‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 15 sur 113 · D'avantage, quand nous disons que · texte numérisé non relu

D'avantage, quand nous disons que

les hommes ne sont pas justifiez par les œuvres, nous entendons les œuvres par le mérite desquelles les hommes acquie rent grace envers Dieu. Oril est ainsi que la foy n'apporte rien à Dieu, mais plustost elle présente l’homme vuide et indigent devant Dieu, afin qu’il soit rempli de Christ et de sa grâce. Parquoy c’est une œuvre passive (s’il faut ainsi parler) à laquelle nul salaire ne peut estre rétribué :

et ne confère autre justice à l’homme, sinon celle qu’elle receoit de Christ.

30 Adonc ils luy dirent, Quel signe donc fais-tu, afin que nous le voyons, et

te croyons? quelle œuvre fais-tu?

31 Nos Pères ont mangé la Manne au désert!, ainsi qu’il est escrit, I leur

a donné à manger le pain du ciel?.

32 Jésus donc leur dit, En vérité, en vérité je vous di,

Moyse ne vous «&

point donné le pain du ciel: mais mon Père vous donne le vray pain du ciel. 33 Car le pain de Dieu est celuy qui est descendu du ciel, et qui donne vie

au monde.

1) Exode,XVI, 14. 2) Ps., LXXVIII, 24.

30 Quel signe donc fais-lu, etc. Ceste x impudence rend assez suflisant tesmoignage, combien est véritable ce qui est dit ailleurs, Geste génération perverse demaude signe, Matthieu, XII, 39. L’esbahissement des miracles les avoit auparavant tirez à Christ : estans puis après derechef estonnez d’un nouveau miracle, ils ont confessé que Christ estoit le Messias : et sous ceste fiance ils le vouloyent créer Roy : maintenant ils luy demandent un signe, comme si C’estoit un homme qui leur fust incognu. D'où vient une si soudaine oubliance, sinon qu’estans ingrats envers Dieu, ils sont aveugles de leur propre malice, ayans devant leurs yeux sa vertu ? Et ne faut point douter qu'ils ne mesprisent tous les miracles qu'ils avoyent veus jusques alors, d'autant que Christ-n’obtempère point à leurs désirs, et qu’ils ne le trouvent point tel qu’ils l’a-

—oyent forgé en eux-mesmes. S'il leur eust

donné espérance de félicité terrienne, il eust esté tousjours le bien-venu envers eux, et sans contredit nommé par eux avec révérence Prophète et Messias, et le Fils de Dieu : mais maintenant, pour ce

qu’il les reprend de ce qu’ils sont trop

addonnez à la chair, ils le réputent indigne d’estre plus ouy. Etaujourd’huüy combien y en a-il de semblables? Car du commencement pource qu’ils se promettent que Christ les mignardera en leurs vices, ils empoingnent de grande affection

son Evangile, et ne demandent point qu'on

leur prouve qu’il est bon : mais quand on leur parle de renoncer à la chair, et de porter la croix, lors ils commencent à quitter Christ : ils demandent d’où est venu l'Evangile : brief, Christ n’est plus leur maistre, aussi tost qu’il ne s'accorde point à leurs désirs.

31 Nos pères ont mangé la Manne au désert, ainsi qu'il est escrit, etc.

On voit bien maintenant que Christ les à touchez là où il faloit, et mis le doigt sur leur mal, en disant qu'ils venoyent là comme bestes brutes pour remplir leur panse : car ils descouvrent ceste affection lourde et grossière, quand ils demandent un Messias qui les repaisse. Et quant à ce qu’ils louent si hautement la grâce de Dieu en la Manne, ils le font par cautèle, pour ensevelir la doctrine de Christ, par laquelle il condamnoit le soin excessif

qu'ils avoyent de la viande corruptible :

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car ils mettent à l’opposite le beau titre de louange duquel la Manne estoit ornée, quand elle est appelée le Pain céleste.

Mais quand le sainct Esprit donne un ti- tre si honorable à la Manne, de appeller le pain du ciel, ce n’est à ceste intention comme si Dieu avoit engraissé son peuple ainsi qu'un troupeau de pourceaux, et qu’il ne luy eust rien donné de plus excellent que la nourriture du corps. Parquoy ils n'ont nulle excuse quand ils rejettent malheureusement la viande spirituelle de l’âme, que Dieu leur présente maintenant.

32 En vérité, en vérité je vous di, Moyse ne vous & point donné, etc. Il semble que Christ désavouë ce qui avoit esté allégué du Pseaume : mais il parle seulement par comparaison. La Manne est appelée le pain du ciel, mais c’est pour nourrir le corps : mais le pain qu’on doit vrayement et proprement nommer Céleste, c’est celuy qui est la nourriture spirituelle de l’âme. Christ donc fait yci une opposition entre le monde et le ciel, pource qu’il ne faut chercher la vie incorruptible sinon au Royaume de Dieu. Au surplus, quand il est yci parlé du Vray pain, le mot Vérité n’est pas opposé aux figures, comme souvent ailleurs : mais Christ regarde quelle est la vraye vie de l’homme : asçavoir celle qui le fait estre différent des bestes brutes, et excellent entre les créatures. Quand il adjouste puis après, Mon Père vous donne le vray pain : Cest autant Comme s’il eust dit, La Manne que Moyse a donnée à vos Pères, n'a point apporté la vie céleste :

mais le pain céleste vous est vrayement offert maintenant. Vray est qu'il nomme son Père donateur de ce pain, mais il entend que c’est par la main du Fils que le Père le donne. Ainsi l’antithèse ne se rapporte pas à Moyse et à Dieu, ains à Moyse et à Christ. Or Cbrist fait son Père au-

theur de ce don, plustost que soy-mesme, à

afin d’estre en plus grande révérence el authorité. Comme s il disoit, Recognoissez-MOY pour ministre de Dieu, par la main duquel il veut repaistre vos âmes en vie éternelle. Mais encore il semble que ceci ne s'accorde guères bien avec la doctrine de sainet Paul, Car sainet Paul (1

Cuar. VI.

Corinthiens, chapitre X, v. 3) appelle la Manne viande spirituelle. Je respon que Christ parle selon la capacité de ceux ausquels il ha affaire : ce qui n’est pas nouveau en l’Escriture. Nous voyons comme sainct Paul parle diversement de la Circoncision. Quand il traîtte de l'institution d’icelle, il confesse qu’elle à esté un seau de la foy, Romains, chapitre IV, v. M :

mais quand il combat contre les faux apostres, il la fait plustost un seau de malédiction, Gal., V, 2 : et ce en la prenant avec les qualitez qu'ils luy attribuoyent,

et selon leur sens. Considérons que c’este /

qui a esté objecté à Christ, asçavoir qu’il pe se prouvoit point estre le Messias, sinon qu’il fournisse les siens de nourriture corporelle. Ainsi donc, ilne propose point de quelle chose la Manne a esté figure,

mais il nie que le pain duquel Moyse pais- :

soit les ventres, fust le vray pain.

33 Car le pain de Dieu est celuy qui est descendu du ciel, etc. Christ fait

ainsi son argument, Le pain céleste est

celuy qui est descendu du ciel pour donner la vie au monde : en la Manne il n’y a rien eu de semblable : et pourtant la Manne n’a point esté ce pain céleste. Cependant toutesfois il conferme ce qu’il a dit ci-dessus : asçavoir qu'il est envoyé du Père, afin qu’il nourrisse les hommes d’une façon beaucoup plus excellente que

Moyse. Vray est que la Manne est des- | cendue du ciel visible, c’est-à-dire des

nuées, mais non pas du royaume éternel de Dieu “ülont la vie descoule à nous. Et les Juifs ausquels Christ parle, ne regardoyent point plus haut qu’à ce que les ventres de leurs Pères avoyent esté bien farcis et engraissez au désert. Il appelle maintenant Le pain de Dieu, celuy qu’il avoit nommé ei-dessus, Le pain du ciel :

non pas que le pain qui nous sustente en ceste vie présente, soit d’ailleurs que de Dieu : mais pource que celuy est réputé Pain de Dieu, lequel vivifie les âmes à Jimmortalité bien-heureuse. Au reste, nous sommes enseignez par Ce passage,

que tout le monde est mort à Dieu, si-|, non enfant que Christ le vivifie : pource /!

qu'on ne trouvera la vie ailleurs qu’en *

luy. Quant à la descente du ciel, ily a deux choses à à noter : asÇavoir que Hous x, { nple ex atfe # LETAZ

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