VOUS
54 Qui mange ma chair, et boit mon sang, il ha vie éternelle : et je le res-
suscileray au dernier jour.
55 Car ma chair est vrayement viande, et mon sang est vrayement bruvage.
56 Qui mange ma chair, et boit mon sang, Ù demeure en moy, et moy en luy.
01 Comme le Père vivant ma envoyé, aussi je vi à cause de mon Pere : et celuy qui me mangera, vivra aussi à cause de moy.
08 C'est-ci le pain qui est descendu du ciel : non point comme vos Pères ont mangé la Manne, et sont morts. qui mange ce pain, il vivra éternellement.
52 Les Juifs donc débatoyent entr'-|dement, lesquels sans considérer laudace eux, disans, etc. I nomme les Juifs de- ; et importunité de débatre, lesquelles seurechef, non pas par honneur, mais pour | les l'Evangéliste condamne, s’arrestent à
leur reprocher leur incrédulité, d'autant qu’ils ne reçoyvent point ceste doctrine familière touchant la vie éternelle : ou pour le moins ne s’enquièrent pas modestement de la chose, si elle leur est encore obscure et douteuse. Car ce qu’il dit quûus débatoyent, est un signe de mespris et d’obstination : et ceux qui disputent ainsi par contention, se ferment eux-mesmes le chemin pour parvenir à la cognoissance de vérité. Et toutesfois ce qui est reprins en eux, ce n’est pas sim plement de s’estre enquis du moyen. Car si ainsi estoit, la mesme répréhension auroit aussi lieu en Abraham, et en la Vierge bien-heureuse, Gen. XV, 2. Bue, 1, 34. Ceux-là donc, ou se trompent par ignorance, ou ne procèdent pas fort ron-
crier contre le seul mot de Comment : comme s’il n’eust point esté loisible aux Juifs de s’enquérir de la manière de manger la chair de Christ. Mais certes ceci doit estre plustost imputé à lourderie et bestise, qu’attribué à obéissance de foy, si à nostre escient nous tenons entortillées les difficultez et doutes, lesquelles la parole du Seigneur nous démesle. Parquoy non-seulement il est licite de s’enquérir de la manière de manger la chair de Christ, mais aussi il est besoin que nous l’entendions entant qu’elle est déclarée en l’Escriture. Laissons ceste couleur d’humilité plus que fière et rebelle, De ma part, je me contente de ce seul mot de Christ, quand il prononce que s@ chair est vrayement viande : à tout le
reste je ferme volontiers les yeux. Voire, comme si les hérétiques n’auroyent pas autant de couleur, quand ils viendroyent dire qu’ils sont contens d'ignorer que Christ soit conceu du S. Esprit, pource qu'ils leur suffit de croire qu’il est la semence d'Abraham, et ne s’enquièrent point plus outre. Seulement il nous faut tenir ceste modération és œuvres secrètes de Dieu, que nous n’appétions point de plus sçavoir qu’il ne détermine par sa parole.
53 En vérité, en vérité je vous di, si vous ne mangez, etc. Un juste despit que Christ à eonceu, luy a fait faire ce . Serment, quand il voyoit sa grâce estre rejettée d'un si orgueilleux mespris. Car iln'use point maintenant d’une simple doctrine, mais il adjouste aussi les menaces pour leur donner frayeur. Car il dénonce perdition éternelle à tous ceux qui auront refusé de chercher vie en sa chair : comme s’il disoit, Si vous avez ma chair en mespris, je veux bien que vous sçachiez qu’il ne vous reste aucune espérance de vie. C’est une vengence qui est appareillée à tous contempteurs de la gràce de Christ, qu’ils périront malheureusement avec leur orgueil. Et voylà comment il les faut presser d’une sévérité préciséement, afin qu'ils ne se flatent plus. Car si nous menaçons de mort les malades qui refuseront les remèdes, que fautil au pris faire aux meschans, quand ils s'efforcent d’abolir la vie mesme, entant qu’en eux est? Quand il dit {a chair du Fils de l'homme, cela emporte poids et une signifiance expresse. Car il taxe leur mespris, qui procédoit de ce qu'ils le voyoyent semblable aux autres hommes.
Le sens donc est, Mesprisez-moy tant que bon vous semblera, à cause du regard contemptible de ma chair : toutesfois en ceste Chair contemptible est enclose la vie, de laquelle si vous-vous privez, ne pensez pas trouver ailleurs chose qui vous vivifie. Les anciens ont en cest endroit failli lourdement, quand ils ont pensé que les petis enfans estoyent frustrez de la vie éternelle, si l'Eucharistie, c’est-à-dire la Cène, ne leur estoit distribuée. Car il n’est point yci parlé de la Cène, mais de la communication perpétuelle de la chair
| de Christ, que nous avons hors l'usage
Caar. VE.
de la Cène. Ceux de Bohême aussi n’ont pas allégué ce passage bien à propos, pour prouver que tous en général doyvent indifféremment user de la coupe.
Quant aux petis enfans, l'institution de Christ leur défend de participer à la Cène, d'autant qu’ils ne se peuvent pas encores esprouver, ne célébrer la mémoire de la mort de Christ. La mesme institution et ordonnance de la Cène fait la coupe commune à tous, aussi bien que le pain.
Car il commande que nous en beuvions tous. ;
54 Qui mange ma chair, et boit mon sang, il ha vie éternelle, ete. C’est une répétition, mais qui n’est point superflue.
Car il conferme ce qui estoit difficile à croire, asçavoir que les âmes sont ne plus ne moins repeues de sa chair et de son sang, que le cors est substanté de manger et boire. Tout ainsi donc qu’il a m’aguères testifié qu’il ne reste que la mort à tous ceux qui cherchent la vie ailleurs que en sa chair, aussi il incite mantenant tous les fidèles à concevoir une bonne espérance, quand il leur promet la vie en ceste mesmé chair. Or il nous faut voter qu’il accouple si souvent la résurrection avec la vie éternelle, pource que nostre salut sera caché jusques à ce jour-là. Nul donc ne peut sentir ce que Christ nous donne, sinon que s’eslevant par-dessus ce monde, il mette devant ses yeux la résurrection dernière. Il appert clairement par ces paroles, que tout ce passage est mal exposé de la Cène. Car s’il estoit vray, que tous ceux qui se présentent à la saincte table du Seigneur, fussent faits participans de sa chair et de son sang, tous remporteroyent semblablement la vie. Or nous sçavons qu’il y en a plusieurs qui la prenent à leur condamnation. Et de faict, c’eust esté une chose inepte et hors de propos, de traitter dela Cène lorsqu'il ne Pavoit encore instituée. Il est certain done qu'il traitte de la manière perpétuelle et ordinaire de manger la chair de Christ, qui se fait par la foy seulement. Toutesfois je confesse quant et quant que rien n’est yci dit qui ne soit figuré et vrayement donné aux fidèles en la Cène : et mesme Christ a voulu que sa sainete Cène fust comme un
Cuar. VI. SUR $.
seau et confirmation de ce sermon. Et c’est la raison pourquoy S. Jehan ne fait nulle mention de la Cène. Et pourtant S. Augustin suit l’ordre égitime, quand en exposant ce chapitre, il ne touche rien de la Cène, jusques à ce qu’il viene à la fin. Et lors il monstre que ce mystère est représenté en figure, toutes fois et quantes que les Eglises célèbrent la saincte Cène, en quelques lieux tous les jours, és autres seulement les dimanches.
55 Ma chair est vrayement viande, etc. I conferme le mesme par autres paroles : asçavoir que tout ainsi que le corps se débilite et assèche par faute de manger : aussi si l'âme n’est repeue du pain céleste, incontinent elle mourra de faim.
Car en affermant que sa chair est vrayement viande, il signifie que les âmes sont affamées si ceste viande leur défaut. Lors
. donc nous trouverons la vie en Christ,
quand nous cherchons la matière d'icelle vie en sa Chair. Ainsi nous-nous devons vanter avec S. Paul, que nous ne tenons rien pour excellent que Christ crucifié, A Cor., Il, 2: pource qu’aussi tost que nous-nous destournons du sacrifice de sa mort, nous ne pouvons rien rencontrer
que la mort : et n’y a point d'autre chemin
2 par le uel il ! nous amène au sentiment de
eslevez au ciel :
sa Vertu Divine, que par.sa mort et résurrection. ET pourtant, émbrassons Christ
, serviteur du Père, afin qu'il se monstre ? envers nous Prince de vie, Isaïe XLI, ?
Car nous sommes enrichis d’abondance de tous biens, parce qu’il s’est anéanti Soy-mesme, Phil., II, 7: son abbaissement et sa descente aux enfers nous a en soustenant la malédiction de la croix, il a dressé l'enseigne -, de nostre justice comme un mémorial ma- “gnifique de la victoire, 2 Cor., VII, 9.
Ceux-là donc ne sont pas S bons et droits expositeurs du mystère de la Cène, qui
em} de destournent les à âmes de la chair de Christ.
Mais pourquoy est-ce que Christ à fait mention à part de son sang, veu qu’il est contenu sous la chair? Je respon qu’il a eu esgard à nostre rudesse. Car quand il exprime distinctement le manger et le boire, il nous donne à entendre que la vie.
qu’il donne est parfaite et accomplie de tous points : afin que nous n’imaginions
point une vie à demi seulement ou imparfaite: comme s’il disoit que nous n’aurons faute d'aucun poinct requis à la vie, moyennant que nous mangions sa chair, et beuvions son sang.
ausSi en la Cène, qui est correspondante à ceste doctrine,-non content du signe du pain, il adjouste quant et quant la coupe,
afin qu’ayans en luy double signe et gage, nous apprenions à nous contenter de luy seul. Car jamais homme ne trouvera un poinet de vie en Christ, smon celuy qui aura pour toutrésolu qu'il ha entièrement toute sa vie en luy.
56 Qui mange ma chair et boit mon sang, il demeure en moy, et moy en luy. C’est une autre confirmation. Car comme ainsi soit que luy seul ait la vie en Soy, il monstre comment nous en pourrons jouir : asçavoir que nous mangions sa chair: comme sil disoit qu'il n’est point autrement fait nostre, que quand nostre foy s’adresse à sa chair. Car celuy qui mesprise humanité de Christ, ne parviendra jamais jusques à sa Divinité.
Parquoy, si nous voulons avoir part avec Christ, il nous faut garder sur toutes choses de desdaigner sa chair. Quand il dit qu'il demeure en nous, cela vaut autant comme s’il disoit que le seul lien d’unité, et le moyen par lequel il est fait un avec nous, est, que nostre foy se repose sur sa mort. Au surplus, on peut derechef recueillir de ceci, qu’il n’est point yci parlé du signe externe, lequel plusieurs infidèles reçcoyvent avec les fidèles, et toutesfois demeurent séparez de Christ.
D’avantage, on peut réfuter par ceci Ja resverie de ceux qui disent que Judas a aussi bien receu le corps de Christ que les autres Apostres, quand Christ leur donna le pain à tous. Car tout ainsi que c’est une ignorance de restraindre ceste doctrine au signe extérieur, aussi faut-il retenir ce que j’ay dit auparavant, que la doctrine qui est yci traittée est seellée et confermée en la Cène. Or il est certain que Judas ne fut jamais membre de Christ: d'avantage, c’est une chose plus qu’absurde d'imaginer la chair de Christ comme morte et vuide du sainct Esprit :
finalement, c’est une mocquerie de songer quelque moyen de manger la chair de
Semblablement MALE
Christ sans Foy: veu que la seule foy est la bouche (par manière de dire) et l’estomach de âme.
57 Comme le Père vivant ma envoyé, etc. Jusques yei Christ à traitté comment il faut que nous soyons faits participans de Ja vie: maintenant il vient à parler de la cause principale, d'autant que la première source de vie est en son Père. Au reste, il prévient l’objection qu’on eust peu faire : pource qu’il pouvoit sembler qu’il ostast à Dieu ce qui luy appartient, quand il se faisoit cause de la vie. Il se fait donc tellement autheur de vie, que cependant il accorde que ce qu’il administre aux autres, luy est donné d’ailleurs. Or il nous faut noter que ce propos aussi est accommodé à la capacité de ceux ausquels Christ parloit. Car il fait comparaison entre son Père et luy, seulement au regard de sa Chair. Car combien que le Père soit le commencement de vie, toutesfois la Parole éternelle est ellemesme aussi proprement Vie. Mais il n’est pas yci parlé de la Divinité éternelle de Christ : car il se propose tel qu’il s'est manifesté au monde, estant vestu de nostre chair. Quand donc il dit qu’il vit a cause de son Père, Cela ne compète pas à sa Divinité nue : et aussi ne convient point simplement et à part à sa nature humaine : mais c’est un titre du Fils de Dieu manifesté en chair. D’avantage, nous sçavons que ce n’est point une chose nouvelle à Christ, d'attribuer au Père tout ce qu’il avoit de Divin en soy. Au reste, il nous faut noter qu’il met yci trois degrez de vie. Au premier, est le Père vi-
Caar. VI.
vant, qui est la source, mais eslongnée et cachée de nous. Le Fils vient après, qui nous est comme une source ouverte, et par laquelle la vie descoule jusques à nous. La troisième, est la vie que nous tirons de luy. Nous entendons maintenant la somme. Pource que Dieu le Père, en qui réside la vie, est bien loin de nous, Christ est comme mis entre-deux, qui est la seconde cause de vie: afin que de là ce qui demeureroit autrement caché en Dieu, parviene jusques à nous.
58 C’est-ci le pain qui est descendu du ciel: non point comme vos Pères, etc. I retourne à la comparaison qu’il avoit faite entre la Manne et sa chair, et par laquelle il avoit commencé. Car il luy faloit ainsi conclure son propos, Il n’est point question que vous veniez préférer Moyse à moy, pource qu’il a nourri vos Pères au désert, veu que je vous donne une viande beaucoup plus excellente : car
japporte la vie céleste avec moy. Car
(comme il a esté dit ci-dessus) le pain est dit estre descendu du ciel, lequel ne sent rien de terrien ou corruptible, mais tient de l’immortalité du Royaume de Dieu. Ceux qui estoyent seulement attentifs à repaistre leurs ventres, n’ont point expérimenté une telle vertu en la Manne.
Car comme ainsi soit que la Manne eust double usage, les Juifs toutesfois, contre lesquels Christ débat yei, n’y considéroyent autre chose qu’une viande pour nourrir le corps. Or la vie de l’âme n’est point caduque, mais elle proufite de bien en mieux, jusques à ce que l’homme soit entièrement renouvelé.
59 Z{ dit ces choses en la synagogue, en enseignant en Capernaüm.
60 Plusieurs donc de ses disciples,
dure: qui la peut ouir ?
l'ayans ouy, dirent, Ceste parole est
61 Mais Jésus scachant en soy-mesme que ses disciples murmuroyent de cela,
leur dit, Cela vous scandalise-il ?
62 Que sera-ce donc sè vous voyez le Fils de l’homme monter où il estoil
premièrement ?
63 C'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne proufite rien : les paroles que je
vous di, sont esprit et vie :
64 Mais ily en a aucuns d’entre vous qui ne croyent point. Car Jésus scavoit dés le commencement qui seroyent ceux qui ne croiroyent point, et qui seroit
celuy qui le trahiroit, 1) Ou, rude,
so
Gnar. Vs Lt. SUR S.
59° ZL dit ces choses en la synagoque, en enseignant, etc. Sainct Jehan marque le lieu, afin que nous sçachions que beaucoup de gens y estoyent présens:
d'avantage, qu’il avoit là fait un sermon comme d’une chose grave et de grande importance.}Toutesfois il s'ensuit incontinent après, que d’une si grande multitude à peine y eust-il quelque peu de gens qui en feissent leur proulit : et qui pis est, ceste doctrine a esté occasion de révoltement à beaucoup qui faisoyent profession d’estre disciples de Christ. Si l'Evangéliste eust dit qu’il y en eut seulement aucuns offensez, desjà cela devoit estre réputé comme un monstre : mais quand ils se dressent contre luy à grans troupes , et conspirent ensemble, quel acte dirons-nous que c’est ? Parquoy imprimons vivement en nos cœurs ceste présente histoire, afin qu’il ne nous adviene jamais de murmurer contre Christ quand il parle : et si nous appercevons aujourd’huy quelque chose semblable és autres, que leur orgueil ne trouble point nostre Foy.
60 Ceste parole est dure. Mais plustost la dureté estoit en leurs cœurs, et non point en la parole. Mais c’est la coustume des malins; que de la parole de Dieu ils en font des monceaux de pierres, pour s’abeurter à l'encontre. Et comme ainsi soit que par leur obstination endurcie ils se jettent furieusement contre Christ, ils se plaignent que sa parole est dure, laquelle les devoit plustost amollir.
Car quiconque se soumettra en vraye humilité à la doctrine de Christ, ne trouvera aucune dureté ni aspreté en icelle :
mais aux incrédules qui s'opposent o0bstinéement à l'encontre elle leur sera comme un marteau brisant les pierres : ainsi que le Prophète l'appelle, Jérém. XXII, 29. Au reste, comme ainsi Soit que nous ayons tous naturellement une telle dureté, si nous jugeons de la doctrine de Christ selon nostre sens et raison humaine, autant de paroles que nous y trouverons, ce nous seront autant de propos estranges et incroyables. Parquoy il ne reste sinon qu’un chacun se recommande à l’addresse et gouvernement du sainct Esprit, afin qu'il escrive en letres
bien gravées dedans nos cœurs, ce qui autrement ne pourroit pas seulement entrer en nos aureilles. Qui la peut ouir ?
Nous voyons yei combien l'inerédulité est maligne : Car ceux-ci qui d’une impiété rejettent malheureusement la doctrine de salut, ne se contentent point de s’excuser, mais sont si hardis de mettre le Fils de Dieu en leur place comme coulpable, et le prononcer indigne d’estre ouy. Ainsi aujourd’huy les Papistes non-seulement rejettent audacieusement l'Evangile, mais quant et quant esclattent en blasphèmes horribles, afin qu'il ne semble pas que ce soit sans cause qu’ils résistent à Dieu. Mais veu qu’ils appètent les ténebres, il ne se saut pas esbahir si Satan les abuse par illusions, leur forgeant des monstres estranges, là où il n’y a que le beau plain chemin. Mais ce que ceux-là ne peuvent porter, pource qu’ils ne font que tempester par leur folie et fnrie, nonseulement sera tolérable aux humbles et dociles, mais aussi les redressera et soustiendra. Cependant les réprouvez ne feront autre chose par leurs propos bruyans et outrageux, qu'amasser sur leurs testes un jugement plus horrible.
61 Mais Jésus scachant en soy-mesme que ses disciples murmuroyent de cela, etc. Christ sçavoit bien que le scandale conceu par les réprouvez, ne pouvoit estre osté. Car pour dire à la vérité, la doctrine de Christ ne les ‘blesse pas tant, qu’elle descouvre la playe pourrie qu'ils couvoyent et nourrissoyent en leurs cœurs. Toutesfois 1 à voulu en toutes façons essayer s’il n’y avoit point encore quelqu'un de ceux qui avoyent esté offensez, qui ne fust pas du tout incorrigible : et quant aux autres leur fermer la bouche. En les interrogant, il signifie qu’ils n’ont aucune raison de se scanda-.
lizer, ou pour le moins que la matière du scandale n’est point en la doctrine.
Ainsi faut-il réprimer l’impudence de ceux qui mesdisent de la parole de Dieu, n’ayans rien qui leur en donne occasion qu’une rage dont ils sont pleins comme mastins : et aussi chastier la folie de ceux qui se ruent témérairement et inconsidéréement contre la vérité. Il dit que Christ a sceu en soy-mesme : d'autant qu’iceux
n’avoyent encore franchement déclaré ce qui les faschoit, mais seulement ils grondoyent entre leurs dents. Il prévient donc leurs complaintes couvertes. Si quelqu'un objecte, que leur plainte n’estoit guère difficile à cognoistre, veu qu’en termes exprès ils rejettoyent la doctrine de Christ. Je confesse bien que les paroles que sainct Jehan a récitées ci-dessus, sont assez claires : mais je di quant et quant, qu’ils ne les ont pas dites tout haut, ains qu’à la façon des gens qui se desgoustent de quelque chose et n’en veulent plus, ils ont jetté ces propos de murmures entr’eux, et fait un bruit sourd.
Car s'ils eussent communiqué ceci à Christ, et parlé à luy, il ÿ eust eu beaucoup meilleure espérance : d'autant qu’il eust eu occasion de les enseigner : mais quand ils Mmurmurent à part, et grondent entre leurs dents, ils se ferment le chemin pour apprendre. Or donc quand nous n’entendons pas du premier coup quelle est l'intention du Seigneur, il n’y a rien meilleur que d'aller droit à luy, afin qu’il nous démesle toutes les difficultez. Ceci vous scandalize-il? 11 semble que Christ augmente plustost vei le scandale, que il ne l’oste. Toutesfois si nous considérons de bien près la cause du scandale, il y avoit en ceste sentence assez de quoy appaiser les cœurs. La basse et abjecte condition de Christ, laquelle ils voyoyent
devant leurs yeux, en ce qu’estant vestu
de ceste chair, il ne différoit en rien des autres hommes, les empeschoit de donner lieu à sa vertu Divine : mais maintenant ostant la considération de ce qui apparoissoit, qui estoit comme un voile devant leurs yeux, il les appelle à la contempla-
-tion de sa gloire céleste : comme s’il di-
soit, Pource que je converse entre les | hommes n’estant pas en honneur, je vous suis Contemptible, et vous né recognoissez en moy rien de Divin : mais asseurez vous qu il adviendra bien tost après Ceci, que! [Dieu m’ornera d’une vertu magnifique, et me retirant de cest estat contemptible de la vie mortelle, m’eslèvera haut par-dessus tous les cieux. Car en la résurrection de Christ la puissance du sainct Esprit s’est démontrée telle et si grande, que par icelle il a esté ouverte-
Cuar. VL
ment déclaré que Jésus-Christ estoit Fils de Dieu : comme aussi sainct Paul remonstre, Rom., 1}, 4. Et quand il est dit au Pseaume Il, 1} Tu es mon Fils; je (’ay aujourd huy engendré : la résurrection est mise en avant Comme un tesmoignage suflisant, par lequel on à deu cognoistre ceste gloire de Jésus-Christ.
Ûr ce qu’il est monté au ciel, a esté l’accomplissement de ceste gloire. Ce qu'il | dit qu’il estoit premièrement au ciel, ne convient pas à son humanité proprement :
et toutesfois il parle du Fils de l’homme.
Mais c'est une manière de parler qu'on ne doit pas trouver nouvelle ou estrange, veu que deux natures font une seule personne en Christ, de transférer à une nature ce qui est propre à l’autre. .) 63 C’est l Esprit quivivifie, la chair ne proufite de rien: les paroles que je, etc. Christ monstre par ces paroles, que pourtant sa doctrine ne proufitoit nullement envers les Juifs, pour qu’icelle estant spirituelle et vivifiante, ne‘trouvoit point des aureilles bien préparées. Mais d'autant que ce passage a esté exposé en diverses sortes, en premier lieu il est besoin que nous entendions quel est le sens naturel des paroles. Et de là il sera aisé à comprendre l'intention de Christ.
(Quant à ce qu'il dit que la chair ne proufite rien : Chrysostome l’a mal exposé, selon mon jugement, le rapportant aux Juifs qui estoyent charnels| Je confesse bien que toute la vertu de l’entendement humain esvanouit et défaut ès mystères célestes : mais les paroles de Jésus-Christ nemportent pas ce sens, si on ne les y fait venir par force. FFT puis quand on viendra au second membre qui est mis à l’opposite, ce sens y seroit autant contraint, asçavoir que Pillumina- | lon de PEsprit vivilie. Je n "approuve * ‘non plus l’opinion de ceux qui disent que la chair de Christ proufite entant qu’elle a esté crucifiée : mais qu’estant mangée elle ne nous apporte rien : car plustost au contraire il la faut manger, afin qu'ayant esté crucifiée elle nous proufite, ! Sainct Augustin pense qu'il faut suppléer ce mot Seule. ét à part : comme s’il estoit dit, La chair seule et de soy ne proufite de rien, pource qu’il la faut conjoindre
: qu’elle est spirituelle ? ? Pourtant quiconque
D ne
ae
ituelle de foy.
Cuae. A
RP simplement à la Rp de manger. Il n’exclud point donc indifféremment toute utilité, comme si on n’en pouvoil recevoir aucune de sa chair :
mais il dit que si on la sépare d'avec l'Esprit, lors elle sera “inutile. Car d'où
vient. que la. chair vivifie, sinon pource
s’arreste en la nature terrestre de la chair, ne trouvera rien en elle qui ne soit mort : mais ceux qui lèveront leurs veux en la vertu de l’Esprit, qui est espandue sur la chair, sentiront par vray effet et expérience de la foy,. que ce n’est point | c sans cause que ceste” chair est appelée vivifiante. Nous entendons maintenant comment la chair de Christ est vrayement viande et toutesfois ne proufite de rien.
Car elle est viande, pource que la vie nous est acquise par icelle : pource qu'en icelle Dieu a esté appaisé envers nous :
pource qu’en icelle nous avons toutes
les parties de salut accomplies : elle ne proufite de rien, si elle est estimée par son origine et nature : car la semence d'Abraham, qui de sOy est sujette à mort, ne donnera point la vie : mais elle prend de PEsprit ce dont nous pouvons estre
repeus. Et pourtant aussi de nostre costé,
à ce que nous en soyons vrayement nourris, il nous faut apporter la bouche Spi- Quant à ce que ceste sentence est tranchée si court, il est bien à présumer que cela s’est fait pource que Christ a bien veu qu’il faloit ainsi procéder avec les incrédules. Ainsi par ceste briefve conclusion il a voulu tout court mettre fin à son propos, d'autant qu'ils n'estoyent pas dignes qu’il parlast plus longuement à eux. Cependant il n’a point laissé d’avoir esgard à ceux qui estoyent fidèles et dociles : car ils ont yei en peu de paroles de quoy se contenter suflisamment,|Les paroles que je vous di, sont, etc. il fait allusion à la sentence précédente. Car il prend yci ce mot d’Æsprit, en autre sens. Mais pource qu’il avoit parlé de la vertu secrète du sainct Esprit, il transfère ceci d’une bonne grâce à sa doctrine, disant qu’elle est spirituelle, Car il faut résoudre le mot
one S. JEHAN.
d’Esprit, en spirituelles. Au reste, la pa- ‘ role est appelée spirituelle, laquelle nous afin que nous ; cherchions Christ par] la guide et conduite ‘7% 7
HE FT, , ua LE € PRE J': ç L
/ Le du sainct Esprit en sa gloire céleste, par © fe Sr ;
)ù Lesté dit,
appelle là haut au ciel,
foy, et non point par nostre sens charnel.
Car nous sçavons que de tout ce qui a il n’y à rien qui puisse estre comprins que par foy. Semblablement ceci est bien digne d’estre noté, qu’il conjoint la vie avec l’Esprit. II appelle sa parole Vie, À cause de son effect, comme s’il Pappeloit vivifiante : maïs il monstre qu’elle ne sera point vivifiante, sinon à
ceux qui la reçoyvent spirituellement :
car les autres en tireront plustost la à
mort. ; Quant aux fidèles, ce titre de louange qui est attribué à V'Evangile leur est plein de douceur, pource que là ils sont certains qu'il leur est destiné à salut éternel. Quant et quant toutesfois ils sont admonestez de tascher à se monstrer bons disciples.
T64 Mais il y en à aucuns d'entre vous, etc. Il leur impute derechef la faute, pource qu’estans desprouveus de PEsprit, ils corrompent faussement sa doctrine, et par ce moyen la tournent à leur ruine. ) : Car autrement ils pouvoyent 0bjecter, Il est bien vray que tu te vantes que tout ce que tu dis est vivifiant : mais nous ne sentons rien de tout cela. I dit donc qu’ils s’empeschent eux-mesmes.
Car l’incrédulité comme elle est tousjours fière et orgueilleuse, n’entendra jamais rien és paroles de Christ, lesquelles elle desdaigne et mesprise. Parquoy si nous voulons aucunement proufiter sous ce Maistre, apportons nos cœurs bien disposez pour l’escouter. Car si humilité et révérence ne nous donnent ouverture à sa doctrine, nos entendemens sont plus durs que pierres, et ne recevront aucune partie de la saine doctrine. Pourtant, quand nous voyons aujourd’huy au monde si peu de gens faire leur proufit de l’Evangile, qu’il nous souviene que cela advient par la perversité et malice des hommes.
Car combien y en aà-il qui se rangent vrayement à Cbrist, renonçans à euxmesmes”? Quant à ce qu’il dit qu'il yena aucuns seulement incrédules, combien que ce titre et blasme convinst quasi à
tous, il semble bien qu'il lait fait afin que s’il y en avoit encore quelques-uns qui peussent estre guaris, ils ne perdissent courage par désespoir. Car Jésus scavoit dés le commencement qui seroyent ceux qui ne croiroyent, etc.
L’Evangéliste adjouste ceci, afin que nul ne pense que Christ ait jugé à la volée de ses auditeurs. Plusieurs se disoyent estre de son troupeau : mais ce soudain révoltement a descouvert leur hypocrisie.
Mais l’Evangéliste dit que lors que leur desloyauté estoit encore cachée aux au-
Cuar. VI.
tres, Christ la cognoissoit bien. Et ceci est dit non tant pour Christ, qu’afin que nous apprenions de ne faire jugement sinon de choses qui nous seront bien cognues. Car ce que Christ la sceu dés le commencement, cela estoit propre et spécial à sa Divinité. C’est autre chose de nous : car d'autant que nous ne COgnoissons point les cœurs, il nous faut suspendre nostre jugement, jusques à ce que l'impiété se manifeste par signes extérieurs, et qu’ainsi l'arbre soit estimé par ses fruits.
65 Dont il leur dit, Pourtant vous ay-je dit que nul ne peut venir à moy,
s'il ne luy est donné de mon Pere.
66 Dés ceste heure-là plusieurs de ses disciples s'en allèrent arrière, et ne
cheminoyent plus avec luy.
67 Dont Jésus dit aux douze, Ne vous en voulez-vous point aussi aller :
68 Simon Pierre luy respondit, Seigneur, à qui irons-nous ? tu as les paroles de vie éternelle.
69 Et nous. avons creu et cognu que tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant.
70 Jésus leur respondit, Ne vous ay-je point éleus vous douze : et l’un de vous est diable?
71 Or disoit-il cela de Judas Iscariot, fils de Simon : car c'estoit celuy qui le
devoit trahir, combien qu'il fust l'un des douze.
65 Pourtant vous ay-je dit que nul ne peut venir à moy, s'il ne luy est donné, etc. 1] remonstre derechef que la foy est un don singulier du sainct Esprit.) et bien clair semé : afin que nous ne nous esbahissions si l'Evangile n’est pas par tout receu, ne de tous. Car comme nous sommes mal advertis à faire nostre proutit de ce qui advient, nous avons moins en estime et honneur l'Evangile, pource que nous voyons que tout le monde ny consent pas. Car il nous vient en la fantasie, Comment est-il possible que la plus grand'part des hommes rejette son salut à son escient? Ainsi donc Christ rend la raison pourquoy il y a si peu de fidèles :
asçavoir pource qu'il n’y a homme au monde, tant aigu soit-il, qui puisse parvenir à la foy par Sa subtilité : car tous sont aveugles, jusques à ce qu’ils soyent illuminez par l'Esprit de Dieu. Et par ainsi que ceux-là sont participans d’un bien tant excellent, lesquels il plaist à son Père en faire participans. Car si ceste grâce estoit communiquée indifféremment
à tous, il seroit malpropre et hors de pro-
)0S d'en faire mention en ce passage.
Car il faut entendre l'intention de Christ ?
asçavoir qu’il n’y en à pas beaucoup qui croyent à l'Evangile, pource que la foy ne procède que de la révélation secrète du sainct Esprit.} Il use yci du mot de Donner, en lieu qu'il avoit dit auparavant, Tirer : signifiant par cela, que Dieu n’ha autre cause de nous tirer, sinon qu’il nous aime et ha en recommandation gratuitement. Car ce que nous obtenons par pur don et grâce de Dieu, nul ne Pacquiert par son industrie propre.
66 Dés ceste heure-là plusieurs de ses disciples s’en allèrent, etc. L'Evangéliste récite maintenant quel trouble s'est ensuyvi après ce sermon de Christ.
Or c’estune chose horrible etmonstrueuse, qu’une si bénigne et douce semonce de Jésus-Christ à peu estranger et effaroucher les cœurs de plusieurs: et principalement de gens qui auparavant s’estoyent rangez à luy, et mesme estovent ses disciples familiers. Mais cest exemple nous
Car. VL. SUR S.
est mis devant les yeux comme pour un miroir, auquel nous contemplions combien est grande la perversité et ingratitude du monde, qui d’un chemin plain se fait un achoppement pour ne point venir à Christ. Plusieurs diroyent qu'il valoit beaucoup mieux que tels propos n'eussent point esté esmeus, qui ont esté 0ccasion de révoltement à plusieurs. Mais il nous en faut bien penser autrement :
car il a falu que ce qui avoit esté prédit de Christ, fust lors apperceu en sa doctrine, et le faut encore tous les jours : asçavoir qu’il est la pierre d’achoppement, Isaïie, VIII, 44. Vray est que nous devons tellement compasser nostre façon d’enseigner, que nul ne soit scandalizé par nostre faute : et devons retenir un Chaeun, entant que faire se pourra : et finalement il nous faut bien garder qu’en parlant inconsidéréement ou à la volée, nous ne troublions les rudes ouinfirmes. Nonobstant nous ne pourrons jamais si bien faire, que la doctrine du Fils de Dieu ne soit occasion de scandale à plusieurs :
pource que les réprouvez qui sont destinez à perdition, du miel succent le fiel : et d'une viande très salutaire, la poison.
Il est certain que le Fils de Dieu entendoit très bien ce qui estoit utile : et toutesfois on voit yci qu’il ne peut éviter que plusieurs des siens ne soyent offensez.
Ainsi done, quoy que plusieurs ayent la pure doctrine en horreur, néantmoins il n’est point licite de la supprimer. Seulement que les docteurs de Eglise se souvienent de l’admonition que fait sainct Paul, Qu'il faut détailler droitement la parole de Dieu, 2 Tim. IF, 45 : après cela, qu’ils cheminent hardiment par le milieu de tous scandales. Que s’il advient que plusieurs se révoltent et recullent en arrière, ne soyons point desgoustez de la parole du Seigneur, pourtant si elle ne plaist pas aux réprouvez. Car ceux qui sont tellement esbranlez par le révoltement d’aucuns, que quand les autres tombent, eux aussi se descouragent, sont gens trop délicats et tendres. Quand lEvangéliste adjouste, qu'ils ne cheminoyent plus avec Christ : il signifie que ce n’a pas esté une plene révolte, mais seulement que ils se sont retirez de la
JEHAN. 4n5
conversation familière de Christ : nonobstant il les condamne comme apostats.
Et de ceci il nous faut apprendre que nous ne pouvons reculler en arrière tant peu que ce soit, que nous ne SOYOns en grand danger puis après de tomber en un renoncement desloyal.
67 Dont Jésus dil aux douze, Ne vous en voulez-vous point aussi aller? Pource que la foy des Apostres pouvoit estre fort esbranlée, comme ainsi soit qu’ils se veissent si peu de reste d’une si grande multitude : Christ adresse son propos à eux, et leur monstre qu’il n’y a pas cause pourquoy ils se laissent transporter par la légèreté et inconstance des autres. Car quand il les interrogue, Si eux aussi ne s’en veulent point aller : il fait cela pour confermer leur foy. Car en se proposant à eux comme celuy par devers lequel ils doyvent demeurer rangez, il les exhorte quant et quant de ne suyvre point la compagnie des apostats. Et de faict, si la foy!
est fondée en Christ, elle ne dépendra point des hommes, et ne chancellera jamais, voire quand elle verroit le ciel mesler avec la terre.! Or il faut noter ceste circonstance, que Christ estant privé presque de tous ses disciples, retient néantmoins à s0y les douze : comme Isaïe (chapitre VII, 46) auparavant avoit eu commandement de lier le tesmoignage, et de cacheter la Loy entre ses disciples.
Un chacun fidèle est enseigné par tels exemples de suyvre Dieu, voire quand il se trouveroit seul, n’ayant aucun compagnon.
68 Simon Pierre luy respondit, Seigneur, à qui irons-nous ? S. Pierre respond yei au nom de tous (comme il a fait aussi ailleurs) d'autant que tous estoyent d’un mesme accord : sinon qu’il n’y avoit aucune rondeur en Judas. Au surplus, ceste response contient deux membres.
Car sainct Pierre amène la cause pourquoy il acquiesce volontairement à Christ avec ses frères : asçavoir d'autant qu'ils sentent que sa doctrine leur est salutaire et vivifiante. Puis après il confesse qu’en quelque part qu’ils se retirent quand ils l'auront abandonné, il ne leur reste plus rien que la mort. Quandil dit Paroles de vie, cela signifie autant comme vivifiantes :
et c'est une façon de parler assez commune aux Hébrieux. Au reste, voylà un titre de louange excellent à'lEvangile, que c’est une doctrine qui nous administre la vie éternelle : comme S. Paul tesmoigne que c’est la puissance de Dieu en salut à tous croyants, Rom. [, 416.1 est vray que la Loy aussi Contient la vie :
mais pource qu’elle dénonce condamnation de mort à tous transgresseurs, elle ne peut faire que tuer. La vie nous est bien offerte d’une autre facon en l’Evangile, asçavoir quand Dieu nous réconcilie à soy gratuitement, ne nous imputant point nos péchez.{ Au surplus, S. Pierre ne dit yci rien de Christ qui soit vulgaire, quand il dit qu'il ha les paroles de vie éternelle : mais il luy attribue cela comme une chose qui luy est propre.
Dont s'ensuit ce second poinet que j'ay n’aguères touché : asçavoir qu’aussitost qu’on s’est départi de Christ, il ne reste plus rien en lieu quelconque que la mort.
Parquoy ruine certaine est appareillée à tous ceux qui ne se contentent point de l'avoir pour maistre, et se retirent aux inventions des hommes.
69 Æ& nous avons crew el cognw que tu es le Christ, etc. I y à ainsi proprement: mais on pourroit bien résoudre ceci en un temps présent, Et nous croyons et cognoissons, mais cela n’est pas de la conséquence quant au sens. /Or S. Pierre comprend yei en briefves paroles toute la somme de la foy. Mais il semble que ceste confession ne sert de rien au propos
qui avoit esté tenu : car la question avoit
esté meuë de manger la chair de Christ.
Je respon, que combien que les douze n’ayent pas du premier coup entendu tout ce que Christ avoit enseigné, néantmoins c’est bien assez que selon la capacité de leur foy, ils le confessent estre autheur de salut, et s’assujetissent à luy en tout et partout. Le mot de Croire est yei mis en premier lieu, d'autant que l’obéissance de la foy est le commencement de droite intelligence : on pour mieux dire, la foy
est vrayement l’œil de lentendement.!
Mais la cognoissance est adjoustée in-
continent après, laquelle discerne la foy d'avec les erreurs et fausses opinions.
? Car les Turcs, et les Juifs, etles Papistes
Cuar. VI
croyent : maisilsn’entendent nine cognoissent rien. Or avec la foy il y a la cognoissance conjointe, d'autant que nous sommes certains et bien asseurez de la vérité de Dieu : non point comme on comprend les sciences humaines, ains quand le S. Esprit l’imprime et engrave en nos; cœurs. mt, 10 Jésus leur respondit, Ne vous ayje point éleu vous douze, etc. Veu que Christ respond à tous, on peut bien recueillir de cela, que tous ont parlé par la bouche de sainct Pierre. Au reste, Christ arme yeci les onze Apostres contre un nouveau scandale qni estoit bien prochain. Satan avoit yci tiré un terrible coup pour esbranler leur foy,, quand ils furent ainsi réduits à si petit nombre:
mais la cheute de Judas leur pouvoit faire du tout perdre courage. Car puis que Christ avoit choisi ce nombre sacré, qui eust jamais pensé que rien en eust peu estre arraché? Et pourtant ceste admonition de Christ vaut autant comme s’il eust dit, Vous estes demeurez seulement douze de reste d'une si grande compagnie. Si l’infidélité de plusieurs n’a point esbranslé vostre foy, préparez-vous à nouveau combat. car combien que ceste compagnie soit bien petite, néantmoins elle sera encore diminuée d’un homme.
Quand Christ dit qu'il en a éleu douze :
cela ne se rapporte point au conseil éternel de Dieu (car il ne se peut faire qu’aucun de ceux qui sont prédestinez à vie, viene à décheoir du tout) maïs d'autant:
qu’ils estoyent éleus à loffice d’Apostre, il faloit qu'ils fussent excellens par-dessus les autres en religion et saïincteté. Ce mot donc d’Eleus, est mis pour exquis et séparez du rang commun des autres. Æt l'un de vous est diable. 1 ne faut point douter qu’il n’ait voulu rendre Judas fort détestable par ce mot de Diable : car ceux qui amoindrissent l’énormité de ce nom, se trompent. Et de faict, nous ne pouvons assez avoir en exécration ceux qui prophanent un si sainct office. Les docteurs qui exécutent fidèlement leur:
Charge, sont appelez Anges, Mal., I, 7:
celuy donc qui estant appelez à un ordre et estat tant honorable, s’abbastardit par sa desloyauté et meschanceté, à bon droit
Cuar. VII.
est nommé diable, Il y à aussi une autre raison, asçavoir que Dieu donne plus de puissance et de licence à Satan sur les ministres mauvais et meschans, qu'il ne fait sur quelques autres hommes vulgaires. Parquoy si ceux qui estoyent éleus pour Pasteurs sont tellement agitez de rage diabolique, qu’ils semblent estre bestes sauvages ou monstres, tant s’en faut que nous devions pour cela mespriser l’honorable dignité d’un tel estat, que plustost cela nous le doit faire ho-
SUR S. JEHAN
norer et priser, voyans que la profenation d’iceluy est punie si griévement.
74 Or disoit-il cela de Judas Iscariot, etc. Combien que Judas eust une meschante conscience, toutesfois nous ne lisons point qu’il ait esté esmeu aucunement, tant les hypocrites sont stupides, qu’ils ne sentent point leurs playes, et devant les hommes ils sont si effrontez qu’ils ne font point de conscience de se préférer aux plus gens de bien,