LOT XX
47 Lesquels devorent les maisons des vefves, voire sous ombre de faire longue oraison : ils en receveront plus grande damnation.
MARC XII. | 40 Lesquels dévorent les maisons des vefves voire en faisant semblant de prier lonquement. Ils en receveront plus grande condamnation.
1) Ou, de cognoissance.
donne une folle révérence que ils portent aux faux docteurs. Les Juifs estovent lors abbruvez de fausse doctrine, et mesmes dès leur enfance ils avoyent esté nourris en beaucoup de superstitions :
desjà la chose estoit difficile et mal-aisée de soy-mesme, de les ramener’ au droit chemin : et sur cela ceste opinion qu’ils avoyent sans raison conceuëê des faux docteurs , asçavoir qu'ils estoyent les vrais prélats de lEglise, superintendans du service Divin, et piliers de la religion, y donnoit tousjours tant plus grand empeschement : joint qu’ils estoyent tellement ensorcelez, qu'il estoit fort difficile de les en déstourner, sinon par une crainte violente. Ce n’est donc pas afin de guarir les Scribes que Christ leur dénonce une vengence horrible de Dieu, mais c’est pour retirer les autres des abus et tromperies d’iceux. Comme aussi aujourd’huy nous sommes contraints de crier rudement contre le Clergé du Pape, non pour autre cause, sinon afin que ceux qui sont dociles, et ne sont pas du tout désespérez, pensent à leur salut, et que touchez d’une crainte du jugement de Dieu, rompent les malheureux lags de superstition, qui les tienent captifs. Dont il est aisé à recueillir combien est cruelle la douceur de ceux ausquels nostre véhémence desplaist. Ils ne trouvent pas bon
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
qu'on traitte rudement et asprement les loups, qui ont tousjours la gueule ouverte pour mettre en pièces et dévorer les brebis : et toutesfois ils voyent les povres brebis abusées d’une povre apparence, de laquelle se desguysent ces loups, se jetter d’elles-mesmes entre leurs dents, si le Pasteur désirant le salut d’icelles, et taschant de les retirer de perdition, ne les en chasse à force de crier. J1 faut donc suyvre le conseil de Christ, c’est qu'à son exemple nous menacions vivement ces meschans trompeurs, et crions à bon escient contr’eux : afin que tous ceux ausquels il y a encore quelque espérance d’amendement, se retirent du train de telles gens, de peur d'y périr.
Car combien qu'on ne gaigne rien de parler aux ennemis de vérité, si faut-il toutesfois les adjourner devant le siège judicial de Dieu, et admonester les autres, afin qu’ils sçachent que la mesme malédiction les attend bien tost, si de bonne heure ils ne désistent de consentir au mal.
13 Vous fermez le Royaume des cieux devant les hommes, etc. Christ leur dénonce malédiction, pource qu’ils pervertissent leur charge et oflice à la ruine de tout le peuple. Car veu qu'ils avoyent le gouvernement de l'Eglise, ils devoyent estre comme les portiers du Royaume des cieux. Et de faict, à quoy tend la religion et la saincte doctrine, sinon afin de nous ouvrir les cieux? Car nous sçavons que tout le genre humain est banni de devant Dieu, et forclos de lhéritage du salut éternel. Mais la doctrine de la vraye religion et crainte de Dieu est comme la porte par laquelle nous entrons en la vie.
Pour ceste cause l’Escriture parlant par similitude, dit qu'aux Pasteurs sont données les clefs du Royaume des cieux :
comme jay déclaré plus amplement au chap. X VE. Or ilnous faut bien retenir ceste déclaration, laquelle aussi on peut plus évidemment recueillir des paroles de sainet Luc, quand Christ reproche aux Docteurs de la Loy qu’ils ont retiré la clef de science : asçavoir pource que la Loy de Dieu leur estant baïllée en garde, ils frustroyent le peuple de la vraye. intelligence d’icelle. Comme donc aujour-
d'huy les clefs du Royaume des cieux sont données en garde aux Pasteurs, afin qu'ils introduisent en la vie éternelle les fidèles, et déboutent les incrédules de toute espérance d’icelle : ainsi anciennement sous la Loy les Sacrificateurs et Scribes avoyent le mesme office. Au reste, sur le mot de Science, nous pouvons recueillir combien sont fols les Papistes, de forger des clefs à leur poste et fantasie :
comme si C’estoit quelque puissance de magiciens et sorciers, et qu’elle ne fust point liée à la Parole. Car Christ donne bien à entendre qu’il n’y a que les Ministres de la doctrine seulement, qui ayent le maniement de ces clefs. Si quelqu'un allègue au contraire, que les Pharisiens, combien qu’ils fussent mauvais expositeurs de la Loy, n’ont pas laissé d’avoir les clefs : je respon, combien que pour le regard de leur office elles leur fussent baillées en garde, que toutesfois par leur malice et tromperie ils les ont supprimées, tellement qu'ils ne les faisoyent point servir. Et pourtant Christ dit qu'ils ont osté, ou desrobbé ceste clef de science, avec laquelle ils devoyent ouvrir la porte des cieux. Comme aujourd’huy en la Papauté le ciel est fermé au povre peuple, d'autant que les portiers (pour le moins ceux qui en tienent la place) empeschent par leur tyrannie qu’on ne l’ouvre. Or si nous ne sommes pas trop lasches et nonchalans, nous-nous donnerons garde de consentir à ces meschans tyrans, qui sont bien si cruels, que de nous fermer l’entrée de vie.
À4 Car vous mangez les maisons des vefves, etc. Il passe maintenant plus avant : Car il ne condamne pas seulement les crimes manifestes et notoirement détestables : mais il efface aussi tout le fard et vaine apparence de vertu, dont ils abusoyent le simple peuple. Si quelqu'un veut dire là-dessus, qu’il n’estoit point besoin de reprendre les choses qui n’estoyent pas de mauvais exemple, il faut entendre qu'il estoit impossible de conduire à salut ceux qui estoyent enveloppez és erreurs des Scribes, sinon que du tout ils Se destournassent de telles gens.
Ceste raison donc a contraint Christ de descrier ceste vaine apparence de vertu,
qui n’esioit qu’une nourriture de superstitions. Ainstil dit en somme, que mesmes quand il semble qu’ils facent bien, ils ne font qu’abuser de ja couverture de religion. Les longues prières avoyent quelque signe et apparence d’une singulière crainte de Dieu : car un chacun seion qu'il est plus sainct, s’exerce tant plus en prières. Mais Christ dit que les Pharisiens et Scribes ont les cœurs tant infects, que mesmes ils ne prattiquent pas le principal poinct du service de Dieu, saps l’offenser grandement : d'autant que la continuation assiduelle de prier leur est comme une amorse de gain déshonneste, et ne leur sert que d’un moyen d'attraper deniers. Car ils vendoyent leurs prières ne plus ne moins que les mercenaires et ouvriers ont accoustumé de vendre leur labeur, et se loer à la journée.
Dont aussi nous recueillons que ce passage ne reprend pas préciséement les longues prières, comme si c’estoit une chose vicieuse : veu mesmement que les Pasteurs de l'Eglise doyvent s’employer songneusement en prières : mais condamne cest abus, de ce qu’on convertissoit en une mauvaise fin, ce qui est louable de soy-mesme. Car quand on ha le gain devant les yeux, et qu'on se loë à faire prières, tant plus il semble que lPardeur de dévotion (qu’on appelle) croisse, tant plus vileinement est profané le nom de Dieu. Et d'autant que ceste fausse persuasion estoit de long temps enracinée en l'esprit du peuple, pour ceste cause Christ use vyci de menaces plus rudes.
Car ce n’estoit pas peu de mal de polluer une chose tant saincte, Au reste, ce n’est pas de merveille si les vefves principalement y estoyent prinses et abusées : car pource que volontiers les femmes sont addonnées à superstition, les galans se sont ordinairement addressez là, pour en tirer tousjours quelque proufit : comme aussi nous VOYONS que sainet Paul reproche aux faux docteurs de son temps.
qu'ils tienent captives les femmelettes chargées de péchez, 2 Tim., IE, 6,
15 Car vous lournôyez la mer et la terre, etc. Les Scribes avoyent aussi ac.
quis bruit et réputation par ce zèle d’autant qu'ils travailloyent d'amener à la religion Judaïque les estrangers et incirconcis. Ainsi quand ils en pouvoyent attirer quelqu'un par leurs bélles mines et douces façons de faire, ou par quelque autre ruse comme si c’eust esté quelque accroissement pour l'Eglise, ils en faisoyent bien leurs triomphes. Et de là aussi le Commun peuple prenoit occasion:
de leur applaudir, pource que par leur industrie et vertu ils retiroyent én l'Eglise de Dieu les estrangers. Mais Christ déclare au contraire, que tant s’en faut que ce qu'ils faisoyent fust à louer que plustost ils attiroyent par ce moyen plus grande vengence de Dieu sur eux, pource qu'ils mettoyent en plus grande condamnation ceux qui se rangeoyent de leur secte. Nous avons à noter combien l’estat de ce peuple estoit lors corrompu, et quelle dissipation il y avoit en la religion. Car comme c’eust esté une bonne œuvre et saincte, d'amener à Dieu des disciples :
aussi d'attirer les Gentils à la religion des Juifs, qui estoit lors bastarde et pleine de meschantes profanations, ce n’estoit autre chose que de les oster d’un danger, pour les précipiter en un plus grand.
Joint qu’en abusant du nom de Dieu comme sacriléges, ils attiroyent une plus grande punition sur eux, d'autant que.
sous couverture de là religion is prenoyent occasion de se lascher plus fort la bride à mal faire. On peut aujourd’huy veoir le semblable aux moines : car ils mettent grand’peine à attirer de tous costez des novices en leurs religions, mais lesquels ils font, de dissolus et desbauchez qu'ils estoyent, devenir diables. Et aussi il y. a une telle corruption en ces trous puants, dedans lesquels ils font leurs diableries, que (par manière de dire) . les Anges de Paradis s’y gasteroyent. Cependant le froc de moine est un beau manteau pour couvrir toutes vilenies qui se commettent là.
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE. 519
MATTH. XXII
MARC. LUC
16 Malheur sur vous, conducteurs aveugles, qui dites, Quiconque jurera par le Temple, ce n'est rien : mais qui jurera par l'or du Temple, il est re-
devable.
17 Fols et aveugles, lequel est plus grand, l'or, |
ou le Temple qui sanctifie l'or ?
18 Et quiconque dites-vous jurera par l'autel, ce n'est rien : mais qui jurera par le don qui est sur
iceluy, il est redevable.
19 Fols et aveugles, lequel est plus grand, le don,
ou l'autel qui sanctifie Le don ?
20 Celuy donc qui jure par l'autel,
il jure par
iceluy, et par toutes les choses qui sont dessus iceluy. 21 Et quiconque jure par le Temple, il jure par
iceluy, et par celuy qui y habite.
22 El qui jure par le ciel, il jure par le thrône de
Dieu, et par celuy qui est assis dessus.
16 Malheur sur vous, conducteurs aveugles, etc. Comme ambition est quasi Lousjours conjointe avec hypocrisie, ainsi Pavarice et rapacité insatiable des Pas- : teurs entretient ordinairement les superstitions du peuple. Il est vray que le monde de soy-mesme est enclin à suyvre les erreurs : et qui plus est, attire quasi de propos délibéré toutes sortes de tromperie et séduction pour s’abuser : mais lors les fausses manières de servir Dieu ont lieu, quand les Prélats les conferment. Et le plus souvent il advient que ceux qui ont le gouvernement et la superintendance, non-seulement entretienent les abus par leur dissimulation, voyans qu'il leur en revient du proufit, mais sont comme des soufilets pour allumer le feu de superstition tant plus grand. Comme nous voyons qu'en la Papauté il y a dix mille moyens de ruse et finesse, par lesquels on à augmenté les superstitions : pource que les sacrificateurs estoyent tousjours après Ja proye :
et encore tous les jours ils inventent quelque chose de nouveau pour abbestir le -povre simple peuple. Or quand une fois les esprits sont ensorcelez par les enchantemens de Satan, il n’y a rien tant absurde ou mesme monstrueux, qu’on ne recoyve avec grand appétit. Cela restoit
cause que les Juifs avoyent plus de révérence à l'or du Temple et aux sainctes oblations, que non pas au Temple mesme et à l’autel. Et toutesfois la saincteté des oblations dépendoit du Temple et de l’autel, et estoit seulement une chose inférieure et comme un accessoire. Il est bien aisé à croire que ceste resverie et abus venoit des Scribes et Sacrificateurs, pource que t’estoit un moyen fort propre pour amasser grand’proye. Or l’erreur estoit non-seulement lourd, mais aussi grandement pernicieux, veu que par ce moyen le peuple estoit destourné à des imaginations sottes. Îl n’y a rien plus facile aux hommes que de décheoïr de la pureté du service de Dieu. Ainsi donc sous ceste couverture il a esté aisé à Satan de distraire et eslongner de Dieu ceux qui desià estoyent par trop enclins à ces imaginations folles. Voylà pourquoy Christ reprend tant asprement ces abus, et crie à l'encontre. Ce nonobstant les Papistes
n’ont point eu de honte de profaner le
sainct et sacré nom de Dieu, à une mocquerie beaucoup plus détestable : car entr’eux C’est plus saincte œuvre de toucher quelque charongne, que de manier les saincts livres du Vieil et Nouveau Testament, ou mesme de lever les mains au ciel, Or par ce moyen on introduit une
facon de service de Dieu charnelle, la-| à Dieu son honneur qui luy est propre et
quelle petit à petit efface [a vraye crainte d'iceluy. Ce n’est rien. Par ce mot il ne veut pas dire qu’on eust du tout aboli et osté l'honneur au Temple, mais il parle par comparaison. Car d'autant que les Scribes magnifioyent par trop la saincteté des oblations, on les avoit communéement en si grande révérence que la majesté du Temple et de lAutel n’estoit rien estimée au regard d’icelles : et que le peuple faisoit moins de conscience de lavoir polluée de parjuremens, que davoir juré un peu légèrement par les sainctes oblations.
18 Celuy donc qui jure par l'Autel, il jure, etc. Le Seigneur fait yci ce qu’il “faut faire, quand il est question de corriger quelque erreur, ramenant la chose à sa source, et monstrant par la nature du serment, que le Temple est beaucoup plus à priser que les choses qui y sont offertes. Il prend donc ee principe ou ceste maxime, Qu'il ne faut point jurer que par le nom de Dieu seul. Dont s’ensuit, quoy que les hommes mettent en avant pour jurer, qu’il faut tousjours réserver
MATTH. XXII
23 Malheur sur vous, Scribes et Pharisiens
péculier. Et.de là derechef on doit recueillir comment et en quelle qualité il est permis de jurer par le Temple : asçavoir d'autant que C’est le siége et le sanctuaire de Dieu : comme aussi par le ciel, pource que la gloire de Dieu reluit en iceluy. Aïnsi Dieu souffre bien qu'on l'appelle pour tesmoin et juge, en nommant ces choses, qui Sont comme ses armoiries et tesmoignages de sa présence, pourveu que tousjours son authorité luy demeure entière. Car d'attribuer quelque Divinité au ciel, ce seroit une idolâtrie perverse et détestable. Or d’autant que Dieu propose au Temple un miroir de sa gloire plus évident et authentique que non pas aux oblations, d'autant aussi le nom du Temple doit estre pris en plus grande révérence et saincteté. Ainsi donc nous entendons maintenant en quel sens Christ dit qu’en jurant par le ciel, on jure par celuy qui habite au ciel : asçavoir qu’il veut par ce moyen réduire toutes façons de juremens à la droite fin et au vray but.
MARC. ] LUC XI
42 Maismalheur
hypocrites : car vous dismez la mente, l’'anet et le coumin, et délaissez les choses de plus grande importance de la Loy, asçcavoir jugement, miséricorde et foy*, il faloil faire ces choses, et ne délaisser point celles-là.
24 Conducteurs aveugles, qui coulez le mouscheron, et engloutissez le chameau.
25 Malheur sur vous, Scribes et Pharisiens hypocriles : car vous netioyez le dehors de la coupe et du plat, mais par dedans ils sont pleins de rapine et d'exces.
26 Pharisien aveugle, nettoye premièrement le dedans de la coupe, et du plat: afin qu'aussi le dehors d'iceux soit net.
27 Malheur sur vous, Scribes et Pharisiens hypocrites : car vous estes tous semblables aux sépulchres blanchis, lesquels apparoissent beaux par dehors, mais par dedans ils sont pleins d'os de morts et de toute ordure,
1) Ou, loyauté,
sur vous, Pharisiens : Car vous dismez la mente
let la rue, et toute
manière d'herbage, et laissez derrière le jugement et la charité de Dieu : ùl faloit Jaire ces chosesci, et ne laisser point celles-là.
Un peu après.
44 Malheur sur vous, Scribes et Pharisiens hypocriles : car vous estes comme les sépulchres qui n'apparoissent
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
28 Pareillement aussi vous-vous montrez Justes par dehors aux hommes, mais dedans
estes pleins d'hypocrisie et d'iniquité.
Christ taxe és Scribes un vice duquel sontentachez tous hypocrites : c’est qu’ils sont bien songneux et prenent garde de fort près aux petites choses, mais cependant ils laissent les principaux points de la Loy. Ceste maladie a régné quasi en tous aages et entre toutes nations, tellement que le plus souvent les hommes ont pensé contenter Dieu, en observant par acquit quelques petites choses et bien légères. Car pource qu’ils ne se peuvent pas en tout et par tout exempter de l’obéissance de Dieu, ils ont recours à ce second remède, afin de racheter de bien grandes offenses par quelque menu fatras de satisfactions. Comme nous voyons aujourd'huy que les Papistes ne faisans pas grande conscience de transgresser les principaux commandemens de Dieu, sont tant plus eschauffez à observer je ne sçay quelles cérémonies bien froides et maigres. Ainsi donc Christ reprend maintenant une telle feintise és Scribes, qui estans bien songneux et scrupuleux en matière de payer les dismes ne tenoyent pas grand conte des principaux points de la Loy. Or afin de mieux se mocquer de leur sotte ostentation, il ne dit pas en général qu’ils ont payé les dismes, mais les dismes de la mente, de l’anet, et (comme il y a en S. Luc) de toute manière d’herbage : afin de monstrer quelque grand zèle de saincteté sans beaucoup travailler. Mais pource que Christ establit la principale justice de la Loy en miséricorde, jugement et foy, il faut premièrement veoir que c’est qu’il entend par ces mots : en après, pourquoy il a omis les commandemens de la première Table, qui appartienent proprement au service de Dieu : comme si l'hommage et la révérence que nous devons à Dieu, alloit après le devoir que nous avons envers les hommes selon la règle de charité, Jugement se prend pour équité ou droiture, laquelle fait qu'on rend à un chacun ce qui luy appartient et que personne ne trompe ou porte dommage aux autres.
Miséricorde passe plus avant, asçavoir
point, et les hommes qui passent dessus n'en scavent rien.
que chacun mette peine de subvenir du sien aux frères, soulager les affligez ou de ses biens, ou de conseil, défendre ceux qui sont Opprimez injustement, et employer libéralement pour Putilité dun chacun, les dons et moyens qu'il ha. Foy n’est autre chose qu’une droite intégrité, asçavoir qu’on r’entreprene rien par finesse ou malice, ou pour tromper, mais qu'entre toutes personnes on garde une vraye simplicité, telle que chacun désire qu'on garde envers luy. Et par ainsi le sommaire de la Loy se rapporte à charité.
Je sçay bien qu’aucuns exposent autrement le mot de Foy, comprenans sous iceluy tout le service de Dieu, par la figure appelée Synecdoche : mais il n’y a point de doute que Christ, selon sa coustume, réduit yei à la charité fraternelle le vray examen de saincteté : et pourtant ne touche point la première Table. Et combien qu’en lieu de foy, S. Luc dit La charité de Dieu : toutesfois ceste exposition nelaisse pas de demeurer tousjours et estre bonne. Car l'intention de Christ estoit de monstrer que c’est que le Seigneur requiert principalement de nous en sa Loy. Or il est assez notoire que la Loy a esté divisée en deux Tables : afin de monstrer ce qui est deu premièrement à Dieu, et puis aux hommes. Sainct Luc exprime l’un et l’autre : comme si Christ disoit que la Loy tend principalement à ce que nous aimions Dieu, et envers les prochains que nous soyons droits, équitables, et miséricordieux. Sainct Matthieu s’est contenté de l’un des deux. Et ne faut pas trouver absurde que les œuvres de charité soyent nommées les principaux points de la Loy, veu que sainct Paul aussi appelle charité, la perfection de la Loy : comme aussi il dit au mesme lieu, que cela est accomplir la Loy, si nous aimons nos prochains, Rom., XII, 8 et 10. Et ci-dessus Christ estant interrogué des commandemens de la Loy, n’a récité sinon ceux de la seconde Table. Si quelqu'un réplique que par ce moyen on préfère les hommes à Dieu, veu que la
charité qui s’addresse à eux est plus es- Limée que la religion et crainte de Dieu :
la solution est facile, Qu'il n’est pas yci fait comparaison de la première Table de la Loy avec la seconde, comme de choses opposites : mais que plustost par lobservation de la seconde, on cognoist certainement si un homme aime Dieu à la vérité et sans feintise. Pource que la piété et amour de Dieu est une chose intérieure et cachée au dedans de la personne, et Dieu ne converse pont vyci entre nous pour esprouver l'amour que nous luy portons, et aussi qu'il n’ha besoin d'aucune aide de nous, il est facile aux hypocrites de mentir et protester faussement qu’ils aiment Dieu : mais les œuvres de charité ‘Sont apperceuës d’un chacun, et se voyent à l'œil : et pourtant par icelles limpudence des hypocrites est mieux descouverte. Christ n’a donc voulu yei disputer subtilement de toutes les parties de justice, ou de l’ordre d’icelles, mais s’accommodant à l'intelligence et appréhension Commune des hommes, il a prétendu simplement de monstrer que lors les hommes gardent la Loy vrayement et sans feintise, quand ils sont äroits, amiables et véritables les uns envers les autres : pource qu'en ce faisant ils monstrent qu'ils aiment Dieu et le craignent, et mesmes ils donnent un bon et suffisant tesmoignage de vraye piété ét religion. Non pas que ce soit assez de s'acquitter envers les hommes, sinon qu’en premier lieu on rende à Dieu ce qui luy appartient : pource qu’il faut nécessairement que ce soit un homme qui serve et honore Dieu en vérité, celuy qui dresse sa vie et ses mœurs Selon la règle des commandemens de Dieu. Toutesfois la difficulté n’est pas encore bien vuidée du tout. Car les dismes, au regard desquelles Christ préfère droiture et miséricorde, estoyent partie du service de Dieu, et on avoit accoustumé d'en distribuer quelque portion aux povres : ainsi en ces dismes il y avoit double sacrifice.
Je respon qu'yci les dismes ne sont pas simplement comparées avec les aumosnes, foy et jugement : mais la fausse saincteté des Scribes, avec la pure et entière affection de charité. Car pourquoy estovent-ils Si prompts et volontaires à
payer les dismes, sinon pour appaiser Dieu à meilleur marché et sans, grand’ peine ? car certes ils ne regardoyent point au principal. Et pourtant ces petites et menues choses par lesquelles ils vouloyent abuser Dieu et les hommes, ne devoyent point estre contées entre les œuvres de charité.
23 Matth. Zl faloit faire ces choses, et ne délaisser point, etc. C’est une anticipätion par laquelle Christ prévient leur calomnie. Car ils pouvoyent reprendre son propos en l’interprétant en mauvaise part, comme s’il n’eust tenu conte de ce qui estoit commandé par là Loy de Dieu. Je confesse doncques qu’il faut garder tout ce que Dieu a commandé, et n’en rien omettre, mais ce n’est pas à dire que le zèle qu’on ha envers toute Ta Loy, doyve empescher qu'on n’insiste sur tout aux principaux points d'icelle. ‘Et de là ïl conclud que ceux-là rénversent l’ordre, qui s’arrestent aux plus petites choses, attendu que plus tost il faloit commencer par celles qui sont les principales et plus nécessaires : car les dismes n’estoyent seulement que comme un accessoire. Christ donc nie que Son intention soit de déroguer en rien à l’authorité des plus petis commandemens, jà soit qu'il commande et requière un ordre en l’observation de la Loy. Parquoy, que toute la Loy demeure en son entier, laquelle ne se peut Violer en aucune partie sans le mespris de celuy qui en est l’autheur.
Car celuy qui a défendu de paillarder, tuer, et desrobber, a aussi bien condamné toute concupiscence. Et par cela nous pouvons veoir que tous les commandemens s’entrétienent si bien ensemble, qu’il n’est pas licite de les séparer lun de l’autre. Parquoy aussi il est escrit, Maudits Séront tous ceux qui n’accompliront tout ce qui estescrit, Deut. XXVAF, 26. Par lesquelles ‘paroles est establie la justice de la Loy universelle sans en rien excepter. Mais (comme nous avons dit) ceste révérence qui luy est deuë n’oste point la différence qui est entre les commandemens, ni le vray but de la Loy, auquel les vrais observateurs d'icelle dressent leur entendement, de peur qu'ils ne perdent leur peine en s’arres-
SUR L’'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
tant seulement au-dessus et à l’escorce.
24 Conducteurs aveugles, qui coulez le mouscheron, etc. C’est une sentence prinse d’un proverbe commun, par lequel est fort bien exprimée l'affectation et façon de faire scrupuleuse qu’ont les hypocrites és menues choses et de petite importance. Car ils ont horreur de quelque faute légère, comme si une seule transgression leur estoit cent fois plus dure que la mort : cependant toutesfois ils se donnent aiséement licence, et aux autres, de s’abandonner aux plus grandes meschancetez. Parquoy doncques ils sont tout ainsi comme si quelqu'un couloit une petite miette de pain, et engloutissoit un pain tout entier. Nous sçavons que le mouscheron est une beste bien petite, et le chameau au contraire est une beste fort grande. 4] n’y a donc rien si ridicule que de couler le vin et l’eau de peur de se faire mal au gosier en avallant un mouscheron, et cependant ne faire point de difficulté d’engloutir un chameau tout entier. Mais toutesfois on voit communéement que les hypocrites se jouent et prenent plaisir à faire de semblables tours. Car en laissant jugement, miséricorde et foy, voire mesmes en deschirant par pièces toute la Loy, ils sont tant et plus austères et rigoureux és choses qui he sont pas de grande importance. Or en feignant par ce moyen de baiser les pieds à Dieu, ils luy crachent fièrement en la face. | 25 Vous nettoyez le dehors de la coupe el du plat, etc. Le Seigneur poursuit la mesme sentence, et reproche par une similitude aux Scribes qu'ils ne se soucient, et n’ont d'autre but que de reluire devant. les hommes. Car par métaphore et similitude il prend le dehors du plat, pour l’apparence extérieure : comme s’il disoit, Vous ne vous souciez point d'aucune netteté sinon de celle qui apparoist par le dehors : comme si quelqu’un nettoyoit diligemment les ordures de la coupe par le dehors, et qu'il laissast le dedans tout ord et sale. Or qu'il parle par métaphore, il appert par le second membre de ceste sentence, où l’immondicité intérieure est condamnée, asçavoir d'autant qu’ils sont par dedans pleins de
rapine et d'excès. Ainsi donc il reprend leur hypocrisie, d'autant qu'ils ne s’estudient de bien ordonner leur vie, sinon devant les yeux des hommes tant seulement, pour acquérir une vaine réputation de saincteté. Et pourtant il les ramène à une droite et pure affection de bien vivre.
Nettoye (dit-il) premièrement le dedans de la coupe. Car se seroit une mocquerie de repaistre les yeux de quelque splendeur et beauté extérieure de la coupe, et cependant boire en icelle estant pleine de lie et de bourbe, ou autrement orde et sale,
27 Vous estes tous semblables à des sépulchres blanchis, etc. Voyci une autre similitude qui tend à une mesme fin.
Car il les accompare à des sépulchres beaux et reluisans, que les hommes de ce monde s’édifient curieusement avec grand’pompe et ambition. Comme doncques és sépulchres la peinture ou engraveure parée attire les yeux des hommes, et cependant au dedans sont encloses de puantes charongnes : ainsi Christ dit que les hypocrites abusent par ce qui apparoist par dehors, pource qu'au dedans ils sont pleins de fraude et d’iniquité.
Les paroles de sainct Luc sont autres, asçavoir Qu'ils ne sont point apperceus des hommes : tout ainsi comme les sépulchres, ausquels souventesfois ceux qui passent dessus ne prenent pas garde. Mais le sens est tout un, asçavoir que sous couleur d’une fausse saincteté, il y a de l’ordure et vilenie cachée qu’ils nourrissent en leurs cœurs, ne plus ne moins qu’un sépulchre de marbre ayant apparence d'estre beau et plaisant, couvre la puanteur d’une charongne morte, afin qu’elle ne face mal au cœur des passans. Dont nous pouvons recueillir ce que j’ay dit ci-devant, asçavoir que Ghrist a osté aux Scribes ce masque de saincteté, ayant esgard aux simples et ignorans, qu'ils tenoyent en leurs liens par fard et vaine tromperie. Car ceste admonition à proufité aux simples, à ce qu’ils avisassent de bonne heure de s’oster de la gueule des loups. Et toutesfois ce passage contient aussi une doctrine générale :
c’est que les enfans de Dieu taschent plus d’estre purs, que de sembler l’estre.
MATTH. XXII
29 Malheur sur vous, Scribes et Pharisiens hypocrites : car vous édifiez les sépulchres des Prophètes, et parez les monumens des justes :
30 Æt dites, Si nous eussions esté és jours de nos pères, nous n'eussions point esté leurs compagnons au sang des Prophètes.
31 Ainsi estes-vous lesmoins à vous-mesmes que vons estes enfans des meurtriers des Prophètes.
32 V’ous donc aussi emplissez la mesure de vos pères.
33 Serpens, engeance de vipères, comment évilerez-vous le jugement de la géhenne ?
34 Pource voyci, je vous envoye des Prophètes et des Sages et des Scribes : el vous en tuerez, el Crucifierez, et en Jouetterez en vos synagogues, et poursuyvrez de ville en ville:
35 Afin que tout le sang juste qui a esté espandu en la terre, viene sur vous, depuis le sang d'Abel le juste!, jusqu'au sang de Zacharie? fils de Barachie, lequel vous avez occis entre le Temple et l'autel.
36 Je vous di en vérité, toutes ces choses viendront sur ceste nation.
37 Jérusalem, Jérusalem, qui tues les Prophètes, el lapides ceux qui le sont envoyez : combien de fois ay-je voulu assembler tes enfans, comme la poule assemble ses poullets sous ses ailes, et tu ne l'as point voulu?
38 l’oyci, vostre maison vous sera laissée déserte.
39 Car (je vous di) dés ceste heure vous ne me verrez plus, jusques à ce que disiez, Bénit soit celuy qui vient au nom du Seigneur.
1) Gen.,IV,8, 2) ? Chron., XXIV, 22.
LUC XI
47 Malheur sur vous, car vous édifiez les sépulchres des Prophètes, lesquels vos pères ont OCCiS.
48 Pour vray vous tesmoignesz que vous consentez aux œuvres de vos pères : car ils les ont occis, el vous édifiez leurs sépulchres.
49 Pour ceste cause la Sapience de Dieu a dit, Je leur envoyeray des Prophètes et des Apostres, et en lueront, et en poursuyrront :
50 Afin que le sang de tous les Prophètles qui à esté respandu dés la fondation du monde, soit redemandé de ceste nation,
51 Depuis le sang d’'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui fut occis entre l'autel et le Temple, voire je vous di qu'il sera redemandé à ceste nation.
LUC XIII
34 Jérusalem, Jérusalem, qui tues les Prophètes, et lapides ceux qui te sont envoyez : Combien de fois ay-je voulu rassembler tes enfans ainsi que fait la poule sa couvée sous ses ailes, et ne l'avez point voulu ?
35 loyci, vostre maison vous sera laissée déserte. Pour vray je vous di que vous ne me verrez point jusqu'à ce qu'il adviendra que vous direz, Bénit soit celuy qui vient au nom du Seigneur.
LUC XI
53 Et comme il leur disoit ces choses, les docteurs de la Loy et les Pharisiens se prindrent à le presser fort, et à luy tirer de la bouche propos de plusieurs choses,
54 En l'espiant et taschant de recueillir quelque chose de sa bouche, afin qu'ils l'accusassent.
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
29 Matth. Car vous édifiez les sépulchres des Prophètes, etc. Aucuns s’abusent pensans que les Scribes soyent yci condamnez de superstition, de ce que vou- Jansà leur fantasie faire honneur aux Prophètes trespassez, ils leur faisoyent des sépulchres magnifiques: comme de présent
les Papistes transfèrent la gloire de Dieu aux Saincts décédez, et mesme par une coustume perverse adorent leurs images.
Ils n’estoyent pas encores venus jusques à un tel aveuglement et forcénerie : parquoy l'intention de Christ est autre. Or outre les autres moyens, les Scribes taschoyent aussi d'acquérir faveur et crédit envers le commun peuple ignorant, voire mesmes envers les Juifs par ceste belle couleur bien fardée: asçavoir qu’ils avoyent en grande révérence la mémoire des Prophètes. Car d'autant que par ce moyen ils faisoyent semblant de maintenir la doctrine d’iceux, un chacun eust pensé qu'ils en estoyent vrais imitateurs, et grans Zélateurs de l'honneur de Dieu.
C'estoit donc une chose de grand lustre et apparence devant les hommes, d'édifier des monumens aux Prophètes: pource qu’il sembloit par ce moyen qu’on tirast la religion quasi des ténèbres pour lestablir en son honneur. Cependant ils ne pensoyent rien moins que de remettre sus la doctrine, laquelle pouvoit sembler estre esteinte par le décez des Prophètes. Mais estans non-seulement aliénez de la doctrine des Prophètes, mais aussi ennemis jurez d’icelle, ils les honoroyent toutesfois après leur mort de beaux sépulchres, comme s'ils se fussent en tout et par tout accordez avec eux. Et c’est l'ordinaire des hypocrites de faire honneur aux bons docteurs et sainets serviteurs de Dieu, quand ils sont morts, lesquels ils ne peuvené souftrir en vie. Et cela ne vient pas seulement de ce vice commun, lequel Horace à touché, disant que nous hayssons la vertu quand elle est en vigueur, et quand elle nous est ostée de devant les yeux, nous la cherchons avec envie, malheureux envieux que nous sommes: mais pource que les cendres des mortsne peuvent plus ennuyer les gens par dure et aspres corrections, Ceux qui sont picquez et envenimez de rage quand les saints
personnages parlent à eux en face, sont bien contens puis après en adorant leurs cendres, de monstrer quelque vaine ombre de religion. Car ceste feintise ne leur couste guères, de protester d’avoir zèle et révérence envers ceux qui ne peuvent plus crier contre les vices. Voylà, tous les Prophètes en leur temps ont esté entre les Juifs rejettez autrageusement et vileinement tormentez: souventesfois aussi cruellement occis: mais les enfans qui sont venus après, n’estans en rien meilleurs que leurs pères, ont mieux aimé de faire semblant de porter révérence ausdits Prophètes, faisans mémoire d’eux à leur fantasie, que de recevoir leur doctrine. Car aussi ils ne traittoyent pas mieux ceux qui les enseignoyent fidèlement, que leurs pères avoyent fait aux autres. Car comme le monde (pource qu’il n'ose pas du tout mespriser Dieu, ou pour le moins s’eslever ouvertement contre luy), songe ceste finesse d’adorer l’ombre de Dieu en lieu de Dieu: ainsi il joué un mesme tour en la personne des Prophètes. De laquelle chose on apperceoit en la Papauié lexpérience bien évidente, et plus qu’il ne seroit de besoin. Car n’estans contens d’honorer les Apostres et Martyrs d’une façon légitime, ils leur attribuent un service comme à Dieu, et tout à leur fantasie : et tant d’honneurs qu’ils leur puissent ramasser, ils ne pensent point excéder mesure. Cependant exerceans cruauté comme ils font contre les fidèles, ils démonstrent bien quelle seroit leur affection envers les Apostres et Martyrs, si lesdits estoyent encores aujourd’huy vivans, et que ils feissent un tel devoir qu'ils ont fait le temps passé.
Car pourquoy sont-ils si eschaufrez et enflammez d’une telle rage contre nous, sinon pource que nous voulons que la mesme doctrine, laquelle les Apostres et Martyrs ont seellée de leur propre sang, soit aujourd’huy receuë et aye son cours et vigueur ? Or veu que les saincts serviteurs de Dieu l'ont plus estimée que leur propre vie, ceux qui la persécutent aujourd’huy {ant furieusement, comment les laisseroyent-ils vivre s'ils les tenoyent ? Qu'ils ornent donc tantqu’ils voudrontles images des Saints, de perfums, de chandelles, de
fleurs, et de toutes autres sortes de pompes: si sainetPierre vivoit maintenant, ilsle deschireroyent en pièces : ils lapideroyent sainct Paul : voire si Christ mesmes estoit au monde, ils le brüleroyent à petit feu.
Mais pource que le Seigneur voyoït que les Scribes et Sacrificateurs de son temps cherchoyent d’estre louez par le peuple, comme estans fort affectionnez envers les Prophètes, 4 les reprend, et monstre qu’ils abusent faussement en cela, et ne font que se mocquer : veuque non-seulement ils rejettent, mais aussi tormentent et traittent cruellement les Prophètes qui leur sont envoyez de Dieu, et lesquels ils voyent devant leurs yeux tous les jours.
Or en cela se démonstre leur meschante feintise et lourde impudence, de vouloir faire des gens de bien, en honorant tellement quellement les Prophètes décédez, et Cependant tascher de mettre à mort ceux qui sont encores vivans.
30 .Sè nous eussions esté és jours de nos pères, etc. Non sans cause Christ a inséré ceste sentence. Car combien qu’il ne les blasme pas pour les péchez de leurs pères, et n’insiste pas principalement sur ce qu'ils sont enfans de meuririers, toutesfois il reprend comme en passant leur folle vanterie, d'autant qu'ils se glorifioyent communéement de leur race, et toutesfois ils estoyent descendus de malheureux ennemis de Dieu, remplis de sang. Il faut donc ainsi résoudre ceste sentence, IL vous semble que l'honneur lequel vous faites aux Prophètes décédez, est comme une satisfaction de l’impiété de vos pères : j'ay desjà donc cela sur vous, qu'en vain vous-vous vantez de la saincteté de vostre race, veu que vous estes descendus de pères meschans et pleins d’impiété. Allez maintenant, et pour couvrir vos meschans actes, alléguez la saincteté de ceux desquels vous confessez les mains avoir esté polluées du sang innocent. Mais il y a d'avantage un crime bien plus détestable, c’est que la forcénerie de vos pères plene de sacrilége, laquelle vous condamnez en édifiant des sépulchres aux Prophètes morts, vous l’ensuyvez, en mettant à mort ceux qui sont encores vivans. Parquoy il conclud finalement qu’en cela ils ne forlignent point de
leurs pères: comme s’il disoit, Ce n’est pas d’aujourd’huy que vostre race commence à meurtrir les Prophètes de Dieu.
Car c’est là la belle discipline ancienne :
c’est la bonne coustume ‘que vos pères vous ont enseignée: en somme, c’est la manière de faire qui vous est quasi naturelle. Au reste, il ne leur commande pas de faire ce qu’ils font, c’est-à-dire de mettre à mort les saincts Docteurs :
mais sous ceste couverture de paroles, il signifie que ce leur est comme un droict héréditaire, de s’eslever contre les serviteurs de Dieu, et qu'il leur doit estre permis de combatre contre la saincte religion, pource qu’en ce faisant ils emplissent la mesure de leurs pères, et accomplissent ce qui défaïlloit encores pour faire le comble des meschancetez d’iceux, et achèvent la toile laquelle les autres avovent commencée à ourdir. Or par ces mots non-Seulément il déclare qw'ils sont désespérez, et ne peuvent estre ramenez au droit Chemin, mais aussi il admoneste les simples qu'il ne se faut pas esbahir si les Prophètes de Dieu sont mal traittez de ceux qui sont fils d'homicides et meurtriers.
33 Serpens, engeance de vipères, etc.
Après que Christ à monstré que les Scribes sont non-seulement mal-heureux ennemis de la saine doctrine,et meschans corrupteurs du service de Dieu mais aussi pestes mortelles de l'Eglise de Dieu, voulant faire fin de son sermon, il charge plus asprement contr'eux: Comme il faut nécessairement oster par force aux hypocrites les mignardises desquelles 1ls se flattent, et quasi les traîner devant le siége judicial de Dieu, afin qu’ils entrent en espovantement. Combien que Christ n’a pas seulement regardé à eux, mais à voulu donner crainte à tout le peuple, afin que chacun se donnast garde de semblable damnation. Au reste, il n’y à point de doute que ceste aspreté de paroles n’ait esté dure et intolérable à ces révérens maistres : ce qu’on peut bien juger, d’autant que par longue espace de temps ils avoyent desjà acquis une domination paisible, en sorte que personne n’osoit ouvrir la bouche, non pas mesmes gronder à encontre. Et il est certain que plusieurs
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n’ont pas trouvé bonne une telle liberté de paroles picquantes dont Christ a usé : et que mesmes il à esté estimé outrageux et desbordé, d’oser ainsi parler injurieusement de messieurs les Scribes.
Comme aujourd’huy il y en à plusieurs délicats qui ne peuvent souffrir qu’on dise quelque mot un peu rude contre le clergé du Pape. Mais pource que Christ avoit affaire avec dés meschans hypocrites, lesquels non-seulement estoyent enflez d’un mespris de Dieu, et enyvrez d’une asseurance et présomption plene de stupidité, mais aussi avoyent ensorcelé de leurs enchantemens le simple peuple, ik a falu nécessairement qu'il se soit eslevé contre eux d’une plus grande véhémente. Il les appelle Serpens, tant en nature qu’en mœurs. En après, il leur dénonce une punition, de laquelle en vain ils essayeront d’eschapper, ‘sinon qu'ils s’amendent de bonne heure.
34 Pource voyci, je vous envoye des Prophètes, etc. Sainct Luc couche ce propos en termes aucunement plus exprès, Pour ceste cause la Sapience de Dieu a dit. Ce qu'aucuns expositeurs ont voulu résoudre en ceste sorte, Moy qui suis là Sapience éternelle de Dieu, je prononce ceci de vous. Toutesfois je trouve meilleur de dire que selon la facon accoustumée de l’Escriture, Dieu est yei introduit parlant sous la personne de sa Sapience, tellement que le sens soit, Dès long temps Dieu par esprit Prophétique à prédit de vous ce qui en seroit.
Je confesse bien qu'on ne trouve pas ceste sentence mot à MmOt en aucun Passage de l’Escriture : mais pource que communéement Dieu crie contre Pobstination endurcie de ce peuple, Christ en fait un sommaire, et en introduisant Îla Sapience de Dieu parlant, il exprime plus clairement quel à esté le jugement de Dieu touchant la perversité incorrigible de ceste nation. Car on pouvoit trouver merveilleux, si les docteurs ne deévoyent rien proufiter envers ce peuple, pourquoy c’est que le Seigneur vouloit qu'ils prinssent tant de péine après. Car voylà comment les hommes raisonnent, que Dieu fait une chose sans fruit, quand il envoye sa Parole aux réprouvez, lesquels il sçait
bien qu’ils demeureront obstinez. Et les hypocrites, comme si cela seul Suffisoit, d’avoir tousjours. au milieu d'eux des annonciateurs de la doctrine céleste, quoy que de leur costé ils se monstrent incrédules , se font à croire que Dieu leur sera propice et favorable, pourveu que la parole externe résonne ‘entr’eux.
Voylà comme les Juifs se vantoyent fièrement, de ce que par-dessus les autres nations ils avoyent tousjours eu des Prophètes et docteurs excellens : et comme s'ils eussent mérité un tel honneur, ils alléguoyent cela comme un certain tesmoignage qu’ils estoyent gens de bien. Christ pour rembarrer ceste folle arrogance, non-seulement nie qu'ils valent mieux que les autres nations, pource que Dieu leur a de sa grâce envoyé des Prophètes et autres excellens expositeurs de sa sagesse : mais aussi débat que la gràce, laquelle à esté mal employée en eux, leur tournera à déshonneur et condamnation plus grande asçavoir pource que le conseil de Dieu à esté autre qu’ils n’imaginoyent : c’est qu'il les a voulu rendre plus inexcusables, et amener jusques au dernier Comble leur malice enragée et détestable : comme s’il eust dit, Quant à ce qu'il y a eu des Prophètes les uns après les autres ordonnez d’enhaut pour vous enseigner, c’est en vain et follement que vous alléguez cela pour vostre honneur. Car Dieu par son jugement secret a bien regardé à autre chose, c’est qu’en continuant à vous inviter par douceur, il a voulu descouvrir vostre meschante et perverse obstination, de laquelle vous ayant convaincus, il enveloppast en une mesme condamnation les enfans avec les pères.
Quant aux mots, le propos est défectueux en sainet Matthieu : mais il faut parfaire le sens en prenant ce qui est en sainct Luc. Touchant ce qu'avec des Prophètes il met des Scribes et des sages : cela sert pour amplifier tousjours tant plus la grâce de Dieu : dont leur ingratitude s’en monstre tant plus, pource que combien que Dieu n'ait rien omis pour les enseiner, toutesfois il n’a rien proufité envers eux. En lieu des Scribes et des Sages, sainct Luc met les #postres en mesme
sens. Au reste, Ce passage monstre que Dieu ne donne pas tousjours salut aux bommes en leur envoyant sa Parole, mais que quelque fois il veut qu’elle soit annoncée aux réprouvez, lesquels il sçait bien qu’ils demeureront obstinez, afin que ce leur soit odeur de mort à mort, 2 Cor. Il, 16. Il est vray que la parole de Dieu en soy et de sa nature apporte salut, et invite toutes sortes de gens indifféremment à lespérance de la vie éternelle : mais pource que tous ne sont pas tirez au dedans, et que Dieu ne perce pas les aureilles à tous : en somme, pource que tous ne sont pas renouvelez à repentance, ou fléchis à obéissance, tous ceux qui rejettent la parole de Dieu, font par leur incrédulité que elle leur est mortelle et en ruine. Comme ainsi soit que Dieu. ait bien préveu qu’il en seroit ainsi, de propos délibéré il envoye ses Prophètes aux réprouvez, afin de les précipiter en plus griefve condamnation : comme Jsaïie le déclare plus amplement au chapitre VI, v. 10. Je confesse bien que telle procédure n’est point accordante à la raison de la chair, comme nous voyons que les exécrables contempteurs de Dieu prenent de là belle matière de abbayer, disans que Dieu, comme quelque cruel tyran, prend plaisir à envelopper les hommes en plus grande punition, lesquels sans aucune espérance qu’ils proufitent, de sa franche volonté et à son escient il aveugle et endurcit de plus en plus. Mais par tels exemples Dieu exerce la modestie des fidèles. Ayons donc ceste sobriété d’adorer avec humilité ce qui surmonte nostre entendement.
Ceux qui disent que la prescience de Dieu n’empesche point que les incrédules ne soyent sauvez, font follement d’aller chercher ceste vaine défense pour excuser Dieu. Je confesse bien que les réprouvez en attirant la mort sur eux, n’ont pas ce but de faire ce que Dieu a préveu devoir advenir, et que pourtant on ne peut pas imputer à la prescience de Dieu la faute de leur perdition : mais je di qu’on ne doit point amener ceste cavillation pour défendre Ja justice de Dieu : pource qu’'incontinent on pourra objecter qu’il tient à Dieu qu'ils ne
s’amendent, d'autant que le don de foy et repentance est en sa main. Aussi ceste objection se présentera, Qu'est-ce là à dire, que Dieu par un conseil certain et délibéré ordonne la lumière de sa Parole pour aveugler les hommes? pourquoy estans destinez à la mort éternelle ne se contente-il de leur simple ruine, mais veut qu’ils périssent deux ou trois fois ?
Parquoy il ne reste rien sinon que d’attribuer ceste gloire aux jugemens de Dieu, qu'avec S. Paul nous-nous escrions que c’est un abysme profond et incompréhensible, Rom. chapitre XI, v. 33.
Mais on pourroit demander comment c’est que Dieu prononce que les Prophéties tourneront en ruine aux Juifs, veu que-son adoption ha tousjours eu vigueur et efficace en ce peuple-là. Je respon, veu que seulement une petite portion à par foy receu la parole de Dieu à salut, qu’yci-est parlé du plus grand nombre, ou du corps du peuple en général :
comme après qu'isaïe a prédit la perdition commune de ce peuple, il luy est commandé de seeller la loy de Dieu entre ses disciples, Isaïe VIIT, 46. Sçachons donc que toutesfois et quantes que l’Escriture adjuge les Juifs à la mort éternelle, il faut entendre qu’elle excepte le résidu, c’est-à-dire, ceux esquels le Seigneur conserve quelque semence pour l'amour de son élection gratuite.
35 Afin que tout le sang juste qui « esté espandu, etc. Non-seulement il leur oste ce qu’ils s’attribuoyent à fausses enseignes, mais il monstre qu’ils ont eu entr’eux des Prophètes à une fin toute diverse, asçavoir afin qu’il n'y eust aucun aage exempt du péché de rébellion détestable. Car ce mot Fous, comprend généralement toute la race dès sa première origine. Si quelqu'un objecte que cela n’est pas convenable au jugement de Dieu, de punir les enfans pour les péchez des pères : la solution est aisée, que veu qu’ils se sont enveloppez tous ensemble en une conspiration mal-heureusé, on ne doit trouver estrange si Dieu les punissant tous en commun, fait aussi tomber sur la teste des enfans la peine deué aux pères. Ainsi donc, C’est à bon droict que toute la nation, en quelque temps qu’ils
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ayent vescu les uns et les autres, est appelée à conte pour ce mespris continuel, et en porte quant et quant la peine. Car comme Dieu en continuant d'un fil sa patience, a combatu constamment contre la malice de tout le peuple, ainsi Pobstination invincible qui a persisté jusques au bout, est à bon droict ramenée sur tout le peuple : et comme chacun aage d’un complot fait a mis à mort ses Prophètes, ainsi C’est raison qu’ils soyent appelez à un jugement commun, et que tous les meurtres qu'ils ont commis d’un consentement, soyent vengez en la personne de tous. Depuis le sang d’ Abel le juste, etc. Combien qw'Abel n'ait pas esté tué des Juifs, toutesfois Christ leur impute la mort d’iceluy, pource qu’il y avoit entre Caïn et eux comme une Consanguinité de meschanceté : autrement ce qu'il dit ne viendroit pes à propos, Asçavoir que dès le commencement du monde, le sang juste à esté espandu par ceste nation. Cain donc est mis Comme chef, prince, et autheur du peuple des Juifs : pource que depuis qu’ils ont commencé de mettre à mort les Prophètes, ils ont succédé au lieu de celuy duquel ils ont esté imitateurs. Au reste, il ne nomine pas yci Zacharie comme estant le dernier martyr, (car les Juifs n’ont pas lors cessé de meurtrir les Prophètes, mais plustost de là est creuë et augmentée leur audace et forcénerie :
et Ceux qui Sont venus après ce temps-là se sont soulez du sang lequel leurs pères mavoyent fait seulement que gouster :) ni aussi pource que sa mort ait esté plus communéement cognue, combien que lPEscriture en fait mention solennelle.
Mais il y a une autre raison, laquelle estant bien digne que on y prinst garde, n’a pas toutesfois esté entendue des expositeurs : dont aussi est advenu que ils ont non-seulement esté abusez, mais aussi ont enveloppé les lecteurs en une question fascheuse. Car il pourroit sembler que Christ eust failli à avoir bonne souvenance, quand faisant mention d’un seul meurtre ancien, il laisse une tuerie quasi infiuie qui depuis fut faite sous Manassès. Car les persécutions contre les saincts personnages ne cessèrent point
jusqu’à ce que le peuple fut transporté en Babylone : et mesme nous sçavons ‘que quand ils estoyent desjà affligez et pressez, ils n’ont pas laissé de poursuyvre cruellement Jérémie. Or pour venir au poinct, le Seigneur de propos délibéré ne leur reproche pas les meurtres dont la mémoire estoit encores fraische, mais choisit cestuy-ci qui estoit plus ancien, lequel aussi avoit esté le commencement d’un vilein desbordement, pour faire que puis après ils se soyent addonnez à cruautez sans mesure aucune : et il le fait pource que le cas estoit plus convenable à son propos. Car j'ay n’aguères déclaré que son but et intention est, pource que ceste nation ne s’estoit point désistée d’une telle impiété, de monstrer qu’elle est
coulpable de tous les meurtres qui avoyent esté commis jadis dès long
temps. Ainsi donc, non-seulement il leur dénonce qu'ils seront punis pour la cruauté qui estoit exercée pour lors, mais aussi il dit qu’il leur faudra rendre conte de la mort de Zacharie, comme si leurs mains estoyent sanglantes de son sang. Car il n’y à point d’apparence à l’opinion de ceux qui rapportent ceci à ce Zacharie lequel exhorta le peuple qui estoit retourné de Pexil de Babylone, à édifier le temple, duquel nous avons encores les Prophéties. Car combien que le titre du livre monstre qu'il estoit fils de Barachie, toutesfois nous ne lisons point en aucun passage qu’il ait esté mis à mort. D’avantage c’est une exposition contrainte, de dire qu’il a esté tué au temps qui à esté entre la réédification du temple et celle de l’autel. Mais de l’autre Zacharie fils de Joiadas, la Saincte histoire raconte une chose qui convient fort bien à ce passage : asçavoir qu'après la mort de son père, par un meschant révoltement du roy et du peuple, la vraye religion estant mise bas, il fut poussé par l'Esprit de Dieu à reprendre asprement l’idolâtrie publique : et que pour cela il fut lapidé au parvis du temple. Or il n’est pas inconvénient de dire qu’à son père Joïadas, par honneur ait esté imposé ce surnom de Barachias : pource qu'ayant esté toute sa vie vray défenseur du service de Dieu, à bon droict il a peu
estre nommé Bénit de Dieu. Toutesfois soit que Joiadas ait eu deux noms, soit qu’il y ait faute en ce mot, comme sainct Hierome le pense : quant au faict, certes il n’y a point de doute que Christ ne touche yei cest acte exécrable quand Zacharie fut lapidé, 2 Chron. XXIV, 22. La circonstance du lieu augmente la pesanteur du forfait : asçavoir qu'ils n’ont point eu de révérence à la saincteté du temple. Au reste, le temple est vei prins pour le parvis, comme en plusieurs autres passages. Là auprès estoit l'autel des holocaustes, afin que le Sacrificateur offrist les sacrifices en la présence du peuple. Il appert donc que ce fut une rage par trop desbordée, laquelle ne peut estre appaisée ne réprimée par la révérence de l’autel et du temple, lequel ils voyoyent : veu que nonchstant tout cela ils ne laissèrent point de profaner ce Sainct lieu par un meurtre exécrable.
37 Jérusalem, Jérusalem, qui tues les Prophètes, etc. Par ces mots Christ monstre encores plus clairement combien il ha juste occasion de se courroucer et aigrir, pource que Jérusalem, laquelle Dieu avoit choisie pour son siége sacré et
quasi céleste, non-seulement s’estoit
monstrée indigne d'un tel honneur, mais de long temps s’estoit accoustumée à boire le sang des Prophètes, comme si elle eust esté caverne de brigans. Christ fait donc yei une exelamation véhémente, en considérant ceste chose si estrange et monstrueuse, que la sainete cité de Dieu estoit tombée en une telle forcénerie, que de long temps elle avoit tasché d’esteindre la doctrine salutaire de Dieu, en mettant à mort les saincts Prophètes. Et voylà aussi à quoy tend la répétition Au nom, pource qu’une impiété si terrible et incroyable méritoit une détestation merveilleuse. Or Christ ne leur reproche point une cruauté ou deux, mais il dit que par
longue accoustumance la ville est si fort.
acharnée après les Prophètes, qu’elle ne cesse de les meurtrir tous, tant que Dieu en envoye. Car quand il dit, Jérusalem tuant les Prophètes, ou qui lues, etc. :
c’est un épithète qu'il luy attribue : comme s’il disoit, Toy qui devois estre fidèle gardienne de la parole de Dieu, maistresse
en la sagesse céleste, la lumière du monde, la fontaine de bonne et saine doctrine, le sainct siége du service de Dieu, le patron ou exemplaire de foy et obéissance, tu es la meurtrière des Prophètes, en sorte que tu es toute accoustumée à humer leur sang, sans en faire conscience, Ainsi donc il appert par ceci que telles gens estoyent bien dignes d’estre couvers de tout opprobre et malédiction, d’avoir si vileipement pollué et profané le Sanctuaire de Dieu. Combien que lintention de Christ a esté aussi d'obvier au scandale qui estoit prochain : afin que les fidèles le voyans estre mis à mort si malheureusement en Jérusalem, ne fussent troublez pour un spectacle tant nouveau et estrange. Car par ces paroles ils ont esté advertis qu’il ne se faloit pas eshahir si la ville accous-
tumée à esgorger ou lapider les Prophè-
tes, mettoit cruellement à mort son propre Rédempteur. Au reste, il appert par ceci combien on doit faire cas des lieux.
Certes, il n’y a eu ville du monde que Dieu ait ornée de titres si honorables, ou eslevée si magnifiquement, toutesfois nous voyons où elle s’est précipitée par son ingratitude. Que le Pape face maintepant comparaison du siége de sa briganderie avec ceste saincte ville, qu'est-ce qu’il y trouvera digne de semblable honneur? Ses flatteurs qu’il ha à loage allèguent par leurs raisons que la foy à fleuri là anciennement. Et bien, qu’ainsi soit.
Mais s’il appert aujourd’huy que ceste-là s’est destournée et révoltée laschement de Jésus-Christ, et qu’elle est remplie d’une infinité de sacriléges, quelle folie est-ce à eux de débaire que l'honneur de la primauté de PEglise est attachée à ce lieu-là? Quant à nous, apprenons plustost par l'exemple mémorable que nous avons en ce passage, selon qu'un lieu, à cause des grandes grâces de Dieu, est haut eslevé, et comme exempié Au rang commun des autres, que s’il s'abastardit, non-seulement il perd lornement et l’excellence qu’il avoit, mais devient d'autant plus détestable et exécrable, pource que il a vileinement souillé la gloire de Dieu en profanant la beauté de ses grâces.
Combien de fois ay-je voulu assembler
tes enfans comme la poule, etc. C’est"
Ô SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
plustost ui propos de courroux et reproche, que de compassion. I est vray qu’il ne laisse pas tousjours d’avoir ceste affection de pitié et miséricorde envers la ville, sur laquelle un peu devant il a pleuré, Luc, XIX, 41: mais envers les Scribes qui estoyent autheurs de ceste malédiction, il se monstre plus rude et aigre, comme ils méritoyent bien. Combien aussi qu’il n’espargne pas le reste du peuple, qui estoyent coulpables et approbateurs de mesme meschanceté, et tenoyent compagnie aux autres : mais les amenant tous à mesme condamnation, il crie principalement contre les chefs, qui estoyent cause de tous ces maux. Or maintenant il nous faut noter le poids et la véhémence de ce propos. Si en Jérusalem on eust simplement rejetté la grâce de Dieu, c’estoit desjà une ingratitude non à excuser:
mais veu que Dieu avoit essayé d'attirer les Juifs par douceur et moyens amiables, et que cependant une si grande débonnaireté n’avoit rien proufté envers eux, un desdain et outrage si orgueilleux aggravoit bien la grandeur de leur péché. Et outre cela il y a eu une obstination enragée. Car ce wa pas esté pour une fois ou deux que le Seigneur les a voulu rassembler, mais successivement par continuels degrez il à suscité des Prophètes les uns après les autres, lesquels quasi tous ont esté repoussez, et rejettez par la plus grand’part du peuple. Nous entendons maintenant pourquoy c’est que Christ en la personne de Dieu se compare à une poule : asçavoir afin de faire plus grand’honte à ceste meschante nation, qui avoit rejetté ces façons de faire, par lesquelles Dieu l’avoit voulu attirer, tant douces et procédantes d’une affection plus que maternelle. Certes c’estoit bien un signe d’amour merveilleuse et nonpareille, de ce que Dieu avoit bien daigné s’abbaisser jusques à les mignarder, par manière de dire, afin d'addoucir leur rébellion, et les apprivoiser à son obéissance. Il y a en Moyse une façon de reproche quasi semblable, Deut., XXXH, 12, Que Dieu à embrassé et couvert ce peuple comme fait l'aigle qui espand ses ailes sur ses petis. Or combien que Dieu ait en plusieurs manières espandu ses ailes pour
nourrir et entretenir ce peuple, toutesfois . Christ applique ceste similitude spécialement à une espèce, asçavoir qu’il à envoyé des Prophètes pour recueillir comme
en son sein les Juifs qui estoyent ainsi vagabons et dispersez. En quoy il signifie que jamais la parole de Dieu ne nous est proposée, que quant et quant il ne nous tende son giron par une douceur et affection maternelle: et mesme non content de cela, viene par manière de dire à s’abbaisser jusques à la contenance d'une povre poule qui eschauffe ses poussins sous ses ailes. Dont s'ensuit que nous avons une obstination plus que monstrueuse, si nous ne souffrons d’estre recueillis par luy. Et de faict, si nous considérons d’un costé la majesté de Dieu espovantable, et de Pautre nostre povre et basse condition il sera impossible que nous ne soyons contraints d’avoir honte, et de nous estonner d’une bonté si miraculeuse. Car qu'est-ce à dire cela, que Dieu s’abbaisse jusques-là pour nous ? En se faisant semblable à une mère, il descend bien bas de la grandeur de sa gloire: mais qu’est cela au pris de ce que s’accomparant à une poule, il daigne bien nous tenir comme ses poussins ? D’avantage, si ceci a esté à bon droict reproché au peuple ancien qui a vescu sous la Loy, il s’addresse encores beaucoup plus à nous. Car combien que ce que j’ay n’aguères allégué de Moyse a tousjours esté vray, et que les complaintes lesquelles nous lisons en Isaie (chapitre EXV, 2), sont vravyes, qu’en vain Dieu à estendu ses bras tous les jours pour embrasser ce peuple dur et rebelle, qu’il n’a rien gaigné en se levant matin, pour avoir sans cesse soin de luy: toutesfois aujourd’huy il nous convie beaucoup plus familièrement et doucement à soy par son Fils. Et pourtant, toutes fois et quantes qu’il propose la doctrine de son Evangile, une vengence horrible nous attend, sinon que nousnous rangions paisiblement sous ses ai- :
les, sous lesquelles il est prest de nous recevoir, et nous tenir là couvers. Cependant Christ monstre vyei que tous ceux qui s’assemblent à Dieu par obéissance de foy, sont en repos et seureté, d'autant que sous ses ailes ils ont un refuge qui
ne peut faillir, et contre lequel il n’y a point de puissance qui ait lieu. Il faut aussi noter l’autre partie de ceste reproche, Que Dieu ne s’est pas incontinent si fort offensé de l’obstination perverse du peuple ancien, qu’il soit venu à oublier ceste amour de père, et ce soin de mère qu’il leur monstroit: veu qu’il n’a point cessé de continuer à leur envoyer Prophètes après Prophètes : comme aujourd'huy, combien qu’il ait expérimenté une merveilleuse perversité et ingratitude du monde, toutesfois il ne laisse pas de poursuyvre tousjours sa grâce d’un fil continuel. Toutesfois ces mots emportent encore quelque chose qui s’estend plus loin :
asçavoir que les Juifs, si tost que Dieu les avoit rassemblez à soy, s’escouloyent incontinent de luy. Et voylà qui a esté cause de tant de dissipations qui se sont de si près suyvies l’une l’autre, asçavoir qu’à grand’peine ils se tenoyent quois sous les ailes de Dieu un bien peu de Lemps : COMME aussi nous VOYONS aujourd’huy une semblable sauvageté au monde, et a esté de mesme en tous aages: et pourtant il faut nécessairement que Dieu rappelle tousjours à soy les hommes vagabons et esgarez. Mais voyci le comble d’une extrême perversité et du tout désespérée, quand ils rejettent obstinéement la bonté de Dieu, et refusent de venir sous ses ailes. Au reste, quand j'ay dit ci-devant que Cbrist parle yci en la personne de Dieu, j’enten que ce propos convient proprement à sa Divinité éternelle. Car il ne traitte pas yei que c’est qu’il a commencé à faire depuis qu’il a esté manifesté en chair, maïs il raconte le grand soin qu’il à eu du salut de ce peuple dés le commencement. Or nous sçavons que l'Eglise a tellement esté gouvernée de Dieu, que Christ à tousjours présidé sur icelle entant qu’il estoit la Sagesse éternelle de Dieu. Et c’est en ce sens que parle S. Paul, disant, non pas que Dieu le Père, mais que Christ luymesme a esté tenté au désért par le peuple délivré d'Egypte, 4 Cor., X, 9. Maintenant quant à ce que les Sophistes s’emparent de ce passage pour prouver le
Franc arbitre, et abolir le secret de la prédestination de Dieu, la solution est facile. Le Seigneur, disent-ils, veut rassembler tous hommes. Il s'ensuit donc que tous sont en liberté de venir, et que leur volonté ne dépend point de l'élection de Dieu. Je respon que la volonté de Dieu, de laquelle il est yci fait mention, se doit prendre et considérer par effet. Car d'autant que par sa parole il appelle indifféremment tous hommes à salut, et le but de la prédication est, que tous serangent sous sa garde et protection, à bon droict il est dit qu’il veut les rassembler tous à s0y. Il n’est donc pas yei touché du conseil secret de Dieu, mais de sa volonté qui nous apparoist en la nature de la Parole. Car certes ceux qu’il veut rassembler avec efficace, il les tire intérieurement par son Esprit, et ne se contente pas de les convier par la voix externe de l’homme. Si quelqu'un réplique à ceci, que c’est une absurdité d'imaginer double volonté en Dieu : je respon que nous confessons que sa volonté est une et simple, et ne le croyons point autrement: mais d'autant que nos esprits ne peuvent pas entrer au dedans de ce profond abysme de élection secrète pour le comprendre, je di que selon la petite portée de nostre infirmité, la volonté de Dieu nous est proposée en deux sortes. Et je m’eshbahi comment il y en a d’aucuns si testus et opiniastres, de ne vouloir point recevoir seulement en ceste matière, la figure qu’on appelle Anthropopathie !, combien qu'aux autres endroits de l’Escriture, où elle se trouve souvent, ils ne s’en scandalizent point. Mais pource que j'ay autre part traitté ceste matière amplement, de peur que sans occasion je pe soye yci trop long, je diray seulement en un mot, Quand la doctrine, qui est l’enseigne de | vraye union se publie, que lors Dieu veut assembler tous hommes: afin que quiconque n’y vient, soit trouvé inexcusable. £é ne l'avez point voulu. Ceci se peut rapporter tant à toute la nation, comme aux Scribes : toutesfois j'aime mieux lexposer des Scribes, par lesquels principalement à esté empesché ce rassemblement et ceste
1) C’est quand Dieu s’attribue des affections semblables à celles des hommes : comme quand il est dit en Genèse, VI, 6 qu'il s’est repenti d’avoir fait l’homme ; el semblables passages.
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
réunion. Car aussi en toute la suyte du propos il s’est attaché à eux: et maintenant, après avoir parlé à la ville de Jérusalem au nombre singulier, il ne m'est pas avis qu’incontinent il prene le nombre pluriel sans cause. Or il y à yci une op- position qui est de grand poids, quand il dit, Dieu a voulu, vous ne l'avez point voulu. Car par ces mots est exprimée la rage diabolique des hommes, qui osent bien contredire et résister à Dieu.
38 Voyci, vostre maison vous sera laissée déserte. 11 leur dénonce la destruction du Temple, et l’abolissement de toute la police. Car combien qu’ils fussent souillez, et comme tout desfigurez d’impiété, meschancetez, et toute espèce d’infameté : ils estoyent toutesfois si aveuglez d’une fiance perverse qu’ils mettoyent au Temple et service externe qui s’y faisoit, qu'il leur sembloit avis qu'ils tenoyent Dieu obligé à eux : et tousjours ils faisoyent leur bouclier de cela, Comment Dieu pourroit-il s’absenter de ce lieu, lequel seul il a choisi au monde? Et si ainsiest qu'il habite au milieu de nous, il faut nécessairement que quelque jour nous soyons remis sus. En somme, ils tenoyent le Temple pour leur forteresse et défense invincible : comme s'ils eussent esté assis au giron de Dieu. Mais Christ leur déclare qu’en vain ils se glorifient de la présence de Dieu, lequel ils avoyent chassé hors par leurs forfaits exécrables : et en disant leur maison, il donne à entendre obliquement que ce west plus la maison de Dieu. Il est vray que le Temple avoit esté basti et éditié à ceste condition, qu'à la venue de Christ il cesseroit d’estre le siége et le repos de Dieu : toutesfois encores fust-il demeuré comme un tesmoignage notable de la grâce de Dieu perpétuelle, si la meschanceté et impiété du peuple n’eust mérité la destruction qui s’en est ensuyvie. Ç’a donc esté une horrible vengence de Dieu, de ce que non-seulement il a abandonné ce lieu qu’il avoit tant magnitié et orné, et à voulu qu'il fust rasé par le pied, mais aussi Va mis en une extrême ignominie jusques à la fin du monde. Que les Romanisques vienent maintenant, et qu'ils
poursuyvent en despit de Dieu d’eslever |
leur tour de Babylone, quand ils voyent
que le Temple basti de l’authorité de
Dieu, et par son commandement exprès, est tombé bas pour les meschancetez du peuple.
39 Car je vous di, dés ceste heure vous ne me verrez plus. Il conferme ce qu’il avoit dit de la vengence de Dieu prochaine : asçavoir d'autant que le seul remède pour eschapper ceste ruine, leur sera osté. Car lors estoit le temps agréable et le jour de salut, (Is. XLIX, 8, et 2 Cor., VI, 2) cependant que celuy mesme qui estoit venu à eux Rédempteur, rendoit tesmoignage de la rédemption par luy apportée, et la publioit. Mais à son département la lumière de vie est esvanouye, comme la clarté est ostée à la terre quand le soleil se couche. Parquoy il faloit nécessairement que ceste calamité laquelle il dénonce, tombast sur eux.
Au reste, on demande de quel temps se doit entendre ce mot, Jusqu'à ce que disiez. Aucuns le restraignent au dernier jour du jugement : les autres pensent que ce soit une prophétie qui ait esté accomplie un peu après, quand aucuns des Juifs ont adoré Christ en humilité. Mais il n°y a pas une de ces deux interprétations qui me.plaise. Et de faict, je m’esbabi comment des gens sçavants se sont trouvez empeschez en une difficulté si petite, se donnans beaucoup de peine à chercher comment il se pourra faire que les incrédules disent de Christ, Bénit soit celuy qui vient, etc, car il parle de ce qu’il fera, et non pas quels ils seront. D’avantage, ce mot, Jusqu'à ce que, ne S’estend pas plus loin qu’au temps qui précède. J9seph n’a point cognu sa femme jusqu’à ce qu’elle à enfanté Christ, Mat., I, 25.
Par ces mots l’Escriture n’entend pas que après l’enfantement ils ayent cohabité ensemble comme le mari et la femme mais seulement elle monstre que Marie, quand elle enfanta son fils, estoit vierge, payant point, eu cognoissance d'homme.
Ainsi done, selon mon jugement, le vray sens de ce passage est, Jusqu'à présent jay conversé entre vous avec humilité et douceur, faisant office de Docteur :
maintenant ayant parachevé le temps de ma vocation, je m'en jray, el vous ne
pourrez doresenavant avoir ma présence :
mais celuy lequel maintenant vous mesprisez en qualité de Rédempteur et ministre de salut, vous le sentirez quelque jour vostre Juge. Ainsi ce passage accorde avec celuy de Zacharie, Ils verront auquel ils ont percé, Zach., XIE, 40: Qui plus est, il semble que Christ reprend couvertement leur vaine hypocrisie, en ce qu’ils chantoyent tous les jours ce passage du Pseaume, Bénit celuy qui vient au nom du Seigneur : comme s'ils eussent désiré de grande affection le salut promis + et cependant ils ne faisoyent que se mocquer du Rédempteur à eux présenté. Brief, il leur déclare qu’il ne viendra point vers eux, jusqu’à ce que tremblans au regard de sa majesté espovantable, ils s’escrieront que vrayement il est le Fils de Dieu : mais ce sera trop tard, Or ceste menace s’addresse à tous contempteurs de lEvangile, et mesmement à ceux qui se couvrent faussement du nom de Christ, rejettans cependant sa doctrine. Car ils sentiront quelque jour qu'ils ne peuvent eschapper les mains de celuy, duquel ils se mocquent maintenant par leur feintise fardée. Encores aujourd’huy les Papistes font résonner ceci en leurs chantreries, lesquels toutesfois ne tienent conte de Christ, jusqu’à ce qu’estant armé de vengence, il monte en son siége judicial. Nous sommes aussi yci advertis, cependant que Christ se représente à nous au nom du Père, Médiateur et ministre de salut, qu’il ne suffit pas de honorer de lèvres, mais que d’une vraye
MATTH. MARC XII
AA Jésus aussi estant assis visà-vis du tronc, prenoit garde comment le peuple metloit argent au
(ronc.
42 Or plusieurs riches y mettoyent beaucoup : et une povre vefve veint, et y met deux petiles pièces qui
Jont un quadrin.
43 Lors appelant à soy ses disciples, il leur dit, Je vous di en vérité que cestle povre vefve a plus mis au
(tronc, que tous ceux qui y ont mis.
44 Car tous y ont mis de ce qu’ils
affection nous devons désirer qu’il range et assujetisse à soy et nous et tout le monde.
53 Luc. Æ£t comme il leur disoit ces choses, les Docteurs dela Loy, etc. Yay desjà adverti ci-devant, que les sentences précédentes n’ont pas esté mises par sainet Luc en leur propre lieu. Car récitant comment Christ en un disner se courrouça contre les Scribes, il a aussi adjousté quant et quant les derniers propos par lesquels un peu devant sa mort il descouvrit et reprint leurs meschans tours : semblablement aussi la répréhension que nous venons de veoir en S. Matthieu, à esté mise par sainct Luc au treizième chapitre, à propos d’une autre histoire. Toutesfois si quelqu'un aime mieux suyvre l'opinion de ceux qui pensent que Christ a en plusieurs lieux et à diverses fois réitéré les mesmes propos, je ne l’empesche point. Sainct Luc donc après avoir récité les maudissons qui ont esté n’aguères exposez, conclud finalement, Que tous les Scribes furent encores tant plus envenimez contre Christ, en sorte qu’ils n’ont cessé de luy dresser des embusches, en luy faisant des demandes cauteleuses. Ce qui se doit plustost rapporter au propos tenu à table durant ce disner dont il a esté parlé, que non pas au dernier sermon que nous avons exposé. Mais il ma semblé que je ne devoye faire conscience de mestre point curieux quant au temps, puisque l'Evangile ne s’y est. point arresté.
LUG XXI.
À Et comme il regardoit, il veit des riches qui metloyent leurs dons au tronc.
2 Ilveil aussi une povre vefve qui y mettoit deux piles.
3 Dont ll dit, Vrayement je vous di que ceste povre vefre a plus mis que tous les autres.
h Car tous céux-ci ont mis aux offrandes de Dieu de ce qui leur abonde :
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
avoyent d'abondant : mais ceste-ci|mais ceste-ci a mis de sa y à mis de sa povrelé tout ce qu’elle | novreté tout le vivre! qu’el-
avoit, voire {toute sa substance.
… 43 Marc. Je vous di en vérité que ceste povre vefve à plus mis, etc. Ceste response de Christ contient une doctrine bien utile, asçavoir que ce que les hommes offrent à Dieu n’ést pas estimé selon le pris qu'il vaut au monde, mais seulement selon l'affection du cœur : et mesmes que la saincte affection de celuy qui selon sa petite puissance présente à Dieu ce peu qu’il ha, est plus à priser que celuy qui offre cent fois plus de son abondance. Or il y a double utilité en ceste doctrine. Car premièrement le Seigneur donne courage
aux povres qui semblent n’avoir pas la
puissance de faire bien, afin qu’ils ne craignent point de monstrer leur affection alaigrement par quelque moyen qu’ils pourront : pource qu’ils se consacrent et dédient eux-mesmes à Dieu, leur oblation, qui semble en apparence estre légère et de petit pris, ne sera pas moins précieuse que s'ils avoyent fait présent de tous les thrésors de Crœsus, lequel on dit avoir esté si riché. Aussi d'autre part, ceux qui ont abondance, et qui ont receu de Dieu plus de moyens, sont admonestez que ce W’est pas assez si en aumônes ils surmontent de beaucoup les petis et le commun peuple: pource que c’est moins devant
MATTH. XXIV
A Adonc Jésus sortant se
MARC XIII
A Et comme il partoil
le avoit.
1) Ou, bien.
Dieu quand un riche donnera de son grand monceau quelque somme moyenne, que quand le povre s’espuisera en donnant quelque petite chose. Au reste, il y a eu en ceste vefve une affection de piété et saincteté non petite, veu qu’élle a mieux aimé retrancher de sa nécessité et de son vivre, afin de ne venir point vuide en la présence du Seigneur. Et ceste simplicité est louée par le Seigneur, pource que se mettant en oubli soy-mesme, elle a voulu monstrer que sa personne et tout ce qu’elle avoit estoit à Dieu. Comme aussi le principal sacrifice que Dieu requiert de nous, c’est que nous renoncions à nous-mesmes. Quant à ces sainctes oblations, combien qu’il soit vray-semblable que de ce temps-là on ne les distribuoit pas comme il faloit, ni en usages légitimes, toutesfois pource que le service de la Loy duroit encores, Christ ne les rejette point. Et aussi la corruption et l'abus des hommes ne pouvoit pas faire que ceux qui servoyent Dieu de vraye affection, n’offrissent sainctement pour
les sacrifices et autres choses dépendantes
du service de Dieu, suyvant son ordonnance,.
LUC XXI
5 Æt comme quel-
retira du Temple : et lors ses disciples veindrent pour luy monstrer les édifices du Temple.
9 Et Jésus leur dit, Foyezvous pas toutes ces Choses ?
Je vous di en vérité, qu'il ne sera yci laissé pierre sur pierre qui ne soit démolie.
3 Et luy estant assis sur la montagne des Oliviers, les disciples veindrent à luy à part, disans, Dinous quand seront ces cho-
du Temple, un de ses disciples luy dit, Maistre, regarde quelles pierres et quels bastimens.
3 Lors Jésus respondant luy dit, Vois-tu ces grans bastimens? il ne sera laissé pierre sur pierre que elle ne soit démolie.
3 Et comme il estoit assis au mont des Oliviers, vis-à-vis du Temple, Pierre et Jaques, Jehan et André l’interroguèrent à part, disans,
ques-uns disoyent du Temple, qu'il estoit orné de belles pierres et dons, il dit,
6 Est-ce cela que vous regardez ? les jours viendront esquels pierre ne sera laissée sur pierre, qui ne soit démolie.
1 Adonc ils l'interroguérent, disans, Maistre,quandsera-ce donc?
et quel signe y aura-il quand cela adviendra?
ses, et quel sera le signe de ton advénement, et de la Jin du monde.
4 Jésus respondant leur dit, Prenez garde que quelqu'un ne vous séduise :
5 Car plusieurs viendront en mon nom, disans, Je suis Christ: et en séduiront plusieurs.
6 Or vous orrez des guerres et bruits de querres : prenez garde que ne soyez troublez : car il faut que toutes ces choses advienent : mais encores ne sera-ce point la fin.
7 Car nation s'eslèvera contre nation, et royaume contre royaume, el y aura des pestilences et famines, et tremblemens de terre de lieu en lieu.
8 Mais toutes ces choses sont commencement de douleurs.
4 Di-nous quand seront ces choses, et quel sera le signe quand toutes ces choses seront accomplies.
5 Jésus leur respondant commenca à dire, Avisez que quelque un ne vous décoyve :
6 Car plusieurs viendront en mon nom, disans, Je suis Christ: e{ en séduiront plusieurs.
7 D'avantage, quand vous orrez des querres et bruits de guerres, ne soyez point troublez : car il faut que ces choses se facent :
mais encores ne SETa-Ce pas la fin.
8 Car nation s’eslèvera contre nation, et royaume contre royaume, el y aura tremblemens de terre de lieu en lieu, et famines et troubles : ces choses seront commencement de douleurs.
8 Etil dit, Regardez que ne soyez séduits :
car plusieurs viendront en mon nom, disans, C’est moy: et le temps approche:n allez point donc après eux.
9 Æt quand vous orrez guerres el sédilions, ne vous espovantez point : car il faut que ces choses advienent premièrement :
mais la fin ne sera point si tost.
10 Adonc il leur disoil, Nation s’eslèvera contre nation, etroyaume contre royaume.
A1 Et grans tremblemens de terre seront de lieu en lieu, et famines, et pestilences, et espovantemens : et y aura grans signes du ciel.
A Matth. 4donc Jésus sortant, se retira | tendre tacitement, quand ils allèguent à
du temple, etc. 1 n’y a point de doute que les disciples se sont apperceus que Christ avoit usé de ce propos, comme pour un dernier adieu au Temple, et pour luy donner congé. Il restoit donc qu’il dressast un nouveau Temple beaucoup plus magnifique, et un plus florissant estat du Royaume, comme les Prophètes avoyent prédit. Car il n’estoit plus question qu’il s’aidast de ce Temple, dedans lequel tout luy estoit contraire. Mais d’autre part, les disciples ne pouvoyent croire que ceste apparence tant magnifique du Temple veinst à estre abbaissée et diminuée pour donner place à Jésus-Christ. Et c’est un poinct qu’il faut bien noter : que pource que c’estoit quasi un miracle de veoir la somptuosité du Temple, leurs yeux ont esté tellement esblouis de la splendeur qui apparoissoit 1, qu’à peine pouvoyent-ils espérer que le règne de Christ veinst à estre dressé, et avoir avancement. Il est vray qu'ils ne confessent pas en termes exprès le doute qu’ils en avoyent, mais ils le donnent assez à en-
Christ la grandeur des pierres, et l’estoffe merveilleuse du bastiment, laquelle il faloit surmonter, voire mesme mettre à néant, s’il vouloit régner. Plusieurs simples gens sont aujourd’huy retenus par une semblable admiration qu’ils ont de Pestat de la Papauté : car voyans que il est fondé en grandes richesses, et appuyé de une force merveilleuse, ils s’arrestent là tout estonnez, en sorte que la face de la povre Eglise contemptible et quasi desfigurée, ne leur est comme rien.
Et mesmes quand nous travaillons pour ruiner ceste Papauté, il y en a plusieurs ausquels il semble que nous soyons hors du sens, ne plus ne moins que si quelqu’un essayoit d’arracher le soleil du ciel.
Cependant ce n’est pas de merveille si les disciples de Christ sont demeurez estonnez, voyans un chef-d'œuvre si excellent comme estoit l'édifice du Temple.
Car il est aisé à présumer qu'Hérode l’'avoit basti à merveilleux frais : veu que huit ans durans il eut tousjours dix mille ouvriers après. Non sans cause ils s’es-
SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
bahissent des pierres, lesquelles outre la beauté excellente avoyent quinze coudées de longueur, douze de hauteur, et huit en largeur, comme dit Josèphe. D’avantage, on avoit ce temple en si grande révérence, mesmes jusques aux pays lointains, qu'à grand’peine on eust osé penser qu’il eust jamais peu estre ruiné.
2 Je vous di en vérité, qu'il ne sera yci laissé pierre sur pierre. D'autant que la grande beauté et opulence du Temple estoit comme un voile devant les veux des disciples, qui les empeschoit de dresser leur foy au Règne advenir de Christ: pour ceste cause il afferme avec serment, que toutes ces choses qui les retardent, périront en brief. Ainsi donc cest advertissement qu'il faisoit, prédisant la ruine du Temple, servoit comme pour faire le chemin aux ignorans et infirmes, afin qu'ils ne trouvassent aucun destourbier de ce costé-là. Or combien qu'il ait esté bon que ce Temple fust mis bas, de peur que cela n’amusast par trop les Juifs aux ombres et service externe, lesquels desjà n’estoyent que trop attachez aux élémens terriens : toutesfois il y à eu une autre raison spéciale de ceste destruction : c’est que Dieu à voulu par cest exemple horrible faire la vengence sur ceste nation, de ce qu’ils avoyent ainsi repoussé son Fils, et mesprisé la grâce par luy apportée. Et pourtant il a falu que cest advertissement et menace servist aux disciples pour leur donner crainte de s’adjoindre à la rébellion du peuple. Comme aujourd’huy toutes les peines lesquelles lEscriture prédit sur les meschans, nous doyvent faire retirer loin des forfaits qui provoquent l’ire de Dieu. Aussi tout ce que lEscriture remonstre touchant la vaine et transitoire apparence du monde, doit corriger la vahité de nos sens, qui s’addonnent sans mesure à pompes, dissolutions, et délices. Mais sur tout ce qu’elle prononce de la ruine et confusion horrible qui tombera sur l’Antechrist et tous ceux qui luy
adhèrent, doit oster et faire esvanouir d& nos esprits tout ce qui nous empesche de cheminer fermes au droit chemin de la foy.
3 Et luy estant assis sur la monta-
gne des Oliviers, etc. Sainet Marc nomme yci quatre des disciples, asçavoir Pierre, Jaques, Jehan, et André: toutesfois luy et S. Luc ne parlent pas yci si avant comme S. Matthieu : car ils disent seulement que les disciples ont interrogué Christ touchant le temps de la ruine du Temple : et (pource que c’estoit une chose difficile à croire) quel signe Dieu en donneroit d’enhaut : mais en sainct Matthieu ils interroguent du temps de l'advénement de Christ, et de la fin du monde. Mais il faut noter qu'ayans dés leur enfance imaginé que lestat du Temple seroit permanent jusqu’à la fin, et leurs esprits estans du tout fichez là, il leur a semblé avis qu’il estoit impossible que le Temple fust mis bas, tant que le bastiment du monde demeureroit en son entier. Et pourtant, si tost que Christ a dit que le Temple périroit, ils pensent incontinent de la consommation du monde.
Et comme un erreur attire l’autre, pource qu'ils s’estoyent persuadez que dés le commencement du règne de Christ ils seroyent bien-heureux en perfection, sans parler du combat ils vienent du premier coup à faire mention du triomphe. Ainsi donc, ils conjoignent l’advénement de Christ et la fin du monde, avec la destruction du Temple, comme choses inséparables : entendans par la fin du monde : une restauration et renouvellement de toutes choses, en sorte que la félicité des enfans de Dieu soit èn sa perfection, sans qu’il y ait rien à redire. Maintenant nous voyons que soudain ils sautent tout à un coup en diverses questions, pource qu'ils avoyent l'esprit embrouillé de ces imaginations, Que le Temple ne pouvoit estre mis bas, que tout le monde aussi ne tournast ce que dessus dessous : Que les ombres de la Loy ne prendroyent point fin, que tout le monde ne s’en allast quant et quant : Que la gloire du règne de Christ seroit manifestée en sa clarté incontinent après, pour rendre les enfans de Dieu parfaitement bien-heureux : Que le renouvellement visible de tout le monde estoit prochain, duquel l’estat confus seroit en un moment remis en bon ordre.
Mais sur tout une folle espérance que ils avoyent prise d’eux-mesmes, que la der-
nière perfection du Règne de Christ estoit fort prochaine, et comme présente, les pousse à sauter du premier coup au repos bien-heureux, sans garder l’ordre qu’il y faut tenir. Comme aussi au livre des Actes, chapitre 1, v. 6, voyans que Christ est ressuscité des morts, incontinent ils s’avancent à tort et à travers, à la félicité qui nous est préparée au ciel, à laquelle il nous faut venir par espérance et patience. Or combien que nostre condition soit autre, pource que nous n’avons pas esté nourris és ombres de la Loy pour estre enveloppez de ceste superstitieuse imagination d’un Règne terrien de Christ, toutesfois à grand’peine s’en trouve-il de cent lun qui ne soit entaché quasi de semblable vice. Car d’autant que tous naturellement fuyent, et ont en horreur les fascheries, ennuis, combats, et toute espèce ou apparence de croix : ces choses-là leur vienent tellement à contre cœur, que sans garder mesure aucune, ils courent avant le temps au fruit d'espérance, sans espérance.
Ainsi il se trouve que personne ne veul jetter la semence en terre, mais quasi tous seroyent contens de moissonner, avant que la saison en soit venue. Mais pour revenir aux disciples, il est vray qu’ils avoyent conceu en leurs cœurs une bonne semence de foy, mais ils n’attendent pas qu’elle soit venue à maturité :
et quant et quant estans abbruvez de folles imaginations, ils meslent la perfection et accomplissement du règne de Christ, avec le commencement d’iceluy : et ce qu’il nous faut chercher au ciel, ils en veulent jouir en terre.
4 Jésus respondant, leur dit, Prenez garde que quelqu'un ne vous sédui se. Is out eu une response bien autre qu’ils ne pensoyent, car en lieu qu’ils estoyent desjà tout ravis au triomphe, comme s’ils eussent achevé le temps du combat, Christ les exhorte à longue patience :
comme s’il disoit, Dès le premier commencement de la course vous voudriez volontiers emporter le prix, mais il est question devant, de courir jusques au bout Vous tirez ci-bas en terre le royaume de Dieu, duquel personne ne peut jouir s’il ne monte au ciel. Or
comme ainsi soit que ce chapitre contient des admonitions fort utiles, pour nous | régler et conduire en ceste vie, nous voyons que Dieu par un conseil admirable a fait que l'erreur des Apostres“ nous revient à grand proufit. Le sommaire de ceci est, que la prédication de.
l'Evangile est comme le temps de la se-« mence, et que pourtant il faut attendren patiemment la saison de moissonner : et que ceux-là sont par trop délicats et efféminez, qui perdent courage voyans durant l’hyver les gelées, neiges, brouillars, et autres temps fascheux. Ainsi donc Christ commande nomméement deux choses aux disciples : asçavoir, qu’ils se donnent garde des fausses doctrines, qu’ils ne soyent point troublez pour les scandales. Par lesquels mots il donne bien à entendre que son Eglise, tant qu’elle sera en ce pèlerinage terrien, ne sera jamais exempte de ces dangers. Il" pouvoit sembler qu’il n’y avoit nulle apparence à cela, veu que les Prophètes” faisans description du règne à-venir de Christ, parloyent bien autrement. Isaïe promet que lors tous seront enseignez de Dieu, IJsaïe, LIV, 13. En Joël il est“ dit, J’espandray de mon Esprit sur toute chaîr, et vos fils et filles prophétizeront, vos jeunes gens verront visions, et vos!
vieillars songeront songes, Joël, If, 28." En Jérémie est promise encore plus” grande et abondante lumière d’intelli-" gence, Un chacun n’enseignera plus SOnM prochain, ne l’homme son frère, disant, Cognoy le Seigneur : car tous me Co gnoistront depuis le plus petit jusques au plus grand, Jérém., XXXI, 34. "Ce n’est donc pas de merveilles si %es Juifs ont pensé estre exempts et: délivrez dem tous brouillars d'erreurs, quand le Soleil de justice apparoistroit, comme Malachie avoit prédit, chap. IV, 2. Pour laquelle” cause aussi la femme Samaritaine disoit, Quand le Messias sera venu, il nous enseignera toutes choses, Jehan, IV, 25 D’avantage, nous sçavons combien soft, magnifiques les promesses qué lPEscrte ture réitère si souvent, de paix, deqjus® tice, de joye, et abondance de tous biens” Et pourtant il ne se faut point esbahir s'ils ont cuidé qu’à la venue de Christ il
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SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE
ne deussent sentir aucun trouble de guerre, ne rapines ni autre outrage quelconque : brief, estre du tout hors des dangers de famine et pestilence. Mais Christ nous admoneste yei, que les fidèles auront pas moins de fascheries par leurs faux docteurs, qu'a eu le peuple ancien par les faux-prophètes, et qu'il n’y aura pas moins de troubles sous l'Evangile, qu’il y a eu jadis sous la Lovy.
Non pas que ces prophéties que ÿay naguères touchées, soyent sans effect :
mais pource que l’entier accomplisseent d’icelles n’apparoïist pas incontinent du premier jour. Car il suffit pour ceste heure que les fidèles ayent un goust de tous ces biens, afin de s’entretenir en l'espérance de la plene fruition d’iceux à l’advenir. Et pourtant ceux-là se sont beaucoup abusez, qui ont voulu dés le commencement de l'Evangile avoir incontinent une parfaite manifestation des choses, lesquelles nous voyons s’accomplir de jour en jour. Il y a aussi à consi-
dérer d'avantage, que combien que la
perversité des hommes ne puisse pas du tout anéantir ceste félicité que les Prophèêtes attribuent au règne de Christ,
toutesfois elle la retarde ou trouble. Il
est vray que le Seigneur combatant contre la malice des hommes, fait que ses bénédictions trouvent chemin par le milieu de tous empeschemens. Et de faict, il n’y auroit point de raison que ce qui est fondé en la bonté gratuite de Dieu, et ne dépend point de la volonté des hommes, fust aboli et anéanti par leur péché. Toutesfois afin de leur monstrer aucunement ce que mérite leur ingratitude, il ne fait distiller qu’en bien petite mesure ses grâces sur eux, lesquelles autrement s’espandroyent abondamment. De là vient un labyrinthe de tant de maux, par lequel les fidèles tournoyent toute leur vie, combien qu’ils soyent au droit chemin de salut, ayans Christ leur conducteur qui leur esclaire par la lumière de son Evangile. De là vient une infinité de combats, en sorte qu’ils ont une guerre bien dure à soustenir, combien qu’ils soyent hors des dangers d’estre vaincus. De là aussi vienent tant de troubles et si soudains, tellement
qu'ils sont agitez de une inquiétude misérable, combien qu’estans appuyez sur Christ, ils persistent et demeurent fermes jusqu'à la fin. Au reste,, quand Christ commande à ses disciples qu’ils se donnent garde des tromperies, sçachons que le moyen de se garder ne leur défaudra point, pourveu qu’ils soyent songneux à en user. Parquoy, quelques embusches que Satan sçache dresser, tenons pour certain qu’elles ne nous pourront nuire, moyennant que nous facions bon guet chacun en son endroit, et selon sa vocation.
5 Car plusieurs viendront en mon nom, etc. 1] ne parle pas encore en général des fausses doctrines et perverses, mais il touche une espèce qui à esté comme l’entrée de tous les erreurs, par lesquels Satan à essayé en diverses manières de corrompre la pure doctrine de l'Evangile. Car un peu après la résurrection de Christ, se sont eslevez des abuseurs qui se disoyent chacun en son endroit estre Le Christ. Or pource que le vray Rédempteur non-seulement r’estoit plus vivant au monde, mais aussi avoit esté opprimé par lignominie de la croix, et pource que les esprits du peuple es- .
toyent dressez en l'attente de la rédemption, et enflambez d’un désir d’icelle, ces galans avoyent en main belle occasion pour tromper. Et n’y a point de doute que Dieu n’aït abandonné à telles resveries , et laissé ainsi abuser ceux qui avoyent si vileinement et malheureusement rejetté son Fils. Au reste, combien que ces forcèneries se soyent esvanouyes en peu de temps, toutesfois Dieu a voulu que les Juifs fussent ainsi emmeslez, et bandez les uns contre les autres en diverses opinions : premièrement, afin que par ce moyen ils fussent en opprobre et en haine envers les autres nations : en après, afin que l’asseurance de salut périst du tout entr’eux : brief, afin qu’estans tant de fois abusez, ils se précipitassent en ruine par une stupidité brutale. Car depuis que le monde se destourne du Fils de Dieu, duquel l'office est de nous rassembler en union sacrée :
c'est bien raison que sans repos aucun il soit transporté maintenant çà, mainte-
nant là, comme par tempestes diverses.
Et par une mesme indignation et vengence de Dieu, il est advenu que la folle légèreté de croire en a esgaré beaucoup plus, que la droite foy n’en avoit amené à l’obéissance de Dieu. Aussi Christ a expresséement adjousté ceste circonstance, afin que les fidèles ne veinssent à perdre courage ou se desbaucher, voyans la grande multitude de ceux qui s’esgaroyent en ces forcèneries. Car nous sçavons comme aiséement nous-nous tournons du costé où il y a plus de gens, mesmement quand nous sommes en petit nombre.
6 Or vous orrez des guerres et bruits de querres., K entend yci seulement les esmotions et troubles qui ont esté au pays de Judée : car tantost après il dira que le feu se devoit espandre plus loin. Or comme il leur à commandé cidevant de se donner garde que personne ne les séduisist et abusast : ainsi maintenant il les avise de ne laisser point d’estre à repos en leurs cœurs, quelque guerre ou bruit de guerre qui surviene.
Car il estoit à craindre qu'ils ne défaillissent, se voyans environnez de maux de tous costez, mesmement si auparavant ils eussent imaginé de vivre à leur aise, et Sans aucun trouble. Il adjouste qu’il Jaut que ces choses advienent, sans exprimer la raison, mais les admonestant seulement que rien de tout cela n’advient par cas fortuit, ou sans la providence de Dieu : afin qu’ils ne s’abusent en voulant regimber contre l’esperon. Car il n’y a rien meilleur pour nous donter, et nous faire baisser la teste, que quand nous cognoissons que Dieu modère et conduit selon son bon plaisir, mesme les choses qui semblent estre les plus confuses. Il est vray que Dieu de son costé n’est jamais desprouveu de causes justes et très raisonnables, quand il laisse le monde tomber en troubles : mais pource que
MATTH. XXIV
9 Alors ils vous livreront pour estre affligez, et vous tueront, el serez hays
MARC XII
9 Mais prenez garde à vOus-mesmes : Car ils vous livreront aux consistoires et aux SYnagjoqUues :
les fidèles se doyvent arrester simplement à son bon plaisir, sans enquérir plus outre, Christ s’est contenté d’exhorter les disciples à demeurer fermes, se disposans à endurer, pource qu'il plaist ainsi au Seigneur. Mais encore ne serace point la fin. 1 dénonce plus clairement et apertement ce que desjà j’ay dit, que ces maux qui en soy estoyent bien grans, ne seront toutesfois qu'un commencement et préparatif de calamitez plus estranges : pource qu'après que le feu des ouerres aura embrasé le pays de Judée, il s’espandra bien plus loin. Car depuis que la doctrine de l'Evangile a commencé à estre publiée par tout, une semblable ingratitude que les autres peuples ont aussi monstrée, a allumé le feu de Pire de Dieu contr’eux. Ainsi il est advenu qu'ayans rompu le lien de paix avec Dieu, ils sont venus à se deschirer par discors les uns contre les autres : ayans refusé de s’assuietir sous la domination de Dieu, il a falu qu’ils ayent esté abbaissez sous la violence des ennemis :
nayans voulu souffrir d’estre réconciliez à Dieu, ils ont tempesté entr’eux : brief, ayans quitté et renoncé le salut céleste, ils ont rempli de meurtres la terre, se brigandans les uns les autres. Or pource qu’il sçavoit combien seroit obstinée la
malice du monde, il adjouste derechef
que ces choses seront commencement de douleurs : non pas afin que les fidèles se consument de dueil, ausquels jamais consolation ne défaut au milieu de leurs maux : mais afin qu’ils facent leur conte de persévérer en longue patience. Sainct Luc adjouste d'avantage, tremblemens de terre, et signes du ciel. Desquelles choses, combien que nous n’en ayons point de certitude par les histoires, toutesfois il suffit qu’elles ayent esté pré-
dites par Christ. On pourra veoir le reste
en Josèphe. |
LUC XXI
12 Mais devant toutes ces choses ils mettront leurs mains sur vous, et Vous
vous serez | persécuteront, vous livrans