre yei qu'à bon droict et justement les hommes sont destituez d’aide céleste, veu qu’ils ne sçavent et ne veulent pas y mettre leur fiance. Car ca n’est pas raison que le Seigneur aide à ceux lesquels ne font que bruire en euxmesmes, et ne donnent point de lieu à sa providence. Or Christ prédit nomméement que depuis qu’il sera monté au ciel jusques à son retour, tout sera rempli d’incrédules : signifiant par ces mots, que s’il n’apparoist pas si tost retournant en qualité de Rédempteur, la faute de ce retardement sera aux hommes, pource qu’il n’y aura quasi personne qui ait recours à luy. Que pleust à Dieu que nous ne veissions point si à clair laccomplissement de ceste prophétie : mais l'expérience monstre que combien que le monde soit accablé et oppressé d’un abysme de maux, toutesfois à grand’ peine apperceoit-on en bien peu de gens une petite estincelle de foy. Les autres prenent le mot de Foy, pour droiture et fidélité : mais le premier sens convient mieux au texte.
LUC XVIII
9 J1 dit aussi ceste similitude à aucuns qui se conficyent en eux-mesmes d’estre justes, et qui n'estimoyent rien les autres.
10 Deux hommes montèrent au Temple pour faire oraison, l'un Pharisien et l'autre péager.
11 Le Pharisien se tenant là, prioit en soy-mesme telles choses, Dieu, je te ren grâces que je ne suis point comme les autres hommes, ravisseurs, injustes, adultères, mesmes aussi comme ce péager.
12 Je jeusne deux fois la sepmaine: je donne dismes de toutes les choses que je possède.
13 Et le péager se tenant loin, ne vouloit mesme
° lever les yeux vers le ciel, mais frapoit sa poitrine, disant, Dieu sois appaisé envers moy qui suis pé-
cheur.
14 Je vous di que cestuy-ci descendit justifié en sa maison plustost que l'autre : car quiconque s’eslèvera sera humilié : et qui s'humilie, sera
eslevé\,
1) Matth., XXII, 12. Lue, XIV, 11.
él
SUR L’HARMONIE ÉVANGEÉLIQUE.
Christ vient maintenant à parler d’une autre veriu qui est nécessaire pour bien prier : c’est que les fidèles ne vienent point devant Dieu sinon en toute humilité et abjection. Il n’y a maladie si dangereuse qu'arrogance, laquelle toutesfois est si profondément enracinée en tous jusques dedans la mouelle des os (par manière de dire)qu’à grand’peine peut-on trouver remède pour la chasser et extirper. Il est vray que c’est une chose merveilleuse que les hommes soyent si forcenez d’oser lever leurs crestes contre Dieu, et alléguer leurs mérites devant luy. Car encore qu'ambition nous ensorcelle entre les hommes, si faloit-il toutesfois oublier toute présomption quand il est question de venir devant Dieu. Cependant un chacun pense s’estre assez humilié, quand par une manière de faire il confessera ses fautes, demandant pardon. Dont nous pouvons recueillie que véritablement ceste admonition du Seigneur n’est point superflue. Or yci sont touchez deux vices que Christ veut reprendre: asçavoir une perverse confiance de nous-mesmes, et l’orgueil à mespriser nos frères, desquels lun vient de l’autre. Car quiconque s’abuse d’une vaine fiance, il ne se peut faire qu’il ne s’eslève aussi par-dessus ses frères, et il ne s’en faut pas esbahir. Car comment ne mespriseroit ses semblables celuy qui s’enorgueillit contre Dieu mesme”? Mais quiconque est enflé d’une présomption de sa personne, il fait de propos délibéré la guerre à Dieu, devant lequel nous ne pouvons avoir entrée que par le renoncement de nous-mesmes: asçavoir quand estans vuides de toute fiance de nostre propre vertu et justice, nous nous reposons en sa seule miséricorde.
10 Deux hommes montoyent. Christ fait yci comparaison de deux hommes, lesquels en priant monstrent bien tous deux uné affection de piété, toutesfois ils sont bien différens l’un de l’autre. Car le Pharisien ayant une sainteté externe, se présente à Dieu avec protestation de Sa bonne vie, et y vient comme de son authorité pour offrir sacrifice de louange.
De l’autre costé, le péager, comme un homme rejetté et rebouté, se présente de loin tremblant, avec humble confession
de ses fautes. Sur cela Christ déclare que le Pharisien a esté rejetté, et les prières du péager ont esté agréables à Dieu. Et yci derechef sont touchées ces deux causes, entant qu’il est dit que le Pharisien a esté repoussé, pource que se fiant en sa propre justice, il se magnifioit avec mespris et desdain des autres. Il n’est pas toutesfois repris comme se vantant de la puissance de son libéral arbitre: mais pource qu’il luy sembloit qu’il estoit agréable à Dieu par, le- mérite de ses propres œuvres. Car ceste action de grace qui est récitée en sa personne, n’est pas d’un homme qui se glorifie de sa propre vertu, comme ayant obtenu justice de soy-mesme, ou ayant mérité quelque chose de sa propre industrie : mais plustost il attribue à la grâce de Dieu ce qu’il est juste. Or combien qu’en rendant grâces à Dieu, il confesse que toutes ses bonnes œuvres procèdent de la pure bonté de Dieu, toutesfois pource qu’il met sa fiance en ses œuvres, et se préfère à son compagnon, il est rejetté luy et sa prière. Dont nous recueillons, que les hommes, encores qu’ils cognoissent qu’ils ne peuvent rien, ne sont point toutesfois bien humiliez parfaitement, ni ainsi qu’il appartient, sinon que quant et quant se desfians des mérites de leurs œuvres, ils apprenent de mettre leur salut en la bonté gratuite de Dieu, afin que toute leur fiance soit là fondée. Voyci un passage excellent. Car il semble à aucuns qui c’est assez d’oster à l’homme la gloire des bonnes œuvres, d'autant qu’elles sont dons du sainct Esprit. Et ils entendent en ceste sorte. que nous sommes justifiez gratuitement, pource que Dieu ne trouve pas un seul poinct de justice en nous, Sinon ce qu'il nous a donné. Mais Christ passe bien plus avant, non-seulement monstrant que la vertu de bien faire procède de la grace du S. Esprit, mais nous despouil- Jant entièrement de toute fiance des œuvres. Car le Pharisien n’est pas repris comme s’attribuant ce qui est propre à Dieu, mais comme s'appuyant sur ses mérites, pour avoir Dieu propice entant qu’il en est digne. Sçachons donc qu’encores qu'un homme rapporte à Dieu la louange des bonnes œuvres, que toutes-
fois il ne laissera point d’estre condamné d'une arrogance perverse, s’il imagine que la justice d’icelles œuvres soit cause de son salut, ou s’il s’appuye là-dessus.
Notons aussi que Christ ne taxe pas yci une vaine ambition et sotte, quand ceux qui autrement se sentent coulpables de vices, se glorifient devant les hommes, mais une hypocrisie cachée. Car il n’est pas dit que ce Pharisien ait publié ses louanges devant le monde, mais qu’il à prié en soy-mesme secrètement. Et combien qu’il ne parlast pas à haute voix pour faire bruit de sa justice et saincteté, néantmoins cest orgueil intérieur et caché a esté abominable devant Dieu. Or il y a deux poincts esquels il s’est glorifié.
Car premièrement il s’exempte de la condamnation qui est commune à tous hommes : en après il allègue ses vertus: il dit qu’il ne est point comme les autres hommes, d'autant qu’il est pur des vices qui règnent communéement parmi le monde.
Quand il se vante qu’il jeusne deux fois La sepmaine, et donne les dismes de ses biens: c’est autant comme s’il disoit qu’il fait plus que la Lov ne demande :
ainsi que nous voyons que les Moines en la Papauté font grand cas de leurs œuvres de supérérogation, comme s'ils ne trouvoyent pas grande difficulté à accomplir la Loy de Dieu. Au reste, combien que chacun, selon la mesure des vertus qu’il a receues de Dieu, soit tant plus tenu à en remercier lPautheur: et combien que ce soit une saincte méditation d'aviser chacun en son endroit les grâces que Dieu nous a faites, afin que nous n’ensevelissions sa libéralité par nostre ingratitude, il y a toutesfois deux choses à regarder en cela: C’est asçavoir que nous ne soyons enflez d'aucune confiance et présomption, comme ayans satisfait à Dieu :
en après, que nous ne nous énorgueillissions point avec un desdain de nos frères. Le Pharisien a failli en l’un et en l'autre: car en s’attribuant faussement justice, il ne laissoit point de lieu à la miséricorde de Dieu : en après, il mesprisoit tous autres au regard de soy. Et de faict, ceste façon de rendre grâces à Dieu ne seroit point condamnée de Christ, si ces deux vices n’y estoyent, qui gastent
tout, Mais pource que ce glorieux hypocrite fermant les yeux à ses vices, met à l'encontre du jugement de Dieu une imagination d’entière et parfaite justice, il faloit nécessairement qu’il tombast confus en sa meschante et exécrable audace.
Car l'espérance unique des fidèles, tant qu’ils travaillent sous l’infirmité de la chair, est, après avoir recognu le bien qui est en eux par la grâce de Dieu, de recourir à sa seule miséricorde, et mettre leur salut en la confession de leurs péchez, et rémission d’iceux. Mais on pourroit demander comment un homme aveuglé de cest orgueil détestable, avoit une si grande saincteté de vie: car une telle droiture ne peut venir que de Esprit de Dieu, lequel il est certain qu’il ne règne point és hypocrites. Je respon qu’il se fioit seulement en ceste apparence extérieure, comme si l’immondicité du cœur secrète et cachée ne venoit point en conte. Et pourtant, combien qu’il fust au dedans tout plein de meschantes concupiscences, toutesfois pource qu’il juge de sa personne seulement selon ce qui apparoist par dehors, il allègue hardiment et asseuréement son innocence. Vray est que le Seigneur ne l’argue pas de menterie,
en ce qu’il s'attribue faussement ce qu’il
n’ha point: mais toutesfois il faut entendre qu’il n’y a personne pur de rapine, injustice, paillardise et semblables vices, s’il n’est gouverné par l'Esprit de Dieu.
Le mot de Sabbath, dont a yci usé PEvangéliste, se prend pour sepmaine: comme souvent en d’autres passages. Il ne se trouve point que Dieu ait commandé à ses serviteurs en aucun endroit de sa Loy, de jeusner toutes les sepmaines.
Ainsi ce jeusne du Pharisien et les dismes estoyent des exercices volontaires, et inventez à plaisir outre l’ordonnance de la Loy.
13 Et le péager estant loin. Christ n’a pas voulu yci bailler une règle générale, comme s’il faloit nécessairement baisser les yeux en terre, toutes fois et quantes que nous prions : mais il allègue seulement cela pour signe d’humilité, à laquelle seule il prétend d’induire ses disciples. Or humilité consiste en ce que nous ne nous flattions point en nos pé-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
chez, mais que nous condamnans nousmesmes, nous prévenions le jugement de Dieu, et que pour estre réconciliez à Dieu, nous apportions simplement une droite confession de nostre coulpe. Et à cela tend la honte qui est tousjours conjointe avec repentance. Car certes le Seigneur insiste principalement sur ce que le péager se recognoissant à bon escient misérable et perdu, a eu son refuge à la
- miséricorde de Dieu. Car combien qu’il
soit pécheur, toutesfois s’asseurant du pardon gratuit, il espère que Dieu luy sera propice. En somme, pour obtenir faveur, il S'en recognoist estre indigne. Et de faict, puis qu’il n’y a que la seule rémission des péchez qui nous rende agréables à Dieu, il est nécessaire de commencer par là, si nous voulons qu'il accepte nos prières. Mais il est ainsi, que celuy qui après s’estre recognu coulpable et convaineu, demande néantmoins d’estre absous, renonce à toute la fiance des œuvres. Et c’est ce qu'a voulu dire Christ, Que Dieu ne se monstrera point favorable sinon à ceux qui tremblans à cause d’un vray sentiment de leurs péchez, recourront à Sa seule miséricorde.
14 Cestuy-ci descendit justifié. La comparaison est impropre. Car Christ ne veut pas seulement donner quelque avantage au péager, et cependant accorder que tous deux ayent justice : mais il entend que le péager a esté agréable à Dieu, et que le Pharisien a esté du tout réjetté. Ce passage monstre clairement que c’est proprement d’estre justifié, asça- - voir consister devant Dieu comme si nous estions justes. Car le péager n’est pas dit avoir esté justifié, d'autant qu’il se soit ac- . quis quelque nouvelle qualité sur heure :
hais pource qu'il a obtenu grâce, sa coulpe estant effacée, et ses péchez abolis.
Dont s'ensuit que la justice consiste en la rémission des péchez. Comme donc-
MATTH, MARC
ques les vertus du Pharisien ont esté pollues et souillées d’une confiance perverse, en sorte que son intégrité louable devant le monde, n’a esté du tout rien prisée devant Dieu : ainsi le péager n’estant aidé d'aucun mérite des œuvres, a obtenu justice, seulement en confessant sa faute, et demandant pardon : asçavoir d’autant qu'il n’a eu aucun espoir qu’en la pure bonté de Dieu. Mais il semble que ce soit une chose absurde de mettre tous hommes en un rang, veu qu'il y a bien une autre pureté aux saincts et fidèles qu’elle n’a point esté en ce péager. Je respon, quoy qu'un homme ait proufité ou avancé au service de Dieu et en vraye saincteté, que toutesfois s’il considère combien il luy défaut encore, qu’il ne peut bien prier en autre façon, qu’en commençant par la confession de sa coulpe. Car combien que les uns le soyent plus, les autres moins, si est-ce toutesfois que tous en général sont redevables. Et pourtant, il n°y a point de doute que Christ baiïlle yci une règle pour tous : comme s’il disoit, Qu’adonc Dieu s’appaise envers nous, quand ostans nostre fiance de toutes œuvres, nousdemandons d’estre réconciliez à Iuy gratuitement. Les Papistes sont bien contraints de confesser ceci en partie : mais incontinent après ils falsifient ceste doctrine par leur fausse invention. ls accordent bien que tous ont besoin du remède de pardon, d'autant qu’il n’y en a pas un parfait :
mais premièrement ils enyvrent le povre monde de confiance d’une justice qu'ils appellent partiale : en après, ils adjoustent les satisfactions, qui sont pour effacer la coulpe. Or est-il que la foy ne doit point avoir d'autre appuy et soustènement que cestuy-là seul : asçavoir que nous sommes agréables à Dieu, non pas pource que nous lPavons mérité, mais pource qu’il ne nous impute point nos péchez.
LUC XVII
11 Et adveint qu'en allant en Jérusalem, il pas-soit par le milieu de Samarie et de Galilée.
A2 Et comme entroit en une bourgade, dix hommes lépreux le renconhrèrent, lesquels s'arres-
| térent loin,
13 Et esle
vèrent leurs voix, disans, Jésus, nostre
maistre, aye pitié de nous.
1% Et quand il les eut veus, il leur dit, Allez, monstrez-vous aux Sacrificateurs !. Et adveint qu'en s’en allant, il furent nettoyez.
15 Et un d'eux voyant qu'il estoit quari, s’en retourna glorifiant Dieu à haute voix :
A6 Æt se jetta en terre sur sa face aux pieds
d’'iceluy, luy rilain.
rendant grâces : et iceluy estoit Sama-
17 Lors Jésus respondant, dit, Les dix ne ont-ils pas esté netloyez? et les neuf où sont-ils ?
18 Nuls n pour donner
19 Adonc quari ?.
e se sont trouvez qui soyent relourméz gloire à Dieu, sinon cest estranger.
il luy dit, Lève-toy, va: ta foy la
20 Etestant interrogué des Pharisiens, quand le règne de Dieu viendroit, il leur respondit, disant, Le règne de Dieu ne viendra point à veuë d'œil*.
91 Etne dira-on point, Le voyci, ou le voylà : car voyci, le règne de Dieu est dedans vous.
1) Lév., XIV. 2.
Comme ci-dessus sainct Matthieu au huitième chapitre, et les deux autres Evangélistes ont récité que Christ avoit guari un ladre, ainsi maintenant sainct Luc fait mention d’un semblable miracle fait en la personne de dix ladres : combien que ceste histoire tend à une autre fin que ne faisoit l’autre. Car yci est descrite la vileine et incroyable ingratitude du peuple des Juifs, afin qu'on ne s’esbahisse point si tant de bénéfices de Christ ont esté entr’eux supprimez, et tant de ses vertus ensevelies. D’avantage est aussi adjoustée une circonstance, pour monstrer l’infamie de leur forfait. Car comme ainsi soit que le Seigneur-eust guari neuf Juifs, il ne s'en est pas trouvé un seul qui lait remercié : mais pour esteindre la mémoire de leur maladie, ils se sont secrètement escoulez sans faire semblant de rien. Un povre Samaritain seulement a fait recognoissance du bien qu’il avoit receu de Christ. D’une part doncques vei se monstre clairement la puissance Divine de Christ : d'autre part est reprochée aux Juifs leur impiété, en tant qu’un miracle si excellent n’a quasi point esté estimé entr’eux.
13 Jésus nostre maistre. 1] appert qu'ils
2) Ou, sauvé. 3) Ou, avec apparence.
estoyent tous ayans quelque goust de la foy, non-seulement pource qu'ils requièrent l’aide de Christ, mais aussi qu’ils luy attribuent le titre de Maistre.
Or qu’ils ayent parlé d'affection et non par feintise, il appert par la promptitude de leur obéissarice. Car combien qu'ils voyent encores en leur chair ceste gale infecte, toutesfois incontinent qu’il leur est commandé de se monstrer aux Sacrificateurs, ils ne refusent point d’obéir. Joint que jamais ils ne se fussent mis en chemin pour aller aux Sacrificateurs, s’ils n’y eust eu en eux un mouvement de foy. Car c’eust esté une mocquerie d'aller se présenter devant ceux qui estoyent juges de la lèpre, pour tesmoigner qu’ils estoyent guaris et nettoyez, sinon que la promesse de Christ les eust plus esmeus que le regard présent de leur mal. Hs portent ceste infection de ladrerie en leur chair, et la voyent de leurs yeux, toutesfois s’arrestans à un seul mot que leur à dit Christ, ils ne font point de difficulté d'aller déclarer qu’ils sont nets. On nè peut doncques pas nier qu’il n’y ait eu en leurs cœurs quelque semence de foy. Et combien qu'il soit certain qu’ils n’estoyent point régénérez de l'Esprit d'adop-
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
tion, toutesfois il n’est pas inconvénient qu'ils ayent eu quelque commencement de piété. Ce qui nous doit faire d’autant plus craindre qu’il ne nous adviene desteindre les petites estincelles de foy qui seront en nos cœurs. Car combien que la vraye et vive foy ne meure jamais, laquelle ha bonnes et fermes racines en l'Esprit de régénération, toutesfois nous avons veu en un autre passage, qu’en plusieurs se conceoit une foy temporelle, laquelle s’esvanouit incontinent. Sur tout, c’est une maladie par trop commune, que quand la nécessité nous presse, nos esprits s’eslèvent à chercher Dieu. Et aussi le Seigneur nous solicite à cela par un instinct secret de son Esprit, mais après que nous avons eu ce que nous demandions, il y a en nous une Qubliance plene d’ingratitude qui estouffe ce goust de piété. Ainsi par ce moyen indigence et faim engendrent la foy, mais abondance puis après l’esteint.
14 Monstrez-vous aux Sacrificateurs.
Ceste response emporte autant comme sil eust dit, Vous estes guaris. Car nous sçavons que le jugement de la lèpre en la Loy estoit baillé aux Sacrificateurs, afin qu’ils discernassent entre les nets et les immondes. Ainsi Christ leur laisse leur droict entier, et quant et quant les fait tesmoins pour approuver son miracle. Et pourtant nous avons dit que ces gens-Ci sentoyent sainctement de Christ, et en toute révérence : veu qu'estans encores saisis du mal, par un simple mot que leur a dit Christ, ils ont incontinent conceu certaine espérance de guarison. Au reste, les Papistes se mocquent des gens, de vouloir par ce passage asseurer leur Confession auriculaire. Christ a envoyé ces ladres aux Sacrificateurs. Je le confesse.
Mais pourquoy faire ? Estoit-ce afin qu’ils desgorgeassent là leurs péchez en Paureille des Sacrificateurs? Non : mais plustost afin qu'ils offrissent sacrifice selon que la Loy le commandoit. Ils n’ont point aussi esté envoyez, pour se nettoyer, COMme les Papistes s’estiment bien purifiez après leur confession : ains afin de monstrer aux Sacrificateurs que ils estoyent desjà nettoyez. Mais encores ils se monstrent fols au double, de n’aviser autrement
au grand déshonneur qu'ils font à leur Confession. Ce sera certes un bel avancement, quand de toute la troupe qui se va confesser aux prestres, il n’y aura que la dixième partie qui retourne à Christ, et que tous les autres s’en destourneront meschamment. Car ils ne peuvent mettre en ce rang leur Confession, et s’aider de ce passage, qu'il ne nous soit permis quant et quant de leur mettre au nez le proufit qui est yci dit : asçavoir, que de ceux qui estoyent allez aux Sacrificateurs, il n’en retourne aucun pour donner gloire à Dieu. Mais sans nous arrester à toutes ces niaiseries, nous entendons à quelle fin il a yci esté fait mention des Sacrificateurs. Adveint qu'en s’en allant. Yci s’est monstrée clairement la vertu Divine de Christ et de ses paroles. (a esté aussi un bel exemple pour donner à cognoistre combien l’obéissance de la foy plaist à Dieu. Car la cause d’une si soudaine guarison a esté, que s’appuyans d’une ferme espérance, ils n’ont point fait de difficulté au simple commandement de Christ de se mettre en chemin. Que si ceste foy temporelle, laquelle n’ayant point une vive racine avoit seulement jetté l'herbe, néantmoins a esté honorée de Dieu par une issue si admirable, combien plus excellente récompense aura nostre foy, si elle est fermement et droitement fondée en Dieu? Car combien que la guarison corporelle n’ait rien proufité à salut à ces neul Jadres, mais pour leur foy temporelle is ont seulement 6btenu un don temporel, si est-ce toutesfois que sous ceste figure il nous à esté monstré de combien grande efficace sera la vraye foy.
15 Et un d'eux. On ne sçait si cestuyci est retourné lors qu’ils estoyent desjà à moitié de chemin : et il semble que les mots de S. Luc le donnent à entendre.
Toutesfois il me semble qu’il y a plus grande apparence, de dire qu'il n’est point venu remercier Christ, sinon après avoir premièrement ouy le jugement du Sacrificateur. Car il faloit qu’il eust congé des Sacrificateurs pour retourner à la conversation commune : aussi il ne luy estoit permis en laissant arrière le commandement de Christ, de desrobber le sacrifice deu au Temple de Dieu en tel
cas, si d'aventure on n’aimoit mieux dire, qu’incontinent qu’il s’est apperceu estre nettoyé, devant qu’aller pour avoir le jugement des Sacrificateurs, estant poussé d’une ardeur saincte et louable, il est retourné à l’autheur de sa guarison, afin de commencer son sacrifice par action de grâces. Au reste, les paroles de Christ contienent une complainte et reproche, s'addressante à toute la nation. Car par une façon de desdain et de blasme, il fait comparaison d’un estranger à l’encontre de plusieurs Juifs : d’autantqu’ils faisoyent coustume d’avaller les bénéfices et grâces de Dieu sans retenir aucun goust de piété.
Et de là est advenu que Christ après tant de miracles et si grans, n’a quasi point eu d’authorité et d'honneur entr’eux. Sçachons toutesfois que ceste complainte tend à nous condamner tous en général, si pour toute récompense pour le moins nous ne recognoissons les bénéfices de Dieu envers nous.
16 Ta foy ta guari. Le mot dont a yei usé l’Evangéliste est celuy mesme que quasi par tout on tourne, Sauver. Aucuns expositeurs le restraignent vei à la guarison corporelle. Mais si ainsi est, veu que Christ loue une vive foy en cest homme Samaritain, on pourroit demander comment les autres neuf ont esté sauvez. Car ils ont tous indifféremment obtenu une mesme guarison corporelle. Voylà donc qu’il nous faut entendre, que Christ a yci estimé le don de Dieu autrement que n’ont accoustumé les hommes profanes, asçavoir comme un tesmoignage ou gage salutaire de l’amour paternelle de Dieu. Les autres neuf ladres ont bien esté guaris : mais pource qu’ils effacent vileinement la grâce de Dieu, leur ingratitude souille et infecte le miracle de la guarison, tellement qu’ils n’en recueillent point un tel proufit comme il faloit. La seule foy donc nous sanctifie les dons de Dieu, afin qu’ils nous soyent purs, et qu'en ayans l’usage légitime, ils nous tournent à salut. En somme par ces mots Christ a déclaré par quel moyen nous pouvons deuement jouir des bénéfices de Dieu.
Dont nous recueillons qu'avec le don tem porel il a compris le salut éternel de l'âme. Le Samaritain a esté sauvé par sa foy.
Comment? Certes non pas seulement d’autant qu'il a esté guari de sa ladrerie (car aussi ont bien esté les autres) mais pource qu’il a esté receu au nombre des enfans de Dieu, pour avoir de la main d’iceluy un signe d'amour parternelle.
20 Æt estant interrogué des Pharisiens. n’y a point de doute que ceste question a esté mise en avant par mocquerie. Car d'autant que Christ parloït sans cesse du règne de Dieu qui approchoïit, et cependant on ne voyoit point de changement quant à l’estat et gouvernement externe entre les Juifs, ces gens-ci, pervers et malins ont pensé avoir en cela bonne couleur et matière favorable de le tourmenter et harseler. Tout ainsi donc que si c’estoit une mocquerie tout ce que Christ disoit du règne de Dieu, pour le picquer ils luy demandent en quel temps devoit venir ce Royaume. Toutesfois si quelqu'un aimoit mieux penser qu’ils ayent fait ceste demande suyvant leur opinion et imagination lourde et grossière, je ne le pense point. Le règne de Dieu ne viendra point. Selon mon jugement, Christ laissant là ces chiens, addresse ceste response à ses disciples : comme d’autres fois souvent estant provoqué par les malins, il a de là prins occasion d'enseigner.
Et c’est ainsi que Dieu se mocque de leur malice, en faisant que la vérité estant maintenue contre leurs cavillations, s’esclarcit tousjours tant mieux. Là où nous avons traduit, 4 veue d'œil, le Grec ha mot à mot, 4vec observation : c’est-àdire avec quelque grande apparence, en sorte qu’un chacun y puisse prendre garde : comme s’il disoit que le règne de Dieu n’apparoistra point de loin avec grand’ pompe. Car il veut signifier que ceux-là s’abusent fort, qui cherchent avec les yeux de la chair le règne de Dieu, lequel n’est aucunement charnel ou terrien, veu que ce n’est autre chose que le renouvellement intérieur et spirituel de l'âme. Car de la nature de ce règne il monstre que ceux-là font tout au rebours, qui regardent deçà et delà pour observer et noter quelques marques visibles d’iceluy : comme s’il eust dit, Le restablissement de l'Eglise lequel Dieu a promis, doit estre cherché au dedans. Car en wi-
vifiant ses éleus en une nouveauté céleste, il dresse son règne en eux. Ainsi il touche et reprend obliquement la bestise des Pharisiens, d'autant qu'ils ne sentoyent rien que terrestre et caduque. Toutesfois il faut noter que Christ parle seulement
des commencements du règne de Dieu :
pource quenous commenceons maintenant à estre réformez par le sainet Esprit à Pimage de Dieu, afin que puis après en son temps soit fait un renouvellement entier et de nous et de tout le monde.
MATTH. XII
53 Et adveint que quand Jésus eut achevé ces similitudes-ci, il passa delà.
54 Et estant venu en son pays !, il les enseignoit en leur synagogue, tellement qu'ils estoyent estonnez, et disoyent, D'où vient à cestuy-ci ceste sapience et ces vertus?
55 Cestuy-ci n'estoit-il pas fils du charpentier? sa mère n'est-elle pas appelée Marie ?, et ses frères Jaques et Joses, et Simon et Jude ?
56 Æt ses sœurs ne sontelles pas toutes vers nous? D'où vienent donc à cestuyci toutes ces choses? -
57 Et estoyent scandalizez en luy. Et Jésus leur dit, - Un Prophète nest déshonoré sinon en son pays, el en sa Maison *.
58 Et ne feit là quères de vertus à cause de leur incrédulité.
1) Luc,IV, 16 2) Jean, VI, #2.
MARC VI
À Après il se partit de là. et veint en son pays, et ses disciples le suyvoyent.
2 Et quand le Sabbath fut venu, il commenca à enseigner en la synagogue : el beaucoup de ceux qui l'oyoyent, s'estonnoyent, disans, D'où vienent ces choses à cestuy-ci?
et quelle est ceste sagesse qui luy est donnée? que mesmes telles vertus se font par ses mains?
3 Cestuy-ci n'est-il pas charpenlier, fils de Marie, frère de Jaques et de Joses, et de Jude et de Simon?
ses sœurs aussi ne sont-elles pas yci vers nous? el ils estoyent scandalizez de luy.
4. Adonc Jésus leur dit, Un Prophète n’est déshonoré sinon en son pays, et entre ses parens et ceux de sa famille.
5 Et ne peut là faire aucune vertu, sinon qu'il quarit quelque peu de malades, enmettant les mains sur eUT :
6 Et s’esmerveilwoit de leur incrédulité : et tournoyoit à l’entour des. villages enseignant.
LUG.
8) Luc, IV, 24 Jean, IV, 44.
estoit de basse maison, et qu’il avoit esté
53 Quand Jésus eut achevé. Sainct Matthieu n'entend pas qu'incontinent après ces propos Christ soit venu en son pays. Car il appert de sainct Marc qu’il y eut quelque espace de temps entre deux.
Mais le sens est, qu'après avoir enseigné quelque temps en Judée, il retourna derechef vers les Galiléens, lesquels toutesfois ne l’avoyent pas receu fort humainement. Sainct Luc à récité une histoire quasi semblable au chapitre [IV : toutesfois ce n’est pas cela mesme. Ce n’est pas de merveille si dés le commencement ceux du pays de Christ, considérans qu’il
nourri povrement et petitement, ont esté scandalizez jusques à murmurer et desdaigner sa doctrine, et si depuis ils ont persévéré en la mesme malice, en sorte qu’ils n’ont cessé de détracter et contredire, toutesfois et quantes qu'il a voulu faire office de Prophète entr’eux. Ainsi donc, ceste seconde rejection de Christ monstre que les habitans de Nazareth ne se sont point amendez, quelque temps qu’il y ait eu entre deux, mais que tousjours en le mesprisant et desdaignant, ils se sont mis une barre au-devant, afin üé
approcher de luy, et de ne recevoir sa doctrine.
54 Tellement qu'ils estoyent esltonnez, etc. Ds s’estonnent pour la nouveauté de la chose, Asçavoir que Christ qui n’avoit jamais apprins les letres, mais depuis son enfance jusques en laage d'homme avoit tousjours suyvi un mestier et estat méchanique, estoit néantmoïns un si grand Docteur, et que ces paroles estoyent plenes de sapience Divine. Ils devoyent en ce miracle recognoistre avec toute révérence Ja main de Dieu, mais par leur ingratitude ils se sont esblouis lentendement, afin de ne faire leur proufit de ce qu'ils voyoyent devant leurs yeux. Ils sont contraints de s’esbahir maugré qu'ils en ayent, et cependant ils ne laissent pas . de le mespriser. Et qu'est-ce là autre chose, sinon rejetter le Prophète enseigné de Dieu, d'autant qu’il ne sort point d’une eschole des hommes? De faict, ils se coupent la gorge par leur propre confession, en rendant un tesmoignage si excellent à la doctrine de Christ, laquelle toutesfois ne trouve aucunement lieu entr’eux, pource que elle n’avoit point un commencement ordinaire et accoustumé en ce monde. Que n’eslèvent-ils plustost les yeux au ciel, afin de veoir qu’il faut que cela viene de Dieu, puis qu’il surmonte la raison humaine? D’avantage, les vertus, c’est-à-dire miracles conjoints avec la doctrine, les devoyent tant plus fort esmouvoir, ou pour le moins les resveiller d’une stupidité tant lourde à glorifier Dieu. Car certes quand le Seigneur besongne par des moyens non accoustumez, d'autant plus clairement desploye-il la puissance de sa main. Et toutesfois de cela mesme les Nazariens prenent occasion de se mettre comme par despit un bandeau devant les yeux. Nous voyons donc que ce n’est point une simple ignorance qui empesche les hommes de venir à Dieu, mais que d’eux-mesmes ils vont chercher des scandales, afin de ne cheminer point où Dieu les appelle. Quant à nous, il nous faut plustost conclure tout au contraire, que quand ies moyens humains défaillent, c’est-à-dire que lors Dieu nous monstre sa vertu à l'œil, afin que la louange entière en soit à luv.
55 N'est-ce pas, elc. Nous sçavons que ce que Christ s’est tenu en son privé, comme l’un du commun populaire, jusques à l’aage de trente ans, que cela s’est fait par le conseil admirable de Dieu. Ça donc esté à tort et sans cause que les Nazariens se sont scandalizez de cela, veu que plustost ils le devoyent recevoir en toute révérence, comme s’il fust soudainement descendu du ciel devant leurs yeux. Ils voyent et apperçoyvent Dieu besongnant par Christ, ils se destournent de là de leur propre gré, et pour se mettre un bandeau au-devant de la claire lumière, ils vont jetter leurs veux sur Joseph, Marie, et tous ses cousins et parens, qui estoxent gens de basse condition. Nous avons desjà dit en un autre lieu, que selon la coustume des Hébrieux on appelle frères, tous parens. Et pourtant Helvidius s’est monstré par trop ignorant, de dire que Marie a eu plusieurs fils, pource qu’il est en quelques endroits fait mention des frères de Christ.
57 Un Prophète n'est déshonoré sinon, etc. Jay exposé ceste sentence plus amplement au quatrième chapitre de VEvangile selon sainct Jehan. Il est vray que ce peut estre un proverbe qui s’addresse à tous en général, asçavoir que ceux qui ont des dons excellens ne sont en nul lieu moins prisez qu’en leur pays. En quoy se monstre l’ingratitude des hommes, lesquêéls d'autant que Dieu se présente plus familièrement à eux és dons de son sainet Esprit, d'autant plus hardiment les rejettent-ils. Toutesfois je me range volontiers à l’opinion de Chrysostome, lequel pense que C’ait esté un proverbe duquel on a usé spécialement contre les Juifs :
mais ce qu’on avoit accoustumé de dire contre toute Ja nation, Christ l’applique yci bien à propos aux Galiléens, et à ceux de son pays. Car il n’a eu point eu moins d'honneur autre part qu'au lieu de sa naissance. Parquoy à bon droict il leur reproche qu’ils rejettent et repoussent loin d’eux la grâce qui leur estoit offerte, | voire ceux qui la devoyent recevoir et embrasser les premiers. Car c’est une chose fort estrange, qu’un Prophète de Dieu soit mesprisé au lieu de sa naissance, quand aux autres lieux on sort
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
au-devant de luy pour le recueillir aussi affectueusement qu'on fait ami arrivant de dehors.
58 Et ne jfeit là quères de vertus.
Sainct Mare parle en termes plus exprès, disant qu'il ne pouvoit là faire aucune vertu. Toutesfois quant à la substance du propos ils sont de bon accord, asçavoir que l’impiété de ceux du pays a (par manière de dire) fermé le passage à Christ, afin qu’il ne feist entr’eux des vertus en plus grand nombre. Il leur en avoit desjà présenté quelque goust: mais ils s’assopissent d’eux-mesmes volontairement, afin de n’y savourer rien. Et pourtant la comparaison dont use saint Augustin est fort propre, quand il dit que la foy est comme le pertuis d’un vaisseau, quand il est ouvert pour y mettre quelque chose dedans, et qu'infidélité est semblable à un bouchon, qui estouppe tellement le vaisseau, que la bonne liqueur que Dieu fait descouler d'en haut n’y peut entrer. Et certes il en est ainsi: car le Seigneur voyant que nous ne tenons conte de sa vertu, il vient finalement à la retirer. Et toutesfois nous-nous plaignons cependant que son secours nous défaut, lequel nostre ingratitude repousse et rejette bien loin. Sainct Marc, en disant que Christ ne pouvoit : amplifie la faute de ceux qui