MATTH. XVIII. MARC
LUC XV
A1 Car le Fils de l’homme est venu pour sauver ce qui estoit péri.
12 Que vous semble? si un homme ha cent brebis, et qu'il y en ail une esgarée, ne laisseil pas les quatre vingts et dix-neuf, et s’en va és montagnes chercher celle qui est esgarée?
13 Et s'il advient qu'il la trouve, je vous di en vérité qu'il ha plus de joye d'elle, que des quatre vingts et dix-neuf qui n'ont point esté esgarées.
14 Aussi n'est-ce pas la volonté de vostre Père qui est és cieux, qu'un de ces pelis périsse.
{ Or tous les Péagers et gens de mauvaise vie s'approchoyent de luy pour l’ouyr.
2 Dont les Pharisiens etldes Scribes murmuroyent, disans, Cestuy-ci recoit les gens de mauvaise vie, et mange avec eux.
3 Mais il leur récita cette similitude, disant,
4 Qui est l’homme d’entre vous qui ayant cent brebis, S'il en perd une, ne laisse les quatre vingts el dix-neuf au désert, et s’en aille. aprés celle qui est perdue, tant qu'il l'ait trouvée ?
5 Et l'ayant trouvée, ne la mette sur ses espaules bien joyeux ?
6 Puis estant venu en la maison, n’'appelle ses amis el voisins, el leur dit, Esjouyssezvous avec moy, Car j ay trouvé ma brebis qui estoit perdue?
7 Je vous di, qu'ainsi ily aura joye au ciel pour un pécheur se repentant, plus que pour quatre vingts et dix-neuf justes qui n'ont que Jaire de repentance.
8 Ou quiest la femme qui ayant dix drachmes, si elle perd une drachme, n'allume la chandelle, et ballie la maison, et la cherche diligemment, jusqu'à ce qu’elle l'ait trouvée?
9 Æt quand elle l'a trouvée, elle appelle ses amies et voisines, disant, Esjouissez-vous avec moy, car j'ay trouvé la drachme que j avoye perdue.
10 Ainsi vous di-je qu'il y aura joye devant les Anges de Dieu pour un pécheur qui se repent.
A1 Car le Fils de l'homme est venu. | frères jusqu'aux plus infirmes et abjets : Christ exhorte maintenant les Apostres | pource qu’il est descendu du ciel en quamesmes par son exemple à honorer les {lité de Rédempteur pour sauver non-seu-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
lement eux, mais aussi les morts qui estoyent péris. Et c’est une chose par trop contre raison, que par nostre desdain nous rejettions ceux que le Fils de Dieu a tant estimez. Que si les infirmes ont des imperfections qui les peuvent rendre contemptibles, nostre fierté n’est pas pourtant à supporter : car il ne les faut pas estimer pour le regard de leur vertu, mais de la grâce que Christ leur a faite, à l’exemple duquel qui ne se voudra conformer, cestuy-là est trop chagrin et fier.
12 Que vous semble? S. Luc fait venir ceste similitude d’une occasion plus lointaine : asçavoir pource que les Scribes et Pharisiens murmuroyent contre le Seigneur, le voyans converser journellement avec les pécheurs. Christ donc à voulu monstrer qu'un bon et fidèle docteur ne doit pas moins travailler à recouvrer ce qui est perdu, qu'à entretenir et garder ce qu’il tient entre ses mains. Combien qu’en sainct Matthieu la similitude tend plus outre : asçavoir qu’il ne faut pas seulement entretenir en douceur les disciples de Christ, mais aussi supporter leurs fautes et imperfections : en sorte que nous mettions peine quand ils faillent de les ramener au droit chemin. Car combien qu’il leur advient quelques fois de s’esgarer et fourvoyer, toutesfois puis qu'ils sont des brebis sur lesquelles Dieu à ordonné son Fils pour Pasteur, il les faut recueillir de leur dispersion : tant s’en faut qu’il soit permis de les rejetter ou chasser rudement. Car le propos tend là, qu’il nous faut garder de perdre ce que Dieu veut estre sauvé. Ainsi que sainct Luc couche son récit, il regarde une fin un peu diverse : asçavoir d'autant que tout le genre humain est à Dieu, qu’il faut rassembler ceux qui sont eslongnez de luy : et que quand ceux qui vivoyent mal vienent à s’amender, il s’en faut resjouir ne plus ne moins qu'un homme qui recouvrera sans y penser une chose dont la perte l’avoit fort ennuyé.
10 Qu'il y aura joye devant les Anges de Dieu. Si les Anges s’esjouyssent
les uns avec les autres au ciel, quand ils voyent ramener en leur troupeau ce qui estoit esgaré, c’est bien raison que nous aussi qui y avons mesme intérest qu'eux, leur tenions compagnie en ceste resjouissance. Mais comment est-ce qu’il dit qu
la conversion d’un meschant apporte plus grande joye aux Anges, que la persévérance de plusieurs justes, veu qu'il n’y a rien où les Anges prenent si grand plaisir qu’à un train égal, et continuel fil de justice et droiture? Je respon, Combien que ce seroit une chose mieux accordante aux souhaits des Anges (comme aussi elle est plus à désirer) que les hommes persévérassent tousjours en une pure intégrité, toutesfois pource que la miséricorde de Dieu se monstre plus excellemment en la délivrance d’un pécheur, qui estoit desjà bien avant en train de damnation, et comme un membre pourri estoit séparé du Corps, il attribue aux Anges, à la façon des hommes, plus grande joye pour un bien lequel on n’eust jamais espéré. Au reste, le mot de Pénitence, en ce passage, se restraint à la conversion de ceux, lesquels estans du tout destournez de Dieu, ressuscitent comme de mort à vie. Car autrement l’exercice de repentance doit estre continuel tant que nous sommes en ce monde : et n’en y à pas un qui soit exempt de ceste nécessité, veu que les vices qu’un chacun sent en soy, le doyvent soliciter à proufiter tous les jours. Mais c’est autre chose quand un homme estant desjà au droit chemin et en bon train, encores qu’il heurte, ou choppe, ou mesme fourvoye en quelque sorte, s'efforce toutesfois de parvenir au but :
et autre, quand celuy qui estoit du tout esgaré tourne bride pour commencer à bien faire. Ceux qui ont desjà tasché et mis peine de former leur vie selon la règle de la Loy de Dieu, n’ont pas besoin de ceste repentance par laquelle on commence à bien vivre et sainctement : combien qu’il leur soit tousjours nécessaire de gémir sous les infirmitez de leur chair, et travailler pour les corriger.