RL
apprenons de ceci, qu'il ne se faut pas glorifier en vain des Escritures: si nous n’honorons le Fils de Dieu par une vraye obéissance de foy, nous verrons au dernier jour autant d'accusateurs se lever à l'encontre de nous, que Dieu luy à suscité de tesmoins. Quand il dit, Qu'ils ont espérance en Moyse, il ne les accuse point de superstition, comme S'ils attribuoyent la cause de leur salut à Moyse: mais il entend qu’ils S’'appuyent à fausses enseignes sur Moyse, comme s'ils le devoyent avoir défenseur de leur meschante obstination.
AG Car si vous croyiez à Moyse, vous me croiriez. Il monstre pourquoy Moyse sera leur accusateur, asçavoir parce qu’ils rejettent sa doctrine. Or nous Sçavons qu’on ne sçauroit faire plus grande injure aux serviteurs de Dieu, que quand leur doctrine est mesprisée ou blasmée. D’avantage, il faut que ceux que Dieu a ordonnez Ministres de sa Parole, prenent aussi à cœur la cause d’icelle contre les contempteurs. Ainsi il a donné double commission à tous les Prophètes, asçavoir qu’ils fussent maistres et docteurs à salut aux fidèles, et qu’un jour par leur tesmoignage ils confondent les meschans.
Quant à ce que Christ dit, Que Moyse a escrit de luy: cela n’ha pas grand besoin de longue probation envers ceux qui recognoissent que Christ est la fin et l'âme de la Loy. Toutesfois si quelqu'un ne se contente point de cela, ains désire que les passages luy soyent monstrez, je luy conseille en premier lieu qu’il lise diligemment l’Epistre aux Hébrieux, à laquelle aussi est correspondant le sermon de S. Estienne au septième chapitre des
Car. VI.
Actes: puis après, qu’il note les tesmoignages que sainct Paul accommode à son propos. Je confesse bien qu’il y à peu de passages par lesquels Moyse face mention ouvertement de Christ: mais de quoy servoit le tabernacle, ne les sacrifices, ne toutes les cérémonies, sinon pour estre figures pourtraites selon ce premier patron qui luy avoit esté monstré en la montagne ? Ainsi sans Christ tout le ministère de Moyse s’esvanouit. D’avantage, nous voyons comment il ramène assiduellement le peuple à l'alliance des Pères, laquelle avoit esté faicte et establie en Christ : et mesme comment il constitue Christ principal poinct et fondement de ceste alliance. Et ceci n’a point esté incognu aux saincts Pères, lesquels ont tousjours eu les yeux fichez sur le Médiateur.
D’en traitter plus au long cela ne conviendroit pas bien à la briefveté à laquelle je m’estudie.
AT Mais si vous ne croyez point aux escrits, etc. Il semble que Christ se donne yci moins d’authorité qu'à Moyse. Or nous sçavons toutesfois que la voix de l'Evangile a esmeu le ciel et la terre, Héb., XIT, 26. Mais il nous faut entendre que Christ accommode son propos selon ceux à qui il parie. Car lauthorité de la Loy estoit tenue saincte entre les Juifs, sans aucun contredit: par ce moyen il ne se pouvoit faire que Christ ne fust audessus de Moyse. A ceste mesme considération se rapporte l’antithèse et l’opposition que Christ fait yei entre les escrits et les paroles. car il aggrave leur infidélité en ce que la vérité de Dieu enregistrée en forme authentique n’ha nulle authorité envers eux.