‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 29 sur 58 · MARC VIII. LUC XII · texte numérisé non relu

MARC VIII. LUC XII

5 Et quand ses disciples furent venus outre, ils avoyent oublié à prendre des pains.

6 Et Jésus leur dit, Avisez, et vous donnez garde du levain des Pharisiens et Sadduciens.

7 Or üls pensoyent en euxmesmes, disans, C’est pource que nous n'avons point prins de pains.

8 Et Jésus cognoissant cela, leur dit, Gens de petile foy, qu'est-ce que vous pensez en vOUS-MESMES, QUE VOUS n'avez point prins de pain?

9 N’entendez-vous point encores? el ne vous souvient-it plus des cinq pains des cing mille hommes, et combien de corbeillées vous en recueillistes 1?

10 Ne des sept pains des quatre mille hommes, combien de corbeillées vous en recueillistes? ?

14 Comment n'entendez-vous que ce n'est point touchant le

1) Matth., XIV, 47, Jean, VI, 9.

A4 Or avoyent-ils oublié à prendre du pain, et n'en avoyent qu'un avec eux en la nasselle.

45 ET il leur commanda, disant, Avisez, donnez-vous garde du levain des Pharisiens, et du levain d’'Hérode.

16 Dont ils eurent propos entr'eux, disans, C’est pour ce que nous n'avons point de pains.

A7 Et Jésus cognoissant cela, leur dit, Pourquoy tenez-vous propos que vous n'avez point de pains? ne considérez-vous point encore, el n'entendez-vous point?

avez-vous encore vosire cœur estourdi?

18 Ayans des yeux ne voyezvous point? ayans des aureilles, n'oyez-vous point? el ne vous Souvenez-vous point?

19 Quand je distribuay les cinq pains à cinq mille hommes, combien recueillistes-vous de paniers pleins du résidu? Ils luy dirent, Douze.

2) Malih., XV, 34,

À Cependant une multitude s’estant assemblée à milliers, tellementqu'ils se foulloyent les uns les autres, il commenca@ dire à ses disciples, En premier lieu donnezvous garde du , levain des Pharisiens, quiest hypocrisie.

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

20 Et quand j'ay distribué les sepl aux quatre mille hommes, combien avez-vous recueilli de corbeilles plenes du résidu des pièces de pain? Zls luy dirent,

pain que je vous ay dit, Donnezvous garde du levain des Pharisiens et Sadduciens?

12 Lors ils entendirent qu'il n'avoit pas dit qu'ils se donnassent garde du levain de pain, mais de la doctrine des Pharisiens et Sadduciens.

Sept.

5 Et quand les disciples furent venus, etc. Yci Christ prenant occasion des propos précédens, exhorte ses disciples à se donner garde de toutes corruptions et abus qui abbastardissent la droite et pure crainte de Dieu. Les Pharisiens estoyent venus un peu auparavant : les Sadduciens s’estoyent adjoints à eux : il y avoit de l’autre part Hérode qui estoit aussi un mal-heureux ennemi et corrupteur de la saine doctrine. Entre tous ces dangers il estoit bien nécessaire que les disciples fussent admonestez de se donner garde.

Car eomme l’esprit humain est de sa nature enclin à vanité et erreur, quand nous sommes environnez de fausses inventions de doctrines bastardes et autres semblables pestes, il n’y a rien plus aisé que de se reculler de la vraye et nayfve pureté de la parole de Dieu. Et s’il advient une fois que nous soyons enveloppez en telles choses, il ne se pourra jamais faire que la vraye religion règne entièrement en nous. Mais afin que le tout soit plus clair, espluchons de plus près les paroles de Christ.

6 Du levain des Pharisiens. Sainct Matthieu avec les Pharisiens adjouste aussi les Sadduciens. Sainct Marc en lieu de ces seconds, met Hérode. En sainct Luc il n’est fait mention que des Pharisiens : combien qu’il ne soit pas fort certain si sainet Luc récite le mesme propos de Christ que les deux autres. D’avantage, il interprète que le levain est hypocrisie : en somme, il passe légèrement ceste sentence, comme s’il n’y avoit aucure ambiguité. Or combien que la similitude du levain qui est yei appliquée à là fausse doctrine, a peu en un autre lieu estre transférée à hypocrisie de vie et de mœurs, Où qu'un mesme propos à peu estre dit deux fois, il n’y aura point toutesfois d’absurdité, quand nous dirons

24 Et Ù leur dit, Comment n'entendez-vous point ?

que ce qui est récité plus amplement selon l’ordre de l’histoire par les deux autres Evangélistes, sainct Luc le touche un peu autrement, et en un autre lieu et ordre, tellement toutesfois que quant au faict, il n’y a point de discordance. Si on veut suyyre ceste conjecture, Æypocrisie signifie yci autre Chose qu’une apparence feinte et fardée de sagesse, asçavoir la source mesme ou occasion et matière de vaine ostentation, laquelle faisant une grande monstre devantles hommes, n’est de aucune estime envers Dieu. Car comme les yeux du Seigneur (selon que dit Jérémie, V, 3) regardent la vérité, ainsi il instruit par sa parole ses fidèles à une vraye piété, afin que ils adhérent à justice et droiture d’un cœur parfait et non feint :

suyvant ce passage de Moyse, Et maintenant Israël, qu'est-ce que le Seigneur demande de toy, sinon que tu luy adhères de tout ton cœur et de toute ton âme ?

Deutéron., X, 42. Au contraire, les traditions des hommes, en délaissant le service spirituel de Dieu, donnent un fard de peu de durée, comme si Dieu prenoit plaisir à tels amusemens. Car quoy que les cérémonies externes ayent grande apparence de sagesse, toutesfois ce ne sont que niaiseries d’enfans devant Dieu, sinon entant qu’elles nous servent d'aides pour nous exercer à la vraye piété. Nous entendons maintenant pourquoy sainct Luc a prins Hypocrisie pour fausse doctrine, eta comprins sous ce mot les levains des hommes qui ne font qu’enfler, et n’ont rien de ferme devant Dieu, et lesquels mesmes retirent les hommes d’un droit soin de piété, et les amusent à des vaines facons de faire. Au reste, pource que le récit que fait sainct Matthieu est plus clair, il vaudra mieux le suyvre. Veu que les disciples estans reprins par le Seigneur, ont finalement entendu qu'il leur

h32 commandoit de se donner garde de la doctrine, il est certain que lintention de Christ a esté de les armer contre les abus desquels ils estoyent environnez de tous costez : et pource il a nommément parlé des Pharisiens et Sadduciens, d’autant que ces deux sectes avoyent lors la vooue, exerceans tyrannie en l'Eglise, et par leurs fausses déterminations anéantissans la doctrine de la Loy et des Prophètes, en sorte qu’ils ne laissoyent quasi rien pur ou entier. Mais on pourroit demander à quel propos sainet Marc met Hérode au rang des faux docteurs, veu qu’il ne se mesloit aucunement d’enseioner. Je respon, d'autant qu’il estoit demi Juif bigarré et desloyal, qu'il a essayé par tous moyens de tirer le peuple de son costé. Car c’est la coustume de tous apostats, d'inventer quelque meslinge pour faire une nouvelle religion qui abolisse la première. Ainsi donc, pource qu’il taschoit cauteleusement de miner les fondemens dé la vraye et ancienne cognoissance de Dieu, afin que par ce moyen il feist recevoir une religion qui seroit la plus propre pour entretenir sa tyrannie : ou plustost pource qu’il essayoit d'introduire quelque nouveau Judaïsme, non sans cause le Seigneur commande qu’on se garde aussi de son ievain.

Car comme les Scribes espandoyent du temple de Dieu leurs erreurs parmi le peuple : ainsi la cour d’Hérode estoit.une autre boutique de Satan pour forger d’autres erreurs, Comme aujourd’huy nous voyons en la Papauté que l’Ante-Christ ne desgorge pas seulement ses abus et tromperies par les temples et dedans les cavernes des Sophistes et moines, mais qu’il establit aussi et fortifie son royaume d’un appuy de la théologie de Cour, tellement qu'il n'oublie aucune finesse. Mais comme lors Christ a obvié aux maux présens, et selon qu’il y avoit plus de danger en un autre endroit, il a tant plus adverti les siens de s’en donner de garde : nous aussi ayans cest exemple devant les yeux, apprenons de regarder prudemment les abus et corruptions qui nous peuvent nuire. Plustost on meslera le feu avec l’eau, que de pouvoir accorder les inventions du Pape avec l'Evangile.

Et pourtant, quiconque désire de se ranger vrayement à estre disciple de Christ, qu’il mette peine de garder son àme pure de ces levains. Que si desjà il en tient, qu’il ne cesse jamais de se purger, jusques à ce qu'il soit net de tout ce limon.

Mais aussi pource que d'autre partil y a eu des fantastiques lesquels se sont essayez de corrompre en diverses sortes la saine doctrine, que les fidèles veillent aussi songneusement à se garder de telles tromperies, afin qu’ils célèbrent une Pasque perpétuelle en pains sans levain :

c’est-à-dire en la simplicité de vérité. Et finalement pource que l’impiété des Lucianistes et Athéistes s’estend de tous costez, qui est un levain bien pernicieux, ou plustost une poison plus que mortelle, qu’ils employent tous leurs sens principalement à se garder en cest endroit tant nécessaire.

AT Marc. Pourquoy tenez-vous propos, etc. Les disciples monstrent derechef comme ils avoyent bien mal proufité tant en la doctrine de leur Maistre, qu’en ses œuvres admirables. Car ce qu’il leur avoit dit, de se donner garde du levain, ils le prenent cruement comme si Christ les vouloit seulement retirer de la communication externe de telles gens. Car pource que la coustume des Juifs estoit de :

ne manger point avec les hommes profanes, il semble aux disciples que Christ veut mettre les Pharisiens de ce rang.

Encore ceste ignorance estoit aucunement à supporter : mais pource qu’ayans oublié un bien-fait qu'ils avoyent tout fraischement receu de luy, ils ne pensent point que Christ ha le remède en sa main pour empescher qu’ils nesoyent contraints de se polluer aux repas, il les tanse un peu rudement, comme ils en estoyent bien dignes. Et de faict, c’estoit une ingratitude par trop lourde, veu qu’ils avoyent n’aguères veu du pain créé de rien, dont beaucoup de mille Rommes avoyent esté rassasiez, et que cela avoit esté fait par deux fois, d’estre maintenant en souci.

touchant le pain et la nourriture : comme si leur Maistre n’avoit pas tousjours la mesme vertu qu'il avoit monstrée. Dont nous recueillons que tous ceux lesquels ayans expérimenté la puissance de Dieu

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

une fois ou deux se défient encore de luy ! puisse estre nommée pure et sans levain,

pour l’advenir, sont convaincus @’infidélité. Car comme la foy entretient la mémoire des dons de Dieu en nos cœurs, aussi est-il nécessaire qu’elle soit assopie, quand nous les mettons en oubli.

12 Lors is entendirent. I n’y a point de doute que Christ met yci le mot de Levain comme une chose opposite à la pure et simple parole de Dieu. En un autre passage ci-dessus il l’avoit prins en bonne part, quand il disoit, Que l'Evangile est semblable au levain. Mais le plus souvent l'Escriture signifie par ce mot tout ce qui vient d’ailleurs, qui desguise ou corrompt la pureté nayfve de chacune chose. En ce passage sans doute la simple vérité de Dieu et les inventions que les hommes controuvent de leur propre sens, sont yci mises comme choses opposites. Et ne faut point que quelque Sophiste pense es-

que celle qui est procédée de Dieu. Dont s'ensuit que tout meslinge venant d’ailleurs est appelé levain : comme aussi S. Paul enseigne que c’est abastardir la foy, si tost que nous venons à estre destournez de la simplicité de Christ. Il faut veoir maintenant de la doctrine de quelles gens le Seigneur veut qu'on se garde.

Certes pour lors la puissance ordinaire de l'Eglise estoit aux Scribes et Sacrificateurs, entre lesquels les Pharisiens tenoyent le premier degré. Puis que Christ commande nomméement aux siens de se garder de leur doctrine, il s'ensuit qu’on doit rejetter tous ceux qui meslent leurs inventions avec la parole de Dieu, ou qui mettent en avant quelque chose qui n’est pas de mesme, en quelque degré d’honneur qu'ils soyent, et quelque titre qu’ils s’attribuent. Parquoy maudite est et plene

chapper, en disant que ceci ne se doit! de rébellion l’obéissance de ceux qui s’aspoint entendre de toute doctrine : car on | sujetissent volontairement aux inventions ne trouvera point d'autre doctrine quil et loix du Pape.

MATTH

MARC

VIIT. LUC.

22 De là il veint en Bethsaïida, et on luy présenta un aveugle, et le pria-on qu'il Le touchast.

23 Lors il print la main de l'aveugle, et le mena hors du village : et ayant craché és yeux d’iceluy, il meit les mains sur luy, et l’interroqua s’il voyoil quelque chose.

24 Et homme ayant levé la veué, dit, Je voy des hommes : car je les appercoy marcher comme si c'estoyent des arbres.

25 Puis après il meit derechef les mains sur les yeux d’iceluy, et luy feit lever la veué, et il Jut restitué : et les voyoit tous de loin clairement.

26 Puis il le renvoya en sa maison, disant, N'entre point au village, et ne le di à personne

au village.

Ce miracle a esté omis par les deux

autres Evangélistes, et semble que sainct

Marc le récite principalement à cause de ceste circonstance, que Christ rendit la veue à l’aveugle petit à petit, et non pas en un moment, comme il avoit souvent accoustumé. Ce qu'il a fait, comme il est vray-semblable, pour monstrer en cest homme qu’il ha une dispensation libre, et

qu’il n’est point astraint à certaine règle, qu'il ne puisse desployer sa vertu maintenant en une façon, puis en l’autre. Ainsi donc il w’illumine pas tout en un coup les yeux de cest aveugle, en sorte qu’ils facent leur office : mais il leur baïille premièrement une veue obscure et confuse, puis après à la seconde fois qu’il impose les mains sur le personnage, il leur baïlle”-

la vertu nayfve de veoir entièrement. Ainsi la grâce de Christ qui avoit esté espandue sur les autres en un moment, est descoulée sur cestuy-ci comme goutte à goutte.

24 Je voy des hommes. Christ avoit interrogué cest aveugle pour le regard des disciples, afin qu'ils sceussent que desjà cest homme avoit receu quelque amendement, mais que toutesfois ce n’estoit qu'un bien petit commencement de guarison. Ï respond donc qu’il voit des hommes, pourcé qu’il apperceoit quelque chose cheminer qui est droit comme arbres. Par lesquels mots il confesse qu’il n’ha pas encore la veue si claire qu’il puisse discerner entre les personnes et les arbres : ét que toutesfois il ha desjà quelque petit commencement de veoir, pource que par le mouvement il présume que

MATTH: XVI

13 Et Jésus venant és parties de Césarée de Philippe, interroqua ses disciples, disant, Qui disent les hommes que je suis, moy Fils de l’homme?

14 Et ils dirent, Les uns, Jehan Baptiste : les autres Elie : et les autres Jérémie, ou un dés Prophètes.

15 Zl leur dit, Et vous, qui dites-vous que je suis?

16 Simon Pierre respondant dit, Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.

A7 Et Jésus respondant luy dit, Tu es bien-heureux, Simon fils de Jona :

car la chair et le sang ne te l'a pas révélé, mais mon Père qui est és Cieux.

18 Et je te di aussi que lu es Pierre?, et sur ceste pierre j'édifieray mon Eglise : et les portes d'enfer n'auront point de force à l'encontre d’elle.

A9 Et te donneray les clefs du royaume des cieux, et quoy que tu lies en terre, sera lié és cieux : et quoy que tu deslies en terre, sera deslié és cieux ?.

1) Jean, VI, 69. 2) Jean, I, 42. 3) Jean, XX, 98.

13 Es parties de Césarée, Saïinct Mare dit que ce prepos fut tenu en chemin :

mais sainct Luc dit que ce fut lors que Christ prioit, n'ayant autre avec soy que

ce sont hommes ce qu’il voit estre ainsi de droite stature. Et voylà pourquoy il dit qu'ils sont semblables à des arbres.

Parquoy nous voyons qu’il parle seulement par conjecture, en disant qu'il voit des hommes.

26 Puis il le renvoya.Touchant ce qui est yci dit que Christ défend à cest homme de retourner en Bethsaïda, où le miracle fust venu à la cognoissance de plusieurs, aucuns devinent qu’il Pa fait afin de punir les habitans du lieu, en leur ostant la fruition de sa grâce. Mais quoy qu’ait lors regardé Christ, si est-il certain qu'il n’a point fait ce miracle pour le laisser tousjours enseveli, mais qu’il à voulu qu'il fust caché avec beaucoup d’autres, jusques à ce qu'ayant par sa mort accom pli la satisfaction des péchez du monde, il montast en la gloire du Père:

autres, Elie :

MARC VIII

27 El Jésus et ses disciples estans partis de là, veindrent aux villages de Césarée dicte de Philippe :

et sur le chemin il interrogua ses disciples, leur disant, Qui disent les hommes que je suis ?

28 Et is respondirent, Jekan Baptiste : et les el les autres, Un des Proplètes.

29 Adonc il leur dit, El vous, qui dites-vous que je suis? Pierre respondant luy dit, Tu es le Christ.

pondant dit,

LUC IX

18 El adveint que comme il estoit priant à part, et que les disciples estoyent avec luy, il les interroqua, disant, Qui disent les gens que je suis ?

19 Eux respondans, dirent, Jehan Baptiste: et les autres, Elie : et les autres, Que quelque Prophète des anciens est ressuscité.

20 Et il leur dit, ET vous, qui ditesvous que je suis ?

Simon Pierre res- Le Christ de Dieu.

sés disciples. S. Matthieu ne s’arreste pas si curieusement à marquer le temps :

toutesfois il est certain que tous trois récitent une mesme histoire. Et il se peut

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

faire que Christ en ce voyage-là s’arresta en quelque endroit pour prier, et qw’après la prière il feit ceste demande aux disciples. Au reste, pource qu’il y avoit deux villes nommées Césarée : asçavoir l'ancienne et la plus renommée, qu’on appeloit auparavant la Tour de Siraton :

et ceste-ci dont il est maintenant parlé, située au pied du mont Liban, non pas fort loin du fleuve Jordain : il est yci adjousté un épithète pour monstrer laquelle des deux on entend. Car Combien qu’aucuns pensent qu’elle estoit bastie au mesme lieu où ‘avoit jadis esté Ja ville Dan, toutesfois pource que Philippe le Tétrarque l’avoit édifiée de n'aguères, on la nommoit Césarée de Philippe. Qui disent les hommes que je suis? I pourroit sembler que le sens fust, Quel bruit couroit communéement du Rédempteur, qui avoit esté fait Fils de l’homme : toutesfois la demande est autre, asçavoir quelle estime ont les hommes de Jésus le fils de Marie.

Il se nomme Fils de l’homme, selon sa coustume : comme s’il disoit, Maintenant qu’estant revestu de chair je converse en terre comme un des autres, qu'est-ce qu’on pense de moy? Or l'intention de Christ a ésté de confermer à bon escient ses disciples en la vraye foy, afin qu’ils ne fussent comme flottans au milieu de tant de bruits divers : comme nous verrons tantost.

A4 Les uns, etc. Il n’est point yci parlé de ceux qui estoyent ennemis ouvers de Christ, ni aussi des contempteurs profanes, mais de la plus saine et meilleure partie du peuple, et quasi de la fleur de l'Eglise. Car les disciples font seulement mention des gens qui parloyent honorablement de Christ: et combien qu’ils ayent ce propos de suyvre la vérité, il n'y en a pas un toutesfois qui touche au vray but, mais tous s’esgarent en leurs imaginations. Dont nous voyons la grande débilité de l’esprit humain, que non-seulement il ne peut de soy-mesme rien penser qui soit droit ou véritable, mais mesmes des principes vrais il s’en forge des erreurs.

D’avantage, combien que Christ soit seul enseigne de concorde et paix, par lequel Dieu assemble et unit tout le monde à soy, toutesfois la plus grand’ part prend

de là occasion d'entrer en plus grans débats. Certes entre les Juifs la vraye unité de foy ne consistoit que en Christ seul, et toutesfois voyci céux qui auparàvant sembloyent estre aucunement d’accord entr’eux, viénent maintenant à estre divisez et barnidez en diverses opinions.

Nous voyons aussi comme un erreur attire l’autre : car pource que le commun peuple estoit préoccupé de ceste opinion, que les âmes passoyent d’un corps en autre, cela fait que plus facilement il tombe en ceste fausse imagination. Au reste, combien qu’à la venue de Christ les Juifs ont esté ainsi divisez, toutesfois céste variété d'opinions n’a point deu empescher les fidèles qu'ils ne cherchassent la pure cognoissance d’iceluy pour s’y arrester. Car si sous couleur de cela quelqu'un d’entr’eux se fust addonné à nonchalance, ne se souciant point de chercher Christ, nous sçaurions bien dire qu'il n’y auroit point d’excuse pour luy.

Parquoy beaucoup moins eschapperont le jugement de Dieu ceux qui ne veulent point approcher de Christ à cause des sectes : ou qui sur les fausses opinions des hommes prenent occasion de se desgouster, en sorte qu’ils ne daignent pas se ranger à Christ.

15 Et vous, qui diles-vous que je suis? Yei Christ discerne entre ses disciples et le reste du peuple, afin qu’on cognoisse mieux, quelque discord qu’il ÿ ait du costé des aütres, qu'il ne faut toutesfois que nous soyons si déstournez de l'unité de la foy. Car tous ceux qui s’assujetiront simplemeñt à Christ, et ne voudront rien mésler des inventions de leur cérveau avec l'Evangile, jamais ne se trouveront despourveus de la vraye lumière. Mais il est yci besoin que les enfans de Dieu ayenñt une grande vigilance, afin de s’arrester constamment à Christ, cependant que tout lé monde s’esgare en ses inventions. Pource que Satan ne pouvoit arracher aux Juifs ceste certaine persuaision qu'ils avoyent par la Loy et les Prophètes du Christ qui devoit venir, il Va transfiguré en diverses sortes, et ainsi il l’a comme mis en piècés. D'avantage il leur a mis en avant plusieurs faux Christs, afin qu'ils ne s’arrestassent au vray Ré-

dempteur. Et depuis il n’a jamais cessé en continuant les mesmes ruses, ou de deschirer Christ par pièces, ou de le desguiser en quelque sorte. Parquoy quelque confusion ou discord d'opinions qu’il y ait au monde, que ceste voix de Christ retentisse tousjours en nos aureilles, par laquelle il nous sépare des hommes inconstans et vagabons, afin que nous ne suyvions point la plus grand” part, et que nostre foy ne soit point démenée çà et là entre les flots d'opinions contraires.

16 Tues le Christ. Voyci une confession bien briefve, mais laquelle comprend en soy tout le sommaire de nostre salut.

Car sous ce titre de Christ est comprise la dignité de Roy et Sacrificateur éternel, afin qu’il nous réconcilie à Dieu, et qu'ayant par son sacrifice fait la satisfaction de nos péchez, il nous acquière parfaite justice. En après, que nous ayant receus en sa protection et sauvegarde, il nous maintiene, enrichisse et remplisse detoutes bénédictions. Sainet Marc ha seulement, Tu es le Christ: sainct Luc dit, Le Christ de Dieu. Mais le sens est tousjours un : car on appeloit anciennement Christs de Dieu, les Rois qui estoyent oints par son ordonnance : et S. Luc a ci-dessus usé de ce terme, quand il disoit que Simon avoit eu révélation du ciel de ne mourir point qu’il n’eust veu le Christ du Seigneur. Car la rédemption que Dieu a manifestée en la main de son Fils, estoit une chose plenement Divine. Et pourtant il faloit que celuy qui devoit estre Rédempteur, veinst du ciel, estant authorizé par l’onction de Dieu. En S. Matthieu la chose est encore exprimée plus clairement, qu’il est le Fils de Dieu vivant. Car combien que paraventure Pierre n’entendoit pas encore bien résoluement comment Christ estoit engendré de Dieu, toutesfois il avoit une telle persuasion de sa grandeur, qu'il le crovoit estre venu de Dieu, non pas comme les autres hommes,. mais en sorte que la vraye et vive Déité habitoit en sa Chair. Quand cest épithète de J’ivant est attribué à Dieu, c’est pour mettre différence entre luy et les idoles mortes qui ne sont rien.

17 Tues bien-heureux. Puis que ceste est, la vie éternelle, de cognoistre un

Dieu, et celuy qu’il a envoyé Jésus-Christ (Jehan, XVII, 3) non sans cause Christ déclare Pierre bien-heureux d’avoir fait une telle confession de cœur. Au reste il n’a pas dit ceci pour Pierre seulement, mais il a voulu monstrer en quoy consiste la vraye et seule félicité de tout le monde.

Or afin que chacun tende à Iuy d’un plus grand courage, il faut sçavoir premièrement que tous hommes sont misérables et maudits de nature, jusqu'à ce qu'ils trouvent remède en Christ. Puis après il faut encores adjouster, que quiconque à obtenu Christ, il ne luy défaut du tout rien qui soit requis pour le rendre parfaitement bien-heureux, veu qu'on ne sçauroit rien désirer de meilleur que la gloire éternelle de Dieu, en possession de laquelle nous sommes mis par Christ.

La chair et le sang. En la personne d’un homme Christ nous admoneste tous qu’il faut demander la foy à son Père, et que nous devons recognoistre qu’elle procède de sa grâce, pour luy en attribuer toute la louange. Car lPillumination spéciale de Dieu est yci mise à l’opposite de la chair et du sang. Dont nous recueillons que les entendemens de tous hommes sont despourveus de vivacité, par laquelle ils puissent gouster les mystères de la sapience céleste cachez en Christ : et que mesmes tous les sens humains défaillent en cest endroit, jusques à ce que Dieu nous ouvre les yeux pour contempler sa gloire en Christ. Que personne donc ne présume fièrement de la subtilité de son esprit pour penser atteindre jusques-là : mais souffrons en toute humilité d’estre enseignez intérieurement par le Père des lumières, afin que son Esprit seul esclarcisse nos ténèbres. Et ceux qui desjà ont receu la foy, recognoissans en quel aveuglement ils estoyent de leur nature, qu’ils apprenent de rendre à Dieu toute la gloire de ce qui est sien.

18 El je te di aussi que tu es Pierre, etc. Par ces mots Christ déclare combien plaisante luy est la confession de Pierre, veu qu’il la récompense d’un si grand loyer. Car combien qu’il eust desjà imposé ce nom de Pierre à Simon son disciple, et qu’il l’eust par sa bonté gratuite ordonné Apostre, toutesfois il attribue maintenant

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

à la foy, comme pour loyer, ces dons qui estoyent procédez de sa pure libéralité :

ce qui est assez souvent trouvé en l’Escriture. Au reste, Pierre receoit yci double honneur. Le premier concerne son proufit particulier : l’autre se rapporte à la charge d’Apostre. Quand Cbrist dit, Tu es Pierre: il conferme qu’il ne luy avoit pas en vain donné ce nom auparavant: veu qu'il est une pierre vive au temple de Dieu, et qu’il demeure en sa fermeté. Combien que cela s’estend à tous fidèles, lesquels sont temple de Dieu un chacun en son endroit, et puis estans conjoints et unis par la foy, ils font tous ensemble un temple : toutesfois yci est signifiée la singulière excellence de Pierre entre les autres, Comme aussi chacun en son ordre receoit plus ou moins selon la mesure du don de Christ, Ephés., IV, 7.

Et sur ceste pierre. appert par ceci que le nom de Pierre convient tant à Simon comme puis après à tous autres fidèles :

asçavoir d'autant qu’estans fondez sur la foy de Christ, par un sainet consentement ils sont employez à l’édifice spirituel, afin que Dieu réside au milieu d’eux.

Car Christ en dénonceant que ce seroit le commun fondement de toute l'Eglise, a voulu unir avec Pierre tous les fidèles qui devoyent estre au monde : comme s’il eust dit, Vray est que maintenant vous estes un bien petit nombre de gens : et pourtant ceste confession que vous venez de fâire, n’ha pas pour le présent grande majesté : mais en brief viendra le tempe auquel elle sera magnifiquement eslevée, et s’espandra beaucoup plus loin. Et ceci estoit un grand moyen pour accourager les disciples en vraye constance, que combien que leur foy ne fust point en grand”veue et estime entre les hommes, toutesfois le Seigneur les avoit choisis comme les premiers fruits, afin que par après de ces petis commencemens fust dressée la nouvelle Eglise, laquelle demeurast victorieuse contre toutes les machinations et munitions d'enfer. Car combien que ce mot D'elle, se peut rapporter ou à la foy ou à l'Eglise, toutesfois le dernier sens convient mieux, que la fermeté de l'Eglise demeurera invincible contre toute la puissance de Satan : asçavoir pource que la vérité

h37 de Dieu sur laquelle elle est appuyée, persistera jusques à la fin sans qu’on la puisse esbranler, Ainsi ce propos accorde avec cestuy-là de sainet Jehan, 1re Ep., chap. V, v. 4. Ceste est la victoire qui surmonte le monde, vostre foy. Sur tout, ceste pro-

messe est bien digne d’estre notée, Que

tous ceux lesquels estans unis en Christ, le recognoistront Christ et Médiateur, demeureront en seureté contre tout danger et nuisance jusqu’à la fin. Car ce qui est dit du corps de l'Eglise, appartient à chacun membre d’icelle, entant qu’ils sont un en Christ. Toutesfois ce passage nous advertit que tant que l'Eglise sera en ce pèlerinage terrien, qu’elle n’aura point repos, mais sera exposée à beaucoup d’assaux et alarmes. Car quand il est dit que Satan ne sera point le plus fort, c’est bien à dire qu’il luy fera tousjours la guerre.

Parquoy comme nous appuyans sur ceste promesse de Christ, nous nous glorifions vaillamment contre Satan, et desjà par foy avons le triomphe par-dessus toutes ses puissances, ainsi sçachons d’autre part que ceste mesme promesse de Christ est comme le son de la trompette, pour nous signifier que nous ayons à nous tenir tousjours prests et appareillez au combat.

Quant au mot de Portes, il n’y à point de doute qu’il signifie toutes puissances et munitions.

15 Et te donneray les clefs. Christ commence yci maintenant à parler de la charge publique de l’Apostolat, duquel il magnifie l’excellence par deux titres. Car il dit premièrement que les ministres de l'Evangile sont comme portiers du Royaume des cieux, d'autant qu’ils en portent les clefs. Pour le second, il adjouste qu’ils ont une puissance de lier et deslier, laquelle est receue et avouée és cieux. La similitude des clefs est fort proprement adaptée à la charge d'enseigner : comme aussi Christ dira au 23° chapitre, que les Scribes et Pharisiens ont semblablement la clef du Royaume des cieux, pource qu’ils estoient expositeurs de la Loy. Car nous sçavons que la porte de vie ne nous est point autrement ouverte que par la parole de Dieu. Dont s'ensuit que les Ministres d’icelle en ont la clef, qui leur est comme mise en main. Ceux qui estiment

que Christ ait dit Les clefs au nombre pluriel, pource que les Apostres ont receu la charge non pas seulement d'ouvrir, mais aussi de fermer, ne parlent pas sans grand’ couleur : toutesfois si quelqu'un le veut prendre plus simplement, je n’y contredi point, On fait yci une question:

Pourquoy le Seigneur promet yci de donner à Pierre ce qu’il luy avoit desjà donné en le faisant Apostre, comme il semble. Mais ceste question a desjà esté despeschée au 12e chapitre, où j’ay dit que les Douze n’ont esté du commencement qu'ambassadeurs ou prescheurs temporels : ainsi, estans retournez vers Christ, ils avoyent accompli leur commission :

mais après que Christ est ressuscité, alors is ont commencé à estre establis docteurs ordinaires de l'Eglise. C’est pour ce regard que Christ promet yci lestat à Pierre pour le temps à venir.

Tout ce que tu lieras, La seconde métaphore ou similitude est seulement pour signifier la rémission des péchez. Car Christ nous délivrant par son Evangile de la damnation de mort éternelle, deslie et coupe les laqs de malédiction qui nous tienent enserrez, I] déclare donc yei que la doctrine de l'Evangile est ordonnée pour deslier nos liens, afin qu’estans desliez en terre par la voix et les tesmoignages des hommes, nous Soyons aussi yéritablement desliez au ciel. Mais pource qu’il y en a plusieurs lesquels non-seulement rejettent la délivrance qui leur est présentée, mais qui plus est, par leur obstination attirent plus grief jugement sur leurs testes, la puissance et commission de lier est aussi donnée aux ministres de JEvangile. Combien qu’il faut noter que cela est une chose accidentale à l’Evangile, et comme outre sa nature : ainsi que S. Paul le monstre aussi, quand en parlant de la vengence, laquelle il dit qu’il ha toute preste contre tous incrédules et rebelles (2 Cor., X, 6), il adjouste incontinent, Après que vostre obéissance sera accomplie. Car si ce n’estoit que les réprouvez par leur faute se convertissent la vie en mort, l'Evangile seroit la puissance de Dieu en salut à tous. Mais pource que quand il est publié, l’impiété de plusieurs vient à se descouvrir, et pro-

voque tousjours tant plus lire de Dieu, il est nécessaire qu’à telles gens l'odeur d’iceluy soit mortelle. Le sommaire donc est, Que Christ a voulu asseurer les siens du salut qui leur est promis en l'Evangile, afin qu'ils l’attendent avec aussi grande certitude comme sil. descendoit luymesme du ciel pour leur en rendre tesmoignage : et au contraire, donner crainte et frayeur aux contempteurs, afin qu'ils ne pensent demeurer impunis en mesprisant les ministres de la Parole. Lun et l’autre estoit fort nécessaire. Car d’autant que ce thrésor inestimable de vie nous est présenté en des vaisseaux de terre, 2 Cor., IV, 7: si l’authorité de la doctrine et prédication externe n’eust esté confermée en ceste sorte, d'heure en heure elle seroit révoquée en doute.

Derechef les iniques se deshordent si tièrement, pource qu'il leur. semble qu'ils n’ont affaire qu'à des hommes. Christ donc prononce que en la prédication de l'Evangile nous est révélé en terre quel sera le jugement céleste de Dieu, et qu'il ne nous faut point chercher ailleurs certitude de vie ou de mort. Voyei un grand honneur, que nous sommes messagers de Dieu pour asseurer le monde de son salut, Voyci un titre de grande majesté à l'Evangile, qu’il est nommé ambassade de la réconciliation mutuelle entre Dieu et les hommes. Brief, voyci une merveilleuse consolation és cœurs de tous fidèles, qu’ils sçavent que le message de salut qui leur est apporté par un homme mortel, est avoué et ratifié devant Dieu.

Cependant, que les meschans facentleurs risées tant qu’ils voudront de la doctrine qui est preschée par l'ordonnance de Dieu, si est-ce qu’ils seutiront à la fin que ç'a esté à bon escient quand Dieu.

les a menacez par la bouche des hommes.

Et pour conclusion, que tous fidèles docteurs appuyez sur cesie asseurance promettent hardiment et à eux et aux autres Ja grâce vivifiante de Dieu: et que d'autre part ils foudroyent vaillamment contre tous rebelles contempteurs de leur doctrine. Jusques yci j’ay exposé familièrement le sens naturel des mots, tellement qu'il ne resteroit plus rien à dire, si ce n’estoit que l’Antechrist de Rome,

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

pour colorer sa tyrannie, à bien osé renverser {out ce passage meschamment et vileinement. Or combien que Ja seule lumière de la vraye interprétation que j’ay amenée pourroit suffire pour nous desvelopper de toutes ses ténèbres, toutesfois afin qu’il n’y ait rien qui puisse tenir en doute les lecteurs, je réfuteray briefvement ses calomnies puantes. Premièrement, il veut faire à croire que Pierre est yei nommé le fondement de l'Eglise.

Mais qui est-ce qui ne voit bien que ce qu'il attribue à la personne d’un homme, s’entend de la foy de Christ? Je confesse bien qu'en la Langue Grecque il n’y a pas grande différence entre le mot qui signifie une pierre, et celuy qui signifie un homme nommé Pierre. Si est-ce toutesfois que saint Matthieu n’a pas sans cause en ce passage usé de Pun, et puis de l’autre: et mesme je pense qu’il a expresséement changé le genre, afin de monstrer qu'au second lieu il parloit de quelque autre chose que de la personne de Pierre. Et je ne doute point que Christ disant ceci en sa Langue, n’ait aussi exprimé ceste diversité. Et pourtant sainct Augustin ha bonne raison d’advertir que la pierre ne prend pas son nom de Pierre :

mais au contraire que l’homme Pierre prend son nom de la pierre, comme de Christ nous sommes tous nommez Chrestiens. Mais afin que je ne soye troplong, veu que ce que dit sainct Paul, que le fondement de l'Eglise ne peut estre qu’en Christ seul, Ephés., IE, 20, doit estre tenu pour certain et arresté entre nous, il s'ensuit que c’est un blasphème et sacrilége détestable, quand le Pape a forgé un autre fondement. Et de faict, on ne sçauroit exprimer en termes suflisans combien nous devons détester la tyrannie de la Papauté, quand il n’y auroit mesme autre mal que ceci, que pour la maintenir on à retranché le fondement de l'Eglise, afin que la gueule d'enfer estant ouverte, elle engoulast les povres âmes. Outreplus, ceste partie (comme j'ay touché ci-deant) n'appartient pas encore à la charge publique de Pierre, mais est seulement pour luy assigner un des plus apparens lieux entre les pierres sacrées du temple de Dieu. Les titres honorables qui s’en-

suyvent après, concernent l'office d’Apostre : dont s’ensuit qu’il n’est yci rien dit à Pierre qui ne s’addresse aussi à ses autres compagnons. Car si l'office d’Apostre est commun entr’eux, jl faut aussi que tout ce qui en dépend leur soit commun à tous. Mais, dira quelqu'un, Christ parle nomméement à Pierre seul, Voire, car comme il avoit luy seul au nom de tous confessé Christ estre le Fils de Dieu, aussi au contraire à luy seul est addressé le propos, lequel toutesfois appartient aussi bien aux autres. Cependant la raison que sainet Cyprian et les autres amènent n’est pas à mespriser: asçavoir que Christ a parlé à tous en la personne de l’un, afin de nous recommander Punité de Eglise. Les Romanisques répliquent à lencontre, que celuy auquel cest ottroy a esté fait spécialement, est par cela préféré à tous autres. Mais cela vaut autant comme s'ils disoyent qu’il a esté mieux Apostre que ses compagnons. Car la puissance de lier et deslier ne peut estre séparée d'avec la charge d’enseigner et l'office d’Apostre, non plus que la chaleur ou la lumière d'avec le soleil. Au reste, encore quand nous accorderons que quelque chose ait esté ottroyée d'avantage à Pierre qu'aux autres, afin qu'il fust excellent entre les Apostres, si est-ce toutesfois que les Papistes concluent mal de là, que la primauté luy a esté donnée afin qu’il fust chef universel de toute l’Eglise. Car c’est autre chose de dignité que d’empire : et autre chose de tenir le premier degré d'honneur en une compagnie de peu de gens, que d’embrasser sous sa domination tout le monde. Et de faict, Christ ne luy à point mis sur ses espaules une charge si grande qu’il luy fust impossible de exercer. Il est ordonné portier du Royaume des cieux: il Iuy est commandé de dispenser la grâce de Dieu en liant et desliant, et d’exercer son jugement en terre: voire entant que cela se peut faire par un homme mortel. Et pourtant ce qui luy est ottroyé, doit estre restraint à la mesure de grâce laquelle luy à esté donnée pour léditication de l'Eglise : ainsi tombera bas tout ce grand empire que les Papistes luy attribuent. Mais mettons le cas que ce qu’ils disent de Pierre

soit hors de doute, cela toutesfois ne fait rien pour la tyrannie du Pape. Car il n’y a homme de sens rassis qui accorde aux Papistes le principe qu’ils présupposent, asçavoir que ce qui est yci dit, à esté donné à $. Pierre, afin qu’il en laissast autant comme par droict héréditaire à ceux qui viendroyent après luy. Car il ne luy est point yci permis de donner quelque chose à ses successeurs. Dont s’ensuit que les Papistes le font libéral du bien d’autruy. Finalement, encores que ceste continuelle succession deust avoir lieu, le Pape toutesfois n’en sçauroit encore faire sa cause meilleure, jusques à ce qu'il ait monstré qu’il est vray et droit successeur de S. Pierre. Et comment le prouvera-il? Pource que S. Pierre est mort à Rome. Voire, comme si Rome en meurtrissant meschamment le S. Apostre, avoit acquis le droict de primauté. Mais ils allèguent d'avantage, qu’il a là esté Evesque. Jay monstré assez en mon In- Stitution, combien cela est faux et fri-

MATTH. XVI

MARC

vole : et pourtant j’aime mieux qu’on aille là chercher une plene déduction de ce poinct, que d’estre ennuyeux aux lecteurs en remplissant encore yci le papier: Toutesfois pour conclusion de response, j’adjousteray ce mot, Encore que l'Evesque de Rome fust de droict successeur de sainct Pierre, si est-ce que puis que par sa desloyauté il s’est rendu indigne d’un tel honneur, tout ce que Dieu a conféré aux successeurs de S. Pierre ne luy peut rien servir. C’est une chose toute notoire que la Cour du Pape est à Rome : on ne sçauroit monstrer qu'il y ait là aucune marque d’Eglise. Et quant à l'office de Pasteur, il le refuit d'aussi loin comme il combat ardemment pour maintenir sa domination.. Certes qûand ainsi seroit que Christ n’auroit rien oublié pour eslever les héritiers de sainct Pierre, si est-ce toutesfois qu’il n’a point esté tant prodigue que de se despouiller de son honneur pour l’attribuer à des apostats.

VIIT. LUC IX.

20 Lors il commanda expressément à ses disciples, qu'ils ne dissent à personne qu'il fust Jésus le Christ. |

21 Dés lors Jésus commenca à déclarer à ses disciples qu'il luy faloit aller en Jérusalem, et souf- Jrir beaucoup de choses des Anciens, et des principaux Sacrificateurs, et des Scribes, et estre mis à mort, ét ressusciler au troisième jour.

22 Adonc Pierre l'ayant prins à part, commenca à le lanser, disant, Seigneur, aye pilié de toy, ceci ne l’adviendra point.

23 Luy se retournant dit à Pierre, Fa arrière de moy, Satan, tu mes en scandale : car lu n'entens point les choses qui sont

30 Et il leur défendit avec menace qu'ils ne dissent cela de luy à personne.

31 Et se print à les enseigner qu'il faloit que le Fils de l’homme souffrist beaucoup, el qu'il fust rejelté des Anciens et principaux Sacrijicateurs, et des Scribes, et qu'il fust snis à mort, et ressuscitast trois jours apres.

32 Æl tenoil ce propos ouvertement. Lors Pierre le print, et le commenca à tanser.

33 Mais luy se retournant, el regardant ses disciples, tansa Pierre, disant, Va arrière de moy, Satan: car iu n'entens point les choses qui sont de Dieu, mais celles qui sont des hommes.

34 Puis ayant appelé le peuple à soy avec ses disciples, il leur dit, Quiconque

21 Adonc usant de menaces il leur commanda qu'ils ne le dissent à personne.

22 Disant, Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, et soit rejetté des Anciens, et principaux Sacrificaleurs, et des Scribes, et soit occis, et qu'il ressuscile au troisième jour.

23 Puis disoit à tous, Si aucun veut venir aprés MOY, qu'il renonce soymesme, el charge.

sur soy de jour en jour sa croix et me suyve.

24 Car quiconque voudr& sauver sa

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de Dieu, mais les choses qui sont des hommes.

24 Lors Jésus dit à ses disciples, Si aucun veut venir aprés moy, qu'il renonce soy-mesme, et charge Sur SOY sa croix, el me suyve !.

25 Car quiconque voudra sauver son äme, la perdra : et quiconque perdra son âme pour l'amour de moy, la trouvera.

26 Car que proufite-il à l'homme s’il gaigne tout le monde, et qu'il face perte de son âme ? ou que donnera l'homme en récompense de son âme?

21 Car le Fils de l’'homme viendra en la gloire de son Père avec ses Anges:

et lors iülrendra à chacun selon ses œuvres ?.

28 Je vous di en vérité, qu'ily en a aucuns de ceux qui sont yci présens, qui ne gousteront point la mort jusques à tant qu'ils ayent veu le Fils de l’'homme venir en son règne.

1) Matih., X, 38. Jean, XII, 25.

Christ après avoir monstré une espreuve

veut venir après moy, qu'il renonce à soy-mesme, et charge sur SOy sa croix, el me suyve.

35 Car quiconque voudra sauver son âme, la perdra:

mais quiconque perdra son ädme pour l'amour de moy et de l'Evangile, la sauvera.

36 Car que proufitera-Ùl à l'homme s'il a gaigné tout le monde, et qu’il face perte de son àme ?

37 Ou que donnera l'homme en récompense de son me?

38 Car quiconque aura eu honte de moy, et de mes paroles en ceste nation adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aura aussi honte de luy, quand il sera venu à la gloire de son Père avecques les saincts Anges.

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