‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 48 sur 58 · LES · texte numérisé non relu

LES

SUR L'HARMONIE ÉVANGELIQUE.

gens aàa!|fouetlez, el serez menez

de toutes cause de mon Nom.

10 Lors aussi plusieurs seront scan- dalizez, et trahiront l'un l'autre, et se hayront l'un l'autre.

AA D'avantage, plusieurs faux-prophètes s’esléveront, et en séduiront plusieurs.

12 Et pource que l’iniquité sera multipliée, la charité de plusieurs se refroidira.

13 Mais qui persévérera jusqu'& la fin, sera sauvé.

1% Et cest Evangile du Royaume sera presché au monde universel, en tesmoignage & toutes nations : et lors vien.

dra la fin.

devant les Gouverneurs, et les Rois, à cause de moy, en tesmoignage à iceux.

10 Et faut que l'Evangile soil premièrement presché en toutes nations.

A1 Quand doncques ils vous méneront pour vous livrer, ne soyez devant en souci de ce que vous direz, et n'y médilez point : mais tout ce qui vous sera donné en cest instant-là, dites cela : car ce n'est pas vous qui parlez, mais le sainct Espril.

12 Lors le frère livrera son frère à mort, et le père l'enfant : et s'eslèveront les enfans à l'encontre des péeres et mères, et les feront mettre à mort.

43 Et serez hays de tous pour mon Nom: mais qui soustiendra jusqu'à la fin, cestuy-là sera sauvé.

aux synagoques el aux prisons, et vous tireront devant les Rois et les Gouverneurs, pour mon Nom.

13 El cela vous adviendra en? tesmoignage.

1% Mettez donc en vos cœurs de ne préméditer comment vous respondrez :

15 Car je vous donneray bouche et sapience, à laquelle ne pourront contredire ne résister tous ceux qui vous seront contraires,

16 Aussi vous serez livrez de pères et méres, et frères ei parens, el amis :

et en feront mourir d'entre vous.

47 Et serez hays de tous pour mon Nom.

18 Mais un cheveu de vostre teste ne sera point perdu.

19 Possédez vos âmes par vostre patience.

1) Matth., X, 17. Jean, XV, 20, et XVI, 2.

9Matth. {lors ils vous livreront pour estre affligez, etc. Christ prédit maintenant aux disciples une autre sorte de tentation, de laquelle, outre les afflictions communes, leur foy seroit assaillie et esprouvée : c’est qu'ils seront en haine et détestation à tout le monde, Cela seul desjà est fascheux et dur aux enfans de Dieu, d’estre affligez indifféremment avec les réprouvez et contempteurs de Dieu, et avoir à endurer les mesmes peines, lesquelles ceux-là portent pour leurs meschancetez. Mais voyei qui semble beaucoup plus estrange , qu’ils soyent rudement oppressez de calamitez extrémes, desquelles les iniques sont exempts.

Mais comme le blé, après avoir esté batu du fléau avec la paille en la grange, est encores pressé et brisé sous la mœule :

ainsi Dieu non-seulement afflige ses enfans en commun avec les meschans, mais aussi les donte par la croix plus que les autres, en sorte qu’on pourroit penser qu'ils fussent plus misérables que tout le

2) Ou, servira pour.

reste du genre humain. Mais Christ traitte vei proprement des afflictions, lesquelles les disciples avoyent à soustenir à cause de l'Evangile. Car combien que ce que dit sainct Paul, Rom., VIII, 29, soit véritable, Que ceux lesquels Dieu a éleus, il les a aussi destinez à porter la croix, afin qu’ils soyent faits conformes à l’image de son Fils, toutesfois il ne leur fait pas à tous l’honneur de porter ceste marque spéciale, Qu'ils souffrent persécution des ennemis de l'Evangile, Christ parle maintenant de ceste espèce de croix, quand il faut que les fidèles encourent la haine des iniques pour le tesmoignage de l’Evangile, s’exposent à opprobres et outrages, et provoquent la rage du monde sur eux.

Car il a voulu advertir ses disciples, que la doctrine de l'Evangile, de laquelle ils devoyent estre tesmoins et annonciateurs, ne seroit plaisante ni agréable au monde, comme aussi il leur avoit déclaré auparavant. Or il leur prédit qu’ils n'auront pas seulement à combatre avec quelque

petit nombre d’ennemis, mais en quelque lieu qu'ils vienent, que toutes nations leur seront contraires. Certes cela estoit une chose merveilleusement monstrueuse et estrange, ‘voire qui pouvoit estre pour estonner et esbransler les cœurs les plus fermes qui fussent, que le nom du Fils de Dieu fust tant diffamé et odieux, que ceux qui le soustiendroyent fussent les mal-venus par tout. Et pourtant, en S. Marc il est dit, Prenez garde à vousmesmes : par lequel mot il touche la fin et l’usage de lPadvertissement : asçavoir qu'ils doyvent estre préparez et duits à patience, de peur que la tentation ne les accable à despourveu. Sainct Marc adjouste aussi que cela sera en tesmoignage aux Rois et Gouverneurs, quand les disciples de Christ seront amenez devant eux estans assis en jugement. $. Luc dit un peu autrement, Cela vous adviendra en tesmoignage : mais toutesfois en ce mesme sens. Car Christ veut dire que son Evangile sera tant plus clairement notifié, quand on l'aura soustenu avec danger de la vie. Car si les Apostres eussent seulement presché l'Evangile, sans avoir besoin de tenir ferme pour la défense d’iceluy contre la résistence furieuse des ennemis, il n’eust point eu une espreuve et confirmation si authentique :

mais quand ils n’ont point recullé de mettre leur vie en danger pour ceste querelle, et qu’il ne y a eu crainte de mort qui les ait peu faire fleschir de leur propos, une constance tant ferme qu’on a veue en eux, à monstré comme ils estoyent bien asseurez que leur cause estoit bonne et bien appuyée. Ç'a donc esté un vray seau de l'Evangile, quand les Apostres se sont présentez sans crainte devant les Rois estans assis en leurs thrônes, et là ont franchement fait confession du nom de Jésus-Christ. Et pour ce regard, sainet Pierre se nomme tesmoin des passions de Christ, desquelles il portoit les marques et enseignes, 4 Pierre, V, 4. EtS. Paul, Philip. }, A7, se glorifie qu’il est constitué pour la défense de l'Evangile. Ce qui est bien fort digne d’estre noté, afin que ceux ausquels Dieu daigne bien faire un tel honneur, de les prendre pour advocats et

défenseurs de sa vérité, ne Se monstrent desloyaux en trahissant laschement et mal heureusement la cause de Christ.

A1 Marc. Ne soyez devant en souci de ce que vous direz, etc. En sainct Matthieu, au chapitre X nous avons exposé ceste sentence , comme aussi Pautre d’après c’est que le Seigneur veut descharger ses disciples de ceste anxiété qui nous empesche de faire alaigrement nostre devoir, asçavoir quand nous nous desfions qu’il soit possible de faire nostre charge. Non pas qu’il vueille que nous dormions tout à nostre aise sans aucun Souci : (car il n’y à rien qui nous soit plus proufitable, que d’estre duits à vraye humilité, et incitez à prières par la cognoissance de nostre infirmité :) mais Christ nous admoneste que nous devons desployer toutes nos sollicitudes devant le Père, et nous en descharger sur luy : afin que nous tenans seurs de l’aide qu’il a promise, nous poursuyvions alaigrement nostre course. La promesse est mise en autres termes en sainct Lue :

non pas que Christ délivrera les siens de la mort: (car il ne faut pas attendre que tousjours ille face) mais qu’il leur donnera bouche et sapience pour confondre les adversaires. Or combien que Christ donne aux siens tant le bon sens que la dextérité de parler, toutesfois je pense qu’il y a vyci une figure nommée Hypallage, et que ces deux mots doyvent estre conjoints ensemble : comme si Christ promettoit de conduire et gouverner tellement leurs langues, qu’ils respondront sagement et pertinemment. Il adjouste que ceste sapience vainera tous adversaires, pource que ils ne pourront y contredire, ne résister. Non pas que leur impudence se range à la vérité, et se confesse vaincue :

mais pource que ceste vérité, contre laquelle ils combatent en vain, sera victorieuse par-dessus leur audace enragée.

Et pleust à Dieu que tous ceux ausquels on demande ‘confession de leur foy, se reposassent sur ceste asseurance. Car certes lors la vertu et majesté de l'Esprit se desployeroïit bien autrement pour abbatre et renverser les ministres de Satan.

Mais maintenant, pource qu’en partie nous sommes eslevez en nostre propre

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sens, et enflez d’orgueil, nous nous jettons à tort et à travers sans prudence, ou nous passons plus outre qu’il ne faut : en partie nous-nous serrons en des destroits d’une timidité damnable : la povre issue et expérience monstre que nous sommes desnuez de la grâce de Dieu, et de laide de l'Esprit. Au reste, veu qu’en sainct Matthieu, X, 20, et en sainct Marc Christ afferme que c’est l'Esprit du Père lequel parle en nous: et yei il dit qu'il donnera bouche : nous recueillons que c’est son propre office de nous armer et fortifier du sainct Esprit.

.49 Luc. Possédez vos âmes par vostre patience, Christ monstre yei à ces disciples un moyen de garder leur vie, bien autre que la raison de la chair ne conseille. Car naturellement chacun veut establir sa vie en seureté : nous assemblons de tous costez les aides et défenses qui nous semblent les plus propres : nous fuyons toute apparence de danger : en somme, il ne nous semble pas que ce soit vivre, si nous ne sommes bien appuyez en toutes sortes. Mais Christ nous enseigne yci une manière toute diverse de garder nostre vie : c’est qu’estans tousjours préparez à la mort, nous cheminions au milieu des feux, des eaux et des espées, Pseaume LXVI, 42.

Et de faict, jamais homme ne remettra son âme entre les mains de Dieu comme il faut, sinon’ qu’estant tousjours prest à mourir, il ait apprins de vivre comme le jour vient, sans faire son conte de demeurer jusqu’au lendemain. En somme, Christ nous commande de posséder nostre vie, et sous la croix, et entre continuels espovantemens de mort.

410 Matth. Lors aussi plusieurs seront scandalizez, etc. Il récite maintenant les tentations qui procéderont des mauvais exemples. Or ceste-ci est bien rude, et fort difficile à surmonter, quand Christ est à plusieurs pierre de scandale, (4 Pierre, EH, 7) contre laquelle les uns heurtent : les autres la rencontrans, recullent : les autres mesmes se révoltent du tout. Au reste, il me semble que Christ comprend yei en un mot beaucoup de sortes de troubles et desbauchemens, pource que non-seulement ceux qui es-

toyent au droit chemin et en bon train se destournent, mais aussi plusieurs s’aigrissent et enveniment contre Christ : les autres ayans oublié toute modestie et humanité, se deshordent en une rage :

les autres devienent profanes, et perdent toute cognoissance et sentiment de crainte de Dieu : les autres, pour la confusion qu’ils voyent au monde, prenent une licence désordonnée de mal faire.

14 Plusieurs faux Prophètes s’eslèveront, etc. Cest advertissement est différent de lautre, où Christ a prédit que plusieurs viendroyent en son Nom. Car là il parloit seulement d’aucuns abuseurs, lesquels un peu après les commencemens de l'Evangile, ont voulu faire à croire qu’ils estoyent le Christ. Mais yei il déclare que d’aage en aage s’eslèveront de faux-docteurs, qui par leurs erreurs corrompront la saine doctrine :

comme sainct Pierre monstre en sa deuxième épistre, chapitre If, v..1, que VEglise ne sera pas exempte de ce mal sous l'Evangile, non plus qu’anciennement sous la Loy. Parquoy, les fidèles n'ont point d'occasion d’estre esbranlez pour erreur où tromperie de Satan, ou corruption qui surviene en la religion :

veu que celuy qui na apprins qu'il luy faut demeurer ferme contre tels assaux, ne sçait que c’est d’estre bien fondé en Jésus-Christ. Car lors vrayement se fait l’espreuve de nostre foy, quand elle n’est point abbatue, quelque fausse doctrine que Satan suscite. Au reste, il ne dit pas seulement qu’il viendra des faux-prophètes, mais aussi qu’ils seront garnis de finesse pour séduire, en sorte qu’ils auront des disciples, et feront des sectes. Or il faut yei aviser de bien près : pource que la grande multitude de ceux qui se fourvoyent et esgarent, est comme une tempeste impétueu-

se, qui nous fera arrester tout court, et

sortir hors du droit chemin, si nous ne sommes du tout fondez et enracinez en Dieu. Et de ce propos nous en avons dit

quelque chose un peu devant.

19 Pource que l'iniquilé sera multipliée, etc. Il n’y à celuy qui ne doyve entendre combien ce mal s’estend loin :

mais cependant il y en à bien peu qui y prenent garde. Car pource que la lumière de lPEvangile descouvre plus à clair la malice des hommes, mesme les gens de bien et qui ont bonne affection se refroidissent, et quasi perdent du tout courage d'exercer charité. Car un chacun regarde que le bien qu’il fait à cestuy-ci ou à cestuy-là, est chose perdue, veu que Pexpérience et l’usage ordinaire monstre que la plus grand’part sont gens ingrats, ou desloyaux, ou meschans. C’est certes une grande tentation et bien dangereuse.

Car quelle chose y a-il plus absurde et mal-aisée à faire, que d'approuver une doctrine qui semble diminuer le vouloir de faire du bien aux autres, et oster la vigueur de charité? Or est-il ainsi que quand l'Evangile est remis sus, la charité, qui devoit estre comme un feu pour embraser les cœurs des hommes, se refroidit plustost. Mais il faut noter la source de ce mal, laquelle Christ touche :

asçavoir que plusieurs perdent tout courage, pource que leur infirmité les empesche de surmonter le scandale que leur engendre le grand déluge d'iniquité qu'ils voyent régner par tout : mais Christ requiert des siens une telle force et Constance, qu'ils ne laissent pas de poursuyvre et passer outre, combatans contre un tel scandale. Comme aussi sainct Paul commande, 2 Thess., IH, 43, que nous ne nous lassions point de bien faire, et d’exercer charité. Combien donc que la charité de plusieurs défaille, estant comme accablée de Ja multitude des tours meschans et iniques, Christ toutesfois admoneste les fidèles, qu’encore leur faut-il surmonter cest empeschement, de peur qu’estans descouragez par les mauvais exemples, ils ne vienent à se destourner du tout. Et pourtant il répète ceste sentence, Que nul ne peut estre sauvé, sinon celuy qui combatra deuement, tellement qu'il perséveère jusques a la fin, ? Tim., IE, 5.

14 Etcest Evangile du royaume sera presché au monde universel, etc. Pource que le Seigneur leur avoit presché un propos qui donnoit grande occasion de tristesse, ceste consolation est mise bien à poinct incontinent après, pour redres-

ser les cœurs abbatus, ou confermer ceux qui sont en bransle : asçavoir quoy que Satan machine, et quelques troubles qu’il suscite, que toutesfois l'Evangile viendra au-dessus, jusqu'à ce qu'il soit publié par tout le monde. Or combien que cela semblast incroyable, il à toutesfois falu que les Apostres s’arrestans à ce qu’en avoit dit le Maistre, espérassent bonne issue outre espérance, et cependant s’efforçassent courageusement à accomplir leur charge. Quant à lobjec- {ion qu’aucuns font des Antipodes, et autres peuples fort lointains, lesquels jusques aujourd’huy n’ont pas mesmes ouy parler de Christ, tant pen que ce soit : la solution de ceste difficulté est facile. Car Christ n’entend pas yei particulièrement chacun endroit du monde :

et d'autre part, il ne limite point aucun certain lieu : mais seulement il afferme que l'Evangile, (lequel un chacun eust pensé que bien tost il seroit exterminé du pays de Judée, qui estoit son propre domicile) aura son estendue jusques aux plus lointains quartiers du monde, devant le jour de son dernier advénement. Il touche aussi la fin ou le but de ceste prédication : asçavoir pour estre en tesmoignage à toutes nations. Car combien que Dieu ne s’est jamais laissé sans tesmoignage, et que d’une façon péculière il a testifié de soy aux Juifs, toutesfois Ç’a esté un tesmoignage notable pardessus tous autres, quand il s’est manifesté en son Christ, Act., XIV, 417. Et pourtant S. Paul en la première à Timothée, chap. Il, 6, dit qu’il est venu en lumière en son temps : pource que c’estoit droitement la saison en laquelle il faloit que tout le monde fust appelé à Dieu. Apprenons donc que toutes fois et quantes que l'Evangile est presché, e’est autant comme si Dieu venoit luy-mesme en personne nous sommer solennellement, afin que nous ne soyons plus comme gens vagans en ténèbres, et ne sçachans où aller : et afin que ceux qui refusent de luy obéir soyent rendus inexcusables. Lors viendra la fin. Aucuns s’abusent, restraignans à la destruction du Temple, et abolissement des cérémonies et du service de la Loy, ce qui se

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doit entendre de la fin et renouvellement | faut entendre que Christ n’a point voulu

du monde. Car pource que les disciples avoyent meslé ensemble ces deux choses, comme s’il eust esté impossible que le Temple fust mis bas, sans que tout le monde quant et quant s’en allast en ruine : Christ respondant à toute la question proposée , a déclaré que le temps qui venoit, tiroit après SsOy une longue queue de maux sans nombre, et bien fascheux : et qu’ils ne se devoyent pas attendre de recevoir leur loyer et couronne, que premièrement ils n’eussent , passé beaucoup de combats et dangers.

Il faut donc ainsi résoudre ce dernier membre, La fin du monde ne viendra point, que premièrement je n’aye long temps fait travailler mon Eglise sous des tentations difficiles et bien rudes, car il est mis à lopposite de la fausse imagination, laquelle les Apostres avoyent conceuë en leurs esprits. Et par cela derechef il nous

yci limiter un certain temps, comme si le dernier jour devoit incontinent venir tout dun train, si tost qu'on auroit veu advenir les choses qu’il a n’aguères prédites. Car il y a desjà long temps que les fidèles ont expérimenté toutes ces choses que nous avons leues ci-devant : et toutesfois Christ nest pas apparu incontinent sur l'heure. Mais son intention n’a point esté autre, que d’arrester les Apostres, et les tenir en bride, leur monstrant qu il faloit avoir patience : pource qu’il voyoit qu'ils estoyent menez d’une affection desréglée, et eussent esté contens de sauter du premier coup en la gloire céleste, sans rien endurer. C’est donc autant comme s’il leur eust dit que le jour de la rédemption n’estoit pas si prochain comme ils se faisoyent à croire, mais qu’il y avoit entre deux de longs circuits, et de fascheux destours.

MATTH. XXIV

45 Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, qui est dite par Daniel le Prophète, estre au lieu sainct, (qui lit, l’entende :)

16 Adonc que ceux qui seront en Judée, s’enfuyent aux montagnes :

17 Et que celuy qui sera sur la maison ne descende point pour emporter aueune chose de sa maison.

18 Et celuy qui est au champ, ne retourne point en arrière, pour emporter ses habillemens.

19 Malheur aux femmes enceintes, et à celles qui allaitteront en ces jours-là.

20 Or priez que vostre fuite ne soit en hyver, n'au jour du Sabbath :

91 Car lors ily aura grande tribulation, telle qu'ilny a eu depuis le commence-

4) Dan., XI, 11,

MARC XIII

À4 Or quand vous verrez l’abomination de la désolation, qui est dite par Daniel le Prophète, estre où elle ne doit :

(qui lit l’entende :) alors que ceux qui Seront en Judée S'enfuyent aux montagnes :

15 Et celuy qui sera sur la maison, ne descende point en la maison, et ny entre point pour emporter aucune chose de sa maison.

16 Et celuy qui sera au champ, ne retourne point arrière pour emporter un vestement.

17 Mais malheur sur celles qui seront enceintes, et sur celles qui allaitteronten ces jours-là.

18 Priez donc que vostre fuite ne adviene point en hyver.

LUC XXI

20 Et quand vous verrez Jérusalem estre environnée d'armes, scachez adonc que sa désolation est prochaine.

21 Alors ceux qui sont en Judée, qu'ils Ss’en- Juyent aux montagnes :

el ceux qui sont au milieu d’icelle, qu'ils se relirent : el que ceux qui sont és champs n'entrent point dedans icelle.

22 Car ce seront les jours de vengence, pour accomplir toutes les choses qui sont escritles.

23 Et malheur à celles qui seront enceintes, et à celles qui allaitteront en ces jours-là : car il y aura grand encombrier?

sur ceste région, et ire en ce peuple.

24 Et cherront à la pointe de l'espée, et se-

2) Ou, nécessité, ealamité,

ment du monde jusques à | maintenant, nine sera,

29 Et si ces jours-là n’eussent esté abrégez, nulle personne ne seroil sauvée : mais à cause des éleus ces joursla seront abrégez.

23 Lors si quelqu'un vous dit, Voyci le Christ, yci, ou la, ne le croyez point.

24 Car faux-christs et Jaux-prophètes s’eslèveront, et feront grans signes et miracles, voire pour sédüire les éleus mesmes, s'il estoit possible.

"95 Foyci, je lé Vous dy prédit.

26 Si done on vous dit, Voyci, i est au désert, ne sortez point: Voyci, il est és cabinets, ne le croyez point.

271 Car comme l'esclair sort d'Orient, et se monstre jusqu'en Occident, autant en sera-il aussi de l’advénement du Fils de l’homme.

28 Car où sera la charongne, là s’assembleront aussi les aigles.

19 Car en ces joursla 4 y aura telle tribulation, qu'il n'y «à point eu depuis le commencement de la création des Choses que Dieu a créées jusqu'à maintenant, nine sera.

20 Et si le Seigneur n'eust abrégé ces joursla, nul ne seroit jamais sauvé: mais il a abrégé ces jours-là à cause des éleus qu’il à éleus.

21 Lors donc si au- Cun vous dit, Foyci le Christ yci, ou le voylà, ne le croyez point.

22 Car faux-christs et Jaux-prophètes $’'esléveront, et feront des signes et miracles pour décevoir, voire les éleus, si possible estoit.

23 Mais donnez-vous garde : voyci, je vous ay tout prédit.

ront menez caplifs en

toutes nations : el Jéru

salem sera foullée des

Gentils, jusques à ce

que les temps des Gen-

tils soyént accomplis.

LUC XV

22 Et dit à ses disciples, Les jours viendront que vous désirerez de veoir l’un des jours du Fils de l'homme, et ne le verrez point.

23 Lors on vous dira, Le voyci, où le voylà :

mais n'y allez point, ét ne les Suyvez point.

24 Car commé l’esclair esclaire de l'un des costez de dessous lé ciel, et relüit jusqu'a l’autre qui est sous le ciel: tel sera aussi le Fils de l'homme en son jour.

25 Mais premierement il faut qu'il souffre beaucoup, et qu'il soit rejetté de ceste nation.

15 Matth. Quand donc vous verrez l'abomination de la désolation, etc. Pource que la destruction du Temple et de la ville de Jérusalem, et la ruine de toute la police des Juifs, estoit une chose incroyable :

d'avantage, pource que cela pouvoit sembler estrange et absurde, que les disciples ne peussent estre autrement sauvez, qu’estans arrachez du corps de ce peuple, auquel avoit esté baïllée la garde de ladoption, et de l'alliance du salut éternel, Christ conferme l’un et l’autre par le tesmoignage de Daniel: comme s’il disoit, Afin que vous ne demeuriez attachez ou arrestez à ce temple et aux Cérémonies de la Loy, Dieu a limité certain temps auquel ces choses prendront fin, et a dés long temps déclaré que les sacrifices cesseroyent quand le Rédempteur viendroit :

afin qu’il ne vous fasche d’estre retranchez d'avec vostre nation, Dieu a aussi

admonesté les siens en temps propre, de la rejection qu’il devoit faire d’icelle. Or ceste Prophétie estoit non-seulement pour oster l’occasion de scandale en cest endroit, mais aussi pour confermer les cœurs des fidèles, afin qu’au milieu des calamitez extrêmes estans asseurez que Dieu les regardoit, et avoit soin de leur salut, ils recourussent à ceste anchre de salut, en laquelle ils trouveroyent repos ferme et asseuré, mesmes entre les plus horribles et espovantables tormentes.

Mais avant que passer outre, il nous faut esplucher le passage que Christ allègue.

Premièrement il est certain que l’'Ange dès le chapitre huitième ne parle pas de la dernière destruction, de laquelle Christ fait yci mention, mais d’une dissipation temporelle qui adveint par la tyrannie d’Antiochus. Mais un peu après tant au neufième qu’au douzième chapitre, lAnge

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prédit l’abolissement final (comme on dit) du service et des cérémonies de Ja Loy, lequel seroit à la venue de Christ.

Car après qu’il avoit exhorté les fidèles à une constance ferme et bien asseurée, et avoit prédit que l’advénement de Christ

avec les six mois, afin que les fidèles s’accoustument tant plus, et quasi s’endurcissent à longue patience, voyans les maux continuer tousjours leur train, Car les hommes ont volontiers ceste coustume en adversité, de conter le temps par

mettroit fin aux cérémonies, et donnethjours, et non pas par ans ou par mois :

pour signe la profanation externe du Temple : finalement au chap. XIE, il détermine un temps certain {ant de la ruine que du restablissement : Depuis le temps (dit-il) que le sacrifice continuel sera osté, et que l’abomination de la désolation sera mise, il y aura mille deux cens nonante jours. Bien-heureux est celuy qui attend jusqu’à ce qu'il parviene à mille trois cens trente cinq jours. Je sçay bien que ce passage, à cause de l'obscurité, est exposé en diverses sortes : mais il me semble que le sens simple et naturel est, que l’Ange déclare qu'après que le Temple aura esté purgé des pollutions et idoles d’Antiochus, il viendra derechef un autre temps auquel estant abandonné à une nouvelle profanation, il perdra toute sa saincteté et majesté à jamais, sans espérance de plus la recouvrer. Et pource que ceste nouvelle estoit triste et pleine de dueil, le Prophète retourne derechef à un an et deux ans, et six mois. Par lesquels mots est signifiée tant la longue durée des maux, qu’aussi l'issue d’iceux. Car quand les maux con- tinuent, on trouvera desjà le circuit d’un an bien long : mais quand ceste espace de temps vient encores à redoubler, lennuy en est beaucoup plus grand. Le S, Esprit doncques exhorte les fidèles, que non-seulement ils se disposent à avoir patience pour un an entier, c’est-àdire pour un long temps : mais qu’ils facent leur conte d’endurer afflictions continuelles par plusieurs aages. Au reste, il y a une grande consolation en ce mot, Moitié d'un temps : car le S. Esprit monstre, combien que les afflictions de Eglise continuent et durent long temps, que toutesfois elles ne seront pas perpétuelles. Et auparavant il avoit bien usé de ceste manière de parler. La calamité de l'Eglise durera par un temps, deux temps, et la moitié d’un temps : mais maintenant il conte par jour ces trois ans

pource qu’un jour leur dure un an. Finalement il conclud que bien-heureux seront ceux qui auront persévéré jusques à la fin de ce temps-là : c’est-à-dire, qui d’une patience invincible auront poursuyvi jusques au bout. Maintenant Christ choisit seulement ce qui convenoit à son propos, asçavoir que l’abolissement dés sacrifices est prochain, et qu’au Temple sera coloquée l’abomination, qui est le signe de la dernière désolation. Et pource que les Juifs s’arrestoyent trop obstinéement à leur estat présent, en sorte qu’ils ne prenoyent garde aucunement aux Prophéties qui prédisoyent l’abolissement d’iceluy, Christ comme leur tirant l’aureille, les advertit de lire le passage attentivement, afin qu'ils voyent que les Prophètes ont clairement rectifié ce qui leur semble tant mal-aisé à croire : sinon qu’on vueille prendre ceci comme estant dit en la personne de l’Evangéliste. Toutesfois il est plus vray semblable que c’est Christ qui parle, et que suyvant son propos d’un fil continuel, il exhorte les siens à estre attentifs à bon escient. 4bominalion vaut autant à dire que profanation :

car par ce mot est signifiée la pollution, immondicité et souillure, qui corrompt ou renverse le pur service de Dieu. Elle est nommée la Désolation, pource qu’elle tiroit avec soy la destruction du Temple et de la police. Comme il avoit dit devant au neufième chapitre, que la pollution introduite par Antiochus estoit comme l’enseigne de la désolation temporelle. Car j’expose ainsi le mot d’Aile, ou Estendue, lequel est là mis. Au reste, ceux-là s’abusent qui estiment que ce propos de Christ s’entende de lassiégement de Jérusalem. Et les paroles de sainct Luc ne servent de rien pour sauver leur faute, veu que son intention n’a pas esté de dire cela mesme qne disent sainet

Matthieu et sainct Marc : maïs une autre

chose. Car pource qu'anciennement ceste

ville-là avoit esté préservée et délivrée quasi au milieu de sa ruine : afin que les fidèles ne s’attendent plus de veoir le semblable, Christ déclare expresséement que cen sera fait si tost que les ennemis lauront environnée, pource qu’elle est du tout desnuée de laide de Dieu:

Ainsi doncques le sens est, que lissue de la guerre ne sera point incertaine ou douteuse : pource que la ville sera adjugée à destruction, dont il ne leur sera point possible d’eschapper, non plus que de mettre à néant Parrest céleste. Et pourtant il est dit un peu après, Quw’elle sera foullée des Gentils : laquelle façon de parler signifie une ruine dernière, en

sorte qu'il n’y faudra plus retourner.

Mais pource qu'en apparence cela sembloit estrange, de dire que Ja saincte Cité fust ainsi exposée et abandonnée aux Gentils pour la saccager à leur plaisir, il adjouste quant et quant une consolation spéciale pour le regard des fidèles (laquelle Daniel omet, pource qu’il parle à tout le corps du peuple) asçavoir, Qu'une telle licence est donnée aux Gentils à temps, jusques à ce que leur iniquité soit meure, et que la vengence qui leur est gardée, viene à estre desployée.

16 Adonc, que ceux qui seront en Judée s'enfuyent aux montagnes. Christ ayant monstré par le tesmoignage du Prophète, que le Temple estant profané, bien tost après le service ordonné en la Loy sera aussi aboli, dit maintenant qu’il tombera sur tout le pays de Judée des calamitez estranges et espovantables, tellement qu'il ny à rien qu'on doyve tant désirer, que d’estre retiré bien loin de là : et quant et quant il adjouste

qu’elles seront si soudaines, qu’à peine

on aura le temps de s'enfuir à grande hastiveté. Car ces façons de parler emportent cela, Celuy qui sera sur la maison ne descende point en la maison : Qui est au champ, ne retourne point : asçavoir, qu’en voulant sauver leurs biens, ils ne périssent eux-mesmes. Item, Malheur aux femmes enceintes, et à celles qui allaittent : asçavoir pource qu’elles ne seront pas alaigres et disposées à s'enfuir. ftem, Qu'il faut prier que la fuite n’adviene en hyver, ni au jour du

Sabbath : asçavoir, de peur que, ou la révérence et sainteté du jour, ou la difficulté des chemins, et les jours cours n’empeschent de fuir hastivement. Aïnsi donc l'intention de Christ a esté premièrement de resveiller les siens afin qu’ils wimaginassent plus un repos plein daise, et les délices d’un royaume terrien : en après, d’armer de force les cœurs des siens , afin que les calamitez publiques et ruines communes ne leur feissent perdre courage. Il est vray que ceste admonition estoit bien rude et fascheuse à avaller : mais toutesfois elle estoit nécessaire, veu leur stupidité, et la grande pesanteur des maux.

21 Car lors il y aura grande tribulation telle qu'il n'y a eu, etc. S. Luc dit aussi, Que ce seront les jours de vengence, et qu’il y aura ire en ce peuple, pour accomplir toutes les choses qui sont escrites. Car pource que lors le peuple par sa malice obstinée a corrompu Palliance de Dieu, il a falu que la terre et l'air fussent esbranlez par changemens extraordinaires et espovantables. Vray est que la plus horrible et mortelle plave qui soit tombée sur les Juifs, est, que la lumière de la doctrine céleste a esté esteinte entr’eux, et qu’ils ont esté rejettez de Dieu : mais encore leur stupidité et endurcissement obstiné estoit si grand, que nécessairement il a falu qu’ils fussent frappez de fléaux aspres et rudes, qui les contraignissent de sentir le mal de leur rejection. Au reste, la cause d’une vengence si espovantable a esté, que l’impiété désespérée de ce peuple estoit parvenue jusques au comble. Car ils avoyent non-seulement mesprisé fièrement, mais aussi rejetté outrageusement la médecine de leurs maux, qui leur avoit esté présentée : et qui pis est, comme gens forcenez et possédez du diable, ils s’estoyent ruez cruellement contre la personne mesme du Médecin, le mettant à mort. Or puis que le Seigneur a fait une vengence si horrible et rigoureuse contre ceste obstination à mespriser l'Evangile qui estoit en ce peuple, accompagnée d’une rage incorrigible, que leur punition nous soit tousjours devant les yeux, et apprenons de là qu'il n’y a rien que

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

Dieu prene tant à cœur, que ceste opiniastreté à mespriser sa grâce. Mais combien que tous semblables contempteurs de lEvangile seront récompensez de mesme, toutesfois Dieu a voulu qu'il y en eéust un tesmoignage notable pardessus tous autres au peuple des Juifs, afin qu'à l’advenir le monde apprinst à avoir en plus grande estime et révérence la venue de Christ. Car on ne sçauroit trouver termes suffisans pour exprimer l’estrange vilenie de ce forfait, quand ils ont mis à mort le Fils de Dieu, qui leur estoit envoyé d’enhaut autheur de vie.

Aussi ayans commis un sacrilége si exécrable, ils n’ont cessé par nouveaux crimes, les uns sur les autres, d'attirer sur leurs testes toute manière d’une ruine et

perdition extrême. Et pour ceste cause |

Christ dit que jamais par ci-après ne sera pareille affliction au monde. Car comme la seule rejection de Christ, mesmement enveloppée de tant de circonstances d’ingratitude et obstination abominable, estoit un péché détestable sur tous les péchez qui furent jamais faits au monde : ainsi il estoit bien raisonnable que la vengence et punition d’iceluy surmontast toutes autres.

22 Si ces jours-là neussent esté abrégez, nulle personne, etc. amplifie la grandeur des calamitez, en meslant toutesfois quant et quant de la consolation : asçavoir qu’elles seront si grandes et estranges, que ce seroit pour exterminer du tout le nom des Juifs, si Dieu n’avoit esgard à ses éleus, et que pour l'amour deux il envoyast quelque allégement. C’est un semblable passage à celuy d’Isaïe, Si le Seigneur ne nous eust laissé quelque peu de semence de reste, nous serions comme Sodome, et semblables à Gomorrhe, Isaïe, I, 9. Car tesmoin sainct Paul, il a falu que la vengence de Dieu qui s’estoit monstrée par l’exil de Babylone, fust derechef accomplie à la venue de Christ, Rom. IX, 29. Et mesmes d’autant que l’impiété s’estoit encores plus fort desbordée , il a esté raisonnable aussi que la vengence s’espandist plus impétueuse. Et pourtant Christ dit, Que si Dieu ne mettoit fin aux maux et Calamitez, ce seroit entièrement fait des

Juifs, en sorte qu’il n’en demeureroit un seul de reste : mais que Dieu aura esgard à SON alliance gratuite pour espargner ses éleus, suyvant ceste autre prophétie d'Isaie, chap. X, 22, Quand ton peuple seroit comme le sablon de la mer, si sera la reste seulement sauvée. Et en cela on voit un enseignement notable du jugement de Dieu, quand il afflige tellement l'Eglise visible, qu’on diroit qu’elle est du tout perdue : et toutesfois pour garder quelque semence, il préserve miraculeusement ses éleus, voire en petit nombre :

en sorte que Contre toute espérance ils eschappent du gouffre de la mort. Car voylà d’un costé pour donner crainte et frayeur aux hypocrites, afin qu'ils®ne s'arment du titre et apparence externe de l'Eglise, pour se faire faussement à croire que la punition de Dieu ne tombera point sur eux : car le Seigneur trouvera bien moyen de délivrer son Eglise, en les livrant cependant à ruine et destruction. Et d’autre part, il y a une merveilleuse consolation pour les bons, que Dieu ne laschera jamais tellement la bride à son ire, qu’il ne prouvoye à leur salut. Comme pour exemple, nous voyons que son ire a esté embrasée d’une façon espovantable à punir les Juifs : et toutesfois il s’est modéré outre l'espérance des hommes, afin que pas nn de ses éleus ne périst. Et de faict, ç’a esté une occasion et matière de miracle incroyable , que d’autant que le salut devoit procéder de Judée, de bien peu de gouttes d’une fontaine séchée, Dieu en a fait des fleuves pour arrouser tout le monde. Car veu qu’ils avoyent attiré contr’eux la haine et inimitié de toutes nations, il ne s’en est pas beaucoup falu qu'on nait fait un complot de les tuer tous en un jour par tous les pays où il y en avoit. Aussi il n’y a point de doute, attendu que plusieurs solicitoyent qu’on en feist ainsi une destruction universelle, que Tite n’ait esté retenu de Dieu, à ce que par son consentement il ne laschast la bride à ses gendarmes, et autres qui ne demandoyent pas mieux que de mettre à exécution une telle desconfiture. Quand donc l'Empereur de Rome a alors empesché la destruction entière de tout le

peuple, ç’a esté l’abrégement dont est yci parlé, pour réserver quelque semence.

Cependant il faut noter ceci, que pour les éleus Dieu a retenu et modéré la roideur de son ire, que elle ne les raclast, et consumast tous. Car pourquoy a-il voulu que de ceste grande multitude il en fust préservé un petit nombre? et quelle occasion a-il euë de préférer ceuxlà aux autres? Certes pource que sa grâce demeuroit tousjours sur ce peuple qu'il avoit adopté : et afin que ceste alliance de grâce ne fust anéantie, aucun d’iceux, par son conseil éternel, estoyent éleus et destinez à salut. Et pourtant S, Paul attribue à l'élection gratuite, Ja cagse de ce que d’un peuple infini le ré- - sidu seulement sera sauvé, Rom. XIE, 5.

Qu’on oste donc toute imagination de mérites des hommes, puis que Christ nous ramène simplement et préciséement au bon plaisir de Dieu, afin que la différence entre les uns et les autres ne dépende d’ailleurs sinon de ce qu’il faut que ceux qui sont éleus soyent sauvez.

* Ce que S. Marc voulant faire sonner haut et clair, il use de redite, ou de paroles superflues, disant, Pour les éleus qu'il a éleus, il a abrégé les jours. Certes c’estoit assez dit, Pour les éleus, si ce n’estoit qu’il veut qu’on entende nomméement, qu'il n’y à cause ne raison aucune hors de Dieu, qui linduise à espandre la faveur plustost sur les uns que sur les autres: mais pource qu'il luy a pleu élire ceux qu’il vouloit sauver, en leur salut il conferme et ratifie le propos secret de sa grâce, Toutesfois on pourroit demander en quelle sorte Dieu a modéré les calamitez pour le regard de ses éleus, quand il n’a pas voulu que tous les Juifs fussent entièrement destruits : veu que du nombre de ceux qui ont esté préservez, il y en avoit plusieurs réprouvez et désespérez. Mais la solution est facile, qu’une partie de ce peuple a esté gardée et delivrée, afin que d’icelle le Seigneur tirast ses éleus qui estoyent meslez parmi, comme la semence de dedans la paille. Ainsi donc, combien que le salut temporel ait esté commun et aux réprouvez, et aux éleus, toutesfois pource qu’il n’a rien proufité aux réprouvez, à

bou droict il est attribué seulement aux éleus, comme aussi ceste providence ad mirable de Dieu estoit addressée pour leur regard.

23 Lors si quelqu'un, etc. Il répète derechef ce qu'il avoit dit touchant les abuseurs, et non sans cause. Car il y avoit bien plus grand danger de ce costélà, asçavoir que les povres gens YOyans les afllictions si grandes, les choses si confuses et désespérées, ne se laissassent abuser de quelque faux titre et vaine apparence, prenans des fantosmes au lieu de Cbrist, et qu'ils n’adhérassent à des illusions de Satan, pensans que ce fust quelque aide venant de Dieu. Car lors que les Juifs estans si fort oppressez, et asprement chastiez pour le mespris de la rédemption, avoyent pour le moins besoin de quelques remèdes violens pour estre retirez de leur desloyauté, Satan besongnant finement envers eux, leur présentoit de nouvelles espérances qui les esloingnoyent encores plus fort de Dieu. Et de faict, il n’y a rien plus pernicieux quand en adversité nous sommes despourveus de conseil et remède, que d’estre abusez de mensonges sous couverture du nom de Dieu, lesquels nous ferment la porte de repentance, et augmentent les ténèbres d’infidélité : et finalement nous précipitent en une rage, enveloppez de désespoir. Parquoy veu le danger qui y est si grand, la répétition n’a point esté superflue : et, mesmement attendu ce que Christ dit, Que les faux prophètes auront des moyens fort subtils et propres pour abuser les gens, asçavoir qu’ils feront signes et miracles pour estonner les esprits infirmes. Car d'autant que Dieu par les miracles rend tesmoignage de la présence de sa vertu, et que mesme ce sont seaux de Ja vraye doctrine il ne se faut pas esbabir si par mesme moyen les faux docteurs acquièrent bruit et crédit. Aussi Dieu par telle manière d’illusion punit l’ingratitude des hommes, afin qu'ils croyert à mensonge, puis qu’ils ont rejetté la vérité : et qu'ils soyent de plus en plus plongez en ténèbres, puis qu'ils ont fermé les yeux à la clarté qui leur estoit présentée. Combien que quant et quant il exerce la constance

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des siens, laquelle par ce moyen se monstre tant plus clairement, quand on voit qu'ils persévèrent au droit chemin, sans fleschir pour tromperie ou abusement qui surviene. Au reste, veu que le Seigneur déclare que les antechrists et prophètes mensongers s’armeront de miracles, il ne faut point que les Papistes se glorifient tant sous couleur d’iceux, ou que nous Soyons trop esmeus de leurs vanteries.

Pour confermer leurs superstitions, ils allèguent les miracles : voire ceux par lesquels le Fils de Dieu a prédit que la foy de plusieurs seroit corrompue. Et pourtant les gens prudens ne doyvent pas mettre les miracles en tel degré, que cela suflise pour approuver une doctrine ou autre. S'ils répliquent que par ce moyen on renverse et anéantit les miracles qui ont servi à confermer et ratifier Vauthorité tant de la Loy que de l'Evangile : je respon qu’en ceux-là il y avoit certaine marque du sainct Esprit engravée, laquelle ostoitaux fidèles toute doute et crainte d’estre abusez. Car toutes fois et quantes que le Seigneur a desployé sa vertu pour confermer les siens, il n’y a point besongné si confuséement, que tousjours on n’y ait veu une distinction vraye, certaine, et infalible. D’avantage, les miracles sont tellement seaux de la doctrine, que mutuellement aussi elle esclaire audevant d’iceux, et chasse tous brouillars, desquels Satan offusque lentendement - des simples gens. En somme, si nous vou- .lons n’estre point trompez, retenons ceste conjonction inséparable de miracles avec la doctrine.

24 Poire pour séduire les éleus mesmes s’il estoit possible. Ceci a esté adjousté pour donner crainte, afin que les fidèles fussent tant plus attentifs et songneux à se donner garde. Car puis que les faux prophètes ont la vogue, puis que la bride leur est si fort laschée, et que si grande efficace de séduire leur est donnée, qui vivroit sans souci n’y pensant point, se trouveroit incontinent enveloppé en leurs filets. Christ donc resveille les siens, et les exhorte à faire bon guet.

D’avantage aussi il les admoneste qu’il ne faut point qu’ils soyent troublez comme d’une chose nouvelle, quand ils en

verront plusieurs par ci par là se desbaucher, et tomber en crreur. Au reste, comme il incite les siens à vivre en solicitude, de peur qu'en leur nonchalance Satan leur jouë quelque mauvais tour : aussi au contraire il leur fournit grande matière et occasion d’asseurance, sur aquelle ils se peuvent appuyer avec tranquillité d’esprit, quand il promet-que sous la force et protection de Diew ils seront en seureté contre toutes les embusches de Satan. Ainsi done, quoy que la condition des fidèles soit fragile, et qu'ils seroyent prests à glisser d’heure en heure, toutesfois voyei un ferme appuy par lequel ils demeurent tousjours debout : c’est qu’il est impossible qu’ils déchéent du salut, duquel le Fils de Dieu leur est bon gardien. Car il est certain que ce n’est pas qu’ils ayent en eux-mesmes une force qui soit suffisante pour résister à Satan, mais pource qu'ils sont brebis de Christ, lesquelles personne ne pourra ravir de sa main, Or il faut donc noter que la fermeté de nostre salut ne consiste pas en nous, mais en lélection secrète de Dieu, Car combien que nostre salut soit gardé par la foy (comme dit sainct Pierre) toutesfois si faut-il monter plus haut, asçavoir que nostre salut est asseuré, pource que le Père nous a donnez à son Fils, et le Fils déclare luymesme expresséement, que rien ne périra de tout ce qui luy a esté donné.

25 Voyci, je le vous ay prédit. Sainct Marc exprime plus à plein l'intention de Christ, Soyez donc avisez, Voyci, je vous ay tout prédit. Par lesquels mots nous sommes enseignez que ceux qui perdent courage pour les scandales lesquels Christ a prédits, sont du tout inexcusables. Car puis que la volonté de Dieu nous doit estre pour règle, C’est assez que nous ayons esté adverlis d'heure qu’ainsi luy plaist. D’avantage, veu qu’il déclare qw’il est fidèle, et qu’il ne souffrira point que nous Soyons tentez plus que ne pouvons porter, 4 Cor., X, 43, jamais force pour résister ne nous défaudra, pourveu que nous avisions de ne nourrir nostre infirmité par nonchalance.

26 loyci, il est au désert, ne sortez point. S. Luc mesle ce propos avec une

qu’estant interrogué par les Pharisiens touchant la venue du royaume de Dieu, il leur à dit qu’il ne viendroit point à veue d'œil, il s'ensuit au texte de sainct Luc, que se tournant vers ses disciples, illes a advertis que les jours viendroyent qui s ne verroyent plus un des jours du Fils de l’homme. Par lesquels mots il les a voulu admonester qu'ils avisassent de cheminer en la lumière, devant que les ténèbres de la nuit veinssent à les couvrir. Car oyans que de grans troubles et esclandres devoyent survenir en brief, cela devoit bien leur servir d’un merveilleux aiguillon pour les inciter à proufiter, cependant qu'ils jouissoyent de la pré- - sence de Christ. Or on ne sçait si Christ a adverti ses disciples par diverses fois d’une mesme chose : toutesfois quant à moy, il me semble que il y à apparence que sainct Luc traittant le propos de ladvénement du royaume de Dieu, a prins d’un autre temps les sentences que je ay yci mises, et les a conjointes avec le reste : ce qu'il fait assez souvent, comme nous avons veu en d’autres lieux. Au reste, pource que par ignorance Ce passage a esté tiré à force à divers sens, pour en avoir le sens vray et naïf, il est besoin denoter l’antithèse et contrariété qui est entre les cachettes ou lieux secrets, et la merveilleuse estendue qui se devoit faire du règne de Christ d’un costé et d'autre, voire soudainement et sans qu'on y pensast, comme l’esclair s’estend de l'Orient jusqu’en Occident. Car nous sçavons que les faux-christs, Comme cela estoit bien accordant à l'espérance folle et grossière de ce peuple, ont attiré és retraittes du désert, ou en des cavernes, ou autres cachettes, tant grande multitude et force de gens qu'ils ont peu, afin de rejetter le joug de l’empire Romaïn par armes et violence. Ainsi donc le sens est, que quiconque assemble ses forces en quelque lieu secret pour recouvrer par armes la liberté du peuple, cestuy-là se vante faussement d’estre le Christ : pource que le Rédempteur est envoyé pour espandre sa grâce de tous costez du monde soudainement, et sans qu'on y pense. Or ce sont choses bien contraires, d’enclorre la ré-

autre response de Christ, Car après |

demption en quelque coin, et de l’espandre par tout le monde. Voylà comment les disciples ont esté admonestez qu’il ne conviendroit plus chercher le Rédempteur dedans le petit enclos de Judée, pource que soudain il estendra le circuit de son royaume jusques aux derniers bouts du monde. Et de faict, ceste diligence et soudaineté admirable qui s'est monstrée quand l'Evangile a comme volé de tous les costez du monde, à esté un bien évident tesmoignage de la puissance de Dieu. Car il ne se pouvoit pas faire par industrie humaine, que la lumière de V'Evangile, si tost qu’elle a commencé à se monstrer d’un costé du monde, pénétrast par sa clarté jusques à l’autre tout opposite, comme l’esclair : et pourtant non sans cause Christ touche ceste circonstance pour magnifier sa gloire céleste, et en donner certaine marque. Joint aussi que proposant ceste grande estendue de son royaume, il a voulu monstrer que la destruction du pays de Judée n’empescheroit point qu'il ne régnast.

28 Où sera la charongne, là aussi s’assembleront les aigles. Le sens est, Que par quelques moyens que Satan s’efforce de distraire çà et là les enfans de Dieu, toutesfois en la personne de Christ est le lien sacré d'union, par lequel il faut qu’ils demeurent conjoints ensemble. Car d’où vient la dissipation, sinon pource que plusieurs s’escoulent et se desrobent de Christ, auquel seul gist nostre fermeté? Yei donc nous est prescrit le moyen d'entretenir une saincte conjonction, de peur que les desbauchemens que les erreurs amènent, ne deschirent le corps de l'Eglise : asçavoir quand nous demeurerons fichez en Christ. Ce qui est bien digne d’estre noté : car Christ ne nous astraint point yci, ou à la primauté du siége Romain, ou à quelque autre niaiserie :

mais pour bien unir son Eglise, il ne parle point d’autre lien et moyen que de cestuyci, que de tous costez nous regardions tous à luy comme au chef unique. Dont s'ensuit que tous Ceux qui sont conjoints à luy par pure foy, sont hors de danger de schisme. Or vienent donc maintenant les Romanisques, et qu’ils appellent schismatiques ceux qui ne peuvent endurer

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estre destournez de Christ, pour vendre et assujetir leur foy à ce brigand. Quant à ce que les Papistes prenent yci la charongne, pour la compagnie de ceux qui font profession d’une mesme foy, et puis exposent que les aigles par allégorie, ce sont les gens subtils et de jugement, asçavoir les docteurs, il n’y a ne rythme ne raison en cela : veu qu’on voit bien que intention de Christ a esté seulement d'appeler à soy, et arrester en sa personne les enfans de Dieu, en quelque lieu qu’ils soyent espars. Aussi le mot Grec duquel use l’'Evaugéliste, ne signifie pas simplement un corps, mais um corps mort. Et Christ n’attribue yci rien aux ai-

gles, que ce que nous pourrions dire des corbeaux ou des vautours, és pays de deçà. Je ne trouve pas aussi grande fermeté en la subtilité de ceux qui disent que le sens de ce passage est, Que la mort de Christ à esté odoriférente afin d'attirer les éleus de Dieu. Car (selon mon jugement) Christ à voulu faire un argument du plus petit au plus grand, en ceste sorte, Si les oiseaux ont bien cest avis, et le flairement si naïf, que de divers lieux ils accourent plusieurs à un corps mort :

ce seroit une honte aux fidèlesde ne s’assembler à l’autheur de vie, auquel seul gist leur vraye nourriture.

MATTH. XXIV

29 Or incontinent après la tribulation de ces jourslà, le soleil deviendra obscur, et la lune ne donnera point sa lumière, et les estoilles cherront du ciel, et les vertus des cieux s’esbranleront.

30 Æ% adonc apparoistra au ciel le signe du Fils de l’homme : lors aussi se plaindront toutes les lignées de la terre, et verront le Fils de l’homme venir és nuées du ciel avec puissance et grande gloire.

31 Lequel envoyera ses Anges avec grand son de trompe : qui assembleront ses éleus des quatre vents, depuis un bout des cieux jusques à l'autre bout.

MARC XIII

24 Aussi en ces joursla, après ceste oppression, le soleil s'obscurcira, et la lune ne donnera point sa clarté.

25 Æt les estoilles du ciel cherront, et

les vertus qui sont és

cieux branleront.

26 Et lors on verra le Fils de l’homme venir és nuées avec grande puissance et gloire.

21 Lequel adonc envoyera ses Anges, el assemblera ses éleus de tous les costés des quatre vents : depuis le bout de la terre, Jjusques au bout du

ciel.

LUC XXI

25 D'avantage,ily aura signes au soleil, et en la lune, et és estoilles, et af- Jlictions aux nations, avec angoisse sur la terre, la mer bruyant et les ondes.

26 Tellement que les hommes seront comme morts de peur, et pour l'attente des choses qui surviendront au monde : car les vertus des cieux seront esbranlées.

27 Et alors on verra le Fils de l’homme venir en une nuée avec puissance et grande gloire.

28 Or quand ces choses commenceront à se faire, dressez-vous en haut et levez vos testes, car vostre délivrance approche.

Christ vient maintenant à parler de la plene manifestation de son royaume, de laquelle il avoit esté premièrement interrogué par ses disciples : et promet qu’après qu'ils auront passé par tant de maux, la rédemption viendra en son temps. Car par sa response il a regardé principalement à les confermer en bonne espérance, afin que la confusion et les troubles qu’ils verroyent en ce monde ne leur feissent perdre courage. Et pourtant il ne

parle pas de son advénement en termes simples, mais il use des façons de parler qu’on trouve communéement és livres des Prophètes, esquelles selon qu’un chacun regardoit de plus près, ainsi il estoit nécessaire qu’il sentist un combat de tentations plus rudes, voyant l'événement tout contraire. Car qui avoit-il plus absurde que de veoir le règne de Christ non-seulement mesprisé, mais aussi couvert de beaucoup d’opprobres, et quasi accablé

de toutes sortes d’afflictions, duquel toutesfois les Prophètes avoyent parlé en termes si magnifiques? Ne pouvoit-on pas demander où estoit ceste majesté de ce règne, laquelle devoit obscurcir le soleil et la lune, et les estoiles, esbranler tout le monde, et changer le cours ordinaire de nature? Maintenant le Seigneur vient au-devant de ces tentations, disant, Combien que ces Prophéties ne s’accomplissent pas du premier coup, que toutesfois l'issue monstrera finalement qu’elles ne sont point vaines et sans effet. Ainsi donc le sens est, Que les choses qui avoyent esté jadis prédites de cest esbranlement miraculeux tant du ciel que de la terre, ne se doyvent pas restraindre au com- “mencement de la rédemption. pource que les Prophètes parlans ainsi ont comprins tout le cours d’iceluy, jusques à ce que le but'et la perfection en fust révélée. Or puisque nous avons l’intention de Christ, il west pas difficile de recueillir le sens des mots, asçavoir que le ciel ne s’obscurcira pas incontinent du premier COUp, mais après que l'Eglise aura passé par béaucoup d’afilictions. Non pas que la gloire et majesté du règne de Christ ne se doyve point monstrer qu’à son dernier advénement seulement, mais pource que jusqu’à ce jour-là estoit différé l’accomplissement des choses qui ont commencé à estre faites après la résurrection, et desquelles le Seigneur a baïllé seulement quelque goust aux siens, afin de les mener plus loin par le chemin d'espérance et patience. Suyvant ceste raison Christ tient en suspens jusques au dernier jour l'esprit des fidèles, afin qu’ils ne pensent que ce que les Prophètes ont tesmoigné de la restauration à venir soit vain et sans effet, pource qu'il demeure long temps comme enseveli sous l'obscurité profonde des afilictions. Aucuns expositeurs prenent mal cès mots, La tribulation de ces jours-là, entendans par cela la destruction de Jérusalem : veu que c’est plustost vci une récapitulation générale de tous les maux desquels Christ avoit parlé ci-devant. Aïnsi donc, pour les accourager à persévérance et patience, il use de cest argument, que les afflictions auront finalement une issue heureuse et

plaisante : Comme S'il eust dit que cependant que l’Eglise demeurera en cé pêlerinage terrien, le temps sera obscur, et comme couvert de nuées : mais incontinent que la fin de telles misères sera venué, lors sera le jour auquel là magniticence de sa majesté apparoïistra évidemment. Au reste, touchant ce qué le soleil deviendra obscur, nous ne pouvons pas aujourd’huy penser comment Cela se fera, mais l’accomplissement le monstrera. Certes il n’entend pas que les estoiles doyvent cheoir à la vérité, maïs il parle selon l’appréhension de ceux qui seront lors :

et pourtant en Sainct Luc il prédit seulement qu’il y aura Signes au soleil et en la lune, et és estoilles. Le sens est donc, qu'il y aura une si grande esmotion ou esbranlement en toute l’estendue du ciel, que il semblera mesmes que les estoiles en tombent. $. Luc aussi adjousté /a mer bruyant horriblement, en Sorte que les hommes sécheront de peur et destresse.

En somme, tout ceci signifie que toutes créatures haut et bas serviront comme de trompettes pour adjournér les hommes à comparoiïstre devant ce siége judicial plein d’espovantement et frayeur, lequel jusques au dernier jour ils poursuyvront à mespriser mal-heureusement, s’esgayans sans pensér à Dieu.

30 Matth. Et adonc apparoistra au ciel le signe du Fils de l'homme, etc. Par cé mot Christ monstre encores plus clairement la différence entre l’estat présent de son règne, et la gloire d'iceluy à vepir, Car c’est une manière de concession, que durant l'obscurité des afflictions la majesté de Christ n’apparoïistra point évidemment, et les hommes ne sentiront pas la rédemption par luy apportée. Car certes le meslinge confus lequel on voit en tous endroits, d’un CoSté esblouit nos entendemens, ét de l’autre ensevelit la grâce de Christ, et (par manière de dire) la fait esvanouir de devant nos yeux : en sorte que le salut acquis par luy, ne peut estre comprins par nous à tout le moins selon le sentiment de la chair. Et pour- {ant il déclare qu’au dernier jour il apparoistra manifestement en personne, en sorte que la puissance céleste de laquelle il sera environné, servira comme d’une

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| qu’il envoyera les Anges pour recueillir

enseigné desployée pour contraindre tout le monde à le regarder. Au reste, pource qu’il voyoit que la plus grande partie des hommes mespriseroit sa doctrine, et ré- Sisteroit à Son règne, il dénonce quant et quant à tous peuples grand dueil et lamentation, pource que certes c’est bien raison que par sa présence il confonde et brise les rebelles, qui, luy estant absent, ont mesprisé son commandement. Or il dit cela en partie pour donner crainte et frayeur aux rebelles et obstinez, et par ce moyen les amener à repentance, en partie aussi pour confermer les cœurs des siens au milieu d’une telle obstination qui est au monde. Car c’est une occasion de Scandale qui nest pas petite, de veoir l’ässeurance impudente des iniques, pource qu'il semble qu’ils ayent congé de se mocquer de Dieu à plaisir : d'avantage tant aiséement nous-nous abusons et affriandons à la prospérité de laquelle nous les voyons jouir, que nous oublions la crainte et révérence de Dieu. Afin donc que les fidèles n’ayent envie de: suyvre ceste joye maudite de laquelle s'enyvrent les mondains, Christ déclare yci que finalement elle sera convertie en pleur et grincement de dents. Il fait (selon mon avis) une allusion au XII chapitre de Zacharie, v. 11, où Dieu, disant que bientost on verroit un tesmoignage notable de son jugement, asseure qu’en toutes familles il y aura plainte et grande lamentation, telle qu’on a accoustumé de faire à la mort du fils unique. Et pourtant il ne faut point que personne s’attende de véoir la conversion du monde, pource que les hommes sentiront finalement et apperceveront celuy qu’ils ont percé, mais ce sera trop tard, et il ne leur proufitera de rien. Il s'ensuit puis après la déclaration de ce signe, asçavoir qu’ils verront le Fils de l’homme venir és nuées, lequel lors conversoit au monde en forme d’un serviteur contemptible. Et ainsi il donne à entendre que la gloire de son règne sera céleste, et non pas terrienne, Comme les Apostres avoyent imaginé en s’abusant.

31 Lequel envoyera ses Anges avec grand son, etc. 1 descrit l'effet de ceste puissance admirable qu’il aura, d'autant

et rassembler ses éleus des derniers bouts du monde. Car le haut des cieux, vaut autant à dire que la dernière région.

Mais Christ use yci d’une façon de parler hyperbolique et excessive, afin de monstrer qu’encores que ses éleus eussent esté arrachez de la terre et espars en l'air, ils seront .toutesfois derechef rassemblez pour estre unis en la vie éternelle sous leur chef, et jouir de l'héritage qu’ils ont espéré. Car Christ a voulu consoler ses disciples, de peur que la dissipation pitoyable de l'Eglise ne leur feist perdre courage. Et pourtant aussi avisons de dresser nos veux à ce rassemblement, toutes fois, et quantes que nous voyons l’Église estre escartée çà et là par la ruse de Satan, ou deschirée par la cruauté des malins, ou troublée par fausses doctrines, ou tourmentée de tempestes. Et si la chose nous semble difficile à croire, qu’il nous souviene de la puissance des Anges,- laquelle Christ nous propose expresséement, afin d’eslever nos esprits par-dessus tous moyens humains.

Car combien que maintenant l'Eglise soit affligée par la malice des hommes, transportée en divers lieux par fuites et bannissemens sans avoir domicile arrestez, et mesmes usée et cassée de la force des ondes qui flottent sans cesse contre elle :

combien aussi qu'estant misérablement deschirée par pièces, elle n’ait aucune fermeté en ce monde, il ne faut pas touteSfois laisser d’en bien espérer tousjours : pource que ce ne sera pas par aucun moyen humain que le Seigneur l’'assemblera, mais par sa vertu céleste, laquelle surmontera infiniement tous empeschemens.

28 Luc. Or quand ces choses commenceront à se faire, etc. En Sainct Luc est plus clairement exprimée la consolation de laquelle Christ resjouit le cœur des siens.” Car combien que ceste sentence ne Contiene autre chose que ce qu’emportent les paroles de S. Matthieu, lesquelles nous venons d'exposer, toutesfois elle monstre mieux à quelle fin il est dit que les Anges viendront pour asseémbler les éleus. Car il faloit bien mettre joye pour les fidèles à l'opposite de la

tristesse et destresse générale du monde, et exprimer la différence entr’eux et les réprouvez, afin qu’ils eussent en horreur la venue de Christ. Nous sçavons que l'Escriture faisant mention non-seulement du dernier jugement mais aussi de tous les jugemens que Dieu exerce par chacun jour, en parle en diverses sortes, selon que le propos est addressé ou aux fidèles, ou aux incrédules. De quoy nous servira le jour du Seigneur ? {dit le Prophète Amos, V, 18.) Ce jour-là est le jour d'obscurité et de ténèbres, non pas de clarté : de tristesse, et non de joye, de perdition, non pas de salut. Au contraire, Zacharie IX, 9, incite la fille de Sion à se resjouir de l’advénement de son Roy, et à bon droict : d'autant que (comme dit Isaie XXXV, 4) le mesme jour qui apporte ire et vengence sur les réprouvez, est jour de bon plaisir et rédemption aux fidèles. Ainsi donc Christ monstre à ses disciples qu'à son advénement se lèvera matière de joye pour eux, afin que ils s’esjouissent de leur salut prochain, en

lieu que les meschans seront confus d’espovantement. Pour ceste cause aussi S. Paul, 4 Cor, I, 7, et 2 Tim. IV, 8, donne aux fidèles ceste marque, qu'ils attendent et aiment le jour ou l’advénement du Seigneur. Car leur couronne et pleine félicité et rafraischissement est différé jusqu’à ce jour-là. Il est donc yci appelé la rédemption, comme aussi en l'Epistre aux Rom. chap. VIIE, 23, pource que lors nous aurons le vray fruict et Paccomplissement entier de la délivrance acquise par Christ. Parquoy ayons maintenant les aureilles dressées au son de la trompette Angélique, lequel retentira nonseulement pour effrayer les réprouvez de horreur de la mort, mais aussi pour resveiller les éleus, et les resjouir de.la manifestation de la vie seconde : c’est-àdire, pour appeler à la jouissance de vie ceux lesquels maintenant le Seigneur yivifie par la voix de son Evangile. Car c'est signe d’infidélité, d’estre effrayé quand le Fils vient en personne pour nostre salut.

MATTH. XXIV

32 Or apprenez la similitude du figquier : quand desjà son rameau est en sève, et qu'il jette les fueilles, vous scavez que l'esté est prochain :

33 Fous aussi pareillement quand vous verrez toutes ces choses, scachez qu'il est prochain à la porte.

34 Je vous di en vérité que cest aage ne passera point tant que toutes ces choses-là soyent faites.

35 Le cielet la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

36 Or de ce jour-là et heure, nul ne le scait, non pas les Anges des cieux, mais mon Père seul.

Je n’enten pas seulement confusion des choses il y

MARC XIII

28 Or apprenez la similitude du fiquier : quand son rameauest jà tendre,etqu’il jette des fueilles, vous scavez que l'esté est prochain.

29 Fous aussi pareillement, quand vous verrez que ces choses se feront, scachez qu'il est prochain à la porte.

30 Je vous di en vérité que cest aage ne passera point tant que toutes ces choses-là soyent faites.

34 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

32 Or de ce jour-là et de l'heure nul ne le scait, non pas mesmes les Anges des cieux, n'aussi le Fils, mais le Père.

LUC. XXI

29 Et leur dil une siinilitude, l'oyez le fiquier et tous les arbres:

30 Quand desju ils bourgeonnent, vous cognoissez de vous-mesmes en regardant que

l'esté est desjà près.

34 Pareillement aussi quand vous verrez ces choses estre faites, scachez que le règne de Dieu est pres.

32 Je vous di en vérilé que cest aage ne passera point, jusqu'à ce que toutes ces choses soyent faites.

33 Le ciel et la terre passeront, mais mes

paroles ne passeront point.

qu’en ceste | certain signe de l’advénement de Christ aura aussi] prochain, comme nous cognoissons cer-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

tainement que l’esté approche quand les arbres commencent à verdoyer : mais (selon mon jugement) Christ veut donner à entendre quelque autre chose. Car comme ainsi soit qu'en hyver les arbres estans reserrez par la véhémence du froid monstrent avoir plus de force, mais au prim-temps, la dureté d'iceux estant laschée, semblent estre plus fragiles, et veu mesmes qu’ils se fendent pour donner issue aux nouvelles branchettes : ainsi Christ signifie qu’encores que selon le sens de la Chair les afflictions amolissent l'Eglise, et font qu’elle semble n'avoir point de vertu ne de force, que toutesfois cela n’empesche point qu’elle ne soit pleine de vigueur. Car comme la sève et mouelle de dedans estant espandue par tout l'arbre, après qu’il en est attendri, prend force pour se jetter hors, afin de renouveler ce qui estoit comme mort :

ainsi le Seigneur tire de la corruption de l’homme extérieur, une pleine instauration et parfait renouvellement des siens.

Le sommaire donc de ceci est, que les disciples voyans, PEglise estre en un estat débile, foible et caduque, ne pensent pas pourtant qu’elle s'en aille mourir : mais par cela qu'ils soyent plustost amenez à espérer en brief la gloire immortelle d’icelle, à laquelle le Seigneur dispose et prépare les siens par la croix et afflictions. Car il faut que ce que sainct Paul dit de chacun membre en particulier, soit accompli en tout le corps : asçavoir que si l’homme extérieur se corrompt, l’intérieur est renouvelé de jour en jour, 2 Cor. IV, 16. Au reste, ce que sainct Matthieu avoit dit un peu obscurément, Scachez qu'il est prochain és portes :

S. Luc Pexpose plus clairement, Que le royaume de Dieu est prés: et yci le royaume de Dieu se pren non pas à son commencement (comme en plusieurs autres lieux) mais à sa perfection : ef ce selon le sentiment de ceux lesquels Christ enseignoit. Car ils n’appréhendoyent pas le royaume de Dieu en l'Evangile, en la paix et joye de Ja foy, en la justice spirituelle : mais ils cherchoyent ce repos bien-heureux et ceste gloire, laquelle est cachée sous espérance jusqu’au dernier jour.

34 Matth. Cest aage ne passera point tantque toutesceschoses-là soyentfaites.

Combien que Christ use yci d'un terme de généralité, il n’entend pas toutesfois de comprendre sous ce propos universellement toutes les misères qui adviendront à l'Eglise : mais il à voulu monstrer simplement que devant qu'un aage fust passé, on cognoistroit par expérience que tout ce qu’il avoit dit est véritable.

Car en cinquante ans qui sont ensuyvis, la ville a esté rasée, et le Temple destruit, tout le pays réduit en une face de désert hideux, l’obstination du monde s’est eslevée contre Dieu : et qui plus est, la fureur mesme s’est enflambée pour extirper la doctrine de salut : faux-docteurs se sont eslevez pour corrompre la pureté de l'Evangile, et le falsifier par leurs erreurs : la religion a soustenu de merveilleuses secousses : toute la compagnie des fidèles a esté misérablement affligée. Or combien que les mesmes maux ont poursuyvi d’un train Continuel par plusieurs aages en après, Christ toutesfois a bien dit vraÿ, que devant qu’un ange fust accompli, les fidèles sentiroyent en effect, et cognoistroyent par expérience toute évidente, combien est véritable sa Prophétie : car les Apostres ont souffert toutes les mesmes choses que nous voyons aujourd’huy advenir aux fidèles. Cependant aussi lintention de Christ n’a pas esté de promettre aux siens fin des calamitez dedans quelque petite espace de temps : car par ce moyen il se fust contredit soy-mesme, veu qu'auparavant il les avoit admonestez qu’encores ne seroit-ce pas la fin : mais pour les accourager à persévérance et patience, il leur a expresséement prédit que ces choses appartenoyent à leur temps. Le sens est donc, comme sil disoit, Ceste prophétie n’est pas de quelques maux qui soyent encores bien loin, et qui appartienent à ceux qui viendront beaucoup de centaines d’ans après : mais des maux qui sont desjà prests à tomber sur la teste des hommes, voire tout à coup les uns avec les autres, en sorte qu’il n’y a pas un poinct de toutes ces calamitez duquel l’aage présent ne sente sa part. Ainsi donc le Seigneur chargeant

sur un aage de toutes espèces de maux, n’exempte pas ceux d’après qu’ils nayent à en endurer autant : mais seulement il veut admonester ses disciples destre prests à porter tout constamment.

39 Le:ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Afin que les propos qu’il dit soyent de plus grande authorité, il amène une comparaison pour esclarcir et monstrer plus évidemment la certitude d’iceux : disant qu’elle est plus ferme et stable que tout ordre de nature qui se voit au ciel et en la terre. Au reste, les expositeurs prenent en diverse sorte ceste façon de parler : car aucuns, quand il est dit que le ciel et la terre passeront, rapportent . Cela au dernier jour, auquel la condition caduque d’iceux sera abolie. Les autres aiment mieux la résoudre ainsi, Que toute l’estendue du bastiment du monde, tant qu'il comporte haut et bas, périra plustost que ceste Prophétie que nous avons ouye n’aguères, n’ait son effect.

Mais pource qu'il n’y a point de doute que Christ n’ait voulu expresséement eslever les esprits des siens plus haut que la considération de ce monde, il me semble qu’il touche yei les mutations et changemens qu’on voit continuellement au monde : comme s’il disoit qu’il ne faut pas juger de ces propos selon la variété du monde pleine d’inconstance, et semblable aux esmotions de mer, qui se font maintenant d’un costé, et puis de Pautre.

Car nous sçavons que quand les choses se tournent et brouillent ainsi en ce monde, combien il est aisé à nos esprits à s’esgarer quant et quant. Pour ceste cause Christ défend à ses disciples de s'amuser à regarder ce monde, mais veut qu'ils ayent tousjours la providence de Dieu devant les yeux, et que ceste considération leur soit comme une guette haut eslevée, en laquelle estans assis ils puissent regarder ci-bas toutes les choses qu’il a prédites devoir advenir. Cependant nous pouvons recueillir de ce passage une doctrine bien utile : c’est que nostre salut, d'autant qu’il est fondé sur les promesses de Christ, n’est point en bransle selon les changemens divers desquels le monde est démené, mais

demeure ferme et bien arresté : pourveu aussi que nostre foy passant par-dessus le ciel et la terre, monte jusques à Christ.

36 Or de ce jour-là et de l'heure, nul ne le sçait, etc. Par ceste sentence Christ a voulu que les fidèles tienent leurs esprits en suspens, afin que par une fausse imagination ils ne limitent quelque certain temps à la dernière rédemption. Nous sçavons comment nostre esprit est volage tant et plus, et comme nous sommes chatouillez d’une vaine cupidité et curiosité de sçavoir plus qu’il ne faut. Aussi Christ voyoit que les disciples s’avançoyent trop hastivement à penser au triomphe. Il veut donc que nous espérions et désirions tellement le jour de sa venue, que cependant toutesfois nul ne présume d’enquérir quand c'est qu’il viendra. Brief, il veut que ses disciples cheminent tellement en la lumière de la foy, qu’estans incertains du temps ils attendent patiemment la révélation d’iceluy. Il nous faut donc donner garde de nous soucier des temps plus avant que le Seigneur ne permet. Car le principal poinct de nostre sagesse est, que nous-nous tenions en toute sobriété et modestie au dedans des limites que la parole de Dieu nous monstre. Et afin qu’il ne soit fascheux aux hommes de ne sçavoir pas ce jour-là, Christ leur baille en cela les Anges pour compagnons.

Car ce seroit un grand orgueil et cupidité perverse, si nous qui rampons sur la terre, appétons de plus sçavoir qu’il n’est permis aux Anges de Paradis. Sainet Marc adjouste, n’aussi le Fils. Or il faudroit bien que ce fust un homme enragé jusques au bout, qui refuseroit de demeurer en lignorance à laquelle mesmes le propre Fils de Dieu a bien voulu s’assujetir pour l'amour de nous. Au.

reste, il y en a eu plusieurs qui pensans que ceci fust mal convenant à la personne de Christ, se sont efforcez de songer quelque chose pour addoucir ce propos qui leur sembloiït trop dur : paraventure aussi qu’ils l'ont fait pour avoir quelque subterfuge contre la malice des anciens, qui ont tasché de prouver par ce pas-

‘sage, que Christ n’estoit point le vray et

seul Dieu. Ainsi donc, selon lexposition

ant tats es dE DS

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE. 619

de ceux-là, quand il est dit que Christ n'a pas sceu le dernier jour, c’est d’autant qu’il ne l’a pas sceu pour le dire et révéler aux hommes. Mais veu qu’on voit bien qu’il est yci parlé d’une ignorance qui est commune à Christ et aux Anges, il nous faut chercher un autre sens plus convenable : lequel avant que de mettre en avant, je réfuteray briefvement les objections de ceux qui pensent que ce soit déroguer et faire injure au { Fils de Dieu, quand on dit qu’il n’est pas | inconvénient qu'il y ait eu quelque igno- ‘rance en Iuy. Premièrement, quant à ce qu’ils objectent que rien n’est incognu à Dieu : la solution est facile. Nous sçavons - que en Christ les deux natures ont tellement esté conjointes en, une personne, que Chacune d’icelles n’a pas laissé d’avoir Sa propriété : et mesmement la Divinité s’est tenue comme cachée, c’est-à-dire, n’a point démonstré sa vertu toutes fois et quantes que pour accomplir l'office de Médiateur, il a esté besoin que sa nature humaine besongnast à part selon ce qui -luy estoit propre. Et pourtant il n’a pas esté inconvénient que Grise qui Sçavoit Sentiment de l’homme. Car autrement il n’eust pas peu estre sujet à douleur et angoisse, et estre semblable à nous. Et quant à ce qu’aucuns répliquent qu’ignorance ne peut convenir à Christ, veu que

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