‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 32 sur 58 · PA NER C · texte numérisé non relu

PA NER C

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

contre le père du lunatique, il n’y à point de doute toutesfois qu’il ne regarde aux Scribes, comme j’ay monstré un peu devant. Car il est certain qu’il n’use point de courroux contre les rudes et infirmes, Mais bién Contre ceux lesquels estant entortillez en leur malice, résistent obstinéement à Dieu. Et pourtant Christ dit qu’ils ne sont pas dignes desquels il endure plus, et les menace de se séparer d'eux. Or il ne nous peut rien advenir pire que d’estre délaissez de luy : et ce n’est pas une petite reproche de ce qu'ils rejettoyent si fièrement la grâce dé leur visitation. Il faut donc aussi noter sur ce passage, qu'il est besoin de traitter les hommes en diverses sortes, un chacun selon son naturel. Car comme ainsi soit que le Seigneur attire avec grande humanité les dbcilés, Supporte les infirmes, solicité et pousse amiablément les tardifs, il n’espargne point cês Serpens tortus, lesquels il voit ne s’amander point, quelque remède qu’on y applique.

20 Marc. Lors l'esprit incontinent.

Ce n’est pas de merveille si le diable traitte plus rudement que de coustume cest homme. Car d’autant que la grâce de Dieu se monstre de plus près, et besongne en plus grande efficace, d'autant Satan tempeste plus furieusement. Ainsi donc par la présence de Christ il est tant plus enflammé : né plus ne moins que si la trompette sonnoit pour le resveiller, il tempéste par tous moyens qu'il peut, et combat de toute sa force. Et c’est une chose qu'il nous faut avoir entendue et préméditée ayant le coup, de peur que nostre foy viene à se troubler, quand nous verrons que nostre ennemi s’eslève en plus grande fureur que de coustume, lors que la gräce de Christ se démonstre sur nous. Et mesmes il nous faut d’avantage noter un autre poinct : asçavoir que le vray commencement de nostre guarison est, quand nous sommes afiligez et tormentez jusques au bout, tellement qu’il semble que la mort ne soit pas loin. Au * reste, le Seigneur se sert de ceste esmotion furieuse de Satan comme d’un flambeau ‘pour esclarcir la grandeur de sa grâce. Car après que tous les assistans

eurent esté estonnez de ce spectacle horrible, cela fut un moyen pour mieux faire cognoistre la vertu de Christ, qui s’est monstrée après.

21 Dés son enfance. Nous recueillons yci que ce n’estoit pas une peine qui Iuÿ eust esté envoyée pour ses péchez, mais que ç’a esté un jugement secret de Dieu:

Vray est qu’il est bien Certain que mesmes les enfans qui sortent du ventre de là mère ne sont pas innocens devant Dieu, ou purs dé péché : mais les fléaux ‘dé Dieu ont aucunesfois des causes cachées, et ce pour esprouver nostre obéissancé!

Car autrement ce n’est point rendre à Dieu l’honneur qui luy appartient, si nous n'adorons en révérence et modestie sd justice, quand elle nous est incognue et cachée. Qui voudra sçavoir d’avoir d’avantage dé ce poinct, pourra récourir à cé qui a ésté dit au 9e de S. Jehan, sur ce passage, Ne luy ne son père ne sa mère n se. péché.

22 Si tu peux croire. Nous voyons qu’il attribue bien peu d’honneur à Christ. Car cuidant que ce fust quelque Prophète qui eust une puissance limitée, il vient à luy en doutant. Or tout au contraire le premier fondement de la foy est, d’appréhender la puissance infinie de Dieu : aussi la première entrée pour bien prier est, d’eslever nostre foy par-dessus tous empeschemens, afin que nous soyons bien persuadez que nous ne perdons point nostre temps en priant. Pource donc que cest homme n’appréhendoit rien de Christ qu’à la façon ordinaire des hommes, sa fausse opinion est yci corrigée. Car il fa loit former sa foy afin qu il fust capable et disposé pour recevoir la grâce qu'il demandoit. Vray est que Christ ne le r'eprend pas apertement par Sa response : :

mais en ramenant obliquement contre luy ce qu’il avoit mal dit, il luy monstre sa faute, et l’advertit du remède. Car ceste response, 5? {u peux croire : vaut autant comme s’il disoit, Tu me demandes que je t’aide selon ma puissance : certes tu trouveras en moy une source de vertu qui ne peut estre espuisée, pourveu que tu apportes de la foy en bonne mesure. De ceci on peut recueillir une doctrine bien utile, laquelle appartiendra à nous tous

généralement, que il né tient pas au Seigneur que nous ne sentions ses biens descouler sur nous en grande abondance :

mais qu’il faut imputer à la petitesse de nostre foy s'ils ne nous vienent que goutte à goutte: et mesmes que bien souvent nous n’en sentons pas une goutte, pource qu'incrédulité ferme la porte de nostre cœur. Îl y en à qui se travaillent vei sans cause, voulans faire des subtils, comme si Christ entendoit que cest homme peut croire de soy-mesme. Mais son intention n’a esté que de rejetter sur les hommes la faute de leur indigence, toutes fois et quantes qu’ils amoindrissent la vertu de Dieu par leur incrédulité.

23 Toutes choses sont. I n’y à point de doute que Christ a yci enseigné comme toute plénitude de biens luy estoit donnée du Père, et qu’il ne faloit pas moins espérer toute sorte d'aide de luy seul, que de la propre main de Dieu : comme s’il eust dit, Croy seulement avec asseurance, et tu obtiendras. Au reste, nous verrons un peu après comment se doit entendre que la foy obtient toutes cho-

MATTH. XVII

19 4donc les disciples veindrent à part à Jésus, et dirent, Pourquoy ne l'avons-nous peu jetter hors ?

20 Et Jésus leur dit, À cause de vostre incrédulité. Car certainement je vous di, que si vous avez Joy comme est un grain de moustarde, vous direz à ceste montagne, Traverse d'yci là, et elle traversera: et rien ne vous sera impossible.

21 Mais ceste sorte de diables ne sort point sinon par oraison et

que il fut entré en la maison, ses disciples l’interrogquérent à part disans, Pourquoy ne l'avons-nous peu jetter hors?

29:71 leur «dit, Ceste espèce de diables, ne peut autrement sortir que par prière el jeus-

ses. Seigneur je croy. I dit qu’il croit, et toutesfois il se confesse estre incrédule. Combien que ces deux choses semblent estre contraires, il n’y à toutesfois celuy qui n’en expérimente autant en s0y. Car puis qu’il ne se trouve jamais de foy parfaite, il s'ensuit que chacun fidèle est incrédule en partie, et aucunement : mais le Seigneur nous pardonne, et use de si grande gracieuseté, qu'à cause d’une bien petite portion de foy il nous tient pour fidèles. Cependant nostre devoir est d’aviser songneusement aux racines d'infidélité qui tienent encore à nos cœurs, afin de combatre à l’encontre, de demander au Seigneur qu'il les corrige : et toutes fois et quantes que nous travaillons en ce combat, de recourir à luy, afin qu’il nous aide. Quand nous regarderons bien ce qui est en un chacun, on cognoistra évidemment que il y en a tant peu que rien plus qui ayent une foy excellente :

que le nombre est petit de ceux qui Pont moyenne : et qu’il y en à beaucoup qui en ont en petite mesure.

MARC IX

Mais

LUC XVIL

5 Lors les Apostres dirent au Seigneur, Augmente-nous la Joy.

6 Æt le Seigneur dit, Si vous aviez f0y autant que monte un grain de moustarde, vous pourriez dire à ce meurier, Desracine-toy, et te plante en la mer: et il vous obéiroit.

après

jeusne. ne,

19 donc les disciples veindrent à | ment : asçavoir que rien n’est impossible part. Les disciples s’esbahissent de ce | à la foy. I est bien certain que c’est une que la vertu que ils avoyent une fois re-| manière de parler hyperbolique, quand il | ceuë, leur a esté ostée : mais ils l’avoyent | dit que par la foy on fait remuer les mon-

perdue par leur propre faute. Christ donc attribue ce défaut à leur incrédulité : et réitère ceste sentence qu'il avoit touchée ci-devant, et vient à la déduire plus ample-

tagnes et les arbres d’un lieu en autre :

toutesfois le sens revient là, que Dieu ne nous défaudra jamais, pourveu que nous tenions la porte ouverte pour recevoir sa

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

grâce. Car il n'entend pas que Dieu nous donne tout ce que nous pourrions dire, où dont nous pourrions nous aviser à la volée: et mesme veu qu’il n’y a rien plus contraire à la foy que les fols et désordonnez désirs de nostre chair, il s'ensuit que ceux esquels la foy règne, ne désirent pas indifféremment toutes choses, mais seulement ce que le Seigneur permet.

Tenons donc ceste sobriété de n’appéter rien plus que ce qu’il nous à promis : et que nos prières soyent reserrées à la règle qu'il nous a prescrite. Si on dit contre ceci que les disciples ne sçavoyent s’il plaisoit au Seigneur de guarir le Lunatique : la response est aisée, Que c’estoit leur faute s'ils ne le sçavoyent. Car Christ proprement parle yci de la foy spéciale, laquelle avoit ses inspirations secrètes selon que la chose le requéroit.

Et c'est ceste foy de laquelle sainct Paul fait mention au douzième chapitre de la première aux Corinthiens. Comment donc est-il advenu que les Apostres ayent esté destituez de la vertu de l'Esprit à faire miracles, laquelle ils avoyent monstrée au paravant, sinon que par leur nonchalance ils Pavoyent esteinte? Mais ce que Christ traitte de la foy particulière, suyvant la circonstance de son propos, doit estre estendu à la foy commune de toute l'Eglise.

21 Ceste sorte de diables ne sort point.

Par ce mot Christ blasme obliquement leur nonchalance, pour leur monstrer qu'il ne faloit pas yci avoir une foy telle

MATTH. XVII

99 Et comme ils conversoyent en Galilée, Jésus leur dit, Il adviendra que le Fils de l’homme sera livré és mains des hommes,

93 Et le mettront à mort: mais au troisieme jour il ressuscilera. Et en furent grandement contristez.

MATTH. XVII

 ÆEn ceste mesme 1) Matth., XX, 18.

sceust.

MARC IX

30 Puis estans partis de là, ls cheminèrent par Galilée : et ne vouloit point qu'aucun le

31 Car il enseignoit ses disciples, et leur disoit, Le Fils de l'homme sera livré és mains des hommes, et ils l’occiront: mais après qu'il aura esté occis, ùl ressuscilera au Lliers jour.

32 Mais Üls n'entendoyent point ces mots, el craignoyent de l'interroquer.

h57 quelle. Car autrement ils eussent peu réplicquer qu'ils n’estoyent pas du tout sans foy. Le sens est donc, qu'il ne suffit pas d'avoir quelque foy commune, quand il est question de combatre à bon escient contre Satan, mais qu’il faut s’esvertuer courageusement. Pour remédier à ceste débilité ou nonchalance de foy, il leur commande la prière, adjoustant le jeusne comme une aide d’icelle. Vous autres, dit-il, exorcistes efféminez, y venez ainsi qu’à un combat de petis enfans, et comme s’il n’estoit question que de s’escarmoucher pour passe-temps : si est-ce que vous avez à faire à un puissant ennemi, lequel ne se laissera point vaincre qu’à bonnes enseignes. Pour ceste cause vous deviez aiguiser vostre foy par prières: et d'autant que vous estes tardifs et froids à prier, le jeusne devoit venir en avant comme une aide pour vous inciter et enflamber. Par ceci il appert clairement combien sont ridicules les Papistes, quand ils attribuent au jeusne la vertu de chasser les diables : veu que le Seigneur ne le rapporte à autre usage que pour aiguiser l’ardeur de prier. Au reste, quand il dit que ce genre de diables ne peut estre jetté hors que par prière et jeusne : le sens est, que quand Satan a pris profondes racines en quelqu'un, et s’est par longue main fortifié en sa possession, ou quand il tyrannize d’une rage desbordée, que la victoire est difficile et pénible, et pourtant, qu’il le faut combatre en toute puissance, et sans rien espargner.

LUC IX

43 Et comme tous s’esmerveilloyent de

tout ce qu'il faisoit, il dit à ses disciples,

44 Vous autres met- Lez ces paroles en vos aureilles : car il adviendra que le Fils de l'homme sera livré és mains des hommes.

45 Mais ils n'entendoyent point ceste parole, et leur estoit tel-

heure les disciples veindrent à Jésus, disans, Qui est le plus grand au Royaume des cieux?

2 Et Jésus ayant appelé à soy un petit en- Jant, le mneil au milieu d'eux,

3 Et dit, Je vous di en vérité, que si vous n'estes convertis, et Jails comme petis en- Jans!, vous n'entrerez point au royaume des cieux.

4 Parquoy quiconque se Sera humilié soy-mesme comme est ce petit enfant, est cestuy-là qui est le plus grand au Royaume des cieux.

5 Et quiconque recoit un tel'petit enfant en mon Nôm, il me récoit.

COMMENTAIRES 33 Après ces choses, veint en Capernaüm :° et quand il futvénu en la maison, W ‘les interrogqua, disant, Que disputez-vous par

le chemin entre vous?

34 Et üls se teurent: car ùls avoyent disputé les uns contre les autres en chemin,

qui estoit le plus grand.

35 Æt quand il fut assis, il appela les Douze, et leur dity Si aucun veut estre le Premier, il sera? le dernier de tous, et serviteur de tous.

36 Et ayant prins un petit enfant, \ le meit au mi-

lieu d'eux, et après l'avoir .

prins entre ses bras, leur dit,

37 Quiconque recevera un de tels petis enfans en mon Nom, il me recoit : et quiconque me reçoit, ilne me reçoit pas, mais recoit celuy qui m & envoyé.

lement cachée qu'ils ne l'appércevoyent point :

el craignoÿent à l’interrogquer de ‘ceste parole.

16 Puis ils entrèrent en dispute en eux-meésmes, asçavoir lequel d entr eux estoit le plus grand.

AT Et Jésus voyant la pensée de leur Cœur, print un petit enfant, et le meit auprès de s0ÿ,

48 Et leur dit, Quiconque recetera ce petit enfant ‘en mon No, il me reçoit : et quiconque me recévera, il recoit celuy qui ma envOyE.

Car celuy ‘qui est le plus petit d'entre vous tous, sera grand.

1) Matth, XEX, 14. 1 Cor., XIV, 20. 2) Ou, qu'il soit.

22 Comme ils conversoyent en Galilée. Tant plus que le temps'de la mort de Christ approchoïit, d'autant plus souvent en admoneste-il ses disciples, de peur qu'un spectacle tant triste et pitoyable ne baillast quelque mauvaise secousse à leur foy. I'teint ce propos un peu après avoir fait le miracle. Car sainct Marc dit qu’estant parti de là, il s’en alla en Galilée pour passer là en son privé, le temps qui restoit jusqu’à la feste. Car il avoit délibéré de venir en Jérusalem au jour solennel du sacrifice, pource qu’il devoit estre immolé à la Pasque prochaine. Or combien qué les disciples desjà quelquesfois auparavant éussent esté advertis de ceci, toutesfois ils sont troublez comme si jamais ils n’en éussent ouy parler : tant fait de mal une fausse opinion dont nous serons préoécupez, qu'en pleine clarté elle offusquera nos esprits de ténèbres, Les Apostres avoyent imaginé un estat du règne de Christ plaisant et joyeux pour vi-

vre à leur aise, et leur sembloit qu'incon-:

tinent qu’il commenceroit à se dresser et

venir en évidence, tout le monde le receveroit avec grande joye et conteñtenient :

ils ne pensoyent jamais qu’il fust possiblé <

que les Sacrificateurs et Scribes, ét'attres principaux gouverneurs de l'Eglise ; Juy deussent estre adversairés. Ainsi dônc préoccupez de cest erreur, tout cé qw’on leur dit au contraire ne peut aucunement entrer en leurs esprits. Car S: Marc dit qu’ils ne sçavoyent que vouloit dire le Seigneur. Mais d’où venoit qu’ils n’en-

tendoyent point un propos si clair et fa-

milier, sinon qu'une vaine imagination leur tenoit l’entendement tout enveloppé P Quant à ce qu’ils n’ont osé l’interroguer plus avant, combien qué cela doyve estre eh partie attribué à la révérence qu'ils luy portoyent, toutesfois je ne doute point que la tristésse dont ils-estoyent eñserrez, et l’esbahissément qu'ils’ avoyent d’ouir un propos Si estrange à leur jugement, pourtant céste honte qu'ils avoyent n’estoit pas du tout à louer, veu qu’elle les nourrissoit en doute et perplexité en une

ne leur ait fermé: la boüche!*Et

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