‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 45 sur 58 · VO US ET NT QU IT OR · texte numérisé non relu

VO US ET NT QU IT OR

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SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

fruit, ou le gain, duquel Christ fait mention, c’est le proufit ou l'avancement de toute la compagnie des fidèles en commun, lequel tourne à la gloire de Dieu.

Car combien que Dieu n’enrichisse et ne deviene point plus grand par nostre moyen, toutesfois selon qu'un chacun proufite beaucoup à ses frères, et employe pour leur salut les dons qu'il à receus de Dieu, il est dit qu’il rapporte du fruict ou du gain à Dieu. Car le Père céleste estime tant le salut des hommes, qu’il veut allouer en ses contes tout le devoir qu’on employe en cest endroit. Au reste, afin que nous ne nous lassions en bien faisant, Christ prononce que le labeur de ceux qui s’exerceront fidèlement en leur vocation, ne sera point vain ou inutile. En sainct Luc il dit, Quw'à celuy qui a acquis cinq marcs, est donné le gouvernement de cinq villes : par lesquels mots il exprime que la gloire de son Royaume sera bien autre au dernier advénement, qu’elle n’apparoist maintenant. Car en ce monde nous travaillons et prenons grand’peine, comme manians les affaires du Maistre absent : mais lors il aura en sa main une abondance accomplie de toutes sortes de biens, pour nous enrichir et annoblir en grande magnificence. La forme de parler est plus simple en sainct Matthieu, Entre en la joye de ton Seigneur : par laquelle il signifie que ses fidèles serviteurs, desquels il aura approuvé la diligence, jouiront avec luy abondamment de tous biens en pleine félicité. Mais on pourroit demander que veut dire ce qui est adjousté après, Ostez-luy le talent, et le donnez à celuy qui ha les dix talens :

car lors ce ne sera plus la saison de traffiquer. Je respon qu’il faut avoir souvenance de Padvertissement que j’ay donné par ci-devant, Que ceux-là s’abusent qui insistent scrupuleusement sur Chacun mot. Or le vray sens est, que si maintenant les serviteurs nonchalans et lasches sont douez des dons de l'Esprit, ils en seront finalement du tout despouillez :

en sorte que leur misère et povreté honteuse redondera à la gloire des bons.

Christ dit que ces paresseux cachent le talent, ou le marc en terre : pource

que regardans à leur aise et commodité, ils ne veulent avoir aucune peine : comme nous en voyons plusieurs, lesquels estans addonnez à eux et à leur proufit particulier, s’exemptent de tous devoirs de charité, et n’ont'aucun regard à l’édification commune. Quand il est dit que le père de famille estant retourné, a appelé ses serviteurs à conte : comme les bons doyvent par cela s’accourager, voyans qu'ils ne perdent pas leurs peines, voylà aussi pour donner crainte aux paresseux et nonchalans. Parquoy apprenons tous les jours à nous soliciter de nous-mesmes , devant que le Seigneur viene, et nous appelle à conte.

24 Je cognoissoye que tu estois homme rude, moissonnant là où tu n'as point semé. Ceste rudesse dont il est yei parlé, n’est point de la substance de la parabole : et ceux-là philosophent sans propos, qui traittent sur Ce passage, comment le Seigneur se monstre rude et rigoureux envers les siens : car l’intention de Christ n’a point esté d'exprimer une telle rigueur, non plus que de louer les usures, quand il introduit le père de famille, disant, Qu'il faloit bailler l'argent à quelque banquier, afin que pour le moins l’usure feist tousjours Ja somme plus grande. Christ veut seulement dire qu'il n’y aura point d’excuse pour les paresseux, qui suppriment les dons de Dieu, et passent leur vie en oisiveté. Dont aussi nous recueillons qu’il n’y a estat plus louable devant Dieu, que ceux qui apportent quelque proufit à la société commune des hommes. Ceste sentence, À chacun qui aura, il sera donné : a esté exposée sur le chapitre treizième. Aussi quant aux éénébres de dehors, nous avons dit ci-dessus au chapitre huitième, que ce terme est mis à l’'opposite de la lumière et clarté qui est en la maison. Car pource qu’anciennement on faisoit volontiers les banquets le soir, et que par magnificence il y avoit force torches et flambeaux : pour exprimer ceux qui sont bannis du Royaume de Dieu, Christ dit qu’ils sont jettez hors aux ténèbres.

27 Luc. D’avantage, amenez yci ces miens ennemis-la, etc. En ce second

membre il semble qu’il touche principalement les Juifs: toutesfois il comprend tous ceux lesquels en l’absence du Seigneur se rebecquent pour se desvelopper de sa sujétion. Or le but de Christ est non-seulement de denner crainte à ceux qui sont tels, en leur dénonceant une vengence horrible, mais aussi d’induire

les siens à s’entretenir en la fidélité et | rébellion.

MATTH. XXI

À Et quand ils furent près de Jérusalem; et qu'ils furent venus en Bethphagé au mont des Olives, lors Jésus envoya deux disciples,

@ Leur disant, Allez ‘au village vis-à-vis de vous : et incontinent vous frouverez une asnesse liée, et un asnon avecques elle: desliez-les, et me les amenez. :

3 Que si aucun vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en ha affaire : car incontinent il les envoyera.

4 Or tout cela se faisoit, afin que fust accompli ce qui a esté dit par le Prophète, disant,

5 Dites à la fille de Sion, Foyci ton Roy qui vient à toy débonnaire assis! sur une asnesse ct le petit asnon de celle qui est sous le joug ?.

6 Les disciples donc s'en allèrent, et feirent ainsi que Jésus leur avoit ordonné.

7 Et amenérent l'asnesse et l'asnon: el meirent leurs vestemens dessus, et le feirent asseoir Sur iceux vesteinens.

8 Adonc grande multitude de peuple estendi-

1) Où, monté.

MARC XI

A Et comme ils approchoyent de Jérusalem, environ Beth-phagé et Béthanie, vers le mont des Oliviers; il envoye deux de ses disciples :

à Et leur dit, Allez en ce village qui est vis-à-vis de vous, et incontinent que vous entrerez, vous trouverez un asnon lié, sur lequel jamais homme ne se assil: desliez-le, et l’amenez.

3 El si quelqu'un vous dit, Pourquoy faites-vous ceci? dites que le Seigneur en ha affaire: et incontinent il l'envoyera yci.

4 Ils separtirent donc, el trouvèrent l’asnon qui estoit lié dehors auprés la porte entre deux chemins :

et le deslient.

5 Et aucuns de ceux qui estoyent là, leur dirent, Que failes-vous de deslier l’asnon ?

6 Lis leur dirent comme.

Jésus leur avoit commandé: et ceux-là Les laissérent aller.

7 Ils amenérent donc lasnon à Jésus, et meirent leurs vestemens sur iceluy : et il s'assit dessus.

8 ÆEt plusieurs estendoyent leurs vestemens par le chemin, les autres coupoyent des rameaux

4) Zach., IX, 9, Jean, XII, 15.

obéissance qu’ils luy doyvent comme bons sujets. Car ce n’est pas une petite tentation de veoir le royaume de Dieu dissipé par la trahison et rébellion de plusieurs. Afin donc qu’entre ces troubles nous demeurions quois, Christ nous advertit qu’il retournera, et qu’à Sa venue il se vengera contre les traistres, et.les punira de leur

LUC XIX

29 Et adveint, conime il approchoit de Bethphagé ei de Béthanie, vers la montagne qui est appelée des Oliviers, ül envoya deux de ses disciples :

30 Disant, Allez au.

village qui est vis-à-vis de vous: duquel estans entrez, vous {rouverez un asnon lié, sur lequel jamais homme ne s'assit, desliez-le, et l'amenez.

31 Que si aucun vous demande pourquoy vous le desliez, vous luy direz ainsi, Pource que le Seigneur en ha affaire.

32 El ceux qui estoyent envoyez s’en allerent, et trouvèrent ainsi qu’il leur avoit dit.

30 Et comme ils deslioyent l’asnon, ses maistres leur dirent, Pourquoy desliez-vous cest asnon ? |

34 Ils dirent, Le Seighéür en ha affaire:

35 Et le ménérent à Jésus: et jettèrent leurs eslemens sur l’asnon, puis meirent désus des- QUPE

36 Et comme il alloit ils estendoyent leurs vestemens par le chemin.

37 Et comme desjà il approchoit à là descente

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

rent leurs robbes par le chemin, et les autres coupoyent des rameaux des arbres, et les estendoyent par le chemin.

9 Et le peuple qui alloit devant, et qui suyvoit crioit, disant, Hosanna, le Fils de David:

bénit soit celuy qui vient au nom du Seigneur :

Hosanna Troy qui es és très-hauts lieux.

des arbres, et les espandoyent par le chemin.

9 Et ceux qui alloyent devant, et ceux qui suyvoyent, crioyent, disans, Hosanna, bénit soit celuy qui vient au Nom du Seigneur.

10 Bénit soit le règne de nostre Père David, lequel vient au Non du "Seigneur : Hosanna és trèshauts lieux:

de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples s’esjouissans commenca à louer Dieu à haute voix pour toutes les vertus qu'ils avoyent veues :

38 Disans, Bénit soit le Roy qui vient au Nom du Seigneur: paix soit au ciel, et gloire és lieux très-hauts.

Christ envoye ses disciples pour amener un asne : non pas qu’il fust las du travail du chemin, mais pour une autre fin:

Car pource que le temps de sa mort approchoit, il a voulu monstrer par un acte solennel, quelle estoit la nature de son Royaume. Vray est que dés son Baptesme il avoit commencé de ce faire: mais encores il faloit que sur la fin de sa vocation il en monstrast un tesmoignage. Car pourquoy est-ce qu’au paravant il s’est déporté de prendre le nom de Roy, et que maintenant il confesse librement qu’il est Roy, sinon pource qu’il se voit estre bien près du but de sa course? Ainsi donc ayant bien tost à passer d’yci-bas au ciel, il a voulu publiquement commencer son règne en terre. Or l’ordre que Christ a tenu en cest acte, estoit ridicule en soy, n’eust esté qu’il se rapportoit à la prophétie de Zacharie. Christ voulant s’attribuer la dignité royale, fait son entrée en Jérusalem, estant monté sur un asne. Voylà une belle magnificence: joint mesmes qu’il n’ha cest asne que par emprunt. Et puis il n’y à ne selle, ni autre parement, tellement que les disciples sont contraints d’estendre leurs habillemens par-dessus :

qui est chose bien honteuse, et signe de un povreéquippage. Je confesse qu’il mène une grande suite de gens : mais quelles gens ? certes qui estoyent accourus soudainement des villages circonvoisins. Les voix retentissent pour luy faire honneur, et le recevoir en grande joye et triomphe:

mais de quelles gens? certes du poyre simple populaire. Il pourroit donc sembler par tout cela, qu'il ait voulu expresséement se faire mocquer, Mais pource qu’il

avoit deux choses à faire, premièrement à monstrer quelque tesmoignage de son règne; et puis donner à entendre qu’il n’estoit point semblable aux empires terriens et ne consistoit és richesses caduques de ce monde: il luy faloit totalement tenir ce moyen. Combien que les hommes profanes pourroyent encore dire qu’il n’y avoit pas grande raison en cela, si ce n’estoit que Dieu long temps au paravant avoit prédit par son Prophète, que tel seroit le Roy qui viendroit pour donner salut au peuple. Afin donc que ceste apparence contemptible de Christ n’empesche que nous ne contemplions son Règne spirituel sous la couverture des choses yci récitées, ayons devant les yeux la Prophétie et révélation céleste, par laquelle Dieu a mieux fait triompher son Fils sous ce povre équippage, que s’il eust eu les orñemens de tous les rois du monde. Si ceste sausse n’y est, jamais nous ne prendrons goust à ceste histoire. Et pourtant ces paroles de S. Matthieu sont bien à peser, quand il dit, Que tout cela se faisoit afin que ce qui avoit esté-dit par le Prophète fust accompli. Car pouce qu'il voyoit qu’il estoit bien difficile que les hommes, qui sont d’eux-mesmes par trop addonnez à pompe et magnificence externe, recueillissent quelque proufit de ceste histoire, en considérant la chose selon le sens de la chair, sans les arrester simplement au faict, il les ramène à considérer la Prophétie.

2 Allez au village vis-à-vis de vous, etc. Veu qu'il estoit en Béthanie, il na pas demandé un asne pour éviter le travail du chemin : car il y avoit si peu de là

jusques en Jérusalem, qu’il y fust aiséement allé à pied. Mais comme les rois ont accoustumé de monter en leurs chariots ou litières, dont on les puisse veoir, ainsi le Seigneur a voulu comme resveiller le peuple à le considérer, et a voulu monstrer par quelque signe, qu’il approuvoit le recueil et les louanges du peuple qui le suyvoit, criant à haute voix, afin qu’on ne pensast point qu’il prinst cela à déplaisir, et qu’on luy attribuast l'honneur de Roy contre son vouloir. Il est incertain en quel lieu il a envoyé quérir cest asne, sinon qu’on peut bien juger que ç’a esté en quelque village ou bourgade prochaine.

Car c’est une mocquerie de Pexposer allégoriquement, de la ville de Jérusalem, comme font aucuns. L'autre allégorie ne vaut guères mieux, laquelle ils forgent sur Vasnesse et l’asnon. Ils disent que lasnesse estoit figure du peuple des Juifs, lequel de long temps avoit esté donté, et accoustumé au joug de la Loy: et que l’asnon, sur lequel! jamais homme n’avoit monté, représentoit les Gentils : et qu’ainsi Christ a premièrement monté sur l’asnesse, pource qu’il devoit commencer par les Juifs: puis après qu’il est aussi monté sur lasnon, pource qu’il estoit ordonné pour gouverner aussi les Gentils en second lieu. Et de faict, il semble que S.

Matthieu vueille dire qu’il a monté sur l'un et l’autre. Mais veu qu’on trouve tant souvent en l’Escriture de ces façons de parler, par une figure que les Latins et Grecs appellent Synecdoche, il ne se faut pas esbahir si pour un, il en nomme d'eux. Quant et quant il appert tout clairement par les autres Evangélistes, que Christ ne s’est servi que de l’asnon. D’avantage, Zacharie nous oste toute doute, lequel répète deux fois une mesme chose, selon l’usage ordinaire de la Langue Hébraïque : car voylà ses mots, Estant monté sur un asne, et sur un asnon poullain d’asnesse. £{ incontinent vous trouverez une asnesse liée, etc. Afin que les disciples ne facent aucune difficulté d’obéir promptement, le Seigneur prévient d’entrée toutes répliques. Et premièrement monstre qu’il ne les envoye pas à l’aventure, en disant qu'ils trouveront l’asnon

avec sa mère dés la première entrée du village : en après, que personne ne les empeschera de lemmener, pourveu qu’ils respondent, Qu'il en ha affaire. Or ila par ce moyen monstré approbation de sa Divinité: car il n'appartient qu'à Dieu seul de cognoistre les choses absentes, et de faire fleschir les cœurs des hommes, pour accorder ce qui Juy plaist. Car combien qu’il se pouvoit faire que le maistre ayant bonne estime de Christ, accordast volontiers qu’on prinst son asne, toutesfois de deviner s’il seroit en la maison, si on pourroit sur l’heure parler à luy, s’il se fieroit à des gens incognus, tout cela m’estoit point en la puissance d’un homme mortel. Au reste, comme Christ conferme de tous costez ses disciples, afin que ils obéissent plus alaigrement, ainsi nous voyons comment ils se rendent obéissans. En somme, l'issue démonstre que toute l’affaire estoit conduite de Dieu.

5 Dites à la fille de Sion, Foyci ton Roy qui vient à toy débonnaire !, etc.

Ceci n’est point de mot à mot au passage de Zacharie: toutesfois ce que Dieu commandoit à un Prophète de publier l’'Evangéliste lPapplique par bonne raison et bien proprement à tous fidèles Docteurs.

Car la seule espérance de laquelle les enfans de Dieu se doyvent redresser et fortifier, consistoit en ce que le Rédempteur viendroit finalement. Et pourtant le Prophète remonstre que la venue de Christ apporte aux fidèles matière de plene et parfaite joye. Car pource que Dieu ne leur est point propice autrement que par le moyen du Médiateur qui vient entre deux, et qu'iceluy mesme Médiateur délivre les siens de tous maux, que peut-il estre hors luy qui resjouisse les hommes perdus en leurs péchez, et oppressez de leurs misères? Or comme il faut nécessairement que nous soyons accablez de tristesse si Christ n’est avec nous, ainsi au contraire le Prophète admoneste les fidèles qu'ils ont de quoy se resjouir parfaitement. Il magnifie Christ par d’autres titres de louange : asçavoir qu’il est juste et Sauveur : mais sainet Matthieu n’en à prins qu’une partie, qui estoit convenable à son propos, asçavoir qu’il viendra povre ou

1) Zach, IX, 9, Jean, XII, 15. 48

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SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

humble : c’est-à-dire ne ressemblant point aux rois terriens, lesquels se monstrent en apparence magnifique et habits somptueux. Après cela, pour un signe de povreté est mis, qu’il sera monté sur lasne, ou le poullain de Pasnesse. Car il n’y à point de doute qu’il ne mette ceste monture du commun populaire à l’epposite de la magnificence royale.

6 Les disciples donc s’en allèrent, et feirent ainsi que Jésus leur avoitordonné, etc. Nous avons desjà dit ci-devant, qu’yci est louée la prompte obéissance des disciples. Car l’authorité de Christ n’estoit pas si grande, que son nom seul fust suffisant pour faire condescendre à cela des gens incognus: d'avantage les discipouvoyent craindre d’estre notez et blasmez de larrecin. Ainsi donc il appert par cela combien ils ont déféré à leur Maistre, d'autant qu’ils ne répliquent rien, mais s’avancent d’aller où il leur a commandé, se fians à ce qu'il leur a dit et promis.

Apprenons aussi à leur exemple, de passer au milieu de tous empeschemens, afin de rendre au Seigneur l’obéissance qu’il requiert de nous. Car il trouvera bien chemin en ostant tous retardemens, et ne permettra que nos peines soyent perdues.

8 Adonc grande multitude du peuple estendirent leurs robbes, etc. Les Evangélistes racontent yci que Christ à esté recognu pour Roy par le peuple. Vray est qu’il pouvoit sembler que c’estoit un jeu de petis enfans, quand le povre simple peuple, en coupant les rameaux, et estendans leurs vestemens par le chemin, luy bailloit un titre de Roy en Pair: toutesfois comme ils ont fait cela à bon escient, et ont de vraye affection de cœur monstré signe de révérence, aussi Christ les a tenus pour suffisans et bons hérauts de son royaume, et s’est voulu servir d'eux. Et ne faut point que nous nous esbahissions d’un tel commencement, veu que Mesme aujourd’huy, estant assis à la dextre du Père, de son thrône céleste il envoye de povres gens mesprisez, par lesquels sa majesté est célébrée par une façon contemptible. Je ne trouve point d'apparence à ce que disent aucuns expositeurs, que le peuple a coupé les rameaux de palmes se-

on une coustume ancienne et manière de

faire en ce jour-là: mais plustost il appert que les disciples, sans y avoir pensé auparavant, furent poussez d’une inspiration soudaine du sainct Esprit à faire cest honneur à Christ, et que le reste du peuple se meit après à faire de mesme à leur exemple. Car on peut recueillir cela des paroles de sainet Luc.

9 Hosanna le fils de David. Ceste prière est prise du Pseaume CX VII. Aussi sainct Matthieu retient expresséement des mots de la langue Hébraïque, afin que nous Sçachions que on n’a fait ce joyeux recueil à Christ témérairement, et que les disciples n’ont point prononcé des souhaits qui leur venoyent en la bouche sans avoir aucun esgard, mais que ils ont suyvi avec révérence la forme de prier que le sainct Esprit avoit monstrée à toute VEglise par la bouche du Prophète. Car combien qu’il traitte à de son Royaume, toutesfois il n’y a point de doute qu’il ne regarde, et vueille aussi induire les autres à regarder à ceste succession éternelle que le Seigneur luy avoit promise :

car il a dressé à l'Eglise une forme de prier perpétuelle, laquelle devoit avoir lieu, mesmes quand le royaume seroit décheu de son estat florissant. Ainsi c’estoit une coustume ordinaire, que tout communéement on usoit de ceste façon de prier en désirant la rédemption promise. Et de faict, l’intention de sainct Mattbieu a esté, (comme nous avons n’aguères touché) de rapporter en la Langue Hébraique un cantique solennel, pour monstrer que Christ a esté recognu Rédempteur par le commun populaire. Il est vray que la prononciation est un peu changée: car il faloit plustost dire Hoschiana, c’est-à-dire, Sauve je te prie: mais nous sçavons qu’il estbien mal-aisé de tirer des mots d’une langue en autre, qu’il n’y ait quelque changement au son. Au reste, le sainct Esprit n’a pas seulement enseigné le peuple ancien de prier ainsi journellement pour le règne de Christ, mais la mesme règle s’addresse encore aujourd'huy à nous. Et certes veu que Dieu ne veut régner qu’en la personne de son Fils, quand nous disons, Ton règne adviene, sous ce mot est compris ce que le Pseaume exprime plus clairement. D’a-

vantage, quand nous prions Dieu qu’il maintiene son Fils Roy sur nous, nous confessons que ce royaume n’est point dressé par les hommes, ne soustenu par leur vertu, mais qu’il demeure invincible par une force venant d’enhaut. Cestuy-là est dit venir au nom de Dieu qui ne s’ingère point, mais prend le royaume par le commaridement et ordonnance de Dieu.

Ce qu’on peut mieux recueillir de sainct Marc, où est adjoustée une autre prière, Bénit soit le règne de nostre père David. Car ils parlent ainsi au regard des promesses, pource que Dieu avoit déclaré qu’il se monstreroit libérateur de ce peuple: et avoit déterminé le moyen, asçavoir le restablissement du règne de David. Nous voyons donc que l’honneur de Médiateur (duquel il falait espérer la restauration de toutes choses et salut) est attribué à Christ. Au reste, veu que c’estoyent de simples gens et abjects, lesquels ont nommé le règne de Christ, Règne de David : apprenons d’yci que ceste

MATTH. MARC

doctrine estoit lors toute commune, laquelle semble aujourd’huy à plusieurs contrainte et estrange, pource qu'ils sont mal exercez en lPEscriture. Saïinet Luc adjouste ces mots, Paix soit au ciel, et gloire és lieux très-hauts : esquels il n’y auroit aucune difficulté, si ce n’estoit qu'ils n’accordent pas du tout au Cantique des Anges, lequel nous avons veu au second chapitre. Car là les Anges attribuent gloire à Dieu és cieux, et en terre paix aux hommes : yci tant la paix que là gloire est rapportée à Dieu. Toutesfois il n’y a point de discord quant au sens: car combien que les Anges monstrent plus distinctement pourquoy il faut chanter gloire à Dieu, asçavoir pource que par sa miséricorde les hommes jouissent de paix en ce monde, toutesfois ce que maintepant le peuple crie, Que paix est au ciel, emporte autant. Car nous sçavons que les povres âmes n’ont point autrement de repos en ce monde, sinon que Dieu se réconcilie avec elles du ciel. |

LUC XIX

Ai Et quand il fut approché, voyant la ville, il pleura sur elle, disant,

42 O si toy aussi eusses cognu voire au moins!, en ceste tiene journée, les choses qui appartienent à ta paix! mais maintenant elles sont cachées de devant tes yeux.

43 Car les jours viendront sur toy, que tes ennemis l'assiégeront de tranchées, et l’environneront, el enserreront de tous costez:

Ah El le raseront toy et Les enfans qui sont en toy : el ne laisseront en loy pierre sur pierre, pourtant que tu n'as cognu le temps de ta visitation.

1) Ou, à tout le moins.

&A Il pleura sur elle. Pour que Christ ne désiroit rien plus que d’accomplir l'office qui luy estoit enjoint du Père, et sçavoir que la fin de sa vocation estoit de recueillir les brebis perdues de la maison d'Israël, il désiroit que sa venue fust salutaire à tous. Ceste a esté la cause de ce qu’estant esmeu de compassion, il à pleuré pour la ruine prochaine de la ville de Jérusalem. Car en pensant que c’estoit le siége sacré éleu de Dieu, afin que l’al-

liance du salut éternel y reposast, le Sanctuaire dont devoit sortir le salut de tout le monde, il n’a esté possible qu’il ne

fust grandement marri de la destruction

d’icelle. D’avantage, en voyant ce peuple

qui estoit adopté en l’espérance de vie éternelle, périr misérablement par son ingratitude et malice, il ne faut pas s’es-

bahir s’il ne s’est peu tenir de pleurer.

Quant à ce qu'aucuns trouvent mal con-

venant que Christ ait esté marri du mal

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auquel il pouyoit bien remédier, la dificulté est facile à soudre. Car comme il est descendu du ciel afin qu’estant revestu de chair humaine il fust tesmoin et ministre du salut venant de Dieu, ainsi a-il véritablement prins les affections humaines, entant que la charge que le Père luy avoit donnée le requéroit. Et faut tousjours bien aviser en quelle qualité il parle ou s’'employe pour le salut des hommes.

Comme en ce passage, pour s'acquitter fidèlement de la commission que le Père luy a baillée, il faut nécessairement qu’il désire que le fruit de la rédemption parviene à tout le corps de ce peuple éleu.

Entant donc qu’il estoit donné à ce peuple ministre de salut, suyvant son office il déplore la ruine d’iceluy. Il estoit Dieu, je le confesse : mais toutesfois et quantes qu’il luy à falu faire office de Docteur, sa Divinité s’est comme cachée, afin qu’elle ne l’empeschast de s'acquitter de l'office de Médiateur. Au reste, en pleurant yci il a monstré non-seulement qu’il aimoit fraternellement ceux pour lesquels il avoit esté fait homme, mais aussi que Dieu avoit fait descouler en sa nature humaine l'Esprit de dilection paternelle.

40 ©Q si toy aussi eusses cognu. C’est un propos plein de grande affection, et lequel pourtant demeure coupé et imparfait, Car nous sçavons que ceux qui Sont menez d’affections véhémentes et ardentes, n’expriment qu'à demi ce qu’ils pensent : joint qu'il y a yci des affections meslées ensemble. Car non- seulement Christ ha compassion de la calamité de la ville, mais quant et quant il reproche à ce peuple ingrat son forfaict extrême, de ce que réjettant le salut qui luy est présenté, il attire volontairement sur SOy un jusement horrible de Dieu. Le mot Aussi, qui est entrelacé, est de bien grand poids.

Car Christ fait tacitement comparaison de la ville de Jérusalem aux autres villes de Judée, et mesmes de tout le monde :

en ce sens, Si encore toy, qui as un privilége singulier par-dessus tout le monde :

si, dis-je, pour le moins toy, qui es le sanctuaire de Dieu en terre, cognoissois !

Incontinent après s'ensuit une autre am-

plification prinse du temps : Combien que Jusques à ceste heure tu ayes esté vileinement et outrageusement rebelle contre Dieu, il seroïit temps maintenant pour le moins de t’amender. Car il veut dire que le jour est venu qui avoit esté ordonné par le conseil éternel de Dieu en salut à la ville de Jérusalem, et prédit par les Prophètes. Voyci le temps agréable, dit Isaïie, voyci le jour de salut, Is. XLIX, 8. 2 Cor. VI, 2. Cherchez le Seigneur quand il se peut trouver, invoquez-le quand il est près. Par le mot de Paix !, il entend (selon la façon des Hébrieux) tout ce qui est requis pour une parfaite félicité. Et il ne dit pas simplement que Jérusalem ne cognoist pas sa paix, mais les choses qui appartienent à sa paix : pource qu’il advient souvent que les hommes sçavent bien leur félicité, mais estans aveuglez de leur malice, ils n’entendent point le chemin et les moyens qu’il leur faut tenir. Au reste, veu qu'avec la compassion il y à une manière de reproche meslée parmi, notons que tant plus les hommes sont douez de dons excellens, d'autant plus méritent-ils griefve punition : pource qu'outre les péchez ordinaires il ÿ a une profanation de la grâce céleste : ce qui est un sacrilége détestable. Secondement, notons que d’autant que Dieu approche plus près de nous, et nous esclaire par la lumière de saine doctrine, tant moins sommes-nous excusables si nous laissons perdre ceste occasion.

Il est vray que la porte de salut est tousjours ouverte : mais pource qu’aucunesfois Dieu se taist, ce n’est pas un petit bien quand il nous invite à soy à haute voix et familièrement : et pourtant quand un tel bien est mesprisé, il y eschet une vengence plus rigoureuse. Mais maintenant elles sont cachées de devant tes yeux. Ceci n’est pas dit pour amoindrir la faute de la ville de Jérusalem : car plustost yci est touchée par reproche sa stupidité monstrueuse, qu'ayant Dieu en présence elle ne l’apperceoit point. Je confesse bien que c’est à Dieu seul d’ouvrir les yeux des aveugles, et qu’il n’y a homme disposé à recevoir les mystères du royaume céleste, si Dieu ne l’illumine au 1) Is., LY, 6.

dedans par son S. Esprit : mais il ne s’ensuit pas pourtant que les hommes périssans par ‘leur aveuglement brutal, . soyent excusables. D'avantage, Christ a voulu yei oster un scandale qui pouvoit autrement retarder les ignorans et infirmes. Car pource que tout le monde jettoit ses yeux sur ceste ville-là, l'exemple d'icelle pouvoit faire beaucoup d’une sorte et d'autre, c’est-à-dire tant en mal comme en bien. Afin done que l’incrédulité d’icelle, et son fier mespris de l'Evangile n’arreste personne, Christ dit yci qu’elle est vileinement aveuglée.

43 Les jours viendront sur soy, etc.

I parle maintenant comme ayant la personne de juge, et se courrouce asprement contre Jérusalem. Voylà comme en font aussi les Prophètes. Car combien qu’ils pleurent de pitié et compassion qu’ils ont de la ruine de ceux desquels ils doyvent

de reprendre courage, et se renforcer

pour entonner les menaces rigoureuses :

pource qu'ils sçavent que non-seulement il leur est commandé d’avoir soin du salut des hommes, mais aussi qu’ils sont ordonnez comme héraux et trompettes pour publier le jugement de Dieu. Au reste, Crist prononce yci que Jérusalem soustiendra une punition horrible pour n'avoir point cognu le temps de sa visitation : c’est-à-dire, pource qu’elle n’a tenu conte du Rédempteur qui luy éstoit offert, et n’a point voulu recevoir la grâce d’iceluy. Or il faut que maintenant la mémoire des peines horribles qu’elle a soustenues, nous serve aujourd’huy pour nous donner crainte, afin que par nostre nonchalance nous n’esteignions la lumière de salut, mais que nous avisions songneusement à recevoir la grâce de Dieu, voire mesmes que nous courions au-devant

avoir soin : toutesfois ils ne laissent pas | d’un grand courage.

MATTH. XXI

10 Et quand il fut entré en Jérusalem, toute la cité fut esmeuê, disant, Qui est cesduy-ci?

A1 Et le populaire disoit, C'est Jésus le Prophète, de Nazareth en Galilée.

12 Et Jésus entra au temple| furent partis de Béthanie, il eut

de Dieu, et chassa hors tous ceux qui vendoyent et achetoyent au temple : el renversa les tables des changeurs, et les selles de ceux qui vendoyent des pigeons. |

13 Et il leur dit, Il est escrit, Ma maison sera appelée maison d'oraison: mais vous en avez fail une caverne de brigans.

A4 Adonc des aveugles et des boilteux veindrent à luy au temple, et il les quaril.

15 Mais quand les principaux Sacrificateurs el les Scribes eurent veu les merveilles qu'il avoit faites, et les enfans crians au temple, et di-

MARC XI

A1 Ainsi Jésus entra en Jéru-| 39 Adonrc salem, el au temple : et quand il| aucuns Phaeut tout regardé de tous costez, | risiens de la et que desja il estoit tard, il sor-| troupe luy di. tit pour aller en Béthanie avec les | rent, Maisdouze. tre, repren !.

12 Et le lendemain quand ils | tes disciples. 40 Luyres- Jaim. pondant leur 13 El voyant de loin un figuier | dit, Jevous di qui avoit des fueilles, il y alla|que si ceuxpour veoir S'il y trouveroit quel- | ci se taisent, que chose : et estant venu à ice-|les pierres

luy, Ü n'y trouva rien, sinon des Jueilles : car il n'estoit pas la saison des figues. |

14 Lors Jésus respondant luy dit, Que plus à jamais de toy nul ne mange fruit. Et ses disciples le ouyrent.

15 Ils veindrent donc en Jérusalem. Et quand Jésus fut entré au temple, ilse print à jetter hors ceux qui vendoyent et achetoyent au temple, et renversa les tables des changeurs, et les selles de ceux qui vendoyent les pigeons:

LUC XIX

soudain crieront.

Un peu après.

45 Puis estantentré au temple, il se printà jetter hors ceux qui vendoyent et achetoyent en iceluy, 46 Leur disant, Ilestescrèl, Ma mai

1) Ou, menace, tanse

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

sans, Hosanna, le fils de David : ils en furent courroucez,

16 Et luy dirent, Ois-tu ce que ceux-ci disent? Et Jésus leur dit, Ouy bien, ne leustesvous jamais, Tu as accompli la louange par la bouche des enfans et de ceux qui tettent ?

17 Et les ayant laissez, sortit hors de la ville, pour s’en aller en Béthanie, et se logea là.

18 Le matin comme ilretour.

noît en la ville, il eut faim.

19 Et voyant un fiquier qui estoit sur le chemin, il s'y addressa, et n'y trouva rien sinon des fueilles seulement. Et luy dit, Que de toy ne naisse fruit à jamais, Et incontinent le fiquier sécha.

20 Les disciples ayans veu cela, s’esmerveillèrent, disant, Comment est le fiquier inconlinent devenu sec?

21 Et Jésus respondant leur dit, Je vous di en vérité, pourveu que vous ayez foy, et que ne soyez point en doute, nonseulement vous ferez ce quia esté fait au figuier, mais aussi si vous diles à ceste montagne, Oste-toy, et te jette en la mer, il sera fait.

22 Ettoutes choses que vous demanderez en oraison, en croyant, vous l'obtiendrez.

1) Ps., VII, 2.

A6 £t ne permettoilt point que personne porlast aucun vaisseau par le temple.

17 Et enseignoit, en leur disant:

N’est-l pas escril, Ma maison sera appelée maison d’oraison par toutes nations? mais vous en avez fait une caverne de brigans.

18 Ce que les Scribes et les principaux Sacrificateurs oyans, cherchoyent comment ils le mettroyent à mort: car ils le craignoyent, à cause que tout le populaire s’estonnoit de sa doctrine.

19 Æt le soir venu, Jésus sortit hors de la ville.

90 Et le matin comme ils passoyent auprès du figquier, is le veirent séché jusques aux racines.

21 Alors Pierre s’estant souvenu, lui dit, Maistre, voyci, le fiquier que tu as maudit, est sé- Ché.

92 Et Jésus respondant leur dit, Ayez la foy de: Dieu.

23 Je vous di en vérité, que quiconque dira à ceste montagne, Oste-loy, et te jette en la mer : el ne fera point de difficulté en son cœur, mais croira que ce qu’il dit se fera, tout ce qu'il aura dit, luy sera fait.

24 Pourtant je vous di, tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le receverez, et il vous sera fait.

son est maison doraison : el Tous

en avez fait une caverne de brigans.

47 Et estoit tous les jours enseignant au temple.

Et les principaux Sacrificateurs, et les Scribes, et les principaux du peuple taschoyent à le faire mouvir.

48 Mais ils ne trouvoyent chose qu'ils luy peussent faire:car tout le peuple estoit Jort attentif à l'ouir.

Sainct Matthieu et sainct Marc ont quelque diversité au récit qu’ils font du figuier séché. Car sainct Matthieu dit que cela fut fait le lendemain du jour que Christ s’estoit monstré publiquement Roy : mais il semble que sainct Marc remette cela au jour ensuyvant encore après. Toutesfois la solution en est facile : car ils s'accordent bien en ce poinct, que Christ maudit l'arbre en venant en la ville le lendemain de son entrée solennelle : il y a seulement que sainct Marc exprime ce que sainct Matthieu avoit omis, que le jour ensuyvant les disciples prindrent garde à ce qui estoit advenu à

l'arbre Aïnsi done, combien que sainct Marc note plus distinctement l’ordre du temps, toutesfois il n’ha rien de divers.

Mais il semble qu’il est bien plus apertement différent tant de sainct Matthieu que de sainct Luc, en l’histoire des marchans chassez hors du temple. Car les deux autres disent qu'incontinent que Christ entra en la ville et au temple, il meit hors ceux qui vendoyent et achetoyent : sainct Marc dit simplement qu’il regarda tout à l’entour : et puis il remet à l’autre jour ensuyvant ceste réformation du temple.

Quant à moy, je les accorde en ceste Sorte, asçavoir que sainct Marc ayant omis

à parler comment le temple fut repurgé, entrelace puis après cela en un autre lieu. I] raconte que le premier jour Christ veint au temple, et là regarda tout autour ce qui s’y faisoit. Or à quel propos eustil si songneusement jetté la veuë d’un costé et d’autre, sinon pour corriger quelques abus? Car veu qu’il avoit accoustumé au paravant de fréquenter au temple, il ne faut pas penser qu’il ait trouvé la chose nouvelle, et que cela Pait incité à regarder ainsi. Au lieu que sainct Marc devoit mettre incontinent après comment Christ chassa du temple ceux qui vendoyent et achetoyent, il dit qu’il sortit hors la ville : mais ayant omis cela qui estoit bien digne d’estre récité, il le met après. Si d'aventure on n’aimoit . mieux dire que sainct Marc a en ceste histoire aussi observé de plus près Pordre du temps, auquel les deux autres ne se Sont pas arrestez. Car combien qu’ils semblent par leur récit vouloir dire que cela ait esté fait tout d’un train, toutesfois pource qu’ils n’expriment aucun jour certain, il n’y auroit point de mal de séparer ce qui est par eux couché tout d’un fil. Toutesfois l’autre conjecture que j’ay mise premièrement, me semble plus convenable. Car il est vraysemblable que Christ feit cest acte de sa puissance en grande présence de peuple. Mais tant y a que quiconque considérera comment les Evangélistes ont esté peu scrupuleux à marquer les temps, cestuy-là ne se scandalizera point de la diversité qui esten ce récit.

10 Et quand il fut entré en Jérusalem, toute la cité fust esmeue. Sainet Matthieu raconte que la ville fut esmeuë, afin que nous sçachions que la chose fut faite non point secrètement et sans faire bruit, mais devant les veux de tout le peuple : et que mesmes les Sacrificateurs et les Scribes n’en estoyent pas ignorans.

Parquoy il faut bien dire que sous ceste apparence contemptible de la chair, la majesté de l’Esprit se soit fait sentir. Car comment eussent-ils enduré avec un grand danger pour eux, que Christ feist son entrée en la ville comme Roy avec grande suite de gens, sinon que ils estoyent estonnez? L’Evangéliste done veut dire en

somme, que l’entrée de Christ ne fut point une chose faite en cachette, et que ce que ses ennemis se sont tenus quois sans Juy donner empeschement, ce n’estoit pas qu’ils n’en teinssent conte, ou qu’ils estimassent cela une mocquerie, mais plustost qu’ils ont esté retenus d’une crainte en eux-mesmes, asçavoir pource que Dieu les avoit espoyantez et effrayez, en sorte qu’ils n'osoyent rien attenter à encontre.

Cependant yci est touchée la lourde stupidité de ceux de la ville, et le bon zèie ef saincte affection de ceux de dehors.

Car veu que les habitans oyans le bruit

demandoyent, Qui est cestuy-ci? Cest bien à dire qu’ils n’estoyent pas de la suite de Christ pour l’accompagner

12 Et Jésus entra au temple de Dieu, et chassa hors, etc. Combien qu’il montast souvent au temple, et veist cest abus devant ses yeux, toutesfois il y a mis la main seulement deux fois pour le corriger : la première, quand il commença à exercer son office d’ambassadeur : et l’autre maintenant qu’il estoit presque venu au but. Mais combien que là dedans régnast une confusion honteuse et profane, et que le temple avec les Sacrificateurs s’en allast en ruine, Christ s’est contenté de reprendre deux fois publiquement la profanation d’iceluy.

Quand donc il s’est manifesté Docteur et Prophète envoyé de Dieu, il a entrepris l'office de purger le temple, afin de mieux resveiller les Juifs, et les rendre plus attentifs. Et quant à ceste première histoire, il n’y a que sainct Jehan seul

qui en face mention au 2e chapitre. Mais

maintenant Christ sur la fin de son temps s’attribuant derechef la mesme puissance

et authorité, advertit les Juifs des pollu- À

tions du, temple, et quant et quant monstre qu’il y aura en brief une restauration nouvelle. Cependant il n’y à point de doute qu’il s'est en ceci mon$tré Roy et souverain Sacrificateur, gouverneur et conducteur du temple, et du service de

Dieu. Ce qui est bien à noter, afin qu'un «

chacun particulier n’estime qu’il luy soit ”} permis d’en faire autant. Il est vray que tous fidèles doyvent avoir le zèle, duquel Christ a esté poussé en faisant ceci :

mais afin que sous couleur d'imitation

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

quelqu'un ne s’ingère témérairement, il faut regarder ce que porte nostre vocation, et jusques où nous pouvons passer suyvant le commandement de Dieu. S'il y a quelques souilleures qui soyent entrées en l'Eglise de Dieu, il faut que tous enfans de Dieu s’en sentent au dedans navrez d’ennuy : mais pource que Dieu n’a pas armé la main à tous, que les particuliers gémissent jusqu'à ce que Dieu y mette remède. Je confesse bien qu’il faut que ceux-là soyent plus que stupides, ausquels la pollution du temple de Dieu ne fait point mal au cœur, et que ce n’est pas assez quand un homme en sera desplaisant en soy-mesme, sinon que quant et quant il se garde de se souiller en y communiquant, et qu’il donne à cognoistre par sa bouche, toutes fois et quantes que l’occasion se présentera, qu’il désire un changement en mieux. Mais ceux qui n’ont poiut lauthorité publique, qu'ils combatent de leur langue, laquelle ils ont libre, contre les vices ausquels ils ne peuvent remédier par voye de faict.

Toutesfois on pourroit demander, Veu que Christ voyoit le temple rempli de lourdes superstitions, pourquoy a-il seulement corrigé cest abus léger et tolérable au regard d’icelles? Je respon que Christ n’avoit pas ce but de remettre toutes les sainctes cérémonies en leur premier estat et ancien usage, et qu'il n’a point yei choisi les plus grans ou les plus petis vices pour les corriger : mais qu’il a seulement eu cest esgard, de donner à cognoistre par un acte manifeste et solennel], que Dieu luy avoit baillé cest office et authorité de repurger le temple :

et quant et quant monstrer que le service de Dieu estoit corrompu d’un abus lourd et évident. Il est vray que ceste façon de dresser là un marché, qui estoit pour relever le peuple de peine, avoit bien quelque couleur, asçavoir afin qu’il ne falust aller loin chercher des bestes pour les sacrifier d'avantage, afin que chacun peust promptement trouver telle pièce d'argent qu’il vouloit présenter. Aussi les changeurs n’avoyent pas leurs tables dressées au sanctuaire : semblablement les bestes

qu'on amenoit vendre pour les sacrilices n’y estoyent pas : mais tout cela se fai-

soit au parvis seulement, lequel est quelque fois nommé le temple. Toutesfois pource qu’il n’y a rien moins convenable à la majesté du temple, que de dresser là une foire, et d’en faire un marché, et de veoir là des banquiers tenans le change, ceste profanation n’estoit aucunement à supporter. Et Christ s’est plus vivement eschauffé à l’encontre, pource qu’il estoit tout notoire que ceste coustume avoit esté introduite par l’avarice des Sacrificateurs, pour une cupidité de gain deshonneste.: Car comme celuy qui entre en une boutique bien garnie de toutes sortes de marchandises, combien qu'il eust délibéré de ne rien acheter, toutesfois en regardant il est tellement affriandé qu’il change de propos : ainsi les Sacrificateurs tendoyent comme des rets pour avoir plus d’offrandes , afin qu'il n’y eust personne duquel ils n’attrappassent quelque chose.

43 Il est escrit, Ma maison sera appelce, etc. Christ allègue deux tesmoignages prins de deux Prophètes : l’un du chapitre LVI d’Isaïe, 7, et l’autre du Vile de Jérémie, 44, Or ce qui est escrit en Isaie convenoit fort bien à la circonstance du temps : car là est prédite la vocation des Gentils. Isaie donc promet que Dieu fera non-seulement que le temple recouvrera sa majesté première, mais aussi que tous peuples s’y rangeront de tous costez, et que tout le monde s’accordera à la vraye et droite cognoissance de Dieu, Il est vray et bien certain qu’il parle par métaphore et similitude : car les Prophètes voulans exprimer le service spirituel de Dieu qui devoit estre sous le règne spirituel de Christ, le descrivent par des termes des figures de la Loy.

Certes jamais cela n’a esté accompli, que tous peuples soyent montez en Jérusalem pour adorer. En disant donc que le temiple sera le lieu de prière à toutes nations, ceste manière de parler emporte autant comme s’il eust dit que les Gentils seront adjoustez à l'Eglise de Dieu, afin que d’un bon accord ils mvoquent le vray Dieu avec les enfans d'Abraham : mais pource qu’il fait mention du temple, entant que c’estoit lors le siége visible de la vraye religion, à bon droict Christ re-

proche aux Juifs qu’ils font servir ce lieu-là à des choses mal convenables, et autres que celles pour lesquelles il estoit ordonné. Ainsi donc le sens est, Dieu a voulu que ce temple demeurast jusques aujourd’huy comme un signe, sur lequel tous ses serviteurs eussent les yeux fichez. C’est donc une grande mocquerie et vilenie détestable, de le profauer ainsi, et en faire une foire, Au reste, du temps de Christ ce temple estoit vrayement la maison d’oraison : asçavoir cependant que la Loy avec ses ombres a duré : mais il a commencé à estre maison doraison à toutes nations, quand la doctrine de l'Evangile a retenti de ce lieulà, par laquelle tout le monde à esté uni à une mesme foy. Et combien qu’un peu après il ait esté destruit et renversé du tout, toutesfois l’accomplissement de ceste prophétie se voit encores aujourd’huy.

Car pource que la Loy est procédée de Sion, il faut que tous ceux qui veulent deuement prier, regardent à ce commandement. Je confesse bien qu’il ne faut point faire différence de lieux, pource que Dieu veut estre invoqué par tout :

mais comme il est dit des fidèles qui font profession de servir le Dieu d'Israël, qu'ils parlent la langue de Chanaan :

ainsi il est dit de mesme qu’ils vienent au temple, pource que de ce lieu-là est procédée la vraye religion. Et aussi c’est ceste source des quatre fleuves desquels parle Ezéchiel, chap. XL VIE, 4, qui doyvent arrouser les quatre coins du monde.

Aujourd’huy combien que nous-nous servions de temples pour faire les sainctes assemblées, toutesfois ce n’est pas de mesme comme C’estoit du temple de Jérusalem. Car depuis que Christ à esté manifesté par son Evangile , il ne nous faut plus avoir de représentation externe d'iceluy sous des ombres et figures, comme ont jadis eu les Pères en la Loy.

D’avantage , il faut noter que sous le mot d’'Oraison, le Prophète comprend tout le service de Dieu. Car combien qu’il y eust lors un grand nombre et diversité de cérémonies, toutesfois Dieu a voulu en un mot enseigner les Juifs à quel but il les faloit toutes rapporter :

c’est asçavoir à. ce qu'ils le servissent

spirituelement , comme il est encore mieux exprimé au Pseaume L. Car en ce lieu-là aussi Dieu ramène à la prière tous les exercices de piété. Mais vous en avez fait une caverne de brigans.

Christ signifie que la complainte de Jérémie convient aussi bien à son temps comme elle faisoit lors, veu qu’il n’y a pas moins de corruptions au temple. Le Prophète crie contre les hypocrites, lesquels se fians au temple se dispensoyent de pécher plus hardiment. Car au lieu que l'intention de Dieu estoit de duire et façonner les Juifs à une vraye piété par ces signes externes, Comme par petis rudimens, et aides familières, ils se contentoyent de fréquenter le temple pour avoir quelque couverture : comme sil suffisoit de s'acquitter des cérémonies externes : ainsi que nous voyons que c’est la coustume ordinaire des hypocrites, de convertir la vérité en mensonge. Or le Prophète crie au contraire, que Dieu n’est point enclos dedans le temple, ou attaché aux cérémonies : et que pourtant ils prenent faussement le nom du temple, veu qu’ils en ont fait une caverne de brigans. Car comme les brigans sont plus hardis à mal faire estans en leurs cavernes, pource qu’il leur semble qu’ils sont en seureté, et que personne ne les en punira : ainsi les hypocrites se fortifient d’une vaine couverture de piété et saincteté,-et en devienent plus fiers et audacieux, en sorte qu’il leur semble quasi qu’ils tromperont Dieu.

Au reste, pource que la métaphore et similitude de Caverne, s’estend à toutes corruptions , Christ accommode le passage du Prophète fort proprement à son propos. Sainct Marc adjouste que Christ défendoit que personne ne portast vaisseau par le temple : Cest-à-dire quil.

ne voulut souffrir que là fust veue chose qui fust mal-séante au service de Dieu.

Car les Hébrieux par le mot de J'aisseau, comprenent tout meuble, mesnage et utensile. En somme, Christ osta tout ce qui contrevenoit à la révérence et majesté du temple.

14 Adonc des aveugles et des boiteux veindrent à luy, etc. Afin que lauthorité extraordinaire qu’il avoit prise ne

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

fust attribuée à témérité, il l’a maintenue et approuvée par miracles. I] a donc guari au temple les boiteux et aveugles, afin de monstrer qu’il avoit vrayement l’honneur et authorité du Messias : car les Prophètes pour le marquer luy attribuent ces choses. Dont derechef nous voyons ce que j'ay dit un peu devant, qu’il n’appartient pas à un chacun particulier d’imiter cest acte de Christ, de peur de s’eslever inconsidéréement au thrône du Messias. Il faut bien certes entendre que les boiteux et aveuglés qui furent guaris, ont esté tesmoins de la vertu divine de Christ, ne plus ne moins comme si Dieu eust denhaut approuvé par sa voix les louanges que le peuple avoit proclamées en l'honneur de Christ.

15 Mais quand les principaux Sacrificateurs et les Scribes, etc. S. Luc dit que les Pharisiens commencèrent à gronder, Christ estant encore en chemin. Il n’y avoit lors que les disciples qui criassent : les autres vouloyent que Christ les feist taire. Il respond qu'ils perdent leur peine de vouloir empescher cela : pource que Dieu fera plustost crier les pierres, que de laisser abolir la mémoire du règne de son Fils. Or il est vray-semblable, pource qu’on ne cessoit de crier les louanges de Christ, et que mesmes les enfans s’y mettoyent après, que cela à encore fait plus grand despit aux Scribes et Sacriticateurs, et que lors ils sont venus derechef aborder Christ. Il semble qu'ils le picquent obliquement, en luy objectant qu'il fait chanter ses louanges par les enfans. Mais il faut noter la cause de leur despit. Il est bien vray qu'il y avoit une malignité enragée, et un mespris outrageux de Dieu meslé parmi : et on le voit en ce que les miracles de Christ ne les faschent pas moins que ce que le peuple crioit à sa louange. Mais je demande maintenant quelque chose plus spéciale : de quoy c’est qu'ils se sentoyent plus fort picquez. Nous sçavons comment ils combatoyent fort et ferme pour meintenir leur authorité : car ils estoyent transportez d’une grande affection, à ce que la tyrannie qu’ils avoyent une fois usurpée leur demeurast entière.

Or c’estoit bien pour rongner beaucoup

de leur domination, s’il eust esté permis au peuple d'attribuer à Christ le nom de Roy. Jusqu’aux plus petites choses ils vouloyent que leurs déterminations fussent tenues pour arrests ou révélations célestes, en sorte qu’il ne fust permis d'approuver ou rejetter aucune chose qu’à leur fantasie. Et pourtant il leur semble qu'il n’y a point d'ordre ne de raison que le peuple baille le titre de Messias à un duquel ils ne font aucune estime. Et certes s’ils eussent bien fait leur devoir, ils devoyent estre comme capitaines, et marcher tousjours les premiers pour adresser le peuple. Car les Sacrificateurs estoyent ordonnez afin que de leurs lèvres sortist la science de la Loy, et que tout le peuple allast à eux pour estre instruit: en somme, afin qu’ils fussent Anges et ambassadeurs du Dieu des exercites. Mal. Il, 7 Mais pour ce qu'ils avoyent meschamment esteint la lumière de vérité, Christ respond bien à propos qu’ils ne gaignent rien en tas- Chant de supprimer la doctrine de salut :

pource qu’il faudra plustost qu’elle sorte de dedans les pierres. Or ceste façon de parler emporte tacitement une econcession. Car Christ ne nie pas que cela ne soit contre tout le droit ordre, que le simple peuple ignorant, et les enfans magnitient les premiers par leur voix la venue du Messias : mais pource que ceux qui devoyent estre les vrais tesmoins de la vérité, l’ensevelissent malicieusement, que ce n’est pas de merveille si Dieu en suscite d’autres, et choisit des enfans à leur grand’honte. De ceci nous revient une consolation qui n’est pas petite. Car combien que les malins essayent et s’efforcent par tous moyens de couvrir et mettre sous les pieds le royaume de Christ, afin qu’il n’en soit plus parlé, voyci toutesfois un passage qui nous asseure qu’ils perdent leur peine. Il leur semble, quand de la multiude de ceux qui avancent le royaume de Christ, ils en auront mis à mort les uns et fermé la bouche aux autres, en les intimidant, qu’ils viendront à bout de leurs atteintes.

Mais le Seigneur les trompera bien : car plustost il baillera bouches et langues aux pierres, que de souffrir que le

royaume de son Fils Jésus-Christ soit sans teSMOoins.

16 Ne leustes-vous jamais, Tu as

accompli ta louange, etc. Les Scribes et Sacrificateurs prenent occasion de calomnier sur ce que Christ soufroit d’estre nommé Roy par des enfans : comme tousjours c’est la façon des iniques, de despriser fièrement la petitesse et basse condition des disciples de Christ. Mäis pour repousser leur malice, il prend le tes:

moignage de David (Ps. VIII, 2) qui fait mesmes les petis enfans tesmoins pour annoncer la gloire de Dieu. Il y a ainsi de mot à mot au Pseaume, De la bouche des enfans et tettans tu as fondé ta force.

Par cela David signifie que quand toutes bouches seroyent closes, et toutes langues se tairoyent, Dieu ne veut point d’autres rhétoriciens pour prescher la grandeur de sa gloire, que les petis enfans qui sont encore à la mammelle de la mère. [l est vray qu’ils ne parlent point : mais la providence admirable de Dieu, laquelle reluit en eux, est comme une douce éloquence retentissante haut et clair. Car qui considérera bien en soymesme comment l'enfant est engendré au ventre Ge la mère, et est là maintenu et gardé l’espace de dix mois, comment puis après il vient au monde, et trouve sa nourriture toute preste si tost qu’il est nay, non-seulement il sera contraint de confesser que Dieu est créateur et conducteur du monde, mais aussi il entrera en une grande admiration de sa puissance et sagesse infinie. Semblablement combien que le soleil et la lune soyent des créatures muettes, toutesfois il est dit qu’elles ont comme une voix haute et claire pour chanter les louanges de Dieu, Ps. XIX, 3. Or puis que les tesmoignages de la puissance de Dieu résonnent en la langue des enfans, Christ recueille de là que ce n’est pas chose estrange s’il fait sortir propos de louange de la bouchedes enfans qui sçavent desjà parler.

18 Le matin comme il retournoit en La ville, il eut faim, ete. Entre ceste entrée solennelle (de laquelle il a esté parlé) et le jour de Pasques, il logea en Béthanie la nuit : et le jour il comparut au temple pour enseigner. CependantS, Matthieu

et S. Marc récitent ce qui adveint entre deux: asçavoir que Christ eut faim en venant en la ville, et qu’il s’approcha d'un fiquier : et n’y trouvant rien que les fueilles, il le maudit: et qu’incontinent Parbre maudit par luy, sécha. Au reste, je tien pour certain que Christ n’a point fait semblant d’avoir faim, mais que vrayement il avoit, Car nous sçavons qu’il s’est volontairement assujeti aux infirmitez de nostre chair, combien qu’il en fust exempt et libre de sa nature. Mais la difficulté est, asçavoir comment il s’est abusé en cherchant du fruit en un arbre où il n’y en avoit point: mesmement veu que ce n’estoit pas la saison de ce fruit-là: en après, pourquoy il s’est si rudement courroucé contre l’arbre qui wen peut mais. il n’y aura point d’absurdité quand nous dirons que selon l’homme il n’a pas cognu de loin la sorte de l’arbre: toutesfois il se peut faire que de propos délibéré il s’en est approché, sçachant bien lissue. Certes Ce n’a point esté une impétuosité de cholère qui l’a fait maudire l’arbre : car la vengence eust esté non-seulement injuste, mais aussi puérile et ridicule. Mais pource que selon le sens de la chair, la faim luy donnoit peine et le faschoït, il s’est mis à la vouloir surmonter par une affection contraire, asçavoir en avanceant la gloire du Père: comme il dit en un autre lieu, Jehan, IV, 34, Ma viande est, que je face la volonté de mon'Père, Car lors aussi il combatoit contre la lasseté et contre la soif. Et mon opinion encline plus à ceste conjecture, que la faim luy à donné occasion de faire miracle, et d'enseigner les siens. Ainsi donc estant pressé de faim, et n'ayant aucune viande à main, il se repaist d'autre part : asçavoir en avanceant la gloire de Dieu. Cependant il a voulu monstrer par signe externe en cestarbre, quelle issue auront finalement les hypocrites, et quant et quant descouvrir Combien leur ostentation est vaine et sotte,

19 Que plus de toy ne naisse fruit, etc. Apprenons d’yci que c’est qu’emporte le mot de Maudire: asçavoir que l’arbre est condamné à demeurer stérile: comme au contraire, Dieu bénit, quand par son commandement il donne fertilité. Aureste, il appert plus clairement de sainet Mare,

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

que le figuier ne sécha pas sur l’heure, ou pour le moins que les disciples n’y

. prindrent point garde jusqu’au lendemain qu’ils le veirent sans verdure. S. Marc attribue à Pierre seul ce que S. Matthieu dit de tous les disciples en général. Mais veu què Christ respond par le nombre pluriel, il est vray-semblable que l’un de la compagnie a fait la demande au nom de tous.

21 Et Jésus respondant leur dit, etc.

Christ estend plus loin l'usage de ce miracle, asçavoir pour inciter ses disciples à foy et fiance. En sainct Marc il y a premièrement une exhortation générale, 4yez la foy de Dieu: et puis s’ensuit la promesse, Qw’ils obliendront par foy tout ce qu’ils demanderont à Dieu. Avoir la Joy de Dieu, vaut autant comme attendre et s’asseurer certainement d’avoir de Dieu tout ce qui fera besoin. Mais pource que la foy, s’il y en à en nous, se résout incontinent en prières, et entre jusqu'aux thrésors de la grâce de Dieu qui luy ont esté monstrez par la Parole, afin d’en jouir: pour ceste cause Christ après la foy met la prière. Car s’il eust dit seulement que tout ce que nous désirerons adviendroit, il eust semblé à d’aucuns que la foy fust présomptueuse et audacieuse, ou bien du tout sans soin. Et pour ceste cause Christ monstre qu’il n’y a gens qui croyent vrayement, sinon ceux lesquels se fians en sa bonté et en ses promesses, recourent humblement à luy. Or ce passage est bien notable pour monstrer la vertu et nature de la foy: asçavoir que c’est une certitude s'appuyant sur la bonté de Dieu, laquelle ne receoit aucune doute.

Car Christ ne recognoist point pour croyans Sinon ceux qui sont certainement résolus que Dieu leur est propice, el ne doutent point qu’il leur donnera ce qu’ils demandent. Dont nous voyons Comment les Papistes sont ensorcelez d’une resverie diabolique, lesquels meslent avee la foy, doute et incertitude: et mesmes nous accusent de folle présomption, de ce que nous osons nous présenter devant

. Dieu estans asseurez de sa faveur paternelle envers nous. Mais sainct Paul (Eph.,

Ill, 42) insiste principalement à monstrer que nous avons ce bénéfice par Christ, que par la foy d'iceluy nous avons hardiesse de comparoistre devant Dieu avec fiance. D’avantage, ce passage monstre que le vray examen de nostre foy est en prières. Si quelqu'un dit que jamais ces souhaits ne furent accomplis, Que les montagnes se soyent jettées en la mer :

la response est facile, que Christ ne veut pas yci lascher la bride aux souhaits des hommes pour leur donner congé de désirer tout ce qu’ils voudront: veu qu’il met les prières après la règle de foy, et veut qu’elles soyent conduites par icelle, Car par ce moyen il faut nécessairement que le sainçt Esprit range en obéissance toutes nos affections, les tenant sous la bride de la parole de Dieu. Christ requiert une asseurance certaine d’obtenir, et sans douter. Et où le pourra prendre l’esprit humain, sinon de la parole de Dieu? Nous voyons donc maintenant que Christ ne promet rien à ses disciples, sinon qu'ils se tienent au-dedans des limites du bon plaisir de Dieu.

47 Luc. Et estoit tous les jours enseignant au temple. Sainct Marc et sainct Luc monstrent premièrement de quelle sorte de gens consistoit l'Eglise :

asçavoir d’une multitude du commun populaire : en après, quels ennemis Christ a eus : asçavoir les Sacrificateurs et les Scribes, et tous les plus grans. Or ceci est une partie de la folie de la croix, que Dieu en laissant l'excellence du monde, choisit ce qui est fol, foible et mesprisé. Puis après ils racontent comment ces bons supposts et piliers de l'Eglise de Dieu ont cherché de faire mourir Christ: en quoy s’est descouverte leur meschante impiété. Car encore qu’ils eussent eu juste occasion de le poursuyvre, toutesfois si ne faloit-il pas y procéder comme par brigandage, ou attitrer secrètement quelques fins meurtriers. Pour le troisième, ils monstrent que la meschante conspiration de ces mal-heureux n’a peu venir à exécution, pource que par l’ordonnance et conseil secret de Dieu, Christ estoit destiné à la mort de la croix.

MATTH. XXI

23 Puis quand il fut venu au temple, les principaux Sacrificateurs et les Anciens du peuple veindrent à luy comme il enseignoit, et dirent, De quelle authorité faislu ces choses? et qui est celuy qui l’a donné ceste authorité ?

24 Jésus respondant leur dit, Je vous interrogqueray aussi d'une chose, laquelle sivous me dites, je vous diray aussi.de quelle authoritlé je Jay ces choses.

25 Le baptesme de Jehan doù estoit-il? du ciel, ou des hommes? Or ils disputoyent en euxmesmes, disans, Sinous disons, Du ciel: il nous dira, Pourquoy donc n'avez-vous point creu à luy?

26 Et si nous disons, Des hommes : nous craignons le populaire: car tous tienent Jehan pour Prophète.

21 Adonc ils respondirent à Jésus, disans, Nous ne scavons. Et luy aussi leur dit, Je ne vous di point aussi de quelle authorilé je fay ces choses.

23 Matth. De quelle authorité fais-tu ces choses? Pource que leurs entreprises et efforts pour abbatre apertement Christ n’y avoyent rien fait, les Sacrificateurs et Scribes essayent maintenant par voyes obliques, si d'aventure ils le pourront faire désister de son propos d’enseigner. Is ne débatent point toutesfois de la doctrine, si elle est vraye ou non : car ils avoyent desjà assez souvent perdu leur peine de

MARC XI

27 Puis derechefils veindrenten Jérusalem: et comme il cheminoit au temple, les prineipaux Sacrificateurs, et les Scribes, et les Anciens veindrent à luy,

28 Et luy dirent, De quelle authorité fais-lu ces choses ? et qui est celuy quit a donné ceste authorilé que tu faces ces choses ? |

29 Et Jésus respondant leur dit, Je vous interroqueray aussi d’une chose, elme respondez: adonc je vous diray de quelle authorité je fay ces choses.

30 Le baptesme de Jehan estoit-il du ciel, ou des hommes? Respondez-moy.

31 Or ils disputoyent entr'eux, disans, Si nous disons, Du ciel: il dira, Pourquoy donc n'avezvous point creu à luy ?

32 D'autre part, sinous disons qu'ilestoit des hommes: nous craignons le populaire: car tous tenoyent Jehan avoir esté vray Prophète.

33 Ainsi pour response disent à Jésus, Nous ne scavons. Et Jésus respondant, leur dit, Aussi ne vous diray-je point de quelle authorité je fay ces choses.

éleu de Dieu

LUC -XX

A Or adveint en l’un de ces jours-là comme il enseignoit le peuple au temple, et évangélizoit,

les principaux Sacrificateurs et les Scribes, avec les Anciens surveindrent.

2 Et parlèrent à luy, disans, Dinous, De quelle authorité fais-tu ces choses? ou qui est celuy qui l’a donné ceste authorilé?

3 Et Jésus respondant leur dit, Je vous interroqueray aussi d'une chose et me respondez:

4 Le baptesme de Jehan estoit-il du ciel, ou des hommes ?

5 Or ils arguoyent entr'eux, ‘disans, Si nous disons, Du ciel: il dira, Pourquoy donc n'avezvous creu à luy ?

6 Et si nous disons, Des hommes: tout le peuple nous “lapidera :

car ils sont persuadez que Jehan estoit Prophète.

7 Parquoy ils respondirentqu'ilsne scavoyent d'où il estoit.

8 Lors Jésus leur dit, Je ne vous diray point aussi de quelle authorité je fay ces choses.

ce costé-là : mais ils révoquent en doute sa vocation et charge. Et de faict, ils avoyent une belle couleur :

personne ne se doit ingérer ou à l’estat de Sacrificature , mais il faut attendre la vocation de Dieu, beaucoup moins devoit-il estre permis à un homme, de s’attribuer le nom de inessias, S'il n’apparoissoit qu’il fust à cela : pource qu’il devoit estre

car veu que

ou à l’office de Prophète,

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

ordonné non-seulement par la simple parole de Dieu, mais mesmes par serment, comme il est escrit au Pseaume CX. Mais ils S'y portent malicieusement et meschamment, veu que la majesté divine de Christ avoit esté approuvée par tant de miracles, de demander maintenant dont il est venu, comme s'ils estoyent ignorans de tout ce qu’il avoit fait. Car y a-il chose plus absurde, qu’en voyant comment Dieu desploye manifestement sa main par luy en la guarison des boiteux et aveugles, douter encore si estant homme simple il a témérairement entrepris ceste authorité? Joint que desjà auparavant ils avoyent esté suffisamment convaincus que Christ estoit envoyé du ciel : en sorte que leur vouloir ne tend à rien moins qu’à recevoir et approuver les faits de Christ, après qu'ils auront cognu que Dieu est autheur d’iceux. Ils insistent donc sur cela, qu’il n’estoit point vray ministre de Dieu, puis qu’ils ne ‘avoyent pas éleu par leurs voix : comme si toute la puissance estoit entièrement à eux. Mais encore qu'ils eussent fait devoir de vrais Gouverneurs de l'Eglise, toutesfois c’estoit une chose monstrueuse de s’eslever ainsi contre Dieu. Nous entendons maintenant pourquoy c’est que Christ ne leur à pas respondu directement à ce qu'ils demandoyent : asçavoir pource qu’ils l’interrogoyent malicieusement et sans honte aucune, d’une chose toute notoire.

25 Le baptesme de Jehan d'où estoitil, etc. Christ les interrogue touchant le baptesme de Jehan, non-seulement pour monstrer qu'ils sont indignes de toute authorité, pource qu’ils n’avoyent tenu conte d’un sainct Prophète de Dieu : mais aussi pour les convaincre par leur propre response, que par une impudence ils font semblant d'ignorer une chose qui leur est toute notoire. Car il faut que nous entendions à quelle fin Jehan avoit esté envoyé, quelle commission il avoit, et sur quoy il a principalement insisté. Il avoit esté envoyé comme héraut de Christ, il s'en est bien acquitté : et de faict, il ne s’attribue autre chose, sinon que son office est de préparer la voye au Seigneur.

En somme, il avoit monstré Christ au doigt, et avoit déclaré tout apertement

que C’estoit le Fils unique de Dieu. Que veulent donc maintenant les Scribes qu’on leur amène pour prouver l’authorité nouvelle de Christ, veu que la prédication de Jehan en avoit fait foy, et rendu tesmoignage suffisant? Nous voyons donc que Christ n’a point yci usé de ruse pour eschapper, mais qu’il a bien entièrement et rondement satisfait à l’objection qu’on luy faisoit. Car Jehan ne pouvoit estre avoué serviteur de Dieu, que Christ ne fust quant et quant recognu Seigneur. Ainsi donc Christ n’a point voulu yci armer de response des glorieux et outrecuidez, qui sans aucun Commandement s’attribuent de leur authorité privée un office public :

semblablement il n’a point enseigné ou introduit par cest exemple une façon de sophisterie pour supprimer la vérité :

comme beaucoup de fins rusez se veulent en cest endroit couvrir de luy à fausses enseignes. Je confesse bien que quand les iniques préparent des embusches pour nous surprendre, il ne sera pas question de respondre tousjours d’une mesme sorte : mais tant y a qu’il faut tellement user de prudence pour se garder de leur malice, que cependant la vérité ne demeure point despourveue de sa défense. Au reste, le Baptesme n’est pas icy prins pour le signe de lavement seulement, mais pour tout le ministère de Jehan. Car Christ a voulu tirer response d'eux sur cela, asçavoir si Jehan estoit un vray et légitime Prophète de Dieu, ou un abuseur. Toutesfois il y a une doctrine bien utile sous ceste manière de parler, Si le baptesme de Jehan est de Dieu ou des hommes.

Car de là nous recueillons qu’il n’y a ne doctrine, ne Sacrement quelconque qui doyvent estre receus entre les fidèles, si premièrement il n’appert qu’ils vienent de Dieu : et qu'il n’est pas en la puissance des hommes de forger rien de leur teste en cest endroit. Le propos est de Jehan, lequel en un autre lien le Seigneur a eslevé d'un titre excellent par-dessus tous les Prophètes : toutesfois Christ dit que le baptesme d’iceluy ne devoit point estre receu, S'il n’eust esté ordonné et commandé de Dieu. Que faudra-il donc dire des Sacremens controuvez, que des hommes de néant ont introduits à leur fol ap-

pétit sans aucun commandement de Dieu?

Car Christ prononce apertement sous ces mots, que tout le gouvernement de l’Eglise dépend tellement de la volonté de Dieu, qu'il n’est pas licite aux hommes d'introduire rien d’eux-mesmes. Or ils disputoyent en eux-mesmes, etc. Yci se démonstre l’impiété des Sacrificateurs.

Ils ne regardent point à la vérité, etn’examinent point la chose selon leur conscience : et mesmes ils aiment mieux avoir ceste honte d’estre des brouillons, que de confesser ce que ils sçavent estre

MATTH. XXI

vray, de peur de faire préjudice à leur tyrannie. Voylà comme en font tous les malins : car combien qu’ils facent semblant d’avoir désir d’apprendre, toutesfois

ils ferment la porte à vérité, s'ils sentent

qu’elle soit contraire à leurs cupiditez.

En somme, Christ ne laisse pas aller ces gens-ci sans response, mais les renvoye tout confus et honteux, et monstre suffisamment en alléguant le tesmoignage de Jehan, qu’il est muni et authorizé d’une puissance divine.

MARC. LUC

28 Mais que vous semble? Un homme avoit deux fils: et venant au premier, il dit, Mon fils, va-t'en

aujourd huy en besongne en ma vigne.

29 Iceluy respondant dit, Je n'y veux point aller :

mais après s’estant repenti, y alla.

30 Puis veint à l'autre, et luy dit de mesme. Lequel respondit, et dit, Seigneur, j'y vay: et n'y alla

point.

31 Lequel de ces deux feit la volonté du père? Ils

luy disent, Le premier. Jésus leur dit, Je vous di en vérité que les Péagers et les paillardes vont devant vous au royaume de Dieu.

32 Car Jehan est venu à vous par la voye de justice, et n'avez point creu à luy : mais les Péagers et les paillardes ont creu à luy. Et vous ayans veu cela, ne vous estes point repentis après, pour croire

à luy.

La conclusion monstre à quelle fin tend la parabole, quand Christ préfère aux Scribes et Sacrificateurs des personnes notées d’infamie, et qu’on avoit communéement en détestation. Car il oste à ces hypocrites le masque duquel ils se couvroyent, afin qu'ils ne se vantent plus d’estre ministres de Dieu, et que ils ne se flattent d’une vaine apparence de zèle de saincteté. Car combien que leur ambition, orgueil, cruauté et avarice fussent notoires à un chacun, toutesfois ils vouloyent estre estimez du tout autres. Et un peu devant, quand ils sont venus aborder Christ, ils faisoyent semblant d’avoir soin de l’ordre de l'Eglise, comme s'ils eussent esté quelques bons et vrais mainteneurs d'iceluy. Pource qu'ils pensoyent ainsi

lourdement abuser Dieu et les hommes, Christ rembarre leur impudence, monstrant qu'ils ne sont rien moins.que ce dont ils se vantoyent, et qu’ils sont tant loin de l'honneur duquel ils se flattoyent, que mesmes ils ne sont pas dignes d’estre du rang des Péagers et des paillardes. Car quant à ce qu’ils faisoyent profession ‘d’estre bons .observateurs du service de Dieu, et zélateurs de la Loy, Christ dit que C’est autant comme si un fils promettoit de parole obéissance à son père, et puis qu’il l’abusast et n’en feist rien. Touchant les Péagers et les paillardes, il n’excuse pas leurs vices, mais compare leur vie dissolue à l’endurcissement d’un enfant rebelle et desbauché, lequel de prime face ne tient conte du commande-

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ment de son père, et le rejette : mais dit que toutesfois ils valent beaucoup mieux que les Scribes et Sacrificateurs, d'autant qu’ils ne persistent pas tousjours en leurs vices : mais au contraire se rangent paisiblement, obéissans à porter le joug lequel ils avoyent repoussé en se rebellant.

Nous entendons maintenant l'intention de Christ : c’est qu’il ne crie pas seulement contre les Sacrificateurs et Scribes, de ce qu'ils résistent obstinéement contre Dieu, et ne s’amendent point pour quelque advertissement qu’on leur face : mais les despouille de lhonneur duquel ils estoyent indignes, pource que leur impiété est pire que le desbauchement des paillardes.

30 Seigneur, j'y vay. Ceste manière de parler est prinse de la langue Hébraïque. Car quand les Hébrieux veulent offrir leur service à quelqu'un, et déclarer qu’ils sont prests de faire ce qu’il leur sera commandé, ils disent ainsi, Me voyci, Seigneur. Or c’est une vertu louable en soy, si tost que Dieu a parlé, de luy obéir alaigrement et promptement. Et ne faut pas penser que Christ attribue yci à louange la tardiveté : mais combien que lun et l’autre soyent vicieux, asçavoir tant de faire du restif long temps avant que venir à faire le devoir, que de promettre par parole ce que puis après on ne tient pas, toutesfois Christ dit que ceste hypocrisie est beaucoup moins à supporter que la rébellion, laquelle par succession de temps vient à se ranger.

32 Jehan est venu à vous par la voye de justice, etc. Pource que Jehan avoit esté fidèle ministre de Dieu, tout ce qu’il a enseigné, Christ l’attribue à la personne

MATTH. XXI

33 Escoutez une autre similitude. Ily avoit un homme père de famille, qui planta une vigne, et l'environna d'une haye: et creusa en icelle un pressoir, et y édifia une tour: puis la loa à des laboureurs, et s’en alla dehors.

34 Or la saison des fruits

oo

MARC XII

A Puis il commenca à leur dire par similitude, Quelqu'un planta une vigne, et l’environna d'une haye, et y creusa une fosse pour un pressoir, el y édifia une tour: après la loa à des laboureurs, ets’en alla dehors.

de Dieu mesme. Le propos couché tout au long eust esté, Dieu est venu vous monstrant la voye de justice par la bouche de Jehan. Mais pource que Jehan avoit parlé au nom de Dieu, et non pas comme un homme particulier, à bon droict ilest nommé au lieu de Dieu. Et voyci un passage qui authorize grandement la prédication de la parole, quand il est dit que ceux-là se rebecquent et rebellent contre Dieu, lesquels ne reçoyvent les fidèles et sainetes admonitions d’un Docteur qu’il aura envoyé. Aucuns exposent plus subtilement le mot de Justice : lesquels je n’empesche point qu’ils ne tienent leur exposition, s'ils la trouvent bonne. Toutesfois quant à moy, je ne l’enten point autrement, sinon que la doctrine de Jehan a esté pure et droite : comme si Christ disoit qu'ils n’ont point eu d'occasion de la rejetter.

Au reste, quand il dit que les Péagers ont creu : il ne veut pas seulement dire qu’ils ont consenti de bouche, mais qu’ils ont receu d’une vraye et grande affection la parole que ils ont ouye. Dont nous recueillons que la foy ne consiste pas seulement en ce qu’un homme consente et accorde à la vraye doctrine, mais qu’elle comprend quelque chose de plus grand et plus haut : C’est asçavoir que celuy qui l’oit, renonceant à soy-mesme dédie entièrement sa vie à Dieu. En disant qu’ils ne se sont point repentis, mesmes en voyant l'exemple des Péagers et des paillardes, il amplifie leur malice obstinée.

Car ç’a esté un signe de gens du tout dépravez et désespérez, de ne suyvre point à tout le moins, quand les Péagers et les paillardes leur monstrent le chemin.

À à (re de à 9 Alorsil commenca à dire au peuple ceste similitude, Quelque homme planta une vigne, et la loa à des laboureurs, et fut dehors long temps.

A0 Et quand veint la saison, il envoya un sien serviteur aux

estant prochaine, il envoya ses serviteurs aux laboureurs pour en recevoir les fruits.

35 Et les laboureurs ayans pris ses serviteurs, en brusléerent l'un, et occirent l'autre, et lapiderent l’autre.

36 Derechef ilenvoya d'autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, et leur feirent de méme. *

37 Finalement il envoya vers eux son fils, disant, Ils porteront révérence à mon Jils.

38 Mais quand les laboureurs veirent le fils, ils dirent entre eux, Cestuy-ci est l'héritier : venez, mettonswle à mort, et nous saisissons de son héritage.

39 Et l’'ayans prins, le jettérent hors de la vigne, et le tuerent. |

40 Quand donc le seigneur de la vigne sera venu, que Jera-il à ces laboureurs-là?

4 Ils luy disent, IT les destruira malheureusement comme meschans : et loera sa vigne à d'autres laboureurs qui luy rendront les fruits en leurs saisons.

4 Et Jésus leur dit, Ne leustes vous jamais és Escritures !? La Pierre que les édifians ont rejettée, est faite le principal du coin: Ceci est fait par le Seigneur, et est chose de merveille devant nos yeux.

43 Pourtant vous di-je que le Royaume de Dieu vous sera osté, et sera donné à un peuple qui rapportera les fruits d’iceluy.

44 Or celuy qui cherra sur ceste Pierre, sera froissé : et brisera celuy sur qui elle cherra.

45 Etquand les principaux

1) Ps. CXVIII, 22.

2 Or en la saison il envoya un servileur aux laboureurs, afin de recevoir d'eux du fruit de la vigne :

3 Mais iceux le prenans le blessèrent, et le renvoyèrent vuide.

4 Derechef leur envoya un autre serviteur:

el luy jelttant des pierres luy froissèrent la teste, et le renvoyèrent l’'ayans honteusement traité.

5 Et encores en envoya un autre, lequel ils occirent: et plusieurs autres, desquels ils blesseérent les uns, et occirent les autres.

6 Or ayant encore un sien fils bien-aimé, leur envoya aussi pour le dernier, disant, Ils auront révérence à mon Jils.

7 Mais ces laboureurs dirent entr'eux, C'est yci l'héritier: venez, tuons-le, et l'hérilage sera nostre.

8 Parquoy le prenans le tuèrent, et jettèrent hors la vigne.

9 Que fera donc le Seigneur de la vigne?, Il viendra et exterminera ces laboureurs, et baillera la vigne à d’au- (res

10 Et n'avez-vous point leu mesme ceste Escriture? La Pierre que ceux qui édifioyent ont rejettée, est faite le principal du coin :

AA Ceci aesté fait du Seigneur, et est chose de merveille devant nos yeux.

laboureurs, afin que Us luy baillassent du Jruil de la vigne: lesquels le blessèrent, et renvoyèrent vuide.

A1 Et derechef y envoya un autre servileur : lequel ils blessérent aussi, et après l'avoir vileinement traitté, le renvoyèrent vuide.

12 Et depuis y envoya aussi le tiers, lequel ceux-là navrèrent aussi, et le jettèrent dehors.

13 Adonc le seigneur de la vigne dit, Que feray-je? j'y envoyeray mon fils bien-aimé:

peut-estre quand ils le verront, qu'ils l'auront en révérence.

14 Mais quand les laboureurs le veirent, ils teindrent propos entr'eux, disans, Cestuyci est l'hérilier, venez, tuons-le afin que l’hérilage soit nostre.

15 Et le jettèrent hors de la vigne, et le tuérent. Que leur fera donc le seigneur de la vigne ?

16 Z! viendra et des- {ruira ces laboureurslà, et baillera la vigne à d'autres. Laquelle chose ouye, ils dirent, Ainsin'adviene.

17 Lors il les regarda, et dit, Qu'est-ce donc qui est escrit, La Pierre que les édifians ont rejettée, est faite le principal du coin?

18 Quiconque cherra Sur ceste Pierre, sera froissé, et elle bri-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

Sacrificateurs et les Pharisiens eurent ouy ses similitudes, ils cognurent quil parloit d'eux :

46 Et cherchans l’empoigner, ils craignirent le populaire, pource que

12 Dontilstaschoyent à l'empoigner, mais ils craignirent le peuple:

car ils cognurent qu'il avoit dit ceste similitude contre eux: parquoy le laissans S'en allérent.

sera celuy sur lequel elle cherra.

19 donc les principaux Sacrificateurs, et les Scribes en ce mesme instant, taschèrent à mettre les mains sur luy, (mais ils craigni-

ls le tenoyent comme Prophète.

33 Escoutez une autre similitude.

Les paroles de sainet Luc sont un peu différentes. Car il dit que Christ parloit au peuple : et yci le propos s’addresse aux Sacrificateurs et Scribes. Mais la s0lution en est facile : asçavoir que combien que Christ parlast contr’eux, toutesfois le peuple estoit présent quand il descouvroit ainsi leur vilenie et meschanceté. Sainet Marc ayant dit que Christ commenca à parler par similitudes , laisse toutesfois la première :

comme aussi en d’autres lieux il prend seulement une partie du total. Or Île sommaire de ceste parabole est, que ce nest pas chose nouvelle si les Sacrificateurs et les autres Gouverneurs de VEglise s'efforcent d’oster meschamment à Dieu son droict, veu que dés long temps ils ont exercé un semblable brigandage contre les Prophètes, et qu’encores maintenant ils sont prests de mettre à mort le Fils : mais qu’en fin de conte ils ne demeureront pas impunis ; pource que Dieu se lèvera quelque jour pour faire la vengence, et maintenir son droict. Au reste, Christ ha yci double but : premièrement il veut reprocher aux Sacrificateurs leur ingratitude plene de desloyauté et outrage : en après aussi il tasche d’oster le scandale que sa mort prochaine pouvoit apporter. Car ils avoyent tant fait par leurs belles mines et vaine apparence de leurs grans titres, et acquis un tel crédit envers le povre simple peuple et les ignorans, que toute la religion entre les Juifs dépendoit d'eux et de leurs déterminations. Christ donc arme les infirmes devant le coup, et monstre, veu que tant de Prophètes les uns sur les autres ont esté mis à mort par les Sacrificateurs, qu'il ne

rent le peuple), car ils cognurent qu'il avoit dit ceste similitude pour eux.

qu'on se trouble s'ils en font autant à sa personne. Mais venons maintenant à toucher chacun poinet à part. Zl y avoit un homme père de famille, qui planta une vigne. Geste similitude est souvent trouvée en lEscriture. Quant au passage présent, Christ veut seulement dire que quand Dieu baïlle la charge de son Eglise aux Pasteurs, ce n’est pas qu’il leur résigne Son droict, mais qu’il fait ne plus ne moins que si un père de famille mettoit sa vigne ou sa terre entre les mains d’un vigneron ou laboureur, lequel employast son temps après, la cultivant, et luy rendist par chacun an les fruits. Or comme il se Complaind en Isaïe, V, 4, et en Jérémie, Il, 21, qu’il n’a receu aucun fruit de sa vigne, après laquelle il avoit tant travaillé et despendu pour la cultiver : ainsi en ce passage il blasme les vignerons, lesquels comme meschans larrons retienent pour eux le fruit de Ja vigne. Quant à ce que Christ dit que les laboureurs ont prins la vigne de la main du père de famille en bon estat de toutes façons, et bien en ordre, C’est pour aggraver bien fort leur forfait. Car d’autant que le maistre a usé de grande libéralité et gracieuseté envers eux, tant plus est vileine et détestable leur ingratitude. Sainct Paul use de ce mesme argument quand il veut exhorter les Pasteurs à bien faire leur devoir, disant qu’ils sont ofdonnez dispensateurs pour gouverner la maison de Dieu, qui est la colomne et fermeté de vérité, 4 Tim. If, 45 : et à bon droict. Car d'autant plus que leur con&ition est grande et honorable, tant plus sont-ils tenus à Dieu, et doyvent tant mieux regarder à n’estre lasches à faire leur charge. Ce qui fait, comme j'ay

aut point | desjà dit, que tant plus est détestable la

D46 nonchalance et desloyauté de ceux qui ne recognoissent point une si grande libéralité de Dieu, et un si grand honneur qu’il leur a fait de sa grâce. Au reste, Dieu avoit planté sa vigne, quand ayant souvenance de son adoption gratuite, il avoit retiré son peuple d'Egypte, et de nouveau mis à part pour son héritage péculier, et avoit appelé à l’espérance du salut éternel, promettant de luy estre Dieu et Pêre. Car c’est ceste plante de laquelle il est fait mention en Isaïe chap.

LX, 21, et autres passages. Par le pressoir et la tour, j'enten les aides qui avoyent esté adjoustées à la doctrine de la Loy, pour entretenir la foy du peuple, comme estoyent les Sacrifices et autres cérémonies. Car Dieu comme un bon père de famille, diligent et bien prouvoyant à tout, n’avoit rien omis de tous moyens qui pouvoyent servir à mettre son Eglise en bon ordre. Æt la loa à des laboureurs. Dieu pourroit bien sans se servir des hommes maintenir son ŒÉglise en un estat bien réglé : mais néantmoins il les prend pour ses ministres, et besongne par leurs mains. Et voylà comme il avoit anciennement o0rdonné les Sacrificateurs, afin qu'ils fussent comme vignerons pour cultiver sa vigne. Mais c’est merveille pourquoi Christ compare les Prophètes à des serviteurs qui ont esté envoyez après vendanges pour demander lé fruit de la vigne. Car nous sçavons qu’ils estoyent vignerons aussi bien que les autres, et que Dieu leur avoit baïllé charge de son Eglise avec les Sacriicateurs. Je respon que Christ n’avoit que faire de s'amuser à monstrer exactement la convenance ou diversité qui estoit entre ces deux estats.

Il est bien certain que Dieu ordonna premièrement les Sacrificateurs, afin qu'ils cultivassent songneusement son Eglise par saine doctrine : mais pource qu'ils ne s’acquittoyent point de leur devoir, ou par nonchalance, ou par faute de sçavoir, les Prophètes furent envoyez comme un moyen extraordinaire, afin qu’ils s’employassent à nettoyér la vigne de toutes meschantes herbes, tailler le bois qui ne faisoit que la charger, et faire les autres facons en suppléant le défaut et la non-

chalance des Sacrificateurs :.et que toutesfois cependant ils reprinssent le peuple en sévérité, remissent sus la vraye crainte de Dieu, laquelle estoit abbastardie, resveillassent les esprits et consciences en-dormies, et restablissent le service de Dieu et la nouveauté de vie. Et tout cela qu’estoit-ce autre chose sinon demander le revenu qui appartient à Dieu à cause de sa vigne ? Ce que Christ applique à son propos fort bien et à la vérité. Car les Prophètes n’avoyent pas le gouvernement ordinaire de l'Eglise et permanent, mais les Sacrificateurs le retenoyent tousjours : comme si quelque laboureur paresseux ne se souciant pas de cultiver le lieu qui luy a esté une fois baïillé en charge, vouloit tousjours néantmoins le tenir, alléguant sa possession.

35 Æt les laboureurs ayans prins ses serviteurs, en blessèrent l’un, et occirent l'autre, etc. Saïinct Marc et sainct Luc sont quelque peu différens de sanct Matthieu en ceci, Car sainet Matthieu ayant fait mention de plusieurs serviteurs envoyez ensemble, et comment ils furént tous mal traittez et outragez, dit que le maistre en envoya dérechef d'autres én plus grand nombre que les premiers :

S. Marc etS. Luc descrivent ceci comme si les serviteurs avoyent esté envoyez l’un après l’autre, et non pas deux ou trois ensemble. Or combien que tous les trois Evangélistes ayént ün mesme but, asçavoir que les Juifs traitteront le Fils de Dieu tout de mesme qu’ils ont fait les Prophètes par plusieurs fois : sainct Matthieu toutesfois déduit la chose plus amplement, asçcavoir que Dieu ne s’est point lassé pour la cruauté des Sacrificateurs, d'envoyer des Prophètes : mais les sus-

citant comme par troupes, à combatu

contre leur malice. Dont il appert comme ils estoyent bien obstinez et endurcis en leur rage, veu que tous les moyens et remèdes que Dieu y à employez, mont rien servi.

37 Ils porteront révévence à mon fils, etc. À proprement parler, ceste pensée ne peut pas convenir à Dieu. Car il sçavoit bien ce qui en adyiendroïit, et n’a point esté trompé pour dire qu’il en ait attendu quelque chose de meilleur. Mais

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

c’est la coustume de l'Escriture, principalement en paraboles, d'attribuer à Dieu des affections humaines. Et toutesfois ceci n’a pas esté adjousté sans cause. Car Christ a voulu représenter comme en un miroir, Corubien ils estoyent pleins d’une impiété désespérée : de laquelle il ne faloit point chercher de meilleur tesmoignage, que € qu’ils s’eslevoyent d’une rage diabolique contre le Fils de Dieu, qui estoit venu pour les retirer de leurs meschantes façons de faire. Or comme en mettant cruellement à mort les Prophètes, ils avoyent auparavant, entant qu’en eux estoit, mis Dieu hors de son héritage : ainsi C’estoit maintenant comme le comble de meschanceté, qu’ils entreprenovent de tuer le Fils, afin de dominer seuls Comme en une maison où il n’y a point d’héritier. Car certes ç'a esté la cause qui a esmeu les Sacrificateurs à s’envenimer ainsi contre Christ et l’oufrager, asçavoir pource qu'ils avoyent peur de perdre la proye, c’est-à-dire de diminuer quelque chose de leur tyrannie.

Car c’est luy par lequel Dieu le Père veut dominer, et auquel il a baïllé tout empire, Jehan, V, 22. Les Evangélistes sont aussi quelque peu différens sur la fin.

Car sainct Matthieu récite que Christ a tiré d'eux une confession par laquelle ils se Sont Condamnez eux-mesmes: sainct Marc dit simplement que Christ à prononcé de quelle peine méritoyent d’estre punis ces serviteurs si meschans et malheureux: sainct Luc discorde plus apertement de prime face, en disant qu'ils ont eu.en horreur et repoussé la punition que Christ leur dénonceoit. Mais si nous regardons de bien près au sens, il n’y a point de contrariété. Car il est tout certain qu'ils ont accordé aves Christ touchant la peine qu'avoyent méritée tels serviteurs: mais quand ils ont entendu que tant le crime comme la punition s’addressoit contr’eux, il s’en sont voulu descharger.

42 Ne leustes-vous jamais és Escritures? La Pierre que les édifians, etc.

IL nous doit souvenir de ce que nous avons dit un peu devant: que pource que les, Sacrificateurs et Scribes faisoyent à croireau peuple ce qu'ils voulovent, céste

détermination à esté toute commune eneux, qu’ils estoyent seuls juges compétens de la rédemption advenir, tellement que nul ne devoit estre receu pour Mes- Sias, sinon qu’ils l’eussent avoué et approuvé par leur consentement. Pour ceste cause ils prétendent qu’il est impossible que ce que Christ avoit dit adviene, qu'ils mettent à mort le fils du seigneur de la vigne. Or Christ conferme son dire par le tesmoignage de l’'Escriture: ét l'interrogation qu’il fait emporte poids: comme S'il eust dit, Il vous semble que c’est une grande absurdité, quand je di que ces laboureurs, ausquels la vigne à esté baillée pour la cultiver, conspireront meschamment contre le Fils de Dieu. Comment ?

PEscriture a-elle prédit qi’il seroit receu en grande joye, et d’une approbation commune de tous? Au contraire, n’a-elle pas dit que les plus grans seront contre luy ? Or le passage qu’il allègue, est prins du Pseaume CXVIIL, 22 dont est aussi ceste prière de louange, Sauve Seigneur :

bénit est celuy qui vient au nom du Seigneur. Au reste, il appert que c’est une prophétie du règne du Messias : pource que David avoit ésté ordonné de Dieu roy, à ceste condition que son thrône demeureroit à jamais, tant que le soleil et la lune luiroyent au ciel: et que quand il seroit décheu, il retourneroit derechef en son entier par la grâce de Dieu. Veu donc que ce Pseaume contient une description du règne de David, la perpétuité et continuelle durée d’iceluy y est quant et quant adjointe, de laquelle dépend le restablissement. Si le propos estoit de quelque règne temporel, Christ feroit improprement de tirer cela à sa personne.

Mais il faut tousjours noter quel règne Dieu avoit dressé en la personne de David: asçavoir celuy qu’il vouloit establir en la main du vray Messias jusqu’à la fin du monde. Car ceste onction ancienne w’estoit qu'une ombre. Dont il faut recueillir que ce qui a esté fait en la personne dé David, a esté un préparatif et une figure de Christ. Retournons maintenant aux mots du Pseaume. Les Scribes et Sacrificateurs ne pouvoyent croire que le Christ peust estre rejetté par ceux qui avoyent 16 gouvernement de PEglise, Mais

il leur prouve par le Pseaume, qu’il doit estre mis en son thrône Roval, par Ja vertu admirable de Dieu, maugré les hommes : et que cela avoit dés long temps æsté figuré en David, lequel estant rejetté par les gouverneurs et plus apparens, Dieu avoit receu et approuvé, pour monstrer une espreuve et tesmoignage de ce qu’il devoit finalement faire en son Christ.

Le Prophète use d’une similitude prinse des bastimens. Car pource que l'Eglise est le sainct cabinet de Dieu, à bon droict Christ, sur lequel elle est fondée, est nommé la Pierre du coin, c’est-à-dire qui soustient tout le corps du bastiment. Qui voudroit espluscher par le menu tout ce qui convient à l'office de Christ, la similitude ne viendroit pas entièrement à propos :

‘mais elle convient bien entant que le salut de l'Eglise est fondé sur luy, et que c’est luy qui la maintient en son estat. Et pourtant, les autres Prophètes qui sont venus après, ont suyvi ceste manière de parler, mesmement Isaïe et Daniel. Mais le Prophète Isaïe a de plus près approché de ce passage, quand il introduit Dieu parlant en ceste sorte, au vingt-huitième chapitre, v. 46. Voyci, je mets en Sion une pierre fondamentale, pierre éleué et précieuse, à laquelle heurteront les deux maisons d'Israël. Et au Nouveau Testament on trouve aussi assez souvent cesie manière de parler. Ainsi donc il veut dire en somme, que le règne de Dieu sera fondé sur une pierre laquelle les maistres ouvriers rejettercnt comme inutile et nullement propre. Et le sens est, Que le Messias, qui est le fondement du salut de l'Eglise, ne sera pas receu du consentement commun des hommes : mais que quand Dieu leslèvera miraculeusement par une vertu secrète et incognue, Îles principaux et les gouverneurs, ausquels estoit baïllée la charge du bastiment, luy seront adversaires, et se banderont contre luy. Au reste, nous avons yci à COnsidérer deux choses. Car afin que les entreprinses malheureuses des hommes qui s’eslèvent pour empescher le règne de Christ, ne nous troublent, Dieu nous a advertis de bonne heure qu'ainsi sera.

En après, il a quant et quant déclaré quoy que machinent les hommes, que sa

puissance demeurera victorieuse en dressant le règne de Christ, et le faisant triompher. 11 est bien besoin que nous observions diligemment tous les deux.

(est comme un monstre, que lPautheur de salut soit rejetté, non pas par les estrangers, mais par les domestiques : non pas par le peuple indiscret, mais par les plus grans mesmes qui ont le gouvernement de lPEglise. La foy ha bon besoin d'estre armée contre une rage des hommes si estrange, afin qu’elle ne défaille pour la nouveauté du cas. Nous voyons maintenant combien est utile ceste prophétie, qui met en asseurance les esprits des fidèles, qui autrement eussent esté espovantez, voyans advenir une chose si esirange et pitoyable. Car il n’y a rien plus loin de raison, que de veoir les membres s’eslever contre le chef, les vignerons contre le maistre, les conseillers contre leur roy, et que les maistres ouvriers rejettent de l’édifice le fondement.

y à encores plus d’importance en l’autre partie, quand Dieu déclare que les meschans en rejettant Christ ne feront rien, et n’empescheront point que sa dignité ne luy demeure toute entière. C’est alin que les fidèles estans appuyez sur céste promesse, se puissent mocquer hardiment de la folie et orgueil des hommes qui mesprisent Christ. Car après qu'ils auront bien tout machiné, Christ demeurera toutesfois, et tiendra la place que le Père luy a ordonnée. Quoy que ceux qui semblent estre eslevez en honneur, et avoir quelque hautesse, s’eslèvent fièrement contre luy, il ne laissera pas néantmoins d’estre tousjours en son degré, et ne diminuera en rien pour leur mespris détestable. En somme, l’authorité de Dieu lemportera tousjours, afin qu’il soit la pierre éleuë et précieuse qui soustient Eglise de Dieu, son règne et son temple. Au reste, il est dit qu’il est Za pierre Jaite le principal du coin : non pas qu’il soit seulement une partie du fondement, veu qu’il appert par d’antres passages que l'Eglise est entièrement fondée en luy seul: mais le Prophète à voulu simplement donner à entendre que ce seroit luy qui soustiendroit la pesanteur de tout l'édifice, Aucuns philosophent subti-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

lement sur le mot de Coin, disans que Christ est mis au coin, pource qu’il fait Passemblement de deux diverses parois, asçavoir des Gentils et des Juifs. Toutesfois, selon mon jugement, David n’a point regardé plus haut qu’à ce que la pierre du coin soustient le plus grand fais du bastiment. On pourroit demander maintenant comment le sainet Esprit appelle édifians et maistres ouvriers du bastiment, ceux qui ne taschent qu'à destruire et ruiner le temple de Dieu. Car S. Paul se glorifie d’avoir esté sage maistre maçon, pource qu’il a fondé l'Eglise en Christ seul, 4 Cor., IH, 14. La response est facile, asçavoir que combien qu'ils se portent desloyaument en leur charge, toutesfois il leur accorde ce titre pour le regard de la vocation. Voylà comment le nom de Prophète est souvent attribué à des abuseurs : et ceux qui dévorent le troupeau comme loups, sont nommez Pasteurs. Or cela ne tend pas tant à les honorer qu’à les rendre détestables, d'autant qu’ils renversent ce que dessus dessous le temple de Dieu, lequel ils avoyent charge de bastir. Nous recueillons d'yei une admonition bien utile :

asçavoir que la vocation légitime n’empesche pas que ceux qui devoyent estre ministres de Christ, ne soyent quelque fois de meschans et malheureux ennemis d’iceluy. Certes la Sacrificature de la Loy estoit ordonnée de Dieu : et le Seigneur avoit donné aux Lévites la puissance de gouverner l'Eglise. S'en sont-ils pourtant acquittez comme ils devoyent? A-il falu que les fidèles leur ayent obéy en renonceant Christ? Que le Pape viene maintenant avec ses Evesques cornus, et qu'ils se vantent qu’on les doit croire de toutes choses, pource qu’ils sont en estat de Pasteurs. Encores que nous leur accordions qu'ils soyent venus au gouvernement de PEglise par une vocation Îlégitime, si est-ce qu’ils ne peuvent pas s'attribuer autre chose sinon qu'ils ont le titre de prélats de PEglise. Mais il ne se trouve pas mesme que ils ayent un titre de vocation légitime. Car il a falu que tout l’ordre de l'Eglise ait esté renversé, afin qu'ils se poussent eslever en ceste tyrannie. Mais mettons le cas qu'ils

ayent droict d’usurper une jurisdiction et puissance ordinaire : toutesfois s’ils renversent la saincte maison de Dieu, ils ne les faut estimer maistres ouvriers que de nom seulement. Il est vray que cela n’advient pas {ousjours, que ceux qui ont la charge du gouvernement de l'Eglise, rejettent Christ. Car il y a eu sous la Loy plusieurs Sacrificateurs saincts personpages : et sous le règne de Christ il y a eu de bons Pasteurs qui ont fort travaillé et fidèlement, à édifier l'Eglise:

mais pource qu'il faut que ceci soit accompli, Que les maistres ouvriers réprouveront la Pierre, il est besoin de bien aviser pour discerner quels ils sont : et aussi le sainct Esprit nous en a expresséement advertis, afin que personne ne s’abuse au titre simple, et à l'excellence de sa vocation, et de l’estat. Ceci est fait par le Seigneur, et est chose de merveille, etc. Pource que c’est une chose trop estrange au jugement des hommes, de dire que les Pasteurs mesmes rejetteront le Fils de Dieu leur -prince : le Prophète nous ramène au conseil secret de Dieu, lequel combien que nous ne comprenions pas par nostre sens, nous devons toutesfois avoir en admiration et révérence. Sçachons donc que ceci est pour couper broche à toutes demandes, et pour défendre estroitement que personne ne présume d'estimer et mesurer la nature du Règne de Christ, par la raison de la chair. Car quelle folie seroit-ce de vouloir assujetir en la petite capacité de nostre esprit un miracle, lequel le Prophète nous admoneste que nous ayons à adorer ? Tu ne voudras rien recevoir et croire du règne de Christ, sinon ce qui te semblera avoir apparence : et voyei le sainet Esprit qui prononce que le commencement d’iceluy est un mystère digne de toute admiration, pource que les veux des hommes n’y voyent rien. Parquoy toutes fois et quantes qu'il est question de la naissance de l'Eglise, du restablissement, de la conduite, et de tout le salut d’icelle, qu’il nous souviene de ne | nous arrester point à Ce que nos sens | peuvent comprendre, mais d’atcribuer l'honneur à la vertu de Dieu, en ayant | en admiration son œuvre incompréhensi-

ble, Ces mots contienent aussi tacitement une antithèse entre Dieu et les hommes :

car il ne nous est pas seulement yci commandé de recognoistre la facon admirable de gouverner l'Eglise, et nous y ranger, pource que c’est une œuvre de Dieu :

mais quant et quant nous sommes retirez d’une folle révérence des hommes, laquelle souventesfois obscureit la gloire de Dieu : comme si le Prophète eust dit, Quelques grans titres qu'ayent les hommes, que C’est toutesfois un abus de les vouloir opposer à Dieu. Ce qui est bien pour réfuter Fimpiété diabolique des Papistes, qui n’ont point de honte de préférer à la parole de Dieu la détermination de leur Eglise masquée. Car d’où est-ce que dépend launthorité de la parole de Dieu, selon leur dire, sinon du vouloir des hommes : en sorte que Dieu n’ha non plus d’authorité ne de puissance, que ce que l'Eglise luy en a presté? Le saïnet Esprit nous apprend bien yei à parler un autre langage : asçavoir que si tost que la majesté du Fils de Dieu vient en avant, il faut que tout le monde ait la bouche close.

43 Pourtant vous di-je que le royaume de Dieu vous sera osté, etc. Jusqu'yci Christ addresse son propos aux conducteurs et gouverneurs, en la présence toutesfois du peuple: mais maintenant il parle semblablement au peuple:

et non sans cause, veu qu’il tenoit compagnie et aidoit aux Scribes et Sacrificateurs à empescher la grâce de Dieu. I est vray que la source du mal venoit des Sacrificateurs : mais le peuple avoit desjà mérité pour ses péchez d’avoir de si mauvais pasteurs et tant corrompus. D’avanage, tout le Corps estoit infecté quasi d’une semblable malice de résister à Dieu.

C’est la raison pour quoy Christ leur dénonce maintenant à tous en général une vengence horrible de Dieu. Car comme les Sacrificateurs estoyent enflez d’une opinion de grandeur, et d’un appétit de dominer : ainsi le reste du peuple s’enorguellissoit sous couleur du titre de l’adoption. Or Christ dit maintenant que Dieu n’est point tenu à eux et que pourtant il adviendra qu’il transportera ail-

leurs l'honneur duquel is se rendoyent indignes. Or cela leur a esté dit une fois:

mais il est escrit pour nous fous, afin que si Dieu nous à choisis pour son peuple, nous ne nous esgayons point d'une vaine et perverse confiance de la Chair, mais que nous mettions peine de nostre part de faire devoir de vrais enfans envers luy. Car s’il n’a pas éspargné les branches naturelles!, que fera-il x ceux qui ne sont qu’entez? Les Juifs pensoyent avoir le Royaume de Dieu résidant entr’eux comme de droict héréditaire, et leur appartenant par succession:

et sur cela ils s’obstinoyent asséuréement en leurs vices. Quant à nous, nous avons esté par privilége mis en leur place lors que nous n’y pensions point. Beaucoup moins donc le Royaume de Dieu sera attaché à nous, s’il n’y a une bonne racine de vraye piété: Au reste, commé ceci nous doit donner crainte, quand Christ menace que ceux qui auront profané le Royaume de Dieu, en seront despouillez:

aussi la perpétuité de laquelle il est vci fait mention, est suffisante pour consoler tous fidèles. Car sous ces mots Christ signifie, combien que lès meschans abbatent et foulent aux pieds le service de Dieu entr’eux, qu’ils ne pourront tant faire toutesfois que le nom de Christ soit aboli, et que la vraye religion soit exterminée : pource que Dieu, en la main duquel sont les fins de la terre, trouvera bien logis et retraïtte pour son royaume en d’autres lieux. Apprenons aussi de ce passage, que l'Evangile est pas presché afin qu’il demeure stérile et oisif, mais afin qu’il fructifie.

44 Or celuy qui cherra sur ceste pierre sera froissé, etc. Christ conferme encores plus évidémment le propos précédent: asçavoir que quand les iniques le rejettent, il ne perd rien pourtant, ét n’en est aucunement amoindri. Car s'ils sont obstinez et endurcis comme pierre où comme fer, ils le trouveront toutesfois encores plus dur qu'eux, en sorte que il les mettra en pièces, et ainsi Sera glorifié en leur ruine et perdition. FE voyoit un merveilleux endurcissement és Juifs, et pourtant il estoit besoin que ceste ven-

1) Rom., XI, 31.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

gence leur fust proposée vivement, afin qu'ils ne se flattassent en heurtant ainsi contre luy. Ceste doctrine nous enseigne en partiè de nous ranger paisiblement à Christ d’un cœur humble et ployable, en partie aussi nous conferme contre l’obstination et les entreprises furieuses des meschans, desquels finalement l'issue sera horrible et espovantable. Ceux-là sont dits cheoir sur Christ, lesquels se ruent et efforcent pour l’abbatre : non pas qu’ils soyent plus hauts montez que luy, mais pource que leur rage les transporte tellement hors du sens, qu’ils taschent de Passaillir comme estant au-dessous d'eux. Or Christ dit qu'ils ne gaignent autre chose, sinon qu'ils seront froissez en heurtant contre luy. Mais après qu'ils se seront ainsi éslevez fièrement, il dit qu’il leur adviendra une autre chose: c’est asçavoir, qu'ils seront brisez sous la

pierré, contre laquelle ils auront heurté si audacieusement.

45 Ils cognurent qu'il parloit d'eux.

Les Evangélistes monstrent comment Christ ha guères proufité par ses re-

MATTH. XXII

15 Alors les Pharisiens s'estans retirez, prindrent conseil cominent ils le sur-

MARC 13 Après ils luy envoyentaucuns des Pha-| sur luy, ils envoyèrent des

D91 monstrances : afin que nous ne nous esbahissions point si la doctrine de l'Evangile ne range pas aujourd’huy tous hommes à l’obéissance de Dieu. Apprenons aussi qu’il ne se peut faire autrement, que les menaces n’emflambent de plus en plus la rage des meschans : car comme Dieu imprime sa parole en nos cœurs, aussi elle est comme un cautère pour faire gréziller les mauvaises consciences :

ainsi il advient que leur impiété s’emflambe tant plus. Pour ceste cause il le faut prier qu'il nous donte et face ranger à une crainte volontaire, de peur que la simple cognoissance de sa vengence ne face qu’augmenter tant plus l’amertume de nos cœurs. Quant à ce qu’ils sont retenus seulement de la crainte du peuple, pour n’oser mettre la main sur Christ, sçachons que Dieu leur mettoit comme une bride : dont aussi revient aux fidèles une consolation bien douce, quand ils oyent que la main de Dieu les couvre et défend pour les faire eschapper de la mort à chacun coup.

EUX, 20 Parquoy regardans

prendroyent en parole.

16 Et luy envoyent leurs disciples avec les Hérodiens, disans, Maistre, nous scavons que lu es vérilable, el que tu enseiques la voye de Dieu en vérité, et ne Le chaut d’aucun : car lu ne regardes point à l'apparence des hommes.

17 Di nous donc, Que te semble? Est-il loisible de donner le tribut à César, ou non ?

18 Et Jésus cognoissant leur malice, dit, Pourquoy me tentez-vous, hypocrites? |

19 Monstrez-moy la mon-

risiens, et des Hérodiens, afin qu'ils le surprissent en parole.

14 Iceux estans venus luy disent, Maistre, nous scavons que tu es véritable, et qu’il ne te chaut d'aucun :

car tu n'as point esgard à l'apparence des hommes, mais tu enseignes la voye de Dieu en vérilé : Est-il loisible de donner le tribut à César, ou non?

le donnerons-nous, où sinous ne le donnerons point ?

15 Jceluy scachant leur hypocrisie,. leur dit, Pourquoy me Len-

espies qui feignoyent estre justes, pour le surprendre en parole, afin. de le livrer à la seigneurie el puissance du Gouverneur.

24 Lesquels linterroguèérent, disans, Maistre, nous scavons que tu dis et enseignes droitement, et ne regardes point à l’apparence, mais enseignes la voye de Dieu en vé- TUE. |

22 Nous est-il loisible de bailler tribut à César ou non ?

23 Et ayant entendu leur ruse, il leur dit, Pourquoy me tentez-vous ?

24 Monstrez-moy un de-

noye du tribut. EE ls luy | tez-vous ?

présentérent un denier.

20 ti leur dit, De qui est ceste image et l'escriture ?

94 Ils luy disent, De César. Lors il leur dit, Rendez donc & César les choses qui sont à César, et à Dieu celles qui sont à Dieu.

22 Oyans cela ils s’esmerveillèrent,et le laissans s'en allérent.

le voye.

Les Pharisiens voyans qu'ils n’avoyent rien fait par tous les autres moyens qu’ils avoyent essayez contre Christ, ont finalement pensé que ce seroit un bon moyen et bien brief pour le destruire, s'ils le pouvoyent faire tomber entre les mains du Gouverneur comme estant homme séditieux, et voulant troubler Pestat du pays. Comme nous avons veu en un autre lieu, il y avoit lors grand débat entre les Juifs pour le tribut. Car pource que les Romains avoyent usurpé le cens et le tribut. lequel Dieu en la Loy de Moyse avoit commandé qu'un chacun du peuple luy payast en signe d’hommage, les Juifs murmuroyent et grondoyent que c’estoit une grand’honte et vilenie que des gens profanes s’attribuassent ainsi ce qui appartenoit à Dieu :

joint que d'autant que ceste imposition de tribut dont la Loy les chargeoït, estoit un tesmoignage de leur adoption, il leur sembloit que par ce moyen on leur ostoit leur honneur et privilége appartenant à leur race. Et sur cela selon qu’un chacun estoit plus povre et mavoit rien à verdre, tant plus estoit-il hardi à se mutiner. Les Pharisiens doncques s’avisent de ceste finesse pour surprendre Christ, qu'en quelque sorte qu’il responde, touchant le tribut, il s’enveloppera. S'il nie qu’il le faille payer : il sera convaincu d’estre séditieux : au contraire, s’il dit que cest raison qu’on le paye, il se déclarera ennemi de sa pation et de la liberté du pays, Or ils tendent principalement à le mettre en la male gräce du peuple. Voylà la cautèle et surprinse

AG Et ils luy présenlérent. Lors il leur dit, De qui est ceste image et l'escriture? Ils luy dirent, De César.

17 Et Jésus respondant leur dit, Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. El furent esmerveillez de luy.

apportez- | nier: de qui a-il l'image

moy un denier, que je | et l'escriture? Eux res-

pondans dirent, de César,

25 Et àl leur dit, Rendez donc à César les choses qui sont à César, et à Dieu les choses qui sont à Dieu.

26 Or ils ne peurent trouver à redire en sa parole devant le peuple :

mais esmerveillez de sa response ils se teurent.

laquelle les Evangélistes touchent : c’est qu'il semble à ces malheureux qu'ils tienent Christ prins de tous costez, en sorte qu’il ne peut plus eschapper. Et pource qu'ils estoyent tout notoirement ses adversaires, et sçavoyent bien que cela les rendroit suspects, ils subornent aucuns de leurs disciples, comme dit S. Matthieu : mais S. Luc les appelle espies, qui feignoyent estre justes :

c'est-à-dire lesquels pour tromper monstroyent quelque simplicité et droite affection d'apprendre. Car la simulation de justice de laquelle il est yci parlé, ne se prend pas généralement, mais se doit restraindre à la circonstance du propos, pource qu'ils n’eussent esté receus, s'ils v’y fussent venus avec quelque couverture de docilité et bon zèle. Ils prenerit avec eux les Hérodiens, lesquels tenoyent plus du costé de lempire Romain, et pourtant estoyent plus propres pour trouver quelque calomnie. Cependant il faut noter, que combien que ces deux bandes eussent de grans différens l’une contre l’autre, toutesfois ils sont si envenimez contre Christ, qu’ils conspirent ensemble pour le destruire. Nous avons dit en un autre lieu quelle estoit ceste secte.

Car pource qu'Hérodes estoit seulement Juif à demi, ou bien faisoit une profession bastarde et corrompue de la Loy, tous ceux qui vouloyent qu’elle fust gardée exactement et entièrement, le condamnoyent Iuy et sa fausse religion.

Mais il avoit de son costé ses flatteurs, qui sçavoyent bien donner couleur à sa fausse doctrine. Ainsi outre les autres

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

sectes, de ce temps-là s’estoit eslevée une religion de Cour.

16 Maistre nous scavons, etc. Voyci la justice laquelle ils contrefont, en faisant des humbles devant Christ, comme s’ils avoyent envie d'apprendre, et comme si non-seulement ils avoyent un vray goust de crainte de Dieu, mais aussi une bonne estime de la doctrine de Christ.

Car s'ils eussent parlé de cœur, c’estoit certes une vraye droiture. Et pourtant on peut recueillir de leurs paroles la détinition d’un bon et fidèle Docteur, comme ils faisoyent semblant de tenir Christ pour tel. Is disent qu’il est véritable, qu'il enseigne la voye de Dieu : c'est-àdire, qu’il est fidèle ambassadeur de Dieu, et expositeur de sa volonté, voire en vérilé : C'est-à-dire, sans aucune Corruption, La voye de Dieu est mise à l’opposite des inventions des hommes, et de toutes doctrines estranges : et la vérité est mise à l’opposite d’ambition, avarice et autres affections perverses, lesquelles ont accoustumé de corrompre la pure facon d'enseigner. Ainsi donc il nous faudra tenir pour vray Docteur celuy qui ne met point en avant les inventions des hommes, et ne s’eslongne de la pure parole de Dieu, mais distribue comme de main en main ce qu'il a apprins de la bouche d'iceluy, et lequel d’une droite affection d’édifier, accommode la doctrine à l'usage et salut du peuple, et ne la desguise d'aucun fard. Quant à ce dernier poinct, sainct Paul disant qu’il ne fait point marchandise de la parole de Dieu, 2 Cor. IT, 47, donne à entendre que il y en à aucuns de ceux qui ont quelque dextérité, et ne renversent pas apertement la pure doctrine, et ne Sont point notez dé tenir meschantes opinions, lesquels toutesfois desguisent la pureté de la doctrine : pource que ils sont on ambitieux, Ou avaricieux, ou aisez à tourner d’un costé et d'autre selon leur cupidité charnelle. Et pourtant il les compare à des macquignons , pource qu'ils dépravent le pur usage de la parole de Dieu.

Ce que ces hypocrites adjousten£ quant et quant, est bien aussi digne d’estre noté, quand ils disent que Christ enseigne droilement, pouree qu'il ne regarde

leur malice

point à la personne des hommes : veu qu’il n'y à rien pourquoy ceux qui ont charge d’enseigner soyent plus destournez dune fidèle et droite dispensation, que quand ils s'amusent à regarder aux hommes. Car il est impossible que celuy qui désire de plaire aux hommes, s’addonne vrayement à Dieu, Gal. I, 40. Il est vray qu’il faut bien avoir soin des hommes, mais non pas pour acquérir leur faveur en les flattant. En somme, pour cheminer droitement, il faut nécessairement oublier toute acception de personnes, laquelle obscurcit la lumière, et.

pervertit le juste jugement : comme aussi Dieu réitère souventesfois cela en la Loy, (Deut. 1, 40, et XVI, 49) et quant et quant l’expérience nous monstre qu’il est vray. Et pourtant Christ au septième chapitre de sainct Jehan, 24, met ces deux choses à l’opposite lune de l'autre, comme totalement contraires : asçavoir Acception de personnes, et Droit jugement.

Â8 Et Jésus cognoissant leur malice, etc. Is avoyent tellement fait leur harangue, qu'il n’y a celuy qui ne les eust pris pour bons escholiers. D’où est-ce donc que Christ ha ceste cognoissance, sinon d'autant que son esprit cognoissoit Îles cœurs? car il n’a point apperceu leur cautèle par une conjecture humaine :

mais pource qu’il estoit Dieu, il a jetté son regard jusques aux fons de leurs cœurs, en Sorte qu’ils n’ont rien gaigné de faire bonne mine, et se couvrir d’un fard de justice. Ainsi doncques avant que de leur faire response, il a monstré un tesmoignage Ge sa Divinité en descouvrant leur malice cachée. Maintenant veu que les meschans nous dressent tous les jours de semblables embusches, et que cachée dedans leurs cœurs nous est incognue, il faut prier Christ qu'il nous doune l'Esprit de discrétion, et que ce qu'il à eu de nature et de son droict propre, il le nous ottroye de don gratuit. Au reste, il appert combien ceste prudence nous est nécessaire, d'autant que si nous ne prenons garde aux fileis que nous tendent les meschans, à chacun coup nous exposerons la doctrine de Dieu à leurs calomnies, Or quant à ce

que Christ commande qu’on luy monstre La monnoye du tribut, combien qu’il semble de prime face que cela ne serve pas beaucoup, toutesfois il est suffisant pour rompre leurs brisées. Car par ce moyen on avoit tiré d'eux quelque recognoissance de sujétion, en sorte qu'il n’estoit point besoin que Christ leur commandast rien de nouveau. La monnoye estoit marquée de l’effigie de César:

et par ainsi l’authorité de Pempire Romain estoit approuvée et receuë par commun usage. Dont il apparoissoit que les duifs s’estoyent desjà assujetis à payer le tribut, pource qu’ils avoyent laissé usurper aux Romains la souveraine puissance. Car il n’estoit jà besoin de disputer à part du tribut, mais ceste question dépendoit de la police générale.

21 Rendez-donc à César les choses qui sont à César, etc. Christ veut dire, Puis que la sujétion à laquelle le pays s’est rangé est toute notoire par l’impression que porte leur monnoye, qu'il ne faut point débatre d’une partie d’icelle :

comme s’il disoit, S'il vous semble estrange de payer tribut, ne soyez donc point sujets de l’empire Romain : mais desjà la monnoye par laquelle les hommes traffiquent les uns avec les autres, rend tesmoignage que César ha domination sur vous, en sorte que tacitement par vosire approbation vous avez perdu la liberté laquelle vous alléguez maintenant.

Au reste, cesté response de Christ ne moyenne pas tellement entre deux, qu’elle ne contiene une pleine doctrine et résolution de la question proposée.

Car il ÿ à yci une distinction toute évidente entre le gouvernement spirituel, et le politique ou civil : afin que nous sçachions que la sujétion externe n’empesche point que nous n’ayons au dedans la conscience libre devant Dieu. Car Christ a voulu réfuter l'erreur de ceux ausquels il ne sembloit pas qu'ils fussent peuple de Dieu, s’is n’estoyent exempts de toute sujétion de domination humaine : comme aussi Sainet Paul insiste fort sur ce poinet (Rom. XI, 5) qu'ils ne pensent pas moins servir au seul Dieu encores qu'ils obéissent aux loix humaines, payent les tributs, et baissent la teste pour por-

touche leur hypocrisie,

ter toutes les autres charges. Bi somme il déclare, encores que les J@ifs soyent sujets aux Romains quant à la police externe, que cela ne dérogue rien à Pauthorité de Dieu, et ne porte.point de préjudice à son service. fl semble aussi qu’il d'autant qu'ils laissoyent bien corrompre le service de

Dieu en beaucoup dendroits, sans s’en

donner grand peine, et mesmes ils des-

pouilloyent meschamment Dieu de sa.

puissance : et cependant ils monstroyent un si grand zèle à une chose qui ne valoit pas le parler. Comme s’il disoit, Vous avez grand’peur que si on paye le tribut aux Romains, cela dérogue quelque chose à l'honneur de Dieu : mais il vous faut plustost mettre peine de rendre à Dieu le service qu’il requiert de.vous, et cependant de rendre aussi aux hommes ce qui leur appartient. Il semble bien que la division qu’il fait yci n’est pas convenable :

pource qu'à proprement parler, quand nous faisons nostre devoir envers les hommes, nous rendons obéissance à Dieu. Mais Christ s’accommodant à la façon commune du peuple, s’est contenté de discerner le règne spirituel de Dieu, davec l’ordre politique et lestat de Ja vie présente. Parquoy il faut retenir ceste différence. Que puis que le Seigneur veut estre seul législateur pour gouverner les âmes, il ne faut point chercher ailleurs la règle de le servir, qu’en sa parole : et qu’il nous faut arrester au seul et simple service qui est là prescrit : et que la puissance du glaive, les loix et jugemens n’empeschent point que le service de Dieu ne demeure en son entier entre nous. Au reste, ceste doctrine s’estend plus loin, asçavoir qu’un chacun selon sa vocation face son devoir envers les autres : que les enfans se rendent volon-

tairement sujets aux pères et mères, les

serviteurs aux maistres : et que les uns complaisent et gratifient aux autres selon ia règle de charité, pourveu que Dieu retiene tousjours le souverain empire, duquel tout ce qui peut estre deu aux hommes est subalterne, comme on dit :

c’est-à-dire, en dépend. Ainsi donc le sommaire est, Pource que tous ceux qui troublent l'ordre politique, sont rebelles

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

à Dieu, que lobéissance envers les princes et magistrats s'accorde bien avec

la crainte et service de Dieu : mais d’autre |

part, si les princes usurpent quelque chose de l’authorité de Dieu, qu’il ne leur faut point obéir, sinon autant qu'il se pourra faire sans offenser Dieu.

22 Oyans cela ils s'esmerveillérent.

Il appert aussi par ceci comment Dieu fait tourner à une fin toute contraire les entreprinses malicieuses de ses adversaires :

et que non-seulement ils se trouvent früstrez de leur attente, mais aussi il Is

renvoye avec honte. Il est vray que quelque fois il adviendra que les meschans estans vaincus ne laisseront pas de réplique : mais tant invincible que puisse estre leur impudence, autant qu’ils dresseront d'alarmes et dé combats contre la parole de Dieu, autant Dieu ha de victoires en sa main pour triompher d’eux et de Satan leur chef. Mais en ceste response de Christ Dieu a voulu spécialement magnifier sa gloire, en contraignant ces mal-heureux de $’en ailer tout confus de honte.

MATTH. XXII

23 Ce jour-là les Sadduciens (qui disent qu'iln'y à point de résurrection) veindrent à luy, et l'interroguérent.

24 Disans, Maistre, Moyse a dit, Si quelqu'un est mort sans avoir enfans, que son Jrère prene la femme d'iceluy, et suscite lignée à son frère.

25 Or il y avoit vers nous sept frères: le premier après qu’il fut marié trespassa :

et sans avoir lignée laissa sa femme à son frère.

26 Semblablement le second et le tiers jusqu'au septième.

271 Or aprés tous la Jemme aussi trespassa.

98 En la résurrec-:

tion donc, duquel des sept sera-elle femme ?

car tous l'ont euë.

29 Et Jésus respondant, leur dit, Fous errez,ne scachans les

Escritures, ne la vertu de Dieu.

30 Car en la résur-

1) Déut,, XXV, 3.

MAROC XII

18 donc les Sadduciens (qui disent que ün'y a point de résurrection) veindrent à luy, et l’interroguüérent, disans,

19 Maistre, Moyse nous a escrit, que si le frère de quelqu'un est mort, et «a laissé sa femme, et na point laissé d’enfans, son frère prendra la femme d’iceluy, et suscitera lignée à son frère.

20 Or it y avoit sept frères : dont le premier print femme, et mourant ne laissa point de postérilé.

24 Et le second la print, et mourut, et luy aussi ne laissa point de postérité :

et le tiers. semblablement.

22 Les sept donc la prindrent ne laissans point de postérité. La femme aussi mourut la dernière de lous.

23 En la résurrection donc, quand il seront ressuscilez, duquel d'iceux sera-elle femme? car sepl l'ont euë à fenime.

24 Lors Jésus respondant, leur dit, Ce que vousvous fourvoyez, n'est-ce pas d'autant que vous ne

LUG XX.

27 Lors aucuns des Sadduciens (qui nient la résurreclion) s'approchèrent et l'intérroguèrent,

28 Disans, Maistre, Moyse nous a escrit, Sè le frère de quelqu'un est mort ayant Jemme, et quil soit mort sans enfans, que son frère prene la femme, et qu'il suscite postérité à Son frère.

29 Or y eut-il sept frères, dont le premier print femme, et mourut sans enfans.

30 Et le second la print, el mourut aussi sans en- Jans.

34 Puis le tiers la print, et semblablement tous les sept, et moururent sans avoir laissé enfans.

32 Après tous la femme aussi mourut.

33 Duquel d'eux donc sera-ellé femme en la résurrection? car les sept l'ont euë à femme.

34 Et Jésus respondant leur dit, Les enfans de ce monde prenent et sont prins en mariage. [

35 Mais ceux qui seront faits dignes d'obtenir ce siecle-là, et la résurrection des morts, ne prendront ni seront pris en mariage.

rection on ne prend ni ne donne femmes en mariage : mais Ùls sont comme les Anges de Dieu au ciel.

31 Et quant à la résurrection des morts, avez-vous point leu ce qui vous a esté dit de Dieu, disant,

32 Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob? Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivans.

33 Et les troupes oyans cela s’estonnoyent de sa doctrine.

1) Exode, III, 6.

Nous voyons yei comme Satan rallie ensemble pour combatre la vérité de Dieu,

COMMENTAIRES scavez les Escrilures, ne la puissance de Dieu?

28 Car quand ils seront ressuscitez des moris,onne prendra ni donnera femme en mariage : mais On sera comine les Anges qui sont es Cieux.

26 Æt quant aux morts, pour monstrer qu ils ressuscitent, n'avez-vous point leu au livre de Moyse, comment Dieu parla à luy au buisson, disant, Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob ?

27 I n’est point le Dieu des morts, mais le Dieu des vivans. F'ous-vous fourvoyez donc grandement.

ple peuple

36 Car ils ne pourront

, plus mourir: d'autant qu'ils

seront pareils aux Anges, et seront fils de Dieu, estans Jils de résurrection.

37 Or qu'ainsi soit que les morts ressuscilent, Moyse mesme l'a monstré auprés du buisson, quand il dit que le Seigneur est le Dieu d'4braham, et le Dieu d'Isaac, el le Dieu de Jacob?

38 Or n'est-il point le Dieu des morts, mais des vivans, car tous vivent à luy. |

39 Et aucuns des Scribes respondans dirent, Maistre, tu as bien dit.

40 Et ne l'osoyent plus interroguer de rien.

et l’exposent en mocquerie envers le sim-

ignorant. Et peut-estre que

ils avoyent accoustumé au paravant de barseler les Pharisiens de ceste cavillation : mais maintenant il leur semble qu’ils prendront Christ au mesme trebuchet.

23 Ce jour-là les Sadduciens qui di-

tous les malins, lesquels autrement sont

en grand discord les uns avec les autres.

Car combien que ces deux sectes se feissent tous les jours la guerre l’une contre autre, toutesfois ils conspirent ensemble ‘ontre Christ, tellement que les Pharisiens | sent qu'il ny a point de résurrec- Sont contens que leur doctrine soit as- | fion, etc. Nous avons dit en un autre lieu saillie en la personne de Christ. Nous | quel a esté le commencement de ceste voyons aujourd’huy le semblable, que | secte des Sadduciens. Or sainct Lue testoutes les bandes de Satan, quoy qu’elles | moigne au 23° chapitre des Actes, que ils soyent autrement contraires les unes aux | n’ont pas seulement nié la dernière résurautres, S’assemblent toutesfois comme en | rection de la chair, mais aussi l’immorune gendarmerie pour s’eslever contre | talité de l'âme. Et @e faict, si on regarde Christ. Et les Papistes ont une haine si | bien la doctrine de l'Escriture, la vie de mortelle contre l'Evangile, que volontiers |Pâme sans espérance de la résurrection ils Supporteront et Epicuriens, et Liber- | ne sera qu’un songe. Car Dieu ne dit pas tins, et autres tels monstres, pourveu | que les âmes soyent vivantes après la qu'ils S’en puissent servir pour combatre | mort des corps, comme estans jouissantes VEvangile. En somme, nous voyons que | desjà de leur gloire et béatitude : mais il ces gens sont sortis comme de divers | remet et diffère leur espérance jusques au camps pour assaillir Christ : et que cela | dernier jour. Je confesse bien que les est advenu pource qu'ils hayssoyent la | Philosophes qui ne cognoïssoyent rien de lumière de saine doctrine tous en com- | la résurrection de la chair, ont beaucoup mun. Au reste, les Sadduciens proposent | parlé de l’essence immortelle de l’âme : à CBristune question : afin que sous cou- | mais ils gazouillent tant ineptement de leur d’absurdité ils le tirent en participa- | l'estat de la vie advenir, qu'il n’y a nul tion de leur erreur : ou bien que s’il n’ac- | arrest à tout ce qu’ils en disent. Mais puis corde avec eux, ils luy facent déshonneur, ‘que l’Escriture nous enseigne que la vie

ur di

SUR L'HARMONIE ÉVANCÉLIQUE.

spirituelle dépend de l’espérance de la | chiré l'Eglise de Dieu en introduisant des

résurrection, et que les âmes séparées d’avec les corps ont R leur but fiché, quiconques abolit la résurrection, oste aussi aux âmes leur immortalité. Au reste, on peut veoir par ceci l’horrible confusion de l'Eglise des Juifs, veu qu’une partie des principaux chefs de la religion ostoyent l'espérance de la vie advenir, en sorte que les corps estans morts, les hommes ne différoyent en rien des bestes brutes. Il est vray qu'ils ne nioyent pas qu’il faloit vivre sainctement et justement, et n’estoyent pas si profanes que d’estimer le service de Dieu une chose super-

flue : mais au contraire ils maintenoyent

que Dieu. estoit juge du monde, et que les choses d’yci-bas estoyent gouvernées par sa providence : mais en restraignant à la vie présente tant le loyer des bons, que la punition des iniques, encores qu'ils eussent bien dit, en disant que Dieu traitte yci un chacun selon qu’il a mérité, toutesfois c’estoit une chose par trop desraisonnable, d’enclorre les promesses de Dieu en des limites si estroits. Aussi l’expérience monstre clairement que leur erreur et stupidité estoit lourde à merveilles, veu qu’il est tout notoire que le loyer des bons est remis à l’autre vie et semblablement que la punition des meschans ne s’accomplit pas en ce monde. Brief, il est impossible d'imaginer chose de plus grande absurdité que ceste resverie, Que les hommes créez à l'image de Dieu soyent du tour esteints par la mort comme bestes. Mais quelle vilenie et quel monstre estoit-ce, je vous prie, veu que par tout entre les peuples profanes, et povres aveugles d'idolâtres il y avoit pour le moins quelque appréhension de la vie advenir, que entre les Juifs, le peuple péculier de Dieu, ceste semence de religion fust abolie? Je laisse à dire que veu qu'ils voyoyent comment les saincts Pères avoyent tousjours prétendu courageusement à la vie céleste, et que l'alliance laquelle Dieu avoit faite avec eux estoit spirituelle et éternelle, il faloit bien qu'ils fussent du tout hébétez et abrutis de demeurer aveugles en une lumière si claire.

Mais premièrement, ça esté la récompense que méritoyent ceux qui avoyent des-

sectes : davantage, le Seigneur à par ce moyen fait la vengence du mespris détestable de sa doctrine.

24 Maistre, Moyse a dit, Siquelqu'un est mort, etc. Veu que w’estoit assez de proposer simplement le faict, à quel propos usent-ils de ceste préface? Certes ils mettent en avant le nom de Moyse par fifesse, pour prouver que C’estoyent mariages légitimes, lesquels estoyent contractez non point au plaisir des hommes, mais par le commandement et ordonnance de Dieu mesme. Or il ne peut estre que tout ce que Dieu dit ne s'accorde bien ensemble. Voyci donc comme ils dressoyent leur cavillation : Si Dieu doit quelque jour : recueillir les fidèles en son Royaume, il leur rendra ce qu’il leur avoit donné estans au monde : que sera-ce doncques de la femme laquelle Dieu à voulu qu’elle fust à sept maris l’un après l’autre? Voylà comme tous malins et hérétiques forgent des calomnies, pour desfigurer la vraye doctrine de piété, et faire honte aux serviteurs de Christ. Et mesmes les Papistes n’ont point de honte de desgorger des mocqueries contre Dieu et sa parole, en essayant de nous surprendre. Et pourtant non sans cause S. Paul veut que le docteur soit muni d'armes propres pour repousser les ennemis de vérité, Tite, F, 9.

Quant à ceste loy par laquelle Dieu commandoit, quand un homme estoit mort sans enfans, que le plus prochain parent d'iceluy prinst la veive à femme, et en cas que cestuy-là mourust sans enfans, les autres conséquemment : la raison estoit, afin que la femme qui estoit mariée en quelque famille, laissast quelque lignée en icelle. Que s’il y eust eu des enfans du premier mariage, le mariage ensuyvant eust esté illicite et incestueux, estant contracté au dedans des degrez défendus par la Loy.

29 Fous errez, ne sçachans les Escritures, ele. Combien que Christ parle aux Sadduciens, toutesfois ceste répréhension convient généralement contre tous autheurs de fausses doctrines. Car veu que Dieu nous esclaire suflisamment és Escritures, faute de les sçavoir est la cause et source de {ous erreurs

Mais voyci une grande consolation pour tous fidèles, d'entendre qu’ils sont hors de danger de faillir, tant qu’ils enquerront par les Escritures en humilité, docilité et modestie, ce qui est bon, droit et vérifable. Quant à ce que Christ conjoint /a vertu de Dieu avec la Parole, cela se rapporte à la circonstance du propos. Car pource que la résurrection surmonte de beaucoup la capacité du sens humain, elle nous sera incroyable jusques à ce que nous eslevions nos esprits à considérer la puissance infinie de Dieu, par laquelle il peut assujetir toutes choses à soy, comme S. Paul monstre au chap. JIT des Philippiens, v. 21. Joint qu'il faloit que les Sadduciens fussent bien bestes de mesurer la gloire de la vie céleste par l’estat présent de ce monde. Cependant toutesfois nous sommes yci enseignez que lors les hommes pensent et parlent des mystères du Royaume céleste comme il appartient, quand ils conjoignent la puissance de Dieu avec les Escritures.

30 Mais ils sont comme les Anges de Dieu au ciel. X n'entend pas que les enfans de Dieu estans ressuscitez, doyvent estre en tout et par tout semblables aux Anges : mais pour ce regard qu'ils seront exempts de toute infirmité de la vie présente : comme S'il disoit qu’ils ne seront plus sujets aux nécessitez de ceste vie caduque et corruptible. Sainet Luc exprime plus clairement la raison de la similitude, disant qu’ils ne pourront plus mourir, et que pourtant ils n'auront que faire d’entretenir leur lignage comme on fait en ce monde. Or il parle seulement des fidèles : pouree qu’il n’avoit point esté fait mention des réprouvez. Mais on pourroit demander pourquoy il dit. que lors ils seront fils de Dieu, estans fils de résurrection : Yeu que le Seigneur fait cest honneur aux fidèles, con nbien qu’ils soyent encores enclos en la prison de ce corps fragile. Et de faict, comment serionsnous héritiers de la vie éternelle après la mort, sinon que Dieu nous recognust desjà pour ses enfans? Je respon que depuis que nous sommes entez au corps de Christ par foy, Dieu nous adopte pour ses enfans, et que le sainct Esprit nous est donné pour tesmoin, seau, arre, et gage

de ceste adoption, afin qu'’ayans ceste asseurance nous puissions crier franchement, Abba Père, (Romains, VII, 45).

Au reste, combien que nous sçachions que nous sommes enfans de Dieu, toutesfois pource. qu’il n’est point encores apparu ce que nous serons, jusques à ce qu’estans transfigurez en la gloire diceluy, nous le voyons ainsi comme il est (4 Jehan, IT, 2) nous ne sommes pas encore estimez enfans de Dieu par effect.

Et combien que nous soyons régénérez par l'Esprit de Dieu, toutesfois pource que nostre vie est encores cachée (Coloss. IE, 3) la manifestation nous discernera vrayement et entièrement d'avec des

estrangers. Et c’est en ce sens que sainct

Paul remet nostre adoption au dernier jour, Rom., VII, 23.

37 Luc. Orqu'ainsi soit que les morts

ressuscilent, Moyse mesme l'a mons-

tré, etc. Christ après avoir réfuté l’absurdité de l’objection qu’on luy faisoit, conferme maintenant par tesmoignage de PEscriture la doctrine de la résurrection dernière. Et voylà l’ordre qu’il nous faut tenir, C’est qu’ayans repoussé les calomnies des ennemis de vérité, nous leur donnions à cognoistre qu’ils parlent contre la parole de Dieu. Çar jusques à ce qu'ils soyent convaincus par tesmoignages de lEscriture, ils pourront tousiours se rebecquer. Au reste, Christ alègue un passage de Moyse, pource. qu'il avoit affaire aux Sadduciens, lesquels n’adjoustoyent pas grand'foy aux Prophètes: à tout le moins n’en tenoyent non plus de conte que nous ferions du livre de J'Ecclésiastique, ou de l’histoire des Machabées :

allégué Moyse, il a mieux aimé, le, leur remettre au-devant qu'un des Prophètes.

Joint qu’il ne s’est pas estudié à recueillir tous les passages de lEscriture fai- Sans à Ce propos :

Yoyo:s que les Apostres n’usent pas {ousjours de mesmes tesmoignages, en iraittant un mesme poinct. Et toutesfois il ne faut pas penser que Christ ait sans cause prins ce passage plustost que quelque autre, mais il l’a choisi par bon jugement, combien qu'il pourroit sembler en apparence estre obseur : pour ce qu'il devoit

et pource aussi qu "ils luy avoyent

comme aussi nous |

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

estre bien commun et en usage entre les | tans morts en ce monde mènent une vie

Juifs, veu qu’il rend tesmoignage que le Seigneur les avoit rachetez pour autant qu’ils estoyent enfans d'Abraham. Il est vray que Dieu prononce là qu’il vient pour secourir à ce peuple affligé : mais il adjouste quant et quant, qu’il le recognoist pour sien pour le regard de l’adoption, à cause de l'alliance faite avec Abraham.

Pourquoy est-ce que Dieu regarde plustost à ceux qui estoyent morts, qu'aux vivans, sinon d'autant qu'il attribue Île premier degré d'honneur aux Pères, lesquels ilavoït fait gardiens de son alliance ?

Et comment seroyent-ils plus excellens.

que les autres, s'ils estoyent du tout esteints par la mort? La relation aussi et correspondance mutuelle du terme dent il use, exprime cela bien clairement. Car comme pul ne peut estre nommé père sans enfans, ne Roy sans sujets : ainsi à proprement parler, le Seigneur ne peut pas

estre appelé le Dieu, sinon des vivans..

Combien que Christ ne fait pas tant son argument sur la forme commune de parler, que sur la promesse qui est enclose en ces mots. ar le Seigneur s’offre d’estre nostre Dieu, à la charge qu'il nous avouë aussi pour son peuple : laquelle chose seule suffit pour asseurance de parfaite béatitude. Dont procède aussi ce que dit PEglise au kivre du Prophète Habacuc, chapitre [, v. 42. Tu es nostre Dieu dés le commencement, nous ne mourrons point. Veu donc que le Seigneur promet 7 salut à tous ceux ausquels il asseure d’éstre leur Dieu, et veu qu’il dit cela d'Abraham, Isaac et Jacob après leur mort, il s'ensuit que il reste une espérance de vie aux morts. Si quelqu'un réplique au contraire, Que les âmes peuvent demeurer en leur estre, encore qu'il n’y ait point de résurrection de la chair : j’ay desjà respondu ci-devant, que ces deux

choses sont conjointes, et ne se peuvent

séparer, pource que les àmes prétendent tellement à l’héritage qui léur est préparé, qu'élles n’ont point encores le but et perfection de leur estat.

38 Car tous vivent à luy. Geste manière de parler se prend en diverses sortes és Escritures sainetes :

passage Christ entend que les fidèles es-

mais en ce’

céleste avec Dieu : comme aussi S. Paul aux Rom., VI, 40, dit que Christ ayant esté receu en la gloire céleste, vit à Dieu : pource qu’il est exempt des infirmitez et misères de ceste vie caduque. Mais Christ admoneste yei expresséement, qu'il ne faut pas juger selon le sens de la Chair, de la vie des fidèles qui sont hors de ce monde, pource qu’elle est tenue cachée sous la garde de Dieu à nous incognue.

Car si cependant qu'ils conversent en ce pèlerinage terrien, ils sont quasi semblables à gens morts, beaucoup moins après la mort de leurs corps on verra en eux quelque apparence de vie. Mais Dieu est fidèle pour les maintenir vivans devant sa face par-dessus toute appréhension humaine.

39 Æt aucuns des Scribes, etc. Veu qu’il est vray-semblable qu’ils luy portoyent toute mauvaise affection, ceste confession à esté tirée comme par force et par une conduite secrète de Dieu, de la bouche d’aucuns d’entre eux, asçavoir des Pharisiens. Par aventure combien que ils eussent esté contens que Christ fust demeuré muet, vaincu honteusement, toutesfois pour Ce qu’ils voyent que sa response leur sert de baston contre la secte des Sadduciens leurs adversaires, ceste ambition fait qu’ils se resjouissent de la victoire que Christ a obtenue. Peut-estre aussi qu’ils brusloyent en eux-mesmes d'envie, et ne vouloyent pas que ce fussent les Saddutiens qui emportassent la victoire par-dessus Christ. Cependant il est ainsi adYenu par la providence admirable de Dieu, que mesmes ces ennemis mortels de Christ ont consenti à sa doctrine. D’avantage, ceci a servi pour brider et réprimer leur audace, non-seulement pource que ils voyoyent que Christ estoit tousjours prest à soustenir leurs assaux, de quelque sorte qu'ils fussent, mais pource qu'ils craignoyent d’estre repoussez par ses responses honteusement : pource aussi qu’ils avoyent honte de luy laisser emporter la victoire sans dire mot de leur costé, de peur qu’il ne veinst à acquérir tousjours plus d’authorité envers le peuple. Au reste, quant à ce que dit S. Matthieu, Que fous s’eston-

MATTH. XXI

34 Or quand les Pharisiens ouyrent qu'il avoit fermé la bouche aux Sadduciens, ils s’assemblèrent d'un accord :

35 Et un d’entr'eux docteur de la Loy, l'interro-

qua en le tentant, et disant,

36 Maistre, lequel est le grand commandement de la Loy?

37 Jésus luy dit, Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de ioulte ton âme, et de toute ta pensée".

38 Cesluy-ci est Le premier et le grand commandement.

39 Et le second semblable à iceluy, est, Tu aimeras lon prochain comme toymesme ?.

40 De ces deux

commandemens dépendent toute la Loy et les Prophètes.

1) Deut,, VI, 5,

noyent de sa doctrine : il faut noter que | comme un miracle, de Veüir ainsi prola doctrine de la religion estoit lors cor- | prement et pertinemment prouvér par la rompue de tant de fausses inventions, | Lov, l'espérance de la résurrection. qu’à bon droiet les auditeurs ont estimé !

MARC XII

28 Lors quelqu'un des Scribes estant venu là, les ayant ouys disputer ensemble, et scachant que il leur avoit bien respondu, l'interroqua disant, Quel est le premier commandement de tous ?

29 Jésus luy respondit, Le premier de tous les commandemens est, Escoute Israël: Le Seigneur nostre Dieu est le seul Seigneur :

30 Tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute La pensée, et de toute ta force. Cestuyci est le premier commandement.

31 Et le second semblable à iceluy, est, Tu aimeras ton prochain comme toy-mesme. Il n'y a point d'autre commandement plus grand que ceux-ci.

32 El le Scribe luy dit, Maistre, tu as bien dit la vérité, qu'il est un Dieu, et qui n'y en & point d'autre que luy :

33 Et que l'aimer de tout le cœur, et de toute l'intelligence, et de toute l'âme, et de toule la force: et aimer son prochain comme soy-mesme, est plus quetous les holocaustes et sacrifices,

2) Lév., XIX, 18,

LUC. X

25 Lors voyci un docteur de la Loy qui se leva le tentant, et disant, Maistre, en quoy faisant hériteray-je la vie éternelle ?

26 Auquel il dit, Qu'est-il escrit en la Loy? comment lis-tu?

27 Il respondit, et dit, Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de loute la force, et de toute ta pensée : el ton prochain comme toymesme.

28 Alors il luy dit, Tu as droitement respondu : fay cela, et tu vivras.

29 Mais iceluy voulant se justi- Jier, dil à Jésus, Et qui est mon prochain?

30 Jésus respondant dit, Un homme descendoit de Jérusalem en Jéricho : et cheut entre les brigans, lesquels le despouillèrent : et après qu'ils leurent navré, s’en allérent, le laissant à demi-mort.

34 Or par rencontre un Sacrificateur descendoit par le mesme chemin: et quand il le veit, il passa de l'autre costé.

32 Semblablement aussi un Lévite estant arrivé à l'endroit, et le voyant, passa de l'autre costé.

33 Mais un Samaritain passant son chemin, veint à l'endroit de luy : el le voyant fut meu de com passion.

34 Et Ss'approchant luy reserra ses playes, et y meit de l'huile et du vin: puis le meit sur sa beste, et le mena en l'hostellerie, et le pensa.

35 Le lendemain au départir, il tira deux deniers, et les bailla à l’'hoste, et dit, Pense-le, et tout ce que tu despendras d'avantage, je le le rendray à mon retour.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

34 Et Jésus voyant qu'il avoit respondu prudemment, luy dit, Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu.

Et nul ne l'osa plus interroquer.

Combien qu'il semble que ce que Fay mis yei de sainct Luc, soit seulement semblable à ce que récitent sainct Matthieu et sainet Marc, et non pas que ce soit une mesme histoire : toutesfois j’ay mieux aimé les mettre tous ensemble, pource que sainct Matthieu et S. Marc afferment que ça esté la dernière question de laquelle on a tenté le Seigneur, et sainct Lue ne die mot de cela: mais il semble qu’il lelaisse de propos délibéré, pource qu’il en avoit fait mention en un autre lieu. Toutesfois je ne veux pas üébatre que ce soit toute une mesme histoire, veu que sainct Luc en d’aucuns points est divers des deux autres. Ils sont bien tous trois d'accord que le Scribe feit ceste question pour tenter Christ :

mais celuy que descrivent sainct Matthieu

36 Lequel donc de ces trois te semble-il estre le prochain à celuy qui est cheut entre les brigans?

31 ELU luy dit, Celuy qui a usé de miséricorde envers luy. Jésus donc luy dit, Va, et toy aussi fay semblablement.

de maintenir la Loy, qu'il est marri de perdre quelque chose de honneur de sa maistrise. Il demande done à Christ sil veut maintenir de sçavoir quelque chose de plus parfait que la Loy. Car combien qu'il ne die pas cela expresséement, toutesfois sa demande est cauteleuse, pour mettre Christ en haïne du peuple. Au reste, Ssainct Matthieu et sainct Mare p’attribuent pas ceste ruse à un homme seulement, mais disent que ce fut une chose attitrée par menée et conspiration:

et qu'on choisit un de toute la bande qui sembloit estre plus sçavant et pertinent que pas un des autres. Sainct Luc aussi est aucunement différent de sainct Matthieu et sainct Marc, quant à la forme de l'interrogation. Car en sainct Luc le Scribe demande que c’est que on pourra

et sainct Marc, se départ finalement avec | faire pour oblenir la vie éternelle : et

quelque bon vouloir. Car il consent à la response de Christ, et monstre signe d’un esprit docile et doux : joint aussi que Christ prononce qu’il n’est pas loin du Royaume de Dieu. Mais sainct Luc introduit un homme opiniasire et enflé d'orgueil, auquel on ne voit point de signe d’amendement. Or il n’est pas inconvénient que Christ ait esté tenté plus d’une fois sur le poinet de la vraye justice, de l'observation de la Loy, et de la règle de bien vivre. Toutesfois soit que sainet Luc ait mis ceci hors de son droit lieu, soit qu’il ait maintenant laissé la seconde interrogation, pource que l’autre première appartenant à la doctrine, sufiisoit: il m'a semblé que la similitude de Ja doctrine qui est par tout, requéroit de conférer les trois Evangélistes ensemble.

Regardons maintenant quelle occasion à poussé ee Scribe à interroguer Christ.

Certes pource qu'il estoit expositeur de la Loy, la doctrine de l'Evangile le faschoit, par laquelle il luy sembloit que lPauthorité de Moyse estoit diminuée. Combien qu’il n’est pas tant mené d’un zèle

és autres deux il demande, Quel est le grand commandement en la Loy. Toutesfois le but est tousjours un : car il aborde cauteleusement Christ, afin que s’il peut tirer quelque chose de sa bouche divers de la Loy, il crie après luy comme Contre un aposiat et autheur de révoltemerit en Ja religion.

26 Luc. Auquel il dit, Qu'est-il escrit en la Loy? 1 ha une autre response de Christ que il n’avoit attendue. Et de faict, Christ n’a point apporté autre règle de vivre justement et sainctement, que celle que contenoit la Loy de Moyse : pource que lamour parfaite de Dieu et des prochains comprend la souveraine perfection de justice. Toutesfois il faut noter que Christ parle yci d'acquérir salut, suyvant la demande qu’on fuy avoit faite. Car il ne enseigne pas résoluëment ainsi qu’en d’autres lieux, comment les hommes parvienent à la vie éternelle, mais comment ils doyvent vivre, afin d’estre trouvez justes devant Dieu. Or il est certain qu’en la Loy est baillée la règle aux hommes comment ils doyvent façonner leur vie,

afin d'obtenir salut devant Dieu. Et quant à ce que la Loy ne peut autre chose que dampner les hommes, et pourtant est appelée doctrine de mort (Romains VII, 40) et est dit qu’elle augmente les transgressions : la faute n’en est pas en la doctrine, mais cela advient pource qu’il nous est impossible d'accomplir ce qu’elle commande. Ainsi donc, combien que personne n’est justifié par la Loy, elle ne laisse pas toutesfois d’avoir sa justice :

pource qu’elle ne promet pas salut à fausses enseignes à ses sectateurs, sil s’en trouvoit quelqu'un qui observast entièrement ce que elle commande. Et ne faut point que nous trouvions estrange ceste façon d'enseigner, quand Dieu requiert premièrement la justice des œuyres, et puis après présente la justice gratuite sans les œuvres. Car il est nécessaire que les hommes soyent en euxmesmes convaincus de leur juste damnation, afin de recourir à la miséricorde de Dieu. Et pourtant sainçt Paul en PEpistre aux Romains, chapitre X, 5, fait comparaison de l’une et lautre facon de justice : afin que nous sçachions que Dieu nous justifie gratuitement, pource que de nous-mesmes nous sommes (despourveus de justice. Mais Christ en ceste response s’accommode au Docteur de la Loy, et ha esgard à l'interrogation qu'il luy a faite. Car il avoit demandé, non pas où cest qu'il faloit chercher salut, mais par quelles ouvres on lPacquéroit.

37 Matth. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, eic. En sainet Marc il y a devant ceci uñe préface, Que le Dieu d'Israël est seul Seigneur :

par lesquels mots il authorise sa Loy en deux sortes. Car premièrement ce nous doit estre un grand aiguillon pour nous inciter à servir Dieu, quand nous sçavons certainement que nous servons le vray Créateur et Gouverneur du ciel et de la terre : pource que naturellement doute et incertitude engendrent nonchalance.

Secondement, c'est comme un allèchement plein de douceur, pour nous inciter à l'aimer, quand il est dit qu’il nous adopte gratuitement pour son peuple.

Ainsi donc, afin que les Juifs ne fussent chancelans, comme il advient quand les

choses sont douteuses et inçertaines, il leur est dit que le vray et seul Dieu leur a prescrit la règle de vivre : et d'autre part, de peur que desfiance ne les retarde, Dieu s'approche d'eux privéement, et rafraischit la mémoire de son alliance gratuite avec eux. Cependant toutesfois il n’y a point de doute que par ces mots il ne se vueille séparer d'avec toutes idoles, afin que les Juifs ne se destournent ailleurs, mais se tienent au pur service de luy seul. Or maintenant si l’incertitude ne retarde point les povres ito= lâtres, qu’ils ne soyent transportez d’une impétuosité furieuse à aimer leurs idoles, quelle excuse pourront avoir les auditeurs de la Loy, s'ils demeurent nonchalans et endormis, après que Dieu s’est manifesté à eux P Au reste, ce qui s'ensuit est un abbrégé ou sommaire de la Loy, lequel on trouve mesmes ès livres dé Moyse.

Car comme ainsi soit que la Loy soit divisée en deux Tables, desquelles la première se rapporte au service de Dieu, la seconde à charité. Moyse a fort bien et sagement comprins le tout en ce sommaire, afin que les Juifs recognoissent que c’est que Dieu veut en chacun commandement. Et combien qu’il fale bien autrement aimer Dieu que les hommes, toutesfois ce n’est pas sans cause que Dieu, pour service où honneur, requiert de nous amour : pource que par éela il signifie qu’il n’ha nul service pour agréable, s’iln'est volontaire. Car jamais homme ne se rangera vrayement à l’obéissance de Dieu, sinon qu’il l'aime. Mais pource que les meschäntes et vicieuses affections de la chair nous destournent de droiture, Moyse monstre que lors nostre vie sera dressée comme il appartient, quand lamqur de Dieu remplira tous nos sens. Parquoy, apprenons que Pamour de Dieu est le commencement de piété. Car Dieu rejette toute Pobéissance contrainte des hommes, et veut estre servi volontairement, et d’un franc

courage. Cependant aussi apprenons que sous Pamour de Dieu, est comprinse

quant et quant la révérence que nous luy devons. En Moyse le mot de Pensée n'est pas adjousté, mais est seulement

| fait mention du cœur, de l'âme, et de la

à VOS SEE

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

Jorce. Or combien que ceste division contenant quatre points est plus plene, elle ne change rien toutesfois du sens.

Car comme ainsi soit que Moyse vueille dire en un mot, qu'il faut aimer Dieu parfaitement, et employer à cela tout ce qui est en l’homme, il s’est contenté ayant dit l'âme et le cœur, d'adjouster quant et quant la force, afin de ne laisser aucune partie de nous vuide de l'amour de Dieu : joint que nous sçavons que les Hébrieux comprenent quelques fois l’entendement sous le mot de Cœur, mesmement quand il se trouve avec le mot d’Ame. Au reste, je ne m’arreste pas fort à enquérir quelle différence il y a entre l’entendement et le cœur, tant en ce passage comme en sainct Matthieu : sinon que je pren l’entendement pour le plus haut siége de raison, d’où procèdent toutes pensées et délibérations. Il appert maintenant par ce sommaire, que Dieu aux commandemens de la Loy n’a point regardé ce que les hommes peuvent faire, mais ce qu’ils doyvent faire : veu qu'il est impossible en ceste infirmité de nostre chair, qu'une parfaite amour de Dieu domine en nous. Car nous sçavons combien tous les sens de nostre âme sont enclins à vanité. Pour le dernier, nous recueillons d’yei que Dieu ne s’arreste point à l’apparence externe des œuvres, mais requiert principalement l'affection intérieure, afin que d’une bonne racine il en sorte de bons fruits.

39 Æt le second semblable à iceluy, est, Tu aimeras ton prochain, etc. I assigne le second lieu à la charité mutuelle des hommes entr’eux, pource que le service de Dieu va devant. Or il dit que le commandement d'aimer nos prochains, est semblable au premier, pource qu'il dépend d’iceluy. Car veu qu’un chacun est addonné à soy-mesme, jamais vraye charité envers les prochains ne aura lieu, sinon où régnera l'amour de Dieu. Car l'amour qu'ont les enfans de ce monde les uns envers les autres, n’est point une vraye amour, mais est une amour mercenaire, pource qu'un chacun d’iceux n’ha esgard qu’à son proufit. Au contraire, aussi il est impossible que l'amour de Dieu règne, qu’elle n’en-

gendre une charité fraternelle entre les hommes. Au reste, quand Moyse commande que nous aimions nos prochains comme nous-mesmes, il ne veut pas mettre l’amour de nous-mesmes en premier lieu, pour dire qu’un chacun s’aime soy-mesme premièrement : comme les Sopbhistes de Sorbone gazouillent, disans, Que la règle précède la chose qui est compassée à icelle : mais pource que nous sommes par trop addonnez à nousmesmes, Moyse corrigeant ce vice, met nos prochains en pareil degré : comme s’il défendoit à un chacun de penser à SOy, sans avoir souci des autres : pource que charité nous conjoint tous en un corps. Et en corrigeant l’amour de nousmesmes, qui nous sépare les uns des autres, il rappelle un chacun à une conjonction commune, et comme les incitant à s’embrasser tous ensemble. Dont nous recueillons que non sans cause charité est nommée par sainct Paul en PEpistre aux Colossiens, chapitre IE, v. 44, le lien de perfection : et en un autre lieu, l’'accomplissement de la Eoy, Romains chapitre XIE, v. 10 : pource que tous les commandemens de la seconde Table se doyvent rapporter à icelle.

28 Luc. Fay cela, ei tu vivras. Jay exposé un peu devant comment ceste promesse s'accorde avec la justification gratuite de la foy. Car ce que Dieu nous justifie gratuitement, ce n’est pas que la Loy n’enseigne une justice parfaite, mais c’est pource que nous défaillons tous en l'observation d’icelle. Et pourtant, il est dit que nous n’obtenons pas vie par icelle, pource qu’elle est infirme en nostre chair, Romains chapitre VEIF, v. 3.

Ainsi donc, ces deux choses s'accordent bien ensemble, Que la Loy enseigne comment les hommes pourroyent acquérir justice par les œuvres : et, Que nul n’est justifié par les œuvres : pource que le défaut n’est pas en la doctrine de la Loy, mais ès hommes. Cependant lintention de Christ a esté de se purger de la calomnie de laquelle il savoit qu’on le chargeoïit envers les simples et ignorans, comme renversant la Loy, entant qu’elle est la règle perpétuelle de justice.

29 Mais iceluy voulant se justifier,

564% dit à Jésus, etc. H pourroit sembler que ceste question ne servist de rien pour justifier le personnage. Mais s’il nous souvient de ce qui a esté dit en un autre lieu, Que lhypocrisie des hommes se monstre principalement en la seconde Table : pource qu’en faisant semblant d’estre fort affectionnez au service de Dieu, ils violent apertement la charité envers le prochain : il sera aisé à recueillir de là, que ce Pharisien à prins ceste eschappatoire, afin qu’estant caché d’une masque de saincteté, il ne veinst point en évidence. Ainsi donc, pource qu'il sçait bien que l’examen de charité ne luy sera pas bon, il cherche une cachette sous le mot de Prochain, afin qu’il -ne soit descouvert estre transgresseur de la Loy. Or nous avons veu ci-devant que les Scribes avoyent corrompu la Loy en cest endroit : pource qu’ils ne tenoyent pour prochains sinon ceux qui en estoyent dignes. Dont aussi procédoit ceste détermination commune entr’eux, Qu'il estoit permis de hayr ces ennemis, Wat.

V, 43. Car les hypocrites n’ont autre moyen d'effacer leurs fautes, que en reculant le plus qu'ils peuvent de venir au poinct, de peur qu’on ne face un examen de leur vie selon le jugement de la Loy.

30 Jésus respondant dit, Un homme descendoit, etc. Christ pouvoit monstrer simplement que le ‘mot de Prochain s’estend indifféremment à tous hommes, pource que le genre humain est conjoint ensemble d'un lien sacré de communauté.

Et de faict, le Seigneur n’a pas mis ce mot en sa Loy pour autre cause, sinon pour nous attirer par plus grande douceur à une amour mutuelle. Le commandement eust bien esté plus clair en ceste sorte, Aime chacun homme comme toymesme : mais pource qu'orgueil aveugle les hommes, tellement que se contentans d’eux-mesmes, à grand’peine daignentils mettre les autres en semblable degré, et mesmes ils leur refusent tout devoir :

le Seigneur déclare expresséement, que tous sont prochains les uns aux autres :

à celle fin que ceste alliance les incite à s'aimer naturellement. Afin donc que quelqu'un soit nostre prochain, c’est assez qu’il soit homme : pource que ce n’est

pas à nous d'effacer la nature commune.

Mais Christ a voulu tirer ceste response de la propre bouche du Pharisien, pour le condamner. Car pource qu’entr'eux ceste détermination magistrale estoit receue, Que nul n’est nostre prochain, s'il n’est ami : si Christ luy eust demandé préciséement cela, il n’eust jamais confessé rondement que sous le mot de Prochain, tous hommes fussent comprins :

ce que néantmoins la similitude mise en avant le contraint de confesser. Au reste, le sommaire est, Que le plus estrange du monde ne laisse pas d’estre nostre pro chain : pource que Dieu à conjoint tous hommes les uns aux autres, à celle fin qu'ils s’entr’aident. Toutesfois il touche fort bien les Juifs, et principalement les Sacrificateurs : pource que combien qu’ils se vantassent d’estre enfans d’un mesme père, et d’estre Séparez des autres nations, par le privilége d’adoption, pour estre le sainct héritage de Dieu : toutesfois par une barbarie et mespris inbumain, ils ne tenoyent conte les uns des autres, comme s’il n’y eust eu aucun lien de conjonction. Car il n’y a point de doute que Christ ne descrive un cruel mespris de charité, duquel ils se sentoyent coulpables en eux-mesmes. Mais (comme

j'ay dit) le principal but est, que la pro-

chaïneté, laquelle nous oblige à bien faire les uns aux auires, ne se restraint pas aux parens, amis ou alliez, mais s’estend à tout le genre humain. Pour prouver cela, Christ fait comparaison d’un Samarilain à un Sacrificateur et à un Lévite.

On sçait assez comment les Juifs avoyent une haine mortelle contre les Samaritains : en sorte que pour le voisinage, ils ne laissoyent pas d’estre entièrement discordans. Or Christdit maintenant qu'un Juif habitant de Jéricho, ayant esté navré par des brigans en allant en Jérusalem, ne fut aucunement secouru ne par un Lévite, ne par un Sacrificateur mesmes, lesquels le rencontrèrent tout ester-

du par le chemin, et demi-mort : mais

qu'un Samaritain en eut soin, et monstra grande humanité envers luy. Sur cela il demande, Lequel de ces trois estoit le prochain du Juif. Certes ce subtil docteur ne pouvoit eschapper qu’il ne préfé-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

rast le Samaritain aux deux autres. Car on voit yei comme en un miroir la Communauté qui est entre tous hommes, laquelle les Scribes avoyent tasché d’effacer par leur fausse glose et cavillation meschante : et la miséricorde laquelle un ennemi a faite à un Juif, monstre que la seule conduite et maistrise de nature enseigne que l’homme a esté créé pour l’homme. Dont s'ensuit qu'il y a une obligation mutuelle entre tous hommes.

L’allégorie laquelle forgent yei les advo- Cats du libéral arbitre, est si futile, qu’elle pe mérite pas d’estre réfutée. Il leur semble que sous la figure de cest homme navré, est yci descrite la condition d’Adam après sa cheute. Dont ils concluent que la vertu de faire bien ne fut pas du tout esteinte en luy, d'autant qu’il est yci dit que cest homme demeura seulement demi-mort. Voire, comme si Pintention de Christ estoit en ce passage de parler de la corruption de la nature humaine, et de traitter si le coup dont Satan navra Adam, estoit mortel, ou s’il estoit curable : comme aussi s’il ne déclaroit pas apertement et sans aucune figure ou couverture en un autre passage !, que tous hommes sont morts, et demeurent en la mort, sinon ceux lesquels il vivifie par sa voix. Il n’y a non plus de couleur à Pautre allégorie, laquelle toutesfois on a trouvée tant plaisante, qu’elle à esté receue quasi d’un commun consentement de tous, comme si c'eust esté une révélation du ciel. Ils ont imaginé que ce Samaritain c’est Christ, pource qu’il est celuy qui nous garde. Ïls ont dit que Phuile a esté appliquée avec le vin, pource que Christ nous guarit par repentance, et par la promesse de grâce. [ls ont aussi forgé une troisième subtilité : asçavoir que Christ ne nous rend pas santé tout du premier coup, mais nous baille et recommande à l'Eglise, comme à un hoste, pour nous faire traitter et guarir avecques le temps. Je confesse que tout ceci est bien plaisant : mais il faut que nous ayons l'Escriture en plus grande révérence, que de nous donner congé de desguiser ainsi le vray et naturel sens d’icelle. Et de faict, il n'y a celuy qui ne puisse bien veoir 1) Jean, V, 25.

que toutes ces spéculations ont esté inventées outre l'intention de Christ, par gens Curieux.

40 Matth. De ces deux commandemens. Je revien maintenant à sainct Matthieu, où Christ dit que toute la Loy et les Prophètes dépendent de ces deux commundemens : non pas qu'il vueille restraindre à ce sommaire toute la doctrine de l’Escriture, mais pource que tout ce qui est enseigné en icelle de la manière de vivre sainctement et justement, se doit rapporter à ces deux poincts principaux. Car Christ ne traitte pas généralement que c’est que contienent la Loy et les Prophètes : mais en dressant sa response, il dit que la Loy et les Prophètes ne requièrent autre chose, sinon qu’un chacun aime Dieu et ses prochains, comme s’il disoit qu’en somme la vie saincte et droite consiste à servir Dieu, et à aimer les hommes : comme aussi sainet Paul dit, Rom., XIII, 40, que charité est la xerfection de la Loy. Et pourtant, aucuns mal exercez s’abusent en prenant ce propos de CGbrist, comme s’il ne faloit rien chercher plus haut en la Loy et és Prophètes. Car comme il faut mettre distinction entre les promesses et les commandemens, ainsi Christ en ce passage ne détermine pas généralement que c’est qu’il nous faut apprendre de la parole de Dieu : mais selon la circonstance du propos qu'il traittoit, il remonstre à quel but se doyvent rapporter tous les commandemens. Cependant la rémission gratuite des péchez, par laquelle nous sommes réconciliez à Dieu, la fiance d’invoquer Dieu, qui est l’arre de l’héritage à-venir, et toutes les autres parties de la foy ne dépendent pas de ces deux commandemens, combien qu’elles contienent le premier degré en la Loy. Car c’est autre chose de requérir ce qui est du devoir des hommes, et autre chose de leur présenter ce que ils n’ont point. Sainct Marc en dit autant en d’autres paroles : asçavoir, Qu'il ny a point d'autre commandement plus grand que ceux-ci.

22 Marc. Maistre, lu as bien dit la vérité, etc. Sainct Marc fait seul mention que le Scribe fut addouci. Et c’est

une chose bien digne d’estre notée, qu’estant venu aborder Christ d’un mauvais vouloir, et pour le surprendre, non-seulement il se taist, acquiesçant à la vérité, mais aussi il accorde apertement et simplemert au dire de Christ. Ainsi nous voyons qu’il n’estoit pas de ces ennemis qui ont une obstination incorrigible pource que combien qu’ils ayent esté convaincus cent fois, ils ne laissent pas néantmoins de batailler contre la vérité, en quelque sorte que ce soit. Au reste, on peut recueillir de ceste response, que Christ n’a pas voulu préciséement sous ces deux mots comprendre la règle de bien vivre : mais que suyvant l’occasion qui luy estoit présentée, il a reprins la . fausse et vaine saincteté des Scribes, lesquels s’amusans seulement à des cérémonies externes, ne faisoyent quasi conte du service spirituel de Dieu, et n’avoyent pas grand esgard à charité. Or combien que ce Scribe fust abbruvé de ces abus, toutesfois (comme il advient aucunesfois) il avoit conceu de la Loy une semence de droite cognoissance, laquelle estoit cachée et comme estouffée en son cœur :

et cela est cause que facilement il souffre estre retiré de cest abus. Toutesfois il semble que ce n’est pas une chose convenable, veu que les sacrifices sont une partie du service de Dieu, et appartienent à la première Table de la Loy, qu’ils soyent moins estimez que la charité envers les hommes. La solution est, Combien que le service de Dieu soit beaucoup à préférer, et soit de plus grand’estime que toute la bonne vie des hommes, que toutesfois les exercices externes d’iceluy ne sont pas tant à priser en SOy, qu'ils doyvent abbatre l'excellence de charité.

Car nous sçavons que charité en soy et simplement, est agréable à Dieu : comme ainsi soit qu'il ne requiert point les sacrifices, et ne les approuve sinon pour une autre fin. Joint qu'il est yci parlé des sacrifices nuds el vains : car Christ met à l'encontre d’une fausse apparence de piété, une vraye et naïfve droiture.

La mesme doctrine se trouve aussi souvent és Prophètes : afin que les hypocrites Sçachent due ce n’est rien des sacrifices, si la vérité spirituelle n’y est con-

jointe quant et quant : et que Dieu ne peut estre appaisé par oblation de bestes, quand charité est délaissée.

34 Et Jésus voyant qu'il avoit respondu prudemment, etc. On ne Sçait si ce Scribe a depuis proufité plus avant :

mais d’autant qu’il s’estoit montré docile, Christ luy tend la main: et nous monstre par son exemple que nous devoñs aider tous ceux esquels apparoist quelque commencement de docilité ou de droite intelligence. Car il semble qu'il y a deux causes pour lesquelles Christ a dit que ce Scribe »’estoit point loin du royaume de Dieu : asçavoir pource qu’il estoit traittable, et aisé à ranger à faire devoir : et pource qu’il mettoit fort bien différence entre les œuvres de charité nécessaires, et la profession externe du service de Dieu. Au reste, quand Christ tesmoigne qu’il approche du royaume de Dieu : ce n’est pas tant pour le louer, que pour l'exhorter. Il a voulu en la personne de ce Scribe nous baïller à tous courage, afin qu'estans une fois entrez au droit chemin, nous poursuyvions tant plus alaigrement. Il nous est aussi monstré par ces mots, que plusieurs lors qu’ils sont encores détenus enveloppez en erreur, approchent toutesfois du chemin à clos yeux, et sont ainsi préparez avec le temps, afin que quand lheure déterminée sera venue, ils courent dedans les lices du Seigneur. Quant à ce que disent les Evan- gélistes que les adversaires ont eu la bouche fermée, qu’ils »’ont plus ose assaillir Christ par embusches : il ne le faut pas prendre comme s'ils s’estoyent déportez de leur maudite obstination. Car ils ne laïSsoyent pas tousjours de bruire au dedans, comme font les bestes sauvages qu’on tient enfermées, ou de ronger leur frein comme les mauvais chevaux.

Mais tant plus ils avoyent une dureté de fer, et une rébellion incorrigible, tant plusévidemment et magnifiquement Christ a triomphé sur lune et l’autre. Et ceste victoire qu’il en a eue nous doit bien donner grand courage, afin que jamais nous ne soyons las de nous employer à maïintenir et défendre la vérité, estans certains que l'issue en sera bonne. Vray est qu’il adviendra souvent que les adversaires

SUR L'HARMONIE ÉVANGELIQUE.

nous feront de la fascherie, et se moc-|bera sur leurs testes, et que la vérité queront de nous jusqu’à la fin : mais fina- | tiendra tousjours le dessus, et demeurera lement Dieu fera que ceste rage retom- | victorieuse, quoy qu'ils facent.

O PL y q

MATTH. XXI

41 Et les Pharisiens estans assemblez, Jésus les interroga,

42 Disant, Que vous sembleil de Christ? de qui est-il fils?

Ts luy disent, De David.

43 Et il leur dit, Comment donc David l'appelle-il en Esprit, Seigneur? disant,

4% Le Seigneur à dit à mon “Seigneur, Sieds-loy à ma dextre, jusques à tant que j'aye mis tes ennemis pour le marchepied de tes pieas.

45 Si donc David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils ?

46 Et nulne luy pouvoit respondre un mot : ne personne ne l'osa plus intérroquer depuis ce jour-là.

MARC XII

35 Et Jésus enseignant au Temple, leur respondoit, disant, comment disent les Scribes que le Christ est fils de David ?

36 Car David luy-mesme a dit par le sainct Esprit, Le Seigneur a dit à mon Seigneur, Sieds-toy à ma dextre, jusqu'à tant que j'aye mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds.

37 David donc luy-mesme l’appelle Seigneur : el dont est-il son fils? Et grande multitude de gens prenoyent plaisir à Pouir.

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