Marc, VI, k. Luc, IV
ville: dont il appert que l’espérance et le désir du. Messias promis n’avoit pas peu de vigueur, entr’eux. Au reste, le mot de Croire, se prend yci improprement, et si-
gnifie qu’ils ont esté resveillez par la parole de ceste femme àrecognoistre Christ pour Prophète. Or cela est comme un commencement de la foy, quand les cœurs sont disposez à recevoir la doctrine. Une telle entrée et ouverture à la foy, est yci nommée Foy, par honneur, afin que nous sçachions combien Dieu prise la révérence de sa Parole, veu qu'il fait si grand honneur à la seule docilité de ceux qui ne sont pas encores instruits. Or la foy se démonstre en cela, qu'ils sont esmeus du désir de proufiter. à raison de quoy ils désirent que Christ demeure avec eux.
41 Et beaucoup plus de gens creurent pour sa parole. Il appert par ce qui est advenu, que Christ n’a point esté plus facile que de raison à leur accorder leur requeste: car nous voyons combien de fruit ont apporté ces deux jours qu’il leur a ottroyez selon leur demande. Par lequel exemple nous sommes enseignez que nous ne devons jamais chommer, toutes fois et quantes que nous pouvons avancer le Royaume de Dieu. Que si nous cCraignons que nostre facilité soit sujete à mauvais bruits, ou qu’elle soit bien souvent inutile, demandons à Christ Esprit de conseil, par lequel nous soyons addressez. Maintenant le mot de Croire, est mis yei en autre Sens: car il ne signifie pas seulement qu'ils furent préparez à la foy, mais qu’ils eurent une droite foy.
42 Nous ne croyons plus pour ta par role, etc. Le mot Grec est différent de celuy dont il avoit usé auparavant au verset trente-neufième: car il signifie comme qui diroit Ton parler, ou ton dire, Et semble que les Samaritains se vantent
avoir maintenant un appuy plus ferme qu'en la langue d’une femme, laquelle a le plus souvent accoustumé d’estre légère. Car nous-mesmes l'avons ouy, et scavons, elc. Il exprime mieux quelle estoit leur foy : asçavoir conceue de la parole de Dieu: en sorte qu'ils se peuvent glorifier qu’ils ont le Fils de Dieu pour leur Maistre : comme à la vérité c’est luy seul à l’authorité duquel on se peut asseuréement arrester. Il est bien vray qu'il n’est pas à ceste heure visiblement
Cuar. IV.
présent pour parler à nous bouche à bouche: mais quels que soyent ceux par lesquels il nous adviendra de Pouir, nostre foy toutesfois ne peut reposer sur autre que sur luy. Et le sçavoir duquel aussi il est ici fait mention, ne peut provenir d’ailleurs, car la parole sortant de la bouche d’un homme mortel, pourra bien remplir et contenter les aureilles, mais elle ne confermera jamais le cœur en confiance paisible de salut, en sorte que celuy qui a ouy la parole, se puisse à bon droict gloritier qu'il sçait. Ainsi donc, ceci est le premier poinct en la foy, Que nous sçachions que c’est Christ qui parle par la bouche de ses Ministres. Et puis, que nous luy rendions l’honneur qui luy appartient: c’est-à-dire, que nous ne doutions nullement qu’il est fidèle et véritable, afin qu’estans fondez sur un si bon garent, nous-nous reposions asseuréement sur sa doctrine. Au reste, quant à ce qu’ils confessent que Jésus est le Seigneur du monde, et le Christ, il ne faut point douter qu’ils ont cela par avoir ouy la parole. Dont nous recueillons que Christ leur enseigna la somme de l'Evangile en deux jours, plus familièrement qu’il n’avoit encore fait en Jérusalem. Et Christ a testifié que le salut qu’il avoit apporté estoit commun à tout le monde, afin qu’ils entendissent mieux qu’il leur appartenoit aussi. Car il ne les a pas appelez pour participer à la grâce de salut, à titre d’héritiers légitimes, ainsi qu’estoyent les Juifs suyvant la teneur de l'alliance faicte avec Abraham : mais il a monstré qu'il estoit venu pour introduire les estrancers en la maison et famille de Dieu, et présenter la paix à ceux qui estoyent loin.
44 Car Jésus luy-mesme rendit tesmoignage, etc. L'apparence de contrariété qui se monstre yci de prime face, a engendré diverses expositions. Ce que sainct Augustin amène est trop subtil, asçavoir que Christ à esté sans honneur entre les siens, pource qu’il a plus proufité envers les Samaritains en deux jours seulement, qu'il n’a fait par longue espace Ge temps envers les Galiléens: et que sans miracles il à acquis plus de disciples en Samarie, qu’il n’en avoit gaigné par un grand nombre de miracles en Ga-
Cuar. IV. SHR:S
lilée. Je ne reçoy point aussi ce que Chrysostome entend par le pays de Christ, Capernaüm, d'autant qu'il y a plus fréquenté qu’il n’a fait ailleurs. Je m’accorde donc plustost avec Cyrillus, qui dit que Christ laissant la ville de Nazareth, se retira en un autre quartier de Galilée. car les autres trois Evangélistes nomment ceste ville-là,. quand ils récitent ce tesmoignage que Christ rend yci. Vray est que le sens pourroit bien estre, Que comme ainsi soit que le temps de sa plene manifestation pour avoir bruit de tous costez ne fust pas encore venu, il a voulu esire caché en son pays, comme en une retraitte plus escartée et moins cognue. Aucuns aussi exposent qu'il s’arresta deux jours en Samarie, d’autant qu'il n’y avoit point d'occasion de se haster pour aller en un lieu où il n’attendoit que mespris, les autres pensent qu’il s’en alla droit en Nazareth, et que il partit incontinent de là : mais pource que sainct Jehan ne dit rien de cela, je n’ose donner lieu à ceste divination. Le plus véritable donc est ce que j'ay dit, que voyant qu'il estoit mesprisé en Nazareth son pays, il aima mieux se retirer ailleurs. Et pourtant il s’ensuit incontinent après, Qu'il veint en la ville de Cana. Ainsi ce qui est adjousté, Que les Galiléens le receurent à cause des miracles, estoit un signe de révérence, et non de mespris. Que un Prophèten’ est point honoréen son pays.
Je ne doute point que ce ne fust yci une sentence commune, et qui estoit passée en proverbe. Or-nous sçavons que les Proverbes servent pour exprimer avec grâce les choses qui advienent communéement, et le plus souvent. Parquoy il n’y faut pas en cest endroit chercher à la rigueur une vérité perpétuelle: comme s’il estoit nécessaire que ce qui est là dit, fust tousjours véritable. Il est bien certain que les Prophètes sont plustost prisez ailleurs qu’en leur pays. Il peut aussi estre quelque fois (et de faict il advient) qu’un Pro-
phète sera aussi bien honoré des habitans de sa ville, comme des estrangers: mais le proverbe monstre ce qui est le plus commun et ordinaire : asçavoir qu’on fera honneur aux Prophètes plustost en tous autres lieux, qu’en leur pays. Or ce proverbe peut avoir deux causes et sens.
Car c’est un vice commun généralement, que ceux que nous avons ouy crier au berceau, et à.qui nous avons veu faire leurs petites sottises d'enfance, nous sont en mespris tout le temps de leur vie, comme $#ils n’avoyent point changé et proufité depuis leur enfance. Il y a avec cela un autre mal, lequel règne plus entre gens qui s'entrecognoissent, asçavoir envie. Toutesfois je trouve vray-semblable que le proverbe est venu de ce que les Prophètes ont esté tant mal receus de ceux de leur nation. Car ces bons et saincts personnages, voyans qu’il y avoit en Judée une si vileine ingratitude envers Dieu, un mespris si horrible de la Parole, et une obstination si endurcie, pouvoyent à bon droict faire ceste complainte, Que les Prophètes n’estoyent moins honorez en lieu quelconque qu’en leur pays. . Si on trouve meilleur le premier sens, il faudra prendre le mot de Prophète, généralement pour tous Docteurs, comme sainct Paul appelle Epiménides Prophète des Créteins, en l’Epistre à Tite, chap. E, v. 12.
45 Les Galiléens le receurent. On ne sçauroit pas bien dire si cest honneur a duré longtemps. car les hommes ne sont à rien plus enelins qu’à oublier les dons et bénéfices de Dieu. Aussi S. Jehan ne récite ceci à autre intention, sinon afin que nous sçachions que Christ avoit fait ses miracles en la présence de plusieurs tesmoins, tellement que le bruit en a esté porté d’un costé et d'autre bien loin. De rechef est vci dénotée une utilité des miracles : asçavoir qu’ils préparent le chemin à la doctrine : car ils font qu’on porte révérence à Christ.
16 Jésus donc veint derechef en Cana de Galilée, où il avoit fuict de l'eau du vin. Or y avoit-il un seigneur de Cour, duquel le fils estoil malade en
Capernaüm.
47 Lequel ayant ouy que Jésus estoit venu de Judée en Galilée, s'en alla
Cnar. iY.
vers luy, et le pria qu’il descendit pour guarir son is: car à s’en alloit
mour ir.
48. Adonc Jésus luy dit, Si vous ne voyez signes et mir acles, vous ne croyez
point.
49 Adonc cest homme de Cour luy dit, Seigneur, descen devant que mon fs
meure.
50. Jésus luy dit, Fa, ton fils vit. Cest Aie creut à la parole que Jésus luy
avoit dite, el s’en alla.
BA Et comme desjà it descendoit, ses serviteurs le rencontrérent, et luy
annoncérent, disans, Ton fils vit.
52 Adonc il leur demanda à quelle heure il s’estoit trouvé mieux, Et 1 luy dirent, Hier à sept heures la fièvre le laissa.
53 Ce père donc cognut que c’estoit à ceste heure-là que Jésus luy avoit dit, . Ton fils vit. Et ü creut, et toute sa maison.
54 Ce second signe feit encore Jésus quand il fut venu de Judée en Galilée.
46 Or il y avoit un seigneur de Cour.
C’esi la plus vraye lecture et signification du mot Grec : encore qu'Erasme ne soit pas de cest avis, lequel l’a traduit par un mot Latin Regulus, qui signifie un petit Roy. Je confesse bien que on appeloit lors Regules,. c’est-à-dire petis Rois, ceux qu’on nomme AUJOULE huy Ducs, ou Barons, ou Contes : mais l’estat de Galilée estoit tel alors, qu’il n’y en pouvoit pas avoir de ceste estoffe en Capernaüm. Or je pense que c’estoit quelque gentil-homme de la Cour d’Hérode, car ceux qui pensent qu'il fut envoyé par l'Empereur, n'ont nulle couleur. Au reste, l’Evangéliste exprime ceci nomméement, d'autant que le miracle estoit tant plus notable et renommé en un tel personnage.
47 Lequel ayant ouy que Jésus estoit venu de Judée, etc. Quant à ce qu’il demande secours et remède à Christ, c’est bien quelque signe de foy : mais quand il luy limite le moyen de luy aider, on voit par cela combien il estoit grossier et ignorant. car il attache la vertu de Christ à la présence corporelle : et c’est d'autant qu il n’avoit conceu autre chose de Christ, sinon que c’estoit un Prophète envoyé de Dieu avec ce mandement et pouvoir de se monsitrer par miracles estre ministre de Dieu. Toutesfois Christ dissimulant ce vice, Combien qu’il fust digne de répréhension, le reprend asprement pour une autre cause : et mesme tous les Juifs en général, de ce qu'ils estoyent trop convoiteux de miracles. Mais d’où vient cela
que Christ est maintenant si, rude, veu qu’il à accoustumé de recueillir. bénigne- | ment les autres qui appétoyent.des,miracles ? I ne faut point douter qu'il n’eust pour lors quelque. certaine raison qui nous est cachée, pourquoy il ,deust. plus rigoureusement traitter cest homme que de coustume. Et il se peut, bien faire qu'il n’a pas tant eu esgard au, personnage, qu à toute la nation..il voyoit.que sa doctrine, n’avoit pas. fort grande authorité, et que non- seulement. on n° en tenoit, pas grand conte, mais aussi on Ja mesprisoit du {out : et que cependant ils estoyent tous attachez aux miracles,. et tous.leur sens entièrement estoyent saisis, plustost de stupidité, que d’admiration. Ainsi donc ce mespris malheureux de Ja parole de Dieu, lequel pour lors. régnoit communéement, l’a contraint de faire ceste Complainte. Il est bien vray.qu'aucuns mesmes des fidèles serviteurs, de, Dieu ont désiré d’estre confermez quelque fois par signes et miracles, afin qu’ils ne fussent esbranlez à à douter, ou estre en perplexité de la vérité des promesses :, aussi nous oyons. comment Dieu leur a bénignement accordé leurs requestes, el par ce moyen monstré qu'il n’en estoit point offensé.
Mais Christ dénote yci une perversité beaucoup plus grande. car les Juifs dépendoyent tellement des miracles, qu’ils ve donnoyent point de lieu à.la Parole.
Et premièrement c’estoit une chose mauvaise et bien à rebours, qu’estans stupides et par trop charnels, ils n’avoyent la
Cuap. IV.
doctrine en aucune révérence, s'ils n’estoyent resveillez par miracles, car il faloit que la parole de Dieu, en. laquelle ils avoyent esté nourris dés leur enfance, leur fust plus que familière, D’avantage, après que les miracles estoyent faits, tant s’en faloit qu'il s’en ensuyvist tel fruit qu'il faut, qu'ils demeuroyent là tout estonnez sans proufiter. Par ce moyen ils n’avoyent nulle religion, nulle cognoissance de Dieu, nul exercice de piété sinon és miracles. À quoy se rapporte aussi le reproche que. S. Paul fait en la première Host aux Corinthiens, chapi- Léileui 29, quand il dit, Les Juifs qemandent des signes, car il signifie qu’estans addonnez aux miracles outre mesure, et sans raison, ils ne sont esmeus ne de la bonté de Christ, ne des promesses
de la vie éternelle, ne de la vertu secrète du S. Esprit : mais plustost rejettent l’'Evangile avec un desdain orgueilleux, d’autant qu’ils ne, prenent goust à autre Chose qu'aux miracles. Et pleust à Dieu qu’encore aujourd'huy il n’y en eust pas beaucoup malades , de semblable maladie : mais il n’y a rien plus commun que ceste parole, Qu'ils facent premièrement des miracles, et nous presterons les aureilles à ceste doctrine. Comme si nous devions ainsi mespriser et desdaigner la vérité de Christ, si elle, n’est appuyée d’ailleurs. Mais encore que Dieu les soulast. d’un grand amas de miracles, si estce toutesfois qu ils mentent quand ils disent qu'ils croiroyent. Vray est que de cela s’ensuyvroit quelque estonnement et admiration externe, mais ils ne seroyent point pourtant de rien plus attentifs à la doctrine.
49 Seigneur, descen devant que mon Jils meure. Veu que cest homme persévérant en sa requeste, impètre finalement ce qu’il youloit, recueillons de cela que Christ ne l'a point reprins comme s’il l’eust. voulu du tout rejetter, et repousser ses prières : mais l’a fait plustost afin de corriger ce. vice-là qui luy fermoit l’entrée pour, venir à la vraye foy. Et nous faut réduire en mémoire ce que j'ay dit ci-dessus, que Çç'a esté une répréhension générale de tout le peuple, plustost que d’un homme particulier. Et ainsi faut-il
SUR S. JEHAN
que ce qui est à rebours, ou de travers, où superflu en nos soubaits et prières, soit corrigé ou retranché, afin que tous empeschemens nuisibles soyent ostez. Au reste, comme ainsi soit que les courtisans ont accoustumé d’estre délicats et, orgueilleux, et n’endurent. pas. volontiers que on les traitte rudement : il nous faut noter que cestuy-ci estant humilié par sa nécessité, et par la crainte qu’il avoit de perdre son fils, ne se courrouce ne, murmure quand il voit que Christ luy faisoit un rude recueil, mais laisse passer doucement ceste aigre répréhension, et se tient modestement sans dire mot. Nous expérimentons le semblable en nous aussi.
Car nous sommes merveilleusement déli- Cats, impatiens et chagrins, jusques à ce qu’estans abbatus et mattez par adversitez, nous soyons contraints de mettre bas nostre orgueil et. cœur hautain.
50 Ton fils vil. Premièrement, nous voyons yci reluire une singulière humanité et débonnaireté de Christ, en, ce que supportant la rudesse de cest homme, il estend sa vertu plus loin qu’il n’espéroit.
Iceluy demandoit que Christ venant sur le lieu guarist son fils. Il pensoit bien qu'il estoit possible de guarir son fils de ceste maladie, mais non pas de le ressusciter après qu'il seroit mort. Quand donc il pardonne l’un et l’autre, nous pouvons recueillir de cela combien il prise la foy mesme bien petite. Ceci est bien digne aussi d’estre noté, que Christ n’obtempérant point à son désir, luy ottroÿe beaucoup plus qu’il n’avoit demandé. car il ba tesmoignage de la santé présente de son fils. Ainsi advient-il bien souvent, que le Père céleste n’obtempérant point à nos désirs quant aux circonstances, nous fait toutesfois sentir son secours par des moyens qu'on n’eust point pensé, afin que nous apprenions de ne luy rien limiter.
Quand Christ dit que son fils vit, il sienifie qu’il est retiré du danger de mort.
Cest homme creut à la parole que Jésus luy avoit dite. Pource qu'il estoit venu ayant ceste persuasion que Christ estoit Prophète de Dieu, cela est cause qu’il à esté si facile à croire, en sorte que Si ss
intontinent et l'imbrime en son Cœur.
Et combien qu’il n’eust point en telle estime qu’il devoit la puissance et vertu de Christ, toutesfois une briefve promesse a engendré tout soudain en son cœur une asseurance nouvelle, en sorte qu’il a esté résolu que la vie de son fils estoit enclose en une seule parole de Christ. Et voylà de quelle promptitude il faudroit que nous receussions la parole de Dieu : mais il s’en faut beaucoup que les auditeurs en facent tousjours leur proufit si promptement. Car de combien en trouvera-on un qui proufite tant en plusieurs sermons, qu'a fait cest homme à demi profane pour une seule parole ? D'autant nous faut-il travailler de plus grande affection à resveiller nostre tardiveté : et sur tout prier Dieu qu’il touche tellement nos cœurs, que nous ne soyons point moins prompts à croire, que luy est facile et bénin à promettre.
51 Et comme desjà il descendoit.
Yci est descrit l'effet de la foy, avec l’efficace de la Parole. Car comme Christ par sa Parole rend la vie à cest enfant qui estoit desjà bien prochain de Ja mort : ainsi ie père par sa foy recouvre en un moment son fils sain et sauf. Sçachons donc que toutes fois et quantes que le Seigneur nous offre ses bénéfices, Sa vertu sera tousjours preste à accomplir tout ce qu'il promet, moyennant que nostre incrédulité ne luy ferme point la porte. Je confesse bien que cela n’advient pas tousjours, et mesme qu’il n’est pas fréquent ou ordinaire, que Dieu desploye son bras incontinent pour nous secourir : mais toutes fois et quantes qu'il diffère, il ha sa raison, voire qui nous est grandement utile. Tant y a qu’il est bien certain, que tant s’en faut que jamais il retarde, que plustost il combat contre les destourbiers que nous y mettons. Ainsi donc, quand nous n’appercevons point son aide présente, considérons combien il y a en nous de desfiance cachée, ou pour le moins combien nostre foy est petite et restrainte. Or il ne se faut point esbahir s’il ne veut pas que ses bénéfices soyent perdus, ne les jetter en terre à l'aventure : ains les veut addresser à ceux qui sont prests de les recevoir, ouvrans le sein de leur foy. Et
Cuar. IV.
combien qu'il n’aide pas tousjours aux siens d’une mesme façon, jamais toutesfois la foy d'aucun ne sera inutile, que ne sentions estre véritable ce que le Prophète Habacuc enseigne au chapitre IT, v. 3, asçavoir que mesre lors qu’il semble que les promesses de Dieu retardent, néantmoins elles se hastent bien fort.
52 Adonc il leur demanda, etc.
Quant à ce que cest homme de Cour a demandé à ses serviteurs à quelle heure son fils avoit commencé à se mieux trouver, cela a esté fait par un secret mouvement de Dieu, afin que la vérité du miracle fust tant mieux cognue. Car desjà de nostre nature nous sommes plus que malins à esteindre la lumière de la puissance de Dien : et Satan tasche par divers moyens d’obscurcir la veuë des œuvres de Dieu. Parquoy afin qu’elles ayent envers nous la louange qu’elles méritent, il faut nécessairement qu’elles nous soyent rendues si évidentes, qu’il n’y ait plus lieu de douter. Quelques ingrats donc que les hommes soyent, tant y a que ceste circonstance ne peut souffrir qu'une œuvre si excellente de Christ soit attribuée à fortune.
53 ƣt il creut, el toute sa maison.
I semble bien que ceci soit absurde, que l'Evangéliste met yci le commencement de la foy de celuy, duquel il avoit auparavant loué la foy. Et ne peut-on: dire que le mot de Croire quant à ce passage, se rapporte à l'avancement de la foy.
Mais il faut entendre que cest homme
qui estoit Juif, et qui avoit esté nourri
en la doctrine de la Loy, avoit desjà quelque goust de la foy quand il vient à Christ. Et ce qu’il a creu depuis à Ja parole de Christ, c’estoit une foy particulière, laquelle ne s’estendoit point plus loin qu’à espérer la vie de son fils. Mais maintenant il a commencé à croire d’une autre facon : asçavoir d'autant qu'ayant embrassé la doctrine de Christ, il a ouvertement protesté d’estre de ses disciples. Par ainsi, maintenant il n’espère point seulement que son fils luy sera rendu sain par le bénéfice de Christ, mais aussi il recognoist Christ pour Fils de Dieu, et fait profession de son Evangile, En cela toute sa maison qui avoit
Car. V.
SUR S. JEHAN
esté tesmoin du miracle, luy tient com- | que tous ceux de sa cognoissance se ranpagnie. Et toutesfois il ne faut point dou-| geassent avec luy à la religion Chrester qu’il ne se soit mis en devoir de faire | tienne.