‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 31 sur 58 · TU R · texte numérisé non relu

TU R

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

et garde : car je viendray à la fin pour en faire la vengence, et vous remettre audessus, encores qu’il ait semblé pour un temps que vous fussiez péris. Il fait mention de la gloire du Père : il parle aussi des Anges, afin que les disciples n’estiment son règne selon ce qu’ils voyent présentement. Car Christ estoit encores incognu et mesprisé, estant caché sous la forme et condition de serviteur. Il promet done qu’il sera bién autre quand il apparoistra Juge du monde. Ce qui est d'avantage en S. Marc et en $S. Luc, les lecteurs le trouveront exposé en S. Matthieu, au 40€ chapitre. Touchant le loyer des œuvres, j'en ay aussi traitté ce qu’il faloit en un autre passage. Le sommaire est, que quand il est promis loyer aux bonnes œuvres, ce n’est point pour o0pposer le mérite d’icelles à la justice gratuite de la foy, ce n’est point aussi pour monstrer quelle est la cause de salut :

mais seulement pour accourager les fidèles à faire bonnes œuvres, en les asseurant qu’ils ne perdent point leur temps.

Ainsi ces deux choses s'accordent fort bien, Que nous sommes justifiez gratuitement, d'autant que Dieu nous ha agréables sans que nous en soyons dignes, ou l’ayons mérité : et que toutesfois pour son bon plaisir il récompense nos œuvres d’un loyer qu’il n’estoit point tenu de donner.

28 Je vous di en vérité. Pource que les disciples pouvoyent encores douter en eux-mesmes quand seroit ce jour-là,

MATTH. XVII

A Le sixième jour après, Jésus print Pierre, et Jaques, et Jehan son frère, et les mena en une haute montagne à part.

9 Et fut transfiquré en leur présence : el sa face resplendit comme le soleil, et ses vestemens deveindrent blancs comme la lumiere.

3 Et voyci, ils veirent Moyse et Elie parlans avecques luy,

vant eux.

MARC IX

2 Et le sixième jour après , Jésus print Pierre, et Jaques, et Jehan, et les mena seuls à part Sur une haute montagne : et Jut transfiquré de-

3 El ses vestemens deveindrent reluisans el fort blancs comme neige, tels qu'un foullon sur la terre ne

kh5

le Seigneur leur donne une asseurance plus prochaine : asçavoir qu’en brief il leur feroit veoir une espérance et tesmoignage de sa gloire à-venir. Nous sçavons que le proverbe commun est bien vray, qui dit, Qu’à celuy qui désire, hastiveté mesme est longue à attendre. Mais cela nous advient principalement, quand on nous dit que l’accomplissement de nostre salut est remis à l’advénement de Christ.

Le Seigneur donc afin d'entretenir et consoler cependant ses disciples, leur propose une chose qui leur devoit servir de confirmation en attendant : comme sil eust dit, Si vous trouvez trop long d’attendre le jour de mon advénement, je prouvoiray par bon moyen et d'heure, que la longueur ne vous ennuye. Car devant qu'il vous faille mourir, vous apperceverez de vos yeux ce règne de Dieu, en l'espérance duquel je vous commande de vous arrester. Voyci le vray et naturel sens du passage. Car c’est une mocquerie de ce qu’aucuns ont songé de $S. Jehan.

Par l’advénement du règne de Dieu, j’enten la manifestation de sa gloire céleste, laquelle Christ a commencée du jour de la résurrection, et démonstrée puis après plus à plein, envoyant le sainet Esprit, faisant des vertus et miracles merveilleux. Car en ces commencemens il a fait gouster aux siens la nouveauté de la vie céleste, en tant qu’ils ont lors expérimenté et cognu par vrais et certains tesmoignages, qu'il estoit assis à la dextre du Père.

LUC IX

28 Or adveint environ huit jours après ces paroles, qu'il print Pierre, et Jehan et Jaques, el monta en une montagne pour faire prière.

29 Et comme il prioit, la Jorme de sa face changea, et son vestement deveint blanc el resplendissant comme un esclair. |

30 El voyci, deux hommes parloyent avecques luy, qui estoyent Moyse et Elie :

31 Qui apparurent en gloi-

4 Adonc Pierre print la parole, et dit à Jésus, Seigneur, il est bon que nous soyons yoi: sè lu veux, faisons yci trois tabernacles, un pour toy, et un pour Moyse, el un pour Elie.

5 Et comme il parloil encores, voyci une nuée resplendissante qui les enombra : puis voylà une voix qui veint de la nuée, disant, C’est-ci mon Fils bien-aimé , auquel j'ay prins mon bon plaisir :

escoutez-le ‘,

6 Ce qu'ayans ouy les disciples, cheurent sur leur face en terre, et craignirent grandement.

7 Adonc Jésus veint, et les toucha, leur disant, Levez-vous et ne craignez point.

8 Et eslevans leurs yeux, ls ne veirent personne, sinon Jésus tout seul.

1) Matth., IX, 17. 2 Pierre, I, 17.

les pourroit faire si blancs.

4 Puis veirent Elie avecques Moyse parlans avecques Jésus.

5 Adonc Pierre prenant la parole dit à Jésus, Maistre, il est bon que soyons yci:

Jaisons-y donc trois tabernacles : un pour toy, un pour Moyse, et un pour Elie.

6 Or ne scavoit-il qu'il disoit, car ils estoyent espovantez.

1 El une nuée veint qui les enombra : puis de la nuée veint une voix, qui disoit, Cestuy-cè est mon Fils bien-aimé : escoutezle.

8 Et soudain, ayans regärdé à l'environ, ne veirent plus personne sinon Jésus avec eux.

re : el disoyent son issue qu'il devoit accomplir en Jérusalem.

32 Or Pierre et ceux qui estoyent avecques luy, estoyent appesantis de sommeil : et quand ils furent esveillez, ils veirent sa majesté, et les deux hommes qui estoyent avecques luy.

33 Et.adveint quand ceuxlà furent départis d'avecques luy, Pierre dit à Jésus, Maistre, il est bon que soyons yci, Jfaisons-y doncques trois tabernacles : un pour toy, et un pour Moyse, et un pour Elie : ne scachant qu'il disoit.

34 Et comme il disoit cef choses, une nuée veint qui les couvrit : el comme iceux entroyent en la nuée, ils eurent peur. À

35 Adonc veint une voix de la nuée, disant, Cestuy-ci est mon Fils bien-aimé : escoutez-le.,

36 Et comme la voix se pro- Jéroit, Jésus sé trouva seul.

Il nous faut veoir premièrement à quelle fin Christ s’est yci revestu de sa gloire céleste pour un peu de temps, et pourquoy il à voulu qu'il n’y eust lors que trois de ses disciples présens. Quant à ce qu'aucuns pensent qu'il l'ait fait afin de les armer contre la tentation qu’ils devoyent bien tost avoir par sa mort, je n’y trouve point d'apparence. Car pourquoy eust-il voulu priver du mesme remède les autres? et mesme pourquoy défend-il expresséement à ceux-ci de divulguer devant la résurrection cé qu’ils ont veu, sinon d'autant que le fruit de ceste vision devoit estre après la mort? Je ne doute point donc que Christ n’ait voulu monstrer par bon tesmoignage qu’il n’estoit point tiré à la mort par force et contre son vouloir, mais qu’il s’y présentoit de son bon gré, afin d'offrir au Père le sacrifice d’obéissance. Les disciples ne

se sont point avisez de ceci, jusques à ce que Christ soit ressuscité : et aussi il n’estoit point nécessaire qu'à sa mort ils appréhendassent la puissance Divine de Christ, pour la recognoistre victorieuse en la croix : mais cest enseignement qu’ils ont eu maintenant, devoit servir pour un autre temps et à eux et à nous, afin que personne ne se scandalizast de linfirmité de Christ, comme si par force et contrainte il fust venu endurer la mort. Cr c’est une chose toute claire, qu’il luy estoit aussi aisé d’exempter son corps de la mort, Comme de le revestir de la gloire céleste. Il nous est donc yci monstré qu’il a esté sujet à la mort, pource qu’il Pa ainsi voulu : qu’il à esté crucifié, pouréce qu’il s’y est présenté. Car ceste mesme chair, laquelle ayant esté immolée en la croix, à reposé au sépulchre, pouvoit bien estre exemptée et de la mort et du sépul-

SUR L’'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

chre, veu que desjà auparavant elle avoit eu participation de la gloire céleste. Nous sommes aussi enseignez que cependant que Christ à conversé en ce monde, ayant pris la forme d’un serviteur, cependant que sa majesté a esté cachée, ce n’estoit point qu’il en eust rien perdu, car il s’estoit anéanti de son bon gré : mais maintenant la résurrection a osté ce voile, sous lequel sa vertu avoit esté cachée pour un temps. Au reste; le Seigneur s’est contenté de choisir trois tesmoins, pource que c’est le nombre déterminé par la Loy, à prouver une chose. La diversité qui se trouve quant au temps, ne nous doit point troubler. Sainet Matthieu et S. Marc content six jours entiers, qui ont esté entre deux : mais S. Luc en disant que cela adveint environ huit jours après, comprend tant le jour auquel Christ avoit fait ceste promesse, que celuy auquel il fut transfiguré. Nous voyons donc qu’en ceste diversité de paroles il y a un bon accord quant au sens. |

à Il fut transfiquré. Saïinet Luc dit que ceci adveint comme il prioit. On peut recueillir par la circonstance du temps et du lieu, qu'il a prié touchant ce qu’il a obtenu : asçavoir qu’en la clarté d’une nouvelle forme sa Divinité fust visible :

non pas qu’il eust besoin d'emprunter cela d’ailleurs; comme ne FPayant point, ou qu’il ait douté de la volonté du Père : mais pource que tout le temps de son abjection et humiliation, il a tousjours rapporté au Père tout ce qu’il faisoit par sa puissance Divine, et quant et quant il a voulu par son exemple nous inciter à prières.

Au reste, ceste transfiguration p’a pas représenté aux disciples Christ du tout tel qu’il est maintenant au ciel, mais leur a donné un goust de sa gloire infinie tel, qu’ils le pouvoyent comprendre. Sa face alors resplendit comme le soleil : mais maintenant elle surmonte de beaucoup la clarté du soleil. En ses vestemens on a veu une blancheur non accoustumée :

mais maintenant sans vestemens la majesté Divine reluit en tout son corps. Anciennement aussi Dieu est apparu aux saincts Pères, non pas tel qu’il est en s0y, mais selon que leur veue pouvoit porter les rayons de sa clarté infinie. Car sainct

Jehan dit nomméement (4 Jeh. HE, 2), Que les fidèles ne le verront point tel qu'il est, jusques à ce qu’ils soyent faits semblables à luy. Il n’est jà besoin maintenant de disputer subtilement de la blancheur de ses vestemens, ou de la splendeur de sa face : veu que ce n’a point esté une vraye ét entière manifestation de la gloire céleste de Christ : mais que sous signes convenables à la capacité de Ja chair, il leur a fait lors gouster en partie ce qui ne pouvoit estre par eux comprins entièrement.

3 Et voyci, ils veirent Moyse et Elie parlans à luy: On fait yci une question :

asçavoir si Moyse et Elie estoyent vrayement là présens, ou si c’estoit sculement quelque fantosme qui se soit présenté aux disciples, comme souventesfois les Prophètes ont contemplé par visions, des choses absentes. Combien qu’on pourroit amener des argumens pour l’une et l’autre partie (comme on dit) toutesfois je trouve plus vray-semblable de dire qu’ils fussent vrayement amenez là. Car il n’est pas inconvénient, veu que Dieu ha les corps et les âmes en sa main, qu’il rende la vie aux morts pour un temps$, quand il Juy plaist, et quand il voit luy estre besoin. Or Moyse et Elie ne sont pas lors ressuscitez pour eux et pour le regard de la résurrection dernière, mais afin de faire lors honneur à Christ. Si on demande derechef comment les Apostres cognurent Moyse et Elie, lesquels ils n’avoyent jamais veus : la response ést facile, Veu que c’estoit Dieu qui les faisoit apparoistre, qu’il leur donnoïit aussi des marques et des signes par lesquels ils pouvoyent estre recognus des disciples.

Vray est que ça esté par un moyen extraordinaire de révélation, qu’ils ont cértainement cognu que c’estoyent Moyse et Elie. Quant à ce que ces deux-là sont apparus plustost que quelques autres de la compagnie des saincts Pères, ceste raison doit suflire, que c’estoit afin qu’on sceust que Christ est le seul but de la Loy et des Prophètes. Car il estoit bien requis pour la certitude de nostre foy, que Christ veinst au monde, n’estant point desprouveu de tesmoignages, mais estant en plusieurs sortes authorizé ét recommandé

de Dieu dés le temps jadis. J'accepte aussi volontiers la raison qu’on amène communéement, Qu’Elie a esté choisi sur tous pour représenter toute la compagnie des Prophètes, pource que combien que il n’ait rien laissé par escrit, il a toutesfois esté le plus excellent après Moyse :

car il a remis sus le vray service de Dieu, qui avoit esté corrompu et abbastardi :

voire mesmes il a esté le nompareil zélateur de la Loy et de la vraye piété qui estoit pour lors quasi du tout esteinte.

Ce qu'ils apparoissent avec Christ et parlent avec luy, c’est signe de consentement et accord. S. Luc seul exprime quels estoyent leurs propos : asçavoir Qu'ils parloyent du décès que Jésus-Christ devoit accomplir en Jérusalem. Or cela ne se doit pas restraindre à leurs personnes privées, mais plustost à la commission qui leur avoit jadis esté enjointe : car combien qu’ils fussent morts, et eussent accompli le cours de leur vocation, il y avoit jà long temps, toutesfois le Seigneur a voulu qu’ils ratifiassent encores de leur bouche ce qu’ils avoyent enseigné leur vie durant : et ce afin que nous sçachions qu’au sacrifice de Christ nous est présenté un mesme salut en commun avec les saincts Pères. Au reste, quand les Prophètes anciens prédisoyent la mort de Christ, luy qui estoit la Sagesse éternelle de Dieu, estoit lors assis au thrône invisible de sa gloire : dont s’ensuit que il n’a point esté sujet à la mort, s’estant revestu de nostre chair, sinon d'autant qu’il s’y est soumis de son franc vouloir.

4 Seigneur, ilest bon que nous soyons yci. Sainct Luc dit que Pierre a ainsi parlé lorsque Moyse et Elie partoyent d'avec Christ : dont nous recueillons qu'il a craint qu'au département d’iceux, ce tant doux et heureux spectacle veinst à s’esvanouir. Or combien que ce n’est pas merveille si Pierre a tellement esté esprins de la douceur de ce qu’il avoit veu, qu'il se contentoit pourveu qu’il en eust la jouissance, et ne se soucioit plus de tout le reste du monde : comme aussi il est dit au Pseaume XVI, 11, Que rassasiement de joye est en la face de Dieu :

toutesfois son souhait estoit faux, pource qu’il n’entendoit point la fin de ceste vi-

sion. Secondement, c’estoit mal pensé à luy de mettre les serviteurs d’un mesme rang avecques le Maistre. Pour le troisième, il s’abusoit, en parlant d’édifier des tabernacles terriens à des hommes qui estoyent desjà recueillis en la gloire céleste avec les Anges. Je di qu'il n’a point entendu la fin de la vision : car veu qu’il oyoit par la bouche de Moyse et de Elie, que le temps de la mort de Christ estoit prochain, c’estoit bien faute de sens à luy, de songer que ceste figure temporelle de Christ, en laquelle il s’estoit pour lors monstré à eux deust tousjours ainsi durer. Mais quoy? par ce moyen le règne de Christ n’eust eu que vingt ou trente pieds d’estendue. Où eust esté la rédemption de toute lEglise? d’où fust venue la communication du salut éternel ? Cela estoit bien aussi contre raison, de vouloir faire Moyse et Elie compagnons du Fils de Dieu : comme s’il ne faloit pas que tous hommes soyent rangez et abbaissez, afin que luy seul soit eslevé en souverain degré. Et si Pierre se trouve maintenant si content qu'il ne demande rien plus, pourquoy pense-il que ceuxà ayent besoin de commoditez terriennes, veu que il s’estime heureux de les pouvoir veoir seulement ? Et pourtant les deux Evangélistes notent fort bien qu’il ne sçavoit qu'il disoit : S. Marc adjouste d'avantage la raison asçavoir pource qu'ils estoyent espovantez. Car Dieu n’a pas voulu que cela servist aux Apostres d'avantage, que de leur faire veoir en passant comme en un miroir naïf, la Divinité de son Fils. Depuis avec le temps, en leur monstrant le fruit de la vision, il a corrigé le défaut du jugement qui estoit en eux. Sainct Marc donc veut dire que Pierre estant ravi hors de soy-mesme, à parlé comme un homme transporté.

5 Woicy une nuée resplendissan- Le, etc. Ceste nuée a esté mise au-devant de leurs yeux, pour leur monstrer qu’ils n’estoyent pas encores propres à contempler la clarté de la gloire céleste. Car toutes fois et quantes que le Seigneur à donné quelques signes de sa présence, il a quant et quant tousjours mis quelque couverture au-devant pour réprimer laudace de l'esprit humain. Suyvant cela pour

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

duire ses disciples à humilité, il retire de devant leur veux le regard de sa gloire céleste. C’est un advertissement qui s’addresse aussi à nous, afin que nous n’appétions de nous ingérer à enquérir les secrets qui Surmontent nos sens : mais que plustost un chacun de nous s’entretiene et conduise avec sobrieté et modestie en la mesure de sa foy. En somme, ceste nuée nous .doit estre comme une bride, afin que nostre curiosité ne s’escarmouche plus qu’il ne faut. Les disciples aussi ont esté advertis que il leur faloit retourner au combat et exercice ordinaire, afin qu'ils ne pensassent point triompher avant le temps. Adonc veint une voix de la nuée. Ceci est bien aussi à noter, que de la nuée la voix de Dieu retentit, et cependant on ne voit ne Corps ne visage. Qu'il nous souviene donc à ce propos de lPadmonition que fait Moyse, Deut., IV, 15, Que Dieu n’a point une forme visible : de peur que nous-nous abusissions, en pensant qu’il fust semblable à un homme. Il est bien vray que le temps passé les saincts Pères ont veu diverses formes et figures esquelles Dieu se donnoit à cognoistre à eux : mais si est-ce toutesfois qu’il s’est tousjours abstenu d’user des signes qui pouvoyent induire les hommes à forger des images.

Aussi veu que l'esprit de l’homme est de soy-mesme par trop enclin à ces lourdes imaginations , il n’estoit jà besoin de jetter de l'huile au feu pour enflamber d’avantage le mal. Ceste manifestation de la gloire de Dieu yci récitée, à esté notable sur toutes autres. Veu donc que mettant une nuée entre deux, il nous Convie à sOy par sa voix, n'est-ce pas grandfolie de le vouloir représenter devant nos yeux par un tronc de bois, ou en une pierre ?

Parquoy apprenons d'entrer par la foy, et non pas par les yeux de la chair en ceste lumière inaccessible, en laquelle Dieu habite. La voix veint de la nuée, afin que les disciples sçachans qu’elle procédoit de Dieu, la receussent en telle révérence qu’il appartenoit. C’esé- ci mon Fils. Je suis bien de l'avis de ceux qui pensent que sous ces mots soit comprise une antithèse de Moyse et Elie avec Christ : comme si Dieu commandoit aux

k49 disciples de se arrester à son Fils seul.

Car il faut yci peser le nom de Fils, par lequel Christ est eslevé par-dessus les serviteurs. Au reste, deux titres luy sont yei attribuez, lesquels ne tendent pas moins à l’establissement de nostre foy, qu’à l'honneur de sa personne : asçavoir le titre de Fils bien-aimé : et puis de Maistre. Le Père, en le nommant son Fils bien-aimé, auquel il a prins son bon plaisir, le déclare estre le Médiateur, par lequel il à réconcilié le monde à soy. En commandant qu’on l’escoute, il l’ordonne souverain et seul Docteur de son Eglise.

Car puis que son intention est de le discerner d'avec tous autres, Comme nous recueillons vrayement et proprement par ces mots qu’il est de nature seul Fils, il s'ensuit aussi qu’il est seul aimé du Père, et seul ordonné Docteur : tellement que toute authorité est réservée à luy seul.

Si on demande au contraire, asçavoirmon si Dieu n’aime pas les Anges et les hommes : la solution est aisée, Que l’amour paternelle de Dieu qui s’espand sur les Anges et les hommes, procède du Fils comme de sa source. Car le Fils n’est pas aimé du Père, afin que les autres créatures soyent hayes : mais afin de leur communiquer ce qui luy est propre. Combien que ce n’est pas entièrement tout un de nous et des Anges : car ils n’ont jamais esté aliénez de Dieu, pour dire qu’ils ayent besoin de réconciliateur : mais nous sommes ses ennemis à Cause du péche, jusqu’à ce que Christ le nous rende propice. Toutesfois ce poinct demeure arresté, que Dieu est’ propice et aux uns et aux autres, entant qu’il les embrasse en Christ : pource que les Anges mesmes p’auroyent pas une conjonction ferme avec Dieu, si Christ n’estoit leur chef. Au reste, veu que le Père parle yci, et signifie que il est autre que le Fils, il s'ensuit qu’il y a entr’eux distinction de personnes : Car quant à leur essence et majesté, elle est une et simple. Æscoutez-le. V'ay n’aguères dit que par ce mot l'Eglise est rappelée à un seul Docteur Christ afin qu’elle dépende de la bouche de luy seul :

car combien que Christ soit venu pour maintenir la Loy et les Prophètes, et leur donner authorité, si est-ce toutesfois

qu’il tient tellement le souverain degré, que par la clarté de son Evangile il fait comme esvanouir ces petites estincelles qui se monstroyent sous le vieil Testament : car il est le Soleil de justice, à la venue duquel s’est monstré le plein jour.

Et voylà pourquoy l’Apostre dit au premier chap. des Héb. Que Dieu qui avoit jadis parlé par les Prophètes à diverses fois et en plusieurs manières, a pour le dernier parlé par son Fils bien-aimé. En somme, Christ n’est pas moins escouté aujourd’'huy en la Loy et és Prophètes, qu’en son Evangile, afin qu’à luy seul demeure lauthorité de Maistre : comme aussi au 23° chap. de S. Matthieu, il la retient pour .soy seul. Or il n’ha point son authorité entière, sitoutes les langues des hommes ne se taisent. Et pourtant, atin d’estre par luy entretenus sous sa doctrine, il faut nécessairement que tout ce que les hommes ont inventé soit abbatu et mis bas. Il enyoye bien tous les j jours des docteurs, mais c’est afin qu’ils enseignent purement et fidèlement ce qu’ils auront apprins de luy, et non pas qu’ils desguisent et corrompent l'Evangile par leurs additions. Brief, jamais homme ne sera fidèle Docteur de l'Eglise, s’il n’est disciple de Christ, etne luy amène les autres pour estre enseignez.

6,Cequ'ayans ouy les disciples, cheurent, etc. Dieu a, voulu que les disciples fussent surprins d’un espovantement, afin de mieux imprimer en leurs cœurs la mémoire de ceste vision. Cependant nous voyons combien est grande l’infirmité de nostre nature, laquelle conceoit une telle frayeur à la seule voix de Dieu :, car ce que les meschans s’en mocquent ou la mesprisent sans souci, cela se fait pource que Dieu ne parle pas à eux pour se faire sentir avec efficace : autrement il ne se peut faire, sitost que nous sentons Dieu,

. MATTH. XVIL ,

9 Et comme ils descen- |.

doyent de, la montagne, Iésus leur commanda, disant, Ne dites à personne la vision, jusquà tant que le Fils de l'homme ressuscite des morts.

roit ressuscité des morts.

que sa majesté ne.nous abbate.. Au reste, Christ fait son office en les redressant, lors qu'il les trouve abbatus et espoyantez : car pour ceste cause il est descendu à nous afin que les fidèles l’ayans pour conducteur et, capitaine, vienent hardiment en la présence de Dieu : et que sa majesté, laquelle autrement consumeroit toute chair, ne leur soit plus espovantable. Joint, qu’il ne les console, pas seulément de paroles, mais aussi les asseure en les touchant, Quand il est dit, Qu'à la fin ils veirent Christ seul, : c'est pour monstrer que la Loy et les Prophètes ont eu une gloire temporelle,.afin que, Christ demeure seul en yeuë, et haut.eslevé. Car pour bien nous aider de Moyse, il ne se faut pas arrester à sa personne, mais mettre, peine que nous soyons par luy conduits à Christ, duquel. il est ministre avec tous les autres. Ce passage se peut aussi appliquer pour: condamner les superstitions de ceux lesquels meslent en telle sorte Christ non-seulement, avec les Prophètes et Apostres, mais aussi avec je ne sçay quels petis Sainets, de. trois leceons, en sorte qu'il n’est plus que comme un des autres, Or est-il, ainsi que quand il.y à des grâces de Dieu excellentes és Saincts, c’est bien pour une, autre fin que pour oster à Christ une partie de son honneur, afin de, les en parer. Qn peut noter en, la personne, des, Apostres. la source de ce mal et abus : car cependant qu’ils ont esté espoyantez de. la majesté de Dieu, leurs, esprits,.se Sont, esgarez après les hommes : : mais quand, Christ les à amiablement redressez, ils n ’ont plus veu que luy. seul. .Sempl ablement si la consolation par laquelle Christ remédie à nos frayeurs, ha lieu en nous,, toutes, ces folles affections qui nous distrayent çà et là, s ”esvanouiront.

MARC IX

| LUC IX

9 Et comme ils descendoyent| | sé? Et i de la montagne, il leur comman- | re da qu'ils. ne racontassent à per- Et el ne sonne ce qu'ils avoyent veu, sinon rapporteaprès que le Fils de l'homme se- rent en.ces

jours-làrien

SUR L'HARMONIE ÉV. ANGÉLIQUE

10 Et ses disciples l'interrogüèrent disans, Pourquoy donc disent les Scribes qu'il faut qu'Elie viene première-

11 Et Jésus respondant leur dit, De vray Elie viendra premièrement et restablira toutes choses.

12 Mais je vous di qu'Elie est desjà venu, et ne l'ont point cogni : mais ont fait de luÿy tout ce,qu'ils ont voulu.

Ainsi aussi le Fils de l'homme souffrira par iceux.

13 Adonc les disciples entendirent que c’estoit de Jehan Baptiste qu'il leur avoit parlé.

10 Z!S reteindrent donc ceste| à personne paroleeneux-mnesmes,s’enquérans| de ce qu'ils entr'eux, que c'estoit à dire cela, | avoyentveu.

Ressusciter des morts.

11 Puis après Ùs l’interrogquerent, disans, Pourquoy disent les Scribes qu'il faut qu'Elie viene premièrement ?

12 Il respondit et leur dit, De vray Elie estant venu premièrement restablira toutes choses : et Jaut comme il est escrit du Fils de l'homme, qu'il souffre beaucoup, et qu'il soit estimé comme rien”.

13 Mais je vous di qu'Elie est venu, et ils ont fait tout ce qu’ils ont voulu, comme il est escrit de luy.

1) Malach., IV, 5. Matth. XI, 14. 2) Is, LIU, 4.

9 Etcommeils descendoyent, etc. Nous avons dit pourquoy il n’estoit pas encore temps que ceste vision fust publiée: et de faict, on n’en eust pas creu les disciples, si Christ Weust devant monstré une plus notable espreuve de sa gloire. en la résurrection. Mais après que sa vertu Divine s’est manifestement desployée, lors ceste vision temporelle de sa gloire à aussi commencé à avoir lieu, afin qu’il fust certain et notoire, que mesme du temps qu'il a esté humilié et anéanti, il n’a. point laissé toutesfois d’avoir sa divinité entière, combien que elle fust, cachée sous le voile de la chair. Ainsi donc

Christ, ne commande pas sans cause à ses

disciples. de tenir la chose secrète, jusqu'à ce qu’il soit ressuscité des morts.

10 Æt.ses disciples l’interroquèrent, disans, Pourquoy donc disent les Scribes qui il faut, etc. Incontinent que les disciples entendent parler de la résurrection, ils imaginent, que c’est l'entrée du règne de Christ, et leur semble qu ils y sont desjà. Car ils exposent ce mot de Résurrection, qu'il sera receu en per- Sonne Messias par tout le monde. Et aussi il appert de sainct Mare, qu’ils ont imaginé de la résurrection, autre Chose que ce que. vouloit dire Christ: Ils disputoyent (dit-il) entr’eux que c’estoit à dire

3) Malach., IV, 5.

ressusciter des morts. Paraventure que desjà le peuple estoit abruvé de veste resverie qui est aujourd’hui receue entre les Rabbins pour un poinct de doctrine certaine, Qu’il y auroit deux advénemens du Messias : pource qu’il seroit du Commencement contemptible, mais que puis après on verroit sa dignité Royale. Et de faict, cest erreur ha quelque couleur, pource qu’il vient d’un principe vray. L’Escriture aussi nous parle de deux advénemens du Messias: car elle promet qu’il sera Rédempteur, faisant par son Sacrifice satisfaction pour les péchez du monde. Et à cela se rapportent ces Prophéties, Ésjouytoy fille de Sion: voyci, ton Roy vient à toy, humble, estantassis sur l’asnesse,ete;

Zacharie, IX, 9. Item, Nous l'avons veu,

et il n’y avoit.en luy ne façon ne beauté :

il estoit semblable à un ladre, tellement que nous ne l’avons rien estimé, Isaïe,

LIN, 4. En après, elle nous le propose triomphateur, victorieux de la mort, et assujetissant toutes choses sous sa hautesse. Mais nous voyons comme ces Rabbins desguisent et corrompent la pure doctrine de l’Escriture par leurs resveries.

Or comme toutes choses estoyent fort corrompues du temps dé Christ, il est vray-semblable que le peuple estoit aussi abbruvé de ceste folle fantasie, Il a esté

\ h52 monstré deux ou trois fois comme ils abusoyent lourdement en la personne d’Elie.

Peut-estre aussi que par malice délibérée et d’une certaine ruse ils taschoyent d’amoindrir Pauthorité de Christ en mettant en avant Elie. Car pource qu’il avoit esté promis qu'Elie marcheroiït comme héraut devant le Messias pour préparer le chemin, il leur à esté aisé de faire un préjudice contre Christ de ceci, en disant qu’il venoit n’estant point accompagné d’Elie.

Comme aujourd’huy le diable use d’une semblable finesse pour enchanter les Papistes, afin que ils n’attendent point le jour du jugement, jusques à ce qu’on voye Elie et Enoch retourner en ce monde. Il est certes aisé à présumer que les Scribes ont prins ceste couverture expresséement, afin de faire que Christ pe fust point recognu : comme si la vraye marque du Messias luy défailloit.

A1 Devray, Elie estantvenu a premierement, etc. Nous avons dit en un autre lieu, d’où estoit procédé cest erreur entre les Juifs. Pource que Jehan Baptiste devoit estre semblable à Elie quant à remettre sus l’estat de l'Eglise qui estoit décheu, Malachie luy avoit mesmes attribué le nom d’Elie. Les Scribes avoyent prins cruement ceste façon de parler, comme si Elie Thesbite eust deu luy-mesme encore

retourner au monde. Christ déclare main” tenant que Malachie n’a rien prédit à fausses enseignes, mais que sa Prophétie a esté mal entendue et tirée hors du vray sens : comme s'il disoit, La promesse qu’Elie viendroit, a esté vraye, et a esté accomplie : mais Elie a desjà esté rejetté par les Scribes, lesquels à fausses enseignent s’arment de son nom contre moy.

Au reste, quand il est dit que Jehan-Baptiste restablira toutes choses : ce n’est pas pour luy attribuer un restablissement entier, ou réformation parfaite: mais pource que l’ayant commencée il Pa baillée comme de main en main à Christ, afin que par luy elle fust amenée à perfection.

Et pource que les Scribes avoyent vileinement rejetté Jehan, Christ admoneste ses disciples qu’ils n’ont pas occasion de s'amuser aux resveries et abus de telles gens: en après, qu'il ne se faut esbahir s'ils vienent à rejetter le Maistre aussi desdaigneusement comme ils avoyent son serviteur. Et afin que nul ne soit troublé pour la façon de faire si estrange, le Seigneur dit que l’Escriture a prédit l’un et l’autre : asçavoir que tant le Rédempteur du monde, qu’Elie son héraut, seroyent rejettez par les meschans et faux docteurs.

MATTH. XVIL.

14 Et quand ils furentvenus vers le peuple, un homme veintaluy,s’ agenouillant devant luy, et disant,

15 Seigneur, aye pilié de mon ils, car il est lunatique, et est misérablement affligé : car souvent il chet au feu, el souvent en l'eau.

A6 Et je l'ay

MARC IX

A4 Puis estant revenu à ses disciples, il veit une grande mullitude à l’entour d'eux, et des Scribes débatans avec eux.

15 Et incontinent toute la multitude le voyant fut estonnée : el accourans vers Iuy, ils le saluèrent.

16 Lors il interrogua les Scribes, disant, Que débatez-vous avec eux?

17 Et quelqu'un de la multitude respondit, et dit, Maistre, je l’'ay amené mon fils qui ha un esprit muet :

18 Qui le desrompt par tout où il le prend, et lors il escume, et grince les dents, et devient sec, et j'ay requis Les disciples qu'ils le Jetlassent hors, mais ils n'ont peu.

19 Adonc Jésus luy respondant, dit, O nalion incrédule, jusques à quand finalement seray-je avec vous? jusques à quand vous supporteray-je? Amenez-le-moy.

LUC IX

37 Or adveint le jour ensuyvant, qu'eux estans descendus de la montagne, une grande mullitude le veint rencontrer.

38 Et voyci, un homme d’entre la troupe s’escria disant, Maistre, je Le prie regarde à mon fils : car je n'ay que luy seul.

39 Et voyci, l'esprit leprend,

présenté à Les disciples, et ne l'ont peu quarèr.

17 Et Jésus respondant, dit, O nation incrédule et de travers, jusques à quand seray-je avec vous? jusques à quand finalement vous Supporterayje? amenez-lemoy yCi.

18 Et Jésus menaca le dia-

- ble, lequel sortil hors d'iceluy: et dés ce mesme instant l'enfant fut guari.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

20 ls luy amenérent donc. Et quand il l'eut veu, incontinent l'espril le desrompit, et estant cheu à terre, se tournoit cà et là en escumant.

91 Adonc il interrogua le père d’iceluy, disant, Combien y a-il de temps que ceci luy est advenu? Lequel dit, Dés son enfance :

22 Et souvent l'a jelté au feu et en l’eau, pour le faire mourir: mais si tu peux quelque chose, aide-nous, ayant compassion de nous.

23 Lors Jésus luy dit, Si tu le peux croire, toutes choses sont possibles au croyant.

24 Et incontinent le père de l'enfant s’escriant avec larmes, dit, Seigneur, je croy, subvien à mon incrédulité.

25 Et quand Jésus veit que le peuple s’y amassoit ensemble, il tansa l'esprit immonde, luy disant, Esprit muet et sourd, je te commande, sors de luy : et que tu n'entres jamais plus en luy.

26 Adonc l'esprit sortit en s'escriant, et le desrompant bien fort: et l'enfant deveint comme mort, tellement que plusieurs disoyent, Il est mort.

27 Mais Jésus l'ayant prins par la main, le dressa, et il se leva.

el crie soudainement, et le desrompt en escumant , el à grande difficulté se départ de luy, en le froissant.

40 Or ay-je prié tes disciples que ils le jettassent hors, mais ils ne ont peu.

41 Jésusrespondant, dit, O génération in- Jidèle et perverse, Jjusques à quand finalement seray-je avec vous, el VOUS Supporleray-je ? Amene yci ton fils.

42 El comme il approchoit encore, le diable le deschira, et le desrompit : et Jésus tansa l'esprit immonde, et quaril l'enfant, et le rendit à son père.

43 Et tous furent estonnez de la magnifique vertu de Dieu.

Pource que sainet Marc est plus ample, et déduit plus clairement toutes les circonstances du faict, nous suyvrons le fil du récit qu’il fait. Et premièrement il démonstre bien à clair la cause de ceste rudesse non accoustumée dont Christ à usé en s’escriant que les Juifs pour leur malice perverse estoyent indignes qu’on les supportast plus. Nous sçavons comme il avoit accoustumé de recevoir amiablement les autres, encore mesmes qu’ils se monstrassent importuns et fascheux en leurs requestes. Ce père prie pour son fils unique, la nécessité y est urgente : il requiert laide de Christ modestement et humblement. Pourquoy est-ce done que Christ contre sa Coustume entre en COourroux soudainement, jusqu’à dire qu’il ne faut plus endurer d'eux? Pource que par le récit de S. Matthieu et de S. Luc, on n’apperceoit point la raison de ceste sévérité si grande, aucuns expositeurs se sont

abusez, pensans que ceste répréhension s’addressast contre les disciples, ou contre le père de l’enfant tormenté. Mais si nous considérons bien la déduction de l’histoire, comme elle est couchée en sainct Marc, il sera aisé de juger que Christ addresse son courroux contre la malice des Scribes, plustost que d’avoir voulu traitter ainsi rudement les ignorans et infirmes. En l’absence de Christ on avoit amené un enfant lunatique. Il a semblé aux Scribes que c’estoit une belle occasion de picque : et pourtant ils ne la laissent pas eschapper. Ainsi donc ils insistent contre les disciples, que s’ils ont quelque puissance qu'ils la démonstrent maintenant en guarissant cest enfant. Il est vray-semblable que les disciples ont essayé, et qu’ils n’y ont rien peu faire.

Ainsi les Scribes, comme ayant gaigné leur cause, crient contre eux, et nonseulement se mocquent des disciples,

RS

mais se desbordent mesme contre Christ, comme si en leurs personnes sa vertu avoit esté trouvée défaillante. Or c’estoit upe impiété par trop outrageuse, accompagnée d'une merveilleuse ingratitude, de supprimer malicieusement tant de miracles, par lesquels ils ayoyent cognu el expérimenté la grande vertu qui estoit en Christ. Car il Remo qu’ils prinssent plaisir à esteindre la lumière présentée devant leurs yeux. Et pourtant non sans cause Christ s’escrie qu’il ne peut plus endurer d'eux, et les appellé Nation incrédule et de tr avers. Car l'expérience de tant de miracles qu’ils ayoyent veus au paravant, les devoit pour le moins avoir amenez à ceste raison, qu'ils p’allassent plus chercher des éavillations et moyens obliques pour luy résister.

AE Marc. Veil une gr: ande. À n'ya point | de doute que les disciples ont esté monstrez au doigt, comme nous voyons que les ennemis de vérité par leurs Yanteries assembleront oran peuple pour un rien. Les Scribes donc en bruyant avoyent fait que les disciples estoyent exposez à la mocquerie de plusieurs : ét toutesfois il appert qu’il ÿ en ayoit aucuns du peuple qui n’estoyent pas mal affectionnez. Car Si t0st qu'ils voyent Jésus, ils le saluent.

Et mesme sa présence réprime la fierté des Scribes: car estans interroguez de quoy ils avoyent A QR is dentetrént muets.

16 Maistre, je l'ay amené. Sainct Matthieu descrit une autre sorte de ma-

ladie que sainct Marc. Car il dit que le fils: de cest homme estoit lunatique. Toutes-

fois ces deux choses se accordent bien, qu'il estoit muet, et que par cértains intervalles il entroit en fureur. On appelle Lunatiques, ceux qui sur le décours de la lune sont tormentez du haut mal, ou de éstourdissement. Je n’approuve pas la fantasie de Chrysostome, qui dit que le nom de Lunatique a esté inventé par la ruse de Satan, afin de mettre quelque blasme et diffame sur les bonnes créatures dé Dieu. Car lexpérience ordinaire ei approuvée monstre tous les jours que ces maladies-là augmentent ou diminuent selon le cours ordinaire de la lûne.

Et toutesfois cela n’empésche point que

Satan n'ait meslé ses efforts avec les moyens naturels. Je pense donc que cest homme n’estoit point sourd'et müet naturellement, mais'que Satan avoit saisi et prins possession de sa langue et de ses aureillés : en après, poyrce que la débilité du cerveau et des’ nerfs Je rendoit sujet au haut mal, que Satan par d'autres accidens augmentoit tousjours la maladie.

Ce qui estoit cause qué de tous costez il se mettoit en danger, qu'il se deschiroit, qu'il se couchoit par terre, et tomboit pasmé, et comme mort. Mais apprenons par ceci combien de diverses sortes de moyens ha Satan pour nous nuire, Si la main de Dieu 'estoit au-devant pour NE Res Ex il ele d'infrrhitez

ErRAT ET

nain pour TOUS navrer. (ll faut pion que nous SOyOns plus que stupides et estourdis si nostre condition estant Si misérable ne nous incite à priér. Aussi en cela se monstre la bonté admirab|e de Dieu, que combien que nous soyons sujets à mille dangers él inconYéniens toutesfois il nous défend el PrÉSeLve par sa protection:

mesmement quand ! nous viendrons à considérer comment nostre ennemi veille sans cesse avec un soin et désir enragé de nous perdre. Mais aussi de l’autre part il nous doit souvenir de cestécoh$6lation, que Christ'est vent pour lé tenir'en ride et réprimer sa rage: el que Ce que nous subsistons entre tant d'encombriers, c’est d'autant que la médecine ‘céleste est plus puissante que nos maux. Il ÿ a aussi à noter la circonstance dü temps. Car Je père respond que Son fils äfäïnsi ‘esté horriblement tormenté dés son enfance.

Si Satan a eu tant de puissance Contre une créature estant en si bas aage, combien devons-nous craindre, nous qui par nos vices d'heure en heure nous fourrons entre ses Coups mortels? qui mesmés baillons en main à nostre ennemi lés dars pour nous frapper, et contre lésquels il pourroit à bon droict courir sus, Si sa rage n’estoit retenue par la bonté adniirable dé Dieu?

47 Maith. O nation. Combien qu ’il semble que Christ addresse’ ce propos

CS

Page 1