‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 49 sur 58 · MATTH, XXIV. MARC XIII · texte numérisé non relu

MATTH, XXIV. MARC XIII

37 Mais com-| 33 Gardez- -me estoyent les |vous, jours de Noé, œutant en sera-|vous ne scavez

c’est une partie de la punition du péché, cela est tant loin de raison que rien plus.

Car premièrement cest une bestise d'imaginer que l'ignorance qui est attribuée aux Anges procède du péché : mais ils se monstrent encores bien aussi sots en l’autre poinct, de ne recognoistre pas

que Christ s’est revestu de nostre chair, 1

afin de prendre sur soy les peines deues à nos péchez. Que si Christ selon lhomme n’a pas sceu le dernier jour, cela ne dérogue non plus à sa nature Divine, que Gandi esté mortel. Au reste, je ne

doute point qu'il ne regarde yei à EU OR

charge qu il avoit receue du Père

comme ‘en un autre passage ci-dessus ma,

quand il disoit que ce n’estoit pas à luy de mettre cestuy-ci ou cestuy-là a sa dextre ou à sa senestre. Car (comme j'ay là exposé) il ne vouloit pas simplement dire que cela fust hors de sa puissance :

mais le sens estoit, que le Père ne Pavoit pas envoyé avec charge de ce faire cependant qu’il seroit en ce monde. Aussi maintenant j’enten qu’entant qu’il estoit descendu à nous pour faire office de Médiateur, jusqu’à ce qu’il a parachevé sa charge, il ne luy a point esté donné de cognoistre ceci, que toutesfois il à en- Vend depuis la résurrection. Car lors il y a nomméement déclaré que toutes choses luy estoyent données en sa puissance.

LUC XVII

| 26 Æt comme il adveint és jours de Noé, veillez | ainsi mesme sera-il és jours du Fils de et priez : car |lhomme :

21 On mangeoil et beuvoit, on prenoit et

j à . e 4 . Li T: * il'aussi de l’'ad-| quand sera ce |bailloit-on à femme, jusqu'au jour que Noë

vénementdu Fils | temps-là.

de l’homme.

38 Car ainsi qu'ils estoyent és jours devant le déluge, mangeans et beuvans, se marians et baillans en maria- Gon., VII, 5,

entra en l'arche: et le déluge veint, qui les desfeit.

28 Semblablement aussi, comme il adveint és jours de Lot, on mangeoit, on beuvoil, on achetoit, on vendoit, on plantoit, on édifioit :

29 Mais au jour que Lot sortit de Sodome, il pleut feu et soulphre du ciel, qui les desfeit tous?.

30 Tout ainsi sera-ce au jour que le Fils de

!J’homme sera renouvelé.

2) Gen., XIX, 4.

ge, jusquà ce jour-là que Noë entra en l'arche.

39 Etne cognurent le déluge, jusqu'à ce qu'il Jul venu, et les emporta tous: autant en sera-il de l’advénement du Fils de l'homme.

40 donc deux seront au champ:

l’un sera recueilli, et l'autre laissé.

41 Deux mou-

. dront au moulin : l’une sera recueillie, et l'autre laissée.

42 Veillez donc:

car vous re SCavez à quelle heure vostre Seigneur

doit venir.

31 En ce jour-là, qui sera sur la maison, et aura son mesnage en la maison, qu'il ne descende point pour l'emporter : et qui sera és champs, semblablement ne retourne point à ce qui est laissé derrière.

32 Ayez souvenance de la femme de Lot.

33 Quiconque cherchera à sauver son âme, il la perdra: et quiconque la perdra, il l'engendrera en vie". ‘

34 Je vous di, En celle nuict deux seront en

L'un lict : l'un sera prins, et l'autre laissé.

35 [y en aura deux lesquelles moudront ensemble : l’une sera prinse, et l'autre laissée.

36 Deux seront aux champs : l'un sera prins et l'autre laissé.

37 Et eux répondant lui dirent, où Seigneur?

mais il leur dit, où sera La charongne, là $'assembleront les aigles. *

LUC XXI

34 Prenez donc garde à vous-mesmes, que vos Cœurs ne soyent grevez de gourmandise et d'yvrongnerie, et des soucis de ceste vie, et que ce jour-là soudain ne surviene sur vous.

35 Car il surprendra comme un lags tous ceux qui habitent sur le dessus de toute la terre.

36 F’eillez donc prians en tout temps. que vous soyez faits dignes d'éviter toutes ces choses qui sont à advenir, et que puissiez subsister? devant le Fils de l’homme.

1) Ou, il la vivifiera, ou, luy fera avoir vie. 2) Ou, estre fermes et stables ou, vous arrester. * Les v. 36, 37, man-

quent dans l’édit. française de 1561.

37 Matth. Comme estoyent les jours | par le feu du ciel, lors que sans craïnte

de Noé, semblablement,etc. Combienque Christ ait desjà déclaré qu’il veut tenir en suspens les esprits des siens, afin qu’ils ne s’enquièrent trop serupuleusemert du dernier jour, toutesfois de peur que sans aucun souci ils ne s’endorment tout à leur aise és délices de ce monde, il les exhorte maintenant à solicitude. [ veut donc qu’ils soyent tellement incertains de son advénement, que néantmoins ils ne laissent pas d’estre ententifs à l’attendre de jour en jour, ou plustost d'heure en beure. Et afin de leur faire quitter toute nonchalance, et les inciter plus fort à se donner garde, il prédit que la fin surviendra soudainement, lors que le monde n’y pensera point, et sera plongé en une stupidité brutale : comme és jours de Noé tous peuples ont esté engloutis par les eaux du déluge, lors qu'ils n’attendoyent rien moins, et au Contraire s’enyvroyent à plaisir en leurs délices, et quelque temps après, les Sodomites ont esté Consumez

aucune ils se desbordoyent en leurs paillardises infâmes. Puis que quand le dernier jour approchera, le monde vivra en une telle asseurance, sans penser aucunement au jugement de Dieu, il ne faut point que les fidèles se laschent la bride à l’exemple commun des autres: Nous entendons maintenant l'intention de Christ, Que les fidèles ont à faire tousjours bon guet, de peur d’estre soudainement surpris à despourveu : pource que le jour du dernier jugement viendra à l’heure qu’on n’y pensera pas. Il n’y a que sainct Luc seul qui face mention de Sodome, et ce au dixseptième chapitre, Où par occasion, sans avoir esgard aux temps, il récite ce propos de Christ. Mais il n’est pas inconvénient que les deux Evangélistes .

se soyent contentez de parler d’un seul exemple, combien que Christ en eust proposé deux : mesmement veu qu’il convenot en tout et par tout au propos : asçavoir que tout le genre humain, lors qu’il

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

estoit du tout addonné à oisiveté et à un esgayement desbordé, avoit esté soudainement destruit par les eaux, excepté bien peu de personnes. Quant à ce qu’il

dit que quand Dieu desfeit tout le monde par le déluge, et Sodome par foudre, Les hommes s’amusoyent lors à boire et à manger, à faire mariages, et autres négoces de ce monde : il signifie qu’ils s’occupoyent aux Ccommoditez et délices de la vie présente, aussi fort comme s’il n’y eust eu aucun changement à craindre.

Or combien que tantost il commandera aux disciples qu'ils se donnent garde de gourmandise, et des solicitudes terriennes, toutesfois en «e passage son but West pas droitement de condamner le desbordement et excès qui estoit en la vie des gens de ce temps-là, mais plustost leur obstination et endurcissement, entant que mesprisans les menaces de Dieu, ils ont attendu le jour de ceste destruction espovantable, sans s’en donner aucun souci. Ainsi donc, pource qu'ils se faisoyent à croire que les choses iroyent tousjours leur train, ils w’ont point fait de conséience de poursuyvre tousjours à la manière accoustumée, sans penser à rien. Et de faict, ce poinct seul de pourvoir à ses nécessitez, n’eust pas esté vicieux ou à condamner, si quant et quant ils ne se fussent obstinez contre ie jugement de Dieu, par une stupidité lourde et estrange, pour se desborder à clos yeux en une licence de mal faire, comme s’il n’y eust point eu de Juge au ciel.

Ainsi maintenant Christ dit que le dernier aage du monde sera du tout stupide, en sorte que les hommes ne penseront à rien qu'à la vie présente, et estendront leur soin en beaucoup d'années, continuans leur facon accoustumée de vivre, comme si le monde devoit tousiours demeurer en un estat. Or les similitudes sont fort propres et convenables au propos qu’il traitte : Car si nous-nous proposons devant les yeux ce qui adveint iors, encores que nous voyons en ce monde les choses continuer d’un mesme train, cela toutesfois né nous abusera pas, pour nous faire à croire qu’il doyve tousjours demeurer en son estre. Car trois jours auparavant chacun faisoit ses affaires en grande tran-

quillité, et tout soudain voylà la terre qui fut toute destruite par l’inondation des eaux : VOylà cinq villes qui furent consumées par le feu du ciel.

39 Etne cognurent le déluge jusqu à ce qu'il Jut venu. La source et la causi de ceste ignorance fut, qu incrédulité avoit aveuglé leurs entendemens : comme au Contraire lApostre aux Hébrieux, chap. XI, 7, monstre que Noé par les yeux de la foy a veu de loin la vengence de Dieu encores cachée, afin de la craindre de bonne heure. Et yci Christ fait comparaison de Noé au reste du monde, et de Lot aux Sodomites : afin que les fidèles apprenent de se retirer, de peur qu’ils ne se gastent suyvans le train des autres, Or il faut noter que lors les réprouvez se sont endormis en leurs meschancetez : pource que le Seigneur n’a pas fait la grâce sinon à ses serviteurs, d’avoir un advertissement salutaire pour se garder d'heure. Non pas que les habitans (le la terre n’ayent du tout rien séeu du déluge qui devoit venir, devant les yeux desquels, cent ans durans, et plus, Noé bastissant l'arche leur servoit d’assez suffisant advertissement de grande calamité : mais pource qu’un seul homme à esté spécialement admonesté par révélation céleste de la destruction de tout le monde, et redressé en espérance de salut. Aujourd’huy combien que ce soit une chose toute commune que le dernier jugement, et que le bruit en résonne par tout, toutesfois pource qu’il y en à bien peu, qui estans enseignez de Dieu sentent à bon escient que Christ viendra en temps opportun faire office de Juge, il faut que ceux-là soyent resveillez par ce bénéfice singulier de Dieu, et que leurs sens soyent aiguisez, afin qu’ils ne s’enveloppent en ceste nonchalance et stupidité qui règne communéement au monde.

Car aussi S. Pierre compare à ceste fin l'arche de Noé avec nostre Baptesme, 1 Pierre, IT, 24, asçcavoir pource qu'une petite compagnie de gens estant séparée de la grande multitude, est sauvée entre les eaux. Parquoy il faut que nos esprits tendent vers ce petit nombre, si nous voulons eschapper à salut.

40 Adonc deux seront au champ, l’un

sera recueilli, ete. Sainct Luc ayant que venir à ceci, entrelace quelques sentences, desquelles la première en sainct Matthieu est rapportée .à la destruction de Jérusalem : Qui sera sur la maison, ne descende point en sa maison pour emporter son mesnage. Maïs il se peut faire que Christ a appliqué un mesme propos à diverses choses. Il y a aussi après cela en S. Luc une admonition. Que les disciples ayent souvenance de la femme de Lot: cest-à-dire, que mettans en oubli les choses qui sont derrière eux, ils aspirent au but de la vocation céleste. Car la femme de Lot fut convertie en une statue de sel, pource que doutant si elle estoit sortie de la ville sans cause, elle regarda derrière soy : et cela estoit dé< mentir obliquement l’oracle céleste. Peutestre aussi que le regret qu’elle avoit de laisser son nid où elle s’estoit bien trouvée, luy feit tourner la teste. Puis donc que Dieu a voulu qu’elle servist d’enseignement à jamais, il faut confermer nos cœurs et nos esprits d’une constance de foy, de peur que le douter ne les face défaillir au milieu du chemin. En après, il les faut duire et accoustumer à persévérance, afin que renonçans à toute la friandise des commoditez de ceste vie Caduque, ils aspirent au ciel alaigrement et d’un franc vouloir. $S. Luc adjouste aussi une autre troisième sentence, Que ceux qui chercheront à sauver leurs âmes, les perdront : c’est afin que l’amour et le désir de ceste vie terrienne n’empeschent point les fidèles de passer courageusement par mille morts, en tendant au salut qui leur est gardé au ciel. Et Christ use ici d’un terme fort propre pour exprimer la fragilité de la vie présente, quand il dit que les âmes sont engendrées en la vie, quand on les aura perdues. Car c’est autant comme s’il disoit que les hommes, à proprement parler, ne vivent pas en ce monde, pource que le commencement de la vraye vie, et qui peut à bon droict estre ainsi nommée, c’est de renoncer au monde. Après cela S. Luc met ce qui est aussi en sainct Matthieu, que les hommes et les femmes seront lors Séparez les uns des autres, de peur que les liens par lesquels les hom-

mes sont conjoints entr’eux en ce monde?

n’empeschent ou retardent les fidèles. Car il advient souvent qu’en regardant ainsi les uns les autres, personne mayance son chemin. Afin donc que chacun en son endroit se desveloppant de tout empeschement et retardement, face son devoir de courir en diligence, Christ dit que de deux conjoints ensemble l’un sera pris, et l’autre laissé : non pas qu’il soit nécessaire que tous ceux qui sont conjoints soyent ainsi séparez, car le sainét lien de la crainte et cognoissance de Dieu, pourra faire que la femme fidèle adhérera au mari fidèle, et que les enfans tiendront compagnie à leur père : mais. Christ a voulu seulement, pour couper broche à tous empeschemens, exhorter un chacun à s’avancer, afin que Ceux qui sont desjà prests ne perdent leur temps s’amusans à attendre des compagnons. Incontinent après en S. Luc est mise ceste sentence, En quelque lieu que sera la charongne, etc. laquelle toutesfois il ne faut pas restraindre au dernier jour. Mais d'autant que les disciples avoyent demandé, Où Seigneur? c’est-à-dire, Comment demeurerons-nous debout quand un si grand esbranslement adviendra ? et comment serons-nous en seureté au milieu des tempestes si dangereuses ? et en quelle cachete nous pourrons-nous tenir unis ensemble pour eschapper? Christ tesmoigne, comme en sainet Matthieu, qu’il est l’enseigne de ferme union, sous lequel il faut que tous enfans de Dieu soyent assemblez.

42 Veillez donc, car vous ne sçavez à quelle heure, ete. En sainct Luc lexhortation est plus expresse, ou bien plus spéciale, Qu'il faut prendre garde que les cœurs ne soyent grevez de qourmandise et d'yvrongnerie, et des soucis de ce monde. Et de faict, celuy qui vivant en intempérance ha les sens chargez de viande et de vin, ne pourra jamais eslever son esprit à la méditation de la vie céleste. Mais pource quil n’y a cupidité de la chair qui n’enyvre l'homme, il faut que tous fidèles se donnent garde de se remplir de ce monde, s'ils veulent courir alaigrement au royaume de Christ.

EnS, Matthieu par ce seul mot de Feiller,

SUR L'HARMONIE ÉVANCGÉLIQUE.

est signifié ce soin continuel qui fait!là, sinon que miraculeusement nous.es-

qu'ayans les esprits levez en haut, nous passions par ce monde comme voyagers, sans nous y arrester, En sainct Marc il est premièrement commandé aux disciples de se donner garde, asçavoir que ruine ne les enveloppe à despourveu, ou mal songneux. En après il leur est commandé de veiller, pource que d’heure en heure divers allèchemens de la chair s’insinuent, qui seroyent pour assopir nos entendemens. Sur cela s'ensuit une exhortation à prières : et ce d'autant qu’il nous est nécessaire de chercher secours ailleurs pour soulager nostre infirmité.

S. Luce prescrit mesme la formule de prière. Premièrement, que Dieu nous face la grâce de nous préserver d’un labyrinthe si profond et entortillé : en après, que nous puissions estre représentez devant la face de son Fils entiers et sans souillure, Car nous ne parviendrons point

chappions mille morts. Et pource qw’il ne suffiroit pas de passer le cours de la vie présente, en venant tousjours au-dessus des dangers, Christ met ceci comme le principal, que nous puissions consister devant son siége judicial. Car vous ne scavez à quelle heure vostre Seigneur doit venir. Xl faut yei noter que l’incertitude du temps de l’advénement de Christ, dont quasi tous prenent occasion de s’anonchalir, doit plustost servir d’un aiguillon pour vous rendre songneux et diligens. Car Dieu a voulu qu'il nous fust

caché expresséement, afin que continuel-

lement nous facions bon guet, sans prendre une seule heure dasseurance. Car quelle espreuve y auroit-il de la foy et patience, si les fidèles passans toute leur vie en délices et à leur aise, s’apprestoyent trois jours devant seulement, pour

MATTH. XXIV

43 El scachez cela, que si le père de famille scavoit à quelle veille le larron devroil venir, il veilleroit, et ne laisseroit point percer sa maison.

A& Pourtant vous aussi soyez presis:

car le Fils de l'homme viendra à l’'heure que vous ne le -Cuidez point.

45 Qui est donc le serviteur fidèle et prudent, que son maistre & commis sur la compagnie de ses serfs, pour leur donner la nour.

rilure en temps ?

46 Bien-heureux est ce serviteur-la, que son maistre trouvera ainsi fai-

MARC XIII

34 C’est ainsi comme sil un homme estant dehors, ayant laissé sa MASON, et donné authorité à ses servileurs, et à un chacun sa besongne , üvVOil COMmandé au portier qu'il veillast.

35 l’eillez donc, (car VOUS ne SCAvez quand le Seigneur de la maison viendra, au soir, Où à minuict, où

se représenter devant la face de Christ?

LUC XII

35 Que vos reins soyent troussez, et vos chandelles allumées,

36 Estans semblables aux hommes qui attendent quand leur maistre retournera des nopces : afin que quand il sera venu, et frapera à la porte, incontinent on luy ouvre.

37 Bien-heureux sont ces serviteurs-là, que le maistre trouvera veillans quand il sera venu. Je vous di en vérité, qu'il se troussera, et les fera seoir à table, et s’avançcant les servira.

38 Et s’il vient à la seconde veille, et pareillement en la troisième, et qu’il les ait trouvez ainsi : bien-heureux sont ces serviteurs-là.

39 Or scachez ceci, que si le père de famille eust sceu à quelle heure le larron eust deu venir, il eust veillé, et n eus point laissé percer sa maison.

A0 Fous donc aussi soyez prests, car à l'heure que vous ne pensez point, le Fils de l’homme viendra.

&A Lors Pierre luy dit, Seigneur, dis-tu ceste similitude à nous, ou aussi à tous?

42 Et le Seigneur dit, Mais qui est le despensier fidèle et prudent, que le maistre à commis sur Son mesnage, pour leur se en temps l'ordinaire? *

1) Ou, le fils de l'homme est tout un, COMME Six

62% sant quand il viendra.

47 Je vous di en vérité qu'il le constiluera sur tous ses biens!.

48 Que sice servileur-là mauvais dit en son cœur, Mon maistre mel long temps à venir :

49 Et qu'il se prene à batre ses compagnons, et à manger et boire a-

vec les yvrongnes :

50 Le maistre de ce serviteur-là viendra au jour qu'il ne l'attend point, et à l'heure qu'il ne scail.

54 Et le séparera, et le mettra au rang des hypocrites : là y aura pleur etgrincement de dents.

1) Ou, luy dennera en charge.

à l'heure que le coq chante, ou au malin.) 36 De peur que quand il sera soudain venu,

il ne vous

trouve dormans.

37 El ce que je vous di, je le di à tous, Feillez.

43 Bien-heureux est ce serf-là, que son maistre trouvera ainsi faisant quand il viendra.

44 J'éritablement je vous di, qu'il le commettra sur tout ce qu'il ha.

45 Que si ce serf-là dit en son cœur, Mon maistre met long temps à venir : et qu'il se prene & batre les serviteurs et les chambrières, et à manger et à boire, et s’enyvrer.

46 Le maistre de ce serf-là viendra au jour qu'il n'attend point, et à l'heure qu'il ne scait : et le séparera, et le trailtera de mesme les desloyaux.

47 Et ce serviteur qui a cognu la volonté de son maistre, et ne s’est point préparé, et n'a point fait selon la volonté d'iceluy, sera batu de beaucoup de coups.

48 Mais celuy qui ne l'a point cognue, et a fait choses dignes d’estre batu, sera batu de peu de coups. Et à un chacun à qui il aura esté beaucoup donné, beaucoup luy sera redemandé : et à celuy auquel il aura esté beaucoup commis, tant plus sera demandé.

49 Je suis venu mettre le feu en terre, et que veux-je plus s’il est jà allumé ??

50 Or ay-je à estre baptizé d'un baptesme : et comment suis-je pressé, jusqu'à ce qu’il soil parfait?

2) Ou, sinon qu’il soit allnmé?

35 Luc. Que vos reins soient troussez, etc. Sainct Luc récite ce sermon de Christ en un autre endroit que S. Matthieu. Et ne s’en faut pas esbahir: car au chapitre XII, recueillant de plusieurs sermons une Somme de la doctrine, (comme nous avons monstré en un autre lieu) il a mis aussi ceste parabole avec le reste. D’avantage, il y aussi là une préface générale, Que les disciples attendent leur Seigneur, leurs reins estans troussez, et ayans chandelles allumées en leurs mains. Auquel propos se rapporte la parabole qui viendra tantost après en S. Matthieu, des vierges folles et des sages. Or Christ comprend fort proprement en peu de paroles, Comment les fidèles doyvent vivre en ce monde comme passans et voyagers. Car premièrement il met les reins ceints, à l’opposite d’oi-

allumées à l’opposite des ténèbres d’ignorance. Ainsi done, Christ commande premièrement à ses disciples qu’ils soyent alaigres et dispos à cheminer, afin qu’ils passent légèrement par ce monde, et ne cherchent point de repos ou demeurance arrestée autre part qu'au ciel. Et c’est une admonition fort utile. Car combien que mesme les hommes profanes ayent en la bouche ceste façon de parler, Le cours de la vie : nous voyons toutesfois comme ils cropissent en ceste terre, et y sont du tout attachez. Mais Dieu ne communique point ce titre honorable d’Enfans siens, sinon à ceux qui se recognoissent estrangers en ce mondé: et nonseulement sont tousjours prests à en sortir, mais aussi d’une course continuelle aspirent à la vie céleste. Et pource que cependant qu’ils conversent en ce

siveté et nonchalance: et les chandelles [monde, ils sont de toutes pars environnez

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de ténèbres, il leur baille des chandelles, comme à gens qui ont à cheminer de nuit.

Le premier poinct donc est pour” nous r'ecommander une alaigreté et diligence à bien courir: l’autre, une adresse ferme et certaine, afin que Îles fidèles ne perdent leur temps en se travaillant et lassant hors du chemin. Car autrement il vaudroit mieux clocher en la voye, que de faire grand chemin à l’esgarée et sans certaine adresse. Quant à ceste façon de parler, Les reins ceints : elle est prise de l’usage commun des peuples d'Orient, lesquels portent ordinairement des robes longues.

36 Æstans semblables aux hommes qui attendent quand leur maistre. I use d’une autre similitude de laquelle S.

Matthieu ne fait point mention: lequel aussi en cest endroit est plus brief. Car Christ se compare à un père de famille, lequel cependant qu’il se resjouit en un banquet de nopces, ou prend son plaisir en quelque autre lieu hors la maison, veut néantmoins que ses serviteurs se tienent au logis, vivans sobrement et modestement les uns avec les autres, faisans chacun sa besongne, et tousjours aitendans l’heure de son retour. Combien donc que le Fils de Dieu ayant esté receu au eiel en repos bien-heureux soit absent de nous, toutesfois veu qu’il a ordonné à chacun sa besongne et sa charge, ce n’est pas raison que nous demeurions endormis sans rien faire. En après, puis qu'il a promis de retourner vers nous, ii faut que nous-nous tenions tousjours prests à le recevoir d'heure enheure, de peur qu’il nous surprene endormis. Car si un homme mortel s’estime bien tant, qu’il veut que ses serviteurs soyent tousjours prests à quelque heure qu’il retourne en la maison: par plus forte raison, combien mieux appartient-il au Fils de Dieu de requérir un tel devoir des siens, que tousjours ils attendent sa venue, estans sobres et veillans? Au reste, pour leur donner plus grand courage, il dit qu’en ce monde les maistres prenent si grand plaisir à une telle promptitude de leurs serviteurs, que mesme ils les servent: non pas que tous maistres ayent ceste coustume, mais pource que quelquefois il ad-

viendra qu’un maistre qui sera de nature doux et benin, fera scoir à sa table ses serviteurs comme s'ils estoient compa-

enons avec Juy. Toutesfois on pourroit demander, veu qu’en plusieurs endroits

PEscriture nous appelle Enfans de jumière, Ephés., V, 8: veu aussi que le Seigneur nous esclaire par sa Parole, afin que nous cCheminions comme en beau plein jour : comment c’est que maintenant le Seigneur compare nostre vie aux veilles de la nuit, 4 Thess., V, 2. Mais nous avons la solution de ceste difficulté és paroles de sainet Pierre, qui dit que la parole de Dieu esclaire comme une chandelle allumée, 2 Pierre, [, 19, afin que nous voyons sans faillir, le chemin qu’il nous faut tenir en ce lieu obscur. Il faut donc noter l’un et l’autre : que nous avons à cheminer par les ténèbres obscures du monde: et toutesfois qu’ayans devant nous la lumière de la doctrine céleste, nous sommes hors de danger de nous esgarer, VU MESME UE NOUS AVONS Christ pour nostre soleil.

43 Matth. Æt scachez cela, que si le père de famille scavoit à quelle veille, etc. Christ amène maintenant une autre similitude pour exhorter ses disciples à faire bon guet. Car si quelqu'un oit dire qu’il y ait des larrons qui courent la nuit, la crainte et doute qu’il en ha ne le laisseront point dormir. Puis donc que nous sommes advertis que la venue de Christ sera soudaine, et comme le larron qui vient à l’heure qu’on ne s’en doute pas, et que nomméement il nous à esté prédit qu’il faut tousjours veiller, de peur que £’il nous surprend endormis, nous SOYONS engloutis avec les meschans: il n’y aura aucunement excuse à nostre nonchalance. Veu mesmement qu'il n’y à pas vci à craindre seulement qu'on rompe la muraille, et que nous perdions quelque chose de nos biens, mais il y a danger de recevoir un COUP mortel pour damner nos àmes, sinon que nous prenions garde à nous. Ainsi donc, ces mots tendent à ce que nous soyons resveillez par ceste admonition de Christ : pource que combien que le dernier jugement soit différé à un long temps, toutesfois il nous pend sur la teste d'heure en heure: et pourtant de

nous anonchalir en un temps suspect et danger prochain il n’y a point de raison.

45 Qui est donc le serviteur fidèle et prudent. Sainct Luc traitte ce passage plus distinctement, adjoustant l’interrogation que feit Pierre, laquelle donna occasion de proposer une nouvelle parabole.

Car d'autant que Christ avoit dit qu’il r’estoit point question d’estre paresseux, veu le danger qu’il y à, à cause de l’incertitude et soudaineté de son advénement: Pierre demanda si ceste doctrine estoit générale, ou si elle appartenoit seulement aux Douze. Car (comme nous avons veu en d'autres lieux) tousjours il sembloit aux disciples qu’on leur faisoit tort, sinon qu'estans exemptez du rang commun ils passassent de beaucoup les autres: et ceste fantasie leur revenoit souvent. Maintenant pource qu’on leur proposoit une condition qui n’estoit guères plaisante ni agréable, ils regardent deçà et delà comme gens bien estonnez.

Or la response de Christ tend là, que s’il faut qu'un chacun mesme du commun peuple veille, beaucoup moins est-il raisonnable que les Apostres soyent endormis. Parquoy, comme auparavant Christ avoit exhorté toute sa famille en général à veiller pour venir au-devant de luy : ainsi maintenant il requiert un soin singulier de ses principaux serviteurs, qui sont ordonnez et establis sur les autres, afin de leur monstrer par exemple le chemin de sobriété, tempérance, et saincte solicitude. Par ces paroles il les admoneste qu'il ne leur à point donné une dignité pour vivre oisifs et estre en délices sans souci: mais que tant plus ils sont eslevez en excellent degré d'honneur, tant plus grande et pesante charge ils ont sur leurs espaules. Et pourtant il dit qu'il est requis spécialement de ceux-là qu'ils ayent fidélité et prudence. Que tous ceux qui sont appelez à charge et estat honorable apprenent d’yci, que d’autant plus ils sont obligez à ne s’employer seulement par acquit, mais à s’efforcer de tout leur pouvoir et industrie à faire le devoir. Car comme ainsi soit qu'il suffise aux serviteurs communs d’avoir achevé leur journée, il faut bien que les maistres d’hostel ou despensiers de là maison pas-

sent plus avant, desquels Pestat comprend le $oin de toute la famille. Autrement Christ les charge d’ingratitude, pource qu'ayans esté choisis par-dessus les autres, ils ne monstrent point une telle diligence que mérite l’honneur qu’ils ont receu. Car pourquoy est-ce que le Seigneur les a préférez aux autres, sinon afin qu'ils les passent tous en fidélité et prudence P Il est vray qu’il est commandé indifféremment à tous d’estre sobres, et de penser songneusement à leur devoir :

mais c’est une chose bien plus mal séante et moins cxcusable és Pasteurs, d’estre nonchalans et endormis. Après cela, pour mieux les accourager, il leur propose mesme lPespérance du loyer.

48 Que si ce servileur-là mauvais dil en son cœur, etc. Yci Christ monstre en peu de paroles, d’où vient aux meschans serviteurs ceste asseurance : asçavoir d'autant que se fians à la longueur du terme, ils s’esblouyssent volontairement les yeux: ils se font à croire que le jour derendre conte ne viendra jamais :

brief, sous ombre que Christ est absent, ils se promettent impunité. Car il ne se peut faire que l’attente d’iceluy (toutesfois et quantes que nous y penserons) ne nous garde de nous endormir en nonchalance, et encore plus réprime la rébellion de la chair, afin que nous ne nous eslevions à nostre damnation. Ainsi donc il n’y a aiguillon d’exhortation plus vif ou de plus grande efficace, que quand on nous propose la sévérité de ce siége judicial, duquel nul ne se pourra exempter.

Et pourtant, afin que chacun de nous soit vigilant à s’employer songneusement à faire son devoir, et avise de près à se tenir modestement dedans ses limites refreschissons souvent en nos esprits la mémoire de ce dernier et soudain advénement du Seigneur, lequel les réprouvez mettans en oubli, s’esgayent et prenent congé de mal faire. Aussi Christ nous admoneste en passant, comment l’audace croist aiséement, depuis que la personne a une fois secoué le joug pour se jetter à mal. Car Christ n’introduit pas yci un serviteur qui soit seulement dissolu et deshauché: mais lequel s’eslève outrageusement pour troubler toute la maison,

et abuse à tort et à travers de la puissance qui luy est donnée, exerce cruauté contre ses compagnons serviteurs, dissipe en superfluité et excès les biens de son maistre, voire en luy faisant déshonneur, et se mocquant de luy. Pour le dernier, afin de nous donner crainte, il est yci fait mention de la peine, qui n’est pas petite:

asçavoir pource qu’une malice tant desbordée mérite punition plus griefve.

47 Luc. Et ce serviteur qui à cognu la volonté de son maistre, etc. H y a bien grand esgard à ceste circonstance, laquelle S. Luc seul exprime, Que selon qu’un Chacun à son escient se sera desbauché à mespriser le Seigneur, d'autant est-il digne de plus griefve punition. Car il est yei fait comparaison du plus au moins, à ceste fin, Si le serviteur qui fait faute par ignorance, ne laisse pas d’estre puni: que sera-ce du pervers et rebelle, qui met sous ses pieds, comme de propos délibéré, le commandement du maistre? Or il nous faut bien retenir, que ceux qui sont ordonnez pour gouverner Eglise, ne pèchent pas par ignorance, mais vileinement et meschamment desrobbent à leur Seigneur ce qui luy appartient. Toutesfois nous devons aussi recueillir de ce passage une doctrine générale, que les hommes ne gaignent rien de prendre la couverture (ignorance pour s’exemptier de condamnation. Car si un homme mortel s’attribue bien cela, de vouloir que ses serviteurs ayent le soin d’enquérir quelle est sa volonté, afin que rien ne se face en la maison à l’estourdie ou en confusion: combien plus grande authorité appartient au Fils de Dieu, afin que tous ceux qui sont à son service ayent ce désir d’estre diligemment enseignez et instruits en ses commandemens :

qu'ils ne s’avancent point à leur appétit de faire des choses à l’aventure, mais qu’ils dépendent entièrement de son bon plaisir? veu mesmement qu'il nous à prescrit de poinct en poinct ce que nous avions à faire, et qu’il nous respond tousjours doucement quand nous recourons à luy. Il est bien certain que nostre ignorance est tousjours ‘accompagnée d’une négligence lourde et lasche à merveille.

Et de faict, nous voyons que les hommes

ne gaignent rien dechercher ceste eschappatoire, Que celuy qui pèche non sçachant, n’est point en faute : puis que le Juge céleste prononce au contraire, Que combien qu’il soit vray que telles fautes seront chastiées plus légèrement, ce n’est pas toutesfois à dire que elles demeureront du tout impunies. Au reste, si mesme ignorance n’excuse pas les hommes, combien est horrible la vengence qui pend sur ceux lesquels pèchent de propos délibéré, et provoquent Dieu, se desbordans d’une rage contre leurs propres consciences ? Parquoy, là où il y a doctrine plus abondante, là aussi il y a matière de plus grande punition, si on ne rend docilité et obéissance. Dont il appert combien est maigre et frivole l’excuse de ceux, lesquels aujourd’huy rejettans la claire doctrine de l'Evangile, pour couvrir une telle obstination, allèguent l'ignorance de leurs pères. Voire, comme si ignorance estoit un bouclier assez suffisant pour repousser le jugement de Dieu. Mais encores, posé le cas que tous ceux qui pèchent par ignorance, obteinssent pardon: ce n’est pas raison toutesiois que ceux qui pèchent à leur escient reçoyvent semblable grâce, veu qu’ils s’eslèvent fièrement contre Dieu d’une malice délibérée.

48 Et à un chacun à quiil aura esté beaucoup donné, etc. Christ monstre par une autre circonstance, que les plus excellens entre les disciples seront punis plus griefvement, si estans mal-songneux de leur vocation, ils se prostituent sans mesure à tout desbordement: d’autant que selon qu’un chacun est doué de plus de grâces, aussi doit-il penser que tant plus grande charge il ha: voire à telle condition, qu’il luy en faudra rendre conte un jour. Et pourtant selon qu’un chacun de nous aura receu plus de dons de Dieu, s’il n’en rapporte plus grand revenu au Seigneur, (comme le champ qui a esté cultivé à plus grans frais doit rendre plus de proulit à son maistre) abus qu’il aura Commis en profanant la grâce de Dieu, ou la supprimant sans la faire valoir, luy sera bien cher vendu.

49 Je Suis venu mettre le feu en terre, eic. Par ce dernier propos il est aisé à présumer que c'est-çci un des derniers ser-

sermons de Christ: et que S. Luc ne l’a pas récité à l'endroit et au temps que Christ l’avoit dit. Or le sens est, que Christ a apporté au monde un trouble et confusion extrême, comme s'il vouloit mesler le ciel avec la terre. Car par métaphore ou similitude l'Evangile est comparé à un feu: pource qu'avec force et violence il change l’estat des choses. Ainsi done, en lieu que les disciples se faisoyent à croire qu'eux estans en repos et à leur aise, le Royaume de Dieu viendroit, Christ met à l’opposite un feu espovantable, duquel il faloit que le monde fust embrasé devant. Et pource que dés lors on en voyoit quelques commencemens, Christ accourage ses disciples par là, pource que desjà ils sentent présentement la vertu de l'Evangile: Quand (dit-l) les grans troubles commenceront à s’allumer, tant s’en faut que vous vous en deviez espovanter, que plustost cela vous doit estre occasion de vous asseurer, et prendre bon courage, quant à moy, je suis certes bien joyeux de veoir un tel fruit de mon labeur. Maintenant il faut que tous ministres de l'Evangile appliquent cela à leurs personnes : et quand il ya des troubles au monde, qu’ils s’employent tant plus alaigrement à faire leur office. Au reste, il convient noter qu'un mesme feu de la doctrine, quand il brusle d’un costé et d'autre, consume les pailles et la chaume, et au contraire purge l'or et l’argent.

MATTH, XXV

50 Or j'ay à estre baptizé d'un Baptesme. En ces mots Christ déclare qu’il ne luy reste plus sinon d'accomplir le dernier poinct Ge sa commission: c’est qu’en sa mort il consacre le renouvellement du monde. Car pource que ceste esmotion du monde de laquelle il avoit parlé, estoit espovantable: pourece aussi que cest embrasement du genre humain estoit effrayant, il monstre que les prémices en seront bien tost offertes en sa personne, afin que puis après il ne face pas mal aux disciples d’en sentir quelque portion. Il compare yci (comme en d’autres lieux) la mort à un Baptesme, Rom., VI, 4: pource que les enfans de Dieu estans pour un temps comme noyez par la mort corporelle, ressuscitent en vie un peu après, en sorte que la mort ne leur est autre chose qu’un passage par le milieu des eaux. Il dit qu’il est pressé en Soy-mesme, jusqu'à ce qu’il ait accompli ce Baptesme : afin d’accourager par son exemple un chacun de nous, tant à porter la croix comme à souffrir la mort. Non pas que l’homme naturellement puisse désirer la mort, ou quelqu’autre diminution de son estat présent: mais pource que quand nous contemplons en l’autre rivage la gloire céleste, le repos bienheureux et immortel : le désir de cela fait que non-seulement nous portons la mort patiemment, mais aussi sommes ravis d’ardente affection là où la 13 et espénance nous tirent.

MARC. LUC

1 Adonc le royaume des cieux sera semblable à

dix vierges, lesquelles prindrent leurs lampes,

s’en allèrent au-devant du marié.

el

a Or entre elles il y en avoit cinq folles et cinq

sages.

3 Celles qui estoyent folles, en prenant leurs lampes n'avoyent point prins d'huile avec elles. 4 Mais les sages avoyent prins de l'huile en leurs

vaisseaux avec leurs lampes.

5 Et comme le marié tardoitl à venir, elles som-

meillèrent toutes, et s'endormirent.

6 Or à la minuict on s’escria, disant, V'oyci, le

marié vient, sortez au-devant de luy.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

7 Adonc se levèrent toutes ces vierges-là et ap-

prestèrent leurs lämpes.

8 Et les folles dirent aux sages, Donnez-nous de vostre huile : car nos lampes s’esteignent.

9 Mais les sages respondirent, disans, Non ferons, de peur que nous n'en ayons point assez pour nous el pour vous : mais allez plustost à ceux qui en vendent, et en achetez pour vous-mesmes.

10 Or cependant qu'elles en alloyent acheter, le marié veint : et celles qui estoyent prestes entrerent avec luy aux nopces, et la porte fut fermée.

11 Puis après vienent aussi les autres vierges,

disans, Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.

12 Mais il leur respondit et dit, Je vous di en vé-

rilé, que je ne vous cognoy point.

13 Veillez donc : car vous ne scavez ne le jour ne l'heure, en laquelle le Fils de l'homme viendra.

Combien que ceste exhortation tende quasi à mesme fin que la précédente, comme il apperra par la conclusion : toutésfois proprement elle est adjoustée, afin de confermer les fidèles en persévérance.

Le Seigneur cognoissoit comment les hommes sont de leur nature enclins à estre délicats : et qu’il advient communéement que non-seulement ils s’anonchalissent par succession de long temps, mais se faschent incontinent, et s’anéantissent dés l’entrée. Pour corriger ceste maladie, il remonstre aux disciples qu’ils ne sont point munis, s'ils n’ont comme une provision de persévérance pour un long temps. Quand nous entendrons que voylà le but de la parabole, il ne sera point besoin de s'amuser par le menu à esplucher toutes les circonstances, qui ne font rien à l'intention de Christ. Il y en a qui se tourmentent beaucoup après les lampes, les vaisseaux, l'huile : maïs la substance simple et naturelle de la parabole est, Qu'il ne suffit pas d'avoir pour quelque peu de temps une affection prompte et ardente, s’il n’y à quant et quant une constance qui ne se lasse point.

Or Christ use d’une similitude fort propre pour exprimer cela. Un peu auparavant il avoit exhorté ses disciples, qu'ayans à cheminer par lieux obscurs et ténébreux, ils avisassent d’estre garpis de lampes. Mais pource que si on n’y fournit de l'huile, la mesche vient à sé-

cher petit à petit, et perd sa clarté, Christ dit maintenant que les fidèles ont besoin de fournissement de vertu et force, laquelle nourrisse et entretiene la lumière allumée en leurs cœurs : et que sans cela il adviendra que leur alaigreté et promptitude défaudra à la moitié du chemin.

A Adonc le Royaume des cieux sera semblable à dix vierges, .etc. Par ce mot est entendu l’estat de l'Eglise qui devoit estre assemblée en l’authorité et sous la conduite du Messias. Or il use expresséement d’un titre si honorable, afin que les fidèles ne s’abusent d’une fausse imagination, d’avoir desjà une perfection du tout accomplie. Au reste, il a pris la similitude sur l’usage commun de ceste vie. Car Ça esté une sotte spéculation à sainct Hiérome et à ses semblables, de tirer ceci en la louange de virginité : veu que Christ n’a regardé à autre chose qu'à amoindrir lPennuy qu'on pouvoit prendre à cause du retardement de sa venue. Ainsi donc il dit qu'il ne requiert rien de nous que ce qu’on a ordinairement accoustumé de faire pour ses amis en une feste et solennité de nopces. La coustume estoit que le soir volontiers les vierges, qui sont tendres et mignardes, par honneur convoyoyent l’espoux jusqu’en sa chambre. Mais la somme de la parabole consiste en ce qu'il ne suffit pas d’estre une fois en train de faire le

devoir de nostre vocation, sinon que nous persévérions jusques à la fin.

2 Mais les sages avoyent prins de

l'huile en leurs vaisseaux, etc. En la fin

du chapitre précédent, le Seigneur requéroit spécialement que les maistrés d’hostel ou despensiers de sa maison fussent prudens : pource que la raison veut que tant plus grand’ charge un chacun soustient, et est employé en affaires de conséquence, aussi il se porte plus prudemment. Mais maintenant il requiert que tous enfans de Dieu en général ayent prudence : asçavoir de peur que faisans les choses inconsidéréement, ils ne se jettent et abandonnent en proye à Satan.

Or il spécifie nomméement ce poinct de prudence, Qu'ils soyent songneux de faire provision des aides nécessaires pour parachever le cours de leur vie. Car selon l'impétuosité bouillante de nostre impatience, le temps, quoy qu’il soit brief, nous semble estre trop différé : en après nous sommes environnez d’une telle indigence de tous biens, que d'heure en heure il nous est besoin de trouver quelques aides.

5 Æ£t comme le marié tardoit à venir, elles sommeillèrent toutes, etc.

Quant à ce qu’aucuns exposent en la mauvaise part le dormir dont il est vei parlé, comme si les fidèles s’adonnoyént à nonchalance avec les autres, et Ss’endormoyent és vanitez de ce siècle : cela ne convient aucunement à l'intention de Christ, ni au fil de la parabole. Il y auroit plus d'apparence à l’exposer de la mort, laquelle prévient les fidèles, et les saisit devant le second advénement de Christ. Car il nous faut attendre le salut non-seulement à ceste heure, mais aussi quand estans décédez de ce monde, nous reposons en Christ. Toutesfois je pren ceci plus Simplement, des affaires terriens, désquels nécessairement les fidèles sont enveloppez cependant qu’ils habitent en céste chair. Et combien que jamais ils ne doyvent tomber là de mettre en oubli le Royaume de Dieu, toutesfois il n’est pas mal à propos de comparer au dormir les distractions qu’apportent les affaires de ce monde : car ils ne peuvent pas estre si attentifs à penser à l’advénement de

Christ, qu’ils ne se trouvent. distraits ou retardez, ou pour le moins enveloppez de diverses solicitudes : ce qui fait qu’en veillant ils dorment aucunement. Quant au crê qui fut fait à là minuict, j’expose que cela par métaphore ou Similitude signifie un advénement soutain. Car nous Ssçavons quand il survient quelque chose de nouveau, et à laquelle on ne pensoit pas, qu'on à accoustumé dé faire bruit. Il est vray que le Seigneur crie tous les jours qu’il viendra en brief :

Mais lors toute la machine du monde résonnera de toutes pars: et sa majesté espovantable remplira tellement-le ciel et la terre, que ce sera non-seulement pour resveiller ceux qui sont endormis, mais aussi pour tirer des sépulchres les morts, Jehan, V, 28.

8 Et les folles dirent aux sages, Donnez-nous de vostre huile, etc. Yci est taxée la repentance tardive de ceux qui ne sentent jamais ce qu’il leur défaut, jusqu’à ce que la porte soit fermée, et que tout moyen d'y remédier leur soit osté.

Car pour ceste cause sont appelez fols, ceux qui ne se prouvoyent point pour durer long temps, d'autant que Sans aucun souci ils se plaisent en leur povreté, et laissent tellement escouler le temps de communication mutuelle, qu’ils ne tienent conte des aides qui leur sont présentées.

Ainsi donc pour ce qu’ils né pensent pas d’heure à acheter de l’huile, ét én faire provision, Christ se mocquant dé la Cognoissance trop tardive qu’ils ont de leur faute, monstre comment ils seront récompensez de leur nonchalance : asçavoir qu'ils se trouveront vuidés et desprouveus, mais il n’y aura plus de rémède.

9 De peur que nous n'en ayons point assez pour nous, etc. Nous sçavons que Dieu distribue diversementses dons à Chacun selon sa mesure, äfin que les hommes s'entr’aident les uns les autres, et que ce qui à esté comme donné en garde à Chacun, soit rapporté à lPutilité commune :

et que par ce moyen est entretenue ceste.

liaison sacrée des membres de PEglise.

Mais Christ parle yci du temps que il appéllera tous hommes à comparoistre devant son siége judicial, Chacun avec son fardeau, afin de rapporter Selon qu’il aura

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