MATTH. XIV. : MARC VI
ont empesché qu’il ne monstrast sa bonté et bénignité envers eux. Car de faict, les incrédules entant qu’en eux est, ferment et serrent les mains de Dieu par leur obstination : non pas que Dieu demeure inférieur, et soit vaincu par eux, mais pource qu’ils ne luy laissent pas desployer sa vertu. Toutesfois il faut noter ce que sainet Marc adjouste, que néantmoins &/ quarit quelque peu de malades. Car de là nous recueillons que la bonté de Christ a combatu contre leur malice, en sorte que quelques empeschemens qu’ils ayent sceu y mettre, encores est-elle venue au-dessus, et s’est monstrée en quelque manière. Nous expérimentons tous les jours le semblable en Dieu. Car combien que justement, et quasi estant contraint, il viene à restraindre sa puissance, pource qu'elle trouve le passage fermé de nostre costé, nous voyons toutesfois qu’en se faisant chemin là où il n’y en à point, il ne cesse de nous faire bien. C’est un combat merveilleux, que par tous moyens nous-nous efforceons de fermer le passage à la grâce de Dieu, afin qu’elle ne viene jusques à nous: et toutesfois encore surmonte-elle et passe comme par force à travers de tous empeschemens, et monstre son efticace, par manière de dire, en despit que nous en ayons.
LUC IX
1 Or Hérode le Tétrarque
À En ce tempsà Hérode le Tétrarque ovit la renommée de Jésus.
2 Et dit à ses serviteurs, C’est Jehan Baptiste, il est ressuscité des morts, et pourtant vertus sont Jaites par luy.
14 Le roy Hérode en ouït parler (car son nom estoit fort renommé) et dit, Ce Jehan-là qui baptizoit, est ressuscilé des morts, et pourtant vertus sont faites par luy.
15 Les autres disoyent, C’est Elie: el les autres disoyent, C’est un Prophète, ou comme l’un des Prophé- Les.
16 Quand donc Hérode eut ouy cela, il dit, C’est ce Jehan que j'ay décapité, il est ressuscité des morts.
ouit parler de toutes les choses qu'il faisoil : et doutoil, à cause qu'aucuns disoyent que Jehan estoit ressuscité des mors :
8 Et aucuns, qu'Elie estoit apparu : et les autres, que quelque Prophète des anciens estoit ressuscité.
9 Adonc Hérode dit, Jay décapité Jehan, qui est donc cestuy-ci de qui j'oy telles choses? Et demandoit à le veoir..
La cause pour laquelle les Evangélistes [ tout le pays, en sorte que les Juifs ne recitent ceci, est afin que nous sçachions | peuvent point alléguer ignorance pour qu'il à esté grand bruit de Christ par|s’excuser. Car autrement ceste doute
pourroit venir en l’entendement de plu- | adverti de la grâce de rédemption, il y
sieurs, Comment il s’est peu faire que ce pendant que Jésus-Christ vivoit en ce monde, le pays de Judée soit tousjours demeuré endormi, tout ainsi comme si Christ estant caché en‘un coin, n’eust manifesté à personne sa vertu Divine. Les Evangélistes donc déclarent yci que son renom fut grand d’un costé et d'autre, en sorte que les nouvelles veindrent jusques en la cour d’Hérode.
9 Et dit à ses serviteurs, C’est Jehan, etc. I est aisé à recueillir des paroles de sainct Luc, qu'Hérode de soymesme ne s'avisa pas de cela, mais que le bruit qui couroit parmi le commun peuple, le meit en ceste fantasie. Et je ne doute point que la haine qu’avoit le peu- - ple contre ce Tyran, et l'horreur d’un meurtre si vilein n’ayent bien donné occasion à un tel bruit, comme il advient souvent. C’estoit une superstition enracinée communéement en l’esprit des hommes, que les morts retourneroyent en ceste vie, changez en d’autres personnes qu’ils n’avoyent esté, comme il a esté dit en un autre lieu. Sur cela le peuple bastit une conjecture bien convenable, qu'Hérode en mettant à mort ce sainct personnage, n’avoit pas obtenu ce que il pensoit, pource qu’il estoit soudainement ressuscité de la mort par la vertu miraculeuse de Dieu, pour faire la guerre à ce meschant Tyran, et crier plus asprement contre ses vices qu’il n’avoit jamais fait.
Toutesfois sainct Marc et sainct Luc monstrent qu’on en a parlé en diverses sortes : asçavoir que les uns pensoyent que ce fust Elie, les autres quelque Prophète des anciens, ou un qui en dons excellens de l'Esprit fust à comparer aux Prophètes. Touchant ce qu’ils ont plustost pensé que ce fust Elie que quelqu'un des autres Prophètes, nous avons dit la raison en un autre lieu. Pource que Dieu par Malachie avoit promis que Elie viendroit pour recueillir l'Eglise de la dissipation en laquelle elle seroit (Malachie, IV, 5), ils avoyent mal entendu ceste Prophétie de la propre personne d’Elie. Et ce n'estoit qu'une simple comparaison, en ce sens, Afin que la venue du Messias ne soit incognue, et afin que le peuple soit
aura un Elie qui viendra devant, semblable à celuy qui fut jadis, lequel remit sus ce qui estoit décheu, et restablit le service de Dieu qui avoit esté renversé bas.
Il marchera donc devant avec une vertu singulière de PEsprit, pour proclamer magnifiquement ce grand jour. Les Juifs, comme ils exposoyent les choses lourdement et grossement, appliquoyent ceci à cest Elie Thesbithe, comme s’il eust deu venir derechef en ce monde pour faire office de Prophète. Toutesfois les autres devinent, ou que quelqu’autre des anciens Prophètes est ressuscité, où que c’est quelque grand personnage qui approche bien près des autres qui avoyent jadis esté. Mais c’est merveilles de ce qu’en une telle diversité d'opinions, il ne s’en est trouvé pas un seul qui se soit avisé du vray poinct, veu mesmement que la condition du temps les menoiït droit à Jésus-Christ. Le Seigneur Dieu leur avoit promis un Rédempteur, lequel leur devoit assister lors qu’ils seroyent environnez de beaucoup de misères, et comme accablez de désespoir. La nécessité extrême en laquelle ils estoyent lors tombez, requéroit bien instamment l’aide de Dieu.
Le Rédempteur se présente {desjà bien marqué et recommandé par la prédicatiôn de Jehan, et puis rendant aussi luy-mesme en personne tesmoignage de son office.
Ils sont contraints de recognoistre en luy une vertu Divine : ils retombent néantmoins sur leurs vaines imaginations, et le transfigurent en d’autres personnes. Et voylà comme tousjours le monde par
une iggratitude perverse, a accoustumé
d’esteindre les grâces de Dieu qui luy sont présentées. Quant à Hérode, comme j'ay touché un peu devant, il n’est pas de soy-mesme entré en ceste fantasie, que Jehan fust ressuscité: mais comme une mauvaise conscience tremblante de peur n’ha point d’arrest, et tourne à tous vents, ainsi il à facilement creu ce qu’il craignoit.
Et aussi souventesfois Dieu envoye de ces .
espovantemens à l’esgarée aux meschans pour les travailler. Ainsi quelque peine qu’ils mettent à s’endurcir et tenir bon, encore que rien ne les tormente d’ailleurs, ils ont un bourreau au dedans qui ne les
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
laisse pas en repos, mais les pourmène bien rudement. Æt pourtant vertus sont Jaites par luy. C'est merveilles quelle raison les à esmeus à conclure en ceste sorte. Jehan tout le temps de sa prédication n’avoit fait aucun signe ou miracle. Il semble done qu’il n’y ait point de couleur à ceci, quand voyans un homme grandement renommé en miracles, ils devinent que c’est Jehan. Mais la response est, Qu'ils pensent que ce qu’il commence maintenant à faire miracles, cela est pour approuver sa résurrection, et pour mons-
trer que ce sainct Prophète de Dieu avoit esté meschamment et sans cause mis à mort par Hérode, et que maintenant il retourne comme portant sa sauvegarde, et estant authorisé de Dieu visiblement, afin qu’on n’attente plus de le toucher, ou faire outrage à sa personne. Ils ont pensé donc que les vertus œuvroyent, C’est-àdire se démonstroyent puissamment en luy, afin que cela luy donnast plus grande authorité, et qu’on cognust manifestement qu’il estoit conduit de Dieu.
MATTH. XIV
3 Car Hérode avoit prins Jehan, et l'avoit lié el mis en prison, à cause de Hérodias femme de Philippe son frere,
4 Car Jehan luy disoit, Il ne l'est pas loisible de l'avoir.
5 Æt désiroit de le mettre à mort: mais il craignoitl le populaire, pour ce qu'ils letenoyent comme Prophète.
6 Or au jour du feslin de la nativité d'Hérode, la fille d'Hérodias dansa au milieu et pleut à Ilérode :
7 Dont il luy promit avec serment de luy donner tout ce qu'elle demanderoit.
8 Elle doncques induile auparavant par sa mère, dil, Donnemoy yci en un plat la teste de Jehan Baptiste.
9 Et le roy fut marri: mais à cause du serment, el de ceux qui estoyent assis à table avec luy, il commanda qu’elle luy fust baillée.
1) Matth,, XXI, 26,
MARC VI
17 Car Hérode ayant envoyé ses gens, avoit fait prendre Jehan, et l'avoit lié en prison, à cause d'Hérodias femme de Philippe son frère, pource qu'il l'avoit prinse en mariage.
18 Car Jehan disoit à Hérode, Il ne l’est loisible d'avoir la femme de ton frère.
19 Et pourtant Hérodias en avoit à luy, et devoit le faire mourir, mais elle ne pouvoi.
20 Car Hérode craignoit Jehan, scachant qu'il estoit homme juste et sainct, et l'avoit en réverence : et l'ayant ouy, faisoit beaucoup de choses, et l'oyoit volontiers.
21 Mais un jour opportun estant venu, qu'Hérode faisoit le festin du jour de sa nativilé aux princes el aux capitaines, et principaux de Galilée :
22 Et après que la fille d'Hérodias fut entrée, et eut dansé, et que elle eust pleu à Hérode, el aussi à ceux qui estoyent assis ensemble à la table, le roy dit à la fille, Demande-moy ce que tu voudras et je te le donneray.
23 Et luy jura, disant, Tout ce que tu me demanderas, je le te donneray, voire jusqu'à la moitié de mon royaume.
24 Elle estant sortie dit à sa mère, Que demanderay-je? Et elle dit, La teste de Jehan Baptiste.
25 Et incontinent estant entrée avec grande affection vers le Roy, elle luy Jeit requeste, disant, Je voudroye que
LUC
10 Et envoya décapiter Jehan en la prison.
114 Et fut la teste d'iceluy apportée en un plat, et donnée à la fille, et elle \a présenta à sa mere.
A2 Puis les disciples d'iceluy veindrent, el emportérent SON Corps, et l’ensevelirent, el veindrent l'annoncer à Jésus.
tout à ceste heure tu me donnasses la teste de Jehan Baptiste en un plat.
26 Le roy estant fort marri, ne la voubut point toutesfois esconduire, à cause du jurement et de ceux qui estoyent assis à table avec luy.
27 Ains envoya incontinent le bourreau, et commanda quil apportast la teste d'iceluy. Lequel s'y en alla, et le décapita en la prison.
28 Et apporta la teste d'iceluy en un plat, et la donna à la fille, et la fille la donna à sa mére.
29 Ses disciples ayans ouy le faict, veindrent el emportèrent son corps, et le
meirent en un sépulchre.
1) Qu. rejetter.
Sainct Luc ne touche point pour le présent ceste histoire, pource qu’il en avoit fait le récit en un autre endroit. Pour mon regard aussi je mettray peine den parler briefvement, de peur d’ennuyer les lecteurs en escrivant deux fois une chose.
Les Evangélistes racontent que Jehan fut prins pource qu’il avoit publiquement reprins le ravissement d’Hérodias, et le mariage incestueux contracté avec elle. Quant à ce que Josèphe amène une autre cause de ceci, Asçavoir qu'Hérode craignant quelque changement à son désavantage, avoit Jehan pour suspect: il se peut faire que ce Tyran a prins ceste couleur pour couvrir et excuser sa meschanceté, ou bien que tel a esté le commun bruit, comme nous sçavons qu’une violence, injustice, ou cruauté est sujete à divers blasmes. Mais les Evangélistes touchent le vray poinct, qu'Hérode a esté indigné contre ce sainct personnage, pource qu’il l’avoit reprins. Au reste, Josèphe s’abuse en ce qu’il pense qu'Hérode avoit soustrait Hérodias non pas d'avec Philippe son frère, mais d'avec son oncle Hérode roy de Chalcide, Car du temps que les Evangélistes ont escrit, non-seulement la mémoire de ce meschant acte estoit encore toute fraische, mais on en voyoit encore les tesmoignages devant les yeux.
Et ce que Josèphe dit en un autre lieu que Philippe estoit d’une douce nature, je ne fay point de doute que ceste consi-
dération n’ait fait Hérode plus hardi, pource qu’il a veu qu’il avoit à faire à un homme de petit cœur, et d’un esprit traitable et paisible, et que quand il Iuy auroit fait cest outrage, il n’en seroit autre chose. Il y a aussi une autre conjecture bien apparente, c’est asçavoir qu’il semble bien plustost qu'Hérodias ait esté mariée à son oncle Philippe, que non pas à son grand oncle frère de son grand-père, qui estoit desjà vieil et bien caduque. Au reste, Hérode Antipas, duquel il est yei fait mention, et Philippe n’estoyent pas frères tous deux d’une mère, mais le premier estoit de Mathaca, la troisième femme d'Hérode le grand, et l’autre estoit de Cléopatra. Pour retourner maintenant aux Evangélistes, ils disent que Jehan avoit esté mis en prison pour avoir reprins le forfait d'Hérode librement et plus hardiment que ne pouvoit endurer ce fier Tyran.
L’outrage du faict estoit desjà assez odieux et vilein de soy-mesme, de ce que non-seulement il tenoit en sa maison la femme d’autruy, l'ayant soustraite d'avec son mari, mais aussi de ce que cC’estoit son propre frère auquel il avoit fait telle injure. Quand sur cela il est reprins librement et publiquement par Jehan, non sans cause il commence à craindre que quelque sédition ne s’eslève soudainement. De se chastier sa meschante concupiscence n’y pouvoit accorder, mais ayant mis en prison le Prophète de Dieu, il se fait à
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
croire qu’il sera en repos, et qu’il pourra continuer sa meschanceté sans aucune crainte. Par faute d'entendre l’histoire, plusieurs ont sur ce passage mis en avant une question superflue, Asçavoir s’il m'est permis de prendre à femme celle qui à
autresfois esté mariée à mon frère. Car |
combien que l’honesteté naturelle condamne un tel mariage, toutesfois Jehan à plustost voulu yci blasmer le ravissement que l'inceste, d'autant qu'Hérode avoit osté à son frère sa femme légitime ou par force et violence, ou par quelque ruse et moyen subtil. Et sans cela encore luy estoit-il moins permis de prendre sa propre niepce à femme, que d’espouser la vefve de son frère. Il n’y a point de doute qu’une vilenie si estrange a esté blasmée par le bruit commun du peuple : mais les autres détractoyent et diffamoyent Hérode en son absence : il n’y a que Jehan qui viene devant luy, et qui le reprene hardiment en sa face, pour essayer s’il y aura moyen de l’amener à repentance. Sur cela nous avons à noter comme il faut que les serviteurs de Dieu soyent munis d’une vertu et constance invincible, quand ils ont affaire aux princes de la terre : Car quasi en toutes les cours il n’y à qu’hypocrisie et vaine flatterie qui ait lieu. Ainsi les aureilles des princes qui ont tousjours accoustumé d’estre mignardées, ne peuvent souffrir un seul mot qui tende à taxer leurs vices un peu vivement. Mais pource qu’il n’eust pas esté convenable qu’un Prophète de Dieu eust dissimulé, voyant un acte si infâme, Jehan ne fait point difficulté de se monstrer devant le roy pour l'admonester, encore qu’il sçache bien qu’il est le mal venu : et pour faire le devoir de son office, il ne se soucie point d’encourir la male grâce de ce Tyran, veu mesmement qu'il sçavoit bien que ceste putain le tenoit si bien en ses liens, qu’à grand’ peine le pourroit-on destourner de son meschant train.
5 Et désiroit de le mettre à mort.
Il semble qu'il y ait quelque diversité entre les paroles de sainct Matthieu et celles de S. Marc, pource que le premier dit qu'Hérode avoit grand désir d’exécuter ce malheureux meurtre, mais que la crainte du peuple l’engardoit : et l’autre
charge seulement Hérodias d’une telle cruauté. Toutesfois la solution est facile, asçavoir que du commencement Hérode (si quelque plus grande occasion ne l’eust contraint) n’eust pas voulu faire mourir ce sainct personnage, pource qu’il l'avoit en révérence, et faisoit aucunement conscience de traitter si cruellement un Prophète de Dieu, et qu'Hérodias en le solicitant sans cesse, luy feit perdre ceste crainte de Dieu, mais que finalement (lors qu’estant poussé et acharné par ceste diablesse, il eust bien voulu veoir ce sainet personnage mort) il fut retenu par un empeschement nouveau : Car il craignoit une esmotion populaire, et que le peuple s’eslevast contre luy. Et faut noter sur ce propos, les mots de sainct Marc : Hérodias, dit-il, cherchoiït occasion sur luy:
c’est-à-dire, pource que Hérode n’estoit pas de soy-mesme fort animé contre Jehan pour le faire mourir, elle le manioiït et taschoit de le surprendre et induire à cela par moyens obliques, ou bien elle machinoit en quelque sorte secrètement la mort de ce sainct personnage. Quant à moy je trouve plus d'apparence au premier avis, asçavoir qu’elle a tasché par surprinse de tirer de son mari ce qu’elle demandoit, mais elle n’a peu parvenir à son atteinte, tant que Hérode à eu quelque remors de conscience qui l’empeschoit de faire exécuter à mort ce sainct personnage. Après cela est survenue une autre crainte, asçavoir que par sa mort le peuple estant indigné ne veinst à faire quelque tumulte : mais sainct Marc touche seulement ce qui a empesché Hérode d’accorder incontinent à la requeste de ceste putain. Car si tost que Jehan fut mis en prison, Hérodias eust bien voulu qu’on l’eust fait mourir secrètement : mais Hérode avoit en révérence ce sainct personnage, jusques à suyvre volontiers le conseil qu’il luy donnoit. Au reste, [a crainte de laquelle il est yci fait mention, n’estoit pas une peur procédante de quelque faux souspeçon, comme nous craignons Ceux qui sont en crédit et authorité, encores que nous ne les estimions pas dignes d'honneur : mais ceste crainte estoit une révérence volontaire, pource qu'Hérode sçachant que Jehan estoit un sainct per-
sonnage et fidèle ministre de Dieu, estoit aucunement contraint en soy-mésme de luy porter honneur, et ne Posoit pas mespriser. Ce qui est bien digne d’estre noté:
car combien que Jehan eust expérimenté qu'il estoit bon pour plusieurs raisons qu'il eust quelque entrée en la cour, et que le Roy le eust aucunement agréable, toutesfois il n’a point craint de lirriter et d'acquérir sa male grâce, quand il a veu qu’il ne pouvoit plus estre le bien venu envers luy, sinon en dissimulant contre son devoir une vilenie infâme et toute notoire. Il pouvoit bien protester et maintenir devant toutes personnes qu’il ne cherchoit point ses commoditez particulières, et qu'il n’avoit autre esgard qu’au bien public. Car il est tout certain qu’il n’a . rien demandé au Roy pour se faire valoir, ou pour monstrer son crédit, mais qu'Hérode l’a creu suyvant le sainct conseil qu’il luy donnoit pour bien administrer et gouverner le royaume. Mais pource qu'il voit que ceste façon de compensation n’est point honneste ne selon Dieu, de faire accorder le roy à quelque bonne chose, en trahissant cependant la vérité en un endroit, il aime mieux en lieu d'ami, lavoir pour ennemi, qu’en flattant ou en se taisant nourrir un mal, lequel Dieu commande de reprendre vertueusement. Ainsi donc, Jehan par son exemple a laissé une bonne règle etbien seure àtous fidèles Docteurs, qu'ils ne dissimulent point les vices et péchez des princes pour racheter leur bonne grâce, encore que ils ne la cherchent point pour leur regard particulier, mais seulement pour avoir occasion de prouliter plus en d’autres endroits. Et en Hérode l'Esprit de Dieu nous monstre comme en un miroir, qu’il advient souvent que ceux qui ne servent point Dieu d'affection de cœur, sont néantmoins prests d’obéir à ses commandements en quelques endroits, pourveu aussi que de son costé il leur relasche quelque chose et dissimule à leurs vices :
mais si on vient à les presser un peu vivement, et leur grater leur rongne, ils se despitent, renonceans tout là : et nonseulement s’endurcissent, mais aussi se desbordent en une rage. Que ceux done qui obéissent à beaucoup de bons conseils, ne
pensent pas avoir beaucoup fait, jusques à ce qu’ils ayent apprins de ployer entièrement sous la Loy de Dieu, et de S'y assujetir en tout et par tout.
6 Or au jour du festin, etc. Les Evangélistes commencent à réciter maintenant par quel moyen Hérodias à finement dressé la mort à Jehan qu’elle luy machinoit de long temps. L'occasion s’est présentée par un festin et banquet solennel que faisoit Hérode pour le jour de sa nativité. Car il est bien mal-aisé que ces apprests magnifiques et exquis, outre l’excès, l’orgueil, le desbordement déshonneste de joye et autres dissolutions, ne tirent encores avec eux beaucoup d’autres maux : non pas que ce soit une chose mauvaise en s0y de s’eslargir en banquet, et faire quelque extraordinaire : mais Pesprit humain est si enclin à folie et desbauchement, que depuis qu’il se sent la bride laschée, aiséement il s’esgare et se laisse transporter à mal. On ne peut pas reprendre simplement ceste coustume ancienne, que dan en an un chacun face quelque réjouissance le jour qu’il est nay:
car toutes fois et quantes que ce jour-là revient, il admoneste un chacun de remercier le Seigneur, lequel l’ayant mis en ce monde, luy a fait la grâce d’y avoir desjà passé plusieurs années : en après, de venir à conte en soy-mesme, et aviser comment il a follement et mal employé le temps que Dieu luy à donné : et finalement de se recommander à la conduite de ce bon Dieu, pour tout le temps qui luy reste encores à vivre : mais il n’y à rien si pur que le monde ne souille et corrompe de ses vices. Voylà le jour de la naissance lequel un chacun devoit tenir pour sainct et sacré, la plus grand’ part le prophane par abus détestables et vileins. De l’autre part on ne peut quasi faire banquet un peu somptueux et exquis, qui ne soit entaché d’une licence desbordée et perverse. Premièrement on boït par excès : en après les propos salles ou mal accordans avec honesteté y sont permis : et pour le dernier on n’ha aucune mesure ou modération. Voylà pourquoy .
le sainct personnage Job, lors que ses enfans faisoyent des banquets les uns aux autres, offroit sacrifice après le tout fait,
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
pource que il sçavoit que les hommes ne se modèrent jamais tellement, quand les compagnons s’invitent les uns les autres à resjouissance, qu’il ne s’y face des fautes en beaucoup de sortes. Par ce moyen il adveint qu'Hérode voulant traitter magnifiquement ses gens, laissa danser la fille de sa femme. Il appert aussi en cela quelle discipline il y avoit en sa cour.
Car combien que plusieurs lors se donnassent congé de danser, toutesfois de veoir danser une jeune fille preste à marier, cela estoit une marque d’une dissolution de putain effrontée. Mais ceste vileine Hérodias avoit ainsi façonné à ses mœurs sa fille Salomé, de peur qu’elle ne luy feist honte si elle eust mieux valu que sa mère. Et que s’en est-il ensuyvi finalement? Certes la mort cruelle du sainct Prophète. Car la force du vin a dominé en Hérode, qu'ayant oublié toute gravité et prudence, il est venu à promettre jusques à la moitié de son royaume à une affettée danseresse. Voylà certes une grand’ honte, que le roy eschaufté de vin, non-seulement prend plaisir à un fol passetemps qui retourne au grand déshonneur de sa maison, mais aussi promet une récompense si excessive. Parquoy apprenons d’estre songneux aller au-devant du diable pour luy résister, de peur qu’il ne nous empestre en semblables lags.
94 Marc. Ælle estant sortie dit à sa mère. Il ne se faut point esbahir de ce qu'Hérodias a estimé un grand avantage . pour elle, de faire mourir Jehan. Ce qu'aucuns pensent qu’elle a esté enflammée d’un appétit de vengence contre luy, est sans raison : car c’estoit plustost une crainte d’estre répudiée et chassée qui la tormentoit et minoit : comme souvent il advient que les paillars, quand il survient quelque mescontentement, Ont euxmesmes honte de leur vilenie. Or elle a pensé tenir tousjours Hérode tant mieux en ses liens, si la promesse de leur faux mariage estoit une fois ratifiée par le sang du Prophète. Ainsi donc, ceste malheureuse, afin de dominer d’oresenavant à son aise sans aucun contredit, a demandé la mort de celuy qu’elle avoit cognu luy estre seul adversaire: dont aussi nous pouvons veoir comment une mauvaise
conscience est tousjours to-mentée et géhennée d'une merveilleuse anxiété.
Jehan estoit détenu prisonnier: ceste femme audacieuse et cruelle pouvoit donner ordre et commander qu’on ne laissast personne parler à luy: elle n’ha point toutesfois de repos, mais est en souci et en crainte sans cesse, jusqu’à ce que le sainct Prophète soit despesché. Voyci qui est bien aussi pour monstrer la vertu et puissance de la parole de Dieu, quand nous voyons que la voix du sainct personnage estant enserré en prison bien estroitte, ne laisse pas d’espovanter asprement, et navrer au vif le cœur de ceste femme.
26 Le Roy estant fort marri. I est vray qu'il n’avoit plus en son cœur de crainte de Dieu, comme nous avons dit:
mais pource qu’il prévoit que la mort d’un tel personnage sera bien odieuse, il craint d’estre déshonoré, et que quant et quant mal ne luy en adviene. Aïnsi il se repent de sa légèreté, et toutesfois il n'ose pas esconduire ceste affettée, de peur d’avoir le déshonneur d’estre variable. Voire, comme si c’estoit plus grand déshonneur de se desdire et raviser quand on à promis une chose follement et légèrement, que de persister en un acte meschant. Mais selon la folie accoustumée des Rois, pource qu’il ne veut pas aller à l'encontre de ce qu'il a une fois proféré de sa bouche, il commande que sur lPheure le Prophète soit mis à mort.
De là nous recueillons qu'Hérode lors faisoit le souper en la tour de Machérus, auquel lieu Josèphe dit que Jehan estoit détenu prisonnier. Au reste, il est bon de noter ce que disent les Evangélistes, 4 cause du serment, et de ceux qui estoyent assis à table avec luy. Dont nous coneluons que s’il n’y eust eu personne présent, encore que cent fois il eust juré, nonobstant il n’eust pas tenu promesse, Ce n’a donc point esté une crainte de Dieu, ou quelque scrupule de conscience qui l’ayent contraint à ce faire, mais il y à eu seulement une pure ambition qui l’a ainsi fait trébuscher, asçavoir qu'il S’estimoit déshonoré devant la compagnie, s’il n’eust maintenu sa promesse. Il advient ainsi souvent, que les meschans font des cho-
ses contre leur devoir, pource qu’ils ne} sa meschante cupidité, et triomphe cruel-
regardent point à Dieu, et ne se soucient seulement que d'éviter le blasme et Ia mocquerie des hommes. Au reste, encore qu'Hérode n’eust eu devant les yeux que la révérence du jurement, et non point la honte et le déshonneur du monde, il a toutesfois péché plus griefvement en accomplissant sa promesse folle et malheureuse, que s’il eust faussé son serment.
Premièrement ceste hastiveté de jurer est bien à condamner, de ce que il asseure la promesse d’une chose douteuse et incertaine. En après, depuis qu’il veit qu’il ne pouvoit tenir sa promesse qu’en commettant un acte meschant et détestable, il ne devoit jamais envelopper le nom de Dieu en un tel forfait. Car y a-il chose moins convenable à Dieu, que de faire servir son Nom à un meurtre exécrable?
Si la chose emporte quelque perte pour un particulier, que celuy qui à juré témérairement porte la peine de sa folie :
mais cependant il faut prendre garde quand quelqu'un à prins le nom de Dieu en vain, que il ne redouble son sacrilége en abusant de ceste ouverture à commettre quelque meschanceté. De ceci il s’ensuit que les vœux des moines, qui traînent après eux une impiété manifeste, ne tienent point nos consciences obligées devant Dieu, non plus que les conjurations des enchanteurs et sorciers: pource que Dieu ne veut point que son Nom sacré serve de confirmation en choses mauvaises, et qui emportent péché. Toutesfois ce passage nous enseigne qu'il se faut donner garde de promettre aucune chose inconsidéréement et à la volée : en après, qu'avec la légèreté il n’y ait de l’obstination à mal.
28 Et la donna. Voyci encore pour augmenter loutrage de ce crime exécrable, que mesmes après la mort on se jouë, par manière de dire, de la teste de ce sainct personnage, et en fait-on comme une mocquerie. Mais le Seigneur abandonne ainsi quelque fois les siens au plaisir et à l’orgueil des meschans, jusqu'à ce que finalement il monstre que leur sang a esté précieux devant ses yeux.
Hérodias s’esgaye estant venue à bout de
lement de son repreneur: mais depuis, quand estant despouillée de ses richesses, et non-seulement ayant perdu le titre de Roine, mais aussi chassée du pays de sa naissance, et despourveuê de tous moyens, elle a vescu povrement et misérablement en exil, ç’a esté un beau spectacle et plai sant aux Anges et à toutes gens de bien.
Quant à ce que ceux qui estoyent au banquet sont contraints de veoir en un plat un présent si horrible et inhumain, et de souiller leurs yeux en regardant une telle cruauté, apprenons par ceci que ceux qui sont à la table des Roïs, participent souvent à beaucoup de lasches tours et malheureux forfaits. Car encore qu’il ne s’y traitte point de meurtre qui pollue la table, si est-ce néantmoïins que tout est là tellement plein de mal et d’excès, que il faut que tous ceux qui approchent de là, soyent pour le moins enveloppez en quelque macquerelage.
29 Puis les disciples. Pour un comble de cruauté en ceste femme, il ne restoit plus que ce poinct, que le corps du sainct personnage fust abandonné sans sépulture, Car il est vray semblable, puis que les disciples sont venus pour faire le devoir en cest endroit, que les satellites de ce Tyran avoyent jetté là le corps par desdain. Or combien que lhonneur de sépulture ne proufite rien aux morts, le Seigneur toutesfois veut que nous observions et entretenions ceste cérémonie, afin que ce soit un tesmoignage de la résurrection dernière. Et pourtant ce soin a esté plaisant à Dieu, quand les disciples de Jehan sont venus pour ensevelir le corps de leur maistre. D’avantage, ça esté aussi un acte par lequel ils ont déclaré la cognoissance et crainte de Dieu qu'ils avoyent. Car en ce faisant, ils ont donné à cognoistre que la doctrine du sainct personnage demeuroit tousjours vigoureuse en leurs corps après sa mort.
Ç’a donc esté une confession bien digne de louange, veu que la chose n’estoit pas sans danger. Car il estoit impossible de faire honneur à un homme décapité par le bourreau, que quant et quant on ne r'esveillast et irritast la rage du Tyran.
SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
MATTH. XIV
13 Laquelle chose quand Jésus eut ouye, il se partit de là en une nasselle, pour aller en un lieu désert à part. Et quand les troupes eurent ouy cela, elles se partirent des villes, et le suyvirent à pied.
14 Adonc Jésus sortant veit une grande multitude, eteutcompassion d’eux,etquarit les malades d’entr'eux.
15 Et comme le soir venoil, ses disciples veindrent à luy, disans, Ce lieu est désert, et l’'heure est desjà passée :
donne congé à ceste multitude, afin qu'ils s’en aillent aux villages, et achètent des vivres.
16 Mais Jésus leur dit: Is n’ont pas besoin de se en aller, donnez-leur vousmesmes & manger.
47 Eux luy dirent, Nous n'avons yci que cing pains et deux poissons.
A8 Et il leur dit, Apportez- les -moy yci.
19 Et après avoir commandé que le peuple se asseist sur l'herbe, il print les cinq pains et les deux poissons, el levant les yeux au ciel, rendit grâces. Et après avoir rompu les pains, à les don-
MARC VI
30 Et les Apostres se rassemblèrent vers Jésus, et luy racontèrent tout ce qu'ils avoyent fait el enseigné.
31 Et leur dit, Venez-vousen à part en lieu reculé, et vous reposez un petit: car il y avoit beaucoup d'allans et de venans, tellement que ils n'avoyent pas mesmes loisir de manger.
32 Ainsi ls s'en allèrent en un lieu reculé à part en une nasselle.
33 Mais le peuple les veit en aller, et plusieurs le recognurent, et y coururent à pied de toutes les villes, et y veindrent devant eux, et s'amassèrent vers luy.
34 Adonc Jésus estant sorti, veit grande multitude, et en eut compassion : car Ùs estoyent comme brebis n'ayans point de berger, et commenca à leur enseigner plusieurs choses.
35 Æt comme Ù esloit desjà grande heure, ses disciples veindrent à luy, disans, Ce lieu est désert, et il est desjà grande heure.
36 Donne-leur congé, afin que ils s'en aillent aux villages et bourgades d’'alenviron, et qu’ils achètent des pains pour eux, car ils n'ont que manger.
37 Il respondit, et leur dit, Mais vous donnez-leur à manger.
Ils luy dirent, Irons-nous acheter des pains pour deux cens deniers, et leur donnerions à manger ?
38 Et üU leur dit, Combien avezvous de pains? allez, et regardez.
Et après l'avoir sceu, ils disent, Cinq, et deux poissons.
39 Adonc il commanda que ils les feissent tous asseoir par tables sur l'herbe verde.
40 Et ils s’asseirent par rangées, par centeines el cinquanteines.
41 Quand il eut prins les cinq pains et les deux poissons, regar-
LUC 1
10 Quand les Apostres furent retournez, Us luy raconterent toutes les choses qu'ils avoyent faites.
Lors Jésus les print, el se retira à part en une contrée déserte, el en une ville appelée Beth-saïida.
11 Et quand le populaire le sceut, il le suyvit : lesquels il receut, et leur parloit du Royaume de Dieu, el quarissoil ceux qui avoyent besoin d’estre quäris.
12 Or le jour avoit commencé à décliner, et les douze veindrent, el luy dirent, Donne congé à ceste mullitude, afin qu'ils s'en aillent aux bourgades el villages qui sont à lenviron, pour sy relirer, el trouver à manger : car nous sommes yci en pays désert.
13 Mais il leur dit, Vous autrés donnezleur à manger. Et ils dirent, Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons, si nous n'allions acheter à manger pour tout ce peuple.
1% Car ils estoyent environ cinq mille hommes. Adoncques il dit à ses disciples, Faites-les asseoir par cinquanteines en chacune table.
15 Et üs feirent ainsi : et les feirent tous asseoir.
na aux disciples, el les disciples à la mullitude.
20 ls mangérent tous, et furent rassasiez : puis recueillirent le résidu des piéces des pains, douze corbeilles plenes.
91 Et ceux qui Mmangèrent, esloyent environ cinq mille hommes, sans les femmes et les petis enfans.
hommes.
15 Laquelle chose quand Jésus eut ouye, etc. Sainct Jehan récitant la mesme histoire, ne touche point à quelle intention Christ passa au rivage de delà. Sainct Marc aussi et sainct Luc ont quelque diversité d'avec sainct Matthieu. Car ils disent que l’occasion qui feit partir Christ de là, fut afin de donner quelque relasche à ses disciples, après qu'ils furent retournez de leur commission et ambassade.
Mais il n’y a point de discord en cela :
car il se peut faire qu’il a voulu tirer ses disciples à part en un lieu désert, afin d’avoir plus grand loisir de les façonner et duire à choses plus grandes : et qu’en mesme temps soit survenue une nouvelle occasion par la mort de Jehan. Car la mort dece personnage pouvoit espovanter et refroidir leurs cœurs encores débiles et tendres : pource que lissue pitoyable de ce grand Prophète les advertissoit desjà quelle seroit leur condition de tons. Certes comme il a esté dit ci-devant, que quand Jehan fut emprisonné Christ sortit des terres d’Hérode, afin d'éviter pour lors sa fureur : ainsi on peut recueillir maintenant que Christ s’en alla en un lieu désert, afin d’eslongner comme du feu ses disciples qui estoyent encores poureux et craintifs. Au reste, il est incertain combien de temps les Apostres ont mis au premier voyage de leur ambassade. Car comme nous avons dit en d’autres lieux, les Evangélistes n’ont point eu es gard à l'ordre des temps, ou pour le moins ne
s’y sont pas arrestez fort songneusement.
Ei qui plus est, il me semble plustost qu’ils n'ont pas esté envoyez une fois seu-
COMMENTAIRES dant vers le ciel, il rendit gràces, et rompit les pains, et les bailla à ses disciples afin qu'ils les présentassent :
les deux poissons à tous,
42 Et tous en mangérent, et Jurent rassasiez.
43 Et ils recucillirent des pieces de pain douze paniers pleins, el quelque reste de poissons.
44 Or ceux qui avoyent mangé, estoyent environ cinq mille
16 Lors il print les cing pains et les deux poissons, et regardant vers le ciel, les bénit, et les rompit, et les distribua à ses disciples, afin qu'ils les meissent devant la troupe.
17 [ls mangèrent donc tous, et furent rassasiez : et fut recueilli du surplus des pièces de pain douze corbeilles.
et départit
lement, pour publier et proclamer le royaume de Christ: mais selon que loccasion se présentoit, qu’en d’aueuns lieux ils y sont retournez plus d’une fois, ou que quelque temps après ils sont allez en
divers endroits. Ainsi j’enten que mainte-
nant ê/s se sont rassemblez pour accompagner doresenavant Jésus-Christ, sans s’eslongner aucunement de luy : comme si PEvangéliste disoit, qu'ils n’estoyent pas partis d'avec leur Maistre, afin de continuer tousjours chacun à part en la charge ordinaire d'enseigner, mais s’es-
tans acquittez de leur commission ‘pour
un temps, ils sont derechef retournez à lPeschole du Maistre pour mieux proufiter. Les tourbes le suyvirent à pied des villes. Combien que’Christ, qui sçavoit toutes choses devant qu’elles adveinssent, n’a pas ignoré quelle devoit estre l'issue de ceste délibération, il a bien toutesfois voulu pourveoir à ses disciples selon Phomme, pour monstrer par effet qu'il avoit soin d'eux. Mais il appert par le grand amas de peuple qui vient là, comment il estoit grand bruit de luy par tout :
tellement qu’il n’y à point eu d’excuse pour les Juifs, lesquels par leur nonchalance se sont privez de la grâce de salut qui leur estoit offerte. Carmesmes de ceste grande multitude qui a esté si soudainement eschaufïée à suyvre Christ, il n’y en a eu qu'un bien petit nombre qui se soit vrayement assujeti et arresté constamment à sa doctrine, comme on peut veoir De ce que dit sainct Jehan (2) 24 14 Et eut compassion d'euæ. Les autres deux expriment plus clairement d’où
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
venoit une telle compassion à Christ : asçavoir d'autant qu'il voyoit ces poyres gens affamez en leurs âmes, estre sortis de leurs maisons avec un ardent désir, et estre accourus en un lieu désert. Or ceste faute qu'ils avoyent de doctrine, estoit signe d’une misérable dissipation.
Et pourtant S. Marc dit, Que Christ eut pilié d'eux, pource qu'ils estoyent comme brebis n'ayans point de pasteur : non