‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 56 sur 58 · MARC XIV. LUC XXII · texte numérisé non relu

MARC XIV. LUC XXII

41 Puis il vient la troisième| 47 Elcomme Jois, et leur dit, Dormez d'yci | il parloit enco-

en avant, et reposez, il suffit, l'heure est venue : voyci le Fils de l'homme s'en va estre livré és mains des meschans.

42 Levez-vous, allons, voyci, celuy qui me livre approche.

43 Et soudain comme il parloit encores, Judas (qui estoit l’un des douze) vient et avec luy mout grande multitude, avec glaives et bastons, de par les principaux Sacrificateurs , et Scribes, et Anciens.

4h Or celuy qui le trahissoit leur avoit baillé signe|entr’eux, disant, Quiconque je baiser ay, c'est luy, empoingnez-le, et le menez seurement.

- 45 Quand donc il fut venu, in-

continent s'approchant de luy, dit, Maistre, Maistre. Et le baisa.

46 Adonc ils meirent leurs mains sur luy, et l'empoignerent.

res, vOyCi une compagnie, el celuy qui se nommoit Judas,undes douze, alloit devant eux..el s approcha de Jésus pour le ba ;; se,

48 Et Jésus luy dit, Judas, trahis -tu le Fils de l'homme par un baiser?

reposez, voyci, l'heure est proche, etc.

C’est une chose assez certaine que Jésus- Christ parle yci par ironie, qui est comme une manière de mocquerie : mais il faut entendre quant et quant à quoy tend ceste ironie. Car pource que Jésus-Christ w’avoit rien proufité en admonestant les disciples, non-seulement il reprend obliquement leur nonchalance, mais dénonce que quand ils voudroyent estre pares-

seux, On ne leur donnera plus le loisir.

Le sens est donc, Pource que jusques à ceste heure j'ay perdu mes peines de parler à vous, je ne m'amuseray plus à vous exhorter : mais encores que je vous donne congé de dormir, les ennemis toutesfois ne vous laisseront pas faire, mais vous contraindront à veiller maugré que vous en ayez. Et pourtant en sainct Marc est adjousté ce mot, Z/ suffit : comme s’il les advertissoit qu’il n'est plus temps

PR PE vu

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de dormir. Et voylà comment souventesfois le Seigneur chastie la paresse des hommes, c’est que ceux qui ont esté sourds aux paroles, sont finalement contraints de se resveiller à force des maux qui leur advienent. Et pourtant apprenons de bonne heure de prester laureille aux paroles du Seigneur, de peur que ce qu’il veut avoir de nous volontairement, la nécessité ne le tire finalement par force.

46 Levez-vous, allons, voyci, celuy qui me livre s'approche. Par ces mots il déclare qu'après avoir prié, il a esté muni de nouvelles armes. Il est vray que devant il avoit esté assez volontaire à la mort : mais sur le poinet il a eu un rude combat contre l'infirmité de la chair, tellement que volontiers il se fust retiré de la mort, s’il l’'eust peu faire avec la bonne volonté du Père. Ainsi donc par prières et larmes il a obtenu nouvelle force d’enhaut : non pas que jamais il ait esté en bransle par faute de vertu, mais pource qu’il a voulu travailler avec peine et effort fascheux et difficile, sous l’infirmité de la chair, laquelle il avoit prinse volontairement, afin de nous acquérir victoire en sa personne : mais maintenant la frayeur estant appaisée, et la crainte mise sous les pieds, afin d’offrir derechef au Père un sacrifice volontaire, non-seulement il ne se recule point, et ne se cache point, mais va d’une franche volonté au-devant pour se présenter à la mort.

47 Et comme il parloit encores, voyci Judas l'un des, etc. Les Evangélistes expriment songneusement que le Seigneur avoit préveu tout ce qui adveint. Dont on a peu recueillir pour certain qu’il n’estoit point tiré à la mort par violence externe, sinon en tant que les meschans exécutoyent le conseil secret de Dieu. Combien donc que les disciples ayent là veu un spectacle piteux et plein d’espovantement, toutesfois ils ont eu quant et quant matière d’asseurance pour se confermer, veu que la chose mesme monstroit que rien ne se faisoit par cas fortuit, et veu que l’advertissement que Christ leur avoit fait au paravant, les guidoit à contempler la gloire

de sa Divinité. Quant à ce que les Sacrificateurs y ont envoyé une multitude de gens en armes, et que d'avantage par

prières ils ont obtenu de Pilate une bande

avec le capitaine, de là il appert que leur mauvaise conscience les mettoit en doute et frayeur, en sorte qu'ils faisoyent toutes choses.en incertitude. Car qu’estoit-il besoin de si grande force pour prendre Christ, qu’ils sçavoyent n'avoir aucune défense d'armes? La cause donc d’un appareil si songneux, estoit que la vertu Divine de Christ, qu'ils avoyent sentie par plusieurs exemples, les tourmentoit au dedans. Mais de l’autre costé se monstre leur rage et forcénerie merveilleuse, d'autant que se confians en puissance d'armes, ils ne font aucune difficulté de s’eslever contre Dieu.

48 Or celuy qui le trahissoit, leur avoit donné signe, etc. Je ne doute pas que Judas n’ait esté retenu de quelque révérence du Seigneur, ou d’une honte de son meffait, en sorte qu’il n’a pas osé apertement se monstrer estre un des adversaires : et mesme quand en sainct Marc il admoneste les gendarmes, qu'ils te mènent seurement : je pense que c’est pource qu'il luy souvenoit qu’autres fois Jésus-Christ avoit par plusieurs tesmoignages monstré sa vertu Divine.

Mais cependant c’a esté une merveilleuse forcénerie, ou de se cacher par une feintise frivole, lorsqu'il venoit en la pré: sence du Fils de Dieu, ou d’opposer la ruse et finesse des hommes à l’encontre de la puissance de Dieu.

49 Et incontinent s'approchant de Jésus, dit, Maistre, bien te soit. Je ne doute point que Judas comme estonné et quasi tremblant du danger de son Maistre, n'ait fait semblant par ces paroles d’avoir quelque affection de compassion.

Et pourtant en S. Marc il y a une répétition comme d'un homme parlant de grande affection, Maistre, Maistre. Car combien que la majesté de Christ le pressast, toutesfois le diable Iny avoit tellement ensorcelé Pesprit, qu’il luy sembloit que sa trahison estoit bien couverte sous Couleur d’un baiser, et de quelque douceur de paroles. Ceste salu-

| éation donc ou escriement a esté une

couverture de compassion. d'en di autant du baiser : Car combien que la coustume fust assez commune entre les guifs de baiser les mains pour leur faire accueil, toutesfois veu qu’il n’v avoit guères que Judas estoit départi d'avec Christ, il semble maintenant qu'il baïlle à son Maistre le dernier baiser, comme estant soudainement estonné du danger auquel il le voit. Ainsi, il surmonte les autres en apparence d'affection d'amour, d’autant qu'il semble qu’il ha grand regret d’estre séparé d'avec son Maistre : mais cependant il appert par la response de Christ, comment toute son hypocrisie et finesse ne luy a guères servi.

50 Ami, à que faire es-tu yci? Adonc ilss’approchèrent,etc.Sainet Luc couche ceci en termes plus exprès, disant, Judas, trahis-tu le Fils de l’homme par un baiser? Sinon qu'il y a plus de véhémence en ceste façon de reproche, de ce que pour couvrir ou exécuter sa trahison détestable, il abuse mal-heureusement de l’amitié de son Maistre, et du grand honneur qu’il luy avoit fait: car ce West pas par mocquerie que Christ l'appelle aœmi, mais il luy objecte son ingratitude, d'autant que de domestique et ami familier il est devenu traistre, comme il avoit esté prédit aux Pseaumes, Ps. LV, 13. Si un estranger eust fait cela, la chose eust esté aucunement tolérable : mais maintenant un de mes familiers e! domestiques, avec lequel je prenoye mes repas, et qui m’accompagnoit au Temple du Seigneur, a dressé des embusches contre moy. Or nous voyons yci bien clairement ce que j’ay remonstré un peu devant, asçavoir de quelque ruse que les hypocrites se couvrent, et quel-

MATTH. XXVI

51 Et voyci un de ceux qui estoyent avec Jésus, avancant la main, tira son glai-

du principal Sacrificateur, et luy emporta l'oreille.

52 Lors Jésus luy dit, Remets ton glaive en son lieu :

car tous ceux qui auront

reille.

MARC XIV

47 Et quelqu'un de ceux qui estoyent là, ira un glaive, et en ve, et en frapa le serviteur | frapa le serviteur du principal leur, et luy coupa l’o-

que fard qu'ils prenent, que quand ils -

sont vénus en la présence du Seigneur, leurs forfaits vienent en évidence, et sont descouvers : et que mesme cela leur retourne à plus grande condamnation , qu’'ayans esté receus au giron de Christ, ils s’eslèvent mal-heureusement contre luy. Car le nom d’4mi, comme nous avons dit, contient en soy un aiguillon bien picquant. Au reste, sçachons que l'Eglise sera tousjours sujete à ce mal que Christ a une fois expérimenté en sa personne, C’est qu’elle nourrit comme en son sein des traistres. Et pourtant il a esté dit un peu devant, le éraistre veint, qui estoit l'un des Douze : afin que nous ne soyons troublez outre mesure, voyans de semblables exemples, pource que le Seigneur veut esprouver nostre fo en toutes les deux sortes. Quant au dehors, Satan combat contre nous et contre l'Eglise par des ennemis manifestes : et au dedans il machine secrètement quelque ruine par les hypocrites : nous sommes toutesfois enseignez par ceci de nous porter en toute syncérité envers Dieu, nous tous qui sommes ses disciples. Car aussi les révoltemens que nous voyons advenir tous les jours, nous solicitent à crainte et exercice de vrayé saincteté :

comme dit S. Paul en la seconde Epistre à Timothée, chapitre II, 49. Quiconque invoque le nom du Seigneur, qu’il se retire-diniquité. Il nous est commandé à tous de baiser le Fils de

Dieu. Et pourtant avisons de ne Iuy

donner point un baiser de traistre : <ar autrement il nous sera bien cher vendu d’avoir esté eslevez en un si grand honpeur.

LUC XXII

49 Alors ceux qui esdoyent auprès de luy, voyans ce qui estoilt à

Sacrificade glaive.

50 Æt un d'entre eux

48 Lors Jésus parla|frapa le serviteur du a eux, et leur dit, Vous

souverain Sacrificateur,

advenir, luy dirent, Seigneur , fraperons-nous

si otlétntiaté : sai st tit

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

prins le glaive périront par glaive.

03 Penses-lu que je ne puisse maintenant prier mon Pere, qui me baillera présentement plus de douze légions d'Anges ?

54 Comment donc seroyent accomplies les Escritures qui disent qu’il faut qu'ainsi soit Jait ?

55 À ce mesme instant Jésus dit aux troupes, Vous estes sortis ayans glaives et bastons, comme après un brigand pour me prendre : tous les jours j'estoye assis entre vous, enseignant au Temple, et ne m'avez point empoigné.

56 Mais tout ceci a esté fait, afin que les Escriltures des Prophètes soyent accomplies.

Adonc tous les disciples l’a-

esles venus comme à un brigand avec qlaives et bastons pour me prendre.

49 J’estoye tous les jours entre vous, enseignant au Temple, etne m avez point empoingné. Mais il faut que les Escritures soyent accomplies.

50 Adonc ses disciples le délaissans s’en- Juyrent tous.

51 Et quelque jeu-

ne homme le suyvoil

enveloppé d'un linceul le corps nud : et quelques jeunes hommes le saisirent.

52 Mais iceluy laissant son linceul s’en- Juyt d'eux tout nud.

et luy emporta l'oreille droite.

51 Mais Jésus prenant la parole, dit, Laissezles faire jusques à ci. Et ayant touché l'oreille d'iceluy, le guarit.

52 Puis Jésus dit à ceux qui estoyent venus à luy asçavoir aux principaux Sacrificateurs, et aux capitaines du Temple, et aux Anciens, Esles-vous venus comme à un brigand avec glaives et bastons ?

o3 Comme ainsi soù que j aye esté journellement avec vous au Temple, vous n'avez point estendu les mains sur moy :

mais c’est-ci vostre heure et la puissance des téné-

bandonnèrent et s’enfuyrent.

49 Luc. Seigneur, fraperons-nous ?

50 Ef un d'entr'eux frapa le serviteur, etc. S. Luc dit que tous lesdisciples d’un commun accord délibérèrent de combatre pour leur Maistre. Dont derechef il appert comment nous sommes tousjours plus courageux et prests à combatre et fraper, qu’à porter la croix. Et pourtant il est besoin de considérer tousjours avec prudénce, que c’est que le Seigneur commande, et qu’il requiert d’un chacun de nous, de peur que lardeur de nostre zèle ne s’eschauffe outre mesureet raison.

Au reste, touchant ce qui est dit, que les disciples ont demandé à Christ s'ils fraperoyent, ils ne l’ont pas fait à l'intention d’obéir à son commandement, mais ils ont déclaré par ces paroles qu’ils estoyent tous prests et délibérez de repousser la violence des ennemis. Et de faict, Pierre w’attendit pas qu’il luy fust commandé ou donné congé de fraper, mais il s’avancea inconsidéréement à user de violence ülicite. 11 semble bien de prime face que ce soit une vaillance et magnanimité digne de louange, de ce que les disciples ayans mis en oubli leur infirmité, combien qu’ils n’ayent pas force suffisante pour résister,

bres.

toutesfois ne font point de difficulté de mettre leur corps au-devant pour leur Maistre, et s’exposer en danger de mort apparent : Car ils aiment mieux mourir avec le Seigneur, que de souffrir qu’il soit oppressé eux vivans et voyans. Mais pource qu’ils ne tienent point un bon ordre, entant qu’ils entreprenent plus que la vocation de Dieu ne commande ou permet, à bon droict leur témérité est condamnée. Parquoy afin que nostre service soit plaisant à Dieu, apprenons à dépendre de son bon plaisir, afin que personne ne remue le doigt, sinon autant qu’il luy sera commandé de Dieu. Et sur tout il y a une raison pour laquelle il nous convient songneusement observer une telle modestie: c’est pource que le plus souvent en lieu d’un zèle droit et bien compassé, une inégalité bruyante règne en nous. Les Evangélistes ne font point yci mention nomméement de Pierre : mais sainct Jehan en rend tesmoignage : et on verra bien tost par la déduction du texte, que c’est Pierre, duquel il est yci parlé sans le nommer. Toutesfois il est aisé à recueillir de S. Luc, que les autres aussi ont esté consentans à la mesme insolence.

Car Christ ne parle pas à un tant seulement, mais il dit à tous en commun, Laissez-les faire jusques à ci.

52 Matth. Remets lon glaive en son lieu: car tous ceux qui auront prins le glaive, etc. Par ces mots Christ conferme le commandement de la Loy, par lequel l’usage du glaive est défendu aux particuliers. Et sur tout, il faut noter la peine et menace qui est incontinent adjoustée :

car les hommes n’ont pas ordonné à leur plaisir la punition pour faire vengence de leur sang : mais Dieu luy-mesme en nous défendant estroitement les meurtres, a monstré combien il aime et tient cher le genre humain. Premièrement donc Christ ne veut pas que on le défende avec force et violence, pource que Dieu en la Loy a défendu de fraper, et c’est la raison générale: mais incontinent après il descend à la spéciale. Au reste, on fait yci une question, Asçavoir-mon s’il n’est jamais licite d’user de violence pour repousser une violence injuste. Car comme ainsi soit que Pierre s’adressast contre des meschans et malheureux brigans, il est toutesfois condamné pour avoir tiré son glaive. Si en ce cas Pexcuse de dire que cestoit pour se défendre modéréement, n’a point eu de lieu, il semble que Christ lie les mains de tous. Or combien que nous ayons traitté ceste question plus au long sur le cinquième chapitre, j’en mettray toutesfois encores yci mon avis en peu de paroles. Premièrement il faut faire distinction entre la jurisdiction externe ou civile, et le jugement spirituel, qui ha son siége en la conscience: car si quelqu'un use de violence pour repousser un brigand, il n’encourra point la puñition publique, pource que les loix larment contre cestuy-là qui est ennemi commun du genre humain. Ainsi, toutes fois et quantes qwon se défend à l'encontre dune violence injuste, la peine de laquelle Dieu a mis l’exécution entre les mains des juges terriens, cesse. Cependant toutesfois la bonté de la cause simplement n’absout pas de péché la conscience, si l'affection pure n’y est quant et quant. Ainsi donc, afin qu'un homme se puisse défendre bien et licitement, il faut nécessairement que devant il oste et courroux et haïne, et dé-

sir de vengence, et toutes affections desréglées, afin que la défense n’ait rien en soy tempestueux. Mais pource que cela ne se trouve pas souvent, et mesme à grand’ peine se trouve-il jamais, à bon droict Christ rappelle les siens à la règle générale, que du tout ils s’abstienent de fraper de glaive. Cependant il y à eu des fantastiques qui ont follement abusé de ce tesmoignage, pour oster aux juges tout usage de glaive. Ils disent qu’il n’est pas permis de fraper de glaive. Je confesse bien que cela est vray, pource qu’il n’est pas licite à aucun de prendre le glaive à son plaisir, pour mettre à mort quelqu'un de son authorité: mais je nie que les magistrats qui sont ministres de Dieu, et par lesquels il exerce ses jugemens, doyvent estre mis de ce rang commun. Joint que par ces paroles de Christ, ceste puissance leur est nomméement attribuée, et ils y sont maintenus. Car puis qu’il dit qu’il faut exterminer les meurtriers et homicides, il s'ensuit que le glaive est mis en main aux juges, afin qu'ils facent la punition des meurtres illicites. Il est bien vray que quelquesfois il adviendra que

les gens adonnez à espandre le sang innocent, viendront à estre punis par au-

tres moyens: toutesfois voylà le moyen ordinaire par lequel le Seigneur à voulu que l’audace cruelle des meschans fust réprimée, afin qu’elle ne veinst à tout gaster sans punition aucune. Au resté, quant à ce qu’aucuns docteurs du droict Canom (qu’on appelle) ont bien osé se desborder jusques à ceste impudence, de dire que le glaive n’a pas esté osté à Pierre, mais qu’il luy à esté commandé de le tenir serré dedans le fourreau, jusques à ce qu’il fust temps de le tirer : en cela nous voyons comment ces mastins se sont jouez de la parole de Dieu manifestement et sans aucune honte.

o3 Penses-lu que je ne puisse maintenant prier mon Père, etc. Maïntenant

s'ensuit ceste raison spéciale, de laquelle

j'ay fait mention un peu devant. Car Christ remonstre qu'il auroit bien promptement une meilleure défense et plus légitime, si ce n’estoit qu’il convient obéir à l’ordonnance du Père. Car voyei la substance de ce propos, Puis que par le conseil éternel

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de Dieu il est destiné en sacrifice, qu’il ne faut batailler à l'encontre. Ainsi la témérité de Pierre est condamnée par une autre circonstance, asçavoir pource qu’il s'efforce non-seulement d’anéantir l’ordonnance céleste, mais aussi de fermer la porte de la rédemption du genre humain. Non-seulement Pierre a tiré le glaive illicitement, mais aussi les disciples ont esté fols et mal-avisez, de ce qu’estans en petit nombre et foibles, ils se sont efforcez de faire quelque chose contre une bande de gendarmes, et autre bien grande multitude. Le Seigneur donc pour monstrer plus évidemment leur folie, met ceste comparaison: S'il faut chercher secours pour défendre sa vie, qu’il aura incontinent, non pas onze Anges, mais une grande gendarmerie et invincible. Puis donc qu’il ne fait point venir les Anges pour sa défense, que beaucoup moins il se veut aider d’une esmotion inconsidérée, de laquelle il ne faudroit attendre ne proufit ne bonne issue :

car tout l’effort et esmotion des disciples n’a non plus servi, que si quelques grenouilles eussent fait bruit. Au reste, aucuns expositeurs se travaillent vyei en vain, pour sçavoir comment Jésus-Christ eust peu obtenir que son Père luy envoyast des Anges, veu que par Pordonnance d’iceluy il faloit qu'il souffrist mort. Car ce sont deux choses contraires, Que le Père ait présenté son Fils à la mort, despourveu de défense, et quasi nud, pource qu’il le faloit ainsi nécessairement, et qu’il avoit esté déterminé : et toutesfois que par prières il ait peu estre fleschi à luy envoyer secours et assistance. Mais nous voyons que Jésus-Christ parle sous condition, qu'il ha bien un meilleur moyen de défendre sa vie, si ce westoit que la volonté du Père est au contraire. Ainsi voylà toute la répugnance vuidée: d'autant que Christ se déporte déprier son Père, pource qu’il estoit bien certain qu’il en avoit autrement déterminé. Toutesfois de ce passage nous avons à tirer une doctrine bien utile, que tous ceux qui recourent à des moyens illicites sous couleur de nécessité, font injure à Dieu. Si quelqu'un se trouve desnué de supports et aides légitimes, il est incon-

tinent (ransporté inconsidéréement à cherclier meschantes prattiques, et faire des entreprinses illicites : et c’est pource qu'il y en a bien peu qui regardent à ceste secrète protection de Dieu, laquelle seule devoit suffire pour nous faire avoir repos en tous affaires. Voyons-nous quelque danger prest à tomber sur nous ?

Pource que selon la chair nous n’y trouvons point d’issue, c’est incontinent à inventer ceci ou cela. Voire, comme s’il n’y avoit point d’Anges au ciel, desquels tant souvent l’Escriture dit qu'ils sont ordonnez gardes de nos personnes pour nostre salut. Ainsi par ce moyen nousnous privons de leur aide: car il est certain que tous ceux-là renoncent à la providence de Dieu, lesquels par leur inquiétude et trop grande anxiété, sont transportez à estendre leurs mains à des remèdes illicites en leurs maux.

54 Comment donc seroyent accomplies les Escritures, qui etc. Par ce mot Christ entend qu’il ne doit essayer aucun moyen pour eschapper la mort, à laquelle il sçavoit bien que le Père l’appeloit.

Vray est que quant à luy il n’avoit pas besoin des Escritures, pour apprendre d’icelles qu’il luy estoit enjoint de Dieu de mourir lors: mais pource que les hommes ne sçavent point que c’est que Dieu à ordonné en son conseil, jusques à ce qu’il soit déclaré en la Parole, Jésus-Christ ayant esgard aux disciples, à bon droict met en avant le tesmoignage que Dieu a rendu de sa volonté. Nous sçavons que tous les maux qui nous advienent, sont envoyez de Dieu: mais pource que nous sommes incertains de l'issue, en cherchant les remèdes lesquels il permet, nous ne nous eslevons pas contre son vouloir : mais quand sa volonté nous est manifeste, il ne reste plus rien sinon de nous tenir quois. Au reste, combien que Jésus-Christ monstre yci seulement qu’il luy convient endurer la mort patiemment, pource que les Escritures rendent tesmoignage qu'il faut qu'ainsi soit fait, toutesfois l’usage de ceste doctrine s’estend bien plus loin, asçavoir que lEscriture est une bride suffisante pour arrester et donter la rébellion de nostre chair : d'autant que Dieu nous a déclaré

ce qui luy plaist, à celle fin de nous contenir en Pobéissance de sa volonté. Et pourtant aussi sainct Paul attribue cest office à l’Escriture, qu’elle nous duit à patience, et nous fournit en adversité autant qu’il faut de consolation, Rom., XV, 4. En-sainct Luc Christ reprend les disciples plus briefvement, Laissez-les faire jusques à ci: mais toutesfois il condamne bien asprement leur audace, de ce qu’ils estoyent venus jusques à attenter une chose illicite : combien que quant et quant il leur donne espérance de pardon, si mettans bas leur esmotion perverse, ils ne passent point outre.

51 Luc. Et ayant touché l'aureille d'iceluy, le quarit. Pierre par son fol zèle avoit mis une note dinfamie bien grande sur son Maistre et la doctrine diceluy. Et de faict, il n’y a point de doute que ce n'ait esté une ruse par laquelle Satan s’est efforcé de charger l'Evangile d’un reproche à jamais comme si Christ pour troubler lestat commun eust tenu en sa compagnie des bateurs et gens sédicieux. Je pense donc que c’a esté la cause qui a meu Christ à guarir la playe que Pierre avoit faite. Au reste, les adversaires estoyent bien plongez en une horrible et merveilleuse stupidité, veu qu’ils n’ont aucunement esté esmeus voyans présentement devant leurs yeux un si grand miracle. Toutesfois quand tout sera bien regardé, il ne se faut pas tant esbahir s'ils n’ont point considéré la vertu de Christ en la personne d’autruy, veu que ayans euxmesmes esté renversez par sa Voix, ils n’ont pas laissé de poursuyvre leur rage.

Et c’est là l’esprit d’estourdissement duquel Satan ensorcèle Îes réprouvez, depuis que le Seigneur les a mis en aveuglement. Mesmement au serviteur qui fut guari, on voit un exemple d'ingratitude notable : car d’un costé la vertu Divine de Christ ne l’a point donté pour le faire désister de son obstination d'autre part aussi le bien et le plaisir qu’il avoit receu n’a peu gaigner cela sur luy, que d’ennemi il deveinst disciple.

Car c’esf une folie de ce que les moines ont yei songé, qu'il fut aussi guari quant à l’âme, afin que l’œuvre de Christ

ne fust imparfaite : comme si tous les jours la bonté de Dieu ne s’espandoit pas sur gens qui en sont indignes.

55. Matth. Comme après un brigand pour me prendre. Par ces paroles Christ fait une plainte contre ses ennemis, de ce que pour le rendre tant plus odieux, ils estoyent venus avec grande compagnie de gens en armes. Car le sens est tel, Qu’estoit-il besoin de si grand appareil d'armes contre moy, comme s’il estoit question de combatre quelque brigand? Et toutesfois j'ay vescu tousjours paisible au milieu de vous, et sans user d'armes : quand j’enseignoye au Temple, il estoit aisé de me prendre sans aucun effort de gendarmes. Or combien qu’en ceci il se plaind de leur malice, pource qu’ils se jettoyent contre Juy avec force et violence, comme s’il eust esté quelque mutin et séditieux, toutesfois il touche derechef et poingt leur mauvaise conscience, veu qu'ayans un traistre qui les conduisoit, encore venoyent-ils comme en tremblant, et avec beaucoup de signes de deffiance.

56 Mais tout ceci a esté fait, afin que les Escritures, etc. Les deux autres Evangélistes disent ceci un peu autrement : car ce que sainct Matthieu récite en sa personne, il semble que sainct Marc l’atiribue à Christ. Sainet Luc use mesmement d’autres termes, que c'est leur heure, et la puissance des ténèbres.

Toutesfois Pintention du sainct Esprit est bien évidente asçavoir que quoy qu’ayent machiné les meschans, rien du‘ tout n’a esté fait sans la providence et détermination de Dieu : car comme il a esté dit ci-devant, Dieu n’a rien mis en avant par ses Prophètes, sinon ce qu’il avoit déterminé en soy. Premièrement donc nous sommes yci enseignez, COmbien que Satan avec tous les meschans tempeste d’une façon enragée, que toutesfois la main de Dieu domine tousjours par-dessus, pour les tirer où bon luy semble, Secondement, nous sommes aussi enseignez, Combien que les meschans accomplissent ce qui a esté prédit par les Escritures, que toutesfois ils ne sont aucunement excusables, d'autant que Dieu ne se sert pas d'eux comme de ses

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

ministres légitimes : mais par une conduite secrète les fait venir au poinct où ils ne veulent pas : et que la coulpe et péché est en eux, veu que Dieu ne se sert pas de leur malice que justement et en bien. Cependant, notons que Christ a dit ceci pour oster le scandale, qui autrement eust bien peu troubler les infirmes, de le veoir ainsi traitter en grand opprobre et outrage. Combien que son intention n’a pas esté seulement de pourvéoir à ses disciples, mais il a voulu aussi rembarrer l’orgueil des ennemis, afin qu’ils n’en feissent point leur triomphes, comme ayans eu la victoire. Pour ceste cause en sainct Luc il dit que c’est leur heure : signifiant par cela que le Seigneur leur lasche la bride pour quelque peu de temps. La puissance des ténèbres, est yci prinse pour la puissance du diable : lequel mot derechef estoit bien pour abatre et renverser leur gloire :

car qu'ils s’eslèvent tant qu’ils voudront, Christ toutesfois monstre qu’ils ne sont rien que valets et serviteurs du diable.

Au reste, cependant que toutes choses s’embrouillent confuséement , et qu’il semble que le diable espandant les ténèbres renverse tout ordre au monde, sçachons que là-haut és cieux la providence de Dieu reluit pour ranger finalement et mettre en bon ordre les choses qui sont troublées : et apprenons de - lever les yeux de la foy à ceste plaisante clarté. Quant à ce qui est dit, que tous

MATTH. XXVI

57 Mais ceux qui avoyent empoigné Jésus, l'emmenérent à Caiphe souverain sacrificateur : où les Scribes et les An- ciens estoyent assemblez.

58 Et Pierre le suyvoit de loin jusqu à La court du souverain Sacrificateur : et luy entré dedans, s assit avec les serviteurs, afin que il en veist la Jin.

59 Or les principaux sacri-

53 De là ils emmenèrent Jésus au souverain Sacrificateur, avec lequel tous les principaux Sacrificateurs, les Anciens, et Les Scribes s assemblèrent.

54 Et Pierre le suyvoit de loin jusques dedans, en la court du souverain Sacrificateur, et estoil assis avec les serviteurs et se chauffoit au feu.

55 Or les principaux Sacrificateurs, et tout le Consistoire cher-

les disciples s'enfuyrent : de ceci on peut derechef recueillir combien ils ont esté plus prompts à combatre témérairement, qu'à suyvre leur Maistre.

51 Marc. Et quelque jeune homme le suyvoit enveloppé d'un linceul, etc. Aucuns ont songé que c’estoit Jehan, lun des Apostres : mais je ne sçay où ils ont prins ceste conjecture, et aussi i] ne s’en faut pas beaucoup soucier. Le principal est d’entendre à quel propos sainct Marc a récité ceste histoire. Je pense que son but a esté de monstrer que ces meschans ont tempesté, et se sont desbordez (comme en un saccagement) sans honte ne modestie aucune: veu que les jeunes gens qui estoyent en ceste troupe, ont saisi un homme à eux incognu, et n’estant souspeçonné d'aucun meffait, voire si rudement, qu'à grand’peine est-il peu eschapper de leurs mains tout nud. Car il est vray-semblable que ce jeune homme duquel il est yci parlé, portant quelque affection à Jésus-Christ, oyant ce tumulte de nuit, sans prendre le loisir de vestir ses habillemens, ayant seulement sur soy un linceul, est venu, ou pour descouvrir les embusches, ou pour le moins afin de faire devoir d'ami envers Jésus-Christ. Tant y a qu’on voit bien ce que j’ay dit n’aguères, que ces meschans se sont desbordez en une violence bien outrageuse, veu que mesmes ils n’ont pas espargné ce povre jeune homme, qui estoit sorti de son lict quasi tout nud pour courir au bruit.

LUC XXII

54 Adoncils l’empoignerent et l’emmeneérent, el Le feirent entrer en la maison du souverain Sacrificateur: el Pierre suyvoit de loin.

MARC XIV

Jicateurs et les Anciens, et|choyenttesmoignage contre Jésus,

tout le conseil, cherchoyent

pour le mettre à mort, et n'en

faux tesmoignages contre Jé- | trouvoyent point.

sus, afin qu'ils le meissent a mort :

60 Et nen trouvoyent point : et combien que plusieurs faux tesmoins fussent venus, ùüs n'en trouverent.

point de propres : mais à la fin s'approchèrent deux Jaux tesmoins,

61 Et dirent, Cestuy-ci a dit, Je peux desfaire le Temple de Dieu, et en trois jours Le réédifier.

mes !.

56 Car plusieurs disoyent faux tesmoignage contre luy, mais Les tesmoignages n'estoyent point confor-

57 Adonc aucuns se levèrent, et portèrent faux tesmoignage à l'encontre de luy, disans,

58 Nous luy avons ouy dire, Je desferay ce Temple fait de main: et en trois jours je en édifieray un autre qui ne sera point fait de main.

59 Mais encores ainsi n'estoyent conformes leurs tesmoignages.

1) Ou, ne se rapportoyent point.

Sainct Luc suit un autre ordre en sa parration que ne fait pas sainct Matthieu et sainct Marc : mais nous aviserons tan- -tost, quand se viendra au passage propre, d'accorder la diversité qui est entr’iceux.

Cependant il faut toucher en brief les choses notables, en ce que disent sainct Matthieu et sainet Marc. En premier lieu, afin d’oster le scandale de la croix, il faut considérer l'utilité qui nous à esté acquise par cest anéantissement de Christ : car cela fera que la bonté inestimable de Dieu, et efficace de sa grâce abolira par sa splendeur tout ce qui est là difforme et honteux. Selon la chair c’a esté une chose bien mal séante, que le Fils de Dieu fust appréhendé, lié et: garroté : mais quand nous venons à considérer que par, ses liens nous avons esté desliez de la tyrannie du diable, et de la condamnation qui nous tenoit enserrez devant Dieu, nonseulement le scandale auquel nostre foy eust peu achoper , est osté : mais aussi en lieu d’iceluy survient une grande admiration de la grâce de Dieu infinie, qui a eu nostre délivrance en si grande recommandation, qu’il a donné son Fils unique à estre lié des meschans. Ce nous sera aussi un bon gage de l’amour singulière de Christ envers nous, veu qwil ne s’est point espargné, mais a volontairement estreint sa chair de liens, afin d'exempter nos âmes d’autres liens beaucoup pires et plus dangereux.

57 Matt. Mais ceux qui avoyent empoigné Jésus, l’emmenèrent à Caïphe, etc. Combien que la jurisdiction souveraine, qu’on appelle, fust ostée aux Juifs, tou-

tesfois il y avoit encore de reste quelques traces de ce jugement, lequel la Loy attribue au grand Sacrificateur, Deut. chapitre XVII, v. 8. Ainsi on leur avoit bien osté la puissance de condamner à morb, mais non pas d’user de quelque correction moindre. Voylà comment Christ est amené devant le grand Sacrificateur pour estre interrogué, non pas afin d’ouir la sentence diffinitive, mais afin que puis après les Sacrificateurs le présentent au Gouverneur, estant desjà chargé par leur jugement, et que cela soit un préjudice contre luy. Caïphe le grand Sacrificateur a .esté autrement nommé Josèphe : et Josèphe l'historien au livre XVIIT, dit que Valérius Gratus gouverneur de Judée, l’establit grand Sacrificateur, après que Simon fils de Camithus eut esté déposé de l’estat.

Les Evangélistes mettent seulement, son surnom, pource que paraventure il estoit plus cognu par iceluy, et on l’y nommoit plus communéement., Sainct Matthieu dit que les Sacrificateurs estoyent assemblez en la maison de Caïphe : non pas que ils fussent desjà assemblez en plene nuit devant qu’on eust amené Christ : mais pour-

ce que le lieu avoit esté assigné, afin que

incontinent qw’on leur auroit fait. sçavoir, ils y accourussent de bon matin. Combien que nous avons veu p'aguères, qu'aucuns de l’estat de Sacrificature estoyent sortis de nuit avecles gendarmes pour prendre Christ. Mais nous avons veu en d’autres passages souvent, que les Evangélistes n’ont pas esté fort curieux à observer l’ordre du temps. Quant à ce passage, certes ils m'ont eu autre but, sinon de

Lt db . on je

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

monstrer que le Fils de Dieu a esté oppressé par une meschante conspiration ‘de tout le Consistoire. Et yei nous est proposé devant les yeux un horrible spectacle, voire qui nous doit faire dresser les cheveux en la teste : car lors il n’y avoit ne Temple de Dieu, ne service légitime, ne face d’'Eglise en lieu du monde qu’en Jérusalem : le grand Sacrificateur estoit la figure du Médiateur unique entre Dieu et les hommes : ceux qui assistoyent avec Juy au Consistoire, représentoyent toute l'Eglise de Dieu : et néantmoins ceux-là tous ensemble conspirent pour esteindre la seule espérance de salut.

Mais veu que par la Prophétie de David il avoit esté déclaré que la pierre que les bastisseurs ont rejettée, seroit néantmoins mise au chef de l’anglet, Ps. CXVIIT, 22 : et que par Isaie, VII, 44, il avoit esté prédit que le Seigneur des armées seroit à tout le peuple d'Israël en pierre de trébuschement, contre laquelle ïls heurteroyent : le Seigneur a bien pourveu à ce qu’une telle impiété des hommes ne troublast les âmes fidèles.

59 Cherchoyent faux témoignage contre Jésus, afin qu'ils le meissent à mort. Par ces mots les Evangélistes touchent que les Sacrificateurs n’ont rien moins eu devant les Yeux, que d’enquérir de la cause, afin que le cas estant bien cognu et entendu, ils en ordonnassent selon droict et équité : car ils avoyent desjà cela tout résolu de mettre Christ à mort: maintenant ils cherchent seulement

MATTH. XXVI

62 Adonc le souverain Sacrificateur se leva et luy dit, Ne respons-tu rien? qu'est-ce que Lesmoignent ceux-ci à l'encontre de toy ?

63 Et Jésus se teut, lors Le souverain Sacrificateur respondant, luy dit, de l'adjure par le Dieu vivant, que tu nous dises si tu es le Christ le Fils de

64 Jésus luy dit, Tu l'as” beneit?

MARC XIV

60 Lors le souverain Sacrificateur se levant au milieu, interroga Jésus, disant, Ne responstu rien? qu'est-ce que lesmoignent ceux-ci à l'encontre de toy?

61 Mais il se taisoit, et ne respondoit rien.

Derechef le souverain Sacrificateur l'interroga, et luy dit, Es-tu le Christ, le Fils de Dieu

quelque moyen et couverture pour l’opprimer. Or il est impossible qu'équité ait aucun lieu, si la cognoissance de cause ne précède. En ce qu’ils cherchent des faux tesmoins , leur cruauté desloyale se monstre : et quand se trouvans trompez de leur attente, ils ne désistent point encore pourtant, en cela se descouvre tousjours mieux leur obstination aveuglée.

Ainsi done, en ceste confusion ténébreuse de leur rage, l'innocence du Fils de Dieu a tousjours reluy, tellement que les diables mesmes pouvoyent cognoistre qu’il mouroit innocent. D’avantage, il faut noter que faux ltesmoins sont non-seulement ceux qui mettent en avant un mensonge qu’ils ont controuvé sans aucun fondement , mais aussi Ceux qui par Calomnie renversent les choses bien dites, et en font un crime : comme l’exemple en est yci proposé en termes exprès, de la destruction et nouvelle réédification du Temple. Christ avoit bien dit que quand le temple de son corps seroit destruit, il le relèveroit en trois jours. Maintenant les faux témoins ne songent pas quelque chose de nouveau, mais ils renversent el desguisent ses mots, comme s’il se fust vanté de faire quelque tour de basteleur touchant la réédification du Temple. Au reste, veu que c’estoit une calomnie frivole et de néant, il est aisé à recueillir d’yci, comment les Sacrificateurs et Scribes ont bien esté aveuglez de rage, de demander que Christ fust mis à mort, combien qu’il n’y eust couleur aucune.

LUC XXIL.

63 Or les hommes qui tenoyent Jésus, se mocquoyent de luy, et le frapoyent.

64 Et l'ayans bandé, frapoyent sa face : et l'interrogoyent, disans, Prophétize qui est celuy qui l’a frapé.

65 Et disoyent plusieurs autres choses contre luy, en l'outrageant de paroles.

66 Quand le jour fut ve-

dit : qui plus est, je vous di, Ci après vous verrez le Fils de l’homme assis à la dextre de la vertu de Dieu, et venant és nuées du ciel.

65 Ædonc le souverain Sacrificateur deschira ses vestemens, disant, Il a blasphémé: qu'avons-nous plus à faire de tesmoins ?

P’oyci, vous avez ouy Maintenant son blasphème.

66 Que vous en semble?

Eux respondans dirent, Il est coulpable de mort.

67 Adonc ils luy crachèrent en la face, et le -buffetèrent : et les autres luy donnèrent des coups de leurs verges,

68 Disans, Christ, prophélize-nous qui est celuy qui l'a frapé.

62 Et Jésus luy dit, Je le suis : el vous verrez le Fils de l'homme assis à la dextre de la puissance de Dieu, e/ venant és nuées du ciel.

63 Lors le souverain Sacrificateur deschira ses vestemens, et dit, Qu'avons -nous encores à faire de tesmoins?

64 Fous avez ouy le blasphème : que vous en semble? Et eux tous le condamnerent estre coulpable de mort.

65 Et aucuns se prindrent à cracher contre luy, et couvrir sa face d'un voile, et luy bailloyent des buffes : et luy discyent, Prophélizenous.EÆEt les officiers luy bailloyent des coups de leurs verges.

nu, les Anciens du peuple, et les principaux Sacrificateurs, et les Scribes s’'assemblèrent, et l'emmenérent dedans leur conseil :

67 Et dirent, Es-tu le Christ? di-le-nous. Et il leur dit, Si je le vous di, vous ne le croirez point.

68 Que si aussi je vous inlerroque, vous ne me respondrez point, ni ne me laisserez point aller.

69 Désormais le Fils de l’homme sera assis à la dextre de la vertu de Dieu.

70 Lors ils dirent tous, Es-tu donc le Fils de Dieu? Il leur dit, Vous le dites que je le suis.

71 Et ils dirent, Qu’avons-nous besoin encore de tesmoignage? car nousmesmes l'avons ouy de sa bouche.

62 Matt. Adoncle souverain Sacrificateur se leva, etc. N'est certain que Christ s’est teu, lors que les faux tesmoins le pressoyent, non-seulément pource qu’ils estoyent indignes d’avoir response, mais aussi qu'il ne demandoit pas d’estre absout, Sçachant que son heure estoit venue. Caiphe toutesfois fait grand triomphe de ce qu’il ne parle point : comme s’il se taisoit se sentant vaincu, ainsi que souventesfois ont accoustumé de faire ceux lesquels la conscience rédargue de ce qu’on leur objecte. Au reste, c’est une grande malice à luy, de ce qu’il impose à Christ qu'il n’est pas innocent, puis que les tesmoins le chargent. Car ceste interrogation, Qu'est-ce que tesmoignent ceux-ci à l'encontre de toy? vaut autant comme s’il eust dit, D’où vient que ces gens-Ci te sont contraires , sinon d'autant que leur conscience les y contraint devant Dieu? Car ils ne s’attachent point contre toy sans cause. Voire, comme si luy-mesme n’eust pas bien sceu que C’estoyent des galans attitrez et subornés par fraude. Mais voylà comment jes meschans, quand ils se sentent les

plus forts et en authorité, se desbordent, oublians toute honte. Or Christ s’est derechef £eu, non-seulement pource que l’objection estoit frivole, mais pource qu'estant destiné en sacrifice, il ne tenoit conte d’alléguer chose du monde pour sa défense.

63 Je t’'adjure par le Dieu vivant, que lu nous dises, etc. I a semblé au grand Sacrificateur que cela seul estoit un crime suffisant pour condamner Jésus- Christ, s’il se maintenoit estre le Christ.

Mais veu qu'ils se vantoyent d'attendre et espérer rédemption par Christ, il faloit en premier lieu s’enquérir s’il n’estoit point ainsi. De nier qu’il seroit un Christ, par la main duquel le peuple devoit estre délivré, ils n’eussent osé. Christ vient à estre manifesté , portant ce titre de Christ. Que ne considèrent-ils la chose?

que ne regardent-ils aux’ signes, par lesquels il estoit aisé d’en faire un jugement certain? Mais pource qu'ils avoyent tout outre arresté de mettre à mort Christ, ils se contentent d’avoir ceste couleur de sacrilége, qu'il s’estoit attribué la gloire de la Divinité. Et tou-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

tesfois Caïphe avec serment examine la chose, tout ainsi comme sil eust esté prest de s’y accorder, quand elle seroit bien vérifiée. Cependant tout son esprit

est rempli d’une haine malicieuse, et de

mespris Contre Christ : d'autre part, orgueil et ambition l’aveuglent tellement qu'il prend pour tout certain que si tost qu'il apperra du faict, sans enquérir si c'est à tort ou à droict, il ha en main juste occasion de le condamner. Au reste, il est aisé à recueillir des paroles de Caïphe, que lors entre les Juifs ce titre estoit tout commun au Messias, de l’appeler Fils de Dieu : car ceste facon de parler dont il use en son-interrogatoire, n’estoit prinse d’ailleurs que de la coustume ordinaire. Et de faict, ils avoyent apprins par les tesmoignages de l’Escriture, qu’il n’estoit pas moins Fils de Dieu, que fils de David. Aussi il semble que Caïphe ait expresséement usé de cest épithète, ou pour estonner Christ ou pour le rendre plus odieux : comme s’il eust dit, Regarde où c’est aller cela :

car tu ne peux pas te dire le Christ, que quant et quant tu ne L’attribues le nom de Fils de Dieu, duquel lEscriture l’honore. À cela aussi doit estre rapporté le mot Du bénit, que sainct Marc met en lieu de Dieu. Car ce mot duquel Caïphe use, faisant semblant d’avoir une grande révérence à la majesté Divine, estoit bien pour charger Christ, plus que s’il eust profané le sainct nom de Dieu.

64 Tu l'as dit : qui plus est, je vous di, ci-après vous verrez, etc. En sainct Luc il y a une autre response, par laquelle Christ poingt la malice des Sacrificateurs : asçavoir qu'ils n’enquièrent pas de désir qu'ils ayent d'apprendre et de cognoistre. Si je le vous di, dit-il, vous ne le croirez point. Par lesquels mots il signifie que quand il leur auroit prouvé cent fois qu’il est le Christ, cela toutesfois ne proufiteroit de rien envers gens obstinez, comme ils sont. Car ils n’avoyent pas ouy seulement, mais veu de leurs veux des miracles, qui sans que Christ parlast, approuvoyent et confermoyent sa puissance céleste et Divine :

et mesmes crioyent à haute voix qu’il estoit le Rédempteur promis jadis. Après

cela est mise sa confession sur ce poinct, laquelle combien qu’elle soit récitée en plus de paroles par sainct Matthieu, ne contient toutesfois rien de divers quant au sens. Ainsi donc, Jésus déclare franchement qu’il est le Christ, non pas pour eschapper de la mort : mais plustost afin d’enflammer contre sa personne la rage des ennemis. Mais pource que lors sous ceste apparence povre et basse il estoit contemptible, et mesmes presque anéanti il leur fait sçavoir que finalement au temps déterminé il viendra avec sa majesté Royale, afin qu’ils tremblent devant ce Juge, qu’ils ne veulent maintenant recognoistre autheur de salut. Le sens est donc, qu’ils s’abusent bien de l'estimer selon ce qui apparoist en luy présentement, veu qu’il luy convient estre humilié, et quasi réduit à néant, devant qu’il apparoisse orné des enseignes de son Royaume, et de sa splendeur magnifique : car par ce mot, Désormais, il distingue son second advénement d’avec le premier. Au reste, on peut recueillir d’yci une bonne doctrine qui s’estendra plus loin. Car d’où vient une telle asseurance aux meschans? d’où leur vient aussi une si grande audace à se rebeller, sinon d'autant qu'ils n’ont pas en grande estime Jésus-Christ crucifié ? Il les faut donc ramener à ce jugement horrible, lequel avec toute leur stupidité ils ne pourront point eschapper. Et combien qu’ils brocardent et se mocquent de tout ce qui est dit du second advénement de Christ, comme si ce n’estoit qu'une fable, toutesfois ce n’est pas en vain que le Juge les adjourne luy-mesme à comparoistre devant son siège judicial, et les y fait adjourner par la prédication de son Evangile, afin de les rendre tant plus inexcusables. Mais ceste déclaration que Christ fait yci, ha un excellent usage envers les fidèles, afin que dés maintenant par les yeux d'espérance ils cherchent Christ au ciel estant assis à la dextre du Père, et qu'ils attendent patiemment jusqu’à ce qu’il viene : et quant et quant qu’ils tienent pour tout certain que les meschans ne perdront pas leurs peines de s’esgayer et rebecquer ainsi contre luy absent : pource qu’ils seront

contraints de le regarder en haut venant du ciel, lequel aujourd’huy non-seulement ils mesprisent, mais aussi ils foullent aux pieds par leur fierté. La métaphore et similitude qui est en ce mot de Dextre, doit estre assez cognue, pource que souvent on la trouve és Escritures.

Christ est dit estre assis à la dextre du Père, pource qu’estant ordonné souverain Roy pour gouverner le monde au nom diceluy, il ha comme le second degré d'honneur et empire après luy. Ainsi donc, Christ est assis à la dextre du Père, pource qu’il est son lieutenant. Et pourtant elle est appelée la dextre de la vertu, ou de la puissance : pource qu'aujourd’huy Dieu ne desploye point sa vertu, sinon par la main de son Fils, et au dernier jour n’exercera point son jugement que par la main diceluy.

65 Adonc le souverain Sacrificateur deschira ses vestemens , disant, etc.

Par ceci nous voyons comment ces miracles par lesquels Christ avoit montré suffisamment sa vertu Divine, n’ont rien servi envers les meschans. Mais ce n’est pas merveille si le Fils de Dieu estant sous la forme contemptible de serviteur, a esté mesprisé par des gens qui n’estoyent touchez d'aucun désir du salut promis. Car si ce n’eust esté qu’ils avoyent entièrement effacé de leurs esprits tout sentiment de crainte de Dieu, il estoit bien raisonnable, veu le pitoyable estat du peuple, qu’ils fussent songneusement attentifs à regarder de quel costé viendroit le Rédempteur promis. Mais maintenant quand sans entrer en aucune inquisition, ils le rejettent leur estant pré- -senté, n’anéantissent-ils pas entant qu’en eux est toutes les promesses de Dieu?

Et premièrement, le grand Sacrificateur prononce que Christ & blasphémé : et les autres suyvent, accordans à son dire.

Le deschirement des vestemens monstre bien à clair avec quelle audace et obstination les gens profanes et contempteurs

MATTH. XXVI. MARC

69 Or Pierre estoil as- 66

Et comme Pierre

de Dieu se couvrent d’un faux zèle. Il est vray que c’estoit bien une chose convenable au grand Sacrificateur, quand il eust ouy profaner outrageusement le nom de Dieu, non-seulement d’estre tourmenté et navré en soy-mesme, mais aussi de monstrer manifestement par signes externes comment il avoit en détestation un tel acte : mais cestuy-ci sans faire aucun examen du propos, s’est forgé à son appétit un blasphème. Cependant toutesfois ce desloyal hypocrite faisant semblant d’estre ce qu’il n’estoit pas, à yci monstré aux serviteurs de Dieu combien on doit prendre à grand desplaisir les blasphèmes, et par son exemple à condamné la vileine lascheté de ceux qui ne sont non plus esmeus de veoir profaner et outrager. la religion, que s'ils oyoyent des plaisanteurs gazouillans de quelques folles niaiseries. 67 Adonc ils luy crachèrent en la Jace, et le buffetèrent, etc. Ou l’ordre de l’histoire n’est pas observé en sainct Luc, ou le Seigneur à par deux fois receu ces Opprobres tant estranges : laquelle dernière conjecture me semble bien apparente. Et toutesfois je ne doute point que les ministres et serviteurs n’ayent prins plus de hardiesse de cracher contre Christ, et le fraper avec plus grande insolence et dérision, d'autant que desjà le Consistoire quant à son jugement, l’avoit adjugé à mort. Au reste, la fin de toutes ces mocqueries estoit, qu'il ny avoit point d'apparence que cestuy-là fust Prince des Prophètes, lequel ayant seulement un voile devant les yeux, ne pouvoit pas se défendre des soufflets et coups de poing qu’on luy baïlloit. Mais la providence de Dieu a bien converti en une autre fin ceste insolence déshontée :

car la face de Christ polluée et deshonorée des crachats et soufflets, a restauré en nous ceste image qui avoit esté

desfigurée, et mesme du tout effacée par

le péché.

LUC XXII

55 Eux ayans allumé du

sis dehors en la court :|estoit en la court en bas, | feu au milieu de la court, et une chambrière s a-\une des chambrières duletl s'estans assis ensem-

dressa à luy, disant, Tu estois aussi avec Jésus Galiléen.

70 Mais il le nia de-

vant tous, disant, Je ne

scay que tu dis.

74 Et comme il sortoit hors au portail, une autre chambrière le veit, et dit à ceux qui estoyent La, Cestuy-ci estoit aussi avec Jésus Nazarien.

72 Et derechef le nia avec serment, disant, Je

ne cognoy point cest hom-

me.

73 Elun peu après veindrent ceux qui avoyent esté présens, et dirent à Pierre, F'éritablement tu es aussi de ceux-ci: car ton langage te donne à cognoistre.

74 Lors il se print à se maudire et à jurer, disant, Je ne cognoy point cest homme. Et incontinent le cog chanta.

75 Et Pierre eut souvenance de la parole de Jésus, qui luy avoit dit, Devant que le coq chanle, tu me renieras trois fois. Ainsi ü sortit dehors, et pleura amèrement.

souverain Sacrificateur veint :

67 Et quand elle eust apperceu Pierre qui se chauffoit, elle le regarda, et dit, Et toy, tu estois avec Jésus de Nazareth.

68 Mais il le nia, disant, Je ne le cognoy point, et ne scay que tu dis. Lors sortit hors au portail, et le cog chanta.

69 Et quand la chambrière l'eut veu derechef, elle se print à dire à ceux qui estoyent la, Il est de ceux-là.

70 Mais il le nia encores. Et derechef un peu

après, ceux qui estoyent

la dirent à Pierre, Vrayement tu es de ceux-là :

car tu es Galiléen, et ta parole s'accorde.

11 Lors commenca à se maudire et jurer, disant, Je ne cognoy point cest homme que vous dites.

72 Et le coq chanta pour la seconde fois, et il souveint à Pierre de la parole que Jésus luy avoit dite, Devant que le coq chante deux fois; tu me nieras trois fois : et s’es-

|tant jetté hors, pleura.

ble, Pierre aussi s'assit au milieu d'eux.

56 Et une chambrière le voyant assis auprès du Jeu, et ayant jetté les yeux sur luy, dit, Cestuy-ci aussi estoit avec luy.

57 Mais il le renia, disant, Femme, je ne le cognoy point.

58 Un peu après, un autre le veit, qui dit, Tu es aussi de ceux-là. Mais Pierre dit, O homme, non suis.

59 Æt environ l'espace d'une heure après, quelque autre affermoit, disant, Pour vray cesltuy-ci aussi estoit avec luy: car il est Galiléen.

60 Et Pierre dit, Homme, jene scay que tu dis. Et incontinent comme il parloit encores , le coq chanta.

61 Et Le Seigneur se retournant regarda à Pierre. El Pierre se souveint de la parole du Seigneur, comme il luy avoit dit, Devant que le coq chante, tu me renieras trois fois.

62 Adonc Pierre sortit hors, et pleura amérement.

La cheute de, Pierre qui nous est yci récitée, est un fort beau miroir de nostre infirmité. Puis après en sa repentance nous est proposé un exemple singulier de la bonté et miséricorde de Dieu. Ainsi ceste histoire qui est racontée touchant un homme seul, contient une doctrine commune à toute l'Eglise, et fort utile :

tant pour advertir ceux qui sont debout, de se tenir en crainte et solicitude, comme pour redresser et consoler ceux qui sont cheus, en leur proposant espérance de pardon. Et premièrement, il faut noter que Pierre a fait inconsidéréement, quand il est entré jusques en la sale du grand

Sacrificateur. Il est vray que c’estoit bien !

un acte appartenant à son devoir, de suyvre son Maistre : mais veu qu’il avoit esté adverti de son révoltement et renoncement, il devoit plustost se tenir en quelque coin, pour éviter toute occasion de pécher. Ainsi souvent il advient aux fidèles, que sous quelque apparence de vertu ils se jettent témérairement dedans Îles tentations. Et pourtant nous avons besoin de prier le Seigneur qu’il nous bride et retiene par son $S. Esprit, de peur que passans nostre mesure, nous en sentions incontinent la punition. Il le faut aussi prier toutes fois et quantes que nous commenceons à faire quelque chose, qu'il ne permette point que nous défaillions au

milieu de nos entreprinses, ou dés le commencement de la besongne, mais qu’il nous envoye d’enhaut force et constance jusques à la fin. Il est bien certain que le sentiment de nostre infirmité ne nous doit pas rendre lasches et paresseux, que nous ne marchions tousjours en quelque endroit que Dieu nous appelle : mais il doit bien servir à réprimer nostre témérité, afin que nous n’entreprenions rien outre nostre vocation : puis après nous inciter à prières, à ce que Dieu, qui nous à donné de bien commencer, nous continue aussi là grâce de persévérer.

69 Matt. Une chambrière s'adressa à luy, disant, Tuestois,etc.Nousvoyons yci qu’il ne faut pas grand combat, ne beaucoup de force et d'engins pour abatre l’homme : car quiconque ne sera appuyé et soustenu de la main de Dieu, il ne faudra qu’un petit vent, ou le bruit d’une fueille qui cherra, et incontinent le voylà abatu. Pierre certes estoit bien aussi vaillant et courageux que pas un de nous :

et desjà il avoit monstré une suffisante espreuve de bon cœur, combien que ce fust en une entreprinse trop hardie, et qui n’estoit pas à approuver : toutesfois il n’attend pas qu’on le mène devant le siége du grand Sacrificateur, ou que les adversaires usent de violence, et Iuy présentent la mort, mais espovanté à la parole d’une femme, il renieincontinent son Maistre. Et il n’y a comme rien qu’il luy sembloit avis que jusqu’à la mort il se monstreroit bon gendarme. Retenons donc que tant s’en faut que nous ayons forces suffisantes pour soustenir les grans assauts, qu’elles défaudront seulement quand il se présentera quelque ombre de combat. Mais voylà comment le Seigneur nous rend juste récompense de nostre desloyauté, en nous désarmant et desnuant de toute vertu, en sorte que pour un rien nous tremblerons, après que nous aurons délaissé sa crainte. Car s’il v eust eu au cœur de Pierre une vraye crainte de Dieu, ce luy eust esté une forteresse invincible : mais maintenant desnué et désarmé il s’espovante, estant encore bien loin du danger.

70 Ille nia devant tous disant, Je ne sçay que tu dis. Ceste circonstance

rengrège le péché de Pierre, qu’il n’a point craint de renier son Maistre, mesmement en la présence de tant de tesmoins. Et le sainct Esprit a voulu notamment exprimer cela, afin que mesme la présence des hommes nous face prendre courage à maintenir ferme la confession de la foy.

Car si nous renions Christ devait les infirmes, pource qu’à nostre exemple estans esbranlez ils fléchissent, ce sont autant d’âmes que nous mettons à perdition entant qu’en nous est. Mais si devant les meschans contempteurs de Dieu, et adversaires de l'Evangile nous refusions à Christ le tesmoignage qui luy est deu, c’est mettre en dérision et mocquerié son nom sacré. Brief, comme une confession

constante et libre édifie tous enfans de

Dieu, et rend les incrédules confus : ainsi un révoltement et renoncement tire avec soy une ruine publique de la foy en VEglise, et un descriement ou déshonneur de la saine doctrine. Et pourtant, tant plus un chacun est eslevé et ha bruit, que tant plus il soit songneux de se donner garde : car il ne peut point décheoiïr de son degré, que le scandale n’en soit aussi plus grand. Au reste, la forme du renoncement qui est yei mise, monstre assez que ces poyres Sophistes, qui estans appelez à rendre raison de leur foy, eschappent par des responses ambiguës, et qui se peuvent tourner en divers sens, ou autre desguisement de paroles, ne gaignent rien par leur finesse et subtilité.

Pierre en jurant ne renonce pas expresséement toute la doctrine de l'Evangile :

seulement il dit qu'il ne cognoist point cest homme : toutesfois pource que sous la personne de Christ il ensevelit obliquement la lumière de la rédemption promise, il est chargé d’une lascheté et desloyauté vileine et infâme. Un peu auparavant il avoit ouy de la bouche du Seigneur, que la confession de la foy est un sacrifice agréable à Dieu. Ainsi donc, une façon de nier qui oste à Dieu son service

légitime, et à Christ son honneur, n’est.

aucunement excusable. Parquoy retenons que sitost qu’on s’eslongne de la simple et nayfve profession et confession de Christ, c’est le frustrer du tesmoignage légitime qui luy appartient.

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

74 ÜUné autre chambrière le veit, et dil à ceux qui estoyent là, Cestuyci, etc. En lisant les paroles de $S. Marc, on diroit plustost que ce fust la mesme chambrière : pour le moins il ne dit pas expresséement que ce fust une autre. Toutesfois en cela il n’y a point de contradiction : pource qu’il est vray-semblable que le propos ayant commencé par une chambrière, a esté porté des uns aux autres :

et que ceste première l’a monstré à plusieurs, et souvent, et que d’autres Chambrières quant et quant S'y sont rencontrées pour asseurer qu’ainsi estoit, et le descouvrir tousjours tant plus. Et mesmes S. Jehan dit qu'à la seconde fois ceste demande fut faite à Pierre,non pas par la chambrière, mais par toute une “ompaonie de gens. Dont il appert que la parole que la chambrière prononca, fut recueillie par les hommes qui estoyent là présens, lesquels en assaillirent Pierre.

Il y à encores une différence entre sainct Mare et les trois autres : c’est qu’il fait mention que le cog chanta deux fois :

mais les autres disent que le coq chanta après que Pierre eut érois fois renié le Seigneur. Or la solution de ceste difficulté n’est pas fort mal-aisée : car sainct Marc n’amène rien qui soit contraire à l’histoire des autres : mais il descrit plus clairement et distinctement ceque les autres passent. Certes je ne doute point que Christ en disant, devant que le coq chante : n’entendist l’heure de la nuict en laquelle les coqs chantent, laquelle comprend beaucoup de chants. Car le coq en ceste heure-là ne chante pas une seule fois, mais recommence et redouble souvent : et toutesfois tous ces chants qui se font en une veille, sont appelez simplement, Le chant du coq. Aïnsi donc, sainct Matthieu, sainct Luc et sainct Jehan disent que Pierre renia trois fois le Seigneur devant que ce chant du coq fust achevé. Sainct Marc exprime plus distinctement une circonstance, asçavoir qu'en une bien petite espace de temps Pierre veint au troisième reniement : et qu’estant adverti par le premier coup que le coq chanta, il ne recognut point sa faute. Or nous ne dirons pas en lisant plusieurs Historiens profanes qu'il y ait

contradiction entr’eux, quand l’un récitera des choses que les autres ne touchent point. Parquoy, combien que le récit de sainCt Marc soit divers, il n’est point toutesfois contraire aux autres. Mais ce poinet est bien digne d’estre noté, que Pierre après qu’il n’a peu eschapper et se desvelopper par un simple reniement, redouble son péché, adjoustant jurement : et un peu après voyant encore qu'on le pressoit plus fort, il vient jusqu’à se maudire.

Dont nous recucillons que depuis que le pécheur est une fois tombé, et s’est escarté du droit chemin, de l’un à l’autre il vient tousjours de mal en pis. Et par ce moyen ceux qui commencent par des fautes qui ne sont pas des plus grandes, trébuschent puis après en des offenses bien vileines, lesquelles ils eussent eu en horreur du commencement. Et c’est une juste vengence de Dieu, depuis que nous nous privons de l’aide du S. Esprit, de permettre à Satan une domination outrageuse sur nous, afin que nous tenant du tout en sa sujétion, et Comme sous ses pieds, il nous pousse deçà et delà à son plaisir. Principalement cela advient en matière de renoncement de la foy. Car depuis qu’un homme de peur de la croix a fléchi de la pure profession de l'Evangile, s’il voit que les ennemis ne se contentent pas encore, il passera outre : et ce qu’il n’avoit pas osé maintenir simplement, et confesser apertement, il le reniera tout à plat avec jurement, et sans aucune couverture de paroles. D’avantage, ce poinct aussi est bien à noter, que quasi en un moment Pierre est tombé par trois fois : car par cela il appert combien nous sommes glissans et sujets à tomber toutes fois et quantes que Satan nous pousse, Certes nous ne cesserons jamais de chopper d’un costé et d’autre, si le Seigneur n'estend sa main pour nous retenir. Depuis que la vigueur et force de la grace du sainct Esprit fust esteinte en Pierre, autant de gens qui l’eussent rencontré et interrogué de Christ, il eust esté prest de le renier cent, voire mille fois. Combien donc que c’ait esté un bien vilein acte à luy de tomber par trois fois, le Seigneur toutesfois l’a encores espargné en réprimant les langues des adver-

saires, afin qu'ils ne luy feissent d’autres alarmes. Ainsi encores tous les jours il est nécessaire qu’il bride Satan, de peur qu'ilnenous accable de tentations infinies.

Car combien qu’il ne cesse de nous assaillir par beaucoup de moyens, toutesfois si ce n’estoit que le Seigneur, ayant esgard à nostre infirmité, va au-devant pour empescher la grande roideur de sa rage, il nous faudroit combatre contre un nombre infini de tentations. Pour ceste cause nous devons bien en cest endroit magnifier la miséricorde du Seigneur, d'autant que il ne permet pas que nostre ennemi avance sur nous en la centième partie de ce qu’il voudroit bien. 74 Lors à se print à se maudire, et à jurer, disant, Je ne cognoy, etc. En ce troisième reniement linfidélité de Pierre envers son Maistre s’est desbordée jusques au comble. Car non content du jurement, il passe jusqu’à un maugréement, par lequel il abandonne son corps et son àme à damnation. Car il prie que la malédiction de Dieu tombe sur luy, s’il cognoist Christ. Or cela emporte autant comme s’il eust dit, Que je périsse mal-heureusement si j’ay rien de commun avec le salut de Dieu. Et d'autant plus est admirable la bonté de Christ qui a guari son disciple, ie redressant d’une cheute tant mortelle. Au reste, ce passage monstre que ce n’est pas incontinent blasphème contre le sainct Esprit, si un homme tombant par infirmité de la chair, renie la vérité, combien qu’il la cognoisse. Certes Pierre avoit entendu de la bouche du Seigneur, combien c’est une lascheté et desloyauté détestable de le nier devant les hommes: et combien horrible vengence devant Dieu et les Anges est préparée à ceux qui par couardise et crainte de la croix, délaissent la confession de la foy*.

Et mesme non sans Cause un peu auparavant il avoit choisi la mort et tous les tormens du monde, plustost que de renoncer Christ. Maintenant donc il se précipite à son escient, et ayant esté suffisamment adverti, toutesfois il obtient pardon puis après : dont s'ensuit que il a péché par infirmité, et non pas par une malice désespérée. Car il eust volontiers rendu à 1) Luc, XU, 8

Christ l’honneur et le devoir qui luy appartient, si la crainte n’eust estouffé en son cœur les estincelles de droite affection. |

75 Et Pierre eut souvenance de la parole de Jésus, qui luy, etc. Outre la voix du coq, il y eut aussi le Regard de Christ, tesmoin sainet Luc. Car auparavant, comme nous avons entendu de sainct' Marc, il n’avoit tenu conte du coq qui chantoit. Il a donc falu qu’il aît esté regardé de Christ pour retourner à foy.

Nous en expérimenterons autant en nous chacun en son endroit: car qui est celuy de nous qui r’ait les oreilles sourdes, et laisse passer, je ne diray pas divers et infinis chants d’oiseaux, qui toutesfois nous incitent à gloritier Dieu : mais mesmes la voix de Dieu qui résonne distinetement et clairement en la doctrine de la Loy et de l'Evangile. Et ceste stupidité tant brutale ne nous tient pas pour un jour, mais est perpétuelle, jusques à ce que celuy qui seul convertit les cœurs des hommes nous face ceste grâce de jetter son regard sur nous. Toutesfois il est bien nécessaire de noter que ce n’a pas esté un regard commun: car il avoit bien auparavant regardé Judas, qui toutesfois ren estoit en rien devenu meilleur. Mais quand il a regardé à Pierre, avec ses yeux il à aussi adjousté l’efficace secrète du S. Esprit, et mesme il est entré jusques au profond du cœur d’iceluy par les rayons de sa grâce. Sçachons donc, toutes et quantes fois qu’un homme sera tombé, qu’il n’y aura jamais en luy commencement de repentance, si le Seigneur ne le regarde. Pleura améèrement.

est vray-semblable que Pierre par une crainte sortit dehors, pourece qu'il n’osoit pas pleurer en présence de gens. En quoy s’est derechef monstrée son infirmité.

Dont nous recueillons qu’il n’a pas mérité pardon par satisfaction, mais l’a obtenu par la débonnaireté paternelle de Dieu.

Et par cest exemple nous est monstré, combien que nostre repentance cloche aucunement, que néantmoins il ne faut pas laisser de bien espérer: car Dieu ne dédaigne pasunerepentance,encore qu’elle soit débile et foible : pourveu qu’il n’y ait

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

point de feintise. Cependant les larmes que Pierre à rendues en secret, ont tesmoigné devant Dieu et les Anges que sa repentance estoit vraye. Car estant retiré de la veuë des hommes, il se propose devant les yeux Dieu et les Anges : et pourtant ses larmes procèdent d’une profonde affection de cœur. Ce qu’il faut nomméement noter, pource que nous en Voyons plusieurs qui pleurent à chaudes larmes et abondamment cependant qu’on les regarde, ausquels dés qu’ils sont retirez les yeux sèchent. Or il n’y a point de doute qu'ambition et hypocrisie ne tire les lar-

de Dieu n’en fera pas sortir une. Toutesfois on pourroit demander s’il est requis en vraye repentance qu'il y ait larmes. Je respon que souvent les fidèles ayans les yeux secs, gémissent devant le Seigneur sans feintise, et confessent leur faute pour obtenir pardon: mais quand il y aura des péchez énormes, ceux-là sont par trop stupides et endurcis, desquels le cœur n’est point navré de douleur et tristesse : et qui ne sont point honteux et confus en eux-mesmes, jusques à jetter larmes. Et pourtant l’Escriture après avoir convaincu les hommes de leurs forfaits,

mes à plusieurs, ausquels le jugement | elle les exhorte au sac et à la cendre.

MATTH. XXVII

À Mais quand le matin fut venu, tous les principauæ Sacrificateurs et les Anciens du peuple teindrent conseil contre Jésus afin de Le mettre à mort.

2 Parquoy l'emmenéèrent lié, et le livrèrent à Ponce Pilate Gouverneur.

3 Adonc Judas qui l'avoilt trahi, voyant qu'il estoit condamné, se repentant reporta les trente pièces d'argent aux principaux Sacrificateurs et Anciens.

4 Disant, J'ay péché, trahissant le sang innocent. Mais is dirent, Que nous en chaut-il? tu y aviser as.

5 Adonc ayant jetté les pièces d'argent dedans Le Temple, ü se retira, et s’en alla, et s'estrangla.

6 Or les principaux Sacrificateurs ayans prins les pièces d'argent, dirent, Il n'est pas loisible de Les mettre au thrésor, car c’est pris de sang.

1 Et après qu'ils eurent tenu conseil, ils en achetérent le champ d'un potier, pour la sépulture des estrangers.

8 Parquoy iceluy champ a esté appelé, Le champ de sang \, jusques aujourd huy.

9 Lors fut accompli ce qui a esté dit par Jérémie le Prophète, disant, Et ils ont prins trente pièces d'argent, le pris de celuy qui a esté apprécié, lequel ceux d'entre Les enfans d'Israël ont mis à pris.

10 Æt les ont données pour acheter Le champ d'un potier, ainsi que le Seigneur le m'avoit ordonné?.

1) Act., 1,19. ©) Zach., XI, 12, 13.

MARC XV

1 Incontinent au matin les principaux Sacrificateurs avec les Anciens et SCribes, et tout le Consistoire ayans tenu conseil, lièrent Jésus, et l’emmenerent, et le livrèrent à Pilate.

LUC XXIIL, A Puis après toute la

multitude d'iceux se leva, et Le mena à Pilate.

A Matth. Mais quand le matin fut ve- | Sacrificateur avec son conseil a examiné nu, tous les principaux Sacrificateurs, | Jésus à heure indeuë et en plene nuit, et les anciens, etc. Après que le &rand | finalement sur le poinct du jour ils déli-

bèrent de le présenter devant le Gouverneur. Et en cela ils observent forme de jugement, de peur que leur précipitation et hastiveté les rendist suspects, s'ils fussent accourus vers Pilate à heure non accoustumée, comme on fait volontiers quand il y à quelque tumulte. Toutesfois il est vray-semblable qu'après que Christ eust esté emmené de leur assemblée , ils consultèrent sur l’heure, et sans plus long délay arrestèrent ce qu’ils auroyent à faire. Car il a esté dit au-paravant à quelle heure Christ estant sorti de devant eux rencontra Pierre : asçavoir après le chant du coq, et lors que le poinct du jour approchoit. Parquoy les Evangélistes n’entendent pas qu'ils soyent partis du lieu où ils avoyent esté assemblez la nuit, mais seulement récitent que dés le poinct du jour Christ fut par eux adjugé à mort, et qu’ils n’ont cessé une seule minute pour mettre diligemment en exécution leur meschante entreprise. Et quant à ce que S. Luc à dit devant, Qu'ils s’assemblèrent au matin : il ne faut pas entendre cela touchant le commencement, mais du dernier acte qu’il met incontinent après :

comme s’il disoit, Que le jour estant venu, pource que le Seigneur avoit confessé qu’il estoit le Fils de Dieu, ils ont prononcé leur ordonnance de sa mort. Que s'ils eussent eu Ccognoissance de cause jusqu'à punir un homme de peine de mort, veu la rage dont ils estoyent enflambez, ils se fussent tous mis après pour le meurtrir de leurs propres mains : mais pource que Pilate avoit la cognoissance des crimes dignes de mort, ils sont contraints de rapporter l’affaire à sa jurisdiction. Il y a seulement qu’ils l’enveloppent et chargent de leur préjudice, c’est-à-dire de avis qu’ils en avoyent desjà donné en leur conseil. Car quant à la lapidation de sainet Estienne, cela adveint par sédition, comme il en advient en troubles et esmeutes : mais il faloit que le Fils de Dieu fust condamné par un juge terrien, d’une facon solennelle, afin qu'il effaceast et abolist nostre condamnation au ciel.

3 Adonc Judas qui l'avoit trahi, voyant qu'il estoit condamné, etc. Par ce mot 4donc, sainct Matthieu ne signifie pas une heure certaine : car il dira un

peu après, que Judas voyant que les Sacrificateurs ne vouloyent point reprendre l'argent qu'ils luy avoyent baïllé pour sa trahison, il le jetta au Temple. Or de la maison de Caïphe ils veindrent droit au Prétoire, et demeurèrent là jusques à ce que Christ fust condamné. Il eust donc esté mal-aisé ce jour-là de les trouver au Temple : mais pour ce que l’Evangéliste traittoit de la rage et forcénerie horrible du Conseil, il y a aussi mis la mort de Judas : en jaquelle ils ont encore mieux monstré leur obstination aveuglée, et leurs cœurs plus durs que fer. Il dit que Judas s’est repenti, non pas qu'il ait prins avis de s’amender, mais pource qu’il a esté despité en soy-mesme de son meffait :

comme souvent Dieu ouvre les yeux aux réprouvez, afin qu’ils commencent à sentir leurs maux, et en avoir frayeur. Car ceux qui sont vrayement desplaisans pour s’amender , non-Seulement cognoissent leur faute, mais aussi changent de courage. Ce qui est bien yci exprimé : car S. Matthieu attribue à Judas une repentance que les Grecs nomment Metamelea, qui est forcée, et laisse l’homme tout abruti : non pas celle qu’ils nomment Metanoea, qui est une vraye conversion de l’homme à Dieu. Ainsi done Judas a conceu en SOy un ennuy ou despit, et horreur : non pas pour se retourner à Dieu, mais plustost afin qu’estant accablé de désespoir il servist d'exemple d’un homme du tout forclos de la -grâce de Dieu. S. Paul dit bien à bon droict, que la tristesse qui amène à repentance est salutaire , 2 Cor., VIT, 40 : mais si un homme se fourvoye dès l’entrée, ceste douleur confuse et esgarée ne Iuy proufitera de rien. Et qui plus est, c’est une juste vengence de laquelle Dieu finalement poursuit les meschans, qui ont obstinéement mesprisé son jugement : asçavoir, qu'il les livre à Satan pour estre tormentez Sans espérance de consolation. La vraye repentance C’est une desplaisance de péché, procédante d’une crainte et révérence de Dieu, laquelle quant et quant engendre de soy une amour et désir de justice. Les meschans sont bien loin d’une telle affection : car ils voudroyent ne faire jamais autre chose que pécher : et mesmes

Re

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

entant qu’en eux est, ils s'efforcent d’abuser et Dieu et leur propre conscience :

mais maugré qu'ils en ayent, et quoy qu’ils regimbent, elle les tormente d’une frayeur aveuglée, en sorte que combien qu’ils ne hayssent pas leur péché, toutesfois avec douleur et destresse ils en sentent la pesanteur qui les presse. Cela fait que leur tristesse est inutile, pource qu’ils ne se convertissent pas à Dieu d’une franche volonté, et ne s'efforcent pas de mieux faire : mais estans attachez à leur cupidité perverse, ils sèchent en ce torment duquel ils ne se peuvent despestrer.

Par ce moyen (comme j'ay dit n’aguères) le Seigneur punit leur obstination. Car combien que quant à ses éleus, en les chastiant asprement , il les tire à soy comme par force, toutesfois quand il est temps, il guarit les playes qu’il leur a faites, en sorte qu'ils vienent volontairement à celuy de la main duquel ils se cognoissent estre frappez, et duquel lire les espovante. Les premiers donc sans avoir en détestation le péché, non-seulement craignent le jugement de Dieu, mais le fuyent : et ainsi estans navrez d’une playe incurable, périssent entre leurs plus grandes douleurs. Si Judas eust escouté l’admonition de Christ, il y avoit encore lieu de repentance pour luy : mais pource qu’il n’a tenu conte d’une bénignité si grande, par laquelle il le convioit à salut, il est livré en la possession de Satan, afin qu’il le précipite en désespoir.

Au reste, siles Papistes en leurs escholes enseignent droïtement la doctrine de repentance, il s’ensuyvra qu’il n’y auroit rien eu à redire en Judas, veu qu’on trouve en luy tout ce que ils en déterminent. Car on y voit et contrition de cœur, et confession de bouche, et satisfaction d'œuvre, comme ils disent. Dont il faut conclure qu’ils ne prenent que l’escorce :

car ils laissent ce qui estoit le principal, asçavoir la conversion de l’homme à Dieu, quand le pécheur abbatu de honte et de crainte renonce à SOy-mesme, pour Se ranger en obéissance à la justice de Dieu.

4 Que nous en chaut-il? Tu y aviseras. Yciest descrite la stupidité et estourdissement des Scribes, quand ayans pour

Judas, il ne se retournent point toutesfois, pour penser à eux. Je confesse bien, comme les hypocrites ont accoustumé de se flatter, qu’ils ont eu quelque couleur toute preste pour discerner entre leur cause et celle de Judas : pource qu’il ne leur sembloit pas avis qu’ils fussent participans du mesfait, combien qu'ils eussent abusé de la desloyauté du traistre.

Mais Judas ne confesse pas seulement avoir péché, mais aussi rend tesmoignage de l’innocence de Christ, dont s'ensuit qu’ils ont machiné la mort d’un homme juste, et que pourtant ils sont coulpables d’un meurtre détestable. Et n’y à point de doute que le Seigneur a voulu frapper leurs consciences d’un cautère, pour descouvrir lordure cachée dedans. Or apprenons toutes fois et quantes que nous voyons les meschans avec lesquels nous avons quelque chose de commun, estre saisis de frayeur, que ce sont autant d’advertissemens à repentance, desquels les obstinez ne tenans conte, redoublent leur faute. Il faut aussi noter que le mesfait d’un n’absout point tous ceux qui s'y seront enveloppez en quelque sorte que ce soit : et par plus forte raison que les autheurs et chefs du mal ne gaigneront rien de vouloir séparer leur cause d'avec ceux par lesquels ils ont exécuté leur meschante entreprinse, afin de ne porter pas la mesme punition.

5 Dedans le temple il se retira, et s'en alla, et S'estrangla.Voyci comment Satan sçait bien vendre aux meschans les migrardises desquelles il les flatte et amuse pour un temps : c’est qu'il tourne tout cela en une rage, en sorte que se retranchans volontairement toute espérance de salut, ils ne trouvent autre consolation que la mort. Judas combien que personne ne l’empeschast de retenir les trente pièces d’argent pour lesquelles il avoit trahi Christ, et son salut, néanmoins il les jette là : et non-seulement se prive de l’usage d’icelles, mais avec ce pris mal-heureux de la mort de Christ renonce aussi sa vie. Ainsi encore que Dieu n’y mette point la main, les meschans toutesfois se trouvent tellement trompez en leurs cupiditez, qu'ayans ce qu’ils ont désiré,

advertissement cest exemple horrible de ! non-seulement ils se privent de la fruition

de ceste je ne sçay quelle ombre de biens, mais qui pis est, d’iceux se font des cordeaux. Au reste, combien qu'ils soyent leurs bourreaux en se punissant eux-mesmes, pour cela toutesfois ils n’amoindrissent et n’adoucissent en rien Ja rigueur delire de Dieu sur eux.

6 {n'est pas loisible de les mettre au thrésor : car c'est pris, de sang. D’vci il appert clairement que les hypocrites s’arrestans seulement à faire bonne mine par dehors, se jouent trop lourdement avec Dieu. Pourveu qu’ils ne profanent point leur Corban, ils se font à croire que quant au reste ils sont innocens, et ne se soucient point du meschant et malheureux complot par lequel ils avoyent provoqué la vengence de Dieu sur eux, aussi bien que Judas. Or s’il n’estoit pas licite de mettre au thrésor sacré le pris du sang, pourquoy plustost estoit-il permis de l’y prendre ? Je di cela, pource qu'ils n’estoyent riches que par le moyen des oblations du Temple : et n’avoyent pas prins ailleurs ce que maintenant ils font conscience de mesler parmi , comme estant pollu. Mais d’où vient la pollution, Sinon d’eux-mesmes ? Au reste, tant plus les meschans s'efforcent de couvrir leurs énormitez, tant plus le Seigneur veille pour les mettre en évidence. Ils espéroyent que ce seroit une honneste couverture pour cacher et ensevelir leur péché, s’ils achetoyent un champ stérile pour la sépulture des estrangers : mais la providence admirable de Dieu a tourné leur délibération en une issue toute contraire, faisans que ce champ ait esté un mémorial quasi perpétuel de ceste trahison qui au paravant n’estoit pas si fort cognue. Car ce n’ont-ils pas esté qui ont baillé nom au lieu: mais après que la chose a esté divulguée, par un consentement commun il a esté nommé le champ du sang : éomme si Dieu eust espandu le bruit de leur honte et vilenie, afin qu’un chacun en parlast. C’estoit certes une chose bien favorable d'ordonner un lieu de sépulture pour les estrangers : comme s’il advenoit que quelqu'un de ceux qui estoyent montez en Jérusalem pour sacrifier y mourust. Et d'autant qu'une partie d’iceux estovent des Gentils, je ne rejette

pas ce qu'aucuns des anciens ont escrit, Que par ce signe a esté donnée espérance de salut aux Gentils, d'autant qu'ils estoyent enclos au pris de la mort de Christ.

Toutesfois pource que c’est une invention plus subtile que ferme, j’en laisse à Chacun son jugement. Le mot Corbana, leque] nous avons tourné, Le thrésor, est un mot Chaldaïque, prins de l’Hébrieu Corban, duquel nous avons fait mention ailleurs.

9 Lors fut accompli ce qui avoit esté dit par Jérémie le Prophète. Je confesse que je ne Sçay comment le nom de Jérémie s’est yci rencontré, et ne m'en tormente pas fort. Certes la chose monstre d’elle-mesme qu’on s’est abusé en mettant le nom de Jérémie, pour Zacharie: car en Jérémie on ne trouve point ce propos, ne chose qui en approché. Or quant à cest autre passage, asçavoir de Zacharie, si on ne le sçait bien accommoder, il pourroit sembler avoir esté tiré mal à propos. Mais s’il nous souvient de la règle, laquelle les Apostres ont suyvie en alléguant PEscriture, on COgnoistra aiséement que ce qui est là dit, convient fort bien à Christ. Après que le Seigneur s’est Complaint qu’il a perdu ses peines en faisant office de Pasteur à gouverner ce peuple, il dit que d’ennuy et de fascherie il est contraint de quitter là tout.

Il dit donc, en rompant sa houleté, qu’il ne sera plus leur Pasteur. Après cela il met, Que quand il a demandé son salairé, on luy a donné trente pièces d'argent.

Par lesquels mots il signifie que on la traitté aussi méchaniquement Comme si c’eust esté quelque povre gaigne-denier de nulle estime. Car il compare les cérémonies et vaines pompes que les Juifs luy faisoyent en récompense de ses bénéfices, à trente pièces d'argent, qui seroit le salaire d’un povre bouvier, ou de quelque

manouvrier: et pourtant il commande qu’on les jette en la maison du Seigneur devant un potier: comme s’il disoit, Ce beau présent qu'ils me font, lequel en le prenant me tourneroit à grande honte et déshonneur, comme aussi ils n’en payent par un mespris et desdain, qu'ils l’employent plustost à acheter des tuiles ou des briques pour refairé les ruines du

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

Temple. Or afin que plus certainement on cognust que Christ est le Dieu des armées, contre lequel dés le commencement le peuple avoit esté malin et ingrat:

quand il a esté manifesté en chair, il a falu que ce qui avoit esté auparavant dit par figure et similitude, ait esté accompli à la vérité et visiblement en sa personne.

Ainsi donc, quand estant contraint par leur malice, ila prins congé d'eux, et s’est retiré de plus s’employer après eux, comme gens qui en estoyent indignes, ils l'ont prisé trente pièces d'argent. Un tel mespris et desdain du Fils de Dieu, a esté le comble de leur impiété extrême. Le pris de celuy qui aesté apprécié. Sainct Matthieu ne récite pas les mots de Zacharie: pource que seulement il fait une allusion à la métaphore et similitude,sous laquelle le Seigneur se complaind là de Vingratitude du peuple. Toutesfois la substance est tousiours une, Comme ainsi soit que les Juifs deussent à Dieu et leurs personnes, et tout ce qu'ils avoyent, que par un crand desdain ils l'ont renvoyé avec un povre loyer: com-

me si en les gouvernant par tant de siècles, il n’eust non plus mérité que ce que gaignera un bouvier en un an. Il se plaind donc de ce qu’estant inestimable, il a esté par eux taxé à si vil pris. Sur | à fin quand il dit, Lequel ceux d'entre les en-

Jans d'Israël ont mis à pris: Cest une

facon de parler en général. Judas avoit fait marché avec les Sacrificateurs, qui représentoyent tout le pewple: ainsi les .

Juifs estoyent comme ceux qui mettent à l'enchère, et Christ leur fut livré comme par la voix dun crieur public. Quant au pris, il estoit digne d’estre baïllé à un potier.

10 Æinsi que le Seigneur le m’avoit ordonné. Par ce mot sainct Matthieu conferme que cela n’a point esté sans la providence de Dieu: veu qu’ayans une autre fin, Cependant sans y penser ils accomplissent la Prophétie ancienne. Car comment se fust-il peu faire qu'ils se fussent avisez d'acheter le champ d’un potier, si le Seigneur n’eust tourné leur faute, pour la faire servir à l’exécution de son ordonnance?

MATTH. XXVII

A1 Or Jésus fut amené devant le qgouverneur, et le

Gouverneur

l’interroga, disant, Es-tu le Roy des Juifs?

Jésus luy dit, Tu le dis.

12 El estant accusé par les principaux Sa-

crificateurs, et Anciens, il ne respondoit rien: :

43 Adonc Pi.

late luy dit, N'ois-tu pas combien de tesmoignages is

MARC XV

2 Et Pilate l’interroga, disant, Es-tu le Roy des Juifs? Jésus Trespondant luy dit, Tu le dis.

3, Et , les principaux

Sacrificateurs l'accusoyent de plusieurs choses.

4 Donc Pi late l’interroga encore, disant, Ne

respons-lu rien? Voilà, combien de

LUC XXII

à Et commencèrent à l'accuser, disant, Nous avons trouvé cestuy-ci subvertissant le peuple, et défendant de bailler les tributs à César, et se disant estre le Christ Roy.

3 Lors Pilate l'interroga disant, Es-tu le Ro! y des Juifs? Luy respondant, dit, Tu le dis.

4 Et Pilate dit aux principaux Sacrificateurs, et aux multitudes, Je ne trouve aucun crime en cest homme-ci.

5 Mais is s’efforcoyent tant plus, disans, Il esmeut le peuple, enseignant par toute Judée, ayant commencé depuis Galilée jusques yci.

6 Quant Pilate ouit parler de Galilée, il demanda si le personnage estoil Galiléen.

7 Et ayant entendu qu'il estoit de la jurisdiction d'Hérode, il le renvoya à Hérode, leque aussi en ces jours-là estoit en Jérusalem.

8 El quand Hérode veit Jésus, à fut fort joyeux : car jà pieca il désiroit le veoir, & cause qu'il oyoit dire plusieurs choses de luy, et espéroit qu'il luy verroit faire quelque signe”. }

1) Ou, miracle.

amènent contre toy ?

14 Mais il ne luy respondit point une seule parole : tellement que le

Gouverneur s esmerveilloit grandement.

choses tesmoignent-ils contre toy.

5 Mais Jésus ne respondit plus rien : tellement que Pilate S'en esmerveilloil.

9 Or ü l'interroga en beaucoup de paroles * mais ü ne luy respondoit rien.

10 Et les principaux Sacrificateurs et les Scribes estoyent là, l'accusans avec grande véhémence.

A1 Maïs Hérode avec ses gens le mesprisant, et se mocquant de luy, après qu'il l'eust vestu d'un vestement blanc, le renvoya à Pilate.

12 En ce mesme jour deveindrent amis Pilate et Hérode : car paravant ils estoyent en inimitié entr'eux.

1) Ou, reluisant,

11 Matth. Or Jésus fut amené devant ;

Le Gouverneur. Combien que ç’a esté un spectacle fort estrange et diforme, et bien loin de la majesté du Fils de Dieu, d’avoir esté tiré devant le siége judicial d’un homme profane, afin que son procès luy fust fait comme à un mal-faiteur, et que il respondist de sa bouche, estant cependant lié et garroté: toutesfois il faut qu’il nous souviene que nostre salut est enclos en la doctrine de la croix, qui est folie aux Grecs, et scandale aux Juifs.

Car le Fils de Dieu a voulu, estant lié, estre représenté devant un juge terrien, et là estre traitté comme un criminel digne de mort, afin que nous ne craignions point de venir franchement au thrône céleste de Dieu, estans deschargez de condamnation. Si donc nous regardons quel proufit nous avons en ce que Christ à esté jugé par Pilate, incontinent l’opprobre d’une sujétion tant estrange et indigne sera effacé. Et de faict, il n’y a personne qui se scandalize de la condamnation à laquelle Christ s’est soumis, sinon les orgueilleux hypocrites, ou les stupides et lourds contempteurs de Dieu, lesquels ne sont point touchez de leur propre iniquité. Ainsi done le Fils de Dieu à esté présenté devant un homme mortel, et a souffert estre là accusé et condamné afin que nous puissions consister devant Dieu fermes et asseurez. Il est vray que ses adversaires se sont efforcez de mettre sur luy une infamie éternelle: mais il nous faut plustost regarder à lafin, à laquelle la providence de Dieu nous conduit. Car s’il nous entre en l'esprit combien espovantable est le siège judicial de Dieu, et que toutesfois nous n’avons peu

estre là absous, sinon que le Fils de Dieu fust fait coulpable en terre: jamais il ne nous fera mal de nous glorifier en .ses liens. Derechef, quand nous oyons que Christ s’est représenté devant Pilate en contenance triste et abjecte, prenons de là matière d’asseurance, afin que nous tenans fermes sur Iuy, qui est nostre intercesseur, nous venions devant Dieu joyeux et alaigres. À ceste mesme fin tend aussi ce qui s’ensuit un peu après, qu'il ne respondoit point une seule parole. Christ s’est teu lors que les Sacrificateurs le pressoyent de toutes pars: €’a esté afin de nous ouvrir la bouche par son silence. Car de là nous tenons ce beau privilége, lequel sainct Paul magnifie, que nous pouvons crier à plene bouche, Abba Père, (Rom., VIII, 45) comme je toucheray encores tantost. Æs-lu le Roy des Juifs? Combien qu’ils ayent tasché d’accabler Christ par plusieurs et diverses accusations, toutesfois il est vraysemblable que d’une malice délibérée ils ont prins ce nom de Æoy, pour le rendre bien fort odieux envers Pilate. Et pourtant en sainct Luc il est notamment exprimé qu’ils Pont trouvé subvertissant l'estat du pays, et défendant de bailler les tributs à César. Or il estoit impossible de trouver un crime plus odieux envers Pilate, qui sur toutes choses avoit esgard à entretenir l’estat de l’Empire en paix et tranquillité. Par ce qui est dit en sainct Jehan on voit bien que plusieurs poincts ont esté alléguez en l’accusation: mais aussi il appert clairement par toute la déduction du texte, que le principal poinct a esté cestuy-Ci: ainsi qu’encores aujourd’huy Satan tasche sous ceste cou-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

leur de rendre l'Evangile odieux ou suspect, comme si Christ en dressant son règne, abolissoit tous les empires du monde, et abatoit l'authorité et les droits des rois et magistrats. Les rois aussi de leur costé ont le plus souvent un orgueil si farouche, qu’il leur semble que Christ ne peut régner sans apporter quelque diminution de leur puissance. Ainsi le propos duquel une fois Christ fut chargé injustement, est tousjours favorable envers eux. Pour ceste cause Pilate laissant les autres poincts, s’arreste principalement sur la sédition : car s’il eust trouvé que Christ eust troublé en quelque sorte l’estat publique, il eust prins grand plaisir à le condamner incontinent. C’est la raison pour laquelle il l’interrogue touchant le royaume. Au reste, combien qu’en nos trois Evangélistes la response de Christ est ambiguë, toutesfois on peut recueillir de S. Jehan, que Christ a confessé franchement ce qui luy estoit mis au-devant:

mais qu'il à quant et quant touché que cela n’emportoit aucun crime, en niant qu’il fust Roy terrien. Cependant, pource que son intention n’estoit point de se purger songneusement, comme ont accoustumé de faire les criminels, les Evangélistes mettent une response moyenne, comme s'ils disoyent qu'il n’a pas nié qu’il ne fust Roy, et que toutesfois en passant il a monstré la calomnie de laquelle ses adversaires le chargeovent iniquement.

12 Et estant accusé par les principaux Sacrificateurs et Anciens, ne respondoit rien. Si on demande pourquoy les Evangélistes disent que Christ ne respondoit rien, veu que nous avons ouy sa response de leur bouche : fa raison est, pource qu'ayant sa défense preste, il s’est volontairement abstenu de la proposer. Etde faict, ce qu’il a auparavant respondu touchant le royaume, n’estoit pas qu’il demandast d’estre absout, mais seulement pour maintenir qu’il estoit ce Rédempteur jadis promis, devant lequel tout genouil fléchiroit. Pilate s’est esbahi d’une telle patience, d’autant que Christ en se taisant volontairement, laissoit fouller son innocence, combien qu’il luy fust aisé de réfuter ces calomnies tant frivoles

et vaines. La droiture et pureté de Christ estoit telle, que sans proposer aucun moyen de défense, le juge la apperceuë manifestement. Mais Pilate eust bien voulu que Christ eust fait son devoir de se défendre, afin de le pouvoir absoudre sans la male grâce de beaucoup de gens.

Et jusques à ce poinet la droiture de Pilate est bien à louer, de ce que favorisant à l'innocence de Christ, il le solicite à se défendre. Mais afin que nous ne nous esbahissions du silence de Christ, comme estant absurde et sans raison, ainsi qu’a fait Pilate: il nous faut regarder au conseil de Dieu, qui a voulu que son Fils, lequel il avoit ordonné Sacrifice pour la purgation de nos péchez, ait esté condamné comme coulpable en nostre personne, combien que en soy il fust pur.

Ainsi donc Christ n’a lors rien respondu, afin qu’il fust maintenant nostre Advocat, et que par son intercession il nous délivrast de condamnation: il s’est teu, afin que nous puissions nous glorifier que par

.Sa grâce nous sommes justes. Et par ce

moyen a esté accomplie la prophétie d’'Tsaie, chapitre LIFE, 7, Qu'il a esté mené comme la brebis à la boucherie, ete. Cependant toutesfois S’est monstrée ceste bonne confession, de laquelle saint Paul fait mention (4 Timoth., VI, 43) qui a esté non pas de paroles, mais de faict :

non pas par laquelle il eust esgard à son proufit particulier, mais par laquelle il acquist absolution et délivrance à tout le genre humain.

4 Luc. ££ Pilate dit aux principaux, etc. D'autant que Christ estoit là venu pour porter la peine de nos forfaits, il a falu que premièrement il fust absout par la bouche de son juge, afin qu’on cognust puis après qu’il estoit condamné au nom d’autruy, et non-pas au sien. Au reste, pource que Pilate de peur du tumulte du peuple ne losoit pas absoudre tout à plat, il a esté bien aise de prendre l’occasion qui se présentoit de le renvoyer à la jurisdiction d'Hérode. Or cest Hérode estoit celuy qui fut surnommé Antipas, auquel la Tétrarchie de Galilée avoit esté laissée, quand Archélaüs fut confiné à Vienne, et que le pays de Judée fut annexé à la province et gouvernement de Syrie. Cepen-

dant, combien que un peu après ceci sainct Luc récitera que par ce moyen Hérode s’appaisa envers Pilate, auquel auparavant il estoit courroucé: il est certain toutesfois que Pilate en ceci ne regardoit pas tant à luy complaire, qu'à se desveloper de cest affaire fascheux et odieux, sous quelque couverture honneste, et ainsi s’exempter dé ceste nécessité de condamner Christ.

8 Et quand Hérode veit Jésus, il fut Jort, etc. D'yci il appert comme les meschans sont bien enyvrez, ou plustost du tout ensorcelez de leur orgueil. Car combien qu’Hérode ne recognust pas Christ pour le Fils de Dieu, pour le moins il le tenoit pour Prophète. C’estoit donc une chose bien inhumaine et contre raison, de prendre plaisir à le veoir traitter desdaigneusement et en grand opprobre.

Mais comme si on luy eust fait tort durant tout le temps qu’il n’avoit pu veoir Christ, maintenant le voyant estre en sa puissance, ilen fait ses triomphes, comme ayant gaigné la victoire. Nous voyons aussi comment les Prophètes, esquels la vertu de Dieu reluit, sont aimez des meschans et gens profanes. Hérode avoit dés long temps désiré de veoir Christ :

pourquoy ne désiroit-il aussi bien de l’ouir, afin de proufiter par sa doctrine ?

Certes pource qu’il aimoit mieux prendre son passe-temps à veoir sa vertu Divine, comme si c’eust esté quelque basteierie, que l’adorer en crainte et humilité, comme il estoit raisonnable. Et c’est la facon de faire de la chair, de désirer tellement Dieu en ses œuvres, que cependant elle ne s’assujetif point à la domination d’iceluy: de souhaiter tellement de veoir ses serviteurs, que cependant elle refuse de J'ouir parler en iceux. Et mesme Hérode, combien qu’il s’attendist de veoir quelque miracle de Christ, a toutesfois mieux aimé le laisser trainer à ses pieds comme malfaiteur, que de le recevoir pour Docteur.

Et pourtant ce n’est pas merveille si Dieu caclie sa gloire aux meschans, qui voudroyent qu'il leur servist de basteleur, pour leur donner du passe-temps.

11 Hérode avec ses gens le mesprisant, et se mocquant de luy,etc. IX ne se pouvoit pas faire autrement, qu’un hom-

me fier et se mirant en ses délices, richesses et dignité royale, ne mesprisast Christ, qui lors n’avoit rien en apparence qui ne fust contemptible. Toutesfois lorgueil d'Hérode n’est point excusable, leque} a fermé la porte. à la grâce de Dieu.

Et n’y a point de doute que Dieu pour punir sa nonchalance précédente, n’ait de propos délibéré endurei son cœur par un tel spectacle. Car il n’estoit pas digne d’appercevoir en Christ une seule estincelle de la gloire céleste: veu que si long temps fr avoit fermé les yeux à ceste plene clarté, de laquelle tout son pays avoit esté illuminé et annobli, Au reste, sainct Luce ne récite pas seulement que Christ fut mesprisé d’Hérode, mais aussi de toute sa bande, afin que nous sça= chions qu’il n’adyient guères qu’és Cours des rois on rende à Dieu l’honneur qui luy appartient. Car d'autant que quasi tous Courtisans sont addonnez à pompe et ostentation, ils ont les sens préoccupez d’une si grande vanité, qu ‘ils mesprisent, comme ROME les grâces spirituelles de Dieu, ou les passent à clos yeux. Cependant par ce mespris qui fut fait à, Ja personne de Christ, nous a esté acquise une nouvelle dignité: c’est que maintenant nous sommes en pris et estime à Dieu et aux Anges.

12 En ce mesme jour deveindrent amis Pilate et Hérode. En ce que Christ a servi d’un moyen pour faireJa paix entre ces meschans, apprenons à !Cognoistre combien le monde ha en desdaïn les enfans de Dieu, et la saincte, religion. Il est vray-semblable qu’'estans chacun de son costé poussez d'ambition,

ils estoyent tombez en différent et débat

touchant leurs jurisdictiqns : mais quelle qu’ait esté la source de leur querele, ja= mais l’un n’eust quitté à l’autre le plus petit poinet du monde en matière d'affaires terriennes : toutesfois d'autant que Christ est tenu pour rien, Pilate facile-

ment le laisse à Hérode, et Hérode aussi .

le renvoye à Pilate, ne se souciant pas !

fort de.le retenir. Ainsi aujourd’'huy, comme ainsi soit que s’il est question de quelques brigans ou autres malfaiteurs,

les juges avisent de près à maintenir leur

jurisdiction, et en débatent fort et ferme

de LE, Le AE HS ù

les uns contre les autres, les enfans de Dieu sont par eux jettez là avec desdain, en sorté qu’il semble qu'ils en jouent à triquoter entr’eux. Au reste, la haine de la religion souventesfois met d’accord les meschans, tellement que ceux qui auparavant n’avoyent rien de commun, Se joignent et complotent ensemble pour esteindre la mémoire du nom de Dieu. Cependant quand les meschans livrent ainsi les uns aux autres les enfans de Dieu pour les mettre à mort, ce n’est pas qu'ils pensent donner quelque récompense pour racheter paix et amitié en-

tr’eux: mais ils sont bien aises de remettre à d’autres ce qu'ils estiment westre quasi rien, comme qui jetteroit une crouste de pain à un chien. Mais entre nous, il faut bien que Christ abolissant tous discors, y establisse une autre paix: c’est qu’estans premièrement réconciliez à Dieu par un bon et sainct accord, nous nous entr’äidions les uns les autres à suyvré sa justice, et nous efforcions de monstrer une affection fraternelle, et user d'humanité mutuelle envers nos prochains.

MATTH. XXVII

15 Or avoit de coustume le Gouverneur à la Jeste de relascher au peuple un prisonnier, celuy que ils vouloyent.

16 Æt pour lors à avoit un prisonnier notable, dit Barabbas.

17 Quand donc ils furent assemblez, Pilate leur dit, Lequel voulez-vous que je vous relasche? Barabbas, ou Jésus qu'on dit Christ?

18 Car à scavoit bien qu'ils L avoyent livré par envie.

19 Æt comme il estoit assis au siége judicial, sa Jemme envoya vers luy, disant, N'ayes que faire avec ce juste-là : car j ay aujourd huy en songe beaucoup souffert à cause de luy.

20 Adonc les principaux Sacrificateurs et les Anciens persuaderent au populaire qu'ils demandassent Barabbas, et qu'ils feissent mourir Jésus.

21 Æt le Gouverneur respondant leur dit, Lequel des deux voulez-vous

MARC XV

6 Or leur relaschoit-il à la feste un prisonnier, qui que ce Just que ils demandassent.

7 Et y en avoit un, dit Barabbas, lequel estoil prisonnier avec ses complices en sédilion, qui avoit commis homicide par mutinerie.

8 Et le peuple s’escriant se print à demander qu’il feist comme il leur avoit tousjours fait.

9 Pilate leur respondit, disant, Voulezvous que je vous relasche ce roy-là des Juifs ?

10 Car ilscavoit bien que les principaux Sacrificateurs l'avoyent livré par envie.

14 Etles principaux Sacrificaleurs esmeurent Le peuple, afin que plustost il leur relaschast Barabbas.

12 Et Pilate respondant,derechef leur dit, Que voulez-vous donc que je face à celuy que

LUC XXII

13 Adonc Pilate ayant appelé les principaux Sacrificateurs et les gouverneurs et le peuple, leur dit,

14 Fous m'avez présenté cest homme comme pervertissant le peuple : et voyci, l'ayant interrogué devant vous, je ne trouve en cest homime aucun crime de ceux desquels vous l'accusez.

15 Ni mesme Hérode :

car je vous ay renvoyez à luy, et voyci, rien ne luy a eslé fait qui soit digne de mort".

16 Quand donc je l'auray chastié, je le laisseray aller.

17 Or, faloit-il qu'il leur relaschast quelqu'un & la

Jeste.

18 Dont toute la troupe s’escri& ensemble disant, Oste-nous cestuy-ci, et nous laisse Barabbas.

19 Lequel estoit mis en prison pour quelque mutinerie faite en la ville avec meurtre.

20 Derechef donc Pilate parla à eux, voulant relascher Jésus.

91 Mais ils s'escrioyent,

) Ou, rien n’a esté fait par luy, etc,

que je vous relasche? Ils dirent Barabbas.

22 Pilate leur dit, Que feray-je donc de Jésus qu'on dit Christ? Ils luy | cifie-le.

disent tous, Qu'il soit cru-| A4 cifié.

23 ÆEt le Gouverneur leur dit, mais quel mal a-il fait? Lors ils crioyent d'autant plus,disans,Qu'il soit crucifié.

vous dites Juifs ?

45 Matth. Or avoit de coustume Le Gouverneur à la feste de relascher, etc. Yci nous est descrite d’un costé la cruauté insatiable des Sacrificateurs : et de l’autre, l’'obstination furieuse du peuple. Car il faloit bien qu’ils fussent remplis d’une merveilleuse forcènerie les uns et les autres, de ne se contenter pas de conspirer la mort d’un homme innocent, sinon qu’encores en haine de luy ils délivrassent un brigand. Mais voylà, Satan précipitetellementles meschans, depuis qu’ils ont une fois commencé à trébuscher, qu'ils n’ont horreur de meschanceté aucune, tant détestable qu’elle soit : mais estans aveuglez et estourdis, ils amassent péchez sur péchez. Il n’y a point de doute que Pilate pour les adoucir, en leur faisant honte, n’ait choisi un fort meschant garnement, en comparaison duquel Jésus- Christ peust estre absout. Et de faict, la grandeur du crime duquel Barabbas estoit coulpable, à bon droict devoit faire descharger la rage du peuple sur luy, afin que pour le moins en comparaison de cestuy-là, Christ fust délivré. Mais il n’y a honte ne déshonneur qui face craindre les Sacrificateurs ne tout le peuple, qu’ils ne demandent qu’un séditieux et homicide leur soit donné. Cependant il nous faut considérer le conseil de Dieu, par lequel il est advenu que Jésus-Christ, comme le plus meschant de tous les hommes, a esté destiné à la mort. Il est vray que les Juifs le poursuyvent cruellement d’une fureur aveuglée : mais d'autant que Dieu lavoit ordonné pour estre celuy sur lequel seroyent mis tous les péchez du monde, afin que Pexpiation et purgation en fust faite, il a souffert qu'on le

A3 Et iceux derechef crièrent, Cru-

Adonc Pilate leur dit, Mais quel mal a-il fait? Et ils crièrent tant plus Jort, Crucifie-le.

roy des] disans, Crucifie, Crucifie-le.

22 Et pour la tierce fois à leur dit, Mais quel mal a fait cestuy-ci? je ne trouve en luy aucun crime digne de mort :

je de chastieray donc, et le laisseray aller.

23 Mais ils pressoyent à hautes voix, requérans qu'il Just crucifié : et leurs voix et celles des principaux Sacri- Jicateurs se renforçoyent.

meist mesme au-dessous d’un brigand et homicide. Or il est impossible que l’homme n'entre en une grande horreur, desplaisance de soy-mesmes, et détestation de ses forfaits, quand il considérera bien que le Fils de Dieu a esté abaïissé jusques-là. Mais aussi de cela nous revient une grande matière d’asseurance « Car pource Christ a esté plongé en ceste ignominie profonde, afin qu’en s’abaissant si fort, il nous feist monter en la gloire céleste : pource il a esté estimé pire qu’un brigand, afin qu’il nous assemblast au rang des Anges de Dieu. Si nous sçavons bien estimer ce fruict, cela nous sera plus que suftisant pour abolir le scandale de la croix. Au reste, quant à ceste façon de faire que le Gouverneur, pour gratifier au peuple relaschoit un prisonnier au jour de la feste : c’estoit une chose introduite follement et contre raison et mesmes il y avoit en cela une corruption manifeste du service de Dieu.

Car il n’y a rien moins convenable que de penser honorer les jours de feste en laissant les mesfaits impunis : veu que Dieu à armé les Magistrats, et leur a danné le glaive en main afin qu’ils punissent

avec sévérité les crimes, qui ne peuvent .

estre tolérez sans dommage de lestat public. Mais comme ainsi soit que on ne doit rien entreprendre sinon suyvant la règle de la parole de Dieu, voylà que gaignent les hommes, quand ils veulent d’eux-mesmes et à leur fantasie inventer des moyens de le servir : C’est que sous couleur de l’honorer, souvent ils le diffament et outragent. Parquoy il nous faut tenir en ceste sobriété, que nous ne présentions rien à Dieu sinon ce qu'il re-

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landes"

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

quiert. Car tant s’en faut qu’il prene plaisir à des dons profanes, que C’est pour provoquer tant plus son ire.

19 Convme il estoit assis au siége judicial, sa femme, etc. Combien que le pensement que la femme de Pilate avoit eu de jour, à peu estre cause du songe :

toutesfois il n’y à point de doute que ces tourmens ne luy sont pas advenus naturellement, comme ïil advient tous les jours, mais par une singulière inspiration de Dieu. On a communéement estimé que le diable avoit suborné ceste femme pour empescher ou retarder la rédemption du genre humain : en quoy il n’y a point d'apparence, veu que luy-mesme poussoit et enflamboit si fort les Sacrificateurs et Scribes à machiner la mort de Christ. Il faut donc plustost résoudre, que Dieu le Père a voulu par plusieurs moyens descouvrir etapprouver l’innocence de Christ, afin qu’on cognust évidemment qu’il souffroit la mort au nom d’autruy, c’est-àdire pour nous. Pour ceste cause il a voulu que tant de fois Pilate l’ait absout par sa propre bouche, avant que le condamner : afin qu’en sa condamnation gratuite reluisist clairement la vraye et droite satisfaction pour nos péchez. Au reste, sainct Matthieu récite nomméement ceci, afin que personne ne s’esbahisse de l’affection et du soin de Pilate, quand parmi le bruit et tumulte du peuple, il se débat tant pour sauver la vie d’un homme qu’il n’estimoit rien. Et de faict, par les espovantemens que sa femme avoit sentis de nuict, Dieu la contraint à maintenir l'innocence de son Fils : non pas pour le délivrer de la mort, mais seulement pour déclarer et faire asçavoir que pour les autres il soufiroit la peine qu'il n’avoit point méritée. Quant aux songes qui sont sembiables à des visions, il en a esté traitté ailleurs.

20 Adonc les principaux Sacrificateurs et les Anciens, etc. L’Evangéliste touche les principaux autheurs et chefs du mal : non pas que le peuple qui à esté poussé d’ailleurs, soit excusé pour sa sotte légèreté de croire : mais afin que nous sçachions que de soy-mesme il n’a point esté contre Christ, mais qu’en se vendant aux Sacrificateurs, et leur vou-

lant complaire, il a oublié tant toute équité, modestie et honnesteté que son propre salut. Or par ceci il nous est monstré combien est pernicieuse l’authorité des meschans, ausquels il est facile de tirer çà et là à toute meschanceté le commun peuple, qui est tant et plus variable. Cependant il nous faut prendre garde à l'intention de l’Evangéliste, qui est de monstrer que Christ a esté si fort demandé à mort par la voix du peuple, non pas qu’il fust odieux au commun, mais pource que la plus grand’part, par une sotte ambition désirant d’obéir à ses prélats, mettant en arrière toute considération d'équité, a comme vendu et assujeti sa voix à la conspiration mal-heureuse de quelques-uns.

22 Que feray-je donc de Jésus qu'on dit Christ? Ils disent tous, etc. Pource que Pilate les voit si fort aveuglez de forcènerie, qu'ils ne font aucune difficulté de délivrer de la mort un brigand à leur grand déshonneur, il tasche de les poindre par un autre moyen, pour les remettre en meilleur avis, asçavoir d’autant que la mort de Christ tournera à leur ignominie, pource qu’on faisoit communéement bruit de Jésus, qu’il estoit le Roy etle Christ : comme s’il eust dit, Si vous n’avez pitié du personnage, pour le moins avisez à vostre honneur : pource que les estrangers penseront par tout qu’on aura mis cest homme à mort, pour vous chastier et vous faire despit à tous.

Mais encores ceci n’a rien servi pour appaiser la cruauté enflambée, qu’ils n'ayent poursuyvi de se faire plus de mal en public, que particulièrement à Christ. Et pourtant en sainct Marc Pilate pour les poindre plus vivement, dit qu'eux-mesmes l’appellent Roy des Juifs : signifiant que ce titre luy est aussi commun et O0rdinaire comme si c’estoit son surnom.

Mais ayans perdu toute honte, ils insistent obstinéement sur la mort de Christ, laquelle tiroit avec soy une ignominie pour tout le peuple. Sainct Jehan exprime une response de laquelle nos trois Evangélistes ne font mention, asçavoir qu’ils n’ont aucun roy que César. Ainsi ils aiment mieux se forclorre et bannir de l'espérance de la rédemption promise,

et estre adjugez à servitude perpétuelle, que de recevoir le Rédempteur envoyé de Dieu, qui se présente à eux.

16 Luc. Quand donc je l'auray chaslié, je le laisseray aller. Si quelque légère offense avoit esté commise, sans qu'il y eust crime capital, les Gouverneurs députez de par l'Empereur de Rome avoyent ceste coustume de faire batre de verges un tel mal-faiteur : et ceste punition s’appeloit en leur langue Coerfio. Pilate donc fait iniquement, lequel ayant dit qu’il ne trouve aucune faute en Christ, le veut punir comme convaincu de quelque léger mesfaict. Car non-seulement il déclare qu’il ne trouve en luy aucun crime digne de mort, mais sans exception il le maintient simplement innocent. Pourquoy donc le fait-il fouetter? Mais voylà comme les hommes terriens, lesquels l'Esprit de Dieu ne conferme point en un constant vouloir de bien faire, combien qu'ils désirent de suyvre équité, ont accoustumé de fléchir à faire quelque petite chose contre droict, quand ils sont contraints. Et nonseulement allèguent comme une juste excuse pour eux, qu'ils n’ont pas fait un mal extrême, mais mesme s’attribuent en ce la louange de douceur, pource qu’ils ont en quelque chose espargné les innocens. Cependant ils ne considèrent pas, combien qu’en leur faict il n’y ait une cruauté extrême, que justice, qui est plus précieuse que Ja vie des hommes, est aussi bien violée en faisant batre de verges un homme innocent, comme en luy coupant la teste. Quant au Fils de Dieu, si on l’eust laissé aller en ceste sorte, sans aucun avancement de nostre salut, il eust emporté avec soy lop-

MATTH. XXVIL.

24 Pilate voyant qu'il ne proufiloit rien, mais que tant plus le tumulte s'eslevoit, print de l'eau, et lava ses mains devant le peuple, disant, Je suis innocent du sang de ce juste: vous y aviserez,

25 Æt tout le peuple res-

ple,

crucifie.

MARC XV

45 Pilate donc vou- Lant contenter le peuleur Barabbas :

avoir fouetté Jésus, il Le livra afin qu ‘fast

16 Lors les gendarmes l’'emmenérent

probre d’avoir esté batu de verges : mais estant en la croix, comme en un chariot magnifique, il a triomphé de ses ennemis et des nostres. Au reste, pleust à Dieu que le monde ne fust pas aujourd’huy rempli de beaucoup de Pilates. Mais nous voyons qu’on accomplit aux membres ce qui a esté commencé au chef. Le Clergé du Pape poursuit les saincts serviteurs de Christ d’une mesme cruauté que les Sacrificateurs des Juifs ont crié, le demandans à mort. Entre les juges la plus grand’part ne demandent pas mieux que de servir de bourreaux pour exécuter la rage des supposts de lAntechrist :

mais encores Ceux qui ont horreur d’espandre le sang, pour sauver de la mort les poyres innocens, ils fouettent Christ, la justice unique de Dieu. Car de contraindre les serviteurs de Dieu à renier l'Evangile pour racheter leur vie, qu’estce autre chose que déshonorer Je nom de Christ par bature de verges ? Cependant ils allèguent la violence et cruauté extrême des ennemis comme si ceste couleur estoit suffisante pour couvrir leur timidité desloyale : laquelle, si elle n’a point esté excusable en Pilate, mérite qu’en ceux-ci on l'ait en grande détestation. Pour faire fin de ce poinct, combien que nos trois Evangélistes omettent cela, il appert toutesfois de S. Jehan, que Christ fut batu de verges lorsque Pilate taschoit encores de luy sauver la vie, afin que la veue d’un spectacle si difforme et pitoyable appaisast la rage du peuple.

Toutesfois sainct Jehan adjouste quant et quant, qu’elle n’a peu estre appaisée, jusqu’à ce que l’authéur de vie a esté mis à mort. #4

LUC XXII

24 Lors Pilate jugea là-dessus que ce qu'ils demandoyent fust fait.

25 Æt leur relascha celuy qui pour mutinerie et meurtre avoit esté mis en prison, lequel ils demandoyent: ellaissaJésus pour en faire à leur volonté.

relascha et aprés

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

pondant dit, Son sang soit sur nous el SuT nos enfans.

26 Lors à leur relascha Barabbas : et après qu'il eut fouetté Jésus, il le leur livra pour le crucifier.

27 Adonc les gendarmes du Gouverneur emmenèrent Jésus au prétoire, et assemblèrent devant luy toute la bande :

28 Et l'ayans dévestu, meirent sur luy un manteau d'escarlate.

29 Et plièrent une couronne d'espines, et la meirent sur son chef, et un roseau en sa dextre: et s'agenouillans devant luy, se mocquoyent de luy, disans, Bien te soit, Roy des Juifs.

30 Et après avoir craché contre luy, is prindrent un roseau, et en frapoyent s@ leste.

31 Apres qu'ils se furent mocquez de luy, il luy despouillèrent le manteau, et le vestirent de ses vestemens, el l’emmenèrent pour estre crucifié. |

32 Et comme is sor- {oyent, üls trouvèrent un Cyrénien, nommé Simon, lequel ils contraignirent de porter la croix d'iceluy.

dedans la sale, qui est le prétoire : et appellent toute labande.

17 Et le vestent de pourpre, et luy mettent à l'entour de la

teste wne couronne d'espines qu'ils avoyent plice.

18 Et se prindrent à le saluer, en disant, Joye te soit, Roy des Juifs.

49 Æt frapoyent son chef d'un roseau, el crachoyent contre luy: et se mettans à genoux, luy faisoyent la révérence.

20 Après qu'ils se furent mocquez de luy, ils le dévestirent de la pourpre, et le vestirent de ses veslemens, et le menérent hors pour le crucifier.

21 Et contraignirent un certain passant, nommé Simon Cyrénien, lequel venoit des champs, qui estoit père d'Alexandre, et de Roux, à porter la croix d’ice-

| luy.

26 Et comme ils le menoyent, ils prindrent un certain Simon Cyrénien qui venoit des champs, et luy chargèrent la croix pour la porter aprés Jésus. |

27 Et grande multitude de peuple et de femmes le suyvoyent, lesquelles le plaignoyent et lamentoyent.

28 Mais Jésus se retournant vers elles, dit, Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moy, mais pleurez sur vousmesmes el sur vos enfans.

29 Car voyci, les jours viendront esqueis on dira, Bienheureuses les stéres et les ventres qui n'ont point enfanté, et les mamanelles qui n’ont point allaicté.

30 Lors se prendront à dire aux montagnes, Tombez sur nous : el aux COuStaux, Couvrez-nous.

34 Car s'ils font ces choses au bois verd, que sera-il fait au sec?

32 Deux autres aussi qui estoyent mal-faiteurs Jurent menez pour les faire mourir avec luy.

24 Matth. Pilate voyant qu'il ne proufitoit rien, mais que le tumulte, etc. Comme les mariniers ayans soustenu pour quelque temps une grande force de tempeste, défaillent finalement, et se laissent transporter hors du droit fil qu’il leur faloit tenir : ainsi Pilate voyant qu'il ne sçavoit plus comment réprimer lPesmotion du peuple, n'ayant point esgard à ce que requéroit son authorité de juge, s’accommode aux cris enragez du populaire.

Or combien que par long temps il se fust efforcé de résister et tenir bon, toutesfois la nécessité ne l’excuse pas : car il devoit plustost endurer tout ce qu'on luy eust Sceu faire, que de fléchir de

son devoir. Et la cérémonie frivole dont il use, n'amoindrit en rien son péché.

Car comment osteroit-il avec quelques gouttes d’eau la tache d’un forfait que toutes les satisfactions du monde ne pourroyent effacer? Combien aussi qu'il na pas principalement regardé à nettoyer et abolir les souilleures devant Dieu : mais a voulu proposer au peuple un signe de détestation, pour veoir si paraventure. il ne les amèneroit point à se repentir et désister de leur rage :

comme sil eust usé d’une telle préface, Voyci, vous me Contraignez à prononcer une condamnation de mort injuste, à laquelle quand il me faut venir, je tremble

et suis en frayeur. Que sera-ce donc de vous, et quelle horrible vengence de Dieu devez-vous craindre, vous qui en estes les principaux autheurs? Au reste, quelle que ait esté l’intention de Pilate, Dieu toutesfois a voulu par ce moyen approuver et manifester tousjours tant mieux linnocence de son Fils, afin que plus certainement on cognust qu’en luy nos péchez ont esté condamnez. Le souverain et seul Juge du monde est amené devant le siége judicial d’un juge terrien :

il est condamné à la croix comme un meschant : et qui plus est, on le met au milieu de deux brigans, comme le prince des brigans. La déformité d’un tel spectacle et si estrange, pourroit de prime face grandement troubler les sens des hommes, si ceste raison ne nous venoit au-devant, Que la peine qui nous estoit deue a esté mise sur Christ, afin que maintenant nostre condamnation estant abolie, nous ne eraignions point de comparoistre en la présence du Juge céleste.

Ainsi l’eau qui n'a rien servi à Pilate pour effacer ses ordures, doit aujourd’huy valoir à un autre nsage, asçavoir à esclaircir nos yeux, et les nettoyer de tous empeschemens, afin qu’au milieu de la condamnation ils puissent veoir à clair la justice de Christ.

25 Æt tout le peuple respondant dit, Son sang soi sur nous, etc. I n’y a point de doute que les Juifs, quand ils ont prononcé ceste imprécation, n’ayent esté bien asseurez, comme s'ils eussent bien sceu comment s’en défendre devant Dieu : mais leur zèle inconsidéré les précipite jusques-là, que commettans un forfait irréparable, ils adjoustent quant et quant une imprécation solennelle, par laquelle ils se retranchent toute espérance de salut. De ceci nous recueillons combien songneusement il nous faut garder en tous jugemens d’estre téméraires et trop précipitans. Car depuis que les hommes se donnent congé de s’arrester à ceci ou à cela selon leur fantasie, et sans faire aucune inquisition, il ne se peut faire que ceste impétuosité esgarée ne les mène finalement à une rage. Et c’est une juste vengence de Dieu, par laquelle il punit l’orgueil de ceux qui ne

daignent pas prendre le loisir de discerner entre le tort et le droict. Les Juifs en mettant Christ à mort ont pensé faire un service agréable à Dieu. Mais qui estoit cause de ce qu’ils s’abusoyent si vileinement, sinon leur obstination meschante, et un mespris de Dieu? Et!

pourtant à bon droict ils ont esté abandonnez à ceste forcènerie, d’attirer sur leurs testes une ruine extrême. Or comme Dieu n’eust jamais permis que ceste parole exécrable fust sortie de la bouche du peuple, sinon que devant il y eust eu en ces gens-là une impiété désespérée : ainsi puis après il en fait une juste vengence par des moyens horribles et non accoustumez : et toutesfois par un miracle incroyable il s’est réservé quelque résidu, afin que son alliance ne fust abolie par une destruction entière de tout le peuple. Il avoit adopté à soy la semence d'Abraham, afin que ce fust la gent éleuë, le royaume sacerdotal, son fond péculier, et son sainct héritage :

maintenant les Juifs conspirent quasi d’une voix à renoncer une grâce si excellente. Qui est-ce donc qui ne diroit que toute la race est entièrement retranchée du royaume de Dieu? Mais le Seigneur par leur lascheté et desloyauté monstre tant plus magnifiquement et évidemment la fermeté de sa promesse. Et afin de donner à cognoistre que ce n’est pas en vain qu’il a contracté alliance avec Abraham, ceux qu'il a éleus gratuitement, il les exempte de ceste damnation universelle, Tousjours sa vérité surmonte ainsi, et vient au-dessus de tous empes-

chemens de l’incrédulité des hommes.

26 Lors il leur relascha Barabbas, et après quil eut fouetté, etc. Nos.

trois Evangélistes n’expriment pas ce qui est en sainct Jehan, Que Pilate monta en son siêge judicial, pour de là prononcer sentence, car ils touchent seulement qu’il se laissa gaigner par la crierie et tumulte confus du peuple, jusques à livrer mal-heureusement Christ à mort.

Toutesfois il faut noter l’un et l'autre :

qu’on la fait condescendre à ce poinet maugré luy, et que toutesfois il à fait toutes les contenances de juge à condamner celuy qu'il prononce luy-mésme

SUR L'HARMONIE EÉVANGÉLIQUE.

r’estre en rien coulpable. Car si le Fils de Dieu n’eust esté pur de tout péché, il ne nous faudroit pas chercher en sa mort expiation et satisfaction. D’autre part s’il ne se fust mis en nostre place comme plège, pour porter la peine que nous avions méritée, nous serions maintenant enveloppez en la condamnation de nos péchez. Ainsi donc Dieu a voulu que son Fils fust condamné d’une façon solennelle, afin que pour l’amour d’iceluy nous fussions absous devant sa majesté. Or la pesanteur de la punition ne sert pas moins à confermer nostre foy, qu’à nous espovanter de la crainte de Vire de Dieu, et humilier par le sentiment de nos maux. Car si nous voulons bien proufiter en la méditation de la mort de Christ, il faut commencer par ce poinct : C’est que nous ayons nos péchez en horreur et détestation, selon la grandeur de la peine qu’il a soufferte.

Cela fera que non-seulement nous-nous desplairons en nous-mesmes, et aurons honte de nous, mais aussi qu’estans navrez d’une vive douleur, nous cherchions la médecine avec une affection ardente comme il faut, et qu’estans quant et quant confus, nous tremblions. Car il faut bien que nous ayons des cœurs plus durs que pierres, si les playes du Fils de Dieu ne nous navrent jusques au plus profond, si nous n’avons en haine et détestation nos péchez, pour la satisfaction desquels le Fils de Dieu a souffert tant de tourmens. Mais comme yci se monstre une horrible vengence de Dieu, ainsi d'autre part nous est proposée très ample matière d’asseurance. Car il ne faut jà craindre que nos péchez vienent plus devant le jugement de Dieu, desquels le Fils de Dieu nous a absous et délivrez par une récompense si chère et excellente. Car afin de nous acquérir vie, il n’a pas seulement souffert une mort commune, mais avec la croix il à pris sur soy nostre malédiction, afin qu’il ne demeure plus en nous aucune immondicité.

27 Adonc les gendarmes du Gouverneur emmenèrent Jésus, etc. Ce nest pas sans cause que ce renfort d'opprobres et outrages nous est yci

récité. Nous sçavons que ce n’a pas esté un jeu ou spectacle vain, quand Dieu a abandonné son Fils à toutes sortes de mocqueries. Sur ce passage donc nous devons premièrement considérer ce que nous avions mérité : puis après la récompense que Christ en a faite nous doit redresser en bonne espérance. Nostre vilenie et infection mérite bien que Dieu nous ait en abomination, et que tous les Anges nous crachent au visage. Mais Christ afin qu’il nous représentast devant la majesté de son Père, purs et exempts de toute macule, a voulu luymesme estre craché et souillé de toutes sortes d’opprobres. Parquoy ceste déformité et vilenie qu’il a une fois soufferte en terre, fait que maintenant nous trouvons grâce au ciel : et quant et quant restaure en nous l’image de Dieu, laquelle non-seulement estoit desfigurée et souillée par les ordures de péché, mais quasi toute effacée. En ceci aussi reluit bien à clair la singulière et inest'mable miséricorde de Dieu envers nous, d’avoir abaissé jusques-là son Fils pour nous.

C’est semblablement un tesmoignage par lequel Christ a monstré par effet la merveilleuse amour qu’il nous portoit, de ce qu'il n’y à eu ignominie à laquelle il ne se soit soumis pour nostre salut : mais ces choses ont plustost besoin de méditation intérieure, que d’ornement de paroles. Cependant nous sommes enseignez que le royaume de Christ ne doit pas estre estimé selon le sens de la chair, mais selon le jugement de la foy et de lPEsprit : car tant que nos esprits s’arresteront et croupiront en ce monde, non-seulement il nous sera contemptible, mais aussi rempli de honte, misères et ignominies estranges. Mais si tost que par foy ils s’eslèveront au ciel, non-seulement se présentera la majesté spirituelle de Christ, qui effacera tout l’opprobre de la croix : mais les crachats, fouets, soufflets, et autres dérisions nous mèneront à contempler sa gloire :

comme sainct Paul (Philip. IE, 8) monstre qu'un nom et empire souverain luy à esté donné, afin que devant Iuy tout genouil ploye, pource qu'il s’est volontailement anéanti, jusques à la mort de la

croix. Parquoy, si aujourd’huy le monde se mocque de Christ avec grande insolence, apprenons de surmonter tels scandales par la hauteur de la foy, et ne nous arrestons à Ce que contre raison les meschans controuvent de Christ, et luy attribuent faussement : mais regardons de quelles marques et ornemens le Père céleste l’a revestu, de quel sceptre, et de quelle couronne il l’a orné, pour estre haut eslevé, non pas seulement pardessus les hommes, mais aussi par-dessus tous les Anges. Quant à ce que sainct Marc à mis {a pourpre en lieu d’escarlate, ou autre couleur que les anciens appeloyent Coccum, il ne s’en faut pas donner peine. Il est vray-semblable qu’on n’a pas revestu Christ de quelque belle robbe de grand pris : dont nous recueillons qu'elle n’estoit pas de pourpre, mais en avoit seulement quelque semblance, comme les peintres en leurs ouvrages taschent de contrefaire les choses au plus près qu’ils peuvent.

32 Ils trouvèrent un Cyrénien nommé Simon, lequel ils, etc. Par ceste circonstance est exprimée la cruauté extrême tant du peuple des Juifs, que des gendarmes. Il n’y à point de doute que lors les mal-faiteurs avoyent accoustumé de porter leurs croix et gibbets jusques au lieu du supplice : mais pource que lors on ne crucifioit que de gros pendars et puissans brigans, ils avoyent bien les espaules pour porter telle charge. Ça esté autre chose de Christ, tellement que mesme la débilité de son corps monstroit bien que c’estoit un agneau qu'on immoloit : peut-estre aussi qu’estant rompu de coups de verges, et fort abatu des outrages qu'on luy avoit faits, il est demeuré sous le fardeau de la croix. Or les Evangélistes récitent que les gendarmes contraignirent un paysant et homme de basse condition, de porter la croix. Car d’autant que ceste sorte de supplice estoit maudite et détestable, chacun pensoit estre pollué seulement s’il luy fust advenu d’y mettre là main.

Mais ce povre-ci lequel estant des plus contemptibles du peuple, a esté arresté pour faire cest office sordide et infâme, Dieu luy donne bruit et renom par ses

hérauts. Car ce n’est pas une chose superflue, de ce que les Evangélistes non-seulement expriment son nom, mais font aussi mention de son pays et de ses enfans. Et n’y à point de âoute que ce nait esté comme un préparatif Ou une espreuve, par laquelle Dieu nous a donné à entendre, comme ainsi soit que de nous-mesmes nous n’ayons rien qui nous mette en estime, que par là croix de son Fils nous venons à avoir excellence et renom.

27 Luc. £t grande multitude de peuple et de Jemmes le suyvoyent, etc.

Combien qu’en public tout le peuplé d’une voix et d’un cri- eust condamné Christ, toutesfois nous voyons que quelques-uns

n'avoyent pas mis en oubli la doctrine et les miraclés d'iceluy : ainsi en cesté misérable dissipation, Dieu s’est réservé quelque petit résidu. Et combien que la foy de ces femmes fust foible et débile, toutesfois il est vray-semblable qu'il y avoit en elles quelque semence occulte de crainte de Dieu , laquelle puis après est venue à germer ‘en son temps. Cependant leurs pleurs ont servi pour condamner la meschante et détestable cruauté des hommes, qui ont conspiré et machiné la mort de Christ avec les Scribes et Sacrificateurs. Mais l'intention de sainet Luc a esté autre, c’ést qu’il a voulu que nous sceussions que quand l’impiété des hommes se desborde confuséément, et à bride avallée, Dieu n’est pas oisif à haut pour contempler seulement ce qu’on fait ci-bas : mais qu’il est assis comme Juge au ciel pour faire bien tost la punition des cruautez et iniquitez, et qu’il ne faut par mespriser sa vengence , pourtant qu'il la diffère jusqu’au temps propre et convenable, mais qu’il la faut craindre devant qu’elle apparoisse.

28 Ne pleurez point Sur moy, mais

pleurez sur vous-mesmes, etc. Aücuns ont pensé que ces femmes sont yei tancées, pource que follement et d’une affection inconsidérée elles jettoyent des larmes en vain : mais Christ ne les reprend pas simplement, comme pleurantes sans raison Ou occasion : ains donne à entendre. qu’il y à bien plus grande matière de pleurer pour lhorrible jugement

EN

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de Dieu qni pend sur leurs testes : com me sil disoit que sa mort sera, non pas la fin, mais le commencement de grandes calamitez, tant à la ville de Jérusalem, qu'à toute la nation. Et ainsi il signifie qu’il n’est pas tellement livré à l’abandon des meschans, que Dieu n’ait tousjours cependant soin de luy. Car par la punition qui s’en est puis après ensuyvie, On a bien cognu que la vie de Christ avoit esté précieuse à Dieu le Père, lors qu'un chacun le tenoit pour un homme du tout délaissé et rejetté. Il est vray que ces paroles monstrent manifestement comment Christ estoit rempli d’une grande magnanimité : car il ne pouvoit pas ainsi parler, sinon qu’il allast à la mort constamment et asseuréement. Mais toutesfois il tend principalement à cela, qu’en ceste apparence difforme et sordide, il ne laisse pas toutesfois d’estre regardé de Dieu : au contraire, que les meschans qui font maintenant leurs triomphes en grande fierté, comme ayans tout gaigné, ne jJouyront pas long temps de leur joye enragée, pource que bien tost après on verra un changement merveilleux et incroyable.

Ceste doctrine nous sert encores aujourd'huy, quand nous cognoissons que Christ n’a pas laissé d’estre tousjours aimé du Père, encore que pour un moment il ait esté destitué de son aide : mais que nostre salut luy à esté en si grande recommandalion, qu ’il n’a pas espargné mesmes son Fils unique. Ce qu’il à bien monstré par tesmoigrage suffisant et notable, quand il a rasé par le pied ceste saincte cité, en laquelle il avoit choisi son Sanctüuaire unique, et l’a destruite elle avec les habitans. De là apprenons de nous eslever à méditer la cause de la mort de Christ. Car puis que Dieu en a fait une véngence Si rigoureuse , jamais il n’eust permis que son Fils l’eust endurée, n’eust esté qu'il vouloit que ce fust l’expiation et satisfaction pour les péchez du monde.

29 Car voyci, les jours viendront esquels on dira, etc. H dénonce une calamité prochaine, qui ne sera point com- mune, mais estrange et non jamais ouve, en laquelle on appercevera à l’œil la vengence de Dieu. Comme s’il eust dit que ceste nation ne sera pas Consumée par

une destruction simple, et qui passe incontinent, mais qu'elle périra sous un amas infini de grans maux et esclandres : tellement qu’il leur seroit beaucoup plus désirable que du premier coup les montagnes tombassent sur eux pour les accabler, ou que la terre s’ouvrist pour les engloutir, que de languir et sécher d’ennuy entre les tourmens estranges et cruels d’une longue destruction. Or ces menaces ne se sont pas perdues en l'air, et n’ont point esté vaines, mais l’issue espovantable a encore surmonté la rigueur de ces paroles foudroyantes , comme il appert par Josèphe. Au reste, comme ainsi Soit que ce sont ci les propos d’un désespoir extrême, de désirer d’estre accablez des montagnes, de maudire la génération d’enfans : par ces mots Christ a monstré que les Juifs sentiroyent quelque jour qu’ils avoyent fait la guerre, non pas à un homme mortel, mais à Dieu. Et voylà comment les ennemis de Dieu reçoyvent une juste récompense de leur rage plene de sacrilége : c’est que ceux qui auparavant ont bien osé assaillir le ciel, désireront que la terre leur serve de bouclier contre la vengence de Dieu, et n’y gaigneront rien.

31 S'ils font ces choses au bois verd, que sera-il fait au sec ? Par ceste sentence Christ conferme que sa mort ne demeurera point impunie, et que les Juifs ne consisteront pas longtemps en leur estat, desquels l'iniquité estoit desjà meure , voire demi-pourrie : et par une similitude il prouve qu’il est impossible que le feu de lire de Dieu ne les embrase et dévore incontinent. Nous sçavons qu’on met volontiers le bois sec le premier au feu : et si on brusle celuy qui est verd et humide, finalement beaucoup moins espargnera-on le sec. Au reste, ce mot /{s font, peut estre exposé en général pour Si on fait : en ce sens, Si devant le temps on jette au feu le bois verd, que pensez-vous que sera de celuy qui est desjà vieil et bien sec ? Si d'aventure on n'aimoit mieux dire qu’il est yei fait comparaison des hommes avec Dieu : comme si Christ eust dit que les meschans sont semblables à du bois sec, et qu’ après qu'ils auront mal- heureusement mis à

mort les justes, Dieu leur garde leur tour et leur récompense toute preste. Car comment eux, qui sont de long temps destinez à perdition, eschapperoyent-ils la main du Juge céleste, qui pour un temps leur lasche si fort la bride contre les bons et innocens ? Mais qu’on le prene en l’une des deux sortes qu’on voudra, la substance est, que ces femmes pleurent et se lamentent inconsidéréement, si quant et quant elles n’attendent et craignent horrible jugement de Dieu, qui pend sur la teste des meschans. Or toutes fois et quantes que la dureté et amertume de la croix nous est par trop fascheuse , pour l’adoucir il nous faut prendre ceste consolation, Que Dieu qui souffre maintenant que les siens soyent affligez injustement, ne souffrira point finalement que les meschans eschappent sa vengence. Et de faict, si nous n’estions appuyez sur ceste espérance, il ne se pourroit faire aucunement que nous ne défaillissions sous le fardeau

MATTH. XXVII

des afflictions. Car combien que ce soit une chose selon nature, et plus accoustumée, de faire du feu de bois sec plustost que de bois humide, Dieu toutesfois tient un autre ordre. Car cependant qu’il laisse les réprouvez en repos et à leur aise, il pourmene et exerce les siens par beaucoup de povretez et adversitez. Et pourtant leur condition est plus misérable que des autres, si on en veut juger selon ce qui apparoist présentement. Mais voyei un bon remède et bien propre, quand nous attendrons patiemment le discours entier du jugement de Dieu. Car par ce moyen nous verrons que les meschans ne gaignent rien en ce peu de relasche qu’ils ont : pource qu'après que Dieu aura bumilié ses fidèles, les chastiant de verges de père, il s’eslèvera ayant l’espée au poing contre ceux , aux meschancetez desquels il a semblé pour un temps qu’il ne prinst point garde.

33 Et estans arrivez au lieu qu'on dit Golgota (qui vaut autant à dire que la place de test).

34 Ils luy donnerent à boire du vinaigre meslé avec du fiel: et quand il en eut gousté, il n'en voulut point boire.

35 Et après qu'ils l’eurent crucifié, ils départirent ses vestemens, en jettant le sort: afin que fust accompli ce qui est dit par le Prophète1, disant, Zls se sont départi mesvestemens, et ont jetté le sort sur ma robbe.

36 Et estans assis, ils le gardoyent là.

31 Ils meirent aussi audessus de sa teste son dicton par escril, en ces mots, CESTUY-CI EST JÉSUS LE ROY DES JUIFS.

1) Ps., XX, 17.

MARC XV

22 Puis le menérent en la place de Golgota, qui vaut autant à dire que la place de test.

23 Puis luy donnèrent & boire du vin avec myrrhe: mais il ne le print point.

24 Et quand ils l'eurent crucifié, ils déparlirent ses vestemens, en jettant sort sur iceux pour sçavoir qu’en emporteroit chacun.

25 Or estoit-il trois heures quand ils le crucifièrent.

26 Æt l'escrileau de son crime estoil ainsi eSCTil, LE ROY DES JUIFS.

27 Ils crucifièrent aussi avec luy deux brigans : l'un à sa dextre, et l'autre à sa senestre.

28 Ainsi fut accom-

LUC XXII

33 ÆEstans donc venus.

au lieu qui est appelé Le test 2, ils le crucifiérent là, et les mal-faiteurs: l’un à la dextre, el l'autre à la senestre.

34 Et Jésus disoit, Pere, pardonne-leur: car üls ne scavent qu'ils font.

Puis faisans le partage de ses habillemens, ils jettèrent le sort.

35 ÆEt le peuple se tenoîit là regardant : pareillement les Gouverneurs se mocquoyent de luy avec eux, disans, Il a sauvé les autres, qu'il se sauve soy-mesme, S'ùl est le Christ, l'éleu de Dieu.

Un peu après.

38 Or y avoil-il un es-

criteau sur luy, escrit en

2) Ou, Calvaire.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

38 Lors furent crucifiez avec luy deux brigans, l'un a dextre, et l’autre à senestre. :

33 Matth. Æt estans arrivez au lieu qu'on dit Golgota: qui vaut, etc. Xésus a esté mené au lieu auquel on avoit accoustumé dexécuter à mort les mal-faiteurs, atin que sa mort fust plus ignominieuse.

Or combien que cela ait esté fait selon Ja coustume, toutesfois il faut considérer plus haut le conseil de Dieu. Car il a voulu que son Fils ait esté mis hors de la ville, comme indigne de la compagnie des hommes, afin qu'il nous recoyve en son Royaume céleste avec les Anges. Pour ceste cause PApostre en lEpistre aux Hébrieux, XIII, 42, rapporte ceci à une figure ancienne de la Loy. Car comme Dieu commandoit qu'on bruslast hors des tentes les corps des bestes, desquelles le sang estoit apporté dedans le sanctuaire pour l’expiation des péchez : ainsi il dit que Christ est sorti hors la porte de la ville, afin que prenant sur soy la malédiction qui nous accabloit, il fust fait comme exécrable, et par ce moyen effaceast nos péchez, et en feist la satisfaction. Et d'autant qu'il a soustenu plus d’ignominie et d'opprobre devant le monde, d'autant sa mort a esté un spectacle plus agréable et noble devant Dieu et les Anges. Car l’infamie du lieu n’a pas empesché qu'il ne dressast là un magnifique et triomphant-mémorial de sa victoire :

et la puanteur des corps morts, qui estoyent là par terre, n’a peu faire que la bonne et souefve odeur de son sacrifice ne s’espandist par tout le monde, et pénétrast jusques au ciel.

34 Ils luy donnèrent à boire du vinaigre meslé avec du fiel. Combien que les Evangélistes ne soyent pas si Curieux à digérer chacun poinct en son ordre, qu’on puisse certainement dire à quelle heure ceci ou cela à esté fait, toutesfois pour une raison vray-semblable je pense que devant que le Seigneur ait esté eslevé en la croix, selon que c’estoit la coustume, on luy a présenté à boire en un vaisseau du vin de myrrhe, ou quelque autre mixtion, laquelle, comme il appert

plie l'Escriture, qui dit, Et a estè tenu du rang des mal-faiteurs.

letres Grecques el Romaines et Hébraïques, en ces mots, Cestuy-ci est le Roy des Juifs.

estoit composée de fiel et de vinaigre.

Tant y à que quasi tous les expositeurs sont bien d'accord en un poinct : asçavoir que c’est yci un autre bruvage que celuy duquel parle sainct Jehan, et duquel nous traitterons tantost après. J’adjouste seulement un poinct, asçavoir que il me semble que lors que le Seigneur estoit près d’estre mis en la croix, on luy présenta un verre Où autre vaisseau à boire : mais que après que la croix fut eslevée en haut, lors aussi on trempa une esponge dedans, pour luy donner à boire. Touchant l’heure en laquelle il commença à demander à boire, je n’en dispute point trop scrupuleusement : toutesfois quand toutes circonstances seront rapportées l’une à l’autre, nous ne trouverons pas qu'il soit loin de raison, de dire qu'après qu’il eut une fois refusé ceste composition amère, par mocquerie on la luy présenta plusieurs fois à la bouche. Car sainct Matthieu dira tantost après, que les gendarmes en luy donnant à boire, luy ont reproché qu’il ne se pouvoit pas délivrer de la mort. Dont nous recueillons qu’en luy présentant le remède ils se sont mocquez de son impuissance, pource qu’il s’estoit plaint qu’il estoit délaissé de Dieu. Quant à ce qui concerne l’histoire de sainct Jehan, il suffit seulement d’entendre que Christ pour remédier à sa soif, a demandé qu’on luy donnast à boire de ce qu'on boit communéement, et qu’on luy a baiïllé du vinaigre mixtionné avec myrrhe et fiel, pour Iuy avancer la mort :

mais il portoit si patiemment ses tourmens, que l’ennuy de la douleur ne luy faisoit point désirer l’avancement de la mort. Car une partie de son sacrilice et obéissance consistoit en ceci, d’endurer jusques au bout ceste longue langueur.

Au reste, selon mon jugement, ceux-là s’abusent, qui content ce bruvage de vipaigre pour un des tourmens desquels le Fils de Dieu a esté cruellement traitté. I] ya plus grande apparence à la conjecture de ceux qui pensent que (ait esté

une sorte de bruvage propre pour faire vuider le sang, et que pourtant on avoit accoustumé d’en présenter aux mal-faiteurs, afin qu'ils languissent moins à mourir. Et pourtant sainct Marc l'appelle, du vin avec myrrhe. Au reste, Christ (comme j'ay n’aguères touché) a refusé le vin ou le vinaigre, non pas tant pour l'amertume, qu’afin de monstrer qu’il alloit à la mort paisiblement selon la volonté du Père, et ne s’y jettoit point à l’estourdie par une impatience de douleur.

Et à cela n’est point contraire ce que dit sainct Jehan, Que lors fut accomplie VEscriture, En ma soif ils m'ont baillé à boire du vinaigre. Car ces deux choses accordent bien ensemble, qu’on luy ait donné le remède pour mettre fin aux tourments d’une langueur de mort, et que toutesfois Christ ait esté en toutes facons rudement traitté, en sorte que mesme le soulagement estoit une partie ou plustost augmentation de douleur.

35 Ils départirent ses vestemens en jettant le sort, eic. I est certain queles gendarmes ont aussi fait ceci selon la manière accoustumée, de partir entr’eux la despouille d’un homme condamné à mort. Paraventure qu’il y à eu une chose particulière en Christ, de ce qu’ils ont jetté le sort sur son saye qui estoit sans cousture. Mais combien qu’en cest endroit rien ne soit adyenu à Christ, sinon ce qu’on faisoit communéement à tous ceux qui estoyent exécutez à mort : si est-ce toutesfois que ceste histoire mérite d’estre considérée par nous bien attentivement. Car les Evangélistes nous proposent le Fils de Dieu despouillé de ses habillemens, afin que nous sçachions que par ceste nudité nous sont acquises des richesses lesquelles nous rendent honorables devant Dieu. Ainsi donecques Dieu a voulu que son Fils fust despouillé, afin qu’estans vestus de sa justice et abondance de tous biens, nous comparoissions en asseurance avec les Anges : en lieu qu’au parayant nostre povreté honteuse et vileine en habit tout deschiré, nous renvoyoit bien loin, tellement que nous

ne pouvions approcher des cieax. Et

Christluy-mesme a souffert que ses robbes fussent mises en pièces, comme une

COMMENTAIRES | prove, afin qu’il nous enrichistdes riches-

ses de sa victoire. Au reste, ce que dit sainct Matthieu, qu’ainsi fut accomplie la prophétie de David, ls se sont départi mes vestemens entr” eux, etc, doit estre ainsi pris, Que ce dont David se plaind luy avoir esté fait par similitude et en figure, a esté accompli en Christ à la letre (comme on dit) et de faict, Car David sous ce mot de Vestemens, entend ses biens etses estats : comme s’il disoit qu’estant vif et quasi présent, il avoit esté abandonné en proye à ses ennemis, lesquels avoyent volé sa maison : et tant s’en faloit qu’ils eussent espargné le reste de ses biens, que mesmes ils luy avoyent osté sa femme. Il amplifie ceste cruauté estrange par une similitude, disant, Que ses vestemens ont esté mis au sort. Or d'autant qu’il estoit ombre et image de Christ, il a prédit par Esprit de Prophétie ce que Christ devoit souffrir.

Et par ainsi cela est bien notable en la personne de Christ, que les gendarmes ont butiné ses vestemens : pource qu’en ce pillage nous appercevons les marques et enseignes desquelles il avoit jadis esté marqué afin qu'on le cognust. Quant et quant aussi Geci sert pour oster le scandale que le sens de la chair autrement pourroit prendre en la nudité d'iceluy.:

considéré qu’il n’a rien enduré que le sainct Esprit ne déclare et prononce estre vrayement et proprement: convenable à la personne du Rédempteur.

25 Marc. Or estoit-il trois heures quand ils le crucifièrent. Ceci semble n’estre pas fort bien accordant avec le tesmoignage de sainct Jehan : car il dit que Christ fut condamné environ les six heures. Mais quand nous considérerons ce qui appert par d’autres passages, que le jour estoit divisé en quatre parties , et que chacune partie prenoit son nom de la première heure de son commencement, la solution ne sera pas dificile. Tout le temps qui estoit depuis le soleil levé jusques à la seconde partie du jour, ils Pappeloyent La première heure. La seconde partie, qui s’estendoit jusques à Midi, estoit par eux nommée La troisième heure.

La sixième heure commençoit depuis .Midi, et duroit. jusques à trois ou quatre

heures après Midi. Ainsi done les Juifs voyans que Pilate laissoit escouler le temps sans despescher matière, et que Midi approchoit, sainct Jehan dit qu'ils ont plus fort crié, afin die le jour ne se passast sans rien faire. Mais cependant cela n'empesche point que le Seigneur nait esté crucifié environ la fin de la troisième heure. Car c’est une chose assez certaine, si tost qu’il eut esté condamné par ce tumulte, qu’incontinent on lexécuta : tant estoyent les Juifs enflambez d’un grand désir de le mettre à mort.

Par ainsi sainct Marc entend la fin des trois heures, et non pas le commencement. Et aussi il est plus vray-semblable que Christ n’a pas demeuré pendu en la croix plus long temps que trois heures.

34 Luc. Æt Jésus disoit, Père, pardonne-leur : car ils ne scavent qu'ils font, etc. Par ceci Christ a monstré qu’il estoit cest agneau paisible et doux qui devoit estre mené au sacrifice, comme le Prophète Isaïe, LIH, 7, avoit tesmoigné.

Car non-seulement il remet la vengence, mais aussi ii recommande à Dieu son Père le salut de ceux par lesquels il est plus que cruellement tourmenté. C’estoit desjà bien grand’chose de ne penser point à rendre mal pour mal : comme sainct Pierre nous voulant exhorter à patience à l'exemple d’iceluy, dit qu’il n’a point rendu malédiction pour malédiction, etne s’est point vengé des outrages qu'on luy faisoit : mais s’est contenté seulement d’avoir Dieu pour son garent et défenseur, 4 Pierre, 1,23. Mais voyci encores une vertu beaucoup plus grande et excellente en luy, de prier Dieu qu’il pardonnast à ses ennemis. S'il semble à quelqu'un que ceci n'accorde pas bien avec ceste sentence de S. Pierre que j’ay n’aguères alléguée : la response est aisée.

Car quand Christ esmeu d’une affection de miséricorde a demandé à Dieu pardon pour ceux qui le poursuyvoyent, cela n’empeschoit point que il n’asquiesçast au juste jugement de Dieu, lequel il sçavoit estre ordonné pour les réprouvez et obstinez. Ainsi donc Christ voyant que tant le peuple des Juifs, comme les gendarmes deschargeoyent leur rage contre

luy d’une impétuosité aveuglée, combien que leur ignorance n’estoit point excusable, toutesfois il a eu pitié d’eux, et s’est présenté intercesseur, demandant à Dieu pardon pour eux. Cependant sçachant que Dieu en feroit la vengence, il Juy a laissé le jugement contre les désespérez. Les fidèles aussi doyvent en telle sorte modérer leur affection en souffrant les maux qu’on leur fait, qu’ils désirent le salut de ceux qui les persécutent, et toutesfois soyent asseurez que leur vie est en la garde de Dieu : et qw'estans appuyez de ceste consolation, Que finalement les meschans ne demeureront pas impunis de leurs outrages et excès, ils ne défaillent point sous le fardeau de la croix. S. Lue nous propose maintenant un exemple de ceste modération en la personne de nostre Capitaine et. Maistre : pource que combien qu’il peust maudire de damnation ses persécuteurs, non-seulement il s’est abstenu d’user de maudisson, mais aussi à prier pour leur bien. Au reste, il faut noter quand tout le monde s’eslève contre nous et que chacun de son costé tasche de nous accabler, que voyci un fort bon remède pour surmonter la tentation, asçavoir de considérer l’aveuglement de ceux qui combatent Dieu en nos personnes. Çar cela fera que la conspiration de beaucoup de gens contre nous seuls et desprouveus d'aide, ne nous troublera point outre mesure. Comme au contraire l’expérience monstre. journellement, que c’est une chose qui ha grande puissance pour esbranler les infirmes, que de se veoir assaillis d’une grande multitude.

Parquoy quand nous apprendrons @eslever nos esprits à Dieu, il nous sera facile de mespriser d’enhaut et regarder comme à nos pieds l’ignorance des infidèles, afin de ne nous attacher point à eux : pource que quelques grandes forces et munitions qu'ils ayent, ils ne sçavent toutesfois que c’est qu’ils font. Cependant il est vraysemblable que Christ n’a pas prié pour tous indifféremment, mais seulement pour le poyre populaire qui estoit transporté d’un zèle inconsidéré, et non pas poussé d’une malice délibérée. Car quant aux Scribes et Sacrificateurs, comme c’estoyent gens esquels il n’y avoit aucune

espérance, en vain il eust prié pour eux.

Oril n’y a doute, d'autant que ceste prière a esté exaucée du Père céleste, que cela à esté cause que plusieurs du peuple ont puis après beu en foy le sang de Christ qu'ils avoyent espandu.

37 Matth. /{s meirent aussi au-dessus de sa teste son diclion, etc. Ce que sainct Matthieu et sainct Marc touchent en peu de paroles, $S. Luc le raconte en termes plus exprès, Que lescriteau fut mis au-dessus en trois Langues : sainct Jehan aussi le descrit encores plus au long. Et pourtant, que les lecteurs prenent là ce que je me déporte de toucher yci, afin d’estre brief. Seulement je diray que cela ne s’est point fait sans la providence de Dieu, que la mort de Christ ait esté publiée et divulguée en trois Langues. Car combien que l’intention de Pilate ait esté seulement de diffamer et met tre en opprobre la nation des Juifs, Dieu toutesfois à bien regardé plus haut : c’est qu’il a voulu monstrer par ce présage, qu'il y auroit un bruit magnifique de Ja mort de son Fils, tellement qu’en tous endroits les peuples de la terre le recognoistroyent estre le Roy promis aux Juifs. Il est vray qu’en ceci il n’y à point eu une droite et légitime prédication de l'Evangile : aussi Pilate estoit indigne que Dieu le prinst pour servir de tesmoin à son Fils: mais je veux dire que ce qui devoit estre puis après fait et exécuté par les vrais ministres, a esté figuré et aucunement représenté en Pilate. En somme, on le peut tenir pour tel annon-

MATTH. XXVIL.

39 Et ceux qui pastrages, hochans leurs! soyent testes.

10 Et disans, Toy qui desfais le Temple, et en ve-toy toy-mesme: si tu | le réédifies, es le Fils de Dieu, descen de la croix.

41 Semblablement aussi les principaux Sacri-| 31 ficateurs se mocquans

la croix.

MARC XY

29 Et ceux qui soyent luy disoyent ou-| passoyent luy dioutrages, hochans leurs testes, et disans, Hé, qui desfais Le Temtrois jours l'édifies, sau- | ple,et entrois jours

30 Sauve-toy toymesme, el descen de

Semblablement aussi lesprin-

ciateur de Christ, comme Caïphe a esté Prophète.

38 Lors furent crucifiez avec luy deux brigans & lun à dextre, etc.

Voycei qui a esté pour parfaire le comble d’une infamie extrême, quand Christ a esté pendu au milieu de deux brigans.

Car ils luy ont donné le lieu le plus éminent, comme s’il eust esté le prince des brigans. S'il eust esté crucifié tout seul, il eust semblé que ce qui estoit là fait en sa personne, n’avoit aucune similitude avec Ja condition des autres mal-faiteurs: mais nous voyons que non-seulement il est mis de leur rang, mais aussi il est eslevé en haut comme le plus détestable de tous.

Et pour ceste cause S. Marc applique à ceci la Prophétie d’Isaïe, (LITE, 42.) Et a esté mis au rang des iniques. Car là le Prophète dit nomméement de Christ, que ce ne sera point par une pompe et bravade magnifique qu’il délivrera les siens de la mort, mais d'autant qu’il prendra sur <0y la punition deue à leurs mesfaits.

Pour faire donc qu’il nous délivrast de condamnation, ceste manière d'expiation et satisfaction estoit nécessaire, afin qu’il se meist en nostre place. Au reste, on voit yei combien est horrible la pesanteur de lire de Dieu contre les péchez, pour laquelle appaiser il a falu que Christ, qui est la justice éternelle, fust mis du rang des brigans. On voit aussi Pamour inestimable de Christ envers nous, lequel afin de nous mettre avec les saincts Anges, n’a point refusé d’estre tenu pour un des meschans.

LUC XXIIL.

35 Et le peuple se tenoit là regardant. Pareillement les Gou-

avec eux, disans, Il a sauvé les

s'ilest le Christ l'’éleu de Dieu.

36 Aussiles gendarmes se mocquoyent de luy,en s’approchant, et luy présentans du vinaigre.

37 Disans, Si tu es le Roy des Juifs, sauve-toy.

Et un peu après.

39 Et un des mal-faiteurs

verneurs se mocquoyent de luy

autres, qu'ilse sauve soy-mesme,

“ie nn.

avec les Scribes et les Anciens, disoyent,

42 Il à sauvé les autres, et ne se peut sauver soy-mesme. S'il est Roy d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, elnous croirons à luy.

43 Ilse confie en Dieu:

qu'il le délivre maintenant, S'il ha agréable:

car ùl à dit, Je suis le Fils de Dieu.

44 Cela mesme luy reprochoyent aussi les brigans qui estoyent cru-

cipaux Sacrificaleurs se MOCqUuANns, disoyent les uns aux autres avec les Scribes, Il a sauvé les autres, el ne se peul sauver soymesme.

32 Que Christ le Roy d'Israël descende maintenant de la croix afin que nous voyons, et croyons. Et ceux qui esloyent cruci- Jiez avec luy, luy disoyent outrages,

qui estoyent pendus, l'outrageoit, disant, Si tu es le Christ, sauve-loy toy-mesme el nous.

40 Mais l'autre respondant le tanca, disant, Au moins ne crains-lu point Dieu, veu que tu es en la mesme condamnation?

AA Et quant à nous, nous y sommes justement: car nousrecevons choses dignes de nos faits: mais cestuy-ci n'a rien Jait de mal.

42 Et disoit à Jésus, Seigneur, aye mémoire de moy quand tu viendras en tonrègne.

43 Lors Jésus luy dit, Je te di en vérité, qu'aujourd'huy tu

cifiez avec luy.

39 Matth. Æt ceux qui passoyent luy disoyent outrages, hochans leurs testes.

Ces circonstances emportent grand poids :

car yci nous est comme représenté devant les yeux l’anéantissement extrême du Fils de Dieu, afin que mieux il apparoisse combien nostre salut luy a cousté cher : et que considérans qu’à bon droict nous avons mérité toutes les peines qu'il a soustenues, nous soyons de plus en plus incitez à repentance. Car Dieu nous a yCi monstré en ce spectacle, combien seroit misérable nostre condition, si nous wavions un Rédempteur. Au reste, toutes les choses que Christ a souffertes doyvent estre rapportées à nostre allégement.

Certes ça esté un combat plus dur que tous les autres tourmens, quand toutes manières de gens l’ont injurié, brocardé et outragé, comme estant délaissé et abandonné de Dieu. Et pourtant aussi David, Pseaume XXII, 7, représentant la personne de Christ, se plaind principalement de ceci entre ses plus grans maux.

Et de faict, il n’y a rien qui navre plus avant les cœurs des fidèles, que quand ils voyent que les meschans pour esbranler leur foy, leur reprochent que ils sont abandonnez et destituez de la grâce et assistance de Dieu. Voylà la dure persécution de laquelle sainet Paul dit qu’Isaac fut tourmenté par Ismaël, Gal., IV, 29: non pas qu’il le poursuyvist à lespée et par violence externe, mais pource que tournant

seras avec moy en paradis.

la grâce de Dieu en risée et mocquerie, il s’efforceoit de renverser sa foy. Or David premièrement, puis après Christ aussi a souffert ces tentations, afin qu’aujourd’huy elles ne nous espovantent par trop, comme si c’estoit une chose nouvelle.

Car jamais il n’y aura faute de meschans qui nous jetteront des brocars au milieu de nos misères. Et c’est la ruse ordinaire de Satan, toutes fois et quantes que Dieu ne nous assiste pas selon nostre vouloir, mais cache pour un peu son aide, de nous mettre au-devant qu’en vain nous avons espéré en luy, comme si sa promesse estoit sans effet.

40 Toy qui desfaits le Temple, et en trois jours l'édijies, etc. Is arguent Christ de menterie, pource que maintenant qu'il en est besoin, il ne monstre point par effet la vertu et force qu’il s’estoit attribuée. Mais si affection desbordée de mesdire, de laquelle ils estoyent pleins, ne leur eust osté jugement et raison, ils eussent incontinent après cognu à l'œil Paccomplissement de ceste sentence. Christ avoit dit, Desiruisez ce Temple, et en trois jours je le relèveray :

mais eux sans attendre l’espace des trois jours, triomphent devant le temps entre les commencemens de la ruine et destruction d’iceluy. Telle est l'audace présomptueuse des meschans contre tous les enfans de Dieu, quand sous couleur | de la croix, ils essayent de leur oster

l'espérance de la vie à-venir. Ou est (disent-ils) ceste gloire immortelle, laquelle ces pores gens se font à croire, et de laquelle ils se vantent, veu qu’ils tracassent mesprisez et quasi incognus, et que les uns vivotent bien petitement, les autres estans en continuelles maladies et langueurs, sont de jour en jour quasi prests à rendre l’âme, les autres sont pourmenez par fuites et bannissemens, les: autres languissent et sèchent dedans les prisons, les autres estans bruslez sont réduits en cendre. Voylà comment la corruption présente de homme extérieur aveugle les incrédules jusques-là, qu’ils tienent pour vaine et ridicule Pespérance du renouvellement à-venir. Mais nostre devoir est d'attendre la vraye saison de l'édifice promis : et ne faut point que nous-nous faschions ou trouvions esirange, si maintenant nous sommes Crucifiez avec Christ, pour estre puis après participans de sa résurrection : 52 {u es le Füls de Dieu. Les meschans requièrent de Christ un tel tesmoignage de sa puissance, qu’en ce monstrant Fils de Dieu, il désiste d’estre Fils de Dieu. Il avoit vestu chair humaine, et estoit descendu au monde à ceste condition, que par le sacrifice de sa mort il réconciliast les hommes avec Dieu son Père. Ainsi donc pour monstrer que vrayement il estoit Fils de Dieu, il a esté nécessaire qu'il fust pendu à la croix. Et maintenant ces meschans vienent dire que le Rédempteur ne sera point cognu Fils de Dieu, sinon que descendant de la croix il renonce à ordonnance du Père, et laissant imparfaite l’expiation des péchez, il se démette de l’estat et office qui luy a esté donné de Dieu. Quant à nous, apprenons d’yci à Confermer nostre foy, d’autant que le Fils de Dieu a voulu pour nostre ‘salut demeurer attaché à la croix, jusqu'à ce qu'il eust souffert jusques au bout tant les cruels tormens en sa chair, que les horribles angoisses en son esprit, et finalement la mort mesme. Et afin que il ne nous adviene de tenter Dieu à la manière que nous voyons que ces gens-ci ont fait, souffrons que Dieu cache sa puissance toutes fois et quantes que bon luy semblera, afin que puis

après il la desploye à son plaisir en temps et lieu propre. On appereeoït une semblable perversité et malignité en Pautre objection qui vient après, S'il est roy d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons à luy. Car‘ils ne devoyent pas recevoir pour Roy aucun qui né fust tel que les Prophètes l'avoyent descrit. Or Isaïe et Zacharie notamment descrivent le Christ’ comme un homme desfiguré, affligé, condamné ét maudit, demi-mort, povre et mésprisé, devant qu’il monte en son thrôné royal.

C'est donc grand’folie aux Juifs d’en demander un qui nait point ces choses, lequel ils recognoissent pour Roy. Car en ce faisant ils donnent à entendre qu'ils n’ont point à gré lé Roy tel que le Seigneur avoit promis de leur donner.

Mais nous au contraire, atin que nostre foy soit fermement arrestée en Christ, cherchons fondement et appuy en sa croix : Car il ne pourroit pas autrement estre tenu pour Roy légitime d'Israël, s’il n’eust accompli toutes chosés réquises à l'office de Rédempteur. Et par cela nous voyons combien c’est une chose dangereuse et pernicieuse de nous eslongner de la parole de Dieu, nous esgarans après nos spéculations. Car pource que les Juifs ont imaginé un roy selon leur sens, ils ont rejetté le Seigneur Jésus-Christ crucifié, pource que ils trouvoyent chose absurde de croire en luy. Mais quant à nous, en ce qu'il s’est volontairement assujeti à lignominie de la eroix pour l'amour de nous, nous y trouvons une très bonne et bien pertinente raison de croire en Iuy.

42 Il a sauvé les ‘autres, eline se peut sauver soy-mesme. Voyci une ingratitude qui n’estoit aucunement à Excuser, que se scandalizans de veoir Christ ainsi humilié sur l'heure, ils n’estiment rien tous les miracles qu'auparavant il avoit faits devant leurs veux. Ils confessent qu'il a sauvé les autres. En quelle vertu, où par quel moyen? Pour le moins en cest endroit que n’ont-ils en révérence l’œuvre manifeste de Dieu?

Mais pource que malicieusement ils estouffent, et mesmes entant qu’en eux est, s'efforcent d’esteindre la clarté de Dieu

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

qui reluisoit és miracles, ils sont indignes que Dieu leur face la grâce de juger droitement de l’infirmité de la croix. Pource que Christ ne se délivre pas incontinent de la mort, ils luy attribuent impuissance, et luy reprochent. Et c’est une chose par trop ordinaire à tous les meschans, de mesurer la puissance de Dieu par ce qu’ils voyent présentement, en sorte que tout ce qu’il ne fait point, il leur semble que c’est d'autant qu'il ne le peut faire : et ainsi ils laccusent de débilité et faute de puissance, toutes fois et quantes qu’il n’obtempère pas à leur cupidité perverse. Or quant à nous, sçachons que Christ, combien qu’il le peust faire aiséement, ne s’est pas incontinent délivré de la mort, mais c’est d'autant qu’il n’a pas voulu. Et pourquoy a-il pour un temps mis en arrière la considération de sauver sa personne, sinon d'autant qu'il avoit plus grand soin du salut de nous tous? Pourquoy m’a-il pas voulu se délivrer, sinon afin de nous sauver tous? Ainsi donc nous voyons que les Juifs par leur malice ont tiré et fait servir à la défense de leur incrédulité , les choses par lesquelles nostre foy est fort bien édifiée.

43 Il se confie en Dieu : qu’il le délivre maintenant. C’est un dard de tentation bien dangereuse que Satan ha en sa main (comme j’ay dit un peu devant) quand il fait à croire que Dieu nous a mis en oubli, pource qu’il ne nous assiste pas promptement ct sur lheure. Car puis que Dieu veille pour le salut des siens, et non-seulement leur donne secours en temps opportun, mais aussi prévient leur nécessité (comme l’Escriture le monstre en plusieurs endroits) il semble qu’il n'aime point ceux ausquels il n’aide pas. Ainsi donc Satan tasche de nous tirer en désespoir par ceste belle Dialectique, que c’est folie de nous asseurer de l'amour de Dieu, quand nous Wappercevons pas son aide devant nos yeux. Et comme il nous met en l'esprit céste objection, ainsi il attire ses supposts, qui nous reprochent que Dieu nous a vendus et délaissez, pource qu’il diffère de monstrer son aide. }l faut donc rejetter cest argument comme mauvais

et faux, Que Dieu n’aimé point ceux lesquels pour un temps il semble avoir abandonnez. Et mesmes il n’y a rien plus, absurde que de restraindre son amour à chacune minute de temps. Il est vray que Dieu a promis d’estre nostre libérateur : mais si quelques fois il ferme les yeux à nos afflictions, et ne fait pas semblant de les veoir, il faut endurer patiemment le retardement. Parquoy c’est une chose contraire à la nature de la foy, que ceux-là pressent et insistent sur ce mot Maintenant, lesquels par la croix et afflictions il duit à obéissance et solicite à prières et invocation de son nom : veu que ces choses sont plustost tesmoignages de son amour paternelle, comme l’Apostre le remonstre en l’Epistre aux Hébrieux, chapitre XIT, 6. Mais il y à eu cela de spécial en Christ, combien qu’il fust le Fils bienaimé, de n’estré point toutesfois délivré de la mort, jusqu’à ce qu’il eust souffert les peines qui nous estoyent deues, pource que c’estoit le pris de nostre salut et rédemption. Dont s’ensuit derechef que les Sacrificateurs se monstrent bien malicieux, quand ils concluent qu’il n’est point le Fils de Dieu, pource qu’il s’acquitte de la charge qui luy est enjointe du Père.

44 Cela mesme luy reprochoyent aussi les brigans qui, etc. S. Matthieu et S. Marc usent yci de la figure appelée Synecdoche, attribuans aux brigans ce qui n’a esté qu’en l’un, comme il appert par S. Luc. Et ceste locution ne doit point estre trouvée rude, veu que les deux Evangélistes n’ont eu autre but que de monstrer que Christ a esté de tous costez assailli d’injures, et par toutes manières de gens, tellement que il ny à pas eu jusqu'aux brigans demi-morts, qui l’ayent espargné : comme David au Pseaume XXIT, 7, faisant une Complainte de ses calamitez, amplifie loutrage d’icelles, disant que toutes gens Pont en opprobre, et qu'il est le mespris du populaire. Au reste, combien qu'ils ne touchent point ceste histoire digne de mémoire, laquelle S. Luc récite touchant l’autre brigand, il n'y à pas toutesfois

d'absurdité en ce qu’ils disent que Christ

a esté mocqué de tous, mesmes jusqu'aux brigans : car leur propos n’est pas de parler des personnes en particulier, mais seulement de la qualité et condition d’icelles en général. Venons maintenant à ce que dit sainct Luc.

39 Luc. £t l'un des mal-faiteurs qui estoyent pendus, l'outrageoit, etc.

Par ceste injure que le Fils de Dieu a soufferte du brigand, un souverain honneur nous a esté acquis entre les Anges :

c’est qu’ils nous recognoissent pour leurs frères. Mais cependant en ce mal-heureux

personnage nous est proposé un exemple

d’obstination désespérée, veu qu’au milieu de ses tormens il ne laisse point d’escumer et desgorger ses blasphèmes avec grande fierté. Voylà comment font communéement les gens désespérez, c’est que voyans qu'ils ne peuvent eschapper les tormens, ils se vengent en s’obstinant et rongeant leur frain, comme on dit. Au reste, combien qu'il reproche à Christ qu’il ne peut sauver ne s0y ne les autres, toutesfois ceste objection s’addresse contre la personne mesme de Dieu. Comme nous voyons que les meschans, toutes fois et quantes qu’ils n’obtienent pas ce qu’ils veulent, volontiers ils arracheroyent Dieu du ciel. Ils devroyent devenir doux et humbles estans dontez à force de coups, mais par cela on voit que c’est de la dureté d’un meschant cœur, laquelle toutes les peines et misères du monde ne peuvent amolir.

40 Mais l’autre respondant, le tanca, disant, Au moins ne, etc. En ce povre homme nous avons un singulier miroir de la grâce de Dieu incroyable, et laquelle on n’eust jamais attendue, tant en ce que soudainement à la mort il a esté changé en un homme tout nouveau, et des enfers a esté tiré au ciel, comme aussi en ce qu’en un moment il a obtenu pardon de tous les forfaits esquels il avoit esté plongé toute sa vie :

et qui plus est, a esté receu au ciel devant les Apostres et les premiers fruits de la nouvelle Eglise. Premièrement donc on voit un tesmoignage notable de la grâce de Dieu en la conversion de cest homme. Car ce n’a pas esté par le mouvement de la chair qu'il a osté ceste

cruauté estrange, et cest orgueilleux mespris de Dieu, pour se repentir et amender incontinent : mais il a esté donté de la main de Dieu : comme toute lEscriture monstre que repentance est une œuvre qui procède de luy. Et d’autant plus excellente est ceste grâce, qu’elle est advenue contre espérance de tous. Car qui eust jamais pensé que le brigand à l’article de la mort non-seulement fust devenu vray adorateur de Dieu, mais aussi eust servi à tout le monde de maistre et docteur excellent en la foy et crainte de Dieu, en sorte qu'encores aujourd’'huy il nous faut prendre de sa bouche la règle de vraye et droite confession? Or pour le premier fruit qu’il a monstré de sa repentance, il a asprement repris limpudence détestable de son compagnon. Après cela il a adjousté le second, en s’humiliant par une confession de ses péchez procédante d’un cœur non feint, et rendant à Christ la louange de justice qui luy appartient.

Pour le troisième, il a monstré une foy merveilleuse, remettant entièrement et soy et son salut en la vertu de Christ, lequel toutesfois il voyoit pendu à la croix, et prochain de la mort. 4w moins ne crains-tu point Dieu? Combien que les expositeurs destournent ces mots en divers sens, toutesfois il me semble que le simple sens est, Que veut dire cela, que mesme ceste condamnation ne te contraint point à craindre Dieu? Car le brigand amplifie l’endurcissement de son compagnon, par ce qu'estant réduit à une nécessité extrême, ne pour cela il ne commence point à craindre Dieu. Mais pour éviter toute ambiguité, il faut entendre que cest impudent et détestable blasphémateur, qui pensoit se mocquer à son plaisir, est yci ramené au jugement de Dieu : pource qu’encores qu'il eust esté stupide toute sa vie, si devoit-il lors trembler, sentant la main de Dieu armée contre luy, et ayant bien tost à rendre conte de tous ses mesfaits. Ça donc esté signe d’une obstination désespérée et diabolique, quand Dieu le tenoit estreint et enserré du jugement dernier, de ne venir pas lors mesme à recognoissance. Car s’il y eust eu quelque goutte

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

de piété au cœur du personnage, pour le moins estant contraint, il se fust rangé à la crainte de Dieu. Nous avons maintenant la substance de ces mots, Asçavoir que ceux-là sont gens désespérez et du tout sans crainte de Dieu, lesquels ne s’amendent pas mesme par les punitions.

Ces mots, £n la condamnation, mesme, je les pren pour la condamnation présente, et laquelle ne menace point de loin, mais tient desjà la personne, et se fait sentir : comme si le brigand eust dit, Veu que tu es desjà au milieu de la mort, cela te devoit bien resveiller pour te faire recognoistre Dieu ton Juge. Au reste, nous recueillons d’yci une doctrine bien utile, Que ceux-là résistent entièrement à Dieu, lesquels les punitions n’amènent point à humilité : car il faut nécessairement que tous ceux qui ont quelque crainte de Dieu , estans confus de honte, ayent la bouche close, et confessent la debte.

AA Et quant à nous, nous y sommes justement : car nous recevons, elec.

Pource que la répréhension fondée sur la condamnation pouvoit sembler appartenir aussi à Christ, vei le brigand le sépare de la condition de luy et de son compagnon. Car il confesse que la punition qui leur estoit commune à tous trois, estoit juste quant à soy et à son compagnon, mais non pas quant à Christ, lequel avoit esté amené au supplice de mort, non pour péché ou faute qui fust en luy, ains par la cruauté des ennemis. Mais il faut bien retenir ce que j’ay n’aguères dit, que le brigand a monstré tesmoignage de pénitence, tel que Dieu requiert de nous tous, quand il a confessé qu’il recevoit telle récompense que ses péchez méritoyent.

Et sur tout ce poinct est à noter, que la grandeur de la punition n’a point empesché qu’il ne portast patiemment ces griefs tormens, et se recognust les avoir bien méritez. Parquoy si nous sommes vrayement repentans de nos péchez, apprenons de les descouvrir volontiers et sans aucune feintise, quand il en sera besoin, et de ne refuser point le déshonneur que nous avons mérité. Car voylà le seul moyen pour ensevelir nos péchez devant Dieu et les Anges, Asçayoir que

nous ne cherchions point de les couvrir el desguiser devant les hommes par vaines excuses. Or comme ainsi soit qu'entre tant de couvertures lesquelles hypocrisie cherche, ceste-ci soit la plus commune, qu'un chacun enveloppe les autres avec Soy, afin de se excuser sous l'ombre d’iceux : Ce brigand au contraire ne monstre pas moins de solisitude à défendre et maintenir l'innocence de Christ, que de rondeur et simplicité à condamner et SOY el son Compagnon.

42 Seigneur aye mémoire de moy quand tu viendras en ton règne. Je ne sçay si depuis le commencement du monde il y a jamais eu un plus singulier et notable exemple de foy : et d'autant est digne de plus grande admiration la grâce du S. Esprit qui s’est vci desployée tant magnifiquement. Ce brigand qui nonseulement navoit point esté enseigné en l'eschole de Christ, mais en s’acharnant à commettre meurtres exXécrables s’estoit efforcé d’esteindre toute discrétion et sentiment de droiture, monte soudain plus haut que tous les Apostres, et les autres disciples, pour lesquels enseigner le Seigneur avoit tant pris de peine : et non-seulement cela, mais il adore en qualité de Roy, Christ estant au gibbet :

il magnifie,et exalte son royaume en cest anéantissement estrange et plus que difforme : il recognoist et avoue pour autheur de vie celuy qui s’en alloit mourir.

Certes quant auparavant il eust eu gousté la droite foy, et ouy beaucoup parler de l'office de Christ, et mesmes eust esté confermé en cela par miracles, toutesfois l'obscurité espesse d’une mort si ignominieuse pouvoit faire esvanouir ceste Cognoissance. Mais maintenant ç’a esté une chose plus qu'admirable, qu'un homme du tout ignorant et nouveau, ou plustost entièrement corrompu et perverti d’entendement, ait appréhendé le salut et la gloire céleste en la croix maudite. Car quelles marques et enseignes d’ornemens royaux voit-il en Christ, qui deussent eslever son esprit au règne d’iceluy ? Et de faict, cela estoit comme du profond des enfers monter par-dessus les cieux.

Mais à la chair c’estoit une fable et chose du tout ridicule, d'attribuer un règne

plus excellent que tous les empires du monde, à un homme rejetté et condamné, et lequel le monde ne pouvoit porter. Dont nous pouvons conclure combien il à eu les yeux de l’entendement’ aigus et clair-voyans, avec lesquels il a contemplé la vie en la mort, en ruine hautesse, en opprobre gloire, en perdition victoire, en servitude règne. Or si le brigand par sa foy a eslevé au thrône céleste Christ pendu en la croix, et comme accablé de malédiction, maudite soit nostre lascheté, si nous ne l’adorons en révérence estant assis à la dextre de Dieu, si nous ne mettons ferme espérance de vie en sa résurrection, si nous ne tendons au ciel où il est entré. Puis après quand nous consi- . dérerons d'autre part en quel estat il es-

toit quand il à imploré la miséricorde de Christ, nous entrerons encore en plus grande admiration de sa foy : ayant le corps rompu et deschiré, estant desjà demi-mort, il attend la dernière main des bourreaux, et toutesfois il s’arreste ét appuyée en la seule grâce de Christ. Premièrement d’où luy vient l’asseurance du pardon de ses péchez, sinon d'autant qu’en la mort de Christ, laquelle semble détestable à tous les autres, il appréhende un sacrifice de bonne odeur, ayant ceste efficace de purger et nettover tous les péchez du monde? Et quant à ce que mesprisant Courageusement ses tormens, et mesme quasi S’oubliant soy-mesme, il est ravi à l'espérance et désir de la vie cachée, cela surmonte de beaucoup le sens humain. Parquoy n’ayons point de honte de avoir ce maistre, lequel le Seigneur nous à proposé pour humilier et abbatre l’orgueil de la chair, et d’apprendre de luy et mortification de la chair, et patience, et magnanimité de foy, et constance d'espérance, et affection ardente de piété. Car selon qu’un chacun le suyvra plus alaigrement, d'autant approchera-il plus près de Christ.

43 Lors Jésus luy dit, Je te di en vérité, etc. Combien que Christ n’eust pas encore manifestement triomphé de ‘la mort, il ne laisse pas touteslois de desployer l’eflicace et le fruit de sa mort au milieu de son anéantissement. Et par ce moyen il a monstré que jamais il n’a esté

desprouveu de la puissance de son rè” gne : car il n°v a rien plus haut ou magnifique au Roy céleste, que de rendre la vie aux morts. Ainsi donc, combien que Christ estant frappé de la main de Dieu, en apparence sembloit estre un homme quasi du tout accablé : toutesfois pource qu’il n’a point laissé d’estre le Sauveur du monde, il a tousjours esté doué d’une puissance céleste pour accomplir son office. Et premièrement il faut noter Sa débonnaireté et promptitude incroyable, en ce que sans aucun délay il receoit Si humainement ce brigand, et promet de le faire participant de la vie bien-heureuse avec SOy. Parquoy il n’y a point de doute qu’il ne soit prest de recevoir Sans exception tous ceux qui recourront à Iuy.

Dont on peut conclure pour certain que nous serons Sauvez, pourveu qu'il ait mémoire denous. Or il ne se peut faire qu’il mette en oubli ceux qui luy recommanderont leur salut. Et si le brigand a trouvé le chemin si aisé à passer au ciel, pource que ne voyant de tous Costez que matière de désespoir extrême, il S’est appuyé sur la grâce de Christ : par plus

forte raison Christ estant aujourd’huy victorieux de la mort, nous tendra la

main de son haut thrône, pour nous recevoir à la participation de vie. Car ce seroit une chose absurde, si depuis qu’il a attaché en la croix l’obligation qui nous

Lestoit contraire, et a destruit la mort et Satan, et en sa résurrection à triomphé | du prince de ce monde, le passage de la

mort à la vie nous estoit plus difficile et mal aisé qu’il n’a esté au brigand. Quiconque donc en mourant avec une vraye foy donnera en garde son àme à Christ, il ne sera point remis à un long temps pour languir et estre en suspens, mais Christ viendra au-devant par la mesme bénignité dont il a usé envers le brigand, et luy ottroyera son souhait. Et pourtant, qu’on rejette loin ceste sotte et puante imagination des Sophistes, Que Dieu en pardonnant la coulpe, réserve la peine :

veu que nous voyons que Christ en déclarant cestuy-ci absous de condamnation, le délivre aussi de la punition. Et à cela n’est point contraire, que le brigand néantmoins soustient et endure jusques

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

au bout la punition à laquelle il estoitad-!tenu salut par pure grâce. Au reste,

jugé : car nous ne devons point en cela imaginer aucune compensation qui serve de satisfaction pour appaiser le jugement de Dieu, comme les resveurs Sophistes SOngent : mais il nous faut simplement entendre que le Seigneur par les peines corporelles duit ét amène ses éleus à desplaisance et haine de péché. Ainsi donc le brigand estant amené au renoncement de soy-mesme par la discipline paternelle, ‘Christ le receoit comme en son giron, et ne le renvoye point au feu de Purgatoire.

D'avantage il faut noter par quelles clefs la porte du Royaume des cieux a esté ouverte au brigand : car il ne est point yci mention ne de la confession du Pape, ne de satisfaction : mais Christ se contente de la repentance et foy d’iceluy : en sorte que volontairement il le receoit venant à SOy. Et par ceci est encore mieux confermé ce que j'ay n’aguères touché, que celuy qui desdaignera suyvre les traces du brigand, et aller le chemin qu’il nous monstre, est digne de périr en damnation éternelle : d'autant que par une présomption détestable- il se forclost de l'entrée des cieux. Aussi à la vérité, comme Christ nous a donné à tous en la personne du brigand un gage commun d'obtenir là rémission des péchez, ainsi il à fait cest honneur singulier à ce povre misérable, afin qu’estans despouillez de toute nostre gloire, nous ne nous glorifions qu'en la seule miséricorde de Dieu.

Et quand un chacun de nous s’examinera au vray et à bon escient, nous trouverons bien matière d’estre confus de honte pour le comble infini de nos forfaits : en sorte que nous ne trouverons pas estrange d’avoir pour conducteur et port’enseigne un poyre desbauché et mal-faiteur, qui a ob-

MATTH. XXVII

45 Mais depuis six heures il y eut ténebres sur tout le pays, jusqu à neuf heures.

46 Et environ neuf heures Jésus $’escria à haute voix, disant, Eli, Eli, lamasabachthani? c’est-a-dire, Mon Dieu, mon

Dieu, pourquoy m'as-tu abandonné?

47 Et aucuns de ceux qui estoyent là

comme dés lors la mort de Christ a produit son fruit, ainsi nous recueillons de ce passage que les âmes demeurent tousjours vivantes, estans séparées des Corps.

Autrement ce seroit une mocquerie de la promesse de Christ, laquelle mesme il conferme par serment. Toutesfois, quant au lieu de Paradis, il n’en faut point disputer curieusement ne subtilement. Qu'il nous suflise que tous ceux qui par foy sont entez au corps de Christ, sont participans de la vie de iceluYŸ, et par ainsi après la mort jouissent du bien-heureux et joyeux repos, jusqu’à ce que la gloire parfaite de la vie céleste soit plenement manifestée par la venue de Christ. Ilreste encores un poinct, c’est que ce qui est promis au brigand, n’allége point sés misères présentes, et ne diminue rien de la punition corporelle. Et par cela nous sommes advertis qu’il ne faut point estimer la grâce de Dieu selon le sentiment dela chair. Car souvent il adviendra que Dieu souffrira que ceux ausquels toutesfois il ne laisse pas d’estre propice, soyent affligez très misérablement. Ainsi donc, si nous sommes horriblement tormentez selon le corps, il nous faut bien donner garde que la grandeur de la douleur ne nous face perdre le goust de la bonté de Dieu : mais plustost au Contraire, que tous nos maux soyent allégez et adoucis par ceste seule consolation, qu’incontinent que Dieu nous a embrassez de sa faveur, tous les maux que nous endurons, nous sont aides de salut. Cela fera que nonseulement nostre foy sera victorieuse audessus de toutes misères, mais aura repos doux et tranquille au milieu des peines que nous endurerons.

LUC XXHI.

44 Or estoit-ii environ six. heures, et ténèbres furentfaitespar toute la terre!

MARC XV

33 Mais quand il fut six heures, y eut ténèbres faites sur tout le pays, jusqu'à neuf heu-

res, jusques à neuf 34 Et àneuf heu-\ heures.

1) Ou, teut le pays,

présens, ayans ouy Cela, disoyent, Cestuy-ci appelle Elie.

48 Et incontinent quelqu'un d'entr'eux courul, et print une esponge, et l'ayant emplie de vinaigre, la mit à l'entour de un roseau, et luy en bailla à boire.

49 Les autres disoyent, Laisse, voyons si Elie viendra le sauver.

50 Æt lors Jésus criant derechef à haute voix, rendit l’esprû.

54 Et voylà, le voile du Temple se fendil en deux, depuis le haut jusques au bas : et la terre trembla, et les pierres se fendirent,

52 Et les monumens s'ouvrirent: el après qu'il ful ressuscilé,plusieurs corpsdes Saincts, qui avoyent esté endormis, ressuscilerent * :

53 Lesquels estans sortis des monumens, entrérent* en la saincte Cilé, et apparurent à plusieurs.

54 Or le Centenier, et ceux qui estoyent avec luy gardans Jésus, ayans veu le tremblement de terre, et les choses qui s’esloyent faites, eurent grand crainte, disans, l’éritablement cesluy-ci estoit le Fils de Dieu.

05 l y avoit là aussi plusieurs Jemmes regardans dé loin, lesquelles avoyent suyvi Jésus depuis Galilée, en luy administrant.

56 Entre lesquelles estoit Marie Magdalène, et Marie mère de Jaques et de Joses, et la mére des fils de Zébédée.

1) Ps., LXIX 91.

résurrection d’iceluy, entrèrent, etc.

45 Matth. Mais depuis six heures il y eut ténèbres sur, etc. Combien qu’en la mort de Christ l’infirmité de la chair ait pour un peu de temps couvert la gloire de la Divinité, et que mesme le Fils de Dieu

res Jésus cria à haute voix, disant, Eloi, Eloi, lamasabachthani? qui vaut autant à dire que, Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m'astu abandonné ?

35 Æl aucuns de ceux qui estoyent là, quand ils l’ouirent, disoyent, Foyci, il appelle Elie.

36 Et quelqu'un accourut, et emplit une esponge de vinaigre, et la mit à l'entour d’un roseau, et luy en bailla à boire, disant, Laissez, voyons si Elie viendra pour l'oster.

37 Et Jésus ayant jetté une haute voix, rendit l'esprit.

38 Et le voile du Temple se fendit en deux, depuis le haut jusques au bas.

39 Et le Centenier qui estoit vis-ü-vis de luy, voyant que il avoit rendu l'esprit en criant ainsi, dit, Véritablement cest homme estoit Fils de Dieu.

40 Il y avoit aussi des femmes qui regardoyent de loin, entre lesquelles estoit Marie Magdalène, et Marie mère de Jaques le petit, et de Joses, et Salomé :

AA Lesquelles (dés lors qu'il estoil en Galilée) l'avoyentsuyvi,etluy avoyent subvenu, et plusieurs autres, lesquelles estoyent montées ensemble avec luy en Jérusalem.

2) Ou, et plusieurs corps des Sainets qui avoyent esté endormis, se levèrent.

45 Aussi le soleil fut obscurci, et le voile du T'emple fendu par le milieu.

46 Alors Jésus criant à haute voix, dit, Père, je remets mon esprit en tes mains. Et en disant cela, il rendit l'esprit.

47 Le Centenier, voyant ce qui avoit esté fait, glorifia Dieu, disant, Vrayement cest homme-ci estoil juste.

48 Et toutes les troupes qui s’estoyent assemblées à ce spectacle, voyant les choses qui se faisoyent s’en retournGyent frappant leurs poitrines.

49 Or tous ceux de sa cognoissance se tenoyent loin, et les femmes lesquelles ensemble l'avoyent suyvi de Galilée,regardans ces choses.

3) Ou, après la

{comme sainct Paul parle) anéanti: cependant toutesfois le Père célesten’a cessé de mettre en luy quelques marques et enseignes notables: et en ceste extrème déjection a dressé quelques commencemens,

ait esté desfiguré d’opprobre et mespris,et | et comme préparatifs de la gloire à-ve-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

nir, lesquels fussent pour fortitier les | d’expiation, Quant à ce que les Scribes et

esprits des fidèles contre le scandale de la croix. Ainsi la majesté de Christ à esté magnifiquement approuvée par le défaut du soleil, tremblement de terre, fente des pierres, et du voile : comme si le ciel et la terre eussent voulu se mettre en devoir de rendre à leur Créateur l'honneur qui luy appartient. Mais on demande en premier lieu, à quelle fin l’éclipse du soleil fut envoyée. Car ce que les anciens Poëtes ont inventé en leurs Tragédies, de dire que la lumière du soleil se cache du monde quand quelque acte bien exécrable se commet, c’est pour mieux donner à entendre l’horreur espovantable de Vire de Dieu. Et ceste invention-là est tirée d’un sentiment commun que les hommes ont naturellement. Suyvant cela aucuns expositeurs ont pensé qu’en la mort de Christ Dieu ait envoyé les ténèbres en signe de détestation: comme si Dieu en obseurcissant le soleil, eust voulu monstrer qu’il cachoit sa face pour ne point veoir cest acte le plus exécrable de tous.

Les autres disent que le soleil visible estant esteint, monstroit la mort du Soleil de Justice. Les autres aiment mieux le rapporter à laveuglement de la nation, lequel s’en est ensuyvi un peu après. Car les Juifs ayans rejetté Christ, après qu’il a esté osté de ce monde, ont esté privez de la lumière de la doctrine céleste, tellement qu’il ne leur est rien demeuré de reste, que les ténèbres de désespoir.

Mais quant àmoy, je pense plustost pource que ce peuple estoit si stupide, qu'il ne voyoit rien au milieu de la clarté, que ces ténèbres ont esté pour le resveiller à considérer le conseil admirable de Dieu en la mort de Christ. Car s'ils n’eussent esté du tout endurcis, ce changement non accoustumé de l’ordre de nature, devoit toucher au vif leurs sens, pour les rendre attentifs au renouvellement du monde qui devoit advenir. Cependant en cela leur a esté présenté un spectacle plein de frayeur, afin qu’ils fussent espovantez de lappréhension du jugement de Dieu. Et de faict, ç’a esté un merveilleux exemple de lire de Dieu, de ce qu’il n’a pas mesmes espargné son Fils unique, et n’a esté appaisé par autre moyen que par ce pris

Sacrificateurs, et une grand’partie du peuple n’ont tenu conte de ceste éclipse du soleil si notable, et l'ont passée à clos yeux, comme on dit, leur forcènerie tant monstrueuse nous doit bien estonner, et nous faire dresser les cheveux en la teste.

Car il faut bien qu'ils ayent esté plus stupides que des bestes brutes, veu que ayans devant leurs yeux un signe si estrange, qui les advertissoit de la rigueur du jugement céleste, ils n’ont pas pourtant cessé de se mocquer, et passer outre. Maïs en cela on voit l'esprit de stupidité et estourdissement, duquel Dieu enyvre les réprouvez, après avoir long temps Combatu contre leur malice. Cependant, apprenons que depuis qu’ils sont ensorcelez des enchantemens de Satan, la gloire de Dieu tant apparente qu’elle puisse estre, leur est cachée: à tout le moins leurs entendemens sont remplis de ténèbres, en sorte que voyans, ils ne voyent rien. Au reste, pource que cest advertissement-là a esté général, il nous doit servir encores aujourd’huy, afin que nous sçachions que le sacrifice par lequel nous avons esté rachetez, n’a pas esté de moindre importance que si le soleil fust tombé du ciel, ou que tout ce grand bastiment de ce monde que nous voyons eust esté mis par pièces: car cela fera que nous aurons en plus grand’horreur les péchez. Quant à ce qu’aucuns estendent ceste éclipse du soleil à toutes les contrées du monde, je n’y trouve pas grande apparence. Car combien qu’un ou deux l’ayent escrit, toutesfois l’histoire de ces temps-là est bien tant commune, qu’il est impossible qu’un miracle si fort notable eust esté omis par plusieurs autres autheurs qui ont touché sommairement et par le menu des choses qui n’estoyent pas si dignes de mémoire. Joint que si ceste éclipse eust esté universelle par tout le monde, d'autant qu’on lPeust prinse comme naturelle, plus aiséement on l’eust laissé passer sans enquérir la signification. Mais que tout le pays de Judée fust couvert de ténèbres, et que cependant le soleil donnast sa clarté aux autres lieux, ç’a esté un signe bien plus estrange et notable.

À Pucrrofle,

46 Et environ neuf heures, Jésus s'escria, etc. Combien qu’on ait apperceu en ce cri de Christ une vertu et vigueur plus qu'humaine : toutesfois il est certain que c’est la véhémence de la douleur qui l’a fait ainsi crier. Et aussi à la vérité le principal combat et plus dur que tous les autres tormens, a esté cestuy-ci, qu’en ses angoisses il n’a point esté allégé par l’aide ou faveur du Père, que mesmes il s’en sentoit aucunement eslongné. Car il n’a pas offert son corps seulement pour le pris de nostre réconciliation avec Dieu, mais aussi en son âme il a souffert les peines qui nous estoyent deuës : et ainsi a esté fait vrayement Homme de douleurs, comme parle Isaïe. Et de faict, c’est bien mal entendu à ceux qui laissans ceste partie de nostre rédemption, insistent seulement au torment extérieur de la chair. Car afin que Christ feist la satisfaction et le payement pour nous, il a falu qu’il se soit représenté devant le siége judicial de Dieu

* comme coulpable. Cr il n y à rien plus

horrible que de sentir Dieu juge, duquel l’ire surmonte toutes morts. Ainsi donc, quand ceste tentation s’est présentée à Christ, comme Si ayant Dieu pour sa partie adverse, il estoit desjà jugé à damnation, il a esté saisi d’une telle frayeur et espoyantement, que C’eust esté assez pour engloutir et abysmer cent fois tous les hommes du monde : mais luy il en est venu au-dessus par la vertu singulière et miraculeuse de lPEsprit. Cependant en se complaignant qu'il est délaissé du Père, il ne parle pas par feintise, ou comme jouant quelque personnage, et prononceant un rolle de bouche. Et ce qu'aucuns allèguent qu’il à dit ceci Suyvant l'opinion du peuple, ©’est une cavillation inepte et sans couleur. Car la tristesse intérieure qu’il sentoit en son esprit a-esté si violente et ardente ,

qu’elle l’a contraint de faire un tel cri.

Et la rédemption qu’il a accomplie ne consistoit pas seulement en ce qu’on voyoit à l’œil, comme j'ay n’aguères dit :

mais comme. il s’estoit présenté plège pour nous, aussi il a voulu vrayement soustenir le jugement de Dieu en nostre nom. Mais cela semble absurde, qu’une

voix de désespoir soit eschappée à Christ.

La solution est facile : combien que le sentiment de la chair appréhendast la condamnation, que toutesfois la foy est fe demeurée ferme en son CŒUr, par laquelle il a contemplé la présence et assistance de Dieu, lequel il se complaind estre absent de Tuy. Nous avons dit en.

un autre lieu comment la Divinité a donné 4 w lieu à Pinfirmité de la chair, entant qu'il estoit besoin pour nostre salu, atin que Christ accomplist toutes choses requises à Poffice de Rédempteur. Nous avons ussi touché la différence qui est entre.

le sentiment de nature, et la cognois-,...2

sance de foy. Et pourtant, il ny à ren 4 fa qui empesche que Christ ®n’ait conceul en son esprit cest eslongnement de I Dieu, selon que lé sens commun l'y conduisoit :!

et qu'il n’ait quant et quant comprins et retenu par. 10, que Dieu luy estoit pro-! | pice. Ce qui appert bien clairement par les deux membres de sa complainte. Car devant qu’exprimer la tentation, il proteste qu’il ha recours à Dieu, comme à son Dieu : et ainsi par le bouclier de la {oy, il repousse vaillamment ceste apparence de délaissement qui se présentoit à l'opposite. Brief, en ce torment extrême sa foy est demeurée sans.blesseure, tellement que se complaignant. d’estre délaissé, il n’a point laissé de s'asseurer en l’aide propice et favorable de Dieu. Au reste, il appert que ce propos estoit sur tout digne d’estre noté, veu que le sainct Esprit ‘afin de le mieux engraver en la mémoire des hommes, a voulu qu’il fust escrit et enregistré en Langue Syrienne, de laquelle on usoit lors communéement au pays. Car cela est autant comme s’il introduisoit Christ récitant les propres mots lesquels il prononça lors de sa bouche. Et d'autant plus doit-on avoir.

en grande détestation la nonchalance ét lascheté de ceux qui passent légèrement comme en jouant, une Si grande tristesse,

et un espoyantement si horrible que Christ a senti. Mais quiconque considérera bien que Jésus-Christ à prins l'office de Médiateur à ceste condition, de sentir. 2. nostre condamnation tant en son àme 17+ qu’en son corps, ne trouvera point es- * trange qu’il ait eu combat contre les

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

douleurs de la mort, comme si ayant Dieu courroucé contre luy, il eust esté jetté en un labyrinthe et confusion extrême de maux.

47 Et aucuns de ceux qui estoyent là présens. Selon mon jugement ceux-là s’abusent qui entendent ceci des gendarmes, qui estoyent nouveaux et ignorans de la Langue Syrienne, et n’estoyent accoustumez à la religion des Juifs. Ils pensent qu’ils se sont trompez à la prononciation des deux mots quasi semblables : mais je ne puis me faire à croire que ils ayent failli par ignorance, et à faute d'entendre : veu que plustost leur but à esté d’une malice délibérée de se mocquer de Christ et renverser par calomnie sa prière. Car Satan n’ha point de moyen plus propre pour abbatre le salut des fidèles, qu’en les repoussant de l’invocation de Dieu. Et pourtant il attire à cela ses ministres, et les y pousse tant qu’il peut, afin de nous faire perdre l’affection de prier. Ainsi il a poussé ces meschans ennemis de Christ, à ce qu’ils tournassent impudemment én riséeé sa prière, : voulant par ceste ruse le despouiller de ces principales armes. Et certes c’est une tentation fort griefve, quand il nous semble que tant s’en faut que nous proufitions rien, que Dieu expose plustost son nom à opprobres, que de se monstrer propice à nos requestes.

Ceste mocquerie donc ou plustost abbayement de chiens, estoit comme s'ils eussent dit que Christ ne trouvoit aucun accès à Dieu, veu qu’en invoquant Elie, il cherchoit secours ailleurs. Et ainsi nous voyons qu'il a esté assailli et tormenté de tous costez, afin qu’estant accablé de désespoir, il se déportast d’invoquer Dieu, ce qui estoit renoncer à salut. Au reste, si aujourd’huy tant ces raillars supposts de lAntechrist, comme les meschans qui sont meslez parmi lEglise , renversent mal-heureusement par leurs calomnies les choses bien dites par nous, ne nous esmerveillons point si autant nous en advient comme à nostre Chef, Toutesfois combien qu'ils transfigurent Dieu en Elie, si est-ce qu'après qu’ils se seront bien mocquez de nous à leur plaisir, Dieu exaucera finalement nos,gé-

missemens, et monstrera qu'il veut maintenir sa gloire, et faire la punition de leur vileine fausseté.

48 Et incontinent quelqu'un d'entr'eux, etc. D’yci on peut recueillir par conjecture vray-semblable, qu'après que Christ eut une fois refusé le bruvage, on luy en présenta encores souvent depuis pour le fascher et ennuyer. Combien qu'il est vray-semblable aussi que pour le commencement devant qu’il fust eslevé en haut, on luy baïlla à boire du vinaigre en une coupe, ou autre tel vaisseau : ef que puis après luy estant pendu en la croix, on luy présenta en la bouche une esponge.

50 Jésus criant derechef à haute voix rendit l'esprit, etc. Sainct Luc qui ne fait point mention de la première complainte, récite les mots de ce second cri de Christ, lesquels sainet Matthieu et sainct Marc omettent. I dit donc que il a crié, Père, je remets mon. esprit en tes mains : par cela donnant à entendre que combien qu’il eust esté rudement assailli de tentations violentes, toutesfois sa foy n’avoit point esté esbranlée, mais estoit demeurée en son estat ferme et invincible. Car il n’estoit point possible de faire un triomphe plus magnifique, que quand Christ proteste asseuréement que Dieu est fidèle gardien de son àme, laquelle tous pensoyent estre perdue. Au reste, pource que tous faisoyent des sourds, et c’eust esté peine perdue de parler à eux, il s’est addressé droit à Dieu, et a deschargé comme au giron d’iceluy le tesmoignage de son asseurance. Il est vray qu’il vouloit bien que les hommes entendissent ce qu’il disoit :

mais combien qu’il ne proufitast rien envers les hommes, il s’est contenté d’avoir Dieu seul pour tesmoin. Aussi certes il n’y a point de plus vive ou ferme approbation de la foy, que quand lPhomme fidèle, se voyant de tous costez assailli, en sorte qu’il ne trouve aucune consolation du costé des hommes, mesprisant la rage de tout le monde descharge ses douleurs et solicitudes au sein de Dieu, et se repose sur l'espérance des promesses d’iceluy. Or combien qu’il semble avoir prins du Pseaume XXXI, 5, ceste

formule de prier, toutesfois je ne doute point qu'il ne lait accommodée à son propos selon Ja circonstance du temps :

comme s’il eust dit, Certes je voy bien, Père, que par la bouche d’un chacun je suis destiné à la mort, et par manière de dire, que je suis trainé çà et là : cependant selon la chair je ne sens aucune aide en toy : toutesfois cela n’empeschera point que je ne mette mon esprit en garde entre tes mains, et me repose asseuréement en la garde secrète de ta bonté. Néantmoins il faut noter que David, au passage que j'ay allégué, n’a pas seulement demandé que son àme estant recueillie de la main de Dieu, demeurast sauve et heureuse après la mort, mais aussi à recommandé sa vie au Seioneur, afin qu’estant maintenu par sa protection, il prospérast tant en la vie comme en la mort. Il se voyoit sans cesse assiégé de beaucoup de morts : il ne luy restoit donc rien, sinon de se remettre sous la protection invincible de Dieu. Cependant, après s’estre proposé Dieu gardien de son âme, il se glorifie qu’elle est en seureté contre tous dangers, et quant et quant se dispose à recevoir la mort avec asseurance, quand il plaira à Dieu, pource que le Seigneur garde les âmes des siens, mesmes en la mort. Maintenant pource que ce premier poinct estoit osté à Christ, de recommander son âme au Père, pour estre maintenu en cest estat corruptible de Ja vie terrienne, prenant la mort alaigrement, il désire d’estre gardé hors de ce monde. Car pour ce regard principalement Dieu receoit nos âmes en sa garde, afin que nostre espérance monte plus haut que ceste vie transitoire. Au surplus ayons souvenance que Jésus-Christ n’a pas recommandé son âme au Père pour son regard particulier, mais à comprins comme en un faisseau, toutes les àmes de ses fidèles, afin qu’elles soyent gardées et sauvées avec la siene : et mesme par ceste prière il s’est acquis la puissance et authorité de garder toutes les âmes : en sorte que non-seulement le Père céleste daigne bien pour l'amour de luy les tenir en sa garde, mais aussi luy résignant son office les luy baïlle en sa

main, afin qu'il les garde. Et pourtant aussi sainct Estiene estant à la mort, remet son âme és mains d’iceluy. Seigneur Jésus, dit-il, receoy mon esprit, Actes, chapitre VIT, 59. A l'exemple duquel quiconque croira en Jésus-Christ, en mqurant ne jettera point son âme à la volée en l'air, mais aura recours à ce fidèle gardien, qui garde seurement tout ce qui luy est mis en main de par le Père. Le cri monstre derechef l’affection véhémente. Car il n’y a point de doute que Jésus-Christ du profond des angoisses de tentations, desquelles il estoit enserré, n'ait finalement prononcé ce cri, avec un effort ardent et non feint. Combien qu'il a voulu quant et quant par ce cri haut et clair donner à entendre que son âme après la mort demeureroit sauve et entière : afin qu’estans munis de la mesme asseurance, nous sortions alaigrement de ceste loge fragile de nostre chair.

51 Et voyla, le voile du temple se Jendit en deux, etc. Quant à ce que sainct Luc mesle la fente du voile avec l’éclipse du soleil, comme si elle estoit advenue devant la mort de Christ, il renverse l’ordre. Car (comme il a souvent esté veu) les Evangélistes n’observent pas estroïtement le temps, pour toucher en particulier chacune heure. Or ce n’estoit pas raison que le voile se fendist avant que le sacrifice d’expiation fust accompli : pource que lors Christ le vray et éternel Sacrificateur, ayant aboli les figures de la Loy, nous a par son sang ouvert le chemin au Sanctuaire céleste, afin que nous ne demeurions point au loin dedans le parvis, mais venions franchement en la présence de Dieu. Car cependant que le service qui avoit les ombres de la Lov, a duré, il y avoit un voile tendu au-devant du sanctuaire terrestre, lequel empeschoït le peuple nonseulement d’y entrer, mais aussi de le veoir. Mais Christ ayant effacé lobligation qui nous estoit contraire, a OSté tout empeschement (Col. IF, 44) afin que nous appuyans sur luy Médiateur, nous soyons tous Sacrificature rovale. Et pourtant la fente du voile n’a pas seulement esté l’abolissement des cérémonies qui estoyent sur la Loy, mais comme une ou--

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

en sorte qu'aujour- | tion des Saincts, de laquelle il est incon-

verture des cieux :

d'huy Dieu appelle à soy privéement les | tinent fait mention, selon mon advis, fut

membres de son Fils. Cependant les Juifs ont esté advertis que l’abolissement des sacrifices externes estoit venu, que la sacrificature ancienne ne serviroit plus de rien : qu’encores que le bastiment du Temple demeurast, il ne seroit plus toutesfois besoin de servir Dieu à la façon ancienne : mais pource que la substance et vérité des ombres estoit maintenant accomplie, que les figures de la Loy estoyent aussi converties en esprit. Car combien que Christ ait offert un sacrifice visible, toutesfois (comme l’Apostre monstre en l’Epistre aux Hébrieux, Chap. IX, 44) il doit estre prins spirituellement, afin que nous recevions le fruit et le pris d’iceluy. Mais il n’a rien proufité à ces mal-heureux, que le sanctuaire externe ait esté descouvert, le voile estant rompu : pource que le voile d’infidélité, qui estoit en leurs cœurs, les a empeschez de contempler la clarté salutaire. Il me semble qu’il y a apparence de dire qu’en mesme temps adveint ce qui est adjousté en sainct Matthieu, du tremblement de terre, et de la fente des pierres. Par cela non-seulement la terre a rendu tesmoignage à son Créateur, mais aussi à esté appelée pour estre tesmoin contre l’endurcissement de ceste nation perverse. Car on a veu par ce moyen combien estoit estrange et monstrueuse leur obstination, qui n’a peu estre abolie ne par le tremblement de terre, ne par la fente des pierres.

52 Et les monuments s'ouvrirent, et après, etc. Ceci aussi à esté un signe spécial par lequel Dieu a donné à entendre que son Fils entroit en la prison de la mort, non pas pour demeurer là enfermé, mais pour en tirer tous ceux qui y estoyent détenus captifs. Car lors qu’en la personne de Christ-on a veu l’infirmité contemptible de la chair, la vertu Divine et magnifique de sa mort a pénétré jusques aux enfers. Voylà la raison pourquoy estant prochain d’estre enclos en un sépulchre, il a ouvert les autres sépulchres. Toutesfois il est incertain :si ceste ouverture des sépulchres adveint devant la résurrection de Christ, Car la résurrec-

après la résurrection de Christ. Car il n’y a

point de raison en ce qu’aucuns expositeurs devinent, qu’ayans vie et respiration, ils demeurèrent trois jours cachez dedans les sépulchres. Quant à moy, je trouve bien vray-semblable que Christ estant mort, incontinent les sépulchres s'ouvrirent : et que quand il ressuscifa, aucuns des fidèles ayans reprins leurs àmes, sSortirent des sépulches, et furent veus en la ville. Car pour ceste raison Christ est nommé Le premier nay entre les morts, Coloss., I, 18; et Les prémices des dormans, 4 Cor., XV, 20 : pource que par sa mort il a commencé la nouvelle vie, et que par sa résurrection il l’a parfaite : non pas que les morts soyent incontinent ressuscitez à sa mort, mais pource que sa mort a esté la source, et le commencement de vie. Ainsi donc, ceste raison convient fort bien, puis que l’ouverture des sépulchres estoit un présage et signe de nouvelle vie, que le fruit et l’effet s’en est ensuyvi trois jours après: d'autant que Christ ressuscitant, en a tiré d’autres des sépulchres. Or par ce signe à esté monstré qu'il n’estoit point mort ne ressuscité pour son regard particulier, mais afin d’espandre l’odeur de vie sur tous fidèles. Toutesfois yci se présente une question, Pourquoy Dieu a voulu qu’aucuns seulement ressusci- {assent : veu que la participation de la résurrection de Christ appartient indifféremment à tous fidèles. Je respon, pource qu’encores n’estoit pas venue Ja vraye saison en laquelle il faut que tout le corps de l’Eglise soit conjoint avec son chef, qu'en d’aucuns a esté monstrée comme une espreuve de la vie nouvelle, que tous doyvent espérer. Car nous sçavons que Christ a esté receu és cieux à ceste condition, que la vie de ses membres demeure encores cachée, jusques à ce qu’elle soit manifestée par son advénement, Colossiens, HT, 3. Mais afin que les fidèles eslevassent plus alaigrement leurs esprits en espérance, il a esté bon que la résurrection qui devoit estre commune à tous, fust comme entamée en quelque petit nombre d’iceux. L'autre question

est plus difficile, Asçavoir-mon que sont puis après devenus ces Saincts. Car il sembleroit absurde, de dire que ayans une fois esté introduits par Christ à la participation de la vie nouvelle, ils seroyent derechef retournez en la poudre.

Mais comme la solution est difficile et mal-aisée à trouver, aussi il nest point besoin de se travailler beaucoup après une chose, de laquelle la cognoissance n'est pas nécessaire. Qu'ils ayent long temps conversé entre les hommes, il n’est pas vray-semblable : pource qu’il faloit seulement qu’on les veist pour un peu de temps, afin qu’on apperceust en eux, COmme en un miroir ou image, la vertu manifeste de Christ. Puis done que Dieu à voulu par leurs personnes confermer l'espérance de la vie céleste envers ceux qui vivoyent encores en ce monde, il n’y aura point d’absurdité quand nous dirons qu'eux ayans servi à cela, sont encores retournez reposer en leurs sépulchres.

Toutesfois il est plus vray-semblable que la vie qui leur fut donnée ne leur a point depuis esté ostée, Car si ceste vie-là eust esté mortelle, elle ne pouvoit pas estre tesmoignage ou probation de la vraye et parfaite résurrection. Au reste, combien que tout le monde ressuscitera, et que Christ fera aussi bien ressusciter les meschans en jugement, comme les fidèles à salut : toutesfois d'autant qu’il est proprement ressuscité pour son Eglise, à bon droict il n’a fait cest honneur qu'aux Saincts, de ressusciter avec luy. Quant à ce que sainct Matthieu nomme honorablement Jérusalem La saincte Cité, il ne luy attribue pas ceste louange pour vertu ou mérite qui fust aux habitans d’icelle.

Car nous sçavons qu’elle estoit lors remplie de toutes pollutions et meschancetez, en sorte-que c’estoit plustost une caverne de brigans. Mais d'autant qu’elle estoit éleuë et choisie de Dieu, sa saincteté qui estoit fondée en l’adoption de Dieu, n’a peu estre effacée par aucun abus ou corruption des hommes, jusqu’à ce que sa réprobation fust manifestement descouverte. Ou pour dire plus briefvement: du costé des hommes elle estoit profane, et du costé de Dieu elle est demeurée sainte, jusques à la destruction ou pol-

lution du Temple, laquelle adveint quelque temps après Christ crucifié.

54 Or le Centenier et ceux qui estoyent avec luy, etc. Veu que sainet Luce fait mention d’une lamentation du peuple, il n’y à pas eu seulement le Centenier avec ses gens qui ait cognu Christ estre le Fils de Dieu : mais les Evangélistes récitent notamment ceci de luy, pour amplifier et mieux exprimer ce poinct:

pource que c’est merveille qu’un homme profane, et qui n’avoit point esté nourri en la Loy, mais estoit ignorant de Ja vraye religion, ait si bien jugé par les signes qu’il voyoit. Et ceste comparaison estoit bien à considérer, pour condamner tant plus la stupidité de la ville. Car ça esté un signe de forcènerie horrible, que tout le bastiment du monde estant esbranlé et tremblant, pas un des Juifs n’en ait esté esmeu excepté le commun populaire. Combien qu’en un aveuglement si lourd et profond, Dieu n’a pas permis néantmoins que les tesmoignages que il

-rendoit à son Fils , ayent esté ensevelis.

Ainsi donc, non-seulement la vraye religion a esclairci les veux de ceux qui avoyent quelque pure crainte de Dieu, pour leur faire sentir que d’enhaut Dieu magnifioit la gloire de Christ : mais mesmes le sentiment de nature a contraint des estrangers, voire des gendarmes, de confesser ce qu’ils r’avoyent apprins ne de la Loy, ne de maistre aucun. D’autant que sainct Mare dit que le Centenier parla ainsi, pource qu'il avoit veu que Christ criant à haute voix, avoit rendu l'esprit : aucuns expositeurs pensent que ce soit pour signifier une vertu et vigueur non accoustumée, qui luy dura jusques à la mort. Et de faict, veu que le corps de Christ estoit quasi sans sang et à l'extrémité, il ne se pouvoit pas faire, selon le cours ordinaire, qu’il eust aux poulmons et aux costez force suffisante pour jetter un cri si retentissant. Toutesfois quant à moy, je pense plustost que le Centenier a voulu louer une ferme persévérance que Christ à euë jusques à la fin à invoquer le nom de Dieu. Combien que ce n’a pas esté le seul cri de Christ qui l’a induit à faire de luy un jugement si honorable : mais pouree qw'il

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

voyoit sa vertu nompareille accordante avec les miracles célestes, cela luy a tiré de la bouche une telle confession. Au reste, quand il est dit qu'il craignit Dieu : il ne faut pas entendre qu’il ait esté entièrement converti : Ça esté seulement une esmotion subite, et une bouffée qui a esté incontinent passée. Comme souvent il adviendra que les gens profanes et mondains seront frappez d’un sentiment de crainte de Dieu, quand il desploye sa puissance espovantable : mais pource qu’il n’y a point en eux une vive racine, ce sentiment est bien tost esteint et anéanti par une sécurité, et par faute de continuer à y penser. Ce Centenier donc n’a pas esté changé pour se ranger à Dieu le reste de sa vie : mais a esté annonciateur et tesmoin de Ja Divinité de Christ seulement comme en passant.

Quant à ce qui est en sainct Luc, qu’il a seulement dit, 7rayement cest hommeci estoit juste : cela vaut autant comme s’il exprimoit apertement qu’il est le Fils de Dieu : ainsi que parlent les deux autres Evangélistes. Car le bruit estoit là commun partout, que Christ avoit esté mis à mort, pource qu’il se maintenoit estre le Fils de Dieu. Ainsi, quand maintenant le Centenier luy attribue louange de justice, et le déclare innocent , il confesse quant et quant que c’est le Fils de Dieu : non pas qu’il entendist bien distinctement que Christ est engendré de Dieu le Père :

mais pource qu’il ne doute point que en luy il y a quelque chose de Divinité : et pource qu’estant comme convaincu par bons tesmoignages , il tient pour certain que ce n’est point un homme commun, mais suscité de Dieu. Touchant les troupes, en frappant leurs poitrines, elles ont lamenté, craignans que mal heur n’adveinst sur tout le pays, pour punition de ce qu’ils avoyent tous consenti à la condamnation et mort inique de Christ. Mais pour ce qu’ils n’ont point passé plus avant, leur lamentation n’a rien servi, sinon qu'à aucuns cela ait esté un Commencement ou préparatif de meilleure repentance. Et puis que les Evangélistes nous descrivent seulement une lamentation, laquelle Dieu a tirée d’eux pour la gloire de son Fils : apprenons de cest

exemple que ce n’est pas grand cas, ou rien du tout, si un homme est touché de frayeur voyant présentement devant ses yeux la puissance de Dieu, sinon que l’espovantement estant passé, la crainte de Dieu demeure et repose tousjours en son cœur avec tranquilité.

55 1l y avoit là aussi plusieurs femmes regardans, etc. Je pren que ceci a esté adjousté afin que nous sçachions, combien que les disciples s’en fussent fuis et escoulez çà et là, que toutesfois le Seigneur a fait qu’aucuns de leur compagnie soyent là demeurez pour tesmoins.

Au reste, jà soit que sainct Jehan Apostre ne se soit pas eslongné de la croix, toutesfois il n’est yci fait mention de luy:

les femmes seulement sont louées, lesquelles ont accompagné Christ jusques à la mort : pource que leur singulière affection et révérence envers le Maistre s’est monstrée plus clairement, lors que les hommes s'en sont fuis avec tremblement. Car il faloit bien qu’elles eussent un zèle bien ardent, de ce que combien qu’elles ne luy peussent faire aucun service, elles n’ont pas toutesfois laissé de luy porter honneur et révérence, en quelque

grande extrémité d’ignominie et opprobre

qu’il fust. Cependant toutesfois nous recueillons de sainct Luc, que tous les hommes ne s’en estoyent pas fuis. Car il dit que tous ceux de sa cognoissance se tenoyent loin. Mais ce n’est pas sans cause que les Evangélistes louent principalement les femmes, pour ce qu’elles estoyent dignes d’estre préférées aux hommes. Selon mon jugement, certes la comparaison contenue tacitement en ces mots, est pour rédarguer bien fort les Apôtres, j’enten le corps ou la compagnie en général. Car pource qu’il n’en estoit demeuré qu’un seul, les Evangélistes, comme j’ay dit n’aguères, ne font aucune mention d’iceluy. Or ç’a esté une grand’honte à ceux qui estoyent les tesmoins choisis de Christ, de se retirer d'un spectacle et d’un acte auquel consistoit le salut du monde. Ainsi quand ils ont puis après presché l'Evangile, il a falu qu’ils ayent apprins et comme emprunté des femmes le principal poinct de l'histoire. Et si la providence de Dieu

12h COMMENTAIRES

n’eust miraculeusement remédié à ce!qui devoyent monstrer le chemin aux grand mal, ils s’estoyent privez, et nous | autres, avoyent quasi tous perdu courage, avec eux de la cognoissance de nostre | et s’estoyent retirez d’un autre costé, rédemption. Au reste, combien qu’il ne | Dieu en a aecouragé aucuns de la troupe, semble pas que le rapport des femmes | qui se desveloppans de cest espovantesoit de si grande authorité, toutesfois ! ment, nous seroyent tesmoins de ceste quand nous considérerons de bien près | histoire, laquelle il nous faut nécessairede quelle vertu de l'Esprit elles ont esté ment croire pour estre sauvez. Il nous appuyées contre ceste tentation, nostre faudra bien tost dire encore quelque foy n’aura point d’occasion d’estre en | | chose de ces femmes :

bransle, veu qu’elle se trouvera fondée en Dieu, qui est à la vérité Pautheur de ce tesmoignage des femmes. Cependant notons que ç’a esté une bonté incroyable de Dieu, quand il à voulu que jusques à nous veinst l'Evangile de l’expiation et purgation, par laquelle Dieu à esté ré-

concilié envers nous. Car lors que ceux | taire.

MATTH. XXVII

SHIEtille soir, estant venu, il veint unriche homme d'Arimathée, : nommé Joseph 1, qui mesme avoit esté disciple de Jésus.

58 /celuy veint à Pilate, et demanda le corps de Jésus:

lors Pilate commanda que le corps fust rendu.

59 Ainsi Joseph print le corps, et l’enveloppa d'un linceul nel:

60 Æt le meit en son monument neuf que il avoit taillé en unroc,etayantroulé une grande pierre à l'huis du monument, ils'en alla.

61 Et Marie Mag-|

dalène, et lautre Marie estoyent là assises à l'endroit du sépulchre.

1) Jean, XIX, 38.

Yci maintenant est

MARC XY

42 El le soir estant venu, (d'autant qu’il estloit le jour de la Préparation qui est devant le Sabbath)

43 Joseph d'Arimathée honneste conseillier (lequel aussi estoil attendant le regne de Dieu) s’enhardit de venir à Pilate, et luy demanda le corps de Jésus.

44 Et Pilate s'esmerveilla, s'il estoit desjàa mort :

puis ayant appelé le Centenier, Ù l'interroga S'ù y avoit long temps qu il estoil moré.

45 Ce qu'ayant cognu du Centenier, il donna le corps à Joseph.

46 Lequel ayant acheté un linceul, le descendit de la croix, e{ lenveloppa du linceul, et le meit dedans un monument, qui estoil taillé en un roc, el roula une pierre & l'huis du monument.

47 El Marie Magdalène el Marie mére de Joses regardoyent où il le mettoit.

pour le présent il

suflira de noter un poinct en passant, c’est que le désir d'apprendre les a fait sortir de leur pays pour suyvre Christ, et ouir tousjours la doctrine de sa bouche : et qu’elles n’ont espargné ne leur peine ne leurs biens pourveu qu’elles eussent la jouissance de sa doctrine salu-

LUC XXII

50 Æt voyci un homme nommé Joseph, quiestoitcon seillier, bon hommeet juste :

51 Lequel n'avoit point con.

senti à leur conseil, ni à leur acte, qui estoit d’Arimathée ville des Juifs, qui aussi attendoit le règne de Dieu.

52 1celuy veint à Pilate, et demanda le corps de Jésus.

53 Æt l'ayant descendu, l'enveloppa en un linceul, et le meil en un sépulchre laillé en un rocher, où personne n'avoit encore esté mis.

54 Or c’estoit le jour de la Préparation, et le jour du Sabbath luisoit.

55 Et les femmes aussi qui estoyent venues avec luy de Galilée, allèrent après, el regardèrent le sépulchre, el comment son GE à estoit mis.

56 Puis estant retournées, elies préparèrent des senteurs et onguens : et le jour du Sabbath se reposèrent, selon le commandement.

mise la sépulture | minie de la croix à la gloire de la résurde Christ, comme un passage de l’igno- | rection. Il est vray que Dieu à voulu en-

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

core pour une autre cause que son Fils fust enseveli : c’est asçavoir afin qu’on eust plus certain tesmoignage que pour nous il avoit souffert une vraye mort.

Mais cependant ceste fin est principalement à Considérer, que par ce moyen la malédiction qu'il avoit prise sur soy pour un peu de temps, a commencé à estre abolie. Car son corps n’a pas esté jetté en la fosse à la facon commune, mais on Va enclos honorablement en un sépulchre taillé. Et combien qu’encores lors linfirmité de la chair se monstroit, et que la vertu Divine de l'Esprit n’a point esté veuëê clairement devant la résurrection, toutesfois Dieu a voulu comme par ce préparatif représenter quelque image de ce qu’il vouloit faire un peu après, à celle fin d’exalter magnifiquement par-dessus les cieux son Fils victorieux de Ja mort.

57 Et le soir estant venu, il veint un

riche homme d'Arimathée, etc. I faut

entendre que Joseph veint, non pas lors que le jour faut du tout, mais devant que le soleil fust couché: afin que sans violer l'observation du Sabbarh, il peust faire ce devoir d'honneur au Maistre. Car le Sabbath commenceoit dés ce soir-là: et pourtant il faloit nécessairement que Christ fust mis au sépulchre avant que la nuit veinst. Or depuis que Christ estoit mort, jusques au poinct que commenceoit obsérvation du Sabbath, il y avoit trois heures franches. Au reste, combien que sainct Jehan ne face pas mention de Joseph seulement, mais nomme aussi Nicodème, qui luy a tenu compagnie en cest acte, toutesfois pouree que Joseph a tout seul du commencement entreprins l’affaire, et Nicodème l’a seulement suyvi, et s’est adjoint à luy, les trois Evangélistes faisans un brief recueil, se sont contentez de raconter ce que cestuy-ci seul a fait. Cependant, combien que ceste affection de Joseph ait esté digne de grande louange, toutesfois il nous faut premièrement considérer la providence de Dieu,

qui à choisi un homme d’estat ét d’autho-!

rité entre les siens, lequel commençast à couvrir lopprobre de la croix par un sépulchre honorable. Et de faict, veu que il S’exposoit à la male-gràce et haine de toute la nation, et à grans dangers, il n’y

a point de doute qu'une telle hardiesse ne luy soit venue par une inspiration secrète de lEsprit. Car combien que desjà auparavant il fust des disciples de Christ, toutesfois il n’avoit jamais osé faire profession et déclaration de sa foy librement et apertement. Maintenant en la mort de Christ où on voyoit un spectacle plein de désespoir, qui estoit pour abbatre les cœurs les plus constans du monde, d’où luy vient si soudain un courage si noble et vertueux, qu'entre de si grans dangers et espovantemens, il ne face point de difficulté de s’avancer plus qu’il avoit jamais fait, les choses estans paisibles ? Sçachons donc que ça esté une conduite de Dieu, quand le Fils de Dieu a esté enseveli par la main de Joseph. À ceste mesme fin faut aussi rapporter les circonstances qui sont yci touchées. La crainte de Dieu et saincteté de vie sont louées en Joseph, atin qu’en ce serviteur de Dieu nous apprenions à recognoistre l’œuvre de Dieu. Les Evangélistes expriment qu’il estoit riche : afin que nous sçachions que il y à eu en luy une merveilleuse magnanimité, qui Iuy a fait surmonter cest empeschement, lequel autrement estoit bien pour le faire reculer en arrière. Car comme les riches sont fiers et orgueilleux, il n’y a rien qui leur soit tant difficile que de s’addonner de bon cœur à faire chose qui les puisse mettre en mespris du commun. Nous sçavons combien c’estoit un acte méchanique et infâme, de prendre de Ja main du bourreau le corps d’un homme crucifié. D’avantage, tant plus il estoit avancé en biens, tant plus aussi eust-il esté {imide et regardant à sa personne (comme les gens addonnez à leurs richesses, ont accoustumé d'éviter tout ce qui leur peut porter préjudice) sinon que d’enhaut Dieu luy eust mis au cœur une saincte bardiesse. L’estat aussi et office honorable est yci touché, asçavoir qu’il estoil conseillier : afin que la vertu de Dieu reluise aussi en cest endroit: pource que ce n’a point esté quelque povre homme du commun populaire, qui ait esté attitré pour enterrer le corps de Christ à la haste et en cachette, mais d’un haut degré d’honneur cestuy-ei à esté suscité pour faire cest office. Car d'autant qu’il estoit moins

croyable que on eust préparé à Christ un tel devoir d'humanité, tant plus clairement on à apperceu que le tout estoit conduit et gouverné par le conseil et la main de Dieu. Cependant nous sommes enseignez par cest exemple, que tant s’en faut que les riches soyent à excuser, s'ils ne rendent à Christ son honneur, que plustost ils sont coulpables au double, veu qu'ils convertissent en empeschemens les choses qui estoyent comme aiguillons pour les inciter à bien-faire. Je confesse bien que cela est par trop ordinaire et commun, que ceux qui ont quelque chose par-dessus les autres, ne se veulent point assujetir au joug, qu'ils sont délicats et lasches, qu’ils sont par trop craintifs et pourvoyans à leurs affaires : mais il nous faut bien faire autrement nostre conte, asçavoir que si les richesses, estats et honneurs ne nous servent d'aides à servir Dieu, nous en abusons povrement et mal-heureusement. La circonstance du temps monstre comment il est bien facile à Dieu de corriger nos craintes vicieuses et perverses, qui nous empeschent de faire nostre devoir. Auparavant lors que les choses estoyent encores douteuses et aucunement tolérables, Joseph n’osoit pas donner à cognoistre apertement qu’il fust disciple de Christ: et maintenant quand la rage des ennemis est enflambée jusques au bout, et leur cruauté est du tout desbordée, il prend courage et hardiesse et ne fait point de difficulté de se mettre en danger apparent. Nous voyons donc que le Seigneur en un moment change les cœurs, y met de nouvelles affections, et redresse par l'Esprit de force et constance ceux qui auparavant estoyent comme abatus et défaillis. Au reste, si d’un sainct zèle d'honorer Christ, lors qu’il estoit encores mort, pendu en Ja croix, Joseph à prins une si grande hardiesse: maudite soit nostre lascheté, si aujourd’huy qu'il est ressuscité des morts, il ny à en nos cœurs pour le moins autant d'affection de le glorifier.

43 Marc. 51 Luc. Qui aussi estoit attendant le règne de Dieu. Voyci le principal los qui est attribué à Joseph, Qu'il attendoit le règne de Dieu. I est vray qu'il est aussi loué à cause de sa justice

et droiture: mais ceste attente du règne de Dieu, a esté Ja racine et la source de justice. Par le règne de Dieu, il faut entendre le renouvellement promis en Christ. Car cest ordre entier et tant bien compassé que les Prophètes avoyent promis devoir estre en tous lieux par l’advénement de Christ, ne peut estre trouvé, sinon quand Dieu rassemble sous sa domination les hommes esgarez et eslongnez du droit chemin. Ainsi donc la piété et religion de Joseph est louée par ceste marque, que l’estat du peuple estant tout confus et desbauché, il n’a pas laissé de son costé de se maintenir en l'espérance de la rédemption que Dieu avoit promise.

De là aussi procède la crainte de Dieu, et le désir ou affection de vivre sainctement et droitement. Car il est impossible qu’un homme se range et assujetisse à Dieu, s’il n’espère l'avoir pour son libérateur.

Cependant notons, comme ainsi soit que le salut en Christ fust destiné à tous les Juifs indifféremment, et que la promesse d’iceluy fust commune à tous, que toutesfois le sainct Esprit ne tesmoigne que de bien peu de gens ce que nous avons yei entendu avoir esté en Joseph. Dont il appert que quasi tout le peuple avoit lors enseveli ceste grâce inestimable, par une oubliance vileine et plene d’ingratitude.

Ils avoyent bien tous ordinairement en la bouche la rédemption et l’advénement du Christ, par une manière de vanterie:

mais il y en avoit bien peu qui eussent l'alliance de Dieu imprimée en leurs cœurs, pour monter par foy à ce renouvellement spirituel. C’estoit certes une stupidité estrange et horrible: et pourtant ce n’est pas de merveille si la pure religion estoit abastardie, veu que la foy du salut estoit esteinte. Que pleust à Dieu qu'il n'y eust point une semblable corruption en ce siècle mal-heureux et ingrat. Christ s’est une fois manifesté Rédempteur aux Juifs et à tout le monde, comme il avoit esté prédit par les révélations des Prophètes. Il à dressé le règne de Dieu, réduisant en un estat droit et légitime les choses qui estoyent en confusion et dissipation. Il à prescrit et limité le temps du combat, durant lequel il veut exercer nostre patience, jusques à ce

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

qu’il apparoisse derechef d’enhaut, pour accomplir et amener à perfection ce règne qu'il a commencé. Et combien en trouvera-On qui pensent à ceste espérance et y aspirent, je di encores moyennement ?

Tous ne sont-ils pas attachez à la terre, tout ainsi comme s’il n’y avoit aucune promesse de résurrection ? Maïs encores que la plus grand’part mettant en oubli son but, s’escoule d’un costé et d'autre, qu’il nous souviene néantmoins que ceci est une vertu propre aux fidèles, de chercher les choses qui sont d’enhaut: et mesmement depuis que la grâce de Dieu luit sur nous par l'Evangile, nous enseignant qu’en renonceant à infidélité et aux désirs mondains, nous vivions en ce présent monde sobrement, justement et religieusement, attendans la bien-heureuse espérance, et l'apparition de la gloire du grand Dieu, Tite, IF, 44, 42, 43.

59 Matth. Zinsi Joseph print le corps, etc. Les trois Evangélistes comprenent plus briefvement la sépulture : et pourtant ils ne font aucune mention des onguens et senteurs aromatiques, lesquelles sainct Jehan seul touche, et bien expresséement, Jehan XIX, 39: seulement ils racontent que Joseph acheta un linceul net: dont nous recueillons qu’il fut enseveli honorablement. Et de faict, il n’y à point de doute qu'un riche homme donnant son sépulchre au Seigneur, a sembla-

MATT. XXVII

blement en tout le reste gardé une honnesteté et magnificence convenable. Et cela aussi est advenu plustost par la providence secrète de Dieu, que par un conseil et délibération préméditée des hommes, asçavoir que ce sépulchre neuf, et Où personne n'avoit encores eslé mis, se soit sibien rencontré à propos pour le Seigneur qui est le premier nay des morts, Coloss., FE, 18, et les prémices de ceux qui ressuscitent, 4 Corinth., XV, 20. Aïnsi doncques, Dieu à voulu par ceste marque discerner son Fils de tout le reste du genre humain, et proposer par le sépulchre mesme la nouveauté de vie.

64 Et Marie Magdalène, et l’autre Marie estoyent là assises, etc. Sainct Matthieu et sainct Marc.récitent seulement que les femmes ont regardé ce qui se faisoit, et marqué le lieu là où on mettoit le corps de Christ, mais sainct Luc exprime aussi quant et quant leur délibération, asçavoir qu’estans retournées en la ville, elles préparèrent des senteurs et baumes, afin que deux jours après, elles feissent aussi leur devoir d’honorer ses funérailles. Et par cela nous cognoissons que leurs cœurs et esprits estoyerit remplis d’une meilleure odeur, laquelle le Seigneur avoit espandue en sa mort, afin que les ayant amenées à son sépulchre, il les eslevast plus haut.

MARC. LUC

62 Or le lendemain, qui est après la Préparation du Sabbath, les principaux Sacrificateurs et les

Pharisiens s'assemblèrent vers Pilate,

63 Disans, Seigneur, il nous souvient que ce séducteur-là, quand il vivoit encore, dit, Dedans

trois jours je ressuscileray.

64 Commande donc que le sépulchre soit gardé

jusques au troisième jour : que paraventure ses disciples ne vienent de nuict, et le desrobbent, el disent au peuple, Il est ressuscilé des morts. Dont le dernier abus sera pire que le premier.

65 Pilate leur dit, Vous avez des gardes: allez, el vous asseurez comme VOUS SCAVEZ.

66 Æux donc s'en allèrent, et asseurèrent le sépulchre, seellans la pierre avec gardes.

62 Or le lendemain qui est après la Préparation du Sabbath, etc. En ce récit S. Matthieu ne prétend pas tant de monstrer. comment les Scribes et Sacrificateurs ont poursuyvi Christ d’une obstination et rage merveilleuse, que de nous représenter comme en un miroir, la providence incroyable de Dieu à prouver la résurrection de son Fils. Ces gens fins et rusez, pour le moins usitez à fraudes

et toute desloyauté, complotent entr’eux,

et prattiquent quelque moyen par lequel ils puissent estéindre la mémoire d’un honime mort. Car ils voyent qu'ils n’ont rien fait s’ils n’anéantissent la certitude de sa résurrection. Mais en taschant de ce faire, on diroit proprement que de propos délibéré ils la mettent en lumière, afin qu’elle soit cpgnue. Certes Ja résurréction de Christ n’eust point esté si claire, ou pour le moins ils eussent eu plus grande liberté et couleur de la nier, s’ils n’eussent pourchassé et solicité qu’on meist des tesmoins au sépulchre. Aïnsi donc nous voyons comment le Seigneur non-seulement trompe les fines gens, mais Aussi fait que leurs propres délibérations servent de filez pour les entortiller et les tirer par force à faire ce qu’il Juy plaist. Il est vray que les adversaires de Christ estoyent plus qu’'indignes d’avoir aucune Cognoissance de sa résurrection, mais il faloit que leur impudence fust descouverte, et que toute occasion de mesdire leur fust ostée, et que mesme leurs consciences fussent convaincues, afin qu’ils ne peussent s’excuser sur ignorance. Cependant notons ceci, que Dieu s’est servi d'eux, comme s'il les eust eu à gages, pour esclaircir tant plus la gloire de Christ. Car toute couleur de mentir pour la nier leur à esté ostée, quand on a trouvé le sépulchre vuide : non pas que quant à eux ils se soyent déportez de leur obstination enragée : mais envers toutes gens de jugement bon et droit, ©’a esté un tesmoignage suflisant que Christ estoit ressuscité, quand son corps ayant esté mis en un sépulchre, et estant bien environné de gendarmes qui le gardoyent, n’a point esté trouvé,

63 Disans, Seigneur, il nous souvient que ce séducteur-là, etc. Ceste pensée

leur est venue par une inspiration Diviné, non-seulement afin que le Seigneur feist.

sur eux une juste vengence de leur forfait, comme souvent il poingt de tormens secrets les esprits des gens qui ont mauvaise conscience : mais principalement afin de brider leurs vileines langues. Ce pendant nous voyons yei derechef quel estourdissement saisit les meschans, de= puis qu’ils sont ensorcelez de Satan."Ils appellent encores Séducteur, celuy duquel la vertu et gloire Divine s’est: n’aguères monstrée si clairement par tant de mira=

eles. Certes cela estoit, non pas péter

contre les nues (comme parle un ancien Poëte Latin) mais cracher contre le visa= ge de Dieu (par manière de dire) en se mocquant de Pobscurcissement du soleil:

Par ces exemples nous sommes enseignez qu’il nous faut avec une saïncte et modeste solicitude considérer. de bonne heure la gloire de Dieu quand elle se monstre, de peur que nostre endurcisse= ment nous amène à un aveuglement brutal et horrible. Au reste, combien qu’en apparence cela semble estrange etabsurde, que les meschans facent la guerre à Christ si impudemment et viléinement, voire encores après qu'il'est mort : afin que ce desbordement ne nous trouble et

scandalize, il faut tousjours considérer

avec prudence à quelle fin le Seigneur la fléchit et tourne. Il semble à ces mes chans qu’ils enseveliront et accableront toute la doctrine de Christ et les miracles par ce seul mot plein de blasphème, lequel ils desgorgent avec grande fierté -:

mais Dieu ne s’aide point d’autré moyen que d’eux-mesmes, pour ‘eXémpter son Fils de tout blasme d’abus et tromperie:

Ainsi donc, toutes fois et quantes que les meschans s’efforceront de renverser tout par leurs calomnies, et se desborderont en une façon démesurée de mesdire, attendons en repos et tranquillité d’esprits, que des ténèbres le Seigneur en tire la lumière. #

65 fous avez des gardes : allez, et

vous asseurez, etc. Par ces mots Pilatée

signifie qu’il leur permet et laisse à leur volonté d’establir des gendarmes pour faire le guet. Par laquelle permission ils ont esté plus forts enserrez, afin qu'ils

MATTH. XXVII

À Or au vespre des Sabbaths\, au : jour qui commence à luire? pour le premier des Sabbaths, Marie Magdalène, et l'autre Marie veindrent veoir le sépulchre.

2 Et voyci, il se feit un grand tremblement de terre: car l’Ange du Seigneur descendit du ciel, et veint, el roula la pierre arrière de l’'huis, et s'assit sur icelle,

3 El son regard estoit comme un esclair, el son vestement blanc comme neige.

4 Et les gardespour la crainte qu'ils: eurent de luy, furent effrayez, et deveindrent comme morts.

5 Mais l’Ange prenant la parole dit aux femmes, Vous autres, ne craignez point: car je scay que vous cherchez Jésus, qui a eslé crucifié.

6 Il n'est point yci:car ilest ressuscité comme il avoit dit. Venez, voyez le lieu où le Seigneur estoit mis.

7 Etvous en allez bien tost, el dites & ses disciples quil est ressuscilé des morts: etvoyci, ils'en va devant vous en Galilée: vous le verrez là.

voyci, je le vous ay dit.

4) Ou, au bout du Sabbath, comme le jour apparoissoit pour luire pour le premier jour de la sepmaine.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

ne peussent eschapper par aucune cavillation. Car combien qu’ils n’ayent point eu de honte de tempester contre Christ, mesmement après la résurrection, tou-

MARC XVI

À Quand le Sabbath fut passé, Marie Magdalène, et Marie mère de Jaques, et Salomé, achetérent des onguens aromatiques, pour le venir embaumer.

2 Parquoy fort matin le premier des Sabbaths*, elles vienent au monument, le soleil estant jà levé*.

3 ÆEtl disoyent entre elles, Qui nous roulera la pierre arrière de l'huis du monument ?

4 Et ayans regarde, elles veirent que la pierre estoil roulée, car elle estoit fort grande.

5 Puis estans entrées dedans le monument, elles veirent un jouvenceau assis au costé dextre, lequel estoit accoustré d'une longue robbe blanche, et s’espovantérent.

6 Mais il leur dit, Ne vous espovantez point:

vous cherchez Jésus Nazarien qui a esté crucifié, il est ressuscité, à n’est point yci :voyci le lieu où on l'avoil mis.

7 Mais allez, dites à ses disciples et à Pierre, qu'il s'en va devant vous en Galilée: vous le verrez la comme il vous a dit”.

tesfois ils n’ont pas tant fermé le sépulchre avec le cachet de Pilate, duquel ils ont seellé la pierre, comme ils s’en sont clos la bouche à eux-mesmes.

LUC XXIV

À Mais le premier jour des Sabbaths, fort matin, elles veindrent au sépulchre, apportans les senleurs qu’elles avoyent préparées, et aucunes avec elles.

. 2 Et trouvèrent la pierre tournée de devant le sépulchre.

3 Et estans entrées, ne trouvèrent point le corps du Seigneur Jésus.

4 Et adveint que comme elles estoyent tout esperdues$ pour cela,voyci, deux hommes $se trouvérent là en vestemens reluisans.

5 Et comme elles estoyent espovantées, ‘et baissoyent la face en terre: ils leur dirent, Pourquoy cherchez-vous entre les morts celuy qui vi? "

6 1! n'est point yci, mais il est ressuscité:

souviene-vous comment il vous dit quand il estoit encore en Galilée :

7 Disant quil faloit que le Fils de l’homme Just livré és mains des mal-vivans, et qu'il fust crucifié, et qu'il ressuscitast au troisième jour.

8 Et elles eurent souvenance des paroles d'iceluy.

2) Ou devoit

luire. 3) Ou, jour de la sepmaine. %) Ou commençant à se lever, ou n’estant encore levé. 5) Matih., XXVI, 32. 6) Ou,

en grande doute.

Or nous sommes maintenant parvenus à la conclusion de nostre rédemption. Car

de nostre réconciliation avec Dieu, que Christ est sorti des enfers vainqueur de

de là vient et procède la vive asseurance | la mort, afin de monstrer qu'il avoit la

vie nouvelle en sa main et disposition.

Et pourtant à bon droict sainct Paul dit que l'Evangile sera anéanti, que lespérance de salut sera vaine et frustratoire, si nous ne tenons ce poinct bien résolu, que Christ est ressuscité des morts, 1 Cor. XV, 14. Car adonc nous a esté acquise justice, et l'entrée nous a esté faite au ciel : brief, nostre adoption a esté ratifiée, quand Christ a monstré la puissance de son Esprit en ressuscilant, ét ainsi s’est approuvé Fils de Dieu. Au reste, combien qu'il ait manifesté sa rédemption autrement que le sens de nostre chair ne demande, toutesfois ce moyen qui luy à pleu, doit aussi par nous estre trouvé très bon. Il est sorti du sépulchre sans tesmoins, afin que le lieu estant trouvé vuide, en fust le premier indice et enseignement : en après, il a voulu que les Anges annonçassent aux femmes qu'il vivoit : et un peu après il s’est luy-mesme monstré à elles, et finalement aux Apostres, et ce par plusieurs fois. Aïnsi il a amené les siens à une cognoissance plus ample, petit à petit selon leur portée. Quant à ce qu'il a commencé par les femmes, et non-seulement s’est présenté devant elles, mais aussi leur à enjoint d'annoncer l'Evangile aux Apostres, afin qu’elles fussent comme maistresses d’iceux, ç’a esté premièrement pour chastier et punir la nonchalance des Apostres, qui

estoyent quasi comme gens à demi-morts

de peur, en lieu que cependant les femmes couroyent alaigrement au Sépulchre, lesquelles aussi en ont receu une récompense singulière. Car combien qu'il y eust quelque vice en leur entreprinse d’oindre Christ, comme s’il eust encores esté mort, toutesfois luy leur pardonnant ceste infirmité, leur fait un honneur singulier, ostant aux hommes la charge d’Apostre, et la résignant à icelles pour quelque peu de temps. Et en cela il a monstré un exemple de ce que dit S.

Paul, asçavoir qu’il choisit les choses folles et foibles au monde, afin d’humilier et abatre la hautesse de la chair, 4 Corinth. [,.27. Nous aussi ne serons jamais autrement bien disposez pour apprendre cest article de nostre Foy, sinon qu'ayans mis bas toute fierté, nous nous

rendions dociles au tesmoignage des femmes : non pas que nostre foy doyve demeurer enclose dedans des bornes si estroites : mais d'autant que le Seigneur pour esprouver nostre obéissance, veut que nous devenions fols devant qu’il nous reçoyve à une Cognoissance plus ample de ses mystères. Touchant l’histoire, sainct Matthieu dit seulement que Les deux Maries veindrent veoir le sépulchre : S. Marc adjoustant Salomé pour la troisième, dit qu’elles achetèrent des onguens aromatiques pour embaumer le corps : et de sainct Luc on recueille qu’elles veindrent en plus grande compagnie, et non pas deux ou trois seulement.

Mais nous sçavons que c’est une chose coustumière aux escrivains de la saincte Escriture, quand ils parlent de quelque compagnie, d'en nommer seulement aucuns. Aussi il est vray-semblable que Marie Magdalène avec son autre compagne est venue au sépulchre plustost que les autres, soit qu’on l’eust envoyée devant, ou que d’elle-mesme elle se soit avancée.

Et il semble que les paroles de sainct Matthieu emportent cela, quand il dit que ces deux veindrent pour veoir : pource que sans veoir Christ, il ny avoit point de moyen de lPoindre. Cependant il ne dit mot du devoir d'honneur qu’elles avoyent délibéré de luy faire, pource que son principal but estoit de parler et rendre tesmoignage de la résurrection. Toutesfois on pourroit demander comment c’est que laffection de ces femmes, qui estoit meslée de superstition, à peu plaire à Dieu. Certes quant à moy, je ne doute point qu’elles n’ayent rapporté à sa droite fin, la coustume d’oindre les morts qui estoit venue des Pères, c’est asçavoir

pour se consoler en ce dueil de mort, sur

l'espérance de la vie à-venir. Je confesse bien qu’elles ont failli, de ce qu’elles n’ont incontinent eslevé leurs esprits à l’advertissement qu’elles avoyent ouy de la bouche du Maistre, quand il avoit prédit qu’il ressusciteroit le troisième jour. Mais pource qu'elles retienent le principe général de la résurrection dernière, ce défaut leur est pardonné, lequel autrèément eust à bon droict rendu tout Pacte vicieux, comme on dit. Voylà comment

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SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

souventesfois Dieu accepte les œuvres des Saincts, les supportant d’une bénignité paternelle, lesquelles sans pardon non-seulement ne luy seroyent point plaisantes, mais aussi mériteroyent d’estre rejettées ignominieusement et avec punition. En cela doncques reluit la bonté admirable de Christ, quand amiablement et doucement il se présente aux femmes, vivant, lesquelles luy faisoyent tort de le chercher entre les morts. Or s’il n’a pas permis que Çç’ait esté en vain qu’elles sont venues au sépulchre, il nous faut tenir pour certain que ceux qui maintenant aspireront à luy par foy, ne se trouveront point frustrez. Car la distance des lieux ne pourra empescher que les fidèles n'en ayent la fruition, veu qu’il remplit et ciel et terre par la vertu de son Esprit.

1 Marc. Quand le Sabbath fut passé.

Autant emporte ce qui est en sainct Matthieu, {uw vespre qui commence à luire pour le premier jour des Sabbaths :

et en sainct Luc, Le premier jour des Sabbaths. Car veu que nous sçavons que les Juifs commençoyent à conter le jour dés le commencement de la nuit précédente, il n’y a celuy qui n’entende que le Sabbath estant passé, les femmes ont prins délibération d’aller veoir le sépulchre, afin que elles y veinssent avant l'aube du jour. Les deux Evangélistes nomment Le premier jour des Sabbaths, celuy qui estoit le premier entre deux Sabbaths. Quant à ce qu’aucuns en la translation Latine ont mis ainsi, Un jour des Sabbaths : cela en a fait errer plusieurs par faute d'entendre la propriété de la Langue Hébraïque. Car comme ainsi soit que le mot duquel usent les Hébrieux, signifie aucunesfois Un, aucunesfois Premier, les Evangélistes, combien qu’ils escrivissent en Grec, ont toutesfois suyvi la manière des Hébrieux, comme en plusieurs autres passages, et ont yci mis le mot Grec qui signifie Un.

Mais afin que ceste ambiguïté n’abusast personne, j'ay mieux aimé exprimer plus clairement leur intention. Au reste, quant à l'achat des senteurs, il ÿ a quelque peu de diversité entre les paroles de sainct

Mare, et le récit de sainet Luce, asçavoir |

qu’estans retournées en la ville, elles préparent des senteurs : et puis après, selon le commandement de la Loy, se reposèrent un jour, devant que se mettre en chemin. Mais sainct Marc assemblant en un deux choses diverses, ne regarde pas de si près à distinguer subtilement les temps. Car il mesle avec le parlement ce qui avoit esté fait auparavant. Tant y à que quant à la substance du faict ils s’acordent bien : asçavoir qu'ayans observé le sainct repos, elles sortirent de la maison lors que la nuit n’estoit pas encore faillie : en sorte qu’elles arrivèrent au sépulchre environ le poinet du jour. Or il nous doit derechef souvenir de ce que j’ay touché cidevant, que la coustume d’oindre les morts, combien quelle fust commune entre plusieurs nations profanes, a eu son usage légitime seulement entre les Juifs, lequel leur avoit esté baïllé de main en main par les Pères, afin qu'ils s’exerçassent et confermassent en la foy de la résurrection. Car sans ce regard, c’eust esté une considération bien maigre et frivole, de embaumer un corps mort, qui n’ha aucun sentiment : comme nous sçavons que les Egyptiens se sont merveilleusement embesongnez en ces façons de faire, sans sçavoir à quelle fin ne comment. Mais Dieu représentoit aux Juifs par ce signe sacré, l’image de vie en la mort, afin qu’ils espérassent que de pourriture et de la terre, ils receveroyent quelque jour nouvelle vigueur.

Au reste, comme la résurrection de Christ par so odeur vivifiante a pénétré jusqu'au dedans de tous sépulchres pour inspirer vie aux morts, ainsi elle à aboli ces cérémonies externes. Parquoy, quant à luy, il n’avoit point besoin de ces aides, mais ç’a esté pour la rudesse et ignorance de ces femmes, pource qu’elles ne estoyent point encores bien adverties comment il estoit exempt de corruption.

3 Et disoyent entrelles, Qui nous roulera la pierre? etc. Il n'y à que sainet Marc seul qui exprime ceste doute :

mais veu que les autres récitent que l’Ange roula la pierre, il est aisé à recueillir qu’elles se trouvèrent en per-

plexité et doute que c’estoit qu’elles devoyent faire. Or apprenons d’yci qu’estans transportées de grand zèle, elles sont là venues sans bien aviser à toutes choses. Elles avoyent veu mettre audevant du sépulchre une pierre, qui estoit pour empescher que personne y entrast : comment ne leur en souvient-il cependant qu’elles sont en la maison, pour y penser à loisir, si ce n’est pource qu’elles sont si estonnées de crainte et esbahissement, qu'avis et mémoire leur défaut? Toutesfois pource que c’est une saincte ardeur de zèle qui les aveugle ainsi, Dieu ne leur impute point ce vice.

2 Matth. Et voyci, il se feil un grand tremblement de terre, etc. Le Seigneur par plusieurs signes a monstré la présence de sa gloire, afin de mieux dresser les cœurs de ces sainctes femmes à une révérence du mystère. Car pource que ce n’estoit point une chose de petite conséquence, de sçavoir que le Fils de Dieu a acquis victoire sur la mort, veu qu’en cela consiste le principal poinct de nostre salut, il faloit que tout scrupule et doute fust osté, en sorte que la majesté Divine se présentast à leurs veux évidemment, et non point d’une façon obscure. Ainsi donc S. Matthieu dit qu’il se feit un tremblement de terre, par lequel on pouvoit appercevoir ceste puissance céleste que j’ay dite. Et voylà comment il faloit que les femmes fussent resveillées par ce signe estrange , afin qu’elles n’imaginassent en cela rien de homme, ou terrestre, mais qu’elles eslevassent leurs esprits à une œuvre de Dieu nouveille, et passant toute lappréhension des hommes. Le vestement aussi, et la contenance de l'Ange, ont esté comme des rayons, par lesquels la clarté de la Divinité s’est espandue, afin qu’elles cognussent que ce n’estoil pas un homme mortel, celuy qu’elles voyoyent là ayant face d'homme. Car combien que l’esclair, ou la blancheur de la neige, ne soyent rien en comparaison de la gloire infinie de Dieu : et que mesme, si nous la voulons cognoistre comme il appartient, il ne nous faut imaginer aucune couleur :

toutesfois nous advertissant par ces

choses externes qu’il est présent, il nous

invite à soy selon que peut porter nostre infirmité. Seulement il faut entendre que les signes visibles de sa présence nous sont offerts, afin que nos esprits lappréhendent invisible comme il est : que

sous des figures corporelles nous est

donné un goust de son essence spirituelle, afin que nous la cherchions spirituellement. Cependant il n’y a point de doute qu'avec ces signes externes, il y à eu une efficace et vertu intérieure Con-

jointe, qui engravoit és cœurs des femmes

un sentiment de la Divinité. Car combient que pour le commencement elles ayent

esté espovantées, toutesfois on verra par

la déduction du texte, qu'ayans reprins courage elles ont esté tellement enseignées par degrez, qu’elles ont senti la main de Dieu présente. Au reste, nos trois Evangélistes, afin d’estre plus briefs, omettent ce que S. Jehan au chap. XX, jusqu'au 12e vers. récite au

long : comme nous sçavons que ceste.

manière de faire leur est assez ordi-

naire. 1 y a aussi une autre diversité,

asçavoir que S. Matthieu et S. Mare font mention d’un Ange seulement, S.

Jehan et S. Luc en mettent deux. Maïs ceste apparence de contrariété n’est pas mal-aisée à résoudre : veu que nous sçavons que tant souvent en l’Escriture on trouve la figure nommée Synecdoche, qui

est quand on prend une partie pour le

tout. Il y a donc eu deux Anges qui sont

apparus premièrement à Marie, et puis à’

ses autres compagnes : mais pource

qu’elles se sont principalement arrestées .

à celuy des deux qui a porté la parole,

S. Matthieu et S. Marc se sont contentez.

de réciter sa harangue. D’avantage,

quand S. Matthieu dit que l’Ange s'assit sur la pierre : en ces mots il y a une:

figure appelée Hysteron proteron, qui

est quand on met devant ce qui à esté:

fait après : ou pour le moins l’ordre de

l’histoire n’est pas observe. Car lAnge.

n’apparut pas incontinent, mais seulement lors que les femmes se trouvèrent estonnées, et estoyent en suspens pour

la nouveauté d’un cas si estrange et ad.

mirable.

4 Et les gardes pour la crainte

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

qu’ils eurent de luy, etc. Le Seigneur a espovanté les gardes, tout ainsi comme s’il eust mis et engravé un cautère en leurs consciences, pour les contraindre maugré eux de sentir sa vertu Divine :

pour le moins ceste frayeur a fait que ils n’ont pas peu se mocquer à leur plaisir du bruit de la résurrection qui devoit estre espars incontinent après. Car combien qu’ils n’ayent point eu de honte de prostituer leurs langues pour argent, toutesfois ils ont esté contraints bon gré mal gré, d’avouer en leurs consciences ce qu’ils nioyent meschamment devant les hommes. Et il n’y a point de doute que quand ils ont parlé librement et en privé entre gens de leur cognoissance, ils ont confessé ce qu’ils n’osoyent divulguer et déclarer communéement, estans gaignez par argent. Or il faut noter la différence entre ces deux espèces de crainte lesquelles S. Matthieu nous propose, comme faisant comparaison de June à l’autre. Les gendarmes accoustumez à bruit et tumulte, ont esté espovantez et tellement esperdus de crainte, qu’ils sont cheus et défaillis comme gens à demi-morts : mais il n’y à eu aucune vertu pour les redresser et remettre sus de leur espoyantement. Il y a eu semblable frayeur aux femmes : mais la consolation qui est ensuyvie après, à remis sus leurs cœurs quasi défaillis, en sorte que pour le moins elles ont commencé à avoir meilleure espérance. Certes &’est bien raison que la majesté de Dieu donne crainte et frayeur indifféremment tant aux bons que aux réprouvez, et que toute chair ait la bouche close devant sa face. Mais après que le Seigneur a humilié et donté ses éleus, incontinent il addoucit leur crainte, afin qu'ils ne demeurent tousjours accablez : et nonseulement cela, mais aussi il guarit par la douceur de sa grâce la playe qu'il a faite : au contraire les réprouvez, il les accable d’une peur et frayeur soudaine, ou il les laisse languir avec grand torment desprit. Car quant à ces gendarmes, il est vray qu’ils sont devenus comme morts, mais Ça esté sans estre touchez à bon escient et au vif : comme gens insensez ils s’espoyantent pour un

moment, et toutesfois quant et quant ils oublient qu'ils ayent esté espovantez.

Non pas que la mémoire de ceste crainte ait esté entièrement effacée de leur esprit, mais d'autant que ceste . vive et nayfve appréhension de la vertu de Dieu, à laquelle ils n’avoyent peu résister, s’est incontinent escoulée. Cependant il faut sur tout noter ce poinct : comme ainsi soit qu'ils craignissent aussi bien que les femmes, qu’il ne leur a esté appliqué aucun remède pour addoucir et modérer leur frayeur. Car il ny a eu que les femmes ausquelles l’Ange ait dit, Ne craignez point. Or il leur a proposé matière de joye et asseurance en la résurrection de Christ. S. Luc adjouste une repréhension, qu’elles cherchent entre les morts celuy qui vit : comme si Ange leur tiroit l’aureille, atin qu’elles ne s’endormissent plus en leur estonnement et tristesse.

7 Et vous en allez bien-tost, et dites à ses disciples, etc. Yci Dieu par son Ange donne un estat extraordinaire à ces femmes, leur enjoignant de publier mesme aux Apostres le principal poinct de nostre salut. En sainct Marc il leur est commandé de porter ces nouvelles nomméement à Pierre : non pas qu’il fust lors en plus grand estat que les autres, mais pource que sa faute si lourde et vileïne avoit besoin de consolation spéciale, afin qu’il sceust que Christ ne lavoit pas renoncé et rejetté, quoy qu'il fust trébusché lourdement et meschamment. Il estoit desjà entré dedans le sépulchre, et avoit veu les enseignes de la résurrection de Christ : mais Dieu ne luy :

a pas voulu communiquer l’honneur qw’il a fait aux femmes un peu après, d’ouir de la bouche de l’Ange, que Christ estoit ressuscité. Et de faict, on voit bien qu’il estoit encores enveloppé d’une grande stupidité, par ce qu'il s'enfuit encore cacher tout effrayé, comme s’il n’eust rien veu, en lieu que Marie demeure pleurant assise au sépulchre. Parquoy il n’y à point de doute, quand elle et ses compagnes ont veu l’Ange, que cela n’ait esté la récompense que Dieu leur a donnée de leur patience. Quant à ce que PAnge donne assignation en Galilée aux

disciples, je pense que ça esté afin que Christ se manifestast à plus de gens. Car nous sçavons qu’il a plus long-temps conversé en Galilée. Aussi il à regardé de donner aux siens une espace plus libre et large, afin que petit à petit ils reprinssent courage estans là comme à l’escart. D’avantage, l’accoustumance des lieux les a aidez à mieux recognoistre et plus asseuréement leur Maistre. Car il faloit les confermer par tous moyens , afin que rien n’empeschast la certitude de leur foy. J’oyci, je le vous ay dit. Par ceste manière de parler l’Ange asseure que ce qu'il a dit est vray. Or il ne met cela en avant de soy-mesme, comme en estant le premier autheur, mais il con-

ferme comme par sa souscription, la promesse de Christ : et pourtant en S. Marc il réduit seulement en mémoire les paroles de Christ. Sainct Luc poursuit ce propos plus outre, Que les disciples avoyent esté advertis par Christ qu'il faloit qu’il fust crucifié, etc. Toutesfois le sens demeure tousjours un : car avec la résurrection il avoit prédit aussi la mort. Outre cela il est adjousté gw’elles eurent souvenance des paroles du Seigneur : en quoy nous sommes enseignez que combien qu’elles eussent mal proufité en la doctrine de Christ, elle n’a pas toutesfois esté perdue, mais a esté comme couverte et estouffée, jusques à ce qu’elle est venue à germer en Son temps.

MATTH. XXVII

8 Adonc elles se partirent légèrement du monument avec crainte et grande joye: et coururent lannoncer aux disciples d’iceluy.

9 Mais comme elles alloyent pour l'annoncer à ses disciples, voyci, Jésus leur veint audevant, disant, Bien vous soit. Et elles S’approchèrent, et empoignèrent ses pieds, et l’adorèrent.

10 Adonc Jésus leur dit, Ne craignez point :

allez, annoncez à mes frères qu'ils aillent en Galilée, et là ils me verront.

MARC XVI

8 Et elles soudain se partans s'enfuirent du monument : car tremblement el frayeur les avoyent saisies: et n'en dirent rien à personne: car elles craignoyent.

9 Et quand Jésus futressuscité, le matin au premier jour du Sabbath", il s’apparut premièrement à Marie Magdalène?, de laquelle il avoit jelté sept diables *. |

10 Et elle s’en alla, et l’annonca à ceux qui avoyent esté avec luy, lesquels menoyent dueil, et pleuroyent.

A1 Zceux ayans ouy qu'il venoit, et qu'elle l'avoit

LUC XXIV

9 Et quand elles furent retournées du sépulchre, elles annoncèrent toutes ces choses aux onze disciples, eé à tous les autres.

10 C’estoit Marie Magdalène, et Jehanne, et Marie mère de Jaques, et les autres qui estoyent avec elles, lesquelles dirent ces choses aux Apostres.

11 Et les paroles d’icelles leur semblèrent comme resveries, et n'y creurent point.

12 Toutesfois Pierre se leva, et courut au sépulchre :

et s’estant baissé pour regarder, veit seulement les linceux mis à part: puis se partit s'esmerveillant en soymesme de ce qui avoit esté .

veu, ne le creurent point. | fait.

1) Ou, de la sepmaine,

2) Jean, XX, 14.

8) Luc, VIII, 2.

8 Matth. 4donc elles se partirent légérement du monument. Les trois Evangélistes omettent ce que sainct Jehan raconte de Marie Magdalène, asçavoir qu’elle retourna en la ville avant qu'avoir veu les Anges, et se plaignoit avecques pleurs de ce qu’on avoit osté le corps de Christ :

yei il est seulement fait mention du second retour de la ville, quand elle et ses

autres cCompagnes ont porté les nouvelles aux disciples, que Christ estoit ressuscité : comme elles Pavoyent sceu tant par la parole et tesmoignage de l'Ange, que pour avoir veu aussi Christ en présence.

Or devant que Christ se montrast, desjà elles couroyent vers les disciples, comme Ange leur avoit commandé. En chemin elles ont eu une seconde confirmation,

SUR L'HARMONIE EÉVANGÉLIQUE.

afin de pouvoir plus asseuréement testifier la résurrection du Seigneur. Sainct Matthieu dit qu’elles s’en allèrent avec crainte et grande joye : par lesquels mots il entend qu’elles furent resjouyes des propos de l’Ange, et toutesfois que quant et quant elles estoyent saisies de frayeur, en sorte qu’elles estoyent comme transportées et en bransle entre joye et perplexité. Car aucunesfois il y a ainsi des affections contraires és cœurs des fidèles, qui les poussent maintenant d’un costé, maintenant de l’autre, jusqu’à ce que finalement la paix de lesprit les range à une disposition tranquille et bien posée. S'il y eust eu en elles une foy bien ferme, elle les eust rendues quoyes et rassises, mettans bas toute crainte : mais maintenant la crainte meslée avec joye monstre qu’elles ne se sont pas encores bien arrestées et reposées sur le tesmoignage de l’Ange. Et en ceci Christ à monstré un singulier exemple de miséricorde, quand il se présente à elles estans ainsi en doute et crainte, afin d’oster tout ce qui restoit d'incertitude en leurs esprits. Toutesfois il y a quelque diversité aux paroles de sainct Marc, quand il dit qu’elles s’enfuirent saisies de tremblement et frayeur, en sorte qu’elles estoyent tout esperdues de crainte, et ne disoyent mot. Mais la solution n’est pas fort mal-aisée à trouver. Car combien qu’elles eussent affection d’obéir à l’Ange, toutesfois le moyen leur défailloit, et elles n’eussent sceu le faire, si le Seigneur en les confermant n’eust deslié leurs langues. Mais en ce qui s'ensuit il y a plus grande apparence de contrariété.

Car sainct Marc ne dit pas que Christ leur veint au-devant, mais seulement qu’il apparut à Magdalène le matin au premier jour du Sabbath. Sainct Luc ne fait point du tout mention de ceste apparition. Mais ceste omission ne nous doit pas sembler estrange, veu que les Evangélistes ont souvent accoustumé d’ainsi faire. Quant à la diversité qui est entre les paroles de sainet Matthieu et de sainct Mare, peut-estre que Magdalène fut participante de ce grand bien avant les autres femmes : ou bien que sainct Matthieu use de la figure nommée Synecdoche, es-

tendant à toutes ce qui a esté spécial à une seulement. Toutesfois il est plus vray-Semblable que sainct Marc nomme ceste-là seule, pource qu’elle a veu Christ la première et d’une façon péculière pardessus les autres, et cependant que ses compagnes aussi ont veu Christ en leur ordre : et que pour ceste cause en sainct Matthieu cela est attribué à toutes en commun. Au reste, ça esté un exemple merveilleux de bonté en Christ, de ce qu’il a manifesté sa gloire céleste à ceste povre femme qui avoit esté possédée de sept diables, Luc, VIT, 2: et que voulant desployer la lumière de la vie nouvelle et éternelle, il a commencé par un endroit où il n’y avoit rien que contemptible et honteux selon l’homme. Mais par cest exemple Christ a monstré comment depuis qu’il a une fois desployé sa grâce sur nous, il continue et poursuit libéralement le cours d’icelle : et a quant et quant abbatu tout l’orgueil de la chair.

9 Empoignèrent ses pieds. I semble que ceci n’accorde point bien avecques les paroles de sainct Jehan, chapitre XX, v. 17, où il dit que Christ défendit à Marie de le toucher. Mais il est facile de les accorder. Le Seigneur doncques voyant que Marie s’amusoit par trop à embrasser et baiser ses pieds, luy commande de se reculler : pource qu’il faloit corriger ceste superstition, et monstrer le but de la résurrection, duquel Marie estoit destournée, en partie par une affection terrienne et charnelle, en partie par upe ardeur inconsidérée. Néantmoins de première entrée le Seigneur a souffert qw’elle ait touché ses pieds, afin de n’omettre rien qui fust propre pour donner certitude de sa résurrection à Marie. Et pour ceste cause sainct Matthieu met incontinent après, que elles adorérent le Seigneur : qui estoit un signe qu’elles avoyent cognoissance bien certaine de luy.

10 4donc Jésus leur dit, Ne craignez point, etc. Nous recueillons que c’estoit une crainte vicieuse, de laquelle derechef Christ les délivre. Car combien qu’elle veinst d’admiration, toutesfois elle estoit contraire à la tranquillité de la foy. Afin donc qu’elles s’eslèvent à Christ maintenant victorieux par-dessus là mort,

il leur est commandé de se resjouir, et oster toute tristesse. Mais par ces paroles nous sommes quant et quant enseignez qu'adonc nous cognoissons la résurrection de Christ ainsi qu'il faut, quand ayans conceu en nos cœurs une bonne asseurance, nous osons nous glorifier que nous sommes faits participans de la mesme vie. Pour le moins il faut que nostre foy passe jusqu'à ce poinct, que la crainte ne domine pas. Au reste, Christ commandant que ces nouvelles fussent portées aux disciples par ceste ambassade, a derechef rassemblé et dressé PEglise qui estoit dissipée et tombée bas.

Car comme aujourd’huy nous sommes vivifiez principalement par la foy de la résurrection, ainsi il a falu lors, que les disciples fussent restablis en la vie de laquelle ils estoyent descheus. Aussi il faut noter en ce passage la douceur et débonnaireté incroyable de Christ, quand il daigne bien faire cest honneur à des fuyars qui Pavoyent laschement abandonné, de les appeler ses frères. Et il n’y a point de doute que par un nom de si . grande douceur il à voulu venir au-devant pour addoucir la tristesse de laquelle il sçavoit bien qu’ils estoyent griefvement tormentez. Cependant d'autant qu’il n’a pas recognu pour frères les Apostres seulement, sçachons que ce message à une fois esté porté par le commandement de Christ, afin que puis après il parveinst jusques à nous. Et pourtant il ne nous faut pas ouir l’histoire de la résurrection froidement et comme par acquit, (ainsi qu’on dit) veu que Christ de sa propre bouche nous convie amiablement à recevoir le fruit d’'icelle par titre de conjonction fraternelle. Quant à ce qu'aucuns expositeurs entendent par ce mot de Frères, les cousins et autres parens de Christ, le fil du texte réfute plus que suffisamment leur erreur. Car S. Jehan exprime notamment que Marie veinst aux disciples : et en S. Luc il s'ensuit incontinent, que les femmes veindrent vers les Apostres. À quoy est conforme S. Marc, disant que Marie veint, et dit ces choses aux disciples, lesquels menoyent dueil, et pleuroyent.

voit, et qu’elle, etc. Sainct Mare fait mention du tesmoignage de Marie Seulement :

toutesfois je tien pour certain que toutes en commun ont fait leur rapport ainsi que Christ leur avoit donné charge. Et mesmes ce passage conferme beaucoup mieux Ce que j’ay dit n’aguères, qu'iln’y a point de discord entre les Evangélistes, quand lun attribue spécialement à Marie Magdalène, ce qui a esté commun à toutes selon les autres, combien que ce ne fust pas en degré égal. Cépendant les disciples estoyent enveloppezen une stupidité ou nonchalance bien vileine, de ne réduire point en mémoire que ce qu'ils avoyent tant souvent ouy de là bouche de leur Maiïstre, estoit accompli. Si les femmes leur eussent raconté quelque chose dont jamais auparavant ils n’eussent ouy parler, il y eust eu quelque couleur.de n’adjouster pas incontinent foy à leur dire en une chose incroyable : mais maintenant il faut bien dire qu’ils ont esté plus qu’hébétez, de tenir pour fable ou songe une chose que le Fils de Dieu avoit promise et testifiée tant de fois, quand ceux-mesmes qui l'ont veue de leurs veux, leur annoncent qu’elle est accomplie. Joint que par leur incrédulité, estans privez de droite intelligence, nonseulement ils refusent la lumière de vérité, mais aussi la rejettent comme resverie, ainsi que dit S. Luc. Et de là il appert qu'ils ont tellement succombé à la tentation, qu’il ne leur estoit quasi point demeuré de goust des paroles de Christ en leurs esprits.

12 Luc. Toutesfois Pierre se leva, et

courut au sépulchre. Je ne doute point

que $. Luc ne ait yei changé l'ordre de l’histoire, comme il est aisé à recueillir des paroles de S. Jehan : et (selon mon

jugement) il n’y aura point de mal de ré-

soudre en un autre temps ce mot Courut, asçavoir pour Avoir couru. Et ceux qui sont aucunement exercez en l’Escriture, sçavent bien que c’est une chose ordinaire aux Hébrieux, de raconter puis après

ce qui auroit esté omis en son lieu. Or.

par ceste circonstance sainct Luc monstre tant plus la grande dureté des Apostres, quand ils ne ont tenu conte des

44 Marc. Zceux ayans ouy qu’il vi- | nouvelles que lesfemmesleurapportoyent,

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

combien que Pierre eust desjà veu le sé-{s’esmerveiller voyant un signe manifeste pulchre vuide, et eust esté contraint de Îde résurrection.

MATTH. XXVIII

MARC. LUC

11 Quand elles furent parties, voyci, aucuns de la garde veindrent en la ville, et annoncèrent aux principaux Sacrificateurs toutes les choses qui es-

toyent advenues.

42 Lors ils s'assemblèrent avec les Anciens, et après qu'ils eurent prins conseil, ils donnèrent bonne

somme d'argent aux gendarmes,

13 Disans, Dites, Ses disciples sont venus de nuit,

et l'ont désrobbé comme nous dormions.

4% Et si le Gouverneur vient à ouir ceci, nous luy persuaderons, et vous osterons hors de peine.

15 Æt iceux ayans pris l'argent, feirent ainsi qu'ils estoyent enseignez: et ce propos a esté divulqué entre les Juifs jusqu’à ce jourd'huy.

11 Quand elles furent parties, voyci, aucuns de la garde, etc. I] est nonseulement croyable, mais aussi la chose se monstre, que les gendarmes ausquels estoit baïllée la garde du sépulchre, estoyent tellement corrompus par argent, qu’ils estoyent prests de mentir, et dire tout ce que les Sacrilicateurs eussent voulu. C’estoit une chose qu’ils entendoyent bien estre sur tout redoutée par les Sacrificateurs, que ce bruit eust lieu, que Christ estoit ressuscité trois jours après sa mort : ils sçavoyent qu'on Îles avoit là envoyez, afin que en faisant bonne garde du corps mort, ils assopissent ce bruit. Ces galans donc addonnez à leur proufit, et qui ne cherchoyent qu’à gaigner, de quelque costé que ce fust, voyans que, toutes leurs diligences n’avoyent rien servi, ils songent un nouveau moyen de tirer de l'argent de leurs gens qui les avoyent mis en besongie. Quant à ce que dit sainct Matthieu, Qu'aucuns d’iceux veindrent : il est incertain si quelques-uns qui estoyent les plus fins de la compagnie, prindrent ceste délibération entr’eux, sans en mot dire aux autres :

ou bien s’ils furent envoyez d’un commun accord au nom de tous. Et il y a plus grande apparence en ceste dernière conjecture : pource que puis après sainct Matthieu dit qu’on donna argent, non pas

à un ou à deux, mais en général aux gendarmes, pour les faire mentir et parijurer.

Il est tout certain, soit que tous ensemble eussent comploté, ou seulement partie d’iceux, que toutesfois ils ont cherché à faire leur proufit de la cruelle et mortelle haine des Sacrificateurs contre Christ : d'avantage, pource qu’ils tenoyent les Sacrificateurs convaincus de forfait et outrage, qu'ils ont abusé de leur mauvaise conscience pour tirer de l’argent d'eux. Car comme il en prend quasi à tous meschans, les Sacrificateurs se sentans Coulpables en eux-mesmes, ont esté contraints pour couvrir leur infamie, de corrompre les gendarmes à force d'argent. Or il appert par ceci que les réprouvez, depuis qu’ils se sont une fois lasché la bride à mal-faire, s’enveloppent et entortillent de plus en plus en nouveaux péchez : voire en voulant sauver leur honneur devant les hommes, sans se soucier cependant de l’offense qu’ils ont faite contre Dieu. Ces misérables non-seulementcorrompent les gendarmes à force d'argent, pour les faire mentir à leur poste, mais aussi mettent en danger leur honneur et leur vie, en cas que la chose fust venue en jugement. Et qu’estce qui les contraint, outre la despense qu’il leur faut faire, de se mettre encores en un si grand danger, sinon que leur

obstination enragée ne leur donne pas avis et loisir de se retirer, jusques à ce qu’ils ayent amassé péchez sur péchez.

15 £t ce propos a esté divulqué entre les Juifs, etc. C'à esté le dernier comble de la vengence de Dieu pour aveu- Sler les Juifs, que la résurrection de Christ ait esté ensevelie par le parjarement des gendarmes, et qu’une menterie si évidente et mal dressée ait esté receuë.

Et de ceci il appert que ceux qui hé pensoyent que Christ fust ressuscité, ont esté trompez êt abusez, pourcé qu’ils ont voulu l’estre : comme le monde se jette volontairement dedans les filets de Satan pour estre attrapé et séduit. Car quand on eust voulu seulement ouvrir les yeux, il n’estoit point besoin de faire grande inquisition. Des gendarmes bien armez disent que le corps de Christ leur a esté desrobbé par une petite compagnie de gens craintifs, foibles ‘ét 'desprouveus d'armes. Quelle apparence ne ‘couléur y a-il en cela? ls adjoustent que cela a esté fait cependañt qu'ils dormoyent.

Pourquoy donc devinent-ils ‘que les autres l’ont desrobbé P Comment le sçaventils ? Et s’il v avoit quelque souspecon aux disciples, que ne les ont-ils suyvis P pour le moins que n’ont-ils fait quelque bruit?

Ceci donc a esté comme un propos d’enfans, et une éschappatoire frivole, qui ne les est pas sauvez qu’ils n’eussent bien esté punis, s'ils eussent eu affaire à quelque Gouverneur qui eust esté homme prudent et droit. Mais Pilate par sa dissimulation à laissé passer et fait esvanouir ceste meschante conspiration comme nous voyons que tous les jours il advient ‘que les juges profanes ét sans crainte de Dieu ne se soucient pas beaucoup Si la vérité est opprimée par fraude

MARC XVI. 12 Puis après

'MATTH

mesprisé,

et malice : et qui pis est, pourveu qu'ils né éraignent point d'en souffrir dommage, il semble proprement qu’ils facent une collusion, et s’entr’entendent avec les meschans Sarnérmeéñs à mal-faire. Or combién ‘que celà pourroit sembler dur ét éstrante, qé Dieu Ait permis que ce faux bruit eust lieu et coùrust pour 'esteindre la gloire de son Fils, toutesfois il faut porter à sa juste véngence tel honneur qu'il appartient. Car nous voyons que ceste nation estoit bien digne que les brouillars Jeur ostassent Ja lumière, veu qu’une menterie si vaine ‘et frivole, coMme ceste-ci, est incontinént récétre quasi sans contredit. D’avantage, pource que presque tous avoyent heurté contre la pierre de choppement, il faloit que leurs yeux fussent remplis de ténèbres afin qu’ils ne veissent, et que le calice d’estourdissement leur fust présenté : brief, qu'ils fussent abandonnez à toute forcènérie, Commie il avoit ‘esté prédit par la prophétie d’Isaïe, chapitre VE, 9. N0ar Dieu n’eust jamais permis qu ls eussent esté abusez par une si folle légèreté de croire, sinon afin de les forclorre de l’espérance de salut, puis qu’ils l’avoyent et ne l’avoyent voulu recognoistre pour Rédémpteur : comme maintepant il use d’une semblable punition,

pour se venger de l'ingratitude du mon-

de, laschant, là bride aux réprouvez, afin qu'ils proufitent de mal en pis. Au reste, combien que ce mensonge ait eu le cours entre les Juifs, cela toutesfois n'a point empesché que là vérité de l'Evangile ne volast librement jusques aux dérniers bouts de la terre, comme tousjours élle vient au-dessus en despit de tous les empeschemens du monde.

LUC XXIV

13 Æt voyci, deux d'entr'eux àälloyent ce 'mesme ces | jour én une bourgade, laquelle'estoit éiviron soiran-

choses, ü se | te stades loin de Jérusalem, nommée Emmaüs :

Monsitra en

14 Lesquels devisoyent entr'eux de ‘toutes ces ého-

autre for-|$es qui estoyent advenues.

me à deux

15 Or adveint que comme ils devisoyent et dis-

d'éñtr'eux | putoyent, Jésus aussi s'approcha et chemina avec

quiestoyent eux.

TS

nn À.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE. 739

en chemin

16 Mais leurs yeux estoyent tenus qu'ils ne le co-

pour aller\gnussent.

aux champs.

17 Et il leur dit, Quels sont ces. propos que vous tenez entre vous en cheminant? et pourquoy estesvous tristes ?

18 L'un, qui avoit non Cléopas, respondit, et luy dit, Es-tu seul forain en Jérusalem, qui ne scaches point les choses qui y ont esté faites ces jours-ci?

19 Æt àl leur dit, Quelles? Ils dirent, De Jésus de Nazareth, qui a esté homme Prophète, puissant en œuvres el en paroles devant Dieu et tout le peuple :

20 Et comment les principaux Sacrificateurs et nos Gouverneurs l’ont livré en condamnation de mort, et l'ont crucifié.

21 Or espérions-nous que ce fust celuy qui devoit délivrer Israël : néantmoins avec tout cela, c’est aujourd'huy le troisième jour que ces choses sont advenues.

22 Mais aussi quelques femmes d’entre nous, nous ont espovantez, qui ont esté de grand matin au sépulchre :

23 Et n'ayans trouvé son corps, sont venues disans que mesmes elles avoyent veu une vision d’Anges, lesquels disent qu'il vit.

24 Dont aucuns d'avec nous sont allez au sépulchre, et ont trouvé ainsi que les femmes avoyent dit : mais ils ne l’ont point veu.

95 Lors il leur dit, O fols et tardifs de cœur à croire à toutes choses que les Prophètes ont prononcées !

26 Ne faloit-il pas que le Christ souffrist ces choses, et qu’il entrast en sa gloire?

21 Puis commencant à Moyse et à tous les Prophètes, il leur déclara en toutes les Escritures les choses qui estoyent de soy.

28 Ainsi approchèrent de la bourgade où ils alloyent : mais il feit semblant d'aller plus loin.

29 Parquoy ils le contraignirent, disans, Demeure avec nous : car le soir commence à venir, et le jour est jà décliné. Il entra donc pour demeurer

{avec eux.

30 Et adveint que comme il estoil assis à table avec eux, il print le pain, et rendit grâces, puis le rompit, et leur en bailla.

13 £tvoyci deux d'entr'eux alloyent | tesfois pource que la cognoissance en en ce mesme jour en une bourgade, |estoit fort utile, et qu’elle estoit bien etc. Combien que sainct Marc touche | digne de mémoire, ce n'est pas sans ceste histoire seulement en un mot et | cause que saïnct Luc la déduit si sonbriefvément, sainct Matthieu et sainct | gneusement. Maïs j'ay desjà souvent ad- Jéhan Wen font aucune mention * tou-|verti que lPEsprit de Dieu a si propre-

ment distribué à chacun des Evangélistes son Cas, que Ce qui ne se trouvera point en un ou en deux, on le peut apprendre des autres. Car aussi bien il y a plusieurs récits, de diverses fois que Christ s’est monstré, omises en nos trois Evangélistes, desquels sainct Jehan fait mention. Or avant que venir à toucher les circonstances l’une après l’autre, il sera bon d'entendre premièrement par manière de brief advertissement, que le Seigneur choisit ces deux tesmoins, non pas afin de persuader aux Apostres par iceux qu’il estoit ressuscité, mais pour rédarguer et reprendre leur tardiveté.

Et combien que pour le commencement ils n’y ayent rien fait, toutesfois leur tesmoignage fortifié puis après d’autres aides, a esté de tel poids comme il faloit envers les Apostres. Au reste, on ne peut pas asseurer qui estoyent ces deuxci, Sinon que par le nom de l’un, que sainct Luc nommera tantost Cléopas, il est à présumer qu’ils n’estoyent point des onze. Æmaüs estoit une petite ville ancienne, laquelle fut depuis nommée par les Romains Nicopolis : et n’estoit pas fort loin de Jérusalem, veu que soixante stades ne font que sept mille et quatre cens pas d'Italie, qui sont quatre lieues et demie ou environ. Mais sainct Luc à exprimé le nom du lieu, non pas tant pour le renom qu'il eust que pour la certitude de l’histoire.

14 Lesquels devisoyent entr'eux de toutes ces choses. Ça esté un signe de crainte de Dieu, de ce qu’ils se sont efforcez d'entretenir au moins mal qu'ils pouvoyent leur foy en Christ, quelque petite et foible qu’elle fust. Car leurs propos et devis ne tendoyent à autre fin, qu'à se proposer la révérence de leur Maistre, et en faire un bouclier contre le scandale de là croix. Au reste, combien qu’en leurs demandes et disputes ils monstrassent une ignorance digne de re-

préhension, veu qu'ayans de long temps |

esté advertis que Christ devoit ressusciter, Us sont néantmoins tout estonnez

quand on leur en parle, et ne sçavent |

que c’est que on leur dit : toutesfois leur docilité à donné entrée à Christ pour les oster d'erreur. Car il y en a

beaucoup qui de propos délibéré mettent des questions en avant, pource qu’ils ont ce but de rejetter la vérité obstinéement : mais ceux qui désirent d’embrasser

paisiblement la vérité, encores que sou-

vent ils soyent esbranlez par de bien petites objections, et s’arrestent à des difficultez bien légères, toutesfois Dieu ne laisse pas de les avoir agréables à

cause de leur sainct désir de obéir, tel-

lement qu’il leur tend la main, et les amène à une ferme certitude, afin qu’ils ne soyent plus flottans et en doute. Tant y à que Cest un poinct qu’il faut tenir pour certain, que quand. nous-nous enquérons de Christ, pourveu que cela se face par un désir d'apprendre, accompagné de modestie, que la porte luy est ouverte pour nous aider : et qui plus est, c’est comme si nous l’appelions luymesme pour estre nostre Docteur :

comme au contraire les hommes profanes font par leurs vileins et meschans propos, qu'il se retire bien loin d’eux.

46 Mais leurs yeux estoyent tenus qu'ils ne le cognussent. L’Evangéliste exprime notamment ceci, afin qu’on ne pense qu’il y eust changement en la contenance du corps de Christ, et qu'il y eut autres traits de visage qu'auparavant.

Combien donc qu’il demeurast tousjours semblable à soy, toutesfois il n’a point esté cognu d'eux pource qu’en le regardant leurs yeux estoyent tenus. Et voylà qui oste yci tout souspeçon de fantosme ou fausse imagination. Mais par ceci nous voyons combien est grande Pimbécillité de tous nos sens, en sorte qu'il n’y à ni yeux, ni aureilles qui retienent leur action, et qui facent jeur office, sinon entant que continuellement la puissance leur en est donnée d’enhaut.

Il est vray que naturellement nos membres ont chacun leurs propriétez : mais pour-nous mieux faire entendre qu’elles nous sont prestées gratuitement, Dieu retient et réserve en sa main l’usage d’icelles entre les grâces que nous recevons journellement de Iuy, que nos aureilles oyent, et que nos yeux voyent. Car si d'heure en heure il ne donnoit force à nos sens, et les confermoit, toute la vertu d’iceux

ES St Sn NS D er ee on cÉET éd di ro. à

tellement qu'il faut conter

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SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

s'esvanouiroit incontinent. Je confesse bien qu’on ne voit guères souvent que nos sens soyent ainsi tenus comme il adveint lors, asçavoir que ils s’abusent si fort et si lourdement en la forme de la chose qui se présente : toutesfois Dieu nous à voulu yei monstrer en un exemple, que c’est à luy de conduire et addresser comme il luy plaist, toutes les facultez qu’il a données à l’homme, afin que nous sçachions que nature est sujette à luy, et qu’il domine par-dessus. Or si les yeux du Corps, ausquels sur tout le veoir est propre et particulier, sont tellement tenus, toutes fois et quantes qu’il plaist au Seigneur, qu'ils ne peuvent discerner la facon des choses à eux présentées :

sçachons que sans luy nos entendemens n’auroyent pas plus de vertu et vivacité pour comprendre, je di encore quand ils seroyent en leur premier estat auquel ils ont esté créez de Dieu. Mais maintenant en ceste misérable corruption, estans despouillez de leur lumière ,. ils sont sujets à mille tromperies, et plongez en une si lourde et profonde stupidité, qu’ils ne peuvent que s’abuser : comme aussi il en advient à tous coups. Parquoy le droit jugement et discrétion entre vérité et mensonge, ne nous vient point de la subtilité de nostre entendement, mais procède de l'esprit de prudence. Et c’est principalement en la contemplation des choses célestes que se monstre nostre Jourderie : car non-seulement nous avons des conceptions et imaginations fausses pour des vrayes, mais nous Convertissons la claire lumière en ténèbres.

A7 Et il leur dit, Quels sont ces propos que vous tenez entre vous? etc. Ce que nous voyons avoir lors esté fait manifestement par Christ, tous les jours nous sentons que le mesme se fait en nous d’une façon secrète : c’est que volontairement et sans attendre que nous l'en requérions, il vient chercher les moyens pour nous enseigner. Au reste, il appert plus clairement par la response de Cléopas, que ce que j’ay n’aguères dit, est vray : asçavoir, combien qu'ils fussent en doute et incertitude de la résurrection de Christ, que toutesfois il y avoit en leurs cœurs et esprits une droite

révérence à sa doctrine, tellement qu’ils ne tendoyent aucunement à s’en révolter.

Car ils n’attendent pas que Christ se manifeste le premier à eux, ou que ce passant, qui que ce fust, parlast de luy honorablement : mais qui plus est, Cléopas payant qu'une lumière bien petite et obscure, en espard néantmoins des estincelles sur un homme incognu, lesquelles estoyent pour illuminer aucunement l'esprit, s’il eust esté nouveau et ignorant. Le nom de Christ estoit lors communéement si odieux et diffamé, qu’il n’estoit pas seur d’en parler en bonne part et honorablement. Néantmoins sans craindre la male grâce des gens il le nomme Prophète de Dieu, et se maintient estre de ses disciples. Or combien que ce titre de Prophète n’approche que de bien loin à la majesté divine de Christ, toutesfois l'affection que monstre Cléopas en l’honorant moyennement, est encore louable : veu qu’il n'ha autre but que d'amener des disciples à Christ, lesquels se rangent sous son Evangile. Cependant on ne peut pas asseurer certainement si @a esté par ignorance que Cléopas ait ainsi parlé de Christ moins honorablement qu’il faloit, ou bien s’il a voulu commencer par les choses les plus cognues, afin de monter plus baut comme par degrez. Tant y à qu'un peu au-dessous il ne met pas simplement Christ au rang commun des Prophètes, mais dit que luy et les autres l'ont tenu pour le Rédempteur.

19 Puissant en œuvres et en paroles.

S. Luc à usé quasi de semblable forme de parler (Actes VIF, 22) en la personne deS. Estiene, quand voulant louer Moyse, il dit qu’il estoit puissant en faits et en dits. Mais en ce passage il est incertain si Christ est appelé puissant en œuvres, à cause des miracles : comme sil estoit dit qu’il a esté doué de vertus Divines, qui rendoyent tesmoignage qu’il estoit envoyé du ciel : ou bien si ceci s’estend plus loin, et que le sens soit, Qu'il a esté excellent tant en sa manière d’enseigner, qu’en saincteté de vie et autres grâces admirables, et ce dernier sens me revient mieux. Ce qui est adjousté, devant Dieu et le peuple, n’est pas su-

perflu : car cela signifie que Pexcellence de Christ à tellement esté notoire aux hommes, et cognue par suffisans tesmoignages, que cependantiil n’y a eu en luy ne fard ne vaine ostentation. Dont on pourra aiséement recueillir et en brief, la définition d’un vray Prophète : asçavoir que c’est celuy qui avec la parole sera quant et quant vertueux en œuvres :

et ne taschera pas seulement d’estre excellent envers les hommes, mais aussi mettra peine de se porter en sincérité et rondeur comme devant Dieu.

21 Or espérions-nous que ce fust celuy qui devoit délivrer Israël, etc. On cognoistra par la déduction du texte, que l'espérance qu'ils avoyent conceue de Christ, n’estoit pas esvanouye, combien que de prime face il pourroit sembler que les mots emportent cela. Mais pource que le récit qui avoit esté enñtrelacé touchant la Condamnation de Christ, ‘estoit pour destourner un homme qui n’eust point eu de commencement d'instruction

en l'Evangile, de dire que le Christ avoit

esté condamné par les prélats de l'Eglise :

à l’encontre d’un tel scandale. Cléopas 6ppose l'espérance de la rédemption. Et combien que puis après il monstre qu’il persiste en ceste espérance, non pas fort asseuréement, mais comme en chancelant, toutesfois il ramasse songneusement toutes les aides qu'il peut pour se fortifier en icelle. Car il est vray-semblable que ce qu'il parle notamment du éroisième jour, ne est pour autre chose, sinon d'autant que le Seigneur avoit promis que dedans trois jours il ressusciteroit, Puis après quand il raconte que les femmes n'ont point trouvé son corps, et qu'elles avoyent veu une vision d’ Anges, et que ce que les femmes avoyent. dit touchant le sépulchre trouvé vuide, a aussi esté vérifié par le tesmoignage des hommes : tout cela se rapporte à ce poinct, que Christ est ressuscité. Ainsi Ce sainct personnage estant en doute entre foy et crainte, applique des choses propres pour nourrir sa foy, et combat tant qu’il peut contre la crainte.

25 Lors il leur dit, O fols et lardifs

sion semble trop aspre et trop rude pour un homme infirme, comme estoit cestuyci : mais quiconque cousidérera bien toutes les circonstances, cognoistra facilement que non sans cause le Seigneur a tansé si asprement ceux après lesquels il avoit long temps travaillé avec si peu d'avancement, et quasi sans fruit aucun.

Car il faut noter que ce qui est yei dit ne se doit pas restraindre à ces deux-ci, mais que c’est une reproche commune laquelle devoit estre par ceux-ci portée à tous les autres. Tant souvent Christ les avoit advertis de sa mort, tant souvent aussi il leur avoit tenu propos de la vie nouvelle et spirituelle, et avoit confermé sa doctrine par les tesmoignages des Prophètes : toutesfois comme s'il eust parlé à des sourds, ou plustost à des souches et pierres, horreur de sa mort les estonne tellement que ils ne savent où ils en sont. Ainsi donc à bon droict il attribue à folie ce chancellement, et dit qu’il vient de leur nonchalance, pource que ils n’ont esté autrement prompts à croire. Et il ne leur reproche pas seulement que comme ainsi soit que de son costé il s’estoit monstré fort bon Maistre, ils avoyent esté tardifs et lasches-à apprendre, mais aussi qu’ils n’ont point esté attentifs aux passages des Prophètes : comme s’il disoit que leur stupidité n’est aucunement à excuser, d’autant qu’il n’a tenu qu’à eux, veu que la doctrine des Prophètes estoit de saymesme bien expresse, et leur avoit esté par luy fort bien exposée. Comme aujourd’huy la plus grand’part des hommes demeure de mesme en ignorance par sa faute, pource que ils sont indociles , rebelles et obstinez. Or notons que Cbrist voyant que ses disciples estoyent par trop nonchalans, commence par repréhension pour les resveiller. Car voylà comme il faut matter et donter ceux que nous ayons expérimenté estre endurcis, ou lasches et paresseux.

26 Ne faloit-il pas que le Christ souffrist ces choses, etc. Il n’y à point de doute que le Seigneur ne les ait preschez de l'office du Messias, ainsi que les Prophètes lavoyent descrit, afin que la

de cœur à croire, etc. Geste repréhen- | mort de la croix ne les scandalizast. Et

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

durant le chemin de trois ou quatre heures, il y avoit assez d'espace pour faire une ample déduction de toutes ces choses. Il n’a pas donc affermé en trois mots qu'il faloit que le Christ souffrist:

mais a déduit bien au long qu'il avoit esté envoyé pour faire la purgation des péchez du monde par le sacrifice de sa mort, pour estre fait exécration afin d’abolir nostre malédiction, pour nettoyer les ordures des autres en se présentant à condamnation comme coulpable. Et pourtant S. Luc a couché ceste sentence par manière d'interrogation, afin qu’elle eust plus de séhémence et de poids. Dont nous recueillons qu'il a monstré par rai- sons la nécessité de sa mort. La somme est, que sans raison les disciples se troublent de la mort de Christ, sans laquelle il n’a peu faire l'office de Christ, pource que son immolation estoit le principal poinet de la rédemption, car par ce moyen ils luy ferment la porte, afin qu’il n'entre en son règne : ce qu’il faut diligermment noter. Car puis que c'est oster à Christ son honneur, sil n’est tenu et avoué estre le sacrifice et hostie pour les péchez, sa seule entrée en sa gloire est cest anéantissement, duquel il est sorti Rédempteur, Phil. Il, 7. Mais aujourdhuy on ne fait pas moins de faute en renversant l’ordre tout au contraire de ceux-ci. Car d’un grand nombre de gens qui diront magnifiquement et à plene bouche Christ estre Roy, et exalteront sa majesté divine de titres excellens, à grand’peine s’en trouvera-il de dix l’un qui pense à la grâce qui nous a esté apportée par sa mort.

27 Puis commencant à Moyse et à tous les Prophites. elc. Ce passage monstre comment Christ nous est manifesté par l'Evangile, asçavoir quand a cognoissance d'iceluy est esclaircie par Ja Loy et les Prophètes. Car il n’y eut jamais docteur de l'Evangile plus nayf et propre que le Seigneur, et nous voyons qu'il emprunte de la Loy et des Prophètes la probation et confirmation qe sa doctrine. Si quelqu'un réplique qu'il à Commencé par les petis commencemens, afin que les disciples veinssent petit à petit à

la perfection de l'Evangile, laissans arrière les Prophètes sans S'y arrester plus : aiséement on pourra réfuter ceste resverie : pource qu'il sera dit un peu après ceci, que l’entendement fut ouvert à tous les Apostres : non pas afin qu’ils fussent sçavans sans s’aider de la Loy,

Mais afin qu'ils entendissent les Escri-

tures. Et pourtant afin que Christ nous Soit aujourd’huy manifesté par l’Evangile, il faut que Moyse et les Prophètes vienent en avant, Comme CEUX qui marchent devant pour monsirer le chemin.

De laquelle chose il est bien besoin que les lecteurs soyent advertis, afin qu'ils pe prestent l’aureille à des fantastiques, lesquels supprimans la Loy et les Prophètes, rongnent mal-heureusement de l'Evangile. Voire, comme si Dieu vouloit que ce qu'il a, en quelque aage que ce Soit, tesmoigné de son Fils demeurast inutile, Or de déduire comment il faut appliquer à Christ les passages de la Loy et des Prophètes qui parlent de Juy, cela passeroït la mesure de ce présent œuvre. Il suffira d'entendre en brief que ce n’est pas sans cause que Christ est appelé la fin de la Loy. Car encores qué Moyse le représente plustost obscurément et comme de loin, qu’il ne le pourtrait au vif, si est-ce que voylà un poinct résolu, que s’il ny a en la postérité d'Abraham un Chef eslevé, sous lequel tout le peuple soit assemblé comme les membres en un corps, l’alliance que Dieu a contractée avec les saints Pères, sera anéantie et mise bas. D’avantage, puis que Dieu avoit commandé qu’on dressast le Tabernacle et autres cérémonies suyvant le patron céleste : si la vérité d’icelles n’est trouvée ailleurs, il s’ensuvyra que les sacrifices et toutes les autres observations du Temple ne seront que un jeu d’enfans, et qu'il n’y aura aucun proufit. Mais cest argument est déduit bien au long par l’Apostre en l’'Epistre aux Héb. Chap. IX, 4. Car ayant présupposé ce principe, que les cérémonies visibles de la Loy sont ombres et figures des choses spirituelles, ilmonstre qu'il faut chercher Christ en toute la sacrificature de la Loy, és sacrifices, et en la façon du Sanctuaire. Buccère aussi

74h COMMENTAIRES

en quelque passage devine bien à propos | le chemin n’estoit pas si long, qu’il fust qu’en ceste obscurité de la Loy les Juifs | besoin de s’arrester en quelque logis plus ont euen usage pour l'interprétation de | près. Nous sçavons que tout au plus à l'Escriture, quelque certaine méthode et | ne faut que quatre heures pour faire sept manière d'enseigner, laquelle les Pères | mille pas, encores qu’un homme aille tout leur avoyent baïllée de main en main. | à son aise comme en se pourmenant pour Toutesfois quant à moy, afin que je ne | son plaisir. Et pourtant je ne doute point dise rien qui pe soit bien certain, je me | que Christ ne soit lors venu jusqu’en contente de ceste nayfve et simple façon | Emaüs. Au reste, quant à ce qu'on dede procéder que on trouve communée- | mande, asçavoir-mon s’il convient à cement-en tous les Prophètes, qui ont esté | luy qui est la vérité éternelle de Dieu, fort bons expositeurs de la Loy. Ainsi donc de la Loy on peut tirer Christ, quand nous considérerons que l’alliance laquelle Dieu à faite avec les Pères, estoit fondée sur le Médiateur : que le Sanctuaire par lequel Dieu a rendu tesmoignage de la présence de sa grâce, éstoit consacré par sang : que la’ Loy avec ses promesses estoit confermée et ratifiée par arrousement de sang : qu'il y avoit un Sacrificateur éleu entre tout le peuple, lequel comparust au nom de tous en la présence de Dieu, non pas comme quelqu'un du rang commun des hommes mortels, mais estant revestu des habillemens sacrez : que là on ne proposoit aux hommes aucune espérance de réconciliation avec Dieu, sinon par oblation de sacrifice. Outre plus, la Prophétie est bien expresse et notable de l'éternité du Royaume en la lignée de Juda, Gen.

XLIX, 10. Les Prophètes aussi (comme nous avons touché) ont dépeint le Médiateur beaucoup plus évidemment, lesquels toutesfois en ont prins de Moyse la première cognoissance : pource que autre charge ne leur estoit enjointe, sinon de renouveler la mémoire de Palliance, de monstrer plus clairement le service spirituel de Dieu, de fonder en la personne du Médiateur lespérance de salut, de monstrer aussi plus clairement le moyen de réconciliation. Au reste, pource qu’il avoit pleu à Dieu de différer la plene révélation jusques à l’advénement de son Fils, l'exposition et déclaration n’a point esté superflue,

28 Ainsi approcherent de la bourgade où ils alloyent, ete. I n’y a point

de Dieu n’estoit pas tenu de donner à cognoistre toutes ses délibérations. Toutesfois pource que feintise est une espèce de mensonge, la difficulté n’est pas en-

sieurs tirent cest exemple à une liberté de mentir. Mais je respon que Christ a aussi bien sans mensonge fait semblant de ce quiest yci dit, comme il a fait semblant d’estre un homme incognu qui passe son chemin, car il y à mesme raison en tous les deux. La solution de S. Augustin ‘est un peu plus subtile : car il veut mettre entre les figures, et puis entre les paraboles, ceste façon de feindre et faire” semblant. Quant à moy, il me suffit que comme Christ a pour un temps bandé les yeux de ceux ausquels il parloit, afin qu'il leur semblast estre quelque autre homme commun passant Son chemin, ainsi il a pour un temps monstré la contenance d’un homme qui a délibéré de passer plus avant, sans toutesfois faire semblant de chose qu’il ne voulust de vray mettre en effet, maïs pource qu’il vouloit cacher le moyen de son département. Car personne ne sçauroit nier qu’il ne soit allé plus loin, veu qu’il s’est lors retiré de la compagnie des hommes.

Ainsi par ce semblant il n’a point trompé ses disciples, mais les à tenus quelque peu en suspens, jusques à ce que le temps propre de se manifester fust venu. Par quoy ceux-là appliquent très mal ce passage, qui veulent faire Christ advocat de leurs mensonges : et ne nous est non plus permis à son exemple derien feindre, que d’ensuyvre sa vertu et puissance de raison en ce que aucuns expositeurs | Divine à fermer les yeux de ceux qui devinent yei un autre lieu qu'Emaüs : car | voyent. Et pourtant il n'y a rien plus

1) Second livre à Gonsentius, chap. KUI : et au livre des Questions sur les Evangiles, chap, LI.

d’user de feintise. Je respon que le Fils”

core démeslée, mesmement veu que plu-:

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

seur que de nous arrester à la règle qui en le regardant de leurs yeux corporels.

nous a esté prescrite de parler selon la vérité et simplement : non pas que jamais le Seigneur se soit eslongné de la Loy de son Père, mais pource que sans observer les commandemens à la letre, il a suyvi le vray but de la Loy : quant à nous l’imbécillité de notre sens ha besoin d’un autre bride.

30 Z! print le pain, et rendit gràces, etc. S. Augustin et plusieurs autres avec luy ont estimé que Christ baïlla ce pain, non pas pour viande commune, mais pour signe sacré de son corps. Et de faict on trouvera cela de bonne grâce, de dire que le Seigneur fut finalement recognu au miroir spirituel de la Cène :

car les disciples ne lavoyent point cognu

MATTH, MARC XVI

13 Lesquels estans retournez l’annoncérent aux autres : mais ils ne les creurent point aussi.

A4 Finale-

eux.

31 Adonc leurs yeux furent ouvers, qu’ils le recognurent : mais il s'esvanouil de devant

Mais pource que ceste exposition n’est fondée sur aucune conjecture vray-semblable, j'aime mieux prendre les mots de S. Luc plus simplement, asçavoir que Christ prenant le pain en ses mains, à rendu grâces selon sa coustume. Or il appert qu’il a usé de son formulaire de prier péculier, auquel il sçavoit que les disciples estoyent accoustumez, et qu’ils cognoissoyent privéement : afin qu’estans advertis par ce signe ils resveillassent leurs esprits. Cependant apprenons toutes fois et quantes que nous viendrons à prendre nostre repas, de présenter à Celuy qui est autheur de nostre vie, action de grâces, laquelle nous discerne d’avec les hommes profanes.

LUC XXIV

tellement

32 Lors ils dirent entr'eux, Nostre cœur ne brusloit-il pas dedans nous, quand il parloit à nous en chemin, el nous debian os les Escritures?

33 Et se levans au mesme instant, en Jérusalem, où ils trouvèrent les onze assemblez,

retournerent

mentilse mons-|et ceux qui estoyent avec eux :

tra aux onze,

34 Disans, Le Seigneur est vrayement ressuscité,

estans assis, el\et s’est apparu à Simon.

leur reprocha leur incrédulité et dureté cœur : d'autant

35 Eux aussi récilèrent les choses qui avoyent esté faites en chemin, et comment il avoit esté recognu de\d'eux en rompant le pain.

36 Et comme ils disoyent ces choses, Jésus mesme

qu'ils n'avoyent|se présenta au milieu d'eux, et leur dit, Paix soit

point creu ceux|avec vous.

qui l’avoyent

37 Mais eux troublez et espovantez estimoyent

veu ressuscilé. veoir un esprit.

38 Et il leur dit, Pourquoy estes-vous troublez, et pourquoy montent pensemens en vos cœurs ?

39 Voyez mes mains el mes pieds : car ce suis-je

moy-mesme :

lastez-moy, el voyez: car un esprit

n'ha ne chair nios, comme vous voyez que ÿ ay. 40 Quand il eut dit ces choses, il leur monstra

ses mains et ses pieds.

34 Luc. Adonc leurs yeux furent ou-| façon de visage, pour dire qu’il ait abusé vers. Par ces mots nous sommes ensei- | les yeux des hommes en prenant maintegnez qu'il n’y à eu en Christ aucune mé-| nant une forme, et puis une autre : COmtamorphose ou changement de forme et | me les Poëtes ont feint de leur Protheus :

mais plustost que les yeux de ceux qui le regardoyent se sont mespris, pource qu’ils estoyent couvers : COMME un peu après à s’estesvanouy de devant les yeux de ceux-là mesmes : non pas pource que son corps fust invisible, mais pource que Dieu en retirant sa vertu, a comme rebouché la pointe de leur veue. Au reste, ce n’est pas de merveille si Christ incontinent qu'ils l'ont recognu, s’est soudain esvanouy. Car il n’eust pas esté proufitable qu’ils l’eussent regardé plus long temps, de peur que ils ne le voulussent derechef arrester en ceste vie terrienne, comme de leur nature ils estoyent par trop adonnez à la terre. Ainsi donc il s’est fait veoir à eux, entant qu’il estoit nécessaire pour les asseurer de sa résurreclion. Et par le département soudain il à monstré qu’il vouloit estre cherché autre part qu'au monde, pource que l’accomplissement de la vie nouvelle estoit qu’il montast au ciel.

32 Nostre cœur ne brusloit-il pas dedans nous, etc. La recognoissance que les disciples ont euë de Christ, a fait qu’ils ont apperceu par un vif sentiment la grâce de PEsprit secrète et cachée, laquelle leur avoit esté donnée auparavant.

Car quelquesfois Dieu besongne tellement és siens, que pour un temps ils ne cognoissent point la vertu de l'Esprit, de laquelle toutesfois ils ne sont pas desnuez, ou que pour le moins ils ne la recognoissent pas distinctement, mais seulement la sentent par quelque mouvement secret. Ainsi les disciples avoyent bien auparavant conceu une ardeur, de laquelle il leur souvient maintenant, mais c’estoit sans y penser attentivement.

Maintenant depuis qu’ils ont recognu Christ, adonc ils commencent à considérer sa grâce, laquelle auparavant ils avoyent comme ayallée sans la gouster, et voyent qu’ils ont esté hébétez. Car ils accusent leur nonchalance, comme s'ils disoyent, Comment s’est fait cela, que nous ne l’avons recognu quand il parloit à nous? car puis qu’il entroit jusques dedans nos cœurs, nous devions appercevoir qui c’estoit. Au reste, de ce signe nud ils ne concluent pas simplement que c’estoit Christ, pource que sa parole à es-

té d’efficace à enflamber leurs esprits :

mais pource qu’ils luy attribuent l’honneur qui luy appartient, que quand sa bouche parle, il enflambe anssi les cœurs au dedans par l’ardeur de son Esprit. Il est vray que S. Paul (2 Cor. IIF, 6) se glorifie bien que le ministère de l'Esprit luy à esté donné : et souvent l’Escriture orne de ces titres les Ministres de la parole, qu'ils convertissent les cœurs, üluminent les esprits, renouvellent les hommes à ce qu'ils soyent hosties pures et sainctes : mais lors ce n’est pas pour monstrer ce qu’ils font eux-mesmes de leur propre vertu, mais plustost ce que le Seigneur accomplit par eux. Quant à Christ, c’est à luy seul que tous les deux ensemble convienent : asçavoir de prononcer la voix externe, et d’esmouvoir avec efticace les cœurs à l’obéissance de la foy. Et de faict, il n’y a point de doute qu'il nait lors engravé une singulière marque és cœurs de ces deux hommes, afin que finalement ils s’apperceussent qu’en parlant il les avoit remplis d’une ardeur Divine. Car combien que la parole de Dieu soit tousjours feu, toutesfois lors une vertu et vigueur de feu S’est monstrée en la parole de Christ d’une façon péculière et non accoustumée, afin que ce fust un tesmoignage évident et authentique de sa puissance Divine. Car c’est luy seul qui batize du sainct Esprit et de feu, Mat. IE, 44. Toutesfois qu’il nous souviene que le fruit ordinaire et légitime de la doctrine céleste, quiconque en soit le ministre, est d'allumer le feu de l’Esprit és cœurs des hommes, lequel digère et purge les affections de la chair, ou plustost les brusle et consume, et allume une amour de Dieu vrayement bruslante, et comme*par sa flamme ravisse les hommes entièrement au ciel.

33 El se levans au mesme instant retournérent en Jérusalem, etc. La circonstance du temps et distance des lieux, monstre de combien grand désir ont esté enflambez ces deux hommes, de porter ces nouvelles à leurs compagnons diseiples. Veu qu’ils estoyent entrez au logis le soir desjà commenceant à venir, il est vray-semblable qu'ils ne recognurent le Seigneur que la nuict ne fust jà venue.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

De faire un chemin de trois heures en plene nuict, c’estoit une chose incommode : et toutesfois ils se lèvent à ceste heure-là mesme, et s’en retournent hastivement en Jérusalem. Et à la vérité s'ils

y fussent allez le lendemain seulement,

la tardiveté eust esté suspecte : mais maintenant veu qu’ils ont mieux aimé perdre le repos et dormir de la nuict, que différer à communiquer incontinent leur joye aux Apostres, la hastiveté mesme a servi de confirmation à leur rapport. Au reste, puis que sainet Lue dit qu'ils se levérent uu mesme instant : il est vraysemblable qu'ils veindrent vers les disciples environ la minuict. Mais selon le tesmoignage du mesme sainct Luc, eux aussi lors devisoyent entr’eux. Par cela donc on cognoist leur grande solicitude, ardeur et diligence, d’autant qu’ils ont quasi passé la nuict sans dormir, et n’ont cessé de s’enquérir les uns aux autres, jusqu’à ce que la résurrection de Christ fust plus à plein vérifiée par plusieurs tesmoignages.

34 Disans, le Seigneur est vrayement ressuscité. Par ces mots sainct Luc signifie que ceux qui avoyent apporté aux Apostres une joyeuse nouvelle pour confermer leurs esprits, ont aussi par eux esté advertis d’une autre vision.

Et il n’y a point de doute que ceste confirmation mutuelle n’ait esté la récompense que Dieu leur a rendue de leur saincte diligence. Or en ayant esgard au temps, il est aisé à recueillir que Pierre estant retourné du sépulchre fut en grande perplexité et incertitude, jusques à ce que Christ se fut monstré à luy : et que pourtant le mesme jour qu’il estoit allé veoir le sépulchre, il eut accomplissement de son souhait. De là venoit ce propos de resjouyssance entre les onze, Qu'il ne faloit plus douter, pource que le Seigneur estoit apparu à Simon. Mais il semble que ceci n’accorde point avec les paroles de sainet Marc, qui dit, Que les onze ne creurent point mesme ces deux-ci. Car comment s'est-il peu faire que ceux qui desjà estoyent certains, maintenant rejettent de nouveaux tesmoins, et soyent en bransle et incertitude? Car en disant qu’il est vrayement

ressuscité, ils confessent qu'ils tienent la chose pour toute certaine et résoluë.

Premièrement je di qu’en ce propos général il y a la figure nommée Synecdoche, pource qu’aucuns ont esté quelque peu durs ou moins prompts à croire, et Thomas à esté plus obstiné que tous les autres. D’avantage, facilement nous pouvOns veoir qu’ils en ont esté persuadez à la façon qu'ont accoustumé les gens estonnez, qui ne méditent point la chose en tranquillité. Or nous sçavons que telles gens retombent souvent en diverses doutes. Quoy qu'il en soit, il appert par sainct Luce que la plus grand part d'entr’eux, en cest espovantement et estonnement comme de gens transportez, non-seulement a volontiers receu les nouvelles, mais aussi a bataillé contre sa propre desfiance et incrédulité. Car par ce mot vrayement, is se coupent broche à toute occasion de douter. Et néantmoins nous verrons un peu après que de grande admiration ils sont par deux et trois fois retombez à estre démenez de quelque doute.

36 Jésus mesme se présenta au milieu d'eux, et leur dit, etc. Comme ainsi soit que sainct Jehan récite ceste histoire bien au long, il se trouve divers de S. Luc en quelques circonstances.

Sainct Marc aussi la comprend un peu autrement. Mais quant à sainct Jehan, veu qu’il recueille seulement les choses que sainct Luc avoit omises, il est facile de les accorder tous deux ensemble. Certes quant à la substance du faict il n’y à aucun discord entr’eux, si par aventure quelqu'un ne vouloit débatre du temps.

Car là il est dit que Jésus entra vers eux après que le soir fut venu : et en S. Luc il appert par le fil du texte, qu’il leur apparut bien avant en la nuict, asçavoir après que les disciples estoyent jà retournez d'Emaüs. Mais il me semble qu’il ne faut pas insister précisément sur ce mot de Soir : ains au contraire qu’on peut estendre cela aiséement et proprement jusqu’en la nuict bien avant : et dire que Christ veint vers les Apostres après le soir, eux ayans fermé la porte de la maison, et se tenans cachez au dedans, En somme, sainct Jehan n'entend pas le pre-

mier commencement de la nuict : mais il signifie simplement qu'après que le jour fut passé, et le soleil couché, et mesmes en plene nuiet Christ veint soudainement vers les disciples contre leur attente.

Mais il y a encores une question sur un autre poinct, pource que sainct Marc et S. Luc disent que les onze estoyent assemblez quand Christ s’apparut à eux :

mais sainct Jeban dit que Thomas n’y estoit point lors. Mais il n’est pas inconvénient que pour dire Les Apostres, ce mot d'onze Soit mis : combien qu’il y en eust un absent de la compagnie. Or nous avons dit n’aguères, et aussi la chose le monstre, que sainct Jehan exprime chacun poinct plus distinctement, pource que son intention estoit de réciter les choses que les autres avoyent omises. Au reste, c'est une chose hors de doute, que ce récit de tous les trois est une mesme histoire, veu que sainct Jehan donne à entendre expresséement, que les disciples veirent Christ en Jérusalem deux fois seulement, devant qu’ils allassent en Galiée. Car il dit que pour la troisième fois il s’apparut à eux près la mer de Tibériade. Et auparavant il avoit touché deux visions ou apparitions : asçavoir ceste-ci qui adveint le lendemain de la résurrection, et l’autre qui s’ensuyvit huit jours après : combien que si quelqu'un vouloit entendre de la seconde apparition ce qui est en S. Marc, je n’y voudroye pas fort contredire. Je revien maintenant aux paroles de sainct Luc. Il est vray qu’il n’exprime pas que Christ par sa vertu Divine ouvrit les portes qui estoyent fermées : mais toutesfois il donne à entendre quelque telle chose par le mot de se présenter. Car comment est-ce que de nuict le Seigneur eust peu soudainement se présenter au milieu d'eux, s’il ne fust entré miraculeusement ? Tous les deux mettent une mesme formule de salutation, Paix soit avec vous : par laquelle les Hébrieux signifient qu'ils souhaitent prospérité et félicité à ceux ausquels ils parlent.

37 Mais eux troublez et espovantez estimcyent veoir un esprit. Sainct Jehan ne fait point mention de cest espovantement : mais veu qu’il dit comme sainct Luc, que Christ monstra ses mains et son

costé aux disciples, on peut bien présumer qu’il à omis quelque circonstance.

Et ce n’est pas une chose nouvelle aux Evangélistes, quand ils s’estudient à briefveté, de toucher seulement une partie du faict. Au reste, nous Voyons par ce que dit sainet Luc, qu’estans estonnez de veoir un spectacle si nouveau et estrange, ils n’ont pas osé se fier à leurs yeux. Un peu devant ils avoyent arresté que le Seigneur estoit ressuscité, et en avoyent parlé asseuréement comme d’une chose à eux bien notoire : maintenant quand ils le voyent de leurs propres yeux, lPesbahissement leur oste le sens, tellement qu'ils imaginent veoir un esprit. Au reste, combien que cest erreur qui est procédé de leur infirmité n’a pas esté sans vice, toutesfois ils ne s’estoyent pas tant oubliez qu’ils eussent peur des illusions d’esprits : mais combien qu'ils ne pensent pas que ce soit quelque fantosme pour les abuser, toutesfois ils enclinent plus en ceste partie, de penser que c’est une image de la résurrection qui leur est proposée en vision par l'Esprit, que de croire que Christ luy-mesme fust là présent en vie, lequel n’aguères estoit mort en la croix. Ainsi donc, ils ne souspeçonnoyent pas que ce fust une vision de tromperie, et quelque vaine illusion : mais : estans saisis de frayeur, ils pensoyent seulement veoir en esprit, ce qui se présentoit à la vérité devant leurs yeux.

38 Pourquoy estes-vous troublez, et pourquoy montent pensemens, etc. Par ces paroles ils sont admonestez de reprendre leurs esprits, et de cest espovantement revenir à eux-mesmes : afin que leurs sens estans retournez en leur vigueur, ils jugent comme il faut de la

chose qui leur est notoire. Car ceperdant

que les hommes sont saisis de quelque perturbation, ils sont aveugles en plene clarté. Afin donc que les disciples concoyvent une cognoissance certaine et asseurée, ils sont advertis de considérer la chose d’un esprit paisible et tranquille.

Au second membre Christ corrige un autre vice, asçavoir qu'ils s’empeschent eux-mesmes en pensant maintenant d’une sorte, et puis d'autre. [| dit que pensemens montent, signifiant que la COgnois-

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

sance de la vérité est estouffée en eux, tellement qu’en voyant ils ne voyent point:

pource qu’ils ne répriment pas leurs imaginations perverses, mais plustost leur laschans la bride, ils les laissent gaigner le dessus. Et de faict, nous expérimen- {ons par trop cela estre vray : que comme les brouillars, quand le temps est clair le matin, s’eslevans en haut obscurcissent la claire lumière du soleil : ainsi quand nous laissons eslever par trop nos raisons contre la parole de Dieu, que ce qui auparavant nous estoit clair et évi.

dent commence à s’eslongner denos yeux.

Il est vray que quand quelque apparence d’absurdité se présente, nous-nous pouvons bien enquérir en poisant jes raisons d’un costé et dautre : et il ne se peut faire autrement que les choses estans douteuses, nos esprits ne soyent démenez d'un costé et d'autre. Mais il y faut tenir mesure et sobriété, de peur que la chair s’eslève plus haut qu'il ne faut, et jette bien loin ses pensées contre le ciel.

39 l'oyez mes mains et mes pieds:

car ce suis-je moy-mesme. 1 prend

pour tesmoins leurs sens corporels, afin qu'il ne leur semble qu’en lieu du corps ce soit une ombre ce qui se présente à eux. Et premièrement il met différence entre l’homme corporel et un esprit :

comme sil disoit, La veué et l’attouchement prouveront suflisamment que je suis vray homme, celuy qui ay par ci-devant conversé avec vous: veu que je Suis revestu de ceste mesme chair qui a esté crucifiée, et qui en porte encore les marques. Au reste, puis que Christ prononce que son corps peut estre touché, et ha des os, et allègue ces marques pour le discerner d’avec un esprit, ce passage a esté amené bien à propos et selon la vérité par nos compagnons, pour réfuter ce lourd erreur de la transsubstantiation du pain au corps, ou de la présence locale du corps, lesquelles des gens mal-avisez et opiuiastres imaginent en la saincte Cène.

Car ils veulent faire à croire que le corps de Christ est en un lieu où on n’apperçoit aucune marque de corps : et par ce moyen il s’ensuyvra que le corps de Christ a changé sa nature, et a laissé d’estre ce qu'il estoit, et dont Christ mesme prouve

que C’est un vray corps. Si à cela ils répliquent, que lors son costé estoit percé, ses pieds aussi et ses mains percées des playes des clous: mais que maintenant Christ est au ciel entier et sans blessure aucune : il est fort aisé de rembarrer une telle cavillation. Car il n’est pas question seulement en quelle forme c’est que Christ est apparu, mais que c’est qu’il déclare et prononce de la vraye nature de sa chair.

Or il luy attribue cela comme propre, qu’on la peut toucher et manier, tellement qu'elle diffère de un esprit. Il est douc nécessaire qu’encores aujourd'huy ceste différence de la chair d’avec l'esprit demeure, laquelle on peut conclure par les paroles de Christ, estre perpétuelle.

Quant aux playes et pertuis, voylà qu’il nous faut entendre, que c’est un tesmoignage par lequel il nous a esté monstré à tous évidemment, que Christ est ressuscité plus pour nous que pour soy, veu qu'ayant obtenu victoire sur la mort, et estant revestu de l’immortalité bien-heureuse et céleste, toutesfois pour le regard et proufit des siens il a voulu encore pour quelque temps porter quelques marques de sa croix. Certes en cela il s’est accommodé à ses disciples d’une merveilieuse douceur et bonté, quand il a mieux aimé que quelque chose luy défaillist de la gloire parfaite de la résurrection, que non pas que leur foy fust desprouveuë d’une telle aide et appuy. Cependant ça esté une sotte resverie et songe de vieilles, d'imaginer que Christ aura encores les playes et pertuis en son Corps, quand il viendra juger le monde.

4% Marc. Finalement il se monstra aux onze estans assis. Le mot Grec sionifie quelque fois Estre assis à table, comme aussi les autres le ont yci tourné :

d'autres fois il se prend simplement pour estre assis: et voylà comme je pense qu'il le faut entendre en ce passage, et non sans cause : si toutesfois nous tenons pour certain que c’est la première apparition, celle que descrit yci S. Marc.

Car c’estoit une heure indeuë de souper environ la minuict. D’avantage, si la nappe eust esté mise, il n’y auroit point d'apparence à ce que S. Luc dira un peu après, que Christ leur demanda s'ils wa-

voyent point quelque chose à manger. Au reste, C’est une manière de parler prinse des Hébrieux, Estre assis, pour se reposer et estre de loisir en quelque lieu.

Quant à la répréhension et reproche qui s'ensuit, elle convient mieux à la première apparition qu'à la seconde. Car comme ainsi soit (selon que dit S. Jehan) que les disciples se soyent resjouis ayans veu le Seigneur le lendemain de Pasque, leur incrédulité fut lors réprinse. Touchant ce qu'aucuns restraignent ces paroles de S. Marc à Thomas seul, l’exposition me semble estre contrainte. Et pourtant jaime mieux les exposer simplement, Que Christ, quand premièrement il apparut aux Apostres, leur reprocha qu'ils n’avoyent point creu ceux qui après l’avoir veu, leur avoyent apporté les nouvelles, et rendu tesmoignage de sa résurrection. Combien qu'en cela il ne blasme pas la dureté de leur cœur, seulement de ce que is n’ont point adjousté foy aux personnes: mais pource qu’estans COnvaincus par l'événement de la chose, ne pour cela ils ne se sont arrestez au tesmoignage du Seigneur. Veu donc que

MATTH. MARC

Pierre et Marie, Cléopas et son compagnon n’estoyent pas premiers tesmoins de Ja résurrection, mais seulement souscrivoyent aux paroles de Christ, il s’ensuit que les autres Apostres ont fait injure au Seigneur, de n’adjouster foy à ses paroles, qui toutesfois estoyent desjà approuvées par l’effet et issue qui s’en estoit ensuyvie, Parquoy à bon droict leur est reprochée la dureté de cœur, pource qu’outre la tardiveté il y à eu une obstination mauvaise, Comme si de propos délibéré ils se fussent efforcez de cacher une chose laquelle tout évidemment apparoissoit estre vraye : non pas que leur intention fust d’esteindre Ja gloire de leur Maistre, ou l’arguer de mensonge: mais pource qu'ils estoyent enveloppez d’une stupidité, qui empeschoit qu’ils ne se rendissent dociles. En somme, ce qui est yci blasmé en eux, ce n’est pas une oOpiniastreté volontaire, (comme aussi il a esté dit ci-devant) mais une nonchalance aveugle, laquelle aucunesfois endurcit des gens, qui autrement ne sont ne meschans ne rebelles.

LUC XXIV

Al Mais comme encore de joye ils ne croyoyent

point et s’'esmerveilloyent, il leur dit, Avez-vous yci

quelque chose à manger ?

42 Et ils luy présentèrent une pièce de poisson rosti, et d’un rayon de miel.

43 Et l'ayant prins, il mangea devant eux.

44 Et leur dit, Ce sont-ci les paroles que je vous disoye quand j estoye encore avec vous, qu'il estoit nécessaire que toutes les choses qui sont escrites de moy en la Loy de Moyse, et és Prophètes et Pseaumes fussent accomplies. >, MN

45 Lors il ouvrit leur entendement pour entendre les Escritures.

46 Et leur dit, Il est ainsi escrit, et ainsi faloit que le Christ souffrist, et ressuscitast des morts au troisième jour :

47 Et qu'on presche en son nom repentance et rémission des péchez en toutes nations, en commencant depuis Jérusalem.

48 Or vous estes tesmoins de ces choses : et voyci,

(j'envoyeray la promesse de mon Père sur vous".

1) Act. I, k. Jean, XV, 26.

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

49 Vous doncques demeurez en la ville de Jéru-

salem, jusqu à tant que soyez vestus de vertu d’en-

haut.

41 Mais comme encore de joye ils ne croÿoyent point, et s'esmerveilloyent, elc.Ce passage aussi monstre qu’ils n’ont pas esté incrédules de propos délibéré, comme ceux qui prenent ce but de ne croire point: mais Comme ainsi fust que leur volonté les menast à croire affectueusement, que toutesfois ils ont esté enserrez d’une impétuosité de leur affection, en sorte qu'ils ne pouvoyent s’arrester et contenter. Car certes la joye de laquelle parle S. Luc, ne procédoit que de la foy: et toutesfois elle à empesché que leur foy ne veinst à gaigner le dessus, et estre victorieuse. Notons donc combien nous devons avoir suspecté l’impétuosité de nos affections, laquelle jà soit que elle viene de bons commencemens, nous transporte toutesfois hors du droit Chemin. Nous sommes aussi en ceci admonestez combien il nous faut prendre garde de près à combatre contre les empeschemens de la foy, veu que la joye que les Apostres ont conceuê de Ia présence de Christ, leur à esté cause d’incrédulité. Au contraire, nous voyons combien doucement et familièrement Christ supporte l’infirmité des siens, veu qu’il ne refuse de les appuyer et fortifier par un nouveau moyen, les voyant esbranlez. Et de faict, combien qu’estant parvenu à la nouveauté de la vie céleste il n’ait besoin de boire ne de manger non plus que les Anges, toutesfois il se démet et abbaisse volontairement à la façon commune des hommes mortels. Durant tout le cours de sa vie il s’estoit assujeti à la nécessité de boire et de manger :

maintenant estant délivré de ceste nécessité, il use de viande, afin d'imprimer fermement en l’entendement des disciples la certitude de sa résurrection. Ainsi nous voyons comment il a tousjours voulu estre nostre, mettant arrière la considéra- tion de sa personne. Voylà la vraye et saincte méditation de ceste histoire, en laquelle les fidèles pourront S’arrester avec proufit, laissans ces questions curieuses : asçavoir, Si ceste viande corrup-

tible à esté digérée: quelle nourriture en a tiré le corps de Christ immortel: en après, que sont devenus les excrémens.

Voire comme s’il n’estoit pas bien en la puissance de celuy qui fait toutes choses de rien, de réduire à néant un peu de viande, quand bon luy semble. Comme donc Christ à vrayement mangé du poisson et du rayon de miel, pour monstrer qu'il estoit homme : ainsi il n’y a point dedouteque par sa vertu Divine il n’ait fait venir à rien ce qui n’estoit point besoin qu'il fust converti en nourriture. Ainsi je ne doute point qu’en la table d'Abraham les Anges n’ayent vrayement beu et mangé, comme aussi ils estoyent revestus de vrais corps : toutesfois je n’accorde pas pourtant que la viande et le bruvage les ait réfectionnez, comme l’infirmité de la chair ha besoin de telles aides pour s’entretenir. Mais d'autant que pour le regard d’Abraham ils avoyent esté revestus de forme humaine, le Seigneur aussi a fait en faveur de son serviteur, que ces hostes et visitateurs célestes mangeassent devant son tabernacle ou logis. Or si nous confessons que les corps qu’ils avoyent pris pour un temps, furent réduits à néant après qu'ils eurent accompli leur ambassade : qui niera qu’il n’en soit autant advenu quant aux viandes ?

44 Ce sont-ci les paroles que je vous disoye quand j'estoye, etc. Combien que puis après il apperra de S. Matthieu et S. Marc qu’un semblable propos fut tenu en Galilée : toutesfois je trouve vray-semblable que sainet Luc récite maintenant ce qui adveint le lendemain de la résurrection. Car ce que sainct Jeban dit qu’il soufila en eux pour leur donner le sainct Esprit, convient avec les paroles de sainct Luc qui s’ensuyvront tantost, Qu'il leur ouvrit l'entendement,pour entendre les Fscritures.

Or par ces mots Christ leur reproche obliquement une lourde et nonchalante oubliance, qu’ayans dès long temps esté advertis familièrement de sa résurrection à-venir, ils estoyent aussi nouveaux ei

esbahis comme si jamais on ne leur en eust parlé. Car ces mots emportent autant comme s’il disoit, Que songez-vous tant, comme si c’estoit une chose nouvelle, et à laquelle jamais il n’eust esté pensé, laquelle toutesfois je vous ay souvent prédite ? Que ne réduisez-vous plustost en mémoire mes paroles? Car jusques à présent vous m'avez estimé véritable, cela vous devoit estre tout notoire par ma doctrine devant qu’il adveinst. En somme Christ se complaind tacitement qu’il a perdu sa peine après les Apostres, veu qu'ils ont mis en oubli sa doctrine. Il picque aussi leur tardiveté plus asprement, en disant qu’il n’a rien mis en avant de nouveau, mais leur a seulement réduit en mémoire les choses tesmoignées par la Loy et les Prophètes, desquelles ils devoyent estre abruvez dés leur enfance. Et encore quand ils eussent esté ignorans de toute la doctrine de piété, il n’y avoit toutesfois rien tant absurde, que de ne recevoir pas promptement ce qu'ils sçavoyent certainement estre procédé de Dieu. Car c’estoit une maxime bien résolue entre tout le peuple, qu'il n’y avoit autre religion que celle qui estoit contenue en la Loy et és Prophètes. Au reste, il y a yci une division de l’'Escriture plus ample qu'aux autres lieux. Car outre la Loy et les Prophètes, les Pseaumes sont adjoustez pour le troisième membre : lesquels, combien qu’à bon droict on les pourroit conter entre les Prophéties, ont toutesfois quelque chose de particulier et séparé.

Cependant la division contenant deux membres, laquelle nous avons veue ailleurs, ne laisse pas de comprendre toute l'Escriture.

A5 Lors il ouvrit leur entendement pour entendre les Escritures. Pource qu'auparavant Christ ayant entièrement fait oflice de Docteur, n’avoit rien où bien peu avancé envers ses disciples :

il commence maintenant à les enseigner au dedans par son Esprit. Car pour néant les paroles sont jettées en l'air, jusqu’à ce que les esprits soyent illuminez du don d'intelligence. Il est bien vray que la parole de Dieu est une lumière ardente, mais elle luit en ténèbres et entre les

aveugles, jusqu’à ce que la lumière intérieure soit donnée de par le Seigneur, duquel c’est le propre office d'illuminer les aveugles, Ps. CXLVI, 8. Et par cela il appert combien est grande la corruption de nostre nature, veu que la lumière de vie qui nous est présentée és oracles célestes et saincts escrits, ne fait rien envers nous. Or maintenant si nous ne pouvons comprendre de nostre entendement, et cognoistre que c’est qui est droit, comment est-ce que nostre volonté seroit suffisante pour y rendre obéissance? Il faut donc confesser que nous sommes en toutes sortes défailians et despourveus, tellement que la doctrine céleste ne nous est utile, et n’ha efficace aucuné, envers nous, sinon entant que V'Esprit duit et façonne nos entendemens pour l’entendre, et nos cœurs pour se ranger sous le joug d’icelle. EL pourtant, afin que nous soyons disciples capables d’icelle, il est nécessaire que despouillans toute confiance de nostre esprit, nous demandions lumière d’enhaut : et que laissans ceste folle opinion de libéral arbitre, nous-nous laissions conduire et gouverner à Dieu. Et de faict, ce n’est pas sans cause que S. Paul veut que les hommes soyent faits S, afin qu’ils soyent sages envers Dieu, 4 Cor. IE, 48.

Car il n’y a obscurité si dangereuse pour estouffer la lumière de PEsprit, que de se confier en la subtilité de son sens.

Outre ces choses nous devons aussi noter que les yeux de l’entendement n’ont pas esté ouverts aux disciples, afin que par iceux ils comprinssent les mystères de Dieu sans autre aide : mais selon qu'ils sont contenus és Escritures. Et ainsi a esté accompli ce qui-est dit au Pseaume CXIX, 18, Ilumine mes yeux, afin que je considère les merveilles de ta:

Loy. Car Dieu ne donne pas aux siens l'Esprit, afin d’abolir l'usage de la Parole, mais plustost afin qu’elle leur soit utile et proufitable. Parquoy on peut bien conclure qu’il n’y a nulle raison en ces fantastiques, qui sous couleur de révélations se donnent congé de .mespriser PEscriture. Car ce que nous lisons maintenant des Apostres, Dieu en fait autant journellement en tous les siens, + :

asçavoir qu’il les adresse par son Esprit à entendre lEscriture, et non pas les transporte en des resveries esgarées et estourdissemens d'esprit. Mais on pourroit demander pourquoy c’est que Christ a mieux aimé perdre sa peine à les enseigner trois ans entiers, que de leur ouvrir l’entendement dés le premier jour.

Je respon, combien que le fruit de sa peine ne se soit pas monstré si tost, qu'elle n’a pas toutesfois esté inutile, pource que quand la nouvelle lumière leur à esté donnée, ils ont aussi apperceu le proufit mesme du temps précédent. Car j’enten que leurs entendemens ont esté ouvert, non-seulement afin que pour l’advenir ils fussent dociles, quand quelque poinet leur seroit proposé, mais aussi afin qu'avec fruit ils réduisissent en mémoire Ja doctrine qu’ils avoyent auparavant ouye, sans y proufiter.

D’avantage sçachons que l'ignorance de ces trois ans à bien servi pour leur faire entendre qu'ils n’avoyent receu ceste nouvelle vivacité et ouverture d’esprit d’ailleurs que de la lumière céleste.

Joint qu’en ceci Christ a monstré un tesmoignage infaillible de sa Divinité :

pource qu’il n’a pas esté seulement ministre de la voix externe qui retentit aux aureilles, mais par une vertu occulte il a traversé dedans les entendemens : et ainsi il a monstré qu’à luy seul appartient ce que S. Paul oste aux Docteurs de l'Eglise, 4 Cor. IE, 7. Toutesfois il faut poter que les Apostres n'ont pas tellement esté vuides et despourveus de la lumière d'intelligence, qu’ils n’entendissent quelques petis principes et maximes générales. Mais pource que cela n’estoit qu'un goust léger, on prend le commencement de leur vraye intelligence, alors que le voile estant osté ils ont contemplé et veu clairement Christ en la Loy et és Prophètes.

46 Et leur dit, Il est ainsi escrit, et ainsi faloit, etc. Par la suite de ce texte est réfutée la calomnie de ceux qui allèguent que la doctrine externe seroit superflue, si nous n'avions naturellement quelque faculté et puissance pour l’entendre. À quel propos (disent-ils) le Seigneur parleroit-il à des sourds? Mais

nous voyons que quand l'Esprit de Christ, qui est le Maistre intérieur, fait son office, la peine du ministre qui parle n’est pas vaine. Car Christ après avoir donné aux siens l'Esprit d'intelligence, leur déduit les Escritures avec fruit.

Quant aux réprouvez, combien qu’envers eux la voix externe s’esvanouisse comme morte, néantmoins elle sert pour les rendre inexcusables. Touchant ces paroles de Christ, elles sont prinses de ce principe. Qu'il faut nécessairement que tout Ce qui est escrit soit accompli :

pource que Dieu n’a rien prononcé par ses Prophètes, sinon ce qu’il avoit arresté de faire pour tout certain. Mais par les mesmes mots nous sommes advertis que c’est qu’il nous faut principalement apprendre de la Loy et des Prophètes :

asçavoir veu que Christ est le but et l’âme de la Loy, que toute la cognoissance qui est sans luy et hors de luy est maigre, et que ce west que vent.

Parquoy quiconque voudra bien proufiter en l’Escriture, qu’il ait tousjours ce but devant les yeux. Or Christ met en premier lieu sa mort et résurrection : en après le fruit qui nous revient de toutes les deux. Car d’où vient la repentance et rémission des péchez, sinon d’autant que nostre vieil homme a esté crucifié avec Christ, afin que par la grâce d’iceluymesme nous ressuscitions en nouveauté de vie? autant aussi que par le sacrifice de sa mort nos péchez ont esté purgez et abolis, et par son sang nos ordures nettoyées, et par sa résurrection justice nous a esté acquise? Il enseigne done qu'en sa mort et résurrection il convient chercher la cause et matière de nostre salut : pource que de là procède nostre réconciliation avec Dieu, et régénération en la vie nouvelle et spirituelle.

Et pourtant il est notamment et expresséement dit, que tant la rémission des péchez que la repentance ne peuvent estre preschées qu’en son nom : pource que d’un costé il ne nous faut point attendre imputation de justice : et de l'autre le renoncement de nous-mesmes et la nouveauté de vie ne nous vient, sinon d’autant qu’il nous a esté fait justice et sanctification, 4 Cor. I, 30. Mais

pource qu'ailleurs nous ayons traitté bien au long de ceste somme de l’Evangile, il vaut mieux que les Lecteurs prenent là ce dont il ne leur souviendra pas, que de les charger de redites.

k7 En toutes nations, en commencant depuis Jérusalem. Or maintenant Ch ist descouvre finalement bien à clair ce qu'il avoit tenu secret auparavant, asçavoir que la grâce de la rédemption par luy apportée s’estendoit à toutes nations en commun. Car combien que les Prophètes eussent par plusieurs fois prédit la vocation des Gentils : {toutesfois elle n’estoit point tellement descouverte, que les juits peussent les recevoir volontiers avec eux à l'espérance de salut.

Aïnsi donc on pa estimé Christ jusqu’à sa résurrection, Rédempteur que du seul peuple éleu. Et lors premièrement a esté rompue la paroy, afin que ceux qui auparavant estoyent estrangers et dispersez, fussent rassemblez en la bergerie du Seigneur, Eph. IL, 44. Penéhdanie toutesfois afin qu'il ne semblast que l'alliance de Dieu fust vaine, Christ a mis les Juifs au premier degré, commandant de commencer en Jérusalem. Car pource que Dieu avoit spécialement adopté la postérité d'Abraham, c’estoit raison qu'ils fussent préférez au reste du monde. Et c’est-là le droict de premier-nay que Jérémie leur attribue, au chap. XXXIH, 9.

S. Paul aussi observe songneusément par tout cest ordre, que Christ estant venu, à annoncé à Ceux qui éstoyent près : ét puis aux estrangers qui estoyent loin, Epb. ÎE, 47.

48 Or vous eèles lesmoins, de ces choses. ï ne les envoye pas encore publier LEAnRe, mais il les advertit Seuafin qu'i ils S’ Y Déarent de bonne héure.

Or il leur propose ceci en partie comme consolation pour adoucir leur tristesse,

de publier à tout le monde l’ambassade du salut éternel. Par ce moyen nonseulement il les remet en leur entier :

mais par la grandeur d’une nouvelle grace, il abolit du tout la mémoire de leur lasche tour : quant et quant toutesfois (comme j'ay dit) il les picque et aiguillonne, afin qu’ils ne soyent plus si 186 hes et tardifs à la foy, de laquelle ils sont ordonnez annonciateurs. Æt voyci,

J'envoyeray la promesse de mon Père,

Afin que les Apostres ne S’estonnént et descouragent à cause de leur imbécillité,

il les convie à l’espérance d’uné grâce nouvelle et extraordinaire qu’ils recevront : comme S'il disoi, Combien que vous-vous sentiez insuffisans à une si grande charge, il ne faut point toutesfois que vous perdiez courage : car je vous fourniray d’enhaut la vertu, laquelle je Sçay que vous n'avez point. Et pour mieux les confermer en ceste asseurance,

il dit que son Père a promis le. sainct Esprit. Car afin qu'ils s’apprestassent alaigrement à l'œuvre, desjà Dieu les avoit accouragez par sa promesse, pour remédier à leur désfiance. Maintenant Christ se met au lieu d ère, et prend en sa charge d'accomplir romesée : en quoy derechel il s ‘attribue une puissance Divine. Çar de reyestir de vertu céleste les hommes infirmes, celà est une arfie de céste gloire, laquelle Dieu proteste avec serment qu’il ne donnera point à autre. Si donc elle convient à Christ, il s’ensuif qu il est le Dieu qüi à jadis parlé par là bouche du Prophète. Au reste, combien qu’il soit yray que Dieu avoit promis aux Apostres une grâcé spéciale, et que Chris leur. à donnée :

toutesfois il faut entendre en général,

qu'entre tous les hommes, il ne s'en trouvera pas un seul qui de cOy-mesme soit propre à prescher l'Evangile, sinof entant que Dieu les revestant de son

en partie comme un aiguillon pour cor-| Esprit, remédie à leur nudité et povreté.

riger leur nonchalance. “ ne sé pouvoit faire qu'ils ne fussent bien abatus, ét perdissent courage, pensans à la faute qu'ils avoyent faite dé fraische mémoire,

abandonnans leur Maistre. Et maintenant Christ. contre toute e re les appelle | à un honneur inéroya le, leur onjoï gant |

Et de faict, comme S. Paul (2 Cor. ÏL, 16) ne parle pas seulement dès Apostres, quand il s’escrie, Et qui est celu qui |séra trouvé suffisant à telles choses?

mais prononce qu'entre tous les hommes il n’y en à pas un suffisant à une tel lle charge : ainsi il faut nécessairement que

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE. 195

tous ceux que Dieu suscite ministres de l'Evangile, soyent douez de l'Esprit CÉleste. Et pourtant en tous les passages de PEscriture il est promis sans exception à tous Docteurs de l'Eglise.

49 Vous doncques demeurez en la ville de Jérusalem, jusqu'à, etc. Afin qu ils ne s’ayancent et ingèrent témérairement à enseigner avant qu'il en soit temps, Christ leur commande silence et repos, jusqu’à ce que les envoyant quand bon luy semblera, il se serve d’eux ainsi qu il faut. Et ça esté une bonne espreuve de leur obéissance, qu'ayans receu l'intelligence de l'Escriture, et estans illuminez de la grâce de l'Esprit, toutesfois pource que le Seigneur leur a défendu de parler, ils se Tienent quois, et se aise it comme gens muets. Car nous SÇavons comment les gens qui pensent acquérir louange en parlant, et estre en admiration envers les Anders sont bien aises de venir en pub] . Peut-être aussi ue par ce délay Christ a. voulu punir eur paresse, pource qu’ils n’es-

MATTH. XXVIII

16 Hrerse disciples s’en allèrent en Galilée, en la monta-

toyent pas incontinent allez en Galilée le mesme jour, selon son commandement.

Quoy qu’il en soit, nous sommes enseignez par leur exemple de ne rien entreprendre sinon que le Seigneur nous y appelle. Et pourtant, qu’un chacun, en core qi'il y ait quelque dextérité d’énseigner publiquement, se tiene coy et en silence, jusqu'à ce que le Seigneur le prene comme par la main pour l'amenér en public. Au reste, quand. il leur est commandé de demeurer en Jérusalem, il faut entendre cela, après qu'ils seront retournez de Galilée. Car comme nous verrons tantost en $S. Matthieu, combien que Christ se soit monstré à eux en Jérusalem, il n’a point toutesfois changé ce qu'auparavant il avoit déterminé de faire en Galilée. Ainsi done le sens de ces mots est, qu'après qu'il leur aura donné mandemens au lieu assigné, il veut toutesfois qu'ils demeurent encore pour quelque temps en silence, jusqu’à ce qu’il les remplisse de nouvelle force et vertu.

MARC XVI. LUC

15 Et leur dit, Allez par tout le monde, et preschez

gne, où Jésus leur avoit ordonné.

17 Et quand ils le veirent, ils l’adorérent, et aucuns doutèrent.

A8 Et Jésus s’approchant, parla à eux, disant, Toute puissance mest donnée au ciel et en la terre.

19 Allez donc et endoctrinez toutes gens, les baptizans au nom, du Père et du Fils et du sainct Es, prit.

20 Et les enscignans de garder tout ce que je vous ay commandé : et voyci, je suis avec vous tousjours jusqu'à la fin du monde.

l'Evangile à toute créature.

16 Qui croira, et sera baplizé, sera sauvé : mais qui ne croira point, sera condamné.

17 Et ces signes suyvront CeUX qui auront creu, par mon nom ls jetteront hors les diables : ils parleront nouveaux langages :

18 Ils chasseront les serpens : et s'ils boyvent quelque chose mortelle, elle ne leur nuira nullement : üls mettront les mains sur les malades, et seront quaris.

16 Matth. Mais les onze disciples s'en allérent en Galilée, en la, etc. S. Matthieu laissant les choses que nous avons amenées des autres trois, dit seulement en quel lieu les onze disciples ont esté ordonnez à l'office d’Apostre. Car cmmoe il a desjà esté veu souvent, leur inten-

tion n’a pas esté de comprendre toutes les parties de l’histoire, pqurce qu'il a semblé au S. Esprit, qui conduisoit leur style, que c’estoit assez de comprendre un sommaire tel que nous voyons, en conjoignant les tesmoignages des quatre Evangélistes. Sainct Matthieu donc à

choisi ce qui nous attouchoit le plus, asçavoir que quand Cbrist apparut aux disciples, il les ordonna quant et quant Apostres, pour porter l'ambassade de vie éternelle de tous les costez du monde.

Au reste, combien qu'il nait point ailleurs esté fait mention de la montagne :

toutesfois nous recueillons d’yci que Christ enseigna nomméement ce lieu-là à Marie. Cependant c’est merveille comment aucuns doutèrent, ayans desjà veu Christ par deux fois. Si on vouloit rapporter ceci à Ja première manifestation, il n’y auroit point d’absurdité, pource qu'aucunesfois les Evangélistes meslent des choses diverses l’une parmi l’autre.

Mais sans cela encores ne faut-il point trouver estrange, s’il y a encores eu en aucuns quelque résidu d’espoyantement qui leur ait derechef donné nouvelle occasion de doute. Car nous sçavons, toutes fois et quantes que Christ est apparu, qu’ils ont esté saisis de crainte et frayeur, jusqu’à ce qu’ayans repris leurs esprits, ils fussent accoustumez à sa présence. Ainsi donc le sens est, selon mon jugement, qu'aucuns du commencement ont douté, jusqu’à ce que Christ approchast d'eux plus près et familièrement :

mais qu'après l'avoir Cognu pour vray et bien certainement, lors ils l’'adorèrent :

asçavoir pource que la clarté de sa gloire Divine estoit évidente. Et peut-estre que la mesme raison ies à soudain fait douter, laquelle puis après les à induits à l'adorer : asçavoir pource qu'ayant despouillé la forme de serviteur, il ne monstroit lors rien qui ne sentist sa Majesté céleste.

18 Jésus s’approchani parla à eux, disant, Toute puissance, etc. 1 est certain que ceste approche desveloppa les disciples de tout scrupule et doute. Or S. Matthieu avant que raconter que la charge d'enseigner à esté baïillée aux disciples, dit que Christ commença par une déclaration de sa puissance : et non sans cause, €ar une authorité moyenne et commune ne suffiroit pas vci, mais il faut que cestuy-là ait un Empire souverain, e& une domination vrayement Divine, lequel commande de promettre Ja vie éternelle en son nom, de réduire

tout le monde sous sa seigneurie, de publier une doctrine, qui abatant toute hautesse, humilie {out le genre humain.

Au resie, par ceste préface Christ n’a pas voulu seulement accourager les Apostres à une franche asseurance d'exécuter leur charge, mais a confermé et establi la foy de son Evangile en tous aages- Certes jamais les Apostres ne se fussent résolus à entreprendre une charge si difficile, s'ils n’eussent sceu que leur garent estoit assis au ciel, et qu'à luy estoit donné l’Empire souverain : car sans un tel appuy il leur eust esté impossible de rien avancer. Mais quand ils entendent que celuy auquel ils loent leur service, ha le gouvernement du ciel et de la terre, cela seul les fortitie suftisamment, pour surmonter tous empeschemens qui pourroyent survenir. Quant aux auditeurs, si l'apparence contemptible de ceux qui annoncent l'Evangile, débilite ou retarde leur foy, qu'ils apprenent d’eslever leurs veux en haut au Maistre, duquel toute l’œuvre dépend, par la puissance duquel on doit estimer la majesté de l'Evangile : cela fera qu’ils n’oseront pas le mespriser, parlant par ses Ministres. Nofammentiltse fait Seigneur et Roy {ant du ciel que de la terre : pource qu’en rangeant les hommes sous son obéissance par la prédication de l'Evangile, il dresse en terre le siége magnifique de son Royaume : et en régénérant les siens en une wie nouvelle, et les conviant à l’espérance de salut, il ouvre les cieux, afin d’eslever à lPimmortalité bien-heureuse avec les Anges, ceux qui non-seulement estoyent rampans au monde, mais aussi plongez en l’abysme de mort. Cependant qu’il nous souviene que ce que Christ a tousjours eu envers le Père de droict à luy appartenant, cela luy à esté donné en nostre chair : ou pour dire plus clairement, en la personne du Médiateur. Car il ne magnifie point yci la puissance éternelle qu’il a euë devant la création du monde, mais celle qu’il a receue maintenant , estant ordonné Juge du monde. Et mesme, qui plus est, il faut noter que cest Empire n’a point esté clairement cognu, jusqu'à ce qu'il soit

ressuscité des morts : pource que c’est lors vrayement qu’il est venu au-dessus, et s’est monstré orné des enseignes de Roy souverain. À quoy aussi se rapporte ce passage de S. Paul, Il s’est anéanti soy-mesme : pour laquelle chose Dieu Va souverainement eslevé, et ny à esté donné un Nom qui est Sur tout nom, etc.

Phil. II, 7-9. Au reste, combien qu'ailleurs après son ascension au ciel, il soit dit qu’il est assis à la dextre du Père, comme une chose estant diverse et dernière en ordre : toutesfois pource que sa résurrection, et son ascension au ciel sont choses conjointes et liées ensemble, à bon droict Christ presche maintenant tant magnifiquement de sa puissance.

19 Allez donc, et endoctrinez toutes gens, les baptizans, etc. Combien que sainct Mare ayant raconté que Christ s’apparut aux onze disciples, met incontinent après le commandement de prescher l’Evangile, toutesfois il ne veut pas dire que ces choses ayent esté faites d’un train continuel l’une après l’autre: veu que nous recueillons de la déduction que fait sainet Matthieu, que cela n’adveint point qu'après qu'ils furent sortis en Galilée.

Le sommaire de ceci est, qu’en publiant J'Evangile par tout, ils amènent toutes nations à l’obéissance de la foy : en après, qu'ils seellent et conferment leur doctrine par le signe de l'Evangile. £n sainct Matthieu, il leur est d'entrée simplement commandé d'enseigner, ou endoctriner :

mais en sainct Marc, la sorte de doctrine est exprimée, asçavoir qu'ils preschent l'Evangile. Et un peu après en S. Matthieu mesme est adjoustée une restriction, Qu'ils enseignent de garder tout ce que le Seigneur a commandé. Apprenons de ce passage que l’Apostolat n'est point un simple titre d'honneur, mais une charge de grand labeur et peine: et que pourtant il n’y à rien plus absurde ou moins supportable, de dire que des gens masquez S’attribuent cest honneur, lesquels vivans en Rois tout à leur aise, rejettent d’eux la charge d'enseigner. Le Pape de Rome et toute sa mesgnie allèguent bravement ceste succession pour se couvrir, comme si leur estat avoit quelque chose de commun avec celuy de

Pierre et de ses compagnons: et Cependant ils ne se soucient de la doctrine, non plus qu’eussent fait anciennement les confrères des Lupercales, ou les Prestres de Bacchus et de Vénus. Mais, je vous prie, de quelle contenance osent-ils dire qu’ils sont les successeurs de ceux lesquels ils Oyent avoir esté ordonnez prescheurs et annonciateurs de l'Evangile ? Or combien qu’ils n’ayent point de honte de monstrer leur impudence, toutesfois envers toutes personnes de bon et sain jugement, pour renverser toute leur Hiérarchie, de laquelle ils babillent tant, Ce seul mot sera trouvé plus que suflisant, Asçavoir que personne ne peut estre successeur des Apostres, sinon qu’il serve à Christ en la prédication de l'Evangile. Brief, quiconque ne fait office de Docteur, ment meschamment, en s’attribuant le nom d’Apostre : et mesme ceste est la prestrise ou sacrificature du nouveau Testament, d’immoler les hommes par le glaive spirituel de la Parole en sacrifice à Dieu. Dont s'ensuit que tous ceux qui ne sont attentifs à l'office d'enseigner, sont faux prestres, bastars, et faits à la haste, ou par fantasie, comme on dit. ÆEndoctrinez toutes gens. Yei Christ ostant la différence, fait les Gentils égaux aux Juifs, et receoit les uns et les autres indifféremment à la participation de l'alliance. A quoy aussi doit estre rapporté ce mot D'aller. Car les Prophètes sous la Loy avoyent leurs bornes dedans le pays de Judée : mais maintenant la paroy estant rompue, le Seigneur commande aux Ministres de l'Evangile qu’ils sortent loin, pour espandre la doctrine de salut de tous costez du monde. Car combien que lhonneur d’ainesse (comme nous avons n’aguères touché) pour les premiers commencemens soit demeuré aux Juifs, toutesfois l’héritage de vie à esté commun aux Gentils. Ainsi a esté accomplie ceste Prophétie d’Isaïe, XLIX, 6, avec les autres semblables, que Christ à esté donné pour lumière aux Gentils, afin qu’il soit le salut de Dieu jusques au bout de la terre, C’est ce que sainct Marc entend var doute créature: car après que la paix a esté annoncée aux domestiques, le mesme message est parvenu aussi aux

esträngers, et à ceux qui estoyerit loin.

Or qu’il ait esté bien nécessaire que les Aÿostres fussent clairement et en termes se adveftis de la vocation des Genils, i il appert par ce que mesmé après eh avoir éu le mäñdement, ils n’ont point laissé d’avoir en grand’ horreur d’äller veré eux, Come si en ce faisant ils se füssent souilléz eux-mesmes, et la doctin." Les baptlizans. Christ commande que ceux qui $e seront râhgez à l’'Evangile, et auront fait profession d’estre disciples, Soyent baptizez : eh partie Afin que le Baptesme leur soit Sage de la vie éternelle devant Dieu, en partie aussi un tésmoignage externe de la fOY devant les Hoïimés. Car nous sçavots que Dieu par ce signe nôus tesoigne là grâte de Son adoption: d'autant qu'il nous eñte au corps de son Fils, afin qu’il nous avoue de son troupeau. Et pourtant là nous est représenté tant nostre lavément spirituel, par lequel il nous réconcilie à Sôy, que la justice nouvelle. Mais commé Dieu par ce Seau nouûs confermé sa grâce:

aihsi tous ceux qui se présentent au Baptesmé s’oblisent mutuellement comme par leur prépre seing. Or comme ainsi soit que ceste Charge est expresséement donnée Aux Apostres avéc là prédication de PEvangilé, il s'ensuit qué il n’y a point d’autres légitimes ministres du Baptesme, sion ceux qui aussi Administrent la doctrine. Quand done on à permis à chacun particulier, et mMesmes aux femmes de baptizer : d'autant que celà n’accorde aucuhement avec l'institution dé Christ, ce n’à esté autre chosé qu'une vräye protanation du mystère. D’avantage, quand ycile premier lieu est donné à Ja dottrine : nous avôhs én cela uhe vräye différénce entre Ce sdinct mystère, et les Cérémonies bastardes et profanes dés Geñtils, par lesquelles ils s’enrollent en léurs fausses religions: pource que l’élément terrien he nous est point fait sacrermént, jusques à ce que le Seigner le vivifie par sa Parole. Comme superstition se mét à imiter et contrefaire toutes les œuvres dé Diéu à tort et à travers, les hommes Mal-aviséz forgent à leür plaisir beaucoup de sortes de sacrerens. Mais puis que la Parole, qui est comme l’âme, ny est point

conjointe, Ce he sont que vaines ombres, et sots baditages. Parquoy tenons ceSte

maxitie, que là vertu de là doctrine fait.

que les Signes preneñt ‘uné nouvelle nature: comme le lavemert extérieur de la chair cofimence à estre gage spirituel de régénération, quand là doctriné de V'Evingile va devant. Et & est là vr'Aye cohsécration, aü lieu de laquelle la Papauté nous à idtrodhit des conjurations dé Sôrciers et enchanteurs. Et pourtanten sainct Marc il est dit, Qui croira et Sera baptizé: par lesquels inots non-seulement Christ forclost de l'espérance de salut les hypocrités, qui estans Yuides de foy S’énorgueillissent du signe extérné setlement : mais il conjoint par un lien sacré lé PR avec la doctriné, téllement que le premier n’est autre chose qu'une dépendance Où accessoire de l’autre. Au reste, pource que Christ cothantde d’enseigner avant que bAïtizér, et veut qu'on regoyve au HAbtesihé lés croyäns seulement, il semble que le Baptesmé n’est point administré comme 11 appartient, Si là foy né va devant. Et de faict, SOus couleur de ceci, les AnabaDtistés 6nt mérvéilleusetnert tempesté contre Îé Baptesme dés enfans: toutesféis là Solution West pas difficile, quand on considérera bien la raison et circonstance de ce commandemént. Christ commande qi l'athbassade ‘de Salut étérnel Soit portée à toutes nations. }l la confermé en adjoustant le Seau du Baptesmé. C’éstoit bien raison que la foy en la Parole fust mise devant le Bâpteëme, veu que les Géntils estoyent du tout estrahges de Dieu, et n’avoyent rien de corimtin aveé le sable éleu : car atitrement fa 19 Serolt. sse ét iensongèré, Aquellé Oftiroit témission des échez, ét le don de l'Esprit aux

|icrédules, qui ne séroyent pas encore

iembres de Christ. Mais nous sçavons que par la foy ceux qui auparavant estoyent dispérsez, sont rasséhbléz ét unis au peuple de Dieu. Ï faut maintenant regarder à quelle condition Dieu Amèñe et réceoit à la foy, ceux qui en ont esté auparavant estranges. Certes On ne Sçaroit nier depuis qu’il lès à une füis embrassez en sa faveur, qu'il he la poursuyvé et continue aussi envers leurs

SUR L'HARMONIÉ ÉVANGÉLIQUE.

énfahs, et ehfihs des enfañs. À la vehue de Christ il Sest présenté pour Pèré indifféremment aux Gentils et aux Juifs. 1 Pitt donc nécessairement que cestb pro- | $ niésse qui avoit eslé jadis faite aux Juifs, dit encores aujourd’huy sà force et tente entre les Géntils, Je seray ton Dieu, et Dieu dé tà Semence après toy, Gen.

KVIL, 7. Ainsi ous voyons que ceux qui par là Foy sont entrez eh l'Eglise de Diet, sont avoüez Membres de Christ avec leur lignée, ét appelez ensemble à l'héritage de salut. Cebéndant, en ce faisant on ne sépare point le Baptesine d'avec 14 foy où la düctrine : car jà soit que les énfans eh si bAs âage ne puissent pas encores recevoir la grâcé de Dieu par foy, Dieu toutésfois parlant à leurs pères et ières, les comprend aussi éh son amour quant et quänt. Je di done pour Conclusion, que ce west pôiit témérité d’admtinistrer le Bäptesiné Aux enfans, auquel le Seigneur lé convie, eh promettant qu il sera leur Dieu. 4ù nom du Père. Ce passage monstré qué là plere et claire cognoissance de Dieu. , laquelle n avoitestéronstrée qu ’0bscurément Sous la Loy et les Prophètes, 4 eSté finalement desScouverte sous le règne de Christ. H'ést bien vray die les ail ciens 1’eussent jamais osé nommer Dieu leur Pèré, Sinon qu’ils eussent prins cesté asseürance et häïdiésse de Christ leur chef: aussi la Sagesse de Dieu éternelle, laquelle estoit la “oñtäine de lumière ét de vie, ne leur estoit pas du tout incognue. Semblablement entre les principes ét maäximés qu'ils tenoyent cortaines el arrestées, Ceste-Ci en éstoit une, que Dieu desplo roi Sa vertu par le sailict Esprit.

Mais à la ir é dé l'Evangile, Dieu a Eté" mai festé féoup pl plus clairement Sous les trois personnes. Car lors le Père s’est monstré à l’Œil en la personne du Fils, qui est sa propre et vive image: et Christ jettant ses rayons sur le monde par | là claié splendeur de son Esprit, s’est donhé à Coghüistre, et iceluy aussi, Aû resté, ce mést pas sans cause qu'il est “yci fil expresse mention du Père, du Fils, et du sainct Esprit: d’aûtant qu'il est ii )0$sible d'appréhender autrement là vertu et efficace du Baptesme, sinon qu'oh coinmenté À la miséricorde gra-

tüite du Père, qui nous réconcilie à SOY par son Fils unique : et que puis après Christ vieñe en avant avec le sacrifice de sa mort: et que finalement aussi On Y Cohjoighe le sainct Esprit, par lequel il nous lave et régénère: brief, nous fait participans de tous ses biens. Ainsi donc

| nous voyons que Dieu ne peut point esire

deuement cognu, sinon que nostre Foy CONÇU VE distinctement trois personnes en une essence: et que le fruit et lefficace du Baptesme procède de ce que Dieu le Père nous adopte en son Fils, et nous ayant purgez des ordures de nostre Chair par l’Esprit, nous reforme à justice.

16 Marc. Qui croira et sera baptizé, sera sauvé, éte. Geste promesse à esté adjoustée, pour attraire à la foy tout le genre humain: comme au contraire la Henace d'une damnation horrible s’ensuit, pour donner crainte aux incrédules, ét lés espoyanter. Or ce n’est pas merveille. si le salut est promis aux fidèles, veu qu’en eréyantan Fils unique de Dieu, hoh- seulement ils sont tenus pour enfans de Dieu, mäis recévans le don de justice cratuite, et l'Esprit de régénération, ils Dogsédent là Somme de la vie éternelle.

Le Baptésme est yci conjoint avec la foy de l'Evangile, afiñ que nous sçachions qu’en iceluy est engravée la marque de nostre silut. Car vi ne servoit pour nous testifier la grâce de Dieu, Christ eus parlé inproprement, de dire que ceux qui croiront et seront baptizez, seront Sauvez. Combien qu 7] faut quant et quart entendre qu’il n’est pas telleent requis de nécessité à salut, qu il soit nécessaire que tous ceux-là périssent lesquels ne l’auront point receu: car il n’est pas yCi mis avec la foy, comme à demi cause de salut, mais comme tesmoigrage. Je Confesse bien que ceste nécessité est imposée aux hommes, qu ils se donnent bien garde de mespriser le St gné dé la grace de Dieu: mais combien que Dieu use de telles aides selon que Pinfirmité des Hommes le requiert, toùtesfois | je nie que sa grâce soit là enclosé et limitée. Ainsi nous dirons qu il n’est pas Simplement nécéssaire, mais seulément pourle regard de nôstre obéissance.

Au second membre, où Christ. condamne ceux qui n'auront point creu, il signifie que les rebelles en rejettant le salut qui jeur est présenté, attirent sur eux une plus griefve punition: et lors ne sont pas seulement enveloppez en la perdition commune du genre humain, mais soustienent la coulpe de leur propre ingratitude.

A7 EX ces signes suyvront ceux qui auront creu, etc. Comme le Seigneur, cepenüant qu’il avoit conversé au monde, avoit confermé et seellé par miracles la foy et authorité de son Evangile : ainsi maintenant il estend la mesme vertu au temps à-venir, afin que les disciples ne pensent point qu’elle ait esté attachée à sa présence corporelle : car il estoit bien fort requis que ceste puissance Divine de Christ monstrast sa vigueur entre les fidèles, afin qu’on cognust certainement qu'il estoit ressuscité des morts, à ce que sa doctrine demeurast tousjours en son entier, et que son Nom fust immortel. Or quand il dit que les fidèles auront ce don, il ne faut pas entendre cela d’un chacun d’iceux en particulier : car nous Sçavons que les dons ont esté distribuez diversement, en sorte que la puissance des miracles n’a esté sinôn en quelques-uns.

Mais pource que ce qui estoit donné à quelques-uns, a esté commun à toute l’'Eglise : et les miracles que l’un faisoit, servoyent à la confirmation de tous, à bon droict Christ nomme en général les croyans, Sans rien déterminer de spécial.

Ainsi donc le sens est, que les fidèles seront ministres de la mesme vertu, qui auparavant avoit esté admirable en Christ, afin que luy estant absent, on ne laisse pas d’avoir une très certaine confirmation de l'Evangile : comme en sainct Jehan il promet qu’ils feront les mesmes choses, et de plus grandes. Pour rendre tesmoignage de la gloire et Divinité de Christ, il suflisoit que quelque petit nombre des croyans fussent douez de ceste vertu et puissance. Au reste, combien que Christ n’exprime pas s’il veut que ce don soit pour un temps seulement, ou bien quil réside perpétuellement en l'Eglise : toutesfois il est plus vray-semblable que ce n'est que pour un temps qu'il promet les

miracles, qui soyent pour esclaircir et magnifier l'Evangile, qui estoit lors encore nouveau et obscur. Vray est qu’il se peut faire que le monde ait esté privé de cest honneur et grâce par son ingratitude :

toutesfois je tien pour certain que la propre fin à laquelle les miracles ont esté ordonnez, estoit à ce qu'aucun moyen qui peust servir d'approbation à la doctrine de l'Evangile ne fust omis à ce commencement. Et de faict, nous voyons que l’usage d’iceux à cessé bien tost après, ou pour le moins que les exemples en ont esté si rares, qu’on pouvoit bien appercevoir que l'intention de Dieu n’estoit pas qu’ils fussent également communs à tous aages.

Toutesfois la folle cupidité et curiosité , ou ambition de ceux qui sont venus depuis, a fait qu'ils se sont forgé des miracles à leur fantasie, afin qu’on ne peust dire qu’ils en fussent du tout despourveus. Et par ce moyen la porte a esté ouverte aux tromperies de Satan, non-seulement afin que des illusions veinssent au lieu des vrais miracles, mais aussi afin que sous couleur des miracles les simples fussent destournez de la droite foy. Aussi à la vérité, c’estoit hien raison que les gens curieux , qui ne se contentans point de l'approbation légitime, eussent voulu avoir tous les jours nouveaux miracles, fussent abusez de telles tromperies. Ceste est la raison pour laquelle Christ en un autre lieu a prédit que le règne de l’Antechrist seroit plein de signes mensongers, Matth., XXIV, 24 : et sainct Paul aussi à dit le semblable, 2 Thess., Il, 9. Parquoy, afin que nostre foy soit deuement confermée par les miracles, que nos esprits demeurent arrestez en ceste sobriété que j'ay dite. Dont s’ensuit aussique ©’éSt une calomnie frivole et sans raison, de ceux qui objectent que nostre doctrine est despourveue de miracles. Voire, comme si ce n’estoit pas entièrement la mesme doctrine laquelle Christ a jadis seelléeet confermée plus que suffisamment. Mais je ne me veux arrester d'avantage Sur Ce propos, pource que je Pay desjà traitté amplement en d’autres passages.

20 Matth. Les enseignans de garder tout ce que je vous ay commandé. Par ces mots, Comme j'ay adverti ci-devant,

SUR L'HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

Christ monstre en envoyant les Apostres, qu’il ne leur résigne pas entièrement son office, comme s’il laissoit d’estre Maistre de son Eglise : car il donne la commission aux Apostres avec ceste condition , qu'ils ne mettent point en avant leurs inventions, mais qu’ils dispensent purement et fidèlement ce qu'il leur a baïllé de main en main, comme on dit. Et pleust à Dieu que le Pape assujetist à ceste règle l’authorité et puissance qu’il s’attribue : car aiséement nous souffririons qu'il fust nommé successeur de sainct Pierre ou de sainct Paul, pourveu que il n’usurpast point une domination tyrannique sur les âmes. Mais comme ainsi soit que ayant mis bas etexterminé lamaistrise de Christ, il infecte l'Eglise de ses sottes niaiseries : par cela il appert assez comment il s’est du tout destourné bien loin de Poffice d’Apostre. En somme , retenons que par ces mots les Docteurs sont establis en Eglise, non pas afin qu'ils mettent en avant tout ce qui leur viendra en la fantasie, mais afin qu'eux aussi avec les autres dépendent de la bouche du seul Maistre, tellement qu’ils luy acquièrent des disciples, et non pas à eux. /'oyci, je suis avec vous. Pource que Christ donnoit aux Apostres une commission laquelle ils ne pouvoyent accomplir n’ayans que la vertu humaine , il les accourage par l’asseurance de son secours céleste. Car avant que promettre qu’il leur assistera, et sera avec eux, il a premièrement protesté qu’il estoit Xoy du ciel et de la terre, qui gouverne toutes choses sous sa main et Empire. 11 faut donc lire ce mot, Je, avec poids : comme s’il eust dit que si les Apostres veulent bien et vaillamment faire leur devoir, qu'il ne faut point regarder que c’ést qu'ils peuvent, mais qu'ils se doyvent appuyer du tout sur la puissance

MARC XVI

19 Et après que le Seigneur Jésus eut parlé à eux, il fut eslevé en haut au ciel, s’assit à la dextre de

et Dieu.

20 Eux aussi estans partis, preschèrent par tout, le

invincible de celuy sous l'enseigne duquel ils bataillent. Au reste, la manière de présence laquelle le Seigneur promet aux siens, doit estre entendue spirituellement.

Car afin qu’il nous aide, il n’est point besoin qu'il descende du ciel, veu qu’il nous peut assister de là-haut par la grâce de son Esprit, comme s’il estendoit sa main :

car luy estant selon le corps eslongné de nous d’une distance infinie de lieux, nonseulement espand l’efficace de son Esprit par tout le monde, mais aussi babite vrayement en nous. Outre cela, il est besoin de noter que ceci ne s'adresse pas aux Apostres seuls : d'autant que le Seigneur promet son aide, non pas pour un aage seulement, mais jusques à la fin du monde. C’est donc autant comme s’il disoit, Quoy que les Ministres de l’'Evangile soyent foibles et en grande indigence de toutes choses, que toutesfois il sera leur protecteur, afin qu'ils soyent victorieux, et vienent au-dessus de tous les combats du monde. Comme aujourd’huy expérience monstre clairementque Christ besongne miraculeusement d’une facon secrète, afin que l'Evangile surmonte des empeschemens innumérables. Et d'autant moins doit estre supportée la malice du clergé Papal, quand ils prenent ceste couverture pour desguiser leur tyrannie plene de sacrilége. Is disent que l'Eglise ne peut errer, pource qu’elle est gouvernée par Christ. Voire, comme si Christ, ainsi qu'un povre compagnon soldat, s’estoit loé au service d’autres capitaines pour gaigner quelques gages : et plustost au contraire , retenant par devers soy toute Pauthorité, il n’avoit pas déclaré qu’il maintiendra sa doctrine, et en sera le garent : afin que ses Ministres s’asseurent que ils emporteront la victoire par-dessus tout le monde.

LUC XXIV

50 Apres il les mena dehors jusques en Béthanie : puis esleva ses mains en haut, et les béneit.

51 Et adveint qu'en les bénissant, il se retira d'eux, et fut enlevé ax ciel.

52 Et eux l'ayans adoré, s’en re-

Seigneur ouvrant avec eux, | tournèr ent en Jérusalem en grande et confermant la Parole|jo e.

par les signes qui s'ensuy-

voyent.

19 EË après que le Seigneur Jésus eut parlé à eux, il fut eslevé, etc.

Pource que Sainct Matthieu avoit magnifiquement eslevé le règne de Christ pardessus tout le monde, il ne fait aucune mention de son ascension au ciel. Sainct Marc aussi ne parle point du lieu et de Ja façon : lesquels deux points Sainct Luc exprime : car’il dit que les disciples furent Menez hors jusques en Béthanie :

afin que comme du mont des Oliviers le Seigneur estoit parti pour se présenter à l'ignominié de la Croix, aussi de cé mesme lieu il montast en sOn thrône céleste. Or comme il n’a pas voulu Se monstrer à tous indifféremment après sa résurrection, ainsi il n’a pas receu toutes personnes à veoir son ascension au ciel : pource qu'il vouloit que ce mystère de la foy fust plus cognu par la prédication de l’'Evangile, que veu des yeux. 11 s’ensuit en $. Luc, Que Christ eslevant ses mains en haut, béneit ses Apostres. En quoy il a monstré que Poffice de bénir, lequel sous la Loy estoit enjoint aux Saerilicateurs, luy appartient vrayement et proprement, Quand les hommes se bénissent les uns les autres, cela n’est autre chose que souhaiter bien à leurs frères : mais il y a autre regard en Dieu, lequel nonseulement nous favorise par souhaits, mais par simple volonté noûs 6ttroye tout ce qui est bon et désirable. Cependant, combien qu’il soit seul autheur de toute bénédiction, toutesfois pour rendre sa grace familière aux hommes, il a voulu dès le commencement que les Sacrificateurs bénissent en son Nom comme médiateurs. En ceste sorte Melchisédec béneit Abraham, Gen., XIV, 49. Et ès Nombres, VI, 23, est escrite Ja l0y perpétuelle qui en fut faite. À cela aussi appartient ce que nous lisons au Pseaumé CX VII, 26, Nous vous bénissons, de la maison du Seigneur. Brief, l'Apostre dit (Hébr., VIT, 1) que bénir les autres , c’est un signe d'excellence. Car le moindre (dit-il) est bénit par le plus grand.

53 El estoyent lousjours au Temple, louans et bénissans Dieu. Amen.

Maintenant, quand Christ le ray Melchisédec et Sacrificateur éternel, a esté manifesté, il a falu qu’en luy fust accompli ce qui av oit esté représenté A par les figures et ombres de la Loy :

comme aussi sainct Paul monstre, Ep 1,3, qu’en luy nous sommes bénits de Dieu le Père, afin que nous SOyOons riches en tous biens célestes. Ainsi donc il à une fois bénit les Apostres publiquement el d’une facon solennelle, afi in que les fidèles s’en vieneént droit à IuY, $ ils veulent estre participans de la HAT de Dieu. En l'eslévulion des inains est descrile la cérémonie ancienne, de laquelle nous sCavons que les Sacrificateurs usoyent le temps passé.

52 Luc. Et eux l'ayans adoré, s'en retournérent, etc. Par le mot Dadorer, sainct Luc signifie que les Apostres Ont esté entièrement desveloppez dé doute, pourcé que lors la majesté de Christ reluisoit de toutes parts, tellement que $ sa résurrection ne devoit plus esiré ‘douteuse : d'avantage, que pour cesté mesnle cause ils ont commencé à l’honorer dune plus grande révérence, que quand ils conversovent familièrement avec luy en terre.

Car l'adoration dé laquelle il est iCY parlé, luy a esié adressée non point seulément comme à celuy qui estoit Maistre où r'Ophète, ne mesme comme au Messias COenu seulement à deni, ais conne au Roy de gloire, et Juge du monde. Au reste, pource que l'intention. de sainct Luc estoil de poursuyvre. encores et continuer son histoire plus ayant, il “ait seulement en brief « ue € est que les Apostres féirent les dix jours ensuyvans. Le sommaire est, que d’une grande ardeur de joye ils ont desployé leurs langues à louer Dieu, et ont esté assiduellement at Temple : non pas qui ‘ils ayent là passé les jours et les nuits, mais pource qu'ils ont fréquenté toutes es assemblées qui s faisoyent, et se sont tousjours là trouvez aux heures ordinaires et accoustumées, afin de rendre action de grâces à Dieu,

SUR L’HARMONIE ÉVANGÉLIQUE

Or ceste joye et alaigreté est mise à opposite de la crainte qui les faisoit auparavant demeurer enfermez et cachez en la maison.

19 Marc. Zl fut eslevé en haut au ciel à la dextre de Dieu. Fay exposé en d’autres passages que c’est qu'emporte ceste manière de parler, Asçavoir que Christ à esté eslevé en haut, afin qu’il ait la domination souveraine par-dessus les Anges, et toutes créatures : afin que par sa main le Père gouverne le monde : brief, afin que devant luy tout genouil se ploye, Philip. , IE, 40. C’est donc autant comme s’il estoit appelé Lieutenant de Dieu, qui

représente sa personne. Et pourtant il ne

car la Idextre par métaphore ou similitude, si- | gnifie une puissance seconde après Dieu.

. Sainct Marc a adjousté ceci expresséement, afin que nous sceussions que Christ n’a pas esté receu aux cieux pour jouir d’un repos bien-heureux loin de nous, mais afin de présider sur le monde pour le salut de tous fidèles.

20 Eux aussi estans partis, preschérent par tout. Sainct Marc touche yci briefvement ce que sainct Luc en son second livre déduit par forme d'histoire, Que la voix d’une petite bande de gens incognus et mesprisez, a retenti jusques aux derniers bouts dn monde. Car d’autant que la chose estoit moins croyable , d'autant plus certainement a reluy en cela un miracle de la puissance céleste: Un chacun eust pensé que Christ par la mort de la croix estoit ou du tout esteint, ou tellement accablé, que jamais on ne feroit mention de luy qu'avec opprobre et détestation : les Apostres lesquels il avoit choisis pour estre les tesmoins, lavoyent vileinement abandonné, et s’en estoyent aliez cacher : ils estoyent si ignorans et nouveaux, et d'autre part tant mesprisez, qu’à peine eussent-ils osé ouvrir la bouche pour parler en public. Pouvoit-on espérer que des gens ignorans, et de nulle estime, et qui avoyent mesme quitté leur Maistre, par le son sortant de leurs bouches veinssent à ranger sous la domina-

faut point imaginer quelque lieu :

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