‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 46 sur 58 · LUC EL · texte numérisé non relu

LUC EL

4A Et il leur dit,

Comment dit-on

que Christ est fils de David,

4% Veu que David mesme dit au livre des Pseaumes, Le Seigneur a dit & MON Seigneur, Sieds-loy & ma dexire,

43 Jusqu'à tant quej’aye mis tes ennernis pour marclhepied de tes pieds ?

44 David donc l'appelle Seigneur:

el comment est-il son fils ?

1) Ps.,,6X,1

42 Matth. Que vous semble-il de Christ?

S. Marc et sainct Luc expriment plus clairement pourquoy Christ a fait ceste demande : asçavoir pource qu'entre les Scribes régnoit une fausse opinion, que le Rédempteur promis seroit un des enfans et successeurs de David, lequel n’auroit rien plus haut que la nature hu- Maine. Car dés le commencement Satan s’est efforcé par tous moyens de mettre en avant quelque faux Christ qui ne fust point vray Médiateur de Dieu et des hommes. Car pource que Dieu avoit tant de fois promis que Christ sortiroit de la semence ou des reins de David, entre les Juifs ce poinct estoit si avant enraciné au cœur d'un chacun, qu'ils n’eussent peu porter qu'on l'eust despouillé de sa nature humaine. Satan doncques a souffert que Christ fust recognu vray homme, et fils de David, d'autant qu’il n’eust rien gaigné à essayer de renverser cest article de foy : mais, ce qui estoit bien pis, il luy a voulu oster sa Divinité, comme s’il eust deu estre seulement un du rang

commun des enfans d'Adam. Mais c’estoit abolir par ce moyen l’espérance de la vie à-venir et éternelle. Et depuis que Christ a esté manifesté au monde, les hérétiques ont essayé par plusieurs efforts et alarmes, ou par moyens subtils, comme par-dessous terre, d'effacer maintenant sa nature Divine, maintenant sa nature humaine : afin de faire ou qu'il n’eust point une pleine et parfaite puissance pour nous sauver, OÙ que nous n’eussions un accès et entrée familière à luy. Or quand l’heure de sa mort approchoit desjà fort, le Seigneur à voulu luymesme rendre tesmoignage évident de sa Divinité, afin que tous fidèles peussent asseurément mettre et arrester leur fiance en luy. Car s’il estoit seulement homme, nous ne pourrions pas nous glorifier en luy, ni attendre salut de luy. Nous entendons maintenant son intention : asçavoir qu'il a voulu maintenir et asseurer qu’il estoit Fils de Dieu: non pas tant pour son regard, qu'afin de fonder nostre foy en sa puissance céleste. Car comme

l’infirmité de la chair, par laquelle,il s’est approché de nous, nous donne hardiesse, afin que nous ne craignions de venir à luy : ainsi si elle seule se présentoit devant n0S yeux, Ce seroit plustost pour nous remplir de frayeur, et accabler de désespoir, que pour mettre en nos cœurs une bonne asseurance. Toutesfois il faut noter, que les Scribes ne sont pas yci reprins comme s'ils eussent enseigné que le Christ deust estre fils de David :

mais pource qu’ils songeoyent que ce seroit un homme pur, celuy qui devoit venir du ciel pour vestir la nature et condition de l’homme. Or le Seigneur ne parle pas apertement de sa personne, mais monstre simplement que les Scribes tienent un erreur meschant, de penser que le Rédempteur viene seulement de la terre et du lignage humain. Au reste, combien que ce fust entr’eux une détermination toute commune, nous recueillons toutesfois de S. Matthieu, qu’il leur a demandé en la présence du peuple que c’est qu'il leur en sembloit.

43 Comment donc David l’appeleil en esprit, Seigneur? Ce que Christ dit que David a parlé en esprit, C’est un mot qui emporte poids : car il met la prophétie de la chose à-venir, à Popposite du tesmoignage de la chose présente.

Car par ce mot il prévient la cavillation par laquelle les Juifs veulent aujourd’hui eschapper. Ils disent que ceste prophétie est faite en l'honneur du royaume de David : comme si luy se proposant Dieu pour autheur de son règne, s’eslevoit contre les efforts mal-heureux de ses ennemis, et disoit, Qu'ils ne gaigneront rien de résister contre ce que Dieu a déterminé. Afin que les Scribes ne peussent prendre quelque telle couverture, Christ dit dés lPentrée, que ce Pseaume n’est pas composé de la personne de David, mais qu’il a esté dit par l'Esprit de Prophétie, afin de descrire le royaume à-venir de Christ: comme aussiil ést facile de monstrer par le texte, que les choses qu’on lit là, ne convienent ni à David, ni à aucun autre roy terrien. Car David introduit là un Roy orné d’une nouvelle Sacrificature, par laquelle il faloit nécessairement que les ombres anciennes de

Loy fussent abolies, Il faut veoir main-

tenant comment il prouve que le Christ sera de plus grande excellence, que d’estre seulement engendré de la semence de David : asçavoir pource que David qui .

estoit roy et chef du peuple, Pappelle Seigneur : dont s’ensuit qu’il y à en luy quelque chose plus grande que l’homme.

Toutesfois il pourroit sembler que ceste raison est faible et maigre : pource qu'on pourroit dire au contraire, que quand David donnoit ce Pseaume au peuple pour chanter, sans avoir esgard à sa personne, il à attribué à Christ lempire et la domination sur les autres. Mais je réplique à l'encontre de cela, puis qu’il estoit un des membres de l'Eglise, qu'il n’y avoit rien moins convenable que de le veoir se forclorre de la doctrine commune. Yci il commande que les enfans de Dieu se glorifignt tous comme d’une voix, qu’ils sont en seureté sous la conduite et protection du grand Roy céleste et invin- Cible. Si on le sépare du corps de Eglise, il n’aura point de part au salut promis en Christ. Si ceci estoit un propos de quelque petit nombre de gens, la domination de Christ ne s’estendroit pas

jusques à David. Mais il est ainsi, que ni

luy ni autre quelconque ne peut estre exempié de sa sujétion, qu’il ne soit quant et quant frustré de l’espérance du salut éternel. Ainsi doncques, d'autant qu’il n’estoit rien plus proufitable à David, que d’estre compris au corps de l'Eglise, il a dit ce Pseaume tant pour-s0y que pour le reste du peuple. En somme, par le titre de louange qui est exprimé au Pseaume, Christ est establi souverain et seul Roy, pour avoir souveraine prééminence entre tous fidèles. Et n’y faut point mettre distinction, que tous entièrement ne soyent rangez et mis bas, quand cestuy-là est establi et eslevé en l’estat de Rédempteur de PEglise. Parquoy il n’y à point de doute que David aussi ne se range sous l’empire d’iceluy comme les autres, afin d’estre du peuple.

de Dieu. Mais il survient maintenant une autre question, asçavoir-mon si Dieu n’a pas bien peu eslever celuy qu’il donnoit pour Rédempteur, prins de la race des hommes, en sorte qu’il fust Seigneur de David, et néantmoins fils d'iceluy ? car

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

aussi bien n’est-ce pas le nom substanciel de Dieu, mais seulement 4donay, qui est yei mis, lequel est souvent appliqué aux hommes. Je respon que Christ

tient pour présupposé, que celuy qui est

exempt du rang des hommes, et est eslevé en ce degré d'honneur, d’estre le souverain Chef de toute l'Eglise, n'est pas simplement. homme, mais ha aussi Ja majesté de Dieu. Car le Dieu éternel, lequel avec serment s’attribue cela, comme propre à sa seule personne, que devant luy tout genouil ployera, jure quant et quant qu’il ne donnera point sa gloire à un autre, Isaïe, XLIT, 8. Mais suyvant le tesmoignage de sainct Paul, (Phil. IF, 9) quand Christ a esté eslevé en dignité royale, il luy a esté donné un Nom, qui est par-dessus tout nom, afin que devant luy tout genouil ploye. Et quand S. Paul ne lauroit jamais dit, si est-il vray que Christ est par-dessus David et les autres saincts rois, d'autant qu'il est plus excellent que les Anges mesmes. Ce qui ne conviendroit point à un homme créé, sinon qu’il fust quant et quant Dieu manifesté en chair. Je confesse bien que son essence Divine n’est pas yci nomméement exprimée en propres termes : mais il est aisé à conclure que cestuy-là est Dieu, lequel est eslevé pardessus toutes créatures.

4% Le Seigneur a dit à mon Seigneur, Sieds-toy, etc. Yci le sainet Esprit met en la bouche de tous fidèles un chant de triomphe, afin qu'ils despitent courageusement Satan et tous les iniques, et qu’ils se mocquent de leur rage, quand ils s’efforcent d’abbatre Christ de son siége.

Afin doncques qu'ils ne chancellent ou soyent espovantez, voyans les grandes esmotions et alarmes qu’on fait contre luy en terre, ils sont advertis de se proposer le sainét et inviolable décret de Dieu à lencontre de toutes menées et machinations des adversaires. Ainsi donc-

MATTH. XXII

4 Adonc Jésus parla aux troupes et

à ses disciples, 2 Disant, Les Scribes et les Pharisiens sont assis en la chaire de Moyse.

ques le sens est, Que quoy que les hommes se tourmentent, toutesfois ce ne sera que fumée de tout ce qu’ils présumeront de machiner à l’encontre du royaume de Christ, lequel estant dressé non pas par la volonté des hommes, mais par l’ordonnance de Dieu, est appuyé d’une fermeté éternelle. Parquoy, toutes fois et quantes que ce royaume est rudement assailli, réduisons-nous en mémoire cest arrest ou révélation céleste.

Car certes ceste promesse a esté mise en la main de Christ, afin que chacun fidèle l’applique à son usage. Or est-il quant et quant, que Dieu n’est ne variable ni abuseur, pour se desdire de ce qu’il a une fois prononcé de sa bouche. Au reste, ceste façon d’estre assis à la dextre, se prend par métaphore ou similitude, pour avoir le second ou prochain degré d'honneur comme lieutenant de Dieu. Et pourtant cela emporte autant comme exercer un empire et puissance souveraine au nom de Dieu : comme aussi nous sçavons que Dieu a baillé son authorité à son Fils unique, afin de gouverner son Eglise par la main @’iceluy.

Ainsi ceste locution ne dénote point quelque certain lieu, mais plustost enclost le ciel et la terre sous la domination de Christ. Au reste, Dicu déclare que Christ sera assis jusques à ce que ses ennemis soyent mis bas : afin que nous sçachions que son règne sera invincible, et ne pourra estre abbatu : non pas que quand ses ennemis auront esté mis sous ses pieds, il doyve estre despouillé de la puissance qui luy a esté donnée, mais pource que toute la grande multitude de ses ennemis sera du tout mise bas, et que de Juy, il demeurera à jamais en son entier.

Cependant est aussi y touchée la condition de son règne laquelle nous appercevons aujourd’'huy, afin qu’il ne nous fasche point quand nous le voyons estre assailli de toutes parts.

MARRC XII.

38 D’avan-

LUC XI

45 Alors quelqu'un des tage il leur | Docteurs de la Loy resdisoit, en | pondit, et luy dit, Maissa doctrine, | tre, en disant ces cho-

3 Toutes les choses donc qu'ils vous diront que vous gardiez, gardez-les, et les faites : mais ne faites point selon leurs œuvres : car ils disent et ne font pas.

4 Car ils amassent des fardeaux pesans et importabies, et les mettent sur les espaules des hommes! : mais ils ne les veulent point remuer de leur doigt.

5 El font toutes leurs œuvres pour esire regardez des hommes. Car ils eslargissent leurs phylactères, et aldongent les franges de leurs vestemens?, 6 Æt aiment les premières places és banquets, et les premiers siéges és synagoques,

1 Et les salutations au marché, et estre appelez des ‘hommes, Nostre maistre.

8 Mais vous, ne soyez point appelez Nostre maistre : car un seul est vostre docteur, asçavoir Christ : el vous tous estes frères.

9 Et n'appelez aucun en la terre vostre père? car un seul est vostre Père, asçavoir celuy qui est és cieux.

10 Et ne soyez point appelez docteurs, car un seul est vostre Docteur, aSçavoir Christ.

11 Mais celuy qui est plus grand entre vous, soit vostre serviteur.

42 Car celuy qui s'eslèvera, sera abbaissé : et qui s'abbaissera, sera eslevé.

4) Act., XV,10. 2) Deut., VI, 8, et XXII, 12.

À Matth. Parla aux troupes, et à ses disciples. Ceste admonition estoit bien utile, afin qu'entre les discors et le bruit des combats, au milieu des choses tant troublées et confuses, en une dissipation du droit et légitime ordre, l’authorité de la parole de Dieu demeurast toutesfois en son entier. Car l’intention de Christ a regardé là, de faire que le peuple offensé et scandalizé des vices qu’on voyoit és Scribes, ne perdist toute révérence de la Loy. Car nous sçavons combien les esprits des hommes sont enclins à se desgouster dicelle. Et principalement quand la vie des Pasteurs est mal réglée, et ne respond pas à la doctrine, quasi tous communéement se desbauchent à leur xemple, comme si on avoit donné congé de mal faire sans craindre punition, Il en

ni nl rip etre tn rep setrgteqetttr mette fée erttertipeiine

Donnez-vous aussi garde des Scribes, qui volontiers se pourmènent en robbes lonques, el ai ment les salutations és marchez,

39 Æé les premiers siéges és synagogues et les premières places és banquets.

ses, lu nous fais injure. |

46 Et il dit, Malheur aussi sur vous, docteurs de la Loy :

car vous chargez les hommes de charges dif- Jiciles à porter, mais vous-mesmes ne touchez point les fardeaux de l'un de vos doigts.

Un peu devant.

43 Malheur sur vous, Pharisiens, qui aimez les premiers sièges és synagugues, et les salutations és marchez.

LUC XX

45 Et comme tout le peuple escoultoit, il dit à ses disciples,

16 Donnez-vous qarde des Scribes qui volontiers se pourmèênené en robbes longues, et qui aiment les salutations és murchez, et les premiers siéges és synagogues, et les premicres places és banquets. |

advient autant, voire encores pis, pour les discors: car la plus grand'part rejettant le joug, desgorgent tout le mal qu’ils ont au cœur : et adonc se descouvre un Contemnement extrême. Or de ce temps-là les Scribes brûlovent d'avarice; crevoyent

d’ambition, leurs rapines estoyent toutes :

notoires, leur cruauté redoutable: brief, .

il y avoit une si grande corruption en leurs mœurs, qu'il sembloit qu'ils eussent conspiré de despiter la Loy de Dieu:

D’autrepart, ils avoyent perverti le vray et pur sens de la Loy par leurs fausses ex-

positions, en sorte que Christ estoit con-

traint de s'attacher vivement à eux, d'autant qu’ils estoyent transportez d’une merveilleuse rage à esteindre Ia lumière de vérité. Ainsi doic, pource qu'il y avoit danger que plusieurs, en partie à cause

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de tels abus, en partie à cause du bruit des différens et combats, ne veinssent à mespriser toute la religion, Christ vient au-devant de bonne heure, et monstre que ce n’est pas raison-que pour les vices des hommes la vraye religion soit mise - sous les pieds, et que la révérence de la Loy diminue aucunement. Et d'autant que les Scribes estoyent du tout ennemis obstinez de la vérité, pource qu’ils tenoyent l'Eglise opprimée sous leur tyrannie, Christ à esté contraint de descouvrir leurs meschancetez. Car si les bons et simples n’eussent esté retirez de leur servitude, la porte estoit fermée à l'Evangile.

Il y à eu aussi une autre raison: pource qu’il semble au peuple qu'il luy est permis de faire tout ce qu'il voit faire par ceux qui le gouvernent, et de leurs mœurs corrompues il en fait une Loy. Cependant, afin que personne ne tirast en autre sens ce qu'il vouloit dire, d'entrée il déclare quels que soyent les docteurs, que toutesfois il n’est pas raisonnable que pour leurs ordures la parole de Dieu soustiene quelque diffame, ou que de leurs meschantes façons de faire on prene occasion de pécheér. Et c’est une prudence qu’il nous faut bien noter: car plusieurs ne pensans à autre chose qu’à rendre odieux et détestables les meschans et desbauchez, brouillent et confondent tout par leur zèle inconsidéré : car de là il s'ensuit que toute discipline est mesprisée, toute honte est mise bas: brief, on n’ha plus aucun esgard à honnesteté : et qui plus est, beaucoup en devienent plus hardis à mal faire, et de propos délibéré blasonnent les meschans tours des prestres, afin que sous couleur de cela ils ayent plus grande liberté de vivre sans règle.

Mais Christ crie tellement contre les Scribes, qu’en premier lieu il maintient la Loy en son authorité. Il faut donc que nous avisions à y procéder ainsi par bon moyen, si nous voulons que nos répréhensions proulitent. Toutesfois il faut aussi noter au contraire, qu'il n’y à eu crainte de scandale qui ait empesché Christ qu’il ne descriast les meschans docteurs comme ils méritoyent. Seulement il a avisé de tenir telle mesure, que pour la meschanceté des hommes, la doctrine de Dieu ne veinst

point à avoir moins d’authorité. Or afin que nous sçachions qu’il n’a point parlé de leurs vices pour rendre leurs personnes odieuses, mais de peur que le mal ne s'espandist tousjours plus avant, S. Marc exprime nomméement qu’il disoit ces choses en doctrine: par lesquels mots il signifie qu'il a admonesté avec proufit les auditeurs de se donner garde. Or combien qu'il semble que $S. Luc restraigne ceci aux disciples, toutesfois il est vray-semblable qu’il a tenu ce propos en général à tout le peuple: ce qui appert aussi plus clairement de sainet Matthieu. Aussi Ja

| chose requéroit bien que Christ eust es-

gard à tous en général.

® Les Scribes et Pharisiens sont assisen la chaire de Moyse. Non sans cause il m'a semblé bon d’entrelacer yci ce que S. Luc récite en un autre passage. Car outre ce que c’est une mesme doctrine, je ne doute point que S. Luc après avoir dit que le Seigneur avoit reprins aigrement et rudement les Scribes, n'ait aussi adjousté les autres répréhensions, lesquelles sainet Matthieu a réservées jusques au lieu propre. Car nous:avons desjà veu souvent que les Evangélistes, selon que l’occasion le donnoït, ont assemblé en un endroit divers propos de Christ. Mais pource que la déduction qu’en fait sainct Matthieu est plus ample, j'aime mieux applicquer lexposition sur les paroles d'iceluy. En somme le Seigneur exhorte les fidèles, veu que les Scribes vivoyent fort mal, qu’ils se donnent garde de conformer leur vie aux meschantes mœurs d’iceux, mais que plustost ils la dressent selon la règle de la Loy, laquelle ils oyent de la bouche des Scribes. Car il luy estoit nécessaire, comme j'ay n’aguères touché, de reprendre en eux beaucoup d'abus et corruptions, afin que tout le peuple n’en fust infecté. De peur doncques que pour leurs meschancetez, la doctrine de laquelle ils estoyent ministres et annonciateurs ne fust blasmée, il advertit les fidèles d’estre attentifs à leurs paroles, et non pas aux œuvres : COMME s'il eust dit qu'il n’y à point de cause pourquoy le meschant exemple des Pasteurs doyve empescher les fidèles de bien vivre, On sçait bien que le mot de Seri-

bes, signiiie les Docteurs ou expositeurs de la Loy: et que c’est un terme qui retient la façon de parler des Hébrieux. I est certain qne S. Luc appelle ceux-là mesmes Docteurs de la Loy. Au reste, le Seigneur charge spécialement contre les Pharisiens qui estoyent du nombre des Scribes : pource que lors ceste secte estoit en plus grande authorité au gouvernement de l'Eglise, et en matière d’exposition de PEscriture. Car nous avons dit en un autre passage, qu'au lieu que les Sadduciens et les Esséniens aimoyent mieux s’arrester à la letre de l’Escriture, les Pharisiens tenoyent une autre façon d'enseigner, comme layant de main à main des prédécesseurs : c’est qu’ils s’arrestoyent à enquérir subtilement le sens ‘mystique de l’Escriture. Dont aussi leur a esté imposé ce nom: car ils ont esté nommez Phérusim, c’est-à-dire expositeurs etinterprétateurs. Or combien qu’ils eussent barbouillé toute l’Escriture par leurs resveries, toutesfois pource qu’ils se faisoyent valoir par ceste façon d’enseigner populaire et familière, ils avoyent le plus grand bruit quant à monstrer le service de Dieu, et la règle de bien vivre.

Et pourtant il faut ainsi résoudre ceste locution, Les Pharisiens et les autres Scribes : ou, Les Scribes, entre lesquels les Pharisiens sont comme les principaux, en parlant à vous font office de bons maistres, et docteurs de bien vivre: mais par leurs meschantes œuvres ils vous enseignent fort mal. Parquoy soyez plustost attentifs à leurs bouches qu’à leurs mains.

Sur ceci on demande, Quoy qw’enseignent les docteurs, s’il leur faut indifféremment obéir. Car il est tout certain que les Scribes de ce temps-là avoyent vileinement et meschamment corrompu la Loy par leurs fausses inventions, chargé les povres âmes de loix iniques, profané le service de Dieu de beaucoup de superstitions: et toutesfois Christ veut qu’on observe leur doctrine, comme s’il n’estoit point permis de résister à leur tyrannie. La solution est facile, Qu'il n’est point yei simplement fait comparaison de toute doctrine avec la vie: mais que le but de Christ a esté de discerner la saincte Loy de Dieu d'avec leurs œuvres profanes et détestables. Car

estre assis en la chaire de Moyse, n’est autre, chose qu’enseigner selon la Loy de Dieu comment il faut vivre. Au reste, combien que je ne puisse pas asseurer au vray d’où est prinse ceste locution, toutesfois il y a apparence à la conjecture de ceux qui la rapportent au poupitre lequel Esdras dressa, afin que d’iceluy on leust publiquement la Loy. Certes quand les Rabbins exposoyent l’Escriture, ils se levoyent par ordre, ainsi que chacun d’entre eux avoyent à dire quelque chose:

mais quant à la Loy, peut-estre que c’estoit la coustume de la publier d’un lieu haut. Ainsi donc cestuy-là est assis en la chaire de Moyse, qui enseigne, non pas .

de soy-mesme et de son propre sens, mais en l’authorité de Dieu, et suyvant sa Parole. Toutesfois sous ce mot aussi est touchée la vocation légitime. Car Christ commande qu’on escoute les: Scribes, pource qu'ils estoyent publiques Docteurs de PEglise. Il semble avis aux Papistes qu'il suffit pourveu que ceux:qui imposent loix, portent le titre, et tienent la place.

Car ils tirent les paroles de Christ en ce sens, qu’il faut nécessairement recevoir avec obéissance tout ce que les Prélats ordinaires de l'Eglise commandent. Mais il y a un autre édiet de Christ, qui réfute suffisamment ceste calomnie : asçavoir quand il commande qu’on se garde du levain des Pharisiens. Si de l'authorité de Christ il est non-seulement permis, mais aussi nécessaire de rejetter tout ce que les Scribes meslent du leur avec la pure doctrine de Ja Lovy, certes c’est bien à dire qu’il ne faut pas recevoir indifféremment et sans bon esgard tout ce qu’il leur plaira commander. Davantage, si Christ vouloit yci astraindre les consciences des siens aux commandemens des hommes, il n’y auroit point d'apparence à ce qu’il dit en un autre passage, Que pour néant on sert Dieu par le commandement des hommes. Il appert donc par ceci que Christ exhorte le peuple à obéir aux Scribes, seulement entant qu'ils se tienent à la pure et simple exposition de la Loy. Car S. Augustin a fort bien rencontré et à propos de l'intention de Christ, exposant que les Scribes ont enseigné la Loy de Dieu estans assis sur la chaire de Moyse:

SUR L'HARMONIE ÉVANCÉLIQUE.

et que pourtant il a falu que les brebis ouissent la voix du Pasteur par iceux, comme par des mercenaires.Aprèslesquels mots il met incontinent, Dieu donc enseigne par eux: mais s'ils veulent enseigner leurs inventions, ne les escoutez point, ne les faites point (au Traitté 46 sur S. Jehan). À quoy est accordant ce que luymesme dit au livre quatrième de la doctrine Chrestienne: Pource que les bons fidèles escoutent en obéissance, non pas quelqu'un des hommes, mais Dieu luymesme: pour ceste Cause on peut ouir avec édification, ceux desquels la vie n’est point en édification. Ainsi donc la chaire non pas des Scribes, mais de Moyse, contraignoit les Scribes d'enseigner les bonnes choses, combien qu’ils ne les feissent pas.

Car ce qu'ils faisoyent, estoit du leur:

mais denseigner du leur, ils n’eussent osé estans en la chaire d’autruy.

4 Car ils amassent des fardeaux pesans et importables, etc. I ne blasme pas yci les Scribes, comme opprimans et tyrannisans les âmes par loix estranges et iniques. Car combien qu'ils eussent introduit beaucoup de cérémonies superflues, comme il appert par d’autres passages, toutesfois pour ceste heure Christ ne touche point ce vice, d'autant que son propos est de faire comparaison de la bonne doctrine avec leur vie meschante et desréglée. Et ce n’est pas de merveille si la Loy est appelée Fardeau pesant et importable : et mesmement pour le regard de nostre infirmité. Mais combien que les Scribes ne requissent rien qui ne fust commandé de Dieu, Christ toutesfois reprend yci la façon d'enseigner par trop austère et rigoureuse, qui est ordinaire à ces orgueilleux hypocrites : c’est que avec authorité magistrale ils requièrent des autres ce que Dieu commande, et Îles pressent sans rien laisser passer : et cependant tout à leur aise ils se dispensent des choses lesquelles ils enjoingnent aux autres tant estroitement et à la rigueur:

et se donnent congé de faire ainsi qu’il leur plaist. Aussi à ce propos Ezéchiel, XXXIV, 4, leur reproche qu’ils dominent en dureté et rigueur. Car ceux qui craignent Dieu vrayement, combien qu'ils travaillent d’amener leurs disciples à une

droite et ferme obéissance d’iceluy, toutesfois pource qu'ils sont plus sévères contre eux-mesmes que contre les autres, ils n’exigent pas les choses si préciséement et austèrement : d'avantage, cognoissans leur propre infirmité, ils espargnent et supportent en douceur les infirmes. Mais il n’y a gens plus audacieux à commander ne plus cruels, que ces stupides contempteurs de Dieu: car ils ne se soucient pas de la peine et difficulté que il y a à faire les choses, d'autant qu’ils s’en exemptent. Parquoy jamais homme ne sçaura tenir bonne mesure à commander aux autres, si premièrement il ne se règle Iuy-mesme, ct s’assujetit aux mesmes choses qu’il commande.

5 Et font toutes leurs œuvres pour estre regardez, etc. I avoit n'aguères dit que les Scribes vivent bien autrement qu’ils n’enseignent: mais maintenant il adjouste que s’il y a en eux quelque chose de bon en apparence, ce n’est que feintise et badinage, pouree qu'ils n’ont autre but que de plaire aux hommes, et se vanter.

Et ce passage emporte tacitement une antithèse entre la vraye affection de piété et saincteté de vie, et ce masque d'œuvres, qui n’emportent qu'ostentation. Car un homme qui va droit au service de Dieu, ne s’addonnera jamais à ces parades et vaines bouffées, desquelles sont enflez les hypocrites. Ainsi non-seulement ambition est reprise és Scribes et Pharisiens, mais après que le Seigneur a condamné Ja transgression et le mespris de la Loy de Dieu qui estoit en toute leur vie, afin qu’ils ne feissent un bouclier de leur saincteté fardée, en venant au-devant il respond que ce dont ils se vantent ne sont que fatras frivoles et choses de nulle estime, pource que le tout ne tend qu’à une pure ostentation. En après, il exprime nomméement une espèce, de laquelle apparoissoit manifestement ceste ambition :

asçavoir que par les Franges de leurs vestemens, ils se vouloyent monstrer devant les hommes, bons observateurs de la Loy. Car de quoy servoyent ces grandes franges, et phylactères plus apparens que ne portoyent ordinairement les autres, sinon d’une vaine pompe? Deut., XXI, 12. Le Seigneur avoit commandé que les

quifs portassent tant au front que en leur vestement quelques sentences notables choisies en sa Loy, Deut., VE, 8 : voulant par ce moyen entretenir son peuple en la souvenance de la Loy, pource que facilement la chair vient à la mettre en oubli.

Car à ceste mesme fin aussi il leur estoit commandé escrire de semblables sentences sur les posteaux de leurs maisons, afin que de quelque costé qu'ils veinssent à tourner leurs yeux, il y eust tousjours quelque sainct advertissement qui se présentast à eux. Mais que faisoyent les Scribes? Afin d'avoir quelque chose plus que le reste du peuple, ils portoyent les commandemens de Dieu deserits plus bravement en leurs robbes : et en ceste van- . terie se monstroit une sotte ambition.

Mais apprenons par ceci comment les hommes sont subtils à mesler quelque beau fard, afin de cacher leurs vices sous quelque apparence et couverture de vertu : asçavoir en faisant servir à leur hypocrisie les exercices de piété, lesquels Dieu a commandez aux siens. (C’estoit une chose tant et plus utile, d'exercer tous ses sens en la méditation de la Loy: et aussi le Seigneur ne l’avoit pas commandé sans cause : mais tant s’en faloit qu'ils feissent leur proufit de ces petis exercices, que mesme ils establissoyent une perfection de justice en ce parement de robbes, et cependant mesprisoyent la Loy de Dieu en tous endroits de leur vie. Car il n’estoit pas possible de se mocquer plus vileinement de la Loy de Dieu, que d'imaginer que c’estoit la garder, quand ils portoyent par manière de monstre des habits pompeux, et appeloyent garde ou observation d’icelle, des masques faits comme pour jouer une farce. Ce que S.

Marc et S. Luc disent des robbes longues, revient au mesme sens. Nous sçavons que les peuples Orientaux ont communéement usé de robbes longues: laquelle coustume ils retienent encores aujourd'huy : mais il appert par un passage du Prophète Zacharié, XIII, 4, que les Prophètes avoyent une façon de robbes autre que la commune. Et de faict, il estoit bien raisonnable que les docteurs fussent ainsi habillez, afin qu’en la facon de leur vestement il y eust plus de gravité et mo-

destie, qu’en celle des autres du come mun : mais les Scribes avoyent abusé de cela, le convertissant en braveté et pompe.

En quoy les prestres du Pape les ont ensuyvis, ausquels on voit tout notoirement que les robbes longues ne servent que de marques d’une tyrannie pleine de fierté.

6 Æt aiment les premières places és banquets. I prouve par signes évidens que les Scribes ne sont touchez d'aucune affection de crainte de Dieu, mais sont du tout addonnez à ambition. Car d’appéter les premiers siéges et places honorables, c’est à faire à gens qui aiment mieux s’eslever par fierté entre les hommes, que d’estre approuvez de Dieu. Mais sur tout Christ condamne en eux, ce qu’ils affectoyent d’estre appelez Maistres. Car combien que le nom de Rabbi, de soy signifie excellence, toutesfois l’usage estoit lors tel entre les Juifs, qu’ils appeloyent ainsi les maistres et docteurs de la Loy. Mais Christ nie que cest honneur appartiene à aucun sinon à luy seul : dont s'ensuit qu'on ne le peut transporter aux hommes, sinon en luy faisant tort. Toutesfois ceci semble par trop rude, et mesmes absurde, veu qu'aujourd’huy Christ ne nous enseigne pas en personne, mais nous baille et ordonne des maistres. Et c’est une chose ridicule que ceux ausquels il baille ceste charge sovent privez du titre :

et mesmes cependant qu'il estoit en ce monde, il a ordonné les Apostres, qui feissent oflice d'enseigner en son Nom.

Et s’il est question de parler du titre, certes sainct Paul ne prétendoit pas de se glorifier, en usurpant par sasrilége ce qui appartient à Christ, quand il s'est maintenu Maistre et Docteur des Gentils, A Tim. If, 7. Mais veu que l'intention de Christ n’a esté sinon de ranger tous hommes, depuis le plus grand jusques au plus petit, afin d’avoir son authorité entière, il ne se faut point donner peine du mot. Ainsi donc Christ ne s’arreste point à déduire de quel titre sont appelez ceux qui ont charge d'enseigner, mais il les veut faire demeurer au dedans de leurs limites, afin qu'ils ne dominent sur la foy des frères. Car il faut tousjours retenir la distinction, Qu’à Christ seul on doit obéir, pource que c’est de luy

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

Seul que ja voix du Père a retenti du ciel, disant, Escoutez-le : et que les Docteurs sont tellement ministres d'iceluy, qu'il doit estre ouy en eux, et qu'ils sont maistres sous luy, entant qu’ils représentent sa personne. Ainsi le but est, que son authorité luy demeure entière, et qu'il n’y ait hémme mortel qui attente d’en rien retrancher. Ainsi aussi il est le Pasteur unique : mais toutesfois il receoit sous s0y plusieurs Pasteurs, pourveu qu’il soit eslevé en degré souverain par-dessus tous, et que par eux luy seul gouverne l'Eglise. Parquoy il faut noter le membre opposite : car d'autant que nous sommes frères, il maintient que nul n’ha maistrise sur les autres : dont s'ensuit qu'il ne condamne pas la maistrise, qui est telle, que la communication fraternelle entre les fidèles n’est point violée. Brief, il n’est yci commandé autre chose, sinon que nous soyons tous dépendans de la bouche de Christ seul.

Sainct Paul argumente quasi en mesme sens, quand il dit que c’est outrecuidance si les uns présument de juger les autres. Rom. XIV, 10, pource que tous ensemble nous sommes frères, et qu’il nous faut tous comparoistre devant le siège judicial de Christ.

9 N'appelez aucun en la terre vostre père. Ce qu’il attribue maintenant à Dieu seul lPhonneur de Père, revient au mesme sens, auquel par ci-devant il s’est maintenu seul Maistre. Car les hommes ne se sont pas donné ce nom d’eux-mesmes, mais il leur a esté ottroyé de Dieu. Et pourtant non-seulement il nous est permis d'appeler nos pères en terre, mais aussi se seroit meschamment fait de leur oster cest honneur. La distinction qw’amènent aucuns n’est pas fort propre à ce passage, asçavoir que les hommes qui ont engendré des enfans, sont pères selon la chair, mais que Dieu seul est Père des esprits. Je confesse bien qu'aucunes fois ceste distinction est mise entre Dieu et les hommes, comme en l’épistre aux Hébrieux, chap. XH, v. 5. Mais puis que sainct Paul en plus d'un passage se nomme père spirituel (4 Cor. IV, 45.

Phil. I, 22) il faut veoir comment cela s'accorde avec ces paroles de Christ, Le

vray sens est donc, que l'honneur et titre de Père, est faussement attribué aux hommes, quand cela obscurtit la gloire de Dieu. Ce qui advient quand l’homme mortel est avoué père sans avoir esgard à Dieu : comme ainsi soit que tous degrez de parenté dépendent d’un seul Dieu par Christ, et s’entretienent en sorte qu’à proprement parler Dieu seul est Père de tous. il répète pour la seconde fois le propos que nous avons veu ci-devant de la maistrise de Christ, afin que nous sçachions que le vray et droit ordre est, que Dieu ait seul la superintendance sur tous, obtenant domination et authorité de Père : et que Christ range tous hommes sous sa doctrine, et les ait pour disciples : comme il est dit en sainct Paul, Ephés. [, 22, que Christ est seul Chef de toute l'Eglise : pource qu'il faut que tout le corps d’icelle soit sujet à luy, et luy obéisse.

AA Mais celuy qui est le plus grand entre vous, etc. Par ceste conclusion il monstre qu’il n’a point combatu pour les mots à la façon des Sophistes : mais que plustost il a regardé au faict, afin que personne ne s’attribue plus qu'il ne faut, oubliant son rang. Il prononce donc que le plus grand honneur en PEglise n’est pas domination, mais ministère. Or quiconque se tient en ceste mesure, quelque titre qu’il porte, n’oste rien à Dieu ni à Christ : comme au contraire la puissance qui dérogue à la maistrise de Christ, n'est pas meilleure pour estre couverte du titre de Serviteur. Car de quoy sert-il que le Pape voulant opprimer les povres âmes par ses loix tyranniques se nomme dentrée Serviteur des Serviteurs de Dieu, sinon que c’est pour se dresser apertement contre Dieu, et se mocquer vileinement des hommes ? Au reste, comme Christ n’insiste pas sur les mots, ainsi il défend estroitement aux siers d’aspirer ou vouloir monter plus haut, que d'entretenir également une vraye s0ciété fraternelle sous le Père céleste :

et commande que ceux qui sont eslevez en honneur, ministrent et servent aux autres. Il adjouste ceste sentence notable qui a esté exposée en un autre lieu, Celuy qui s'eslèvera sera humilié,

MATTH. XXIIE

43 Malheur donc sur vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, d'autant que vous fermez le Royaume des cieux au-devant des hommes : car vous n'y entrez point, el ne souffrez point à ceux qui y entrent

d'y entrer.

14 Malheur sur vous, Seribes et Pharisiens hypocriles : car vous mangez les maisons des vefves, voire en faisant semblant de prier beaucoup : pour cela vous en receverez plus grande condamnation.

45 Malheur sur vous Scribes et Pharisiens hypocrites : car vous tournoyez la mer et la terre, afin de faire un prosélyte : et quand il est fait, vous le faites fils de

géhenne au double plus que vous.

il crie encore plus asprement contre eux : ce qu'il fait non pas tant pour leur regard, qu’afin de destourner le peuple et les simples de suyvre telle manière de gens. Car combien que nous voyons souvent en l’Escriture la vengence de Dieu estre proposée aux réprouvez, afin de les rendre tant plus inexcusables, toutesfois en la personne d’iceux les enfans de Dieu ont une admonition utile, de ne s’envelopper en mesmes meschancetez, mais plustost de se donner gardé de tomber en semblable ruine avec eux.

Certes puisque les Scribes, après avoir renversé le service de Dieu, et corrompu la doctrine de piété, ne pouvoyent souffrir aucune correction ou réformation, mais d’une rage désespérée, à leur grand dommage et de tout le peuple, se bandoyent contre la rédemption offerte, c’estoit bien raison qu’on les rendist odieux et détestables à un chacun. Combien que Christ n’a pas tant regardé que c’est qu'ils méritoyent, que ce quiestoit prouftable aux simples et ignorans. Car il a voulu sur ces derniers jours laisser un tesmoignage solennel, afin que personne ne peust estre abusé par ces malheureux garnemens, qu'à son escient. Et nous sçavons quand il est question de desvelopper des erreurs les poyres simples sens, combien grand empeschement leur

LUCXH

52 Malheur sur vous, Docteurs de la Loy : car ayans retiré la clef de science, vous n'y esles point entrez, el avez engardé ceux qui y entroyent.

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