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sus art ven LE,
Car. VI. SUR S.
!! avons une vie Divine en Christ, d'autant
qu’il est venu de Dieu pour nous estre autheur de vie: d'avantage, que la vie céleste est près de nous, en sorte qu’il ne nous est point besoin de voler par-
J EHAN.;
Rom., X, 6 :
cendu à nous, pouvoit monter là-haut.
ne ,X1V, 4 11
dessus (é nues, ne de traverser la mer, car pourtant Christ est des- !
pource que personne ne
34 Us luy dirent donc, Seigneur, donne-nous tousjours ce pain. 35 Jésus leur dit, Je suis le pain de vie : qui vient à moi n'aura point faim,
el qui croit en moy, n'aura jamais soif.
36 Mais je vous ay dit que vous m'avez veu, el si ne croyez point.
37 Tout ce que mon Père me donne, viendra à Moy :
celuy qui vient à moy.
el je ne jette hors
38 Car je suis descendu du ciel, non point pour faire ma volonté, mais la
volonté de celuy qui m'a envoyé.
39 Æt la volonté du Père qui m a envoyé est, que je ne perde rien de tout ce qu'il ma donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. 40 Aussi ceste est la volonté de celuy qui m'a envoyé, que quiconque voit le
Fils, et croit en luy, ait vie éternelle :
nier jour.
34 Donne-nous tousjours ce pain. I n’y à point de doute qu'ils parlent par ironie, c’est-à-dire en se mocquant, afin qu'ils accusent Jésus-Christ de vaine vanterie, en ce qu’il se faisoit fort de donner le pain de vie. Ainsi ces misérables en rejettant les promesses de Dieu, ne se contentans point de commettre ce seul mal, mettent Christ en leur place, comme coulpable de leur infidélité.
35 Je suis le pain de vie, etc. En pre-
- mier lieu il monstre que le pain qu’ils de-
mandoyent par mocquerie, est là devant
. leurs yeux “puis après il les tanse. Et il
ei
commence par la doctrine, afin de les monstrer tant plus convaincus d’ingrati- .tude. Oril ya deux parties en la doctrine yci proposée : car il enseigne ‘d'où. il nous faut attendre la vie, et puis ‘commentnous
X jouissons d'icelle. Nous SÇavons que C’est
qui a donné occasion à Christ d’user de métaphores et similitudes : asçavoir d'autant qu'il avoit esté fait mention de la Manne et de la nourriture ordinaire.
Mais toutesfois ceste figure est beaucoup plus propre pour enseigner les gen$ rudes et grossiers, qu'un propos simple.
Quand nous mangeons du pain pour sustenter nos corps, les hommes apperçoyvent mieux tantleur infirmité, que la vertu de la grâce de Dieu, que si sans pain Dieu faisoit comme distiller en nos corps une
et pourtant je le ressusciteray au der-
vertu secrète pour les nourrir. Ainsi ceste
'e me.
déduction et dérivation des choses du .
corps à l'âme, fait qu’on sent mieux la
grace de Christ. Car quand nous oyons ‘
que Christ est le pain duquel il faut que
nos âmes reçoyvent nourriture, ceci en-
tre mieux en OS CŒULS, que si Chris disoit Simplement qu’il est nostre vie. Toutesfois il faut noter qu’encore par le mot de Pain, exprimée la vertu vivifiante de Christ telle que nous la sentons. Car le pain ne commence pas la vie, ains quand nous l'avons il la conserve en son estat. Mais par le moyen et bénéfice de Christ la vie ne nous.est pas seulement conservée,
mais nous avons le commencement de
ser
vie. Et pourtant ceste similitude est
impropre en partie : mais il n’y à nul in- “
convénient en cela : car Christ couche ainsi son dire selon la circonstance du propos qui avoit esté tenu auparavant. Or la question avoit esté esmeue. Lequel des deux estoit le plus excellent à donner nourriture aux hommes, ou Moyse, ou Christ. C’est la mesme raison pourquoy il nomme seulement le pain: car ils luy avoyent objecté seulement la Manne : et pourtant ce luy estoit assez d’opposer un
autre pain. Au surplus, la doctrine simple <
de ce passage est, que nos âmes ne vivent point d’une vertu intérieure, c’est-à-
n’est point suffisamment
mes un avec Iuy, Jehan, XVII,
dire qu’elles ayent en elles naturellement, ains 1s empruntent \ vie de Christ. Qui vient & Moy, N aura point faim, etc. I dé- :,clare maintenant le moyen de prendre ; ceste nourriture: asçavoir quand nous recevons Christ par foy. Car il ne proufite de rien aux incrédules que Christ est le pain de vie, d'autant qu'ils demeurent tousjours vuides : mais alors Christ est iostre pain, quand nous venons à luy affamez, afin qu’il nous remplisse. 7'enir à Chr ist, et Croire, Signitient une mesme chose en ce passage : mais le premier mot est pour exprimer l'effet de la foy: asçavoir qwestans poussez par le sentiment de la faim qui presse nos âmes, nous recourons à Christ pour avoir vie. Au reste, ceux qui recueillent de ce passage que Manger Christ nest autre chose que la foy, et croire, n’argumentent pas fort proprement. Je confesse bien que nous ne mangeons point Christ autrement qu'en croyant: mais le Manger est un ef- \ fet et fruit de la foy, plustost que la foy mesme. Car la foy ne regarde point seulement Christ comme hléh éslongné de nous, mais elle le reçoit et embrasse, afin qu’il soit fait nostre, et qu’il habite en nous: elle fait que nous sommes incorporez avec [uy, que nous avons une vie commune avec luy: brief, que nous som- 21. Ceci donc est véritable, que nous mangeons Christ par la foy seule, moyennant que nous entendions quant et quant comment c'est que la foy nous conjoint avec luy.
Et qui croit en moy, n'aura jamais soif. I semble que ceci soit adjousté sans raison. Car ce n’est pas l’office du pain d’estancher la soif, comme il appaise la faim. Christ donc attribue plus au pain que sa nature ne porte. J'ay desjà dit qu'il use seulement du nom de Pain, pource qu’ainsi le requéroit la comparaison entre la Manne et la vertu céleste de
Christ, par laquelle nos âmes sont sous-
tenues en vie. Cependant, par le mot de Pain, il entend en général tout ce qui nous noürrit: et ce, selon l'usage commun de sa nation. Car les Hébrieux usent ordinairement de ce mot, Manger le pain, pour disner Ou Soupper: et quand nous demandons à Dieu nostre pain quotidien,
Cuar. VI.
nous comprenons le boire et toutes les autres parties de nostre vie. Le sens donc est, Que quiconque se retirera vers Christ pour avoir vie de luy, rien ne luy défaudra qu’il n’ait à suffisance tout ce qui est propre pour l’entretenement entier de sa vie.
36 Mais je vous ay dit que vous m'avez veu, etc. Il les reprend maintenant de ce qu’ils rejettent malicieusement le don de Dieu qui leur est offert. Or c’est un contemnement de Dieu par trop meschant, quand on rejette ce qu’on cognoist estre donné de Dieu. Si Christ ne leur eust donné à cognoistre sa vertu, et sil ne leur eust monstré ouvertement qu’il estoit venu de Dieu, la couverture d’ignorance pouvoit amoindrir leur faute: mais quand ils rejettent la doctrine de celuy, lequel auparavant ils ont confessé esire le Messias du Seigneur, c’est une vilenie extrême. Il est ras vray que les hommes ne résistent jamais teliement à Dieu de.
propos délibéré, qu’ils pensent avoir à faire à Dieu. à quoy se rapporte ce que dit S. Paul (4 Corint., If, 8) Jamais ils n’eussent crucifié le Seigneur de gloire, s'ils l’eussent cognu. Mais d'autant que les incrédules s’aveuglent à leur escient en plene lumière, à bon droict il est dit qu’ils voyent ce qui s’esvanouit incontinent de devant leurs yeux, d'autant que Satan obscurcit leurs entendemens. C’este bien un poinct tout certain, que quand Christ à dit, gwis l'ont veu. cela ne doit pas estre entendu du regard du Corps: mais que C’est pour SténiGer leur aveuglement volontaire, d'autant qu'ils le pouvoyent cognoistre tel qu’il estoit, si leur malice ne les empeschoit.
37 Tout ce que mon Père m'a donné, viendra à moy. Afin que leur incrédulité * ne dérogue rien à sa doctrine, il dit que la cause de leur obstination si grande est, qu’ils sont réprouvez, et nappartienent au troupeau de Dieu. Son intention — donc en discernant yci entre les éleus et réprouvez est, afin que sa doctrine ne jaisse point pourtant d’avoir son authorité, combien que plusieurs n’y croyent pas. Car d’un costé les meschans mesdi- * sent de la parole de Dieu, et n’en tienent conte, pource qu'ils ne sont aucunement
Cuab. VI. touchez de révérence d’icelle: et puis il y a plusieurs infirmes et ignorans qui doutent si ce que la plus grande partie du monde rejette, est la parole de Dieu.
Christ vient au-devant de ce scandale, quand il dit que tous ceux qui ne croyent point, ne sont point des siens : si tels ne trouvent point de goust en la vérité de Dieu, que ce n’est pas de merveille: mais {ant y à qu’elle est receue de tous les en-
=#ans de Dieu. En premier lieu il dit que
tous ceux que son Père luy donne, vienent à luy: par lesquels mots il entend que la foy n’est pas une chose qui dépende de la volonté des hommes, en sorte qu'indifféremment ou à laventure cestuy-ci et cestuy-là croyent: mais que Dieu élit ceux qu’il veut baïller comme de * main en main à son Fils. Car quand il Git que tout ce qui luy est donné, vient : de là recueillons que tous ne luy sont pas donnez. D’avantage, nous recueillons que Dieu ne besongne en ses éleus par une si grande efficace de son S. Esprit, que nul d’iceux ne tombe bas tout à plat. Car ce mot de Donner, vaut autant comme si Christ eust dit, Ceux que le Père élit, il les régénère, et me les donne pour estre miens à Pobéissance de l'Evangile. £t ne jette point hors celuy qui vient à moy.
Ceci est adjousté pour la consolation des fidèles, afin qu'ils s’asseurent que par la foy ils ont entrée à Christ, et qu’ils seront bénignement receus, aussi tost qu’ils se seront rangez Sous Sa protection et sauvegarde. Dont il s'ensuit que la doctrine de l'Evangile sera salutaire à tous fidèles, d'autant que nul ne se range disciple à Christ, qui ne le sente aussi et expérimente bon et fidèle precapions de son costé.
38 Car je suis descendu du CÉchi non point pour faire ma volonté, etc. C'est une confirmation de la sentence précédente, Que nous ne chercherons point
—> Christ en vain. Car la foy est une œuvre
de Dieu, par laquelle il monstre que nous sommes siens, et ordonne son Fils pro- * tecteur de nostre Salut, Or le Fils n’ha autre but, sinon d'accomplir ce que son Père luy a baïilé en charge. I] ne rejettera donc jamais ceux que son Père luy aura envoyez. Dont finalement s’ensuit, que la
SUR S. JEHAN
foy ne sera jamais inutile. Quant à ce que Christ met différence entre la volonté de
son Père et la siene, en cela il s’accom- t *°“
mode aux auditeurs: pource que comme
Ja nature des hommes est encline à des-
fiance, nous avons accoustumé d'imaginer quelque diversité, qui engendre doute. Or Christ pour couper broche à telles fantasies perverses, afferme qu’il a esté manifesté au monde, pour ratifier par effet ce que le Père a décrété de nostre salut.
39 Et la volonté de mon Père qui m'a envoyé est, etc. Il testifie maintenant que l'intention et le propos de son Père est, que les fidèles trouvent salut asseuré en Christ. dont il s'ensuit derechef, que tous ceux qui ne proufitent point en la doctrine de l'Evangile, sont réprou-
vez. Parquoy, si nous voyons qu’elle
tourne en ruine à beaucoup de gens, il ne faut point que nous perdions courage, d'autant que telles gens attirent volontairement le mal sur eux. Contentons-nous que l'Evangile aura tousjours vigueur à recueillir en salut les éleus. Que je ne perde rien de tout ce qu'il ma donné.
C'est-à-dire, Je ne le me laisseray point oster: ou, Je ne souffriray point qu’il périsse. Par lequel mot il signifie qu’il n’est
pas protecteur de nostre salut seulement} *
pour un jour, ou quelque peu de temps, mais qu’il en aura soin jusques au bout, en sorte qu'il nous conduira depuis en: | trée de nostre vocation jusques au dernier bout, et pourtant il fait yei mention de Ja dernière résurrection. Or ceste promesse nous est plus que nécessaire, cependant que nous travaillons et ahannons en ceste si grande infirmité de la chair, laquelle un chacun de nous sent assez en soy-mesme. Et de faict, le salut de tout le monde pourroit à toutes heures tomber bas, si les fidèles n’estoyent soustenus de la main de Christ pour tendre courageusement et constamment au jour de la résurrection. Ceci donc demeure imprimé en nos cœurs, que Christ nous tend la main, pour ne nous point laisser au milieu de la course, mais afin que es- {ans asseurez SOUS sa conduite, nous dressions hardiment les yeux au dernier jour. Aussi il y à une autre cause pourquoy il a fait mention de la résurrection,
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asçavoir pource que nous sommes semblables à gens morts, cependant que nostre vie est cachée, Coloss., IT, 3. Quelle différence y a-il entre les fidèles et les meschans, sinon que les fidèles estans oppressez de misères, et comme brebis destinées à la boucherie, ont tousjours un pied dedans le sépulchre ? mesme peu s’en faut qu’ils ne soyent à chacun coup engloutis de la mort. Ainsi il ne nous reste autre appuy que d'espérance et patience :
asçavoir que laissans l’estat de la vie présente, nous dressions nos esprits et tous nos sens à ce but du dernier jour, et passions par le milieu des empeschemens et destourbiers du monde, jusques à ce que finalement le fruit de nostre foy apparoisse.
40 Or ceste est la volonté de celuy qui ma envoyé, etc. Il avoit dit que son Père luy avoit commis la protection de nostre salut : maintenant il détermine aussi le moyen. Le chemin donc d’obtenir salut, c’est que nous obéissions à l’'Evangile de Christ. Vray est qu’il avoit desjà n’aguères touché ce poinct: mais il exprime mieux maintenant ce qui avoit esté dit un peu obscurément. Que si ainsi est que Dieu veut que ceux qu’il a éleus soyent sauvez par foy, et ratifie et exécute par ce moyen son décret éternel, quiconque ne se contentant de Christ, s’enquiert curieusement de la prédestination éter-
!, nelle, cestuy-là entant qu’en luy est, veut
estre sauvé sans le conseil de Dieu. L’élection de Dieu est cachée et secrète de
‘Soy-mesme : mais le Seigneur la manifeste
par la vocation, c’est-à-dire, quand il nous fait ce bien de nous appeler. Parquoy c’est estre fantastiques et enragez, quand les hommes cherchent leur salut,
Car. VI.
ou le salut des autres au labyrinthe de la prédestination, ne tenans pas le chemin de la foy qui leur est proposé. Mesme leur!
sotte spéculation n’est autre chose que s’efforcer de renverser la vertu et Peffet de la prédestination. Car si Dieu nous à éleus à celle fin que nous croyions, la foy ostée l'élection demeurera imparfaite. Or ne nous est-il point permis de rompre l’ordre et la suite du commencement avec la fin, puis que Dieu par son conseil l’a ainsi ordonné et voulu que cela allast d’un fil. Au reste, tout ainsi que par un lien indissoluble l’élection de Dieu tire avec soy la vocation : aussi quand Dieu nous a appelez avec efficace à la foy de Christ, que cela ait un tel poids envers nous, comme s’il avoit engravé son seau pour ratifier son décret touchant nostre salut. Car le
tesmoignage du sainct Esprit n’est autre {€ /
chose que le seau de nostre adoption.
Parquoy à chacun sa foy est suffisant tesmoin de la prédestination éternelle de Dieu : en sorte que ce seroit un sacrilége horrible de s’enquérir plus haut: pource que quiconque fait difficulté de souscrire au simple tesmoignage du S. Esprit, luy fait un grand outrage. I] met yci, 7’eoir et Croire, à l’opposite de ce qu’il avoit fait ci-dessus, verset 36. Car il avoit reproché aux Juifs qu’ils ne croyoyent point, combien qu’ils eussent veu. maintenant parlant des enfans de Dieu, avec le sentiment qu’ils ont de la vertu de Dieu en Christ, il conjoint l’obéissance de la foy.
Au reste, ces mots monstrent que la foy vient de la cognoissance de Christ: non pas qu’elle requière rien que la simple parole de Dieu : mais pource que si nous-nous fions en Christ, il faut que nous sentions quel il est, et que c’est qu’il nous apporte.
A1 Les Juifs donc murmuroyent de luy, pource qu'il avoit dit, Je suis le
pain, qui suis descendu du ciel.
42 Et disoyent, N'est-ce pas yci Jésus le fils de Joseph, duquel nous cognoissons le père, el la mère? Comment donc dit cestuy-ci, Je suis descendu du ciel?
43 Jésus donc respondit, et leur dit, Ne murmurez point entre vous.
44 Nul ne peut venir à moy, si mon Père qui m a envoyé ne le tire : et je le
ressusciteray au dernier jour.
45 l'est escril és Prophètes, Et seront tous enseignez de Dieu, Quiconque donc a ouy du Père, et a apprins, vient à moy.
4) Is,, LEVS 15.
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Mais c’est une trop :
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41 Les Juifs donc murmuroyent ‘de luy. L'Evangéliste monstre que le murmure veint ‘de ce que les Juifs estans scandalizez de la petitesse de Christ, et de sa condition humaine, ne concevoyent rien en luy de Divin ou céleste. combien qu'il monstre qu’ils ont eu double empeschement. Car ils s’en forgeoyent l’un d’une fausse opinion, quand ils disoyent, Cestuy-ci est fils de Joseph, duquel nous cognoissons le père et la mère.
L'autre procédoit d’un pervers jugement, qu'ils ne pensoyent point que Christ fust Fils de Dieu, d'autant qu’il estoit descendu aux hommes, prenant nostre chair.
grande malignité, si nous mesprisons le Seigneur de gloire,
d'autant qu’il s’est anéanti pour lamour
de nous; prenant forme de serviteur.
Car plustost ceci a esté un tesmoignage manifeste d’une amour infinie envers nous, et d’une grâce admirable qu'il nous à faite. D’avantage, la majesté Divine de Christ n’estoit point tellement cachée sous l’apparence contemptible et abjecte de la chair, qu’elle ne feist resplendir les rayons de sa lueur en diverses sortes. Mais ces gens grossiers et stupides n’avoyent point d’yeux pour appercevoir sa gloire toute patente. Nous aussi péchons tous les jours en toutes les deux sortes. Premièrement, ce nous est un grand empeschement, que nous ne regardons Christ que des yeux charnels : et cela fait que nous n’appercevons rien en luy de magnifique : car nous corrompons et gastons par nostre sens vicieux tout ce qui est en luy et en sa doctrine, tant nous sommes mal adroits à faire nostre proufit des choses, et les prendre de la sorte qu’il faut. D’avantage, non contens de cela, nous suyvons beaucoup de fausses imaginations, qui puis après engendrent en nous un contemnement de l'Evangile.
Mesmes plusieurs se forgent des monstres, afin de se dégouster de FEvangile, et prendre occasion de le haïr sous couleur d’iceux. Le monde donc repousse la grâce de Dieu de propos délibéré. Or l'Evangéliste exprime nomméement les Juifs, afin que nous sçachions que le murmure est venu de ceux qui se glorifioyent du titre de la foy et de l'Eglise : afin que
nous apprenions tous à recevoir Christ =
en toute révérence, quand il descend à nous : et tant plus qu’il est prochain de nous, d'apprendre de luy tant plus volontiers, afin qu’il nous eslève en la gloire céleste.
13 Ne murmurez point entre vous.
Il rejette sur eux la faute du murmure :
comme s'il disoit, Ma doctrine ne contient aucune matière de scandale : mais pource que vous estes réprouvez, elle irrite vos courages envenimez : et pourtant ne vous sent-elle rien, pource que vous avez le palais desgousté.
44 Nul ne peut venir à moy, si mon Père qui n'a envoyé ne le tire. I n’accuse pas simplement leur perversité, mais il remonstre quant et quant que c’est un don particulier de Dieu, de recevoir la doctrine proposée par luy. ce qu’il fait, afin que leur incrédulité ne trouble les infirmes. Car il y en à beaucoup qui ont ceste folie, qu’és choses de Dieu ils dépendent du regard des hommes. Aïnsi il advient qu’ils ont l'Evangile suspect, aussi tost qu'ils voyent qn'il n’est point receu du monde. D'autre part, les incrédules se plaisans en leur obstination, sont bien si hardis d condamner l'Evangile, pource qu’il ne leur aggrée point. Christ donc prononce à l’opposite, que la doctrine de l'Evangile, combien qu’elle soit indifféremment preschée à tous, ne peut toutesfois estre comprinse de tous : mais qu’il est besoin d’avoir un entendement et sens nouveau : et que pourtant la foy 7:
n’est une chose qui dépende de la volonté des hommes, mais que c’est Dieu qui la donne. Au reste, pource que 7’enir à Christ, est yei mis par métaphore et similitude, pour Croire, l’Evangéliste pour continuer sa métaphore au membre opposite, dit que ceux sont tirez, desquels Dieu illumine les entendemens, et fléchit et forme les cœurs à l’obéissance de Christ. La somme est, Qu'il ne se faut point esbahir si plusieurs ne veulent approcher de l'Evangile : pource que jamais homme ne pourra de soy-mesme venir à Christ, mais faut que Dieu le préviene par son Esprit. Or il s'ensuit de cela, que tous ne sont pas tirez, mais que Dieu fait ceste grâce à ceux qu’il à
sf
éleus. Quant à la facon de tirer, vray est qu’elle n’est pas violente, en sorte que les hommes soyent contraints par une force externe : mais toutesfois C’est un mouvement du S. Esprit avec efficace, qui fait que les hommes qui ne vouloyent point auparavant, sont faits volontaires.
Parquoy ceste sentence est fausse et profane, Que nuls ne sont tirez sinon Ceux qui le veulent estre. comme si Phomme se rendoit obéissant à Dieu de son propre mouvement. Car ce que les hommes suyvent Dieu volontairement, c’est desjà une chose qu’ils ont de luy, qui a formé leurs cœurs à son obéissance.
45 Ilest escrit ès Prophètes, Et seront tous enseignez de Dieu. Jésus- Christ conferme par le tesmoignage d'Isaïe ce qu’il a dit, asçavoir que nul ne vient à luy, s’il n’est tiré de son Père. Il dit Prophètes, en nombre pluriel, pource que toutes les Prophéties estoyent recueillies en un volume, en sorte quon pouvoit à bon droict réputer pour un seul livre tous les Prophètes. Or ce passage qui est yci allégué, est escrit au chap. LIV d’Isaïe, v. 43, où le Prophète parlant de la restauration de lEglise, luy promet des enfans enseignez sous la niaistrise de Dieu. Dont il est aisé à recueillir, que l'Eglise ne peut estre remise en son entier, sinon que Dieu prenant la charge d'enseigner, amène les fidèles à soy. Le moyen d'enseigner, duquel parle le Prophète, ne gist point seulement en Ja voix externe, mais aussi en l'opération secrète du $S. Esprit. En somme, ceste maistrise de Dieu, est lillumination intérieure du cœur. Quant à ce mot de Tous, il le faut restraindre aux éleus, qui sont seuls enfans légitimes de l'Eglise. I est bien facile maintenant de veoir comment Christ accommode ceste prophétie à la présente matière. fsaïe monstre que l'Eglise est lors vrayement édifiée, quand elle ha des enfans enseignez de Dieu. Christ donc fait une bonne conséquence, Que les hommes n'ont point d’yeux pour contempler la lumière de vie, jusques à ce que Dieu les leur ouvre. Quant et quant aussi il s’arreste : ce mot de généralité Tous : car
Car. VI.
de là il conclud que tous ceux qui sont enseignez de Dieu, sont tirez avec eflicace afin qu’ils vienent. Et à ceci se rapporte ce qu’il adjouste incontinent après, Quiconque donc a ouy. La somme est, que tous ceux qui ne croyent point, sont réprouvez, et destinez à perdition, d’autant que Dieu rend ses disciples obéissans, tous les enfans de l'Eglise, et les héritiers dela vie. Dont il s'ensuit qu’il n’y en à pas un de tous les éleus de Dieu, qui ne viene à estre participant de la foy. Parquoy, comme Christ a dit cidessus que les hommes ne sont point disposez à croire $s’ils ne sont tirez : ainsi il prononce maintenant que la grâce du sainct Esprit par laquelle ils sont tirez, est d’efficace, afin que nécessairement ils croyent. Par ces deux membres est entièrement renversée toute la puissance du Franc-arbitre, laquelle les Papistes se forgent. Car si nous commençons de venir à Christ, lors seulement que le Père nous à tirez, il n’y a en nous ne commencement de foy, ni aucune préparation.
D'autre part aussi, si tous ceux que le Père a enseignez vienent, il ne leur donne point seulement le chois de croire, mais la foy mesme. Quand done nous obéissons volontairement à l’adresse du S. Esprit, cela desjà est une partie et comme une signature de la grâce, d’autant que Dieu ne nous tireroit point, si seulement nous tendant la main il laissoit nostre
volonté suspendue en l'air. Mais lors il
est dit proprement qu’il nous tire, quand il estend la vertu de son Esprit jusques au plein effet de la foy. Ceux-là oyent de Dieu, qui se soumettent à luy de bon cœur quand il parle à eux au dedans, par ee que le S. Esprit règne en leurs cœurs. f’ient à moy. Il monstre la conjonction inséparable qu’il ha avec son Père. Car le sens est, Qu’ ne se peut faire que tous ceux qui sont disciples de Dieu, ne se rangent à Christ : et au contraire, que ceux qui rejettent Christ, sont indociles à Dieu :
seule sapience, laquelle tous les éleus apprenent en l’eschole de Dieu, est de venir à Christ. car le Père qui l’a envoyé, ne se peut désavouer s0y-mesme:
pource que la <—
Cuar. VI. SUR S.
46 Non point qu'aucun ait veu le Père, sinon celuy qui est de Dieu, cestuy-là
a veu Le Père.
#7 En vérité, en vérité je vous di, que qui croit en moy, ha vie éternelle.
48 Je suis le pain de vie.
49 Fos pères ont mangé la Manne au désert, et sont morts. 50 C’est-ci le pain qui est descendu du ciel, afin que l'homme qui en man-
gera, ne meure point.
51 Je suis le pain vif, qui suis descendu du der Si aucun mange de ce pain, il vivra éternellement : et le pain que je donneray, c'est ma chair, laquelle je
donneray pour la vie du monde.
46 Non point qu'aucun ait veu le Père, etc. Comme il a proposé ci-dessus et magnifié la grâce de son Père, ainsi maintenant il ramène songneusement à soy seul les fidèles. Car ces deux choses doyvent estre conjointes ensemble, asça-
—»Noir qu'on ne peut avoir aucune COgnois-
sance de Christ, jusques à ce que le Père illumine par son Esprit les hommes qui sont aveugles de nature : et que toutesfois on ne gaigne rien de chercher Dieu, sinon que Christ aille devant : pource que la majesté de Dieu est si haute, que tous les sens des hommes n’y peuvent atteindre. Et qui plus est, toute la cognoissance de Dieu que les hommes penseront avoir hors de Christ, ne sera qu’un abysme mortel. Quand il dit que nul ne cognoist son Père que Iuy, il signifie que cest office luy compète proprement, de manifester son Père aux hommes, lequel autrement leur est caché.
47 Qui croit en moy, ha vie éternelle.
C’est une exposition de la sentence précédente. Car nous sommes enseignez par
ces mots, que Dieu nous est lors mani-
festé, quand nous croyons en Christ. Car lors nous commençons à veoir Dieu, comme en un miroir, OÙ en son image vive et expresse, lequel autrement nous est
2, invisible. Tout ce donc qu’on nous pro-
pose de Dieu soit maudit, si ce n’est pour nous addresser à Christ. Fay desjà exposé ci-dessus que c’est de croire en Christ.
Car il ne faut point imaginer une foy confuse et vuide, laquelle despouille Christ de sa vertu : comme est celle des Papistes, qui croyent de Christ autant qu’il * leur plaist. Car pourtant obtenons-nous la vie par foy, pource que nous sçavons
que tous les points requis à la vie sont
contenus en Christ. Quant à ce qu'aucuns —-
recueillent de ce passage, que croire en Christ est autant comme Manger Christ, ou Sa chair : cela n’est pas assez ferme.
Car ces deux choses diffèrent l’une de l’autre, comme ce qui est premier d'avec ce qui S’en ensuit : Comme aussi Venir à Christ, et le boire. Car venir à luy, précède. Je confesse bién qu’on ne mange point Christ que par foy : mais la raison est, pource que par foy nous le recevons, afin qu’il habite en nous, et que nous soyons faits participans de luy, voire faits un avec luy. Parquoy le Manger est un effect ou une œuvre de la foy.
48 Je suis le pain de vie, etc. Outre ce qu’il avoit dit ci-dessus qu’il ést le pain vivifiant duquel nos âmes sont nourries, pour mieux amplifier ceci, il répète quant et quant l’antithèse ou opposition qui est entre ce Pain et la Manne ancienne, faisant aussi Comparaison des hommes ensemble. os Pères ont mangé la Manne, etc. Il dit que la Manne a esté une viande caduque à leurs Pères, laquelle ne les à point exemptez de la mort.
Il s'ensuit donc que les âmes ne trouvent ailleurs qu’en Iluy viande, par laquelle elles soyent repues en vie spirituelle. Au reste, il faut réduire en mémoire cé que j'ay remonstré ailleurs, Qu'il n’est point yei parlé de la Manne, entant qu’elle estoit une figure secrète de Christ. Car pour ce regard-là sainct Paul Pappelle viande spirituelle, 4 Corinth. chapitre X, v. 3 : mais nous avons dit que Christ accommode yei son parler aux auditeurs, lesquels ne se soucians que de repaistre leur ventre, ne regardoyent rien plus
baut en la Manne. Îl prononce donc à bon droict, Que leurs Pères sont morts :
c’est-à-dire, ceux qui semblablement estoyent addonnez à leur ventre, c’est-àdire ne pensoyent point plus haut que ce monde. Et toutesfois il les convie à manger, quand il dit qu’il est venu, afin que l’homme en mange. Car ceste manière de parler, vaut autant comme s’il disoit qu’il est prest de se donner à tous, pourveu seulement qu’ils en vueillent manger.
Quant à ce qui est dit, Que nul de ceux qui auront une fois mangé Christ, ne mourra : il faut entendre que cela est, pource que la vie qui nous est conférée par luy, ne prend jamais fin : comme nous avons veu au cinquième chapitre.
51 Je suis le pain de vie, qui suis descendu du ciel, etc. I répète souvent une mesme chose, d'autant qu'il ny a rien plus nécessaire d’estre cognu : et un chacun sent bien en soy-mesme combien difficilement nous y adjoustons foy, et combien aiséement et soudainement il nous escoule et vient à estre mis en oubli. Nous appétons tous la vie, mais pour la chercher, nous procédons follement et à rebours, ne faisans que vaguer par divers circuits : et quand elle est offerte, la plus grande partie la rejette par desdain.
Car qui est celuy qui ne se forge vie hors de Christ? et combien y en a-il qui se contentent de Christ seul? Ceste répétition donc n’est point superflue, quand Christ afferme tant de fois que luy seul suffit pour donner la vie. Car il s’attribue ce titre de Pain, et non à autre, afin d’arracher de nos cœurs toutes espérances de vivre que les hommes imaginent et inventent. Il appelle maintenant Pain vif, lequel il a ci-dessus nommé Pain de vie, asçavoir en mesme sens que s’il eust dit, Pain vivifiant. Il ramentoit bien souvent Ja descente du ciel, pource que la vie spirituelle et incorruptible ne se trouvera point en ce monde, duquel la figure passe bien tost, et s’esvanouit, mais seulement au Royaume céleste de Dieu. Toutes fois et quantes qu’il met le mot de Manger, il nous exhorte à la foy, laquelle seule fait que nous tirons vie de ce pain, et non sans cause. Car il y en a bien peu qui daignent estendre la main pour mettre ce
Cuar. VI.
pain en leur bouche : et mesme quand le Seigneur leur met jusques en la bouche, il y en a bien peu qui le goustent : mais les uns se remplissent de vent, les autres semblables à Tantalus, meurent de faim auprès de la viande, par leur folie. Æt Le pain que je donneray, c'est ma chair.
Pource que ceste vertu secrète de donner vie, de laquelle il a parlé, pouvoit estre rapportée à son essence Divine, il descend maintenant au second degré : et monstre que ceste vie a esté mise en sa chair, afin qu’on la puise de là. Voyci à la vérité un conseil admirable de Dieu, qu’il nous a proposé la vie en ceste chair, où premièrement il n’y avoit que matière de mort.
Et par ce moyen il prouvoit à nostre infirmité, quand il ne nous appelle point par- -dessus les nues pour jouir de la vie,
mais la desploye en terre, ne plus ne moins ‘ wi x
que s’il nous eslevoit aux secrets de son Royaume. Cependant, corrigeantl’orgueil de nostre esprit, il esprouve l’humilité et obéissance de nostre foy. Il veut que pour chercher la vie, nous-nous arrestions à sa chair, qui est contemptible en apparence. Mais on fait à l’opposite une objection, Que la chair de Christ ne peut donner la vie, d’autant qu'icelle a esté sujete à mourir, et maintenant n’est point immortelle de soy: d'avantage, que ce n’est pas une chose qui conviene à la nature de la chair, qu’elle vivifie les âmes.
Je respon, que combien que ceste vertu procède d’ailleurs que de la chair, toutesfois cela n’empesche point que ce titre ne luy compète proprement. Car comme Ja Parole éternelle de Dieu est la source de vie (Jehan, I, 4) ainsi sa chair est comme le canal qui espand et fait descouler jusques à nous la vie, laquelle réside intérieurement en sa Divinité. Et en ce sens elle est appelée Vivifiante, d'autant qu’elle nous communique la vie, aquelle elle emprunte d’ailleurs. Ceci ne sera pas difficile à entendre, si nous considérons qui est la cause de la vie, asçavoir la justice.
Or combien que la justice viene de Dieu seul, nous n’en trouverons point toutesfois la plene manifestation ailleurs qu’en la chair de Christ. Car en icelle la rédemption des hommes a esté accomplie : en icelle le sacrifice a esté offert pour effa-
AA ac.
Cnae. VI. SUR $.
cer les péchez, l’obéissance rendue à Dieu, par laquelle il fust appaisé envers nous : icelle aussi a esté rem -e de la sanctification du sainct Esprit : icelle finalement après avoir vaincu la mort a esté eslevée et receue en la gloire céleste.
Il s'ensuit done que toutes les parties requises à la vie ont esté là mises, afin que nul n'ait cause de se plaindre qu’il est privé de la vie, allégant qu’elle est cachée et eslongnée des hommes. Laquelle je donneray pour la vie du monde. Ce mot Donner, est prins en diverses sortes.
La première donation de laquelle il a parlé auparavant, se fait tous les jours, toutes fois et quantes que Christ se pré-
sente à nous : au second lieu, le mot de Donner, dénote la donation unique qui a esté faite en la croix, quand il s’est offert en sacrifice à son Père. Car lors il s’est exposé à la mort pour la vie des hommes :
maintenant il nous convie à recevoir le fruit de sa mort. Car il ne nous proufiteroit de rien que ce sacrifice ait esté une fois offert, si nous n’estions maintenant repeus de ce sainct banquet. Au reste, il nous faut noter que Christ s’attribue l'office d'offrir en sacrifice sa chair. Dont il appert comment les Papistes se souillent d’un malheureux sacrilége, quand ils usurpent en leur Messe ce qui a esté propre à ce Sacrificateur unique.
52 Les Juifs donc débatoyent entr eux, disans, Comment nous peut cestuy-ci
donner sa chair à manger ?
53 Lors Jésus leur dit, En vérité, en vérité je vous di, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne beuvez son sang, vous n'avez point vie en