MARC IX. LUC XVII
42 Et quiconque scandalizera| 1 D’avanl'un de ces petis qui croyent en | tage il dit
moy, il luy vaudroit mieux qu'on luy meist une pierre de meule à l’'entour de son col, et qu'on le jettast en la mer.
43 Que si ta main te fait chopper, coupe-la : il le vaut mieux entrer manchot en la vie, qu’avoir deux mains, et aller en la géhenne, au feu qui jamais ne s'esteint :
44 Là où leur ver ne meurt point, et le jeu ne s’'esteint point *.
45 Et si ton pied te fait chopper, coupe-le : il te vaut mieux entrer boiteux en la vie, qu'avoir deux pieds, et estre jetté en la géhenne, au feu qui ne s’esteint point :
46 Là où leur ver ne meurt point, et le feu ne s’esteint point.
4T Si ton œil Le fait chopper, arrache-le : il te vaut mieux en-
3) Is., LXVI, 24,
à ses disciples,. Il.est impossible que scandales n'advienent : Loulesfois malheur à celuy par qui is advienent.
2 11 luy vau.
droil mieux
qu'on luy meist une pierre de meule entour de son
col, et qu’il Just jetté en la mer que scandalizer un de ces pelis.
10 Prenez garde que vous ne| trer avec un œil au Royaume de
mesprisiez un de ces petis :| Dieu,
qu'avoir deux yeux, et
car je, vous di que leurs Anges | estre jelté en la géhenne du feu:
voyent tousjours és cieux la fa-
48 Là où leur ver ne meurt
ce de mon Père quiest és cieux}, | point, et le feu ne s’esteint point:
1) Ps, XXXIV, 7.
6 Mais quiconque scandalize, etc.
Ceci semble estre adjousté pour la consolation des fidèles, afin qu'ils ne se faschent de leur condition, si le monde les mesprise. Car cela les empesche bien de se ranger à une modestie volontaire, quand ils pensént que par ce moyen ils devienent cortemptibles. Et cest une chose dure à porter, d’estre non-seulement desdaigné par les orgueilleux, mais quasi fonllèz. aux pieds. Christ accourage ses disciples de ceste consolation, Que si leur petitesse donne OCCASION au monde de leur courir sus, si est-ce que Dieu ne les mesprise pas cependañt. Toutesfois il semble qu'il a aussi eu un autre regard.
Car il s’estoit esmeu débat entre les Apostres pour le premier degré d'honneur.
Dôft il eStoit aisé à recueillir que les Âpostres estoyent entachez d’une cupidité perverse de s’eslever. Or quiconque se pläist par trop, où demande d’estre préféré à tous, il ne se peut faire que cestuylà ne tiené tort à ses frères. Pour remé-
dier à cé mal, Christ dénonce une peine
horrible à celuÿ qui par son orgueil abbatra les povres simples gens assez abbaissez en eux-mestmes. Par le mot de Scandale, il a plus compris que simplement défendu de les mespriser :
combien que quand quelqu'un ne se soucie point d’offenser et scandalizer les ihfirmes, cela ne vient d'autre chose sinon d'autant qu’il ne les ha pas en tel honneur et estime qu'il faloit. Au reste, comme ainsi soit qu’il ÿ ait diversés espèces d’offenses et scandales, il est besoin toutesfois d'entendre en général qu'emporte ce mot. Si quelqu'un par nostre faute vient à chopper ou à estre destourné du droit chemin, ou retardé, l’Escriture dit que nous offensons ou scandalizons cestuy-là.
Parquoy duiconque désire d'éviter ceste
peine laquelle Christ dénonce si estroite- :
s’il eust:
sont rien estimez devañt le monde; ét leur aide amiablement à bien cheminer en leur course : pource que Christ nous les recommande, afin qu’en les voyant noùs prenions occasion de nous humiliér volontairement : comme aussi sainct. Paul baille ceste règle aux enfans, dé Dieu, qu’ils S’'accommodent aux humbles et petis, Rom., XII, 46. Item, qu'un chacun avise à ne plaire point à, soy-mesrhe , Rom. ; XV, 1. Pource que Christ a yciexprimé le supplice de mort qni estoit lors le plus espovantable, et auquel on condamnoït les plus grans malfaiteurs, nous recueillons par da combien Dieu tient chers et précieux ceux qui sont en mespris et desdain devant le monde.
7 Malheur au monde à cause des scandales. Ce passage peut estré exposé en deux sortes : en signification activé; Que Christ maudissé ceux qui Seroïit cause du scandale : ainsi par le monde; il faudra entendre tous incrédules, Ou ei signification passive, Que Christ déplore les maux qu’il prévoit devoir advehir àu monde par les scandales : comme s’il disoit qu’il n’y aura peste plus dangereuse; ne qui soit cause de plus grande destruction, que ce qu’il adviendra que les scañdales en troubleront et desbaucheront beaucoup. Et ce sens convient mieux :
car je ne doute point que le Seigneur, ayant par une, autre occasion parlé des scandales, nait puis après .estendu.son:
propos plus loin, afin de rendre les siens plus attentifs et songneux à. se donner garde. Afin done que Satan ne nous Surprene par nostre nonchalance, le Seigneur s’escrie qu’il n’y a rien qu'il nous faille plus craindre que les scandales : car pource.que Satan en hà en main un nombre infini, il ne cesse quasi à chacun pas d’en jetter tousjours quelque nouveau devant nous : et COMME nous sommes par trop
ment, qu'il tende la main aux petis qui nedélicats ou lasches, aiséement nous suc-
Mn à
Combons et demeurons tout court. Voylà comment il s’en trouve bien peu qui avancent, moyennement en la foy de Christ :
et de ce petit nombre qui a commencé à cheminer au chemin de salut, à grand”peine s’en trouve-il de dix l'un qui persévère courageusement jusqu’à la fin. Or puis que Christ en nous donnant crainte des scandales, a voulu par ce moyen resveiller les siens, maudite est nostre paresse si chacun ne se dispose à bon escient à les surmonter vertueusement.Car il est nécessaire que scandales advienent. Le Seigneur pour mieux aiguiser le soin et la solicitude des,siens, les admonesie qu. il ne se peut faire autrement qu 11 ne leur faille cheminer par divers scandales : comme. s’il disoit que c’est un mal Ç qu On, ne peut. éviter. Ainsi ceste sentence est une confirmation de la précédente : car. par ceci Christ monstre les r'ans dangers que les, scandales apporleront, d'autant, que l'Eglise ne sera jamais pure de ce mal, et mesmes ne le peut estre. Au reste, î n° exprime point la causé dé ceste nécessité, comme fait S.
Paul en parlant des hérésies, quand il dit qu’elles s’eslèvent afin que les bons soyent manifestez, 1 Cor., XI, 19. Mais il faut tenir ce la pour résolu, que Dieu veut que les me SOyent SUjELS à scandales, afin d'exercer la foy ‘des siens, et de séparer les hypocrites, comme la balle et là paille d'avec le bon blé, Sur cela si quelqu'un murmure et se plaind que c’ést une chose absurdé que le Seigneur lasche la bride à Satan, afin qu’il “machine là ruine et erdition. des hommes : je respon. que nostire devoir est de parler et penser en toute révérence des secrets conseils de
Dieu, desquels ceci en est un, QU'il est
nécessaire que le monde soit troublé de scandales. Toutesfois malheur à l'homme. Après avoir exhorté les siens à se donner garde des scandales, derechef et crie contre ceux qui en donneront les occasions. Et afin que ceste menace soit de plus grand pois, il adjouste qu’il ne faut espargner ni l'œil dexire’. ni, la main dextre, quand çes membres- jà nous seront. en scandale.
manière d'amplification : comme S'il di-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
il charge
Car j'expose ceci, comme estant. adjousté. par
soit, Il faut si songneusement et vaillamment résister aux scandales, qu’il est plustost question arracher vos yeux, et couper vos mains, que de nourrir et entretenir les scandales. Car qui craindra de perdre ses membres, en se flattant ainsi et mignardant, il se jette en perdition éternelle. Combien donc sera horrible la vengence qui est apprestée à ceux lesquels par scandales auront donné occasion de, faire perdre et damner leurs frères ? Mais pource que ces deux versets ont esté exposés ci-dessus au chapitre cinquième, c’est assez d’avoir touché maintenant à quel propos Christ répète la mesme sentence en ce passage.
10 Prenez garde que vous ne mes-
bprisiez. Pource qu ’orgueil est Ja mère de
mespris et desdain, et engendre une hardiesse de scandalizer, à bon droict Christ pour un bon remède contre, ceste maladie, défend de mespriser les petis,, Et de faict, comme nous avons n ’aguères touché, quiconque aura tel soin qu il faut de ses frères, ne s’aventurera jamais Jégèrement à les scandalizer. Ceste conclusion du propos de Christ tend au mesme poinct que le commencement : asçavoir que nostre exercice doit estre à qui sera le plus humble et modeste, yeu, què Dieu embrasse d’une amour sing ulière les petis.
Et ce seroil une chose par, top absurde qu'un homme mortel mesprisast et, ne feist conte de ceux lesquels Dieu, tient en si grand’ estime. Il prouve ceste. arnour par ce que les Anges qui sont ministres de leur salut, jouissent familièrement de la présence de Dieu. Combien que, selon mon jugement, il n’a pas, voulu simplement monstrer comment. Dieu les traitte honorablement, en ordonnant les Anges pour leur garde : mais aussi menacer et faire peur à ceux qui les mesprisent :
comme s’il eust dit que ce n’est pas peu de chose de mespriser ceux autour desquels les Anges sont prochains et familiers pour en faire la vengence : et que pourtant il nous faut garder de mespriser leur salut, lequel les Anges mesmes ont charge de procurer et avancer. Quant à Cequ'aucuns prenent Ce passage comme si Dieu avoit assigné à chacun fidèle son Ange propre, il n’y a point de preuve so-
kG4 COMMENTAIRES
lide : car les mots dont use yei Christ, n’emporte pas qu'un Ange mait autre charge que de veiller tousjours sur cestuy-ci ou cestuy-là : et aussi cela est répugnant à toute la doctrine de lEscriture, qui dit que les Anges campent tout autour des fidèles pour les garder (Ps.
XXXIV, v. 7), et qu’un chacun fidèle n’ha pas un Ange seulement, mais plusieurs, ausquels il est commandé de le garder.
Laissons donc là ceste resverie du bon Ange et du mauvais : et contentons nous
d'avoir soin de toute l'Eglise, afin d’assister à chacun membre d’icelle selon que la nécessité le requiert, et quand besoin est. Si on demande, asçavoir si la condition des Anges est moindre que la nostre, pource qu’ils sont ordonnez pour estre nos ministres : je respon, Combien qu'ils soyent de nature plus excellente que nous, que cela n’empesche point que Dieu n’use de leur service en la dispensation de sa faveur gratuite qu’il nous porte. Pour ce regard ils sont appelez nos Anges, d’au-
de sçavoir qu’il est commandé aux Anges | tant qu'ils s’employent pour nous.