‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 33 sur 58 · PIE RP I INT SN TPE ST UE · texte numérisé non relu

PIE RP I INT SN TPE ST UE

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

tristesse vicieuse. Cependant il y avoit en

eux une Semence implicite et obscure de crainte dé Dieu, plustost qu’uné droite et claire cognoissance de Ia'vérité, qui les à tenus attacheéz à Christ, et émpéschez qu’ils ne se soyent du tout retiréz dé son eschole. Vray est qu’il y avoit bien quelque commencement ou fondement dé foy étdroiteintelligence planté en leurs cœurs,

tellement qu’il s’en faloit beaucoup que ce zèle qu’ils avoyent de suyvre Christ,

fust semblable à là foy implicite des Papistes: mais pource qu'ils n’avoyent point encore tant proufité que dé cognoistre la

pature du règne de Dieu, et du renouvellement promis en Christ, je di qu'il y avoit en eux plustost une affection et désir de piété, qu'une Cognoissance claire et résolue. Par cela noùs pouvons veoir que c’est qu'il ya en eux digne dé louange ou de répréhension. Au reste, Combien que leur stupidité ne Soit pas à exéusér; toutesfois il ne faut point que nous nous esbahissions Si un tesmoignage tant élair et exprès de la croix et ignominie de leur Maïstre, leur a semblé estre un énigme : Veu que non-seulement c’estoit uné chose qui sembloit estre mal convenäblé à la gloire du Fils de Dieu d’estre réjetté et condamné, mais aussi pource qu'il n’y avoit rien plus estrange, que de dire que la grâce promise spécialement aux Juifs, fust rejettée et repoussée par és conducteurs mesmes, et les plus apparens du peuple. Or pource que cest erreur excessif de la croix, duquel ils ont esté soudainement surpris, a fermé la porte à la consolation qu'il adjouste en Vespérance de la résurrection, apprenons toutes fois et quantes qu’il est parlé de la mort de Christ, de comprendre tous les trois jours, afin que sa mort et sépulture nous ‘Conduisent jusques au triomphe bien-heureux, et à la vie nouvelle.

1 A ceste‘heuwre-la. I appert des deux autres Evangélistes, que les disciples ne veindrent point d’eux:mesmes à Christ, mais qué ayans en chemin débatu secrètement de ce propos, finalement Christ leur a tout fait mettre en évidence, et (par manière de dire) les a fait sorür de leur cachette. Cependant il n’y à point d'absurdité en ce que S. Matthieu, se has-

tant de venir à la response de Christ, ne S'amuse pas à déduire par ordre tout le faict : mais eh laissant l'entrée, raconte sommairément par quel moyen Christ'a corrigé césté follé cupidité de primauté en ses disciples. Mais quand nous voyons que Christ s’enquiert du propos qu'ils avôyent secrètement tenu entr’eux, ét les contraint de confesser ce qu'ils eussent bien voulu supprimer, nous sommés enseignez par cela dé nous donner varde de toute émulation, tant secrète qu ’ellé puisse estre.ail faut aussi noter yei la éirconstance du temps. Ils estoyent en doute el ennuy pour le propos que leur avoit teriu Christ touchant sa mort : ilS ne laissént pas toutesfois incontinent de sé mettre à débatre de la primauté, ne plus ne moins comme si tout alloit à soubait, et comme si ce qu’on leur a dit estoit aussi doux à aväller que sucre. Comment se peut-il faire que ceste anxiété ét fascherie qu'ils avoyenti se soit ainsi ésvanouvye en un MÔment, Sinon d'autant que l’ésprit de Phomme est si addonné à ambition, que mettans en oubli leur condition présente, qui est de combatre, ils s’abusent incontinént en leurs folles imaginations, et ne pénsent qu’à triompher? Si les ‘Apostres ont si tost mis én oubli un propos'qui ne vénoit que de leur estre dit, que nous pourrä-il advenir, je vous prie, si en nous dispensant tout au long de nous préparer à la croix, nous-nous addonnons à paresse et nonchalance, ou à quelques vaines spéculations? Mais on pourroit demander, quelle occasion ont eu les disciples d'en trer en ce débat. Je respon, que comme la chair ne demande ‘volontiers autre chose que d'oublier toute fascherie, éux aussi laissans là ce qui estoit matière de tristesse, ont pris Seulement le propos de la'résurrection : et que de là est venu le débat entr’eux, comme il advient volôntiers à gens oisifs. Et pource qu'ils ne veulent point gouster ceste première partie de doctrine que Ia chair trouve ‘mal plaisante, Dieu permet qu'ils s’abusent au poinct de la résurrection, en songeant ce ‘qui ne devoit point advenir, asçavoir que Christ par la simple prédication S’acquerroit un règné, voiré terrien, et que par ce moyen il parviendroit incontinent

à une grandeur et opulence accomplie de tous points. Or il y eu deux fautes en ceste question : car les Apostres pervertissent l’ordre que Dieu a establi, quand sans penser à la charge et au combat auquel ils estoyent appelez, ils demandent devant l’heure d’estre mis en repos, et payez de leurs gages, comme gendarmes qui ont desjà fait leur temps. Et pour le second, ils s’abusent en ce qu’ils taschent par une ambition perverse de surmonter les autres, en lieu qu’ils devoyent s’efforcer et mettre peine tous d’un bon accord de s’entr’aider et désirer l’avancement du labeur de leurs frères, aussi bien que du leur propre. Parquoy, afin que nostre course soit agréable à Dieu, apprenons de porter patiemment la croix qu’il nous met sur les espaules, jusqu’à ce que le temps opportun de recevoir la couronne soit venu : en après, de prévenir les uns les autres par honneur, comme S. Paul nous exhorte, Rom., XII, 40.

La vaine curiosité de ceux lesquels aujourd’huy délaissans le droit but et devoir de leur vocation, veulent sans propos voler par-dessus les nues, tient aucunement du premier vice que nous avons dit.

Le Seigneur en son Evangile nous conviant à son Royaume, nous monstre le chemin pour y parvenir. Cependant ces esprits volages, laissans en arrière la foy, patience, invocation de Dieu, et autres exercices, disputent de ce qui se fait au ciel. Certes c’est autant comme si un homme entreprenant quelque voyage, S'enquéroit de la situation du logis, et cependant ne daignast point mettre un pied devant l’autre pour avancer chemin.

Car puis que le Seigneur nous commande de cheminer en ceste terre, quiconque dispute curieusement que font au ciel et comment sont les morts, se retarde d’autant de l’approche des cieux.

2 Ayant appelé à soy un petit en- Jant. Le sommaire est que ceux qui appètent quelque grandeur pour estre eslevez par-dessus leurs frères, tant s’en faudra qu’ils parvienent où ils pensent, que mésmes ils ne pourront pas tenir le plus bas lieu. Il prend son argument sur le contraire, asçavoir pource qu’il n’y a qu'humilité qui nous eslève et face grans.

Au reste, pource que cela nous esmeut plus, quand on nous représente la chose devant nos yeux par quelques signes externes, il propose yci un enfant pour exemple d’humilité. Car quand il commande aux siens d’estre faits semblables à un petit enfant : cela ne s’estend pas à toutes choses indifféremment. Nous sçavons que les enfans ont beaucoup de choses qui sont vicieuses et à condamner.

Pourtant aussi sainct Paul (4 Cor., XIV, 20) requérant des fidèles qu'ils soyent enfans non pas de sens, mais de malice :

les exhorte en un autre lieu (Ephés., IV, 13) qu'ils mettent peine de parvenir en aage d'homme parfait. Mais pource que les enfans ne sçavent encore que c’est d’estre préférez à un autre, pour entrer en combat touchant le premier degré, Christ veut qu’à leur exemple les siens ostent de leurs esprits ce que les hommes profanes et les enfans de ce monde ont tousjours en la bouche de lamour et friandise des honneurs, afin qu'ils ne soyent aucunement tentez où chatouillez d’ambition. Si quelqu'un réplique contre ceci, que les enfans dés le ventre de la mère ont une semence d’orgueil enracinée, tellement qu’ils veulent qu’on face cas d’eux, et qu’ils soyent servis les premiers : la response est facile, asçavoir qu'on ne doit pas esplucher de si près les similitudes pour les faire accorder scrupuleusement en tout et par tout à la chose dont il est question. Ainsi donc pource qu’il y à encore une si grande simplicité en l’aage des enfans, qu’ils ne sçavent que c’est des degrez d'honneur et autres façons de faire qui allument le feu d’ambition, à bonne cause et bien proprement Christ les propose pour exemple.

Et à cela se rapporte la conversion de laquelle il parle : comme s’il disoit à ses discipes, qu'ils sont desjà par trop accoustumez aux mœurs et façons communes des hommes : et que pourtant il leur est besoin de tourner bride et désaccoustumer tout cela, s'ils veulent parvenir au but qu ils attendent de luy. Chacun d’eux eust bien voulu avoir le premier ou second lieu : mais Christ dit qu’il ne bail-.

lera pas mesmes le plus bas lieu, sinon à celuy qui s’humilie, mettant en oubli

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

toute hautesse. Et au contraire, il déclare nomméement que ceux-là seront les plus grans, lesquels s’abbaisseront : afin que nous ne pensions point en rien empirer nostre condition, quand nous-nous déportons volontairement de toute grandeur et hautesse. On peut de ceci recueillir la vraye définition d’humilité : asçavoir que cestuy-là est vrayement humble qui ne présume rien de sa personne devant Dieu, et ne mesprise point ses frères par desdain, et ne prétend point de se faire valoir plus que les autres : mais se contente d’estre un des membres de Christ, ne demandant autre chose sinon que le Chef soit seul exalté.

5 Et qui receoit, etc. Yci par une métaphore Christ appelle enfans ceux lesquels ayans quitté tout orgueil et hautesse, se portent en modestie et humilité.

Or ceci est adjousté pour consolation, afin qu’il ne nous fasche de nous abbaisser, puis que par ce moyen non-seulement Christ nous receoit en sa garde et

protection, mais aussi nous recommande aux hommes. Ainsi les fidèles sont enseignez comment ils doyvent avoir en estime les uns les autres, quand chacun de son costé s’abbaissera. Car comment estce que l’amitié mutuelle S’entretient entre les enfans de ce monde, sinon quand Pun complaist à la cupidité et affection de l’autre? Aïnsi, d’autant plus que quelqu’un sera convoiteux de gioire, et usurpera domination audacieusement, qu’il soit eslevé haut, et que les humbles soyent en mocquerie, ou pour le moins demeurent mesprisez : mais Christ, tant plus qu'un chacun s’abbatra davantage, d'autant plus commande-il qu’on luy face grand honneur, et qu’on l'ait en estime.

Et à cela se rapporte la conclusion qui est adjoustée en sainct Luc: car il ne commande pas que ceux qui méritent bien d’estre mesprisez, soyent pourtant estimez d'avantage : mais ceux lesquels estans despouillez de tout orgueil, ne se soucient point d’estre anéantis.

MATTH. XVIII

6 Mais quiconque scandalize un de ces petis qui croyent en moy, tl luy vaudroit mieux qu'on luy pendist une meule d'asne au col, et qu'il fust plongé au profond de la mer.

7 Malheur au monde à cause des scandales. Car il est nécessaire que scandales advienent : toutesfois malheur à l'homme par qui scandale advient.

8 Que si ta main ou ton pied te fait chopper, coupe-le, et le jette arrière de toy: car mieux te vaut entrer boiteux, ou manchot en la vie, qu'avoir deux mains ou deux pieds, et estre jetté au feu éternel.

9 Et si ton œil te fait chopper, arrache-le, et le jette ar-

rière de toy: car il te vaut mieux entrer borgne ‘ en la vie, qu'avoir deux yeux, et estre jetté en la géhenne du feu*.

1) Ou, avec un œil. 2) Matth., V, 29, 30,

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