‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 11 sur 113 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

4 Après ces choses advenues à y avoit une feste des Juifs : parquoy Jésus

monta en Jérusalem.

2 Or y a-il en Jérusalem au marché aux moutons un lavoir, qui est appelé en Hébrieu Bethesda, ayant cinq porches :

3 Esquels gisoit une grande multitude de malades, aveugles, boiteux, et qui avoyent les membres secs, attendans le mouvement de l’eau.

4 Car un Ange par intervalles descendoit' au lavoir, et troubloit l'eau. Et lors le premier qui descendoit au lavoir après le troublement de l'eau, estoit quari de quelque maladie qu'il fust détenu.

5 Or y avoit-il là un homme qui estoit détenu de maladie depuis trente et

huit ans.

6 Jésus le voyant par terre, et cognoissant qu'il avoit jà esté là long temps,

luy dit, Feux-tu estre quari?

7 Le malade luy respondit, Seigneur, je n’ay personne qui me mette au lavoir quand l’eau est troublée : car cependant que j y vien, un autre y descend

avant moy.

8 Jésus luy dit, Lève-toy, charge ton lict et marche. 9 El incontinent l'homme fut quari, et chargea son lict, et marchoit. Or

estoit-il Sabbath en ce jour-la.

1) Ou, en certain temps descendoit.

À Après ces choses advenues il y avoit une feste, etc. Combien que l’Evangéliste wexprime pas nomméement quel jour de feste c’estoit, toutesfois il y a conjecture vray-semblable que c’estoit le jour de Pentecoste, si toutesfois ce qui est yci

récité a esté fait incontinent après que

Christ veint en Galilée. Car soudain après Pasque il partit de Jérusalem, et passa par Samarie, et lors il contoit quatre mois jusques aux temps des moissons :

estant venu en Galilée, il guarit le fils de l’homme de Cour. L'Evangéliste met de suite que ce jour de feste estoit après :

par ainsi, la circonstance du temps nous amène là, qu’il faut entendre que c’estoit la Pentecoste : combien que je ne veux pas débatre de ceci. Or Christ veint en Jérusalem à ce jour de feste, en partie pource qu'alors à cause de la grande multitude de gens et assemblée de peuple, ‘il y avoit plus grande opportunité de publier la doctrine : en partie aussi pource qu'il faloit qu’il fust sujet à la Loy, afin qu’il nous rachetast tous de la servitude

de la Loy, comme nous avons desjà remonstré ailleurs.

> Au marché aux moutons un lavoir, etc. La circonstance du lieu y est adjoustée : dont on peut recueillir que ce miracle n’a point esté caché ou cognu de peu de gens. Car les cinq porches monstrent bien que le lieu estoit renommé pour la grande fréquentation des gens qui y abordoyent, et la situation prochaine du Temple portoit cela. Outreplus, PEvangéliste dit expresséement qu'il y avoit là beaucoup de malades.

Quant à la raison du nom, à bon droict les gens sçavans rejettent la fantasie de sainct Hierome, lequel de Bethesda fait Betheder, et l’expose Maison du troupeau.

Car il est yci fait mention d’un lavoir lequel estoit prochain du marché aux bestes. Ceux aussi qui lisent Bethseda, comme si c’eust esté un lieu pour pescher, n’ont nulle raison en cest endroit. Il y a donc plus d'apparence à l’opinion de ceux qui l’exposent Lieu d’effusion. Car Esched, selon les Hébrieux, signifie

Defuxion : mais l'Evangéliste le prononceant en langue Chalaique (comme Pusage commun dé la Langue ésfoit pour lors) a dit Esda. Car je pense que c’estoit une eau qu’on faisoit venir par canaux et conduits, afin que les Sacrificateurs puisassent de là : sinon paraventure que le nom fust imposé à ce lieu, autant que l’eau s’espandoit par tuyaux. Or la place est nommée Probatique, en Grec, C’està-dire Aux moutons, pource que selon mon jugement les bestes qu’on devoit offrir en sacrifice, estoyent là amenées.

3 Esquels gisoit une grande multitude de malades, etc. I se peut bien faire que les malades venoyent aux porches pour demander lPaumosne, d'autant que le peuple passoit par là quand il alloit au Temple pour adorer : et aussi qw'on avoit accoustumé d’acheter là des bestes pour offrir en sacrifice. Cependant en chacun jour de feste Dieu guarissoit quelque nombre de malades : afin de leur faire avoir en estime par cela, le service ordonné en la Loy, et la saincteté du Temple. Toutesfois 1! pourroit sembler absurde, que comme ainsi soit que nous ne lisons point que telle chose ait esté faite du temps que la religion florissoit le plus : et mesmé, veu que du temps des Prophètes il n’y a eu miracles faits sinon extraordinairement : que lors les choses éstans si fort décheuës, et quasi venues en confusion, là vertu et grâce de Dieu se soit monstrée és miracles plus magnifique et évidente que de coustume. Je respon qu'il y à deux causes dé cela, selon mon jugement. Car d'autant que le sainct Esprit habitant és Prophètes estoit assez suffisant tesmoin de la présence de Dieu, la religion n’avoit alors besoin d'autre confirmation. Car la Loy avoit esté confermée et ratifiée par signes plus que suffisans : et Dieu n’avoit cessé d’approuver par tesmoignages infinis le service qu'il avoit commandé. Mais environ l'advénement de Christ, d'autant qu'ils estoyent destituez de Prophètes, et que leur condition estoit fort tisérable, et que diverses tentations les préssoyént de tous costez, ils avoyent besoin de ce secours extraordinaire, afin qu’ils ne pensassent que Dieu les eust du tout délais-

Car. VY

sez, et ainsi abbatus en leurs cœurs ils ne veinssent à défaïlir. Car nous SÇavons que Malachie fut le dernier dés Prophètes : et pourtant il clost sa doctrine par ceste admonition, Que les Juifs se souvienent de la Loy baillée par Moyse, jusques à ce que Christ apparoisse. Malachie, chapitre IV, v. 4. Car il a semblé à Dieu bon et utile de leur oster les Prophètes, et par ce moyen les tenir en suspens pour quelque témps, afin qu’ils fussent enflammez d’un plus grand désir de la venue du Christ, et qu ils le receussent avec plus grande révérence quand il leur seroit manifesté. Cependant,

afin que le Temple et les sacrifices, et tout le service Divin, dont le salut se devoit manifester au monde, ne fussent sans tesmoignage, le Seigneur a entretenu les Juifs par ce don de guarison, afin qu’ils entendissent que ce n’estoit point sans cause que Dieu les avoit séparez des autres nations. Car Dieu en guarissant les malades, monsiroit apertement, comme estendant sa main du ciel, qu’il approuvoit ceste façon d’adoration qu’ils avoyent de l’ordonnance de la LOY: D'avantage,

je ne doute point qu'il n’ait voulu advertir par tels signes, que le temps dela rédemption estoit prochain, et que Christ l’autheur de salut n’estoit pas loin, afin qué les esprits de tous fussent mièux

resveillez. Je pense qu’ en ce teMps- à les | miracles servoyent à ces deux usages:

asçavoir à ce que les Juifs cognussent que Dieu estoit tousjours présent au miliéu d’eux, et par’ ce moyen demeurassent fermés et constans en l’obéissance de la Loy : puis après, à ce qu'ils fussént ententifs à espérer un éstat nouveau el non accoustumé. Aveugles, et boiteux, et qui avoyent les membres secs. Afin que nous sçachions que le Seigneur guarissoit des maladies qui n’estoyent point vulgaires, l'Evangéliste en exprime aücunes espèces : car Tes remèdes humains ne peuvent apporter guarison à des boiteux, aveugles, gens qui ont les membres secs.

t| Vray est que C’estoit un triste spectacle de veoir en une si grande multitude de gens, tant de sortes de déformitez de membres: mais cependant la gloire de Dieu reluisoit là plus clairement que si on

Crar. V. SUR S$.

eust veu unñé grande armée et bien ordonnée. Cawil n'ya rien plus magnifique que quand uné vertu de Dieu non accoustumée, corrige et répare les défaux de nature: il n’ÿ a rien aussi tant beau ne gracieux, que quand selon sa bonté infinie il subviént aux calamitez et misères

des hommes. Parquoy le Seigneur à VOu-

lü que Cela fust en Yeuë comme un beau

théâtre magnifiqué, auquel non-seulement

léS gens du pays, mais aussi tous estrangérs péussent appercevoir ét contempler sa majesté. Et Comme j'ay desjà touché, ce n’éstoit pas un petitornement du Temple, quand Dieu estendant sa main don-

noit à cognoistre, et faisoit asçavoir qu’il estoit là présent.

4 Car’ un Ange, elc. Vray est que c’estoit une œuvre propre à Dieu de guarir les malades : mais Comme il à accoustumé souvent d'employer le ministère et service des Anges, ainsi avoit-il enjoint ceste charge à un Ange. À cause de quoy les Anges sont appelez Puissances ou Vertus, Col., 1, 46: non pas que Dieu leur résignant sa vertu demeure oisif au ciel sans rien faire: mais. pource que besongnant puissamment en eux, il nous monstre et désploye magnifiquement sa vertu.

C’est donc une fantasie mauvaise et perverse d'attribuer quelque chose aux Anges, ou lés mettre tellement moyens entre Dieu ét nous, qu'ils obscurcissent la gloire de Dieu, comme si elle estoit fort eslongnée, veu que plusiost il se déclare présént en eux. Et pourtant il nous faut donner garde des folles resveries et spéculations esgarées de Platon, qui dit, d'autant qu’il ÿ à une trop grande dis tance entre Dieu et nous, qu'il faut que nous nous addressions aux Anges, afin qu’ils noûs facent trouver grâce et faveur :

au lieu que plustost il nous faut aller droit à Christ, afin que sous sa conduite, protection et mandement nous ayons Îles Anges Pour adjuteurs et ministres de nostre salut, Hébrieux, I, 14. Par intervalles. Diëu pouvoit bien en un moment guarir lès malades ensemble, mais comme les miracles ont leur but et leur fin, aussi doyvent-ils avoir mesure, ainsi que Christ mesme remonstre, Que combien que du temps d’Elisée plusieurs soyent morts,

toutesfois il ne ressuscita qu'un enfani, 2 Rois, IV, 32: et Combien que du temps de la grande sécheresse il y eust beau- Coup de vefves pressées de faim, toutesfois il ny en eust qu'une qui fust SeCOUrue par Elie en sa povreté, 4 Rois, XVIT, 9. Aussi le Séigneur s’est contenté de monstréer à quélque peu de malades ce tesmoignage de Sa présence. Au reste, la façon de guarir qui nous est yci descrite, nous Aimioneste assez qu'il n’y à rien moins raisonnable que quand les hommes veulent assujetir les œuvres de Dieu à leur jugement. Car, je vous prie, quel aide où remède pouvoit-on espérer d’uné eau trouble? Mais c’est ainsi que le Seigneur nous accoustume à nous despouiller dé nostre sens propre, afin que nous luy rendions obéissance de foy. Nous suyvons de trop grande affection les choses qui plaisent à nostre raison outre Ja parole de Diéu. Afin donc qu’il nous rende obéissans, il nous propose bien souvent des choses qui répugnent à nostreraison.

Lors donc nouûs monstrons que nous sommes dociles et obéissans, quand fermans les yeux nous Suyyons la parole nue et Simple, encores qu'il nous soit avis que nous ne proufiterons rien. Nous avons un semblable exemple en Naaman Syrién, lequel pour estre guari de sa pre le Prophète envoye au Jourdain, 2 Rois, V, 10. Ilest bien vray que du | LE il rejettoit cela comme une mocquerie : toutesfois il cognoist finalement que Dieu besongne tellement contre toute opinion ei raison humaine, que toutésfois jamais il ne nous trompe ou abuse. Cépendant le éroublement de l'eau a esté un manifeste enseignement que Dieu use en liberté des élémens selon Son bon plaisir, et qu’il s’attribue l'effet de l’œuvre. Car c’est un vice plus que commun, d’attribuer aux créatures ce qui est propre à Dieu seul. Mais ce seroit bien grand’folie de chercher la cause de la guarison en une eau trouble. Il propose donc tellement le miracle par le signe externe, que les malades en regardant le signe sont contraints de dresser les yeux à luy qui est autheur de grâce.

5 Or y avoit-l là un homme, etc, L'Evangéliste recueille diverses circon-

stances, qui monstrent et prouvent la certitude du miracle. La longueur de la maladie avoit osté toute espérance de guarison. Le povre malade se plaind qu’il est privé du remède de ceste eau. I avoit tasché par plusieurs fois se jetter dedans l'eau, mais il n’avoit peu: il ne s’en trouve pas un qui luy aide. Tout cela fait que la vertu de Christ se monstre tant plus clairement. À ceste mesme fin tendoit aussi le commandement qui luy est fait de charger son lict: afin que tous cognussent qu'il n’avoit point esté autrement guari que par le moyen de Christ. Car quand il se lève estant fort et roide de tous ses membres, desquels il estoit impotent auparavant, un si soudain Changement doit resveiller et esmouvoir d’avantage les cœurs de ceux qui voyent la chose.

6 l’eux-tu estre quari? ne luy fait pas ceste demande comme d’une chose douteuse, mais c’est qu’en partie il veut enflammer en luy un désir de la grâce qui luy estoit offerte : en partie aussi rendre plus attentifs ceux qui estoyent là présens, lesquels pensans ailleurs eussent peu n’appercevoir pas ce miracle, comme il advient seuvent és choses soudaines. Pour ces deux causes donc ceste préparation estoit nécessaire.

1 Jen’ay homme quelconque. Ce povre malade fait ce que nous avons presque tous de coustume. Car il reserre et limite l’aide de Dieu selon sa pensée, et ne s’ose promettre plus qu’il ne conceoit en son entendement. Or quant à ce que Christ supporte linfirmité d’iceluy, nous avons en cela un miroir de sa débonnaireté, laquelle un chacun de nous expérimente tous les jours, quand de nostre costé nous-nous arrestons és moyens qui nous sont prochains: mais luy contre toute espérance desployant sa main de lieux cachez, démonstre combien sa bonté surmonte la petitesse et estroitte capacité de nostre foy. Outreplus il faut que cest exemple nous serve pour nous duire à patience. Ce povre homme a trouvé bien

10 Les Juifs donc dirent à celuy qui l’est point licite de porter ton lict.

Cuar, V.

longs les {rente-huit ans durant lesquels Dieu a différé de luy aider, et faire le bien lequel toutesfois dès le commencement il avoit délibéré de luy faire. Quelque long temps donc qu’il nous tiene en suspens tellement sous les fascheries qui nous pressent, que toutesfois l’ennuy de la longueur du temps ne nous face jamais perdre courage. Car combien qu’il n’apparoisse point d’issue quand nos maux sont continuez par long temps, néantmoins il nous faut tousjours résoudre que Dieu est un libérateur admirable, qui par sa vertu rompt aiséement tous empeschemens pour se faire voye.

9 Or estoit-il Sabbath. Jésus-Christ sçavoit bien quel scandale ce seroit incontinent, quand ils verroyent cest homme marcher chargé de ses hardes. Car la Loy défend expresséement de porter quelque;charge le Sabbath, Jérém., XVII, 21. Mais en ceci il y a eu double raison pour quoy Christ a voulu monstrer un tel spectacle, sans point se soucier de ce danger: asçavoir afin que le miracle fust mieux cognu du peuple : puis après, à celle fin que ce fust une occasion, et par manière de dire, ouverture à faire ce beau sermon qu'il feit incontinent après. Or la cognoissance du miracle estoit de telle importance, qu’il devoit hardiment mespriser le scandale du peuple : veu mesmes qu’il avoit sur-le-champ une juste défense, par laquelle combien qu’il n’appaisa point les meschans, toutesfois il réfuta plus que suffisamment leurs calomnies. Il nous faut donc retenir ceste règle, qu’encore que tout le monde escume en ire et furie, néantmoins si faut-il que nous annoncions la gloire de Dieu, et célébrions ses œuvres, entant qu’il est requis pour sa gloire qu’elles soyent cognues. Et ne faut point que nous-nous lassions, ou que nous perdions courage, encore que l’issue de ce. que nous faisons ne soit si heureuse qu’il seroit à désirer: pourveu

que nous-nous proposions le but que .

jay dit, et ne passions les bornes de nostre office.

avoit esté guari, Il est Sabbath, il ne

été 2

Cuar. V.

SUR $. JEHAN

A1 Zl leur respondit, Celuy qui m'a rendu sain, m'a dit, Charge ton lict, et

marche.

12 Adonc ils luy demandérent, Qui est cest homme qui t'a dit, Charge ton

lict, et marche?

13 Et celuy qui avoit eslté quari ne scavoil qui c’estoit: car Jésus $s'estoit escoulé de la multitude qui estoit en ce lieu-là.

14 Depuis Jésus le trouva au Temple, et luy dit, Voyci, tu es quari: ne pèche plus désormais, qu'il ne l'adviene pis.

15 Cest homme s’en alla, et annonça aux Juifs que c’estoit Jésus qui l'avoit

rendu sain.

46 Pour ceste cause les Juifs poursuyvoyent Jésus, et cherchoyent à le faire mourir, d'autant qu'il avoit fait ces choses au Sabbath.

10 /lest Sabbath, il ne l'est point permis, etc. Attendu que tous devoyent estre songneux de maintenir et défendre la saincteté de l'observation du Sabbath, ils ont juste raison d’accuser cest homme:

mais quand l’excuse amenée par luy ne leur satisfait point, en cela ils commencent desjà à faillir: car la cause estant cognue ils le devoyent absoudre. C’estoit violer le Sabbath (comme il a esté dit) de porter un fardeau le jour du repos: mais Christ qui luy avoit commandé de ce faire, et comme mis le fardeau sur les espaules, le descharge par son authorité.

Nous sommes donc enseignez par cest exemple, que nous-nous devons garder de tout jugement hastif, jusques à ce que la raison de chacun faict nous soit entièrement cognue. Tout ce qui est répugnant à la parole de Dieu mérite d’estre condamné sans contredict : mais pource qu’il advient souvent qu’on s’abuse en cest endroit, il faut premièrement nous enquérir modestement et paisiblement, afin que le jugement puisse estre sain et sobre. Car d'autant que les Juifs estans préoccupez d’une affection perverse, ne peuvent avoir la patience de s’enquérir et demander la raison du faict, ils ferment la porte à sain jugement et modération. Que s'ils eussent peu souffrir d’estre enseignez, nonseulement le scandale eust esté osté, mais aussi ils eussent esté amenez plus avant avec grand fruit, à la cognoissance de l'Evangile. Or nous voyons maintenant en quoy les Juifs ont yci failli: asçavoir d'autant qu’ils n’admettent point une défense raisonnable. Or la défense est, que l’homme qui avoit esté guari, respond qu’il ne fait rien sinon par le

commandement de celuy qui avoit puissance et authorité de commander. Car combien qu’il ne sceust pas encore qui estoit Christ, toutesfois il avoit ceste persuasion que Christ estoit envoyé de Dieu, d'autant qu’il avoit expérimenté sa vertu Divine. et de là il conclud qu'il ha authorité, en sorte qu'il faut nécessairement luy obéir. Mais ceci mesme semble estre digne de répréhension, que ce miœacle le destourne de l’obéissance de la Loy. Je confesse bien qu'il ne se fonde pas sur un argument assez ferme en résistant à ceux qui le blasment: nonobstant les autres pèchent doublement, en ce qu’ils ne considèrent point que ceci est une œuvre extraordinaire de Dieu :

et puis en ce qu’ils ne sursoyent point leur jugement, jusques à ce qu’ils ayent ouy le Prophète de Dieu muni de sa parole.

13 Et celuy qui avoit esté quari ne scavoit qui c’estoit. Il est bien certain que Christ n’a point voulu que la gloire d’une œuvre si excellente Ss’esvanouist :

mais il a voulu que le bruit en courust premièrement que se déclarer estre autheur d’icelle. Et pourtant il se retira un bien peu, afin que les Juifs peussent faire jugement du faict, sans respect aucun de la personne. Et de ceci nous recueillons que la guarison de cest homme ne peut estre attribuée à sa foy, veu que mesme après avoir esté guari il ne recognoist point son médecin : et toutesfois quand le commandement luy estant faict, il a chargé son lict, il semble que cç’ait esté un acte fait par la conduite de la foy, Quant à moy, comme je ne nie pas qwil n’y eust quelque mouvement secret de Ja

foy en luy, ainsi je di qu’on peut claire- . ment cognoistre par la suite du texte, qu’il n’avoit rien de ferme doctrine, ne de pure lumière sur laquelle il se peust reposer.

14 Dépuis Jésus le trouva au temple, et Luy dit, etc. Ces paroles démonstrent plus clairement que Christ ne s’est point caché pour un temps, afin,que la mémoire du bien qu’il avoit fait à cest homme, périst : car maintenant il se représente de soy-mesme. Seulement il a voulu qu’en premier lieu l’œuvre fust cognue : et puis, qu'on sceust qu'il en estoit lautheur. Or ce passage contient une doc-

Ve. fort utile. Car quand Christ dit,

’oyci, tu es quari : il Signifie que nous Ron des bénéfices de Dieu, sinon que nous soyons incitez à les recognoistre.

Car ce n’est pas que Christ luy reproche ce qu'il luy a donné, mais seulement il remonstre que le povre homme a esté guari, afin que se souvenant de la grâce qu’il avoit receue, il honorast et servist toute sa vie Dieu son libérateur. Comme donc Dieu par ses verges nous instruit, et par manière de Gire aiguillonne à repentance : ainsi nous convié-il à icelle mesme par sa bonté et clémence. Et mesme c’est le but universel tant de nostre rédemption, que de tous les dons de Dieu, que nous soyons du tout dédiez et consacrez à luy. Or ceci ne se peut faire, sinon que là mémoire de la punition passée demeure imprimée en nos cœurs, et que celuÿ qui a obtenu pardon s'exerce en ceste méditation tout le temps de Sa vie.

Outreplus, cesteé admonition nous enseigne que tous les maux que nous endurons, il nousles faut imputer à no$ péchez. Car à la vérité, les misères et calamitez des hommes n’advienent point à l'aventure, mais ce sont autant de verges pour nous chastier. Premièrement donc il nous faut recognoistre Ta main de Dien qui nous frape, et n'imaginer point en nos maux une impétuosité aveugle de fortune. Et puis il faut faire cést honneur à Dieu, que d'autant qu'il ést un Père plein de grande bonté, il ne prend point plaisir en nos misères, et que pourtant il ne nous traitte jamais rudement, sinon estant offensé par nos péchez, Quand Christ com-

Car. V.

mande à cest homme qu’il ne pêche plus, il né requiert pas de luy qu’il Soit exempt de tout péché, mais il fait comparaison de sa vie passée. Car il l’exhorte de S’amender d’oresenavant, et de ne faire plus comme par le passé. Qu'il ne l'adviene pis. Si Dieu ne proufite rien envers nous par ses verges et corrections, quand il nous chaëtié doucement comme un père fort humain chastieroit ses enfans ten res et délicats, il est contraint de jouér u nouveau personnage, comme oh dit, e procéder autrement que ne porté son naturel, par manière de dire. Il prend donc des fouets pour donter nostre rébellion obstinée : comme il dénonce en là Loÿ, Lévit. XXVI, 16, Deut. XXVIE, 15, et Pseaume XXXIE. v. 9. Et mésmes ôn trouve tout communéement en l'Escriture de semblables tesmoighäges. Parquoy quand nous sommes préssez COUp Sur coup de nouvelles aflictions, il nous le faut imputer à nostre obstination. Car nous ne sommes pas seulement semblables à des chevaux restifs, ét à des mulles, mais aussi sommes-nous des bestes farouches, lesquelles on ne peut donter.

Parquoy il ne se faut esbahir si Dieu desploye Sur nous des fléaux plus rudes, pour nous matter et comme briser à grans coups de marteaux, puis qu’ un chaste ment moyen né proufité de rien. Car c "est bien raison que ceux qui ne veulent faire leur proufit des corrections en S’amendant, soyent estourdis êt brisez de coups.

En somme, l'usage des punitions tend à cela, que nous soyons mieux avisez à l’advenir. Si aprèsles premiers et les seconds COUPS nous poursuyvons én une dureté obstinée dé cœur, il frapera septfois plus rudement. Si après avoir monstré Signe de repentance pour quelque peu de temps, nous retournons incontinént à nostre naturel, il chastie plus asprémènt ceste 16eèrcté oublieuse et pléné de lascheté « qu’il voit en nous. Au reste, il nous faut Contempler en la personne de ce povre hotime, combien le Seigneur nous Supporte doicement et bénignement. Prenons le cas qu’il approchast de vieillesse, si fautil toutesfois qu’il ait esté saisi dé céste maladie en la première fleur de Son aage, et paraventure que dés Sa première en-

Car, V. SUR fañce ce mal l’avoit prins. Or considérons maintenant combien ce luy à esté ‘une chose griefve, de porter ce fléau de Dieu partant d'années. Et toutesfois il est bien certain que on ne peut reprocher à Dieu qu’il ait usé d’une trop grande sévérité,

quand il à fait languir si long temps ce

povre homme demi-mort. Parquoy, ce que nous sommes punis plus légèrement, apprenons que c’est pource quele Seigneur par $a’ bonté infinie adoucit la rigueur éxtrème. des: punitions que nous aurions bien méritée. Apprenons aussi qu'il my à peines si aspres etrigoureuses, ausquelles le Seigneur ne puisse adjouster encore quelque chose, toutes fois et quantes que bon luy semblera. Et ne faut point douter que bien souvent les hommes mal âdvisez en leurs afilictions n’attirent sur eux des tourments horribles et estranges par leurs murmures et complaintes importunes, quand ils disent qu’il n’est pas possible d’endurer plus grand mal, et que Dieu ne leur en sçauroit envoyer &avantage. Ces choses sont-elles pas cachées en mes thrésors? dit le Seigneur, Deut.

XXXE, 24. D'avantage, il nous faut notèt combien nous Sommes tardifs à faire nostre proutit des chastiemens de Dieu. Car si Pexhortation de Christ n’a point esté süperflue, nous pouvons recueillir de cela, que l’âme de cest homme rn’estüit pas en cores bien purgée de tous vices. Et de faict, lés racines des vicés sont si profon:

des en nous, qu’elles ne peuvént pas es:

tre arrachées en un jour ou déux : et la cure des maladies de lPâme est top difficilé, pour dire qu'il suffise d'y appliquer des remèdes quelque péu de temps.

15 Cest homme s'én alla, et annonca aux Juifs que c’estoit Jésus, etc. Il ne pensoitrien moins que de rendre Christ odieux : il n’attendoit aussi rien moins que de veoir les Juifs si enragez ét forcenez contre luy. Son affection donc estoit bonne et sainete, veu qu’il vouloit faire à son médecin l’honneur qui luy appartenoit. Mais les Juifs monstroyent leur venin en ce que non-seulement ils accusenf Christ d’avoir violé le Sabbath, mais aussi se desbordent incontinent en une cruauté extrême.

17 Mais Jésus leur respondié, Mon Père besongne jusqu'à maintenant, et je

besongne aussi.

18 Pour céste cause donc les Juifs taschoyent tant plus de le mettre à mort : pource que non-seulement il avoil rompu le Sabbath, mais aussi qu ü disoit

que Dieu estoit son Père, se faisant égal à Dieu.

19 Parquoy Jésus respondit, et leur dit, En vérité, en vér ité je vous di, le Fils ne peut rien faire de soy-mesme, c’est-à-dire, sinon qu'il l'ait veu faire ce son Père. car quelque chose qu'iceluy face, le Fils aussi le fait semblablement.

47 Mon Père besongne jusques à maintenant. 1 nous faut veoir de quelle sorte de défense use Christ. [ne respond pas que la Lovy de garder le Sabbath a esté temporelle, et que maintenant elle Séroit abolie : mais plustostil nie qu’il ait violé là Loy, d'autant que ce qu’il avoit

fait, estoit une œuvre Divine. I! est bien

vray que la cérémonie du Sabbath estoit une partie des ombres de la Loy, et que Christ y à mis fin par son advénement :

comme sainct Paul remonstre, Colos. IE, 17: mais le poinct de la cause ne\gist pas là. Car il est commandé aux hommes de se déporter seulement de leurs propres œuvres : et pourtant la Circoncision

qui est une œuvre de Dieu et non des hommes, n’estpoint Contraire au Sabbath.

C’est le poinct sur lequel Christ s’arreste, que le sainet repos qui a esté Com:

mandé par Ja Loy de Moyse, n’est point troublé quand on s’employe à œuvres de Dieu. Et par ceste raison non-seulement il excuse son faict, mais aussi le faict de cest homme qui à chargé Son liet. Car c'estoit une dépendance et comme une partie du miracle, d'autant que ce n’estoit qu'une approbation d’iceluy. Et puis si on estime entre les œuvres de Dieu Paction de grâces, et la publication de sa gloire, cé westoit point. une profanation du Sabbath, de rendre tesmoignage de

pieds et de mains de la grâce de Dieu.

Nonobstant Jésus-Christ parle de soy principalement, auquel les Juifs faisoyent plus la guerre. Cependant il testifie que la santé qu’il avoit rendue à ce malade, est un tesmoignage de sa vertu Divine.

Il se dit estre Fils de Dieu, et afferme qu'il besongne d’une mesme façon que fait son Père. Quant à l’usage du Sabbath, et aux causes pour lesquelles il a esté ordonné, je n’en tiendray maintenant plus long propos : il suffit pour le présent passage, que tant s’en faut que lobservation du Sabbath rompe ou empesche le cours des œuvres de Dieu, que plustost elle ne donne lieu qu’à icelles. Car pourquoy est-ce que la Loy commande aux hommes de cesser de leurs propres œuvres, sinon pour considérer les œuvres de Dieu, voire afin que tous leurs sens soyent vuides et à délivre pour les appliquer à cela? Celuy donc qui ne donne point en ce jour du Sabbath un cours libre et comme le règne aux œuvres de Dieu, non-seulement est faux expositeur de la Loy, mais aussi la renverse malheureusement. Si quelqu'un objecte, Que lexemple de Dieu est proposé aux hommes, afin qu’ils se reposent le septième jour : la solution est facile, asçavoir que les hommes ne sont point conformes à Dieu en ce que luy s’est reposé, mais en ce que cessans des œuvres et besongnes de ce monde, plenes de troubles, ils aspirent au repos céleste. Ainsi donc, le Repos de

Dieu n’est point une oisiveté, ains une:

perfection entière, laquelle apporte avec soy un esiat tranquille de paix. Et à ceci ne répugne point ce que Moyse dit, Gen.

IL, 2, que Dieu meit fin à ses œuvres : car il signifie qu'après avoir parachevé l’ouvrage du monde, il consacra ce jour-là, lequel les hommes deussent employer à méditer ses œuvres. Cependant il n’a point cessé de soustenir par sa haute vertu le monde qu’il a créé, de le gouverner par son conseil, de l’entretenir par sa bonté, et d’ordonner toutes choses selon son bon plaisir, tant au ciel qu’en la terre. Ainsi donc, la création du monde fut parachevée en six jours, mais l’aëministration et gouvernement d'iceluy dure à tousjours :

et Dieu besongne sans cesse à maintenir

Car. V.

et conserver l’ordre d’iceluy : comme S. Paul enseigne que nous vivons, et avons mouvement et estre en luy, Actes XVIE, 28. Et David monstre au Pseaume CIV, 30, que toutes choses consistent en leur estat, entant que l'Esprit de Dieu leur donne force et vigueur : et qu’elles défaillent aussi tost qu’il en a retiré son Esprit. Et ce n’est pas que le Seigneur maintiene seulement par une providence générale la nature qu’il a créée, mais il modère et ordonne particulièrement chacune partie d’icelle : et principalement il garde et tient couverts sous sa main ses fidèles, lesquels il a receus en sa protection et sauvegarde. Et jebesongne aussi.

Christ laissant la défense de la cause présente, expose maintenant l'usage et la fin de ce miracle : asçavoir que par cela on recognoisse qu’il est le Fils de Dieu.

Voylà le but qu’il s’est proposé en tous ses dits et faits, de monstrer qu’il estoit l’autheur de salut. Vray est que ce qu'il s'attribue yei est propre à sa Divinité :

comme aussi lApostre dit aux Hébrieux, Chapitre [, v. 4, qu’il maintient toutes choses par sa puissante volonté. Mais quand il testifie qu’il est Dieu, c’est afin qu’estant manifesté en chair, il face office de Christ : il afferme tellement qu'il est venu du ciel, qu’il veut qu’on sçache principalement à quelle fin il est descendu en terre.

18 Pour ceste cause donc les Juifs, etc. Tant s’en faut que par ceste défense il ait appaisé leur rage, que plustost il l’a

irritée. Or il scavoit bien combien ils es-

toyent malins et meschans, et combien ils estoyent endurcis en leur obstination :

mais en premier lieu, il a regardé de proufiter à quelque peu de ses disciples qui estoyent là présens : et puis, de mettre en évidence la malice incurable des autres. Or il nous a enseigné par son exemple, qu’il ne nous faut jamais désister pour la fureur des meschans, que nous ne nous efflorcions de maintenir la vérité de Dieu, entant que la nécessité le requerra, en despit de tout le monde, et de tous ses murmures. Et ne faut point que les serviteurs de Christ se faschent, s'ils ne proulitent envers tous comme ils désireroyent bien, veu que Christ luy-

Cuar. V.

mesme n’ha pas tousjours proufité. Aussi il ne se faut point esbahir, si d’autant plus que la gloire de Dieu se manifeste, Satan aussi en ses membres et instrumens tempeste tant et plus, et esmeut des tumultes plus estranges et violens.

Quand lEvangéliste dit au premier membre, qu’ils estoyent irritez contre Christ, pource qu'il avoit rompu le Sabbath :

il parle selon leur fantasie qu’ils avoyent conceue. Car j’ay desjà monstré ci-dessus que la chose alloit bien autrement. La principale cause de leur despit est, qu’il disoit que Dieu estoit son Père. Et de faict, Christ vouloit qu’on-entendist que Dieu estoit son Père d’une façon particulière, afin de se mettre hors du rang commun des autres. Il se fait égal à Dieu, quand il s’attribue une continuation à besongner. Or tant s’en faut que Christ nie ceci, qu'il le conferme plus clairement. En quoy est amplement réfutée la forcènerie des Arriens, qui confessoyent tellement Christ estre Dieu, qu’ils ne pensoyent point qu'il fust égal au Père.

Voire, comme si en une mesme et simple essence de Dieu, on n’y pouvoit trouver aucune inéqualité.

19 Parquoy Jésus respondit, etc.

Nous voyons ce que j’ay dit, que tant s’en faut que Christ se purge de ce que les Juifs luy avoyent mis à sus comme une calomnie et propos de blasphème, qu'il monstre plus apertement que cela est véritable. Et premièrement il insiste sur ce poinet, que ce que les Juifs reprenoyent estoit une œuvre Divine : afin qu'ils entendent qu’ils ont à batailler contre Dieu, s’ils persévèrent à condamner

SUR S. JEHAN

ce qu’il faut nécessairement luy attribuer.

Ce passage a esté anciennement débatu en diverses sortes entre les bons docteurs de PEglise et les Arriens. Arrius recueilloit d’yci que le Fils estoit moindre que le Père, par ce qu’il ne peut rien de soymesme. Les saincts Pères répliquoyent que ces mots tendoyent seulement à dénoter la distinction de la personne, afin qu’on sceust que Christ est du Père, et toutesfois n’est privé de vertu intérieure de besongner. Mais il y a eu faute d’un costé et d'autre. Car il n’est point yci question de la Divinité simple de Christ :

et les choses que nous verrons tantost après ne compètent point à part et simplement à la Parole éternelle de Dieu, mais seulement convienent au Fils de Dieu, entant qu’il a esté manifesté en chair.

Proposons-nous donc Christ entant que le Père l’a envoyé au monde pour Rédempteur. En luy les Juifs ne considéroyent rien de plus haut que la nature humaine, et pourtant il débat que ce qu’il a guari cest homme, il ne l’a point fait par puissance humaine, ains par sa vertu Divine, qui estoit cachée sous sa chair visible.

Voyci le poinct de la matière. Pource qu'eux s’arrestans au regard de la chair, mesprisoyent Christ, il les advertit de monter plus haut, et regarder Dieu. Tout ce propos doit estre rapporté à ceste an:

tithèse et opposition, asçavoir qu’ils faillent grandement, de penser avoir affaire avec un homme mortel, quand ils accusent Cerist des œuvres vrayement Divines. Voylà pourquoy il afferme si fort, qwen ceste œuvre il n’ha rien divers de son Père.

20 Car le Père aime le Fils, et luy monstre toutes choses qu'il fait, et luy démonstrera plus grandes œuvres que cestes-ci afin que vous-vous esmer-

veilliez.

21 Car comme le Père ressuscite les morts et les vivifie, semblablement aussi

le Fils vivifie ceux qu'il veut.

22 Car le Père ne juge personne, mais a donné tout jugement au Fils :

23 Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Qui n’'honore point le Fils, il n'honore point le Père qu'il a envoyé.

24 En vérité, en vérité je vous di, que celuy qui oit ma parole, et croit à celuy qui m'a envoyé, ha vie éternelle, et ne viendra point en condamnation,

mais est passé de mort à vie.

20 Car le Père aime le Fils, et luy démonstre toutes choses qu'il fait, elc.

H n’y a celuy qui ne voyé combien Pexposition des anciens docteurs est dure et contrainté: Dieu, disent-ils, s'aime en son Fils. Mais ceci convient très bien à Qhrist, entant qu’il à vestu nostre chair “hurnaine, qu'il est aimé du Père. Et qui plus est, nous sçavoñs bien que e’est par ce titre ‘excellent qu’il est distingué tant “dés Angès que dés hommes, Gestuy est mon:Fils bién-aimé, Matth: HE, 47: Car - nous sçivons que Diéu à éleu Christ, auquel:son amour résidastentièrement, afin -que de luy:élle ‘descoulast jusques : à nous comme d’une source bien pleine er pérfection : car Jésus-Christ est aimé du Père, entant qu'il est Chef de FEglise. Il monstre que ceste amour est ia causé pourquoy le Père fait toutes choses par la main d'iveluy. Car quand'il dit que:le Père luy. démonstre, il faut par ce mot entendre la communication : comme s’il disoit, Comme mon Père à mis son cœur en moy, aussi a-il espandu sur moy sa vertu, afin que la gloire Divine reluise en mes œuvres : et.qui plus est, afin que les hommes ne puissent rien chercher .de Divinité, qu’ils ne trouvent en moy. Et à Ja vérité, hors de Christ en vain on cherchera la puissance de Dieu. Æt luy démonsirera plus grandes œuvres que cestes-ci. 1] signifie. par ces paroles, que le, miracle qu’il avoit fait en guarissant cest homme, n’estoit pas la plus grande de toutes les œuvres que le Père luy avoit enjointes. Car ilavoit [à seulement baillé un petit goust de la grâce, de laquelle il est proprement et ministre et autheur :

asçavoir de rendre la vie au monde. Quand il adjouste, Afin que vous-vous esmerveilliez : i] reprend obliquement leur ingratitude, d'autant qu'ils ce tesmoignage si évident et magnifique de la vertu de Dieu : comme s’il disoit, Quoy que vous soyez stupides et hébétez,

si est-Cé que les choses que Dieu fera

désormais par moy, vous raviront en admiration, voire maugré que vous en avez.

Nonobstant il. semble que ceci n’a, point esté accompli, veu qu'on sçait bien qu’en

mésprisovent

Cuar. V.

demeurent aveugles au milieu de la lümière de Dieu. Je respon que Christ n’ha

point yei parlé de leur affection, mais

seulement à voulu toucher combien magnifiquement il se devoit bien tost après

monstrer et approuver estre Fils de Dieu.

21 Car comme le Père ressuscile les morts, et les vivifie, etc. Jésus-Christ comprend yei Sommairement quelroffice

luy a ésté donné du Père. Car combien

qu’il semble qu'il ait choisi une espèce, néanmoins ©’est une doctrine générale, en jaquelle il déclare qu’il'ést anthieur de

vie. Or la Vie contient.en soy et la justice,

et tous les dons du $. Esprit, ettoutes

les parties de nostre salut: Et certestil'a

falu que ce miracle ait.esté tellement:un tesmoignage spécial de la vertu tle Christ, que cependant il produisist ce fruit commun : -asçavoir qu'il oùvrist: lat porter à l'Evangile: Au reste, il nous faut'noter en quelle sorte Christ nous confère la vie : car il nous trouve! morts tous tant que nous sommes, il faut done nécessairement commencer par. la résurrection.

Toutesfois ce n’est pas un langage superflu, quand il conjoint ces deux. mots ensemble, Ressusciter et Fivifier, Car ce ne seroit pas assez que nous fussions délivrez de la mort, si quant ef quant Christ ne nous rendoit la vie plenement et parfaitèment. Au surplus, ilene fait pas ceste vie “commune à tous : car il dit qu'il donne la vie à qui il veut : Signifiant: par cela qu’il ne fait ceste grâce, sinon ‘spécialement à certains hors, c'est-àdire aux éleus. |

22 Car le Père ne juge personne, mais a donné tout jugement au Fils.

exprime maintenant plus clairement la généralité, asçavoir que le Père gouverne le monde en la personne dé son Fils, et exerce son empire et sa domination en Ja main d’iceluy. Car l’Evangéliste prénd ce mot de Jugement, selon ur propriété de la langue Hébraïque, pour Empire et Puissance. Nous entendons mañnténant la sommé de ce qu'il veut yci dire, asçavoir, que le Père a baïllé à Son Fils errègne, afin qu'il gouverne selon son bon plaisir le ciel et la terre. Maïs ibpourroit

voxant ils n’ont point veu, comme aussi | sembler que céciest absurde, que le Père dit fsaïe, chap. VI, 9, que les iniques | ayant résigné le droict de son empire,

CHar. V. SUR S.

soit résident au ciel comme quelque homme privé sans se mesler de rien, et s’en estant desmis. La response est facile, Que ceci n’est pas tant dit au regard de Dieu que des hommes. Car il ne s’est fait nul changement au Père, quand il a constitué Christ Roy souverain, et Seigneur du ciel et de la terre: car il est en son Fils, et besongne en luy. Mais pource que quand nous voulons monter jusques à Dieu, tous nos sens défaillent. incontinent, Christ son Fils nous est proposé devant les yeux comme l’image vive et expresse de Dieu invisible, Coloss., I, 45, et Hébr., I, 3. Parquoy il ne faut point que nous-nous travaillions en vain à sonder les hauts secrets des cieux, veu que Dieu pourvoit à nostre infirmité, en se monstrant prochain de nous en la personne de Christ : ains plustost toutes fois et quantes qu’il.est question du gouvernement du monde, de l’estat de nous tous, de la protection céleste de nostre salut, apprenons de dresser la veue vers Christ seul, comme de faict toute puissance luy a esté donnée. Matth., XXVIIE, 48: et en la face d’iceluy, Dieu le Père, lequel sans cela seroit caché et eslongné de nous, nous apparoisi: afin que la seule majesté de Dieu ne nous engloutisse par sa lueur infinie.

23 Afin que tous honorent le Fils, comme, elc. Ce membre conferme assez ce que j’ay naguères touché, que quand il est dit que Dieu règne en la personne de Christ, cela ne s'entend pas comme s’il se reposoit au ciel, ainsi que les rois lasches s’adonnent à oisiveté : mais c’est pource qu'en Christ il déclare sa puissance, et se monstre présent. Car qu'emportent autre chose ces mots, {fin que tous honorent le Fils, sinon que le Père veut estre recognu et honoré en son Fils ? Nostre devoir done est de chercher Dieu le Père en Christ, de contempler sa puissance en iceluy, de ladorer aussi, en iceluy. Car (comme il s'ensuit incontinent après) gui n honore point le Fils, prive Dieu de son honneur légitime et. qui luy appartient.

Tous confessent bien qu’il faut honorer Dieu: et mesmes ce sentiment qui nous est naturel, et comme engendré en nous,

ha si profondes racines en nos cœurs, qu'il n’y à homme qui osast simplement dénier à Dieu l’honneur qui luy appartient. Cependant toutesfois les entendemens des hommes s’esvanouissent en cherchant Dieu hors du chemin, De là sont venus tant de dieux forgez par. les hommes, et tant de services corrompus et pervers. Ainsi done nous ne trouverons point le vray Dieu ailleurs qu’en Christ, et ne le pourrons honorer comme il appartient, sinon en baisant le Fils, comme’ dit David!. Car (comme S. Jehan testifie ailleurs) celuy qui wha point le Fils, n’ha point aussile Père?, Vrayest que les Tures et les Juifs ornent &e beaux et excellens titres le Dieu qu’ils adorent : mais il nous faut retenir que toutefois et quantes que le nom de Dieu est séparé de Christ, ee n’est plus qu’une imagination vaine. Parquoy quiconque désire que son service soit approuvé du vray Dieu, que il ne se destourne nullement de Christ: Et n’en a point esté autrement des Pères sous la Loy. Car combien qu’ils ne regardassent Christ qu’en obscurité sous les ombres, néantmoins Dieu ne se manifesta jamais .

hors de Christ. Mais maintenant depuis que Christ a esté manifesté. en chair; et ordonné Roy sur nous, il faut que tout le monde luy ploye le genouil, pour s’assujettir à Dieu. Car puis que le Père l’a fait asseoir à sa dextre”?, celuy qui imagine Dieu sans Christ, luy oste la moitié de SOY.

24 Celuy qui oit ma parole,et croit à celuy qui m'a envoyé, etc. Yci est exprimée la façon etmoyen d’honorer Dieu :

afin qu’on ne pense que cest honneur consiste en quelque contenance et cérémonies frivoles. Car la doctrine de PEvangile sert à Christ comme de sceptre, par lequel il gouverne-les fidèles:que le Père l&y à donnez pour sujets. Et ceste, définition est bien digne d’estre notée. Il n’y a rien plus commun que de faire à fausses enseignes profession d’estre Chrestien. Car les Papistes mesmes qui sont ennemis acharnez contre Christ, se vantent toutesfois plus qu'audacieusement de son Nom.

Mais yei Christ ne requiert autre honneur de nous, simon que nous obéissions à son

4) Ps,, 11,19. 2) Jean, II, 23 8) Ps; CX.

Evangile. Dont s'ensuit que tout lhonneur que les hypocrites font à Christ, n’est qu'un traistre baiser de Judas. Quoy qu’ils le nomment Roy cent fois, si est-ce qu'ils le despouillent de son règne, et de toute puissance, quand ils n’adjoustent point foy à l'Evangile. Il monstre quant et quant le doux fruit de ceste obéissance, en disant, Aa vie éternelle : afin que nous soyons tant plus volontaires à la luy rendre. Car qui est celuy qui doyve estre si endurci, qu'il ne se soumette volontiers à Christ, quand le loyer de la vie éternelle luy est proposé ? Et toutesfois nous voyons combien il y en a peu que Christ gaigne à soy par une si grande bonté.

Nostre perversité est si grande, que nous aimons beaucoup mieux périr de nostre propre gré, que de nous ranger à l’obéissance de Christ, pour estre sauvez par sa grâce. Christ donc comprend vci tous les deux : asçavoir la règle du sainct et pur service que Dieu requiert de nous, et le moyen par lequel il nous restablit en la vie. Car il ne sufiiroit pas d'entendre ce qu'il a enseigné ci-dessus, asçavoir qu’il est venu pour ressusciter les morts, sinon que nous sceussions aussi comment c’est qu’il délivre de la mort. Or il prononce qu’on obtient la vie par l’ouye de sa doctrine, entendant par ce mot d'Ouye, la foy : comme il se déclare incontinent après : Or la foy n’ha pas son siége aux aureilles, mais elle réside au cœur. Au reste, il a esté dit en un autre passage, d’où vient que la foy ha une si grande vertu. 11 nous faut tousjours regarder que c'est que l'Evangile nous offre. Car ce n’est point de merveilles si celuy qui receoit Christ avec tous ses mérites, est réconcilié avec Dieu, et absous de la condamnation de mort: et si celuy qui à receu le sainct Esprit, est revestu d’une justice céleste, pour cheminer en nouveauté de vie. Ce qui est adjousté, Z4 croit à celuy qui m a envoyé: Sert pour confermer l’authorité delEvangile : quand Christ rend tesmoignage que c’est une doctrine procédée de Dieu, et non point forgée par les hommes : comme il dit ailleurs, que les paroles qu'il dit, il ne les dit point de par soy-mesme, mais que le Père luy a enjoint, Jehan, VII, 46, et

Car. r

XIV,10. Et ne viendra point en con damnation. En ceci il y a tacitement une antithèse ou opposition entre la condamnation à laquelle nous sommes naturellement obligez, et l’absolution gratuite que nous obtenons par Christ. Car si la condampation ne nous estoit appareillée à tous, quel besoin seroit-il d'en exempter ceux qui croyent en Christ? Voici donc le sens, Que nous sommes hors du danger de mort, d'autant que nous sommes absous par la grâce de Christ. Ainsi donc quoy que Christ nous sanctifie et régénère par son sainct Esprit en nouveauté de vie, toutesfois yci est spécialement dénotée la rémission gratuite des péchez, en laquelle seule consiste la béatitude des hommes.

Car nous commençons lors à vrayement vivre, quand Dieu nous est favorable et propice. Or comment Dieu nous aïmeroitil, s’il ne nous pardonnoït nos péchez?

Mais est passé de mort à vie. Aucuns exemplaires Latins ont, Passera de mort à vie: mais cela est advenu par l'ignorance et témérité de quelqu'un, qui ne sçachant quelle estoit l'intention de lPEvangéliste, s’est plus permis qu’il n’estoit de besoin.

Car il n’y a nulle ambiguïté au mot Grec.

Or ce n’est point parler mal à propos, quand il dit qu’on est desjà passé de mort à vie. Car la semence de vie est incorruptible és enfans de Dieu, depuis: qu'ils sont appelez, Luc, XVIF, 21, etils sont desjà assis en la gloire céleste avec Christ par espérance, Coloss., IE, 3: et ils ont le Royaume de Dieu asseuréement establi dedans eux. Car combien que leur vie soit cachée, ils ne laissent point toutesfois de la posséder par foy: jà soit que la mort les tiene assiégez de tous costez, ils ne laissent point pourtant d’estre en tranquillité, pource qu’ils cognoissent bien qu’ils sont assez en seureté sous Ja protection de Christ. Cependant, qu’il nous souvienne que les fidèles maintenant Sont tellement en la vie, que tousjours ils portent avec eux la matière de mort :

mais lEsprit qui habite en eux est wie, laquelle abolira à la fin le résidu de Ja mort, Rom., VII, 10. Car ce que dit sainct Paul, 1 Cor., XV, 2%6, est vérilable, Que la mortestle dernier ennemi qui sera destruit. Et de faict, il n’est point

Cuar. V. SUR S.

question en ce passage de la plene destruction de la mort, ou de la manifestation entière de la vie. Mais combien que la vie soit seulement commentée en nous, toutesfois Christ prononce que les fidèles

en sont si asseurez, et ont si grande certitude, qu'ils ne doyvent point craindre

la mort. Et ce n’est pas de merveille, veu qu'ils sont entez en luy qui est la fontaine, laquelle ne se peut espuiser.

25 En vérité, en vérité je vous di, que l'heure vient, et est desjà, que les morts orront la voix du l'ils de Dieu, et ceux qui l'auront ouye vivront. 26 Car comme le Père ha vie en soy-mesme, ainsi a-il donné aussi au FilsT,.

d'avoir vie en soy-mesme.

21 El luy a donné puissance de faire aussi jugement, pource qu'il est le Fils

de l’homme.

28 Ne soyez point esmerveillez de cela : car l'heure viendra en laquelle tous ceux qui sont és sépulchres orront la voix d’iceluy :

29 Et ceux qui auront bien fait, sortiront en résurrection de vie : mais ceux qui auront mal-fait, sortiront en résurrection de condamnation.

1) Ou, entant qu’il est.

25 En vérité, en vérité je vous di, que l'heure vient, et est, etc. Quand VEvangéliste introduit le Fils de Dieu jurant si souvent quand il est question de nostre salut, par cela nous voyons premièrement de quelle affection il est songneux de nostre bien: puis après, de quelle importance est, que l’authorité de lEvangile soit bien confermée, et du tout ratitiée. Il semble vrayement qu’on raconte quelque chose incroyable, quand il est parlé de cest effect de la foy, duquel Christ traitte yci. Et pourtant il conferme par serment que la voix de son Evangile est tellement vivifiante, qu’elle ha assez d’efficace pour ressusciter les morts.

On est bien d'accord qu’il est vei parlé de la mort spirituelle. Car ceux qui rapportent ceci à Lazare, et au fils de Ja vefve de Naïm, et aux autres semblables, sont assez réfutez mesmes par lasuite du texte. En premier lieu, Christ donne à entendre que nous sommes tous morts avant qu'il nous vivifie. Et par cela il appert que peut toute la nature de l’homme à acquérir salut. Quand les Papistes veulent dresser leur Franc arbitre, ils le comparent au Samaritain que les brigans laissèrent demi mort au chemin, Luc X.

30. Voire, comme s’il estoit licite d’obscurcir par une fumée d’allégorie une claire sentence, par laquelle Christ nous déclare plenement adjugez à la mort. Et de faict, puis qu'après le révoltement du

premier homme nous sommes aliénez de Dieu par le péché, tous ceux qui ne se recognoissent point accablez de perdition éternelle, ne font que se tromper euxméesmes par vaines flatteries. Je confesse bien qu’il demeure en l’âme de l’homme quelque résidu de vie: car et l'intelligence, et le jugement, et la volonté, et tous les sens sont autant de parties de Ja vie.

Mais pource qu'il n’y en a partie aucune qui aspire à la vie céleste, il ne se faut point esbahir si tout l’homme est réputé mort quant au royaume de Dieu. Ets.

Paul déclare plus amplement ceste mort (Ephés., IT, 1, et IV, 48) quand il dit que nous sommes aliénez de la pure et saine raison d’entendement, ennemis de Dieu de toute l'affection de nostre cœur, et adversaires de sa justice: que nous errons en ténèbres comme aveugles, et sommes adonnez à concupiscences perverses. Si en ceste nature tant corrompue il n’y à nulle vigueur à appéter la justice, il s’ensuit que la vie de Dieu est esteinte en nous. Par ainsi la grâce de Christ est une vraye résurrection de la mort. Or ceste grâce nous ést conférée par PEvangile :

non pas que la voix externe ait si grande vertu et efficace, veu qu’elle ne fait souvent que batre en vain les aureilles : mais pource que Christ parle au dedans à nos cœurs par son Esprit, afin que nous recevions par foy la vie qui nous est offerte.

Car il ne parle pas yci de tous les morts

indifféremment, mais il entend seulement les éleus, ausquels Dieu perce et ouvre les aureilles, afin qu’ils reçoyvent la voix de son Fils, par laquelle ils soyent remis en vie. Aussi à dire vray, Christ nous propose distinctement par ces paroles double grâce, quand il dit que les morts orronl sa voix, et l'ayans ouye vivront. Car ce n’est point moins contre nature, que les morts oyent, que d’estre remis en vie, de laquelle ils estoyent décheus. L'un et l’autre donc procède dé la vertu secrette de Dieu. Quandil dit que l'heure vient, et est desjà : il parle comme d’une chose ‘qu'on wavoit encores veue. Et de faict, la publication de l'Evangile a esté comme une nouvelle et soudaine résurrection du monde. Si quelqu'un demande, asçavoirmon si la Parole n’a pas tousjours donné vie aux hommes : la response est facile, Que la doctrine de la Loy et des Prophètes, veu qu’elle estoit destinée au peuple de Dieu, à eu plustost l'office d'entretenir en vie ceux qui estoyent engendrez à Dieu, que de ressusciter de la: mort. Mais ça esté autre chose de lEvangile. Car par iceluy les Gentils qui auparavant estoyent estranges. du royaume de Dieu, séparez de Dieu, et privez de toute espérance de salut, ont esté appelez à la participation de vie.

26 Car comme le Pere ha vie, etc. I monstre d'où vient que sa voix ha une si grande eflicace : asçavoir d’autant quil est la fontaine de vie: et que par sa voix il l'espand. sur les hommes. Car de faict, la vie ne descouleroit point de sa bouche jusques à nous, s'il n’avoit en soy la causf et source dicelle. Car il n’est pas dit que Dieu ait vie en soy-mesme, seulement pource qu’il soit seul vivant de Sa propre vertu, et laquelle il ha dedans SOY : mais pource qu'ayant en sOoy plénitude de vie, il vivifie-toutes choses. Il est bien vray que ©est une chose qui compète proprement à Dieu : comme il est dit au Pseaume XXXVI, 9. La source de vie est en toy. Mais pource que la majesté de Dieu, comme elle est fort eslongnée de nous, seroit ainsi qu’une source cachée, à ceste cause elle s’est ouvertement manifestée en Christ. Nous avons done la fontaine ouverte et devant nos

Car. Ve yeux, de laquelle nous pouvons puiser.

Voylà le sens des paroles, Que Dieu n’:

point voulu avoir la vie en soy cachée et comme ensevelie : et pourtant l’a -transmise en son Fils, afin qu elle descoulast jusques à nous. De ceci nous recueillons que ce titre est attribué à. Christ proprement, entant qu'il a esté manifesté. en Chair.

27 Ei luy a donné puissance de faire aussi jugement, etc. Ikrépète derechef que le Père luy à donné l’émpire, afin qu’il ait plene puissance, sur toutes choses, tant au ciel qu’en la térre. Le premier mot dont use l’Evangéliste se prend yci pour Dignité ou Excellence, et Majesté : et le mot de Jugement est prins pour domination et gouvernement : comme s'il disoit que le Fils.a esté constitué Roy de par son Père pour gouverner'le monde, et exercer là puissance du Père, La raison qui est adjoustée incontinent après, est bien digne d’estre notée, quand il dit, Pource qu il est Fils de l'homme:

Car i signifie qu’il vient aux hommes, @t se présente orné d’une puissance si magnifique, afin de les faire participans de ce qu'il a receu de son. Père. Aucuns pensent qu’il n’est yci autre chose dit sinon ce qui est en sainct Paul-(Philip. IE, 7) asçavoir, que Christ estant en forme de Dieu, toutesfais s’est anéanti s0y-mesme, ayant prins forme de serviteur, et s’est abaissé jusqu'à la mort de la croix. EL pourtant le Père l’a souverainement eèlevé, et luy a donné un Nom excellent par dessus tout nom, afin que tout genouil se ploye devant luy, etc. Mais quant à moy, je l’esten plus loin, asçavoir que Christ, entant qu’il est homme acesté ordonné autheur de vie par son Père, afin qu’il ne nous fale point aller bien, loin pour la chercher. Car Christ ne l’a point receue pour soy, comme s’il en eust eu besoin, mais afin qu’il nous enrichist de son abondance. La somme..est, que ce qui estoit caché en Dieu, nous à esté ma-, nifesté en Christ homme : et que la vie à.

laquelle nous ne pouvions atteindre, est

devant nos yeux maintenant. Or quant à f

ce qu'aucuns séparent ceste raison du fil du texte auquel elle appartient, et.la eon- | joignent avec le membre suyvant, cela

Cu V. SUR S$.

est fort contraint, et eslongné de l’intention de Christ.

28 Ne soyez point has ET de cela, etc. Il semble qu'il n’argumente pas fort à propos, quand il prend de la dernière résurrection la confirmation de ce qu'il avoit dit, car ce n’est pas plus grand'chose que les corps soyent ressuscitez que les ämes. Je respon que ce n’est pas en considérant la chose en soy qu’il fait yci comparaison comme entre ce qui est plus grand ec ce qui est moindre, mais selon que les hommes en estiment. Car comme ïls sont charnels, aussi n’ont-ils en admiration que les choses externes et visibles. De là vient qu'ils laissent passer la résurrection de l'âme sans sen soucier. beaucoup : mais ils ont en plus grande admiration la résurrection. du COrps. H y a aussi que la lourde et grossière stupidité qui est en nous ; fait que les choses qu’on peut veoir ‘des yeux sont beaucoup plus propres à nous esmouvoir à croire, que celles qu’on ne peut concevoir que par foy. Pource qu'il fait mention du.dernier

jour, ceste restriction, ec est desj&, n’est plus adjoustée : mais il prononce simplement que le temps viendra quelque jour.

Mais yei se présente encore une autre réplique. Car combien que les fidèles attendent la résurrection, :toutesfois ils ne peuvent s'appuyer sur la cognoissance d’icelle, pour se résoudre que les âmes sont. maintenant délivrées de la mort, pource qu'un jour viendra que les corps ressusciteront des sépulchres. Et. puis à des contempteurs de Dieu et incrédules, y a-il rien plus ridicule, que de prouver une chose incognue par une autre moins | cognue? Je respon que Christ se glorifie yei de sa puissance entre des malins, afin de leur faire asçavoir qu'il ba de par son Père Poflice de restaurer plenement toutes choses : comme s’il disoit, Ce que je di estre maintenant commencé par moy, je le parachèveray quelque jour de- *vant vos yeux. Et de faict, ce que Christ vivifie maintenant par la voix de son Evangile, les àmes qui estoyent plongées en damnation, est comme un commencement et préparatif de la dernière résurrection. Au reste, pource qu'il comprend

tout le genre humain, il discerne incontinent après entre les éleus et réprouvez.

Laquelle division monstre que les réprouvez Sont maintenant adjournez par la voix de Christ à comparoistre en jugement, aussi par la mesme. voix ils seront tirez et représentez une fois devant son thrône judicial. Mais pourquoy nomme-il seulement ceux qui sont enclos ès sépulchres? comme si les autres ne devoyent point estre participans de la résurrection, soit qu’ils ayent esté noyez, soit que les bestes les ayent dévorez, ou qu'ils ayent esté réduits en cendres. Mais pource qu’on à accoustumé communéement d’enterrer les morts, suyvant la figure nommée Synecdoche, sous une partie il entend tous Ceux qui seront morts auparavant. Et ceste façon de parler'est de plus grande signifiancé que S'il eust simplement dit, Les moris. Car ceux que. la mort a desjà privez de vie et de lumière, le sépulchre, par manière. de dire, les retire du monde. La voix du Fils, signifie le son de la trompette, qui retentira par la vertu ét ordonnance, de Christ, Matth. XXIV, 31. Car ce qu'un Ange fera en cela cest office de héraut ét proclamateur (4 Cor., XV, 52, et 1 Thess., IV,16) cela n’empesche point que ce qui est. fait par. l’authorité du Juge, et comme sous sa personne ne soit attribué à luy-même.

29 Et ceux qui auront bien fait, sortiront en résurrection, etc.ïI} marque les fidèles par les bonnes œuvres : comme il enseigne ailleurs qu’on cognoist le bon arbre par ses fruits, Mat. VIT 47. Or il loue les bonnes œuyres, ausquelles ils ont commencé à s’adonner depuis leur vocation. Car ce brigand auquel Christ en la croix promit la vie, qui avoit esté adonné toute sa vie à meschanceté, aspire à bien faire seulement lors qu’il est aux derniers sauspirs : mais pource qu'il renaist comme nouvel homme, et que d’esclave de péché il commence à estre fait serf de justice, tout le Cours de sa vie passée ne vient point en conte devant Dieu. Joint que les péchez mesmes par lesquels les fidèles tous les jours sont coulpables de condamnation, ne leur sont point imputez. Car sans le pardon que Dieu fait à ses fidèles, il n’y eut jamais

homme en tout le monde, de qui on puisse dire qu’il ait bien vescu.. Qui plus est, il n’y à œuvre aucune qu’on puisse réputer bonne, sinon de laquelle Dieu aura pardonné les vices : veu que toutes bonnes œuvres, quelques bonnes qu’elles soyent, sont imparfaites et Corrompues.

Il appelle donc yci faiseurs de bonnes œuvres, ceux que S. Paul appelle sectateurs et zélateurs d’icelles, Tite IT, 44.

Mais ceste admonition dépend de la débonnaireté paternelle de Dieu, lequel approuve de pure grâce ce qui estoit digne d’estre rejetté. Quant à ce que les Pa- . pistes recueillent de ce passage et autres

Caar. V.

semblables, que la vie éternelle est donnée pour récompense des mérites des œuvres, peut estre réfuté sans grande difficulté. Car Christ ne traitte point yci de la cause de salut, mais seulement il marque les fidèles par leur marque, pour les discerner d’avec les réprouvez : et le fait pour inviter et exhorter les siens à saincteté et innocence. Et certes nous ne nions pas que la foy qui nous justifie ne soit conjointe avec un zèle et affection de bien et sainctement vivre : mais seulement nous remonstrons que nostre fiance ne peut reposer ailleurs qu’en la seule miséricorde de Dieu.

30 Je ne puis rien faire de moy-mesme : je juge ainsi que j'oy, et mon jugement est juste : car je ne cherche point ma volonté, mais la volonté de mon

Père qui n'a envoyé.

34 Si je ren tesmoignage touchant moy-mesme : mon tesmoignage n'est point

digne de foy.

32 C’est un autre qui rend tesmoignage de moy : et je scay que son tesmoignage qu'il rend de moy, est digne de foy.

30 Je ne puis rien faire de moymesme, etc. Ce seroit une chose superflue de disputer yei subtilement, asçavoirmon si le Fils de Dieu peut de soy-mesme, ou d’ailleurs, entant que touche sa Divinité éternelle : car il ne nous à point voulu amuser à telles subtilitez. Parquoy les anciens docteurs n’avoyent point d’occasion de se tourmenter si fort à repousser Ja calomnie d’Arrius. Ce garnement disoit que le Fils n’est point égal au Père, d'autant qu'il ne peut rien de soymesme. Les saincts personnages respondoyent qu’à bon droict le Fils attribue tout cequ’il ha à son Père, duquel il prend son commencement, au regard de sa personne. Mais en premier lieu Christ ne parle point vci de sa Divinité simplement, mais il remonstre qu’entant qu’il est revestu de nostre chair, on ne le doit point estimer par l’apparence extérieure, d’autant qu’il ha quelque chose plus haute et plus excellente que n’est l’homme. Et puis il nous faut regarder à qui il ha affaire.

Son intention est de réfuter les Juifs qui taschoyent de l’opposer à Dieu. I dit donc qu'il ne fait rien de puissance humaine, d'autant qu'il ha pour son conducteur et

adresse, Dieu qui habite en luy. Il nous faut tousjours avoir mémoire, que toutes fois et quantes que Christ parle de soy, il s’attribue seulement ce qui est propre à l’homme, pource qu’il ha esgard aux Juifs, qui s’abusoyent en disant qu’il estoit comme quelqu'un d’entre le commun des hommes. Pour la mesme raison il rapporte au Père tout ce qui est par-dessus l’homme. Le mot de Juger. compète proprement à la doctrine : mais il se rapporte quant et quant à toute l’administration : comme s’il disoit qu’il ha son Père pour autheur en toutes choses, que la volonté d’iceluy luy est pour règle : et pourtant, qu’il sera son protecteur et garent contre tous adversaires. Æt mon jugement est juste. 1] conclud que ses dits et faits ne sont point sujets à répréhension : pource qu’il ne se donne congé de rien attenter que par le Commandement et la conduite de son Père. Car on doit tenir sans contredit pour tout arresté et résolu, que tout ce qui procède de Dieh est droit et juste. Il faloit tenir entre nous pour la première maxime de piété, ceste modestie, d’avoir en telle révérence la parole de Dieu et ses œuvres, que le seul

“th! hs gré -

Car. V. SUR S.

nom d’iceluy suffist pour prouver qu’il y a là une justice et droiture. Mais combien y en a-il toutesfois qui soyent résolus de confesser que Dieu est juste, sinon qu’ils y soyent contraints ? Je confesse bien que Dieu nous démonstre sa justice par expérience : mais de la vouloir restraindre à la mesure ou capacité de nostre sens charnel, en sorte que nous n’en ayons autre opinion, sinon comme nostre eritendement nous suggère, c’est une impiété par trop desbordée. Que ce soit donc une conséquence certaine et imdubitable, Que tout ce qui est de Dieu est droit et véritable, et qu’il ne se peut nullement faire que Dieu ne soit véritable en toutes ses paroles, juste et droit en tous ses faits.

Nous sommes aussi admonestez que le seul moyen et la règle unique de bien faire est, de ne rien entreprendre que sous l'adresse et conduite de Dieu. Si après cela tout le monde s’eslève furieusement contre nous, nous aurons ceste défense invincible, Que celuy qui suit Dieu ne se fourvoye point. Car je ne cherche point ma volonté, mais la volonté de mon Père, etc. I] ne fait point yci comparaison entre la volonté de son Père et la siene, comme si cestoyent choses contraires l'une à l’autre : mais seulement il repous-

se la fausse opinion qu’ils avoyent, qu'il estoit poussé d’une audace humaine, plus- {tost que conduit et gouverné par lauthorité de Dieu. Il dit donc qu’il n’ha point une affection qui luy soit particulière, et séparée du commandement de son Père,

31 Sè je ren tesmoignage touchant moy-mesme, etc. Il ne veut point yci déroguer à l’authorité et certitude de son tesmoignage, laquelle il maintient ailleurs fort et ferme : mais il dit ceci par forme de concession. Car pource que Christ estoit d’ailleurs muni plus que suffisamment, il accorde qu’ils ne le croyent point comme s’il disoit, Si le tesmoignage que je vous ren de ma personne, vous est suspect à la façon commune des hommes, je suis Content qu'il n’ait pas lieu. Or nous sçavons que le tesmoignage qu’un chacün rend de sa personne mest point tenu pour vray et légitime, encores qu’autrement il Contiene vérité : pource que personne n’est tesmoin compétent en sa propre cause. Or combien que ce soit une chose inique que le Fils de Dieu soit mis de ce rang et assujetti à cela, toutesfois il aime mieux quitter son droict, afin de convaincre ses ennemis par l’authorité de Dieu.

33 Vous avez envoyé à Jehan, et iceluy a rendu tesmoignage à la vérité. 34 Or je ne pren point tesmoignage d'homme : mais je di ces choses, afin

que vous SOYeEz SAUVEZ.

35 Iceluy estoit une chandelle ardente et luisante : et pour un peu de temps vous avez voulu vous esgayer en sa lumière.

36 Mais moy, j ay tesmoignage plus grand que celuy de Jehan. Car les œuvres que mon Père m'a données pour les accomplir, ces œuvres-là, di-je, que îe fay, tesmoignent de moy, que mon Père m'a envoyé.

33 Vous avez envoyé à Jehan, et iceluy a rendu tesmoignage à la vérité.

Avant que produire le tesmoignage de Dieu, il les presse par la response de Jehan Baptiste, auquel ils ne pouvoyent honestement refuser d’adjouster foy. Car quel besoin estoit-il d'envoyer vers luy, s'ils ne vouloyent s’arrester à ce qu’il en diroit? car ils envoyent vers luy comme vers un Prophète de Dieu : et pourtant ils font semblant que sa parole leur sera comme un oracle. Or combien qu’il y ait

encore yci tacitement une autre concession, toutesfois Christ leur reproche apertement qu’il n’y à rien qui les empesche de croire, que leur propre malice. Et pourtant, nous voyons que ceste Circonstance sert bien au propos, asçavoir qu’ils ont envoyé à Jehan Baptiste, et comme ayans affection apprendre luy ont fait demander qui estoit le vray Messias :

et toutesfois n’ont fait conte de sa response.

34 Or je ne pren point tesmoignage

d'homme. Si est-ce toutesfois que Dieu | ne la-point éleu en vain pour luy estre tesmoin : et Christ luy-mesme prononce en un autre passage, que ses disciples luy seront tesmoins, Actes, [, 8. Je respon que Christ se sert du tesmoignage de Jehan Baptiste, non pas qu'il en ait besoin, mais entant qu’il nous est bon d’avoir quelque confirmation de là. Les hommes entr’eux empruntent tesmoignage les uns

des autres, pource qu'ils ne se peuvent

passer d’une telle aide. C’est autre chose en Dieu et en Christ. Car si les Philosophes disent que la vertu n’ha que faire d’estre aidée d’ailleurs, qu'est-ce que l'homme ha en soy, qui puisse servir d’appuy et donner force à la vérité de Dieu? Et aussi Christ adjouste incontinent après, Qu'il produit le tesmoignage de Jehan à cause deux. Par lequel motil signifie qu’il ne regarde point tant à s0y qu’au proufit des hommes, quand il suscite des annonciateurs de son Evangile, par lesquels il nous rende tesmoignage de sa volonté. En quoy aussi nous voyons reluire une bonté admirable, quand il approprie et compasse toutes Choses à nostre salut. Parquoy nostre devoir est de mettre peine de nostre costé que le grand soin qu’il prend pour nous sauver ne Soit chose vaine et sans fruit.

35 Iceluy estoit une chandelle ardente, etc. Quand il appelle Jehan une chandelle ardente, par cela sont-ils tant plus convaincus d'ingratitude. Car il s’ensuit qu'ils ne sont A RUGIeS que pource qu’ils le veulent estre : comme ainsi soit que Dieu avoit comme allumé devant leurs yeux une chandelle. Le sens donc de ces moté est, Dieu n’a point voulu que vous errissiez : car il a constitué Jehan comme une chandelle, par la clarté de laquelle vous fussiez adressez et conduits, Etpourtant, ce que vous né me recognoissez point pour Fils de Dieu, vous'le faites d’un erreur volontaire. S’ensuit une autre reproche que leur fait Christ, Que nonseulement ils ont fermé les venix pour laisser passer la lumière qui leur estoit envoyée, mais de propos délibéré en ont abusé, pour anéantir et comme esteindre Christ. Car ce qu'ils estoyent prests d’exalter Jehan Baptiste outre mesure, et

‘une chandelle à

CHar. V.

| plus que ne portoit son degré, procédoit | d’un conseil malin et desloyal, afin que

| le Fils de Dieu n’eust lieu. Or Christ com-

pare fort propremerit cest abus’ de la lu mière céleste à un esgayement fol. Coïmme si un père de famille allumoit detnuit à ses serviteurs pour faire la besongne qu’il leur auroit ordonnée :

et qu'eux en lieu d’ainsi faire, s’en servissent pour gourmander ét commettre toutes dissolutions. Au reste, tout ainsi qu’en parlant ainsi il accuse les Juifs, aussi nous admonneste-il tous en Commun, que quand Dieu nous ordonne des docteurs fidèles pour nous conduire au droit chemin, nous avisions bien de n’abuser d’iceux à vaguer çà et à. Or l'ex.

périence de tous temps nous monstre combien ceste admonitioh nous est utile.

Dieu entreprend de conduire et adresser les hommes tout le temps de leur vie jusqu'au dernier but : il leur envoye ses Prophètes ponr les guider : mais la folie des hommes est sigrande, qu’ils aimeñit mieux sauter en folastres sans avancement dé chemin, que de s’avancer en marchant :

leur inconstance et légèreté est si grande, que mesprisans et rejettans la conduite seure et perpétuelle, ils sont transportez à leurs affections soudaines. Et pourtant il dit, pour un peu de temps, ou Pour uñé heure. Par lequel mot il taxe leur sottise, d'autant qu’ils ont pensé qu'ils pourroyent par leur esgavement folastre et dé briefve durée esteindre la lumière dé Diéu éternelle. Ainsi aujourd'huÿ autant de docteurs fidèles que Dieu à donnez à son Eglise comme des chandelles allumées, les Papistes les tirent à un-usage contraire :

comme s'ils avoyent délibéré dé faire servir le regard de la lumière à esblouir leurs yeux. Et non-seulement ils abusent des chandelles pour estouffer la clarté de Dieu, mais aussi ils s essayent souventesfois és ténèbres : comme quand ils s’éslèvent contre la pure doctrine de l'Evangile, se glorifians és maigres diséours et Sottes resveries de leurs criars ét’ poyres docteurs. Au reste, ce qué Christ dit yci de Jehan Baptiste, S. Paul (Phil. T1, 45) le fait commun à tous fidèles, d'autant qu'ayans la Parole de vie, ils doyvent r'eluire au monde comme lambeaux. Tou-

Car. V. SUR S.

tesfois Christ remonstre que cela compète proprement aux Apostres et ministres de Paie pource qu'ils marchent les premiers portans le flambeau devant les autres pour les guider. Car comme ainsi Soit que nous soyons tous aveugles et au milieu des ténèbres, Dieu nous esclaire par la lumière de sa Parole. Mais yei il orne partieu ulièrement Jehan Baptiste de ce titre honorable, pource que par son ministère Dieu a esclairé beaucoup plus magnifi quement à son Eglise.

36 Mais moy, j ay lesmoignage plus grand que celuy de Jehan. Après avoir monstré qu’en la personne de Jehan les Juifs ävoyent faussement corrompu le don de Dieu, il répète maintenant pour la Seconde fois ce qu’il avoit dit, Qu’il n’ha point bésoin de tesmoignage d'homme, comme s’il n’avoit pas assez de soy-mesmé. Combien que voyant qu’ils avoyent sa pérsonne en mespris, Selon Sa coustume il les ramène à son Père. Car les œuvres que mon Père m a données, etc. 1] propose yci deux choses par lesquelles il a ésté approuvé Fils de Dieu. Mon Père, dit-il, testifie par les miracles, que je suis son Fils : et avant que je veinsse au mon-

37 Et le Père qui ma envoyé,

de, il a rendu suffisant tesmoignage de MOY és saintes Escritures. Qu'il nous souviene Lousjours à quel but il prétend. 1 veut qu’on lé recognoisse le Méssias promis de Dieu, afin d’estre escouté. Il monstre done que maintenant il a esté par effect manifesté tel que l’Escriture le descrit. Mais on pourroit demander si les miracles servent pour prouver céci suflisamment : veu que les Prophètes en avoyent fait de sernblables auparavant. Je respon que les miracles que Dieu a faits par la main des Prophètes, n’ont point passé outre la fin à laquelle ils estoyent destinez, asçavoir pour mornstrer que les Prophètes estoyent ministres de Dieu, d'autant qu'ils ne pouvoyent autrement avoir authorité entre les hommes, ‘telle qu’il faloit pour faire leur office : mais Dieu a voulu eslever plus haut son Fils.

Et ce conseil de Dieu nous doit estre pour un but és miracles. Parquoy, sinon que les Juifs estans préoccupez de leur malice, eussent fermé les yeux de propos délibéré, Christ pouvoit bien facilement donner à cognoistre et monstrer clairement par la vertu de ses miracles, qui et quel il estoit.

luy-mesme à rendu lesmoignage de moy.

Jamais vous n'ouistes Sa voix, ni ne veistes sa semblance : 38 Et n'avez point sa Parole demeurante en vous : car vous ne croi yez point

à celuy qu'il à envoyé.

39 Enquérez-vous diligemment des Escritures : car vous estimez avoir par icelles vie éternelle : ei ce sont-elles qui portent tesmoignage de iñoy. k0 Et si ne voulez point venir à moy, pour avoir vie.

37 Etlé Père qui ma envoyé, etc.

Aucuns s’abusent restraignans ceci à la voix céleste qui fut ouye lors qu’il fut baptizé. Car il parle du temps passé, disant que son Père a rendu tesmoignage de luy : pour monstrer que il n’apparoist pas Comihe un homme incognu, d'autant que jà dès long temps Dieu en la Loy et és Prophètes luy avoit baïllé ses marques si notables, que les apportant avec SOYy il peut estre recognu. J’expose donc, Que Dieu a rendu tesmoignage de son Fils, toutes fois et quantes qu'il à donné le e temps passé espoir. de salut : au peuple “ancien, ou qu'il a promis que le royaume

d'Israël seroit plenement restauré. Ainsi il faloit que les Juifs conceussent des Escritures une représentation dé la personne du Messias, avant qu'il fust manifesté en chair. Quand donc l’ayans devant leurs veux ils le mesprisent, voiré le réjettent, iis monstrent par cela bien clairement qu’ils n’ont nul goust de la Loy, que Christ aussi leur reproche. Et toutesfois ils se vantoyent de l'intelligence de la Loy, comme S'ils eussent esté nourris au sein de Dieu. Jamais vous n'ouistes sa voix, elc. Christ après s’estre plaint qu'on ne le recevoit point, charge plus aigrement contre leur aveu-

glement. En ce qu’il dit, qu'ils n'ont jamais ouy la voix de Dieu, ne veu sa semblance : ce sont façons de parler par métaphore et similitude, par lesquelles en somme il veut monstrer qu’ils Sont du tout estranges de la cognoissance de Dieu. Car tout ainsi que les hommes se donnent à cognoistre par la face et la pa-

-role, aussi Dieu fait retentir sa voix jus-

ques à nous par la voix de ses Prophètes :

et és Sacremens il prend, par manière de dire, une forme visible, dont il puisse estre cognu des hommes selon leur pe-

tite capacité. Mais celuy qui ne cognoist point Dieu en son image vive, monsire

‘assez par cela qu’il n’a dore aucune Divi-

nité, sinon celle qu'il a forgée luymesme. Pour, ceste raison sainct Paul dit que les Juifs ont un voile devant leurs yeux, afin de ne veoir la gloire de Dieu en la face de Christ, 2 Cor., ILE, 44

38 Et n'avez point sa Parole demeurante en vous. C'est ceci vrayement proufiter, quand la parole de Dieu prend racine en nous, afin qu'estant imprimée en nos cœurs, elle ait là son siége certain. Christ dit que la doctrine céleste n’ha point de lieu envers les Juifs, d'autant qu'ils ne reçoyvent point le Fils de Dieu, lequel elle loue et magnifie par tout. Et c’est à bon droict qu’il leur fait ceste reproche. Car Dieu n’a point parlé sans cause par Moyse et par les Prophètes. Or l'intention de Moyse n’a esté autre que d'appeler tous hommes droit à Christ. Dont appert que ceux qui rejettent Christ, ne sont point disciples de Moyse. Outreplus, comment se pourra-il faire que celuy qui repousse la vie mesme, ait la Parole de vie demeurante en soy ? Comment est-ce qu’un homme entendra la doctrine de la Loy, lequel esteint l’âme de la Loy, entant qu’en luy est? Car la Loy sans Christ est comme une chose vuide, et n’ha rien de ferme.

De tant plus près done qu'un chacun a cognu Christ, tant plus a-il proufité en la parole de Dieu.

39 Ænquérez-vous diligemment des Escrilures : car vous estimez avoir par icelles vie éternelle, etc. Nous avons dit que ce que Christ avoit dit ci-dessus, qu’il avoit son Père pour tesmoin au ciel,

Cnar. V.

se rapporte à Moyse et aux Prophètes.

Maintenant il s'ensuit une plus claire déclaration : Car il dit que ce tesmoignage est contenu és Escritures. Or il taxe derechef leur folle vanterie, d'autant qu'ils disoyent qu’ils avoyent vie és Escritures, et toutesfois ils n’en prenoyent seulement que la lettre morte. Car il ne reprend pas simplement que les hommes cherchent la vie és Escritures, veu qu’elles nous sopt destinées à ceste fin et usage :

mais ce que les Juifs pensoyent que PEscriture leur apportast la vie, quand cependant ils estoyent bien loin du sens naturel d’icelle, et qui pis est, esteignoyent la lumière de vie qui est là contenue. Car comment est-ce que la Loy conférera la vie sans Christ, veu que luy seul la vivifie? Au reste, nous sommes enseignez par ce passage, que si nous voulons avoir Cognoissance de Christ, il la faut chercher és Escritures. Car ceux qui imaginent de Christ ce que bon leur semble, n’auront à la fin qu’un fantosme et une ombre en lieu de luy. Il faut donc entendre en premier lieu, que Christ ne peut estre deuement cognu autrement que par les Escritures. Que si ainsi est, il s'ensuit qu'il faut lire les Escritures à ceste intention, que là nous trouvions Christ. Quiconque se destournera de ce but, quoy qu'il se tourmente toute Sa vie à apprendre, ne parviendra jamais à la science de vérité. Car quelle sagesse ou intelligence pouvons-nous avoir sans Ja Sapience de Dieu? Au reste, tout ainsi que il nous est commandé de chercher Christ és Escritures, aussi prononce-il en ce passage, que nous ne travaillerons point en vain. Car le Père rend en icelles tel tesmoignage de son Fils, qu’il nous le manifeste sans doute quelconque. Mais ce qui empesche la plus grande partie des hommes d’en sentir le fruit, c’est qu'ils ne font que couler par-dessus, et la regardent seulement comme en passant. ‘Or au contraire il estoit besoin de s'y adonner bien attentivement. Pour ceste cause Christ commande qu’on cherche bien avant ce thrésor caché. Parquoy ce que les Juifs, qui ont à toutes heures la LOy entre-mains, sont. si fort dégoustez et destournez de Christ, doit estre

Cnar. V. SUR S.

imputé à leur lascheté et paresse. Car la splendeur de la gloire de Christ reluit clairement en Moyse : mais ils veulent avoir un voile qui obscurcisse ceste splendeur. On sçait assez que par le mot d'Escriture, est entendu le vieil Testament. Car Christ n’a pas commencé d’estre premièrement manifesté en l’Evangile : mais ayant desjà tesmoignage de la Loy et des Prophètes, il s’est manifestement monstré en l'Evangile.

#0 Et si ne voulez point venir à moy pour avoir vie. I leur reproche derechef qu'il n’y a rien que leur propre malice qui les garde de sentir en eux la partici-

pation de la vie qui est offerte és Escritures. Car quand il dit qu'ils ne veulent point, il impute la cause de leur ignorance et aveuglement à leur perversité et endurcissement obstiné. Et de faict, veu qu’il se représentoit à eux tant bénignement, il faloit bien dire qu’ils estoyent aveugles volontaires, et de leur propre gré. Comme ainsi soit donc que de propos délibéré ils fuyoyent la lumière, voire mesme vouloyent obscurcir le soleil par les ténèbres de leur infidélité, c’est à bon droict que Christ les reprend ainsi aigrement.

41 Je ne pren point gloire des hommes :

42 Mais je cognoy que vous n avez point l’amour de Dieu en vous.

43 Je suis venu au nom de mon Père, et ne me recevez point. Si un autre vient en son privé nom, vous recevez cestuy-là.

44 Comment pouvez-vous croire, veu que vous recevez gloire l’un de l'autre, et ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul?,

45 Ne pensez point que je vous doyve accuser envers mon Père : Moyse auquel vous avez espérance, est celuy qui vous accusera.

46 Car si vous croyiez à Moyse, vous me croiriez: car il a escrit de moy.

47 Mais si vous ne croyez point aux escrits d’iceluy, comment croirez-vous

à mes paroles?

4A Je ne pren point gloire des hommes. Il] poursuit sa répréhension : mais afin qu’il ne soit suspect comme s’il plaidoit sa propre cause, il prévient, disant qu’il ne se soucie point de la gloire des hommes, et qu’il ne luy chaut et ne prend point à regret ce qu’il se voit ainsi estre mesprisé. Et de faict, il est trop grand pour dépendre des jugemens des hommes, veu que la malignité de tout le monde ne luy peut rien oster, ne diminuer tant peu que ce soit de sa grandeur et magnificence. Oril s’arreste tellement à réfuter leur calomnie, qu'il s’eslève par-dessus les hommes. Puis après il les taxe et reprend librement, et leur met au-devant qu'ils ont Dieu en mespris et haine. Or combien qu’il y ait beaucoup à dire en degré d'honneur entre Christ et nous, si nous faut-il toutesfois hardiment mespriser les jugemens pervers des hommes.

Pour le moins il nous faut songneusement garder d’estre esmeus à Cholère et despit, de ce qu'on nous mesprise : mais

plustost apprenons de nous courroucer seulement, si nous voyons qu’on ne rende pas à Dieu l’honneur qui luy appartient.

Que ceste saincte jalousie nous picque et ronge toutes fois et quantes que nous voyons le monde estre si ingrat, qu'il rejette Dieu.

42 Que vous n'avez point l'amour de Dieu en vous. L'amour de Dieu est yci prise pour tout le sentiment de piété :

car nul ne peut aimer Dieu sinon qu’il l'ait en admiration, et se soumette du tout à luy : comme au contraire, où l’amour de Dieu ne règne point, il n’y peut avoir aucune affection d’obéir. Qui est la raison pourquoy Moyse met pour le sommaire de la Loy, Que nous aimions Dieu de tout nostre cœur.

13 Je suis venu aunom de mon Père.

Vray est que les faux Prophètes se couvrent de ce titre : comme aujourd’huy le Pape se vante à plene bouche qu'il est vicaire de Christ. Et mesme Satan dés le commencement n’a déceu les povres hom-

mes que sous ceste couverture. Mais Christ entend la chose en effect, et non pas quelque mine, ou apparence, et desguisement. Car ce qu’il proteste qu’il est venu au nom de son Père, c’est tant pource que le Père l’a envoyé, que pource qu'il exécute fidèlement ce qu’il luy a enjoint. Or il discerne par ceste marque les fidèles et légitimes docteurs de l'Eglise, d'avec CEUX qui sont feints et fardez. Ce passage donc monsire que nous. devons rejetter bardiment tous ceux qui s’eslèvent eux-mesmes, ets usurpent en leur privé nom maistrise sur les âmes : car ce- Juy qui veut estre réputé serviteur de Dieu, ne doit rien avoir séparé de Juy.

Maintenant si on fait examen de toute la doctrine du Pape, les aveugles mesmes verront bien qu’il est venu en son privé nom. Si un autre vient en son privé nom, vous recevez cestuy-la. Que Îles Juifs n’aiment point Dieu, et n’ont point de révérence à luy, Christ le prouve par cest argument, Pource qu’ils recéveront

d'affection les faux-prophètes, en lieu

qu’ils refusent de se rendre sujets à Dieu.

Car il prend pour tout résolu, que c’est

un signe de un courage pervers et abru-

vé d’impiété, quand les hommes mespri-

sans la vérité, S’accordent volontiers aux

mensonges. Si quelqu'un objecte, Que ceci se fait souvent plustost par ignorance

que par malice: la response est facile,

Que nul n’est exposé aux tromperies de

Satan, sinon entant que par une cupidité

perverse il préfère le mensonge à Ja vérité. Car d'où vient-il que nous sommes

sourds quand Dieu parle, et Satan nons

rencontre Si prompts et alaigres, sinon

d'autant qu’estans desgoustez et destour-

nez de justice, nous appétons de nostre

propre gré l'iniquité? Combien qu'il faut

noter que Christ parle yei proprement de

ceux ausquels Dieu a spécialement esclai-

ré: comme il avoit fait cé privilége aux

Juifs, qu’estans instruits par la Loy, ils

entendissent le droit chemin de salut. Il

est certain que tels ne prestent l’aureille

aux faux docteurs, sinon d'autant qu'ils

demandent d’estre e trompez. Et pourtant

on dit au Deutéronome, chap. XIII,

3, que quand quelques faux- “prop hètes

S Mr ent, le peuple est éSprouvé et exa-

Cnar, V°

miné par un tel moyen, asçayoir s’il aime Dieu ou non. Vray est qu’il semble qu’il y ait en plusieurs une simplicité innocente et sans malice : mais il ne faut nullement douter que l'hypocrisie qui est cachée audedans en leurs cœurs, ne leur esblouisse les yeux. Car c’est une chose bien certaine que Dieu ne ferme jamais la porte à ceux qui beurtent, et n’abuse jamais ceux qui le cherchent d’un vray zèle. et sans feintise. Sainct Paul donc (2 Thessal., chap. IF, v. 40) dit vray, quand il attribue à la vengeance de Dieu, ce que l’eficace don est donnée à Satan, afin que ceux qui rejettans la vérité, ont pris plaisir à iniquité, croyent à mensonge: et quand il dit que ceux-là périssent qui n’ont point receu la dilection de vérité pour estre sauvez. Aussi aujourd’ huy se descouvre l'hypocrisie de plusieurs, qui estans attachez aux tromperies du Pape, et à meschantes Superstitions, bruslent d’une rage envenimée contre l'Evangile.

Car s'ils avoyent les cœurs disposez à la crainte de Dieu, ceste crainte-là engendreroit quant et quant une obéissance,

LL Comment pouvez-vous croire, veu que vous recevez gloire l'un de l'autre, etc. Pource qu’on pouvoit trouver bien

dur et estrange, que ceux qui dés leuren-

fance avoyent esté disciples domestiques de la Loy et des Prophètes, soyent blasmez d’une ignorance si lourde, et déclarez ennemis de la vérité, et mesmes que cela pouvoit sembler estre incroyable, Christ remonstre que c’est qui les empesche qu ils ne croyent : c’est asçayoir que c’est d'autant que l'ambition leur ostoit tout bon sens et sain jugement. Çar à parle proprement aux Scribes et Sacriticateurs, lesquels estans enflez d’orgueil ne se pouvoyent assujettir à Dieu. Or voyei un excellent passage, lequel nous enseigne que la porte de la foy, est fermée à tous ceux qui ont les cœurs préoccupez d’une vaine cupidité de gloire terrienne,

rar il faut nécessairement que celuy qui veut estre réputé quelque chose en Ce monde, deviene esgaré et inconstant, en sorte que il ne tendra point à Dieu. Jamais l’homme ne se recueille pour obéir à la doctrine céleste, sinon quand il est résolu qu’il luy faut chercher en toute sa

Cnar. V. SUR S.

vie principalement d’estre approuvé de Dieu. Mais il me semble bien que la fausse présomption, de laquelle les hypocrites s’eslèvent devant Dieu, est un empeschement plus grand que n’est pas l'ambition mordaine. Or nous sçayons que les Scribes estoyent aussi grandement entachez de ce vice-là. La response est facile : car Christ leur a voulu arracher le masque de saincteté, par lequel ils abusoyent le simple populaire. Il monstre donc comme au doigt le vice le plus grossier, dont il apparoisse à chacun tout apertement qu'ils ne sont rien moins que ce qu’ils vouloyent estreestimez. D'avantage, combien que l'hypocrisie s’eslève contre Dieu, toutesfois elle est tousjours ambitieuse au monde, et devant les hommes: et qui plus est, il n'y à que ceste vanité qui nous enfle de fausse présomption, quand nous-nous arrestons plus à nostre jugement et des autres, qu'à celuy de Dieu.

Car il faut nécessairement que celuy qui se propose au vray Dieu pour son juge, tombe bas tout esperdu, et ne sentant rien en SOy-mesme sur quoy il se puisse appuyer. Ainsi donc, à ce que quelqu'un cherche la gloire qui vient de Dieu seul, il faut qu’estant confus de soy-mesme, il ait son recours à Ja miséricorde gratuite d’iceluy. Et de faict, ceux qui regardent à Dieu, se voyent damnez et Derdus, qu’il ne leur reste rien en quoy ils se puissent glorifier, que la seule grâce de Christ Une telle affection de gloire sera tousjours conjointe avec humilité. Or quant au présent passage, Christ signifie qu’il n'y a point autrement moyen que les hommes soyent disposez à recevoir la doctrine de lPEvangile, que quand destournans tous leurs sens du monde, ils les convertissent à Dieu seul, et considèrent à bon escient que c’est à luy à qui ils ont affaire, afin que mettant en oubli les flatteries, par lesquelles ils ont accoustumé de se tromper eux-mesmes, ils descendent en leurs consciences. Parquoy ce n’est point merveille si l'Evangile rencontre aujourd’huy si peu de gens dociles, veu que tous Sont transporitez d’ambition : ce n’est point merveille aussi si plusieurs se révoltent de la profession de l'Evangile, car la vanité qui est en eux

JEHAN. 115 les transporte, etles fait envoler. Et pourtant il nous faut tant plus songneusement chercher cela seul, que estans contemptibles et abjects devant le monde, et confus en nous-mesmes, nous soyons advouez entre les enfans de Dieu.

45 Ne pensez pointque je vous doyve accuser. C’est le moyen qu’il nous faut tenir envers les obstinez et endurcis, quand on ne proufite rien par doctrine et admonitions amiables : asçayoir : de. les adjourner devant le siége judicial de Dieu.

Vray est qu'il y en à bien peu qui se mocquent apertement de Dieu: mais il y en à plusieurs qui se faisans à croire que Dieu, auquel de leur costé ils font la guerre, ei résistent en ennemis, leur est propice, et se plaisent à leur aise en leurs vaines flatieries. Ainsi aujourd’huy nos Géans, qui foulent mal-heureusement aux pieds toute la doctrine de Chrise, s’enorgueillissent toutesfois aussi bravement que s’ils estoyent des plus familliers amis de Dieu. Car qui persuadera aux Papistes que la Chrestienté soit ailleurs qu’entr’eux? Tels estoyent les Scribes, contre lesquels Christ dispute yci. Combien qu’ils fussent grans contempteurs de la Loy, toutesfois ils se vantoyent magnifiquement de Moyse, en sorte qu’ils

ne faisoyent point de dificulté d’en faire leur bouclier contre Chrisé.

menacez de leur estre une forte partie, et adversaire, devant lequel ils ne pourroyent consister, il sçavoit bien qu’ils n’eussent tenu conte de tout cela. Il leur dénonce donc que c’est de la part de Moyse que l'accusation se dresse contr’eux. Or ceuxlà s’abusent qui pensent vei conclure la

différence entre l'office de Moyse, et de

Christ: pource que le propre de la Loy est de convaincre et démonstrer coulpables les incrédules, car Christ n’a point regardé à cela, mais seulement à abbatre l’asseurance de ces hypocrites qui se glorifioyent à fausses enseignes d’estre gens qui portoyent révérence à Moyse: comme si quelqu'un pour rembarer aujourd’huy les Papistes de leur baston mesme, disoit qu'ils ne auront point de plus grans ad-

versaires que les sainc{s Docteurs de VEglise, du titre desquels ils se couvrent faussement et meschamment. Au reste,

S'il les eust.

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