‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 20 sur 113 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à Et Jésus passant veit un homme aveugle dés sa nativité.

2 Et ses disciples l'interroguérent, disans, Maistre, qui a péché, cestuy-ci, ow son père el sa mère, pour estre ainsi nay aveugle?

3 Jésus respondit, Ne cestuy-ci n'a péché, ne son père, ne sa mère, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soyent manifestées en luy.

4 Il me faut faire les œuvres de celuy qui m'a envoyé, tandis qu'il est jour.

La nuit vient que nul ne peut ouvrer.

5 Tant que je suis au monde, je suts la lumière du monde.

1 Et Jésus passant veil un homme aveugle dés sa nativité. L'Evangéliste deserit en ce chapitre lillumination de Paveugle : et quant et quant entremesle une doctrine, pour monstrer le fruit du miracle. Dés sa nativité. Ceste circonstance amplifie la vertu du Seigneur Jésus : car cest aveuglement que cest homme avoit apporté du ventre de sa mère, et léquel il avoit enduré jusques à son aage virile, ne pouvoit estre guari par aucuns remèdes humains. Or cela donna occasion aux disciples de mouvoir ceste question, Qui estoit celuy qui avoit péché, pour estre cause de punition.

Premièrement, comme ainsi soit que VEscriture tesmoigne que toutes les fascheries et angoisses ausquelles tout le genre humain est sujet, procèdent du péché, toutes fois et quantes que nous voyons quelqu'un affligé, ou en quelque misère, il ne se peut faire que ceste pensée ne nous viene incontinent en l’entendement, que les maux qui les pressent sont fléaux ou puñitions envoyées de la main de Dieu: Mais on faut yei coustumièrement en trois sortes : Car un chacun est prompt à censurer aigrement les autres, mais il y en a bien peu qui appliquent une telle sévérité contr’euxmesmes, comme il en seroit bien besoin.

Si quelque adversité est advenue à mon frère et prochain, là je recognoy tout incontinent le jugement de Dieu : mais si Dieu me visite ou chastie plus griefvement, et use de vérges bien rudes, je ferme les yeux à mes propres péchez, Et toutesfois quand il est question de considérer les peines, un chacun deveroit commencer par soy-mesme, en sorte

qu’il n’espargnast nul moins que S0ymesme. Parquoy si nous voulons estre juges équitables en cest endroit, apprenons à ouvrir plustost les yeux à nos maux, qu’és maux d’autruy. La seconde faute est en la rigueur trop excessive :

car aussi tost que quelqu'un est touché de la main de Dieu, nous interprétons tout incontinent que cela est une haine mortelle : et des petis et légers péchez, nous en faisons de grans crimes, et désespérons presque de tout salut. Mais au contraire, en amoindrissant nos péchez, à grand’peine pensons-nous estre coulpables de bien petites offenses, combien que nous ayons commis des crimes bien horribles. Pour le troisième, nous péchons en ceci, que nous mettons indifféremment au rang des damnez tous ceux que Dieu exerce par croix ou tribulation. Ce que nous avons n’aguères dit est bieri certain, asçavoir que toutes misères tirent leur source et originé du péché : mais Dieu afflige les siéns pour diverses raisons. Car tout ainsi qu’il ne punit point les crimes d’aücuns en ce monde, ains diffère les peines ef Pautre vie, pour les tourmenter plus horriblement : aussi traitte-il souventesfois bien rudement les fidèles : non pas qu’ils ayent plus griefvement péché, mais afin que pour l’advenir il mortifie les vices de la chair en eux. Il y a bien plus, que quelque fois il ne regarde point à leurs péchez et offenses, ains seulement les instruit à patience, ou esprouve leur obéissance. Comme nous voyons que ce sainct personnage Job, homme juste et craignant Dieu, est misérable par-dessus tous autres liommes, et toutesfois ce

est point pour ses péchez qu’il est tourmenté : mais l'intention de Dieu est toute autre, afin que sa preud’hommie et bonté fust mieux cognue, voire en adversité.

Ceux donc qui disent que toutes afilictions sont indifféremment envoyées à cause des péchez et offenses, interpretent mal cela, comme si la mesure des punitions estoit égale, ou bien que Dieu ne regardast autre chose en punissant les hommes, que les démérites dun chacun. Parquoy il nous faut yci observer deux choses : asçavoir que le jugement commence volontiers par la maison de Dieu, 4 Pierre IV, 417. Et pourtant ne touchant point aux meschans, il punit rudement les siens quand ils ont offensé :

et ses verges sont beaucoup plus aspres quand il corrige les vices de son Eglise.

Outreplus, il y a diverses fins pourquoy Dieu afflige les hommes : car S. Pierre et S. Paul ont esté mis en la main du bourreau, aussi bien qu’on y met les plus meschans larrons et brigans. Dont nous recueillons qu’il n’y à point tousjours des causes és peines qu’endurent les hommes, lesquelles on puisse monstrer au doigt. Au reste, quant à ce que les disciples interroguent selon le sens commun quel péché Dieu a puni en cest aveugle aussi tost qu'il a esté nay, ils ne font point cela si mal à propos, que quand ils demandent s’il a péché avant qu’il fust nay. Combien que ceste question tant sotte a esté prise d'une opinion vulgaire qui estoit pour lors communéement receue. Car il y a d’autres passages de l'Escriture par lesquels il appert qu’ils croyoyent que les âmes passoyent d’un corps en l’autre : comme ce resveur de Pythagoras avoit songé. Nous voyons par ceci que la folle curiosité des hommes est un bien profond labyrinthe, et principalement quand laudace y est conjointe. Ils voyoyent que les uns naissoyent louches, les autres du tout aveugles, les autres boiteux, les autres tout contrefaits. En lieu qu’il faloit adorer et honorer les jugemens cachez de Dieu, ils ont voulu avoir en ses œuvres une cause évidente. Ainsi par leur témérité ils sont tombez en ces bagnauderies puériles : en sorte qu’ils pensoyent qu'après que l'âme

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estoit partie d’un corps, elle entroit en un autre, et que là elle enduroït les peines de l’autre vie passée. Et les Juifs n’ont point de honte aujourd’huy mesme de produire en leurs synagogues ceste sotte resverie pour un oracle céleste.

Nous sommes enseignez par cest exemple de nous donner songneusement garde de nous enquérir des jugemens de Dieu outre la mesure de sobriété, de peur que nostre esprit vagant et fourvoyant ne nous transporte et précipite en des horribles abysmes. (a esté une chose horrible et monstrueuse, qu’une opinion si lourde ait trouvé lieu en ce peuple éleu de Dieu, au milieu duquel la lumière de la sapience céleste avoit esté allumée par la Loy et les Prophètes. Que si Dieu a puni si rigoureusement leur audace, sçachons qu’il n’y à rien meilleur que de garder ceste modestie en la considération des œuvres de Dieu : asçavoir que nos esprits soyent ravis en admiration, toutes fois et quantes que la raison d’icelles leur est cachée, et que les langues se prenent à crier, Seigneur, tu es juste, et tes jugemens sont équitables, combien qu’on ne les puisse comprendre. Or quant à ce que Îles disciples interroguent si Le pére ou la mère ont péché : ce n’est point sans cause. Car combien que le fils innocent ne soit puni pour la faute de son père, ains que l’âme qui aura offensé, sera Celle qui mourra, (Ezéch., XVII, 20) toutesfois ce n’est en vain que Dieu à dénoncé qu’il rejettera les péchez des pères au sein des enfans : et qu’il fera la vengence jusques à la troisième et quatrième génération, Exode, XX, 5.

Ainsi donc il advient souvent que lire de Dieu réside en une maison par plusieurs aages : et tout ainsi qu’il bénit la postérité des fidèles pour Pamour de leurs pères, aussi rejette-il la lignée inique, destinant par une juste vengence à une mesme ruine les enfans avec les pères.

Toutesfois il n’y a homme quelconque qui se puisse plaindre pour cela, qu’on luy face tort de le punir pour le péché d'autruy. Car là ou la grâce du S. Esprit défaut, il est nécessaire que de mauvais :

corbeaux (comme dit le proverbe) il en sorte de mauvais œufs. Voyci quelle oc-

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casion ont eu les Apostres de douter si Dieu avoit puni au fils quelque péché de son père ou de sa mère.

3 Ne cestuy-ci n'a péché, ne son père ne sa mère, mais c'est afin que les œuvres, etc. Nostre Seigneur Jésus ne dit pas simplement que cest homme aveugle et ses parens fussent sans péché :

toutesfois il monstre qu’il ne faut point chercher la cause de laveuglement au péché. Et c’est ce que j'ay dit ci-dessus, qu'il advient quelque fois que Dieu regarde à un autre but que de punir les péchez, quand il envoye des afflictions aux hommes. Et pourtant, quard les causes des afflictions sont cachées, il faut réprimer nostre curiosité, afin que d’un costé nous ne facions outrage et injure à Dieu : et d'autre part, que ne soyons malins envers les hommes. Parquoy le Seigneur Jésus amène une autre raison, que cest homme est nay aveugle, afin que les œuvres de Dieu fussent manifestées en luy. Il ne dit point une œuvre seule, mais plusieurs œuvres : car tandis qu’il a esté aveugle, on a apperceu en luy un tesmoignage de la sévérité Divine, par lequel les autres apprinssent à craindre et s’humilier. Puis après il s’est ensuyvi le bénéfice de sa guarison et délivrance, auquel à reluy une merveilleuse bonté de Dieu. Aïnsi donc, nostre Seigneur Jésus à voulu inciter ses disciples à attendre un miracle, Cependant il admoneste en général que ceste cause doit estre cognue plus que juste et légitime au théâtre du monde, quand il magnifie son nom. Et ne faut que les hommes se plaignent de Dieu, quand il les a constituez organes de sa gloire, en quelque sorte que ce soit, soit qu'il se monstre miséricordieux, ou qu'il apparoisse sévère et rigoureux.

4 ILme faut faire les œuvres de celuy qui ma envoyé, tandis qu'il est jour, etc. Maintenant il testifie qu’il est envoyé afin qu'il manifeste la grâce et bonté de Dieu en lillumination de cest aveugle. Au surplus, il emprunte une similitude de la facon commune de vivre.

Car les hommes s’apprestent pour aller à leur labeur quand le soleil est levé :

mais la nuit est destinée pour le repos :

comme il est dit au Ps. CIV, 22. Il appelle donc jour, ce temps que son Père luy avoit limité, auquel il devoit accomplir l’œuvre qui luy avoit esté en-

jointe. Ainsi faut-il que selon qu’un cha-

cun est appelé à quelque charge publique, il s'y employe comme à sa journée, pour exécuter ce que son office requiert. De ceci il nous faut recueillir une règle générale, que le cours de ceste vie est comme le jour à un chacun. Parquoy tout ainsi que la briefveté de la lumière doit inciter les ouvrierseà travailler et estre diligens, de peur qu'aux premiers efforts les ténèbres et obscuritez de la nuit ne les surprenent : aussi quand nous voyons que bien peu de temps de vie nous est donné, ayons honte de demeurer oisifs. Brief, aussi tost que Dieu nous esclaire en nous appelant, il nous faut mettre incontinent en besongne, afin que l’occasion et opportunité ne nous escoule.

5 Tant que je suis au monde, je suis La lumière du monde. Il me semble que ceci est adjousté par anticipation.

Car ceci pouvoit sembler absurde, que Jésus-Christ se limite à soy-mesme temps de besongner, comme s’il y eust eu danger que la nuit ne le surprinst à la façon des autres. Il se sépare donc tellement des autres, que toutesfois il dit que luy ha aussi un temps limité pour ouvrer.

Car il se compare au soleil, lequel combien qu’il donne clarté à toute la terre par sa lumière, toutesfois quand il se couche, il emporte le jour avec soy. En ceste sorte donc il signifie que sa mort sera comme un Soleil couchant. Non pas que sa mort esteigne où obsCurcisse sa lumière : mais elle oste au monde le regard d’iceluy. Cependant il monstre que quand il a esté manifesté en chair, alors est vrayement apparu le clair jour du monde. Car combien que Dieu eust fait reluire sa clarté en tous siècles, néantmoins nostre Seigneur Jésus à produit par son advénement une nouvelle splendeur et non accoustumée. De cela il infère que c’est-ci le temps le plus idoine et propre pour magnifier la gloire de son Père, comme un jour bien serein, auquel Dieu s’est voulu plus apertement déclarer par œuvres admirables. On fait toutes-

fois yci une question, Pource qu'après la mort de Jésus-Christ plus grande vertu de Dieu s’est monstrée tant au fruit de la doctrine, qu’és miracles

et sainct Paul accommode ceci proprement au temps de sa prédication que Dieu, qui a voulu que dés le commencement du monde la lumière resplendist des ténèbres, a resplendi alors en la face de Jésus-Christ par l'Evangile, 2 Corinth., IV, 6. Et maintenant le Seigneur Jésus ne donne point moindre: clarté au monde, que quand il conversoit présent entre les hommes. A cela je respon que Jésus- Christ, après avoir parachevé le cours de * sa charge, n’a point moins puissamment besongné par ses ministres que par SOymesme quand il vivoit au monde. Je confesse bien que cela est véritable : néantmoins cela n’empesche point qu'il ne deust exécuter par soy-mesme ce que son

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auquel il a esté manifesté en chair à ceste fin. Secondement, cela n’empesche point que sa présence corporelle m’ait esté le vray et singulier jour du monde, la splendeur duquel a esté espandue à tous siècles. Car d'où ont eu anciennement les saincts Pères la lumière et le jour? et nous aujourd’huy d’où lPavons-nous, sinon que la manifestation de Jésus-Christ a tousjours espanché ses rayons bien loin, par lesquels fust continué un jour perpétuel? Dont s'ensuit que tous ceux qui n’ont Jésus-Christ pour guide et conducteur, ne font que tastonner comme en ténèbres, et se fourvoyer confuséement et sans ordre, comme aveugles. Cependant il faut retenir ce sens, Que tout ainsi que la splendeur du soleil descouvre aux yeux ce très beau théâtre de la terre et du ciel, et tout l’ordre de nature: aussi Dieu a visiblement manifesté la principale gloire

Père luy avoit enjoint : et cé au temps | de toutes ses œuvres en son Fils.

6 Quand il eut dit cela, il cracha à terre, et feit de la bouë de sa salive, el oignit de ceste bouë les yeux de l'aveugle,

7 Et luy dit, Va-t'en laver ‘au lavoir de Siloé, (qui vaut autant à dire que Envoyé.) Il y alla donc, et se lava, et reveint voyant.

8 Or les voisins, et ceux qui paravant avoyent veu qu'il estoit aveugle, disoyent, N'est-ce pas cestuy-ci qui estoit assis, et qui mendioit ? |

9 Les uns disoyent, C’est cestuy-ci. Et les autres disoyent, Il luy ressemble.

Luy disoit, Ce suis-je.

10 Zls luy dirent donc, Comment ont esté ouvers tes yeux?

AA Il respondit, et dit, Cest homme qu'on appelle Jésus, a fait de la boué, et en a oinct mes yeux, et m'a dit, Va au lavoir de Siloé, el le lave. Après que j'y suis allé et me suis lavé, j'ay recouvré la veuë.

12 Adonc ils luy dirent, Où est cestuy-là ? Il dit, Je ne scay.

6 4! cracha à terre, et feit de laboue | aveugle voirement a monstré un excellent

de sa salive, et oignit de ceste bouë, etc. L’intention de Jésus-Christ estoit de rendre la veue à cest aveugle: mais il commence par une façon grandement absurde. Car quand il applique ceste boue pour oindre les yeux de cest aveugle, il semble qu’il redouble son aveuglement. Qui est celuy qui n’eust pensé qu’il se fust apertement mocqué de ce poyre homme? ou que comme un resveur il eust voulu là monstrer des badineries ridicules ? Mais il a voulu par ce moyen esprouver la foy et obéissance de cest aveugle, afin qu’il ust en exemple à tous. Cest homme

tesmoignage de foy, en ce qu'ayant seulement receu la simple et nue parole, il ha certaine confiance que la veue luy seroit rendue, et en ceste confiance il va droit au lieu où il luy estoit commandé.

C’est aussi yci une fort belle louange de son obéissance, de ce qu’il a simplement obey au Seigneur Jésus, combien qu’il y eust beaucoup de choses qui le pouvoyent destourner. Et certes c’est-ci une vraye approbation de Ja foy, quand lesprit fidèle se contentant de la simple parole de Dieu, se promet ce qui autrement semble bien estre incroyable, Après la foy s’en-

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suit la promptitude de rendre obéissance :

en sorte que celuy quis’est persuadé que Dieu luy sera fidèle guide et conducteur, se laissera gouverner par Iuy sans contradiction ou résistance. Il ne faut point douter que cest homme aveugle n’ait bien eu ce souspeçon et crainte qu’on se mocqueroit de luy : mais il luy a esté facile de passer par le milieu de tous empeschemens, quand il faisoit ceste résolution qu’il ne pouvoit faillir de suyvre Jésus- Christ. Que si on fait ceste objection, que Christ n’a point esté cognu de cest homme aveugle quel il estoit, en sorte qu'il luy peust porter tel honneur qu'il luy appartenoit comme au Fils unique de Dieu: je confesse bien cela estre vray :

mais pource qu'il croyoit qu'il estoit envoyé de Dieu, il se soumet à luy, et ne doutant nullement qu’il ne fust véritable, il ne contemple en luy rien que Divin. Et qui plus est, sa foy mérite plus grande louange, de ce qu'ayant si peu de cognoissance, il s’est du tout addonné au Seigneur Jésus.

1 Va-t'en laver au lavoir de Siloé, qui vaut autant à dire, etc. est bien certain qu'il n’y avoit aucune vertu ne propriété pour guarir les yeux, ni en la boue, ni en Peau de Siloé : mais Christ a usé en liberté de ces signes extérieurs pour orner ses miracles, voire par plusieurs fois : ou afin d’accoustumer ses fidèles à l’usage des signes, ou pour monstirer que toutes choses sont sujettes à sa volonté: ou pour donner à cognoistre qu'il y à autant de puissance en toutes les créatures qu’il leur en veut donner. Toutesfois aueuns font yci ceste question, Quelle signification ha la boue composée de poussière et de crachat P Leur interprétation est, pource que la poussière dénote la nature terrestre de la chair, et le crachat sortant de la bouche du Seigneur Jésus, signifie la Divine essence de la Parole. + ais de moy, je laisse ceste allégorie, d'autant qu’elle ha plus de subtilité que de fermeté, me contentant de ceste simplicité, que tout ainsi que homme a esté premièrement créé de boue, aussi pour refaire les yeux, nostre Seigneur Jésus à applicqué de la boue, démonstrant une telle puissance en une partie du

corps, que le Père a démonstrée en formant l’homme tout entier : ou bien il a paraventure voulu faire entendre par ce signe, qu’il ne luy estoit non plus difficile d'ouvrir les yeux de cest homme aveugle, et luy oster lPempeschement qu’il avoit, que de torcher et essuyer la boue de quelque homme que ce fust. D’avantage, qu’il est aussi bien en sa puissance de tenir la veue à un homme, qu’il seroit facile à quelqu'un de frotter les yeux de boue, Ceste exposition dernière me plaist mieux.

Quant à ce qu'il luy a commandé de s’aller laver au lavoir de Siloé, il l’a fait paraventure pour reprocher aux Juifs qu’il ne tenoit qu’à eux qu'ils ne sentissent la vertu de Dieu présente. Comme Isaie, VIH, 6, reprend les hommes de son temps, de ce que mesprisans les eaux de Siloé doucement coulantes, ils appétoyent des rivières impétueuses et roides. Il me semble aussi que pour ceste mesme raison Elisée commanda à Naaman Syrien de s’en aller laver au Jordain. Quant à ce lavoir, si nous croyons S. Hiérome, il procédoit des eaux qui sourdoyent certaines heures de la montagne de Sion. L’Evangéliste adjouste l’interprétation de ce mot Siloé, tout à propos: car ceste fontaine, laquelle estoit bien près du Temple, admonestoit tous les jours les Juifs de Ja venue du Messias, lequelils ont mesprisé toutesfois,. l’'ayans devant leurs yeux.

S. Jehan donc magnifie yei la grâce de nostre bon Seigneur Jésus, d'autant que luy seul illumine nos ténèbres, et rend la

.veue aux aveugles: car la condition de

nostre nature est dépeinte en la personne d’un homme, asçavoir que nous sommes tous privez de lumière et intelligence dés le ventre de nos mères: outreplus, qu’il faut chercher le remède de ce mal au seul Seigneur Jésus. Or notons ceci, que COmbien que Jésus-Christ fust là présent, nonobstant il n’a point voulu laisser les signes derrière, et ce pour rédarguer la stupidité de ce peuple, lequel abolissant la substance, gardoit seulement Pombre des signes. Au reste, nous voyons reluire une bonté admirable du Seigneur Jésus, en ce qu'il vient de son bon gré comme médecin à ce povre aveugle, et m'attend point qu’il face oraison pour luy donner

secours. Et de faict, veu que nous avons la face destournée de luy naturellement, c’est fait de nous, s’il ne vient au-devant de nous avant que nous l’invoquions, et s’il ne nous prévient par sa miséricorde, nous qui sommes plongez en lourde oubliance de lumière et de vie.

8 Or les voisins, el ceux qui paravant avoyent veu qu'il estoit aveugle, etc. Cest aveugle n’estoit pas seulement cognu des voisins, mais des habitans de toute la ville, d'autant qu’il mendioit publiquement, ayant ceste coustume de s'asseoir à la porte du Temple. Or le commun populaire dressera plustost la veue sur Ceux qui sont tels, que sur d’autres. La cognoissance de cest aveugle a fait que le bruit de ce miracle a esté divulgué à plusieurs. Au demeurant, comme l’impiété est fort ingénieuse à rendre les œuvres de Dieu obscures, il y en avoit plusieurs qui pensoyent que ce ne fust point cest homme mesme, pource

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qu’une nouvelle vertu de Dieu apparoissoit ouvertement en luy. Ainsi voyonsnous que tant plus que la majesté des œuvres (le Dieu est reluisante, tant moins de foy leur est-il adjoustée entre les hommes. Mais la doute de ceux-ci a servi d'approuver le miracle : car il est advenu par ce moyen, que cest aveugle à plus célébré la grâce de Dieu par son tesmoignage. Parquoy l’Evangeéliste ne recueille point toutes ces circonstances sans cause, lesquelles ont beaucoup mieux fait reluire la vérité du miracle.

11 Après que j'y suis allé et me suis lavé, j'ay recouvré la veue. Une issue tant heureuse d’obéissance, nous admoneste de surmonter tous empeschemens, et que d’un grand courage nous allions par tout où le Seigneur nous appelle : et mesme que nous ne doutions point que tout ce que nous entreprendrons sous sa conduite, ne viene à bonne et heureuse issue.

13 1ls amènent aux Pharisiens celuy, di-je, qui autresfois avoit esté aveugle. 1% Or estoit-il Sabbath, quand Jésus avoit fait la bouë,, et luy avoit ouvert

les yeux.

A5 Les Pharisiens donc l'interroguer ent aussi derechef comment il avoit recouvré la veuëê. Et il leur dit, Il ma mis de la bouë sur mes yeux, el me

suis lavé, et je voy.

16 Parquoy aucuns des Pharisiens disoyent,

Dieu, car il ne garde point le Sabbath.

Cest homme nest point de Les autres disoyent, Comment peut un

homme pécheur! faire ces signes? Et y avoit dissension entr'eux.

17 Ils disent derechef à l'aveugle,

Toy que dis-tu de luy, de ce qu'il la

ouvert les yeux? Il respondit, Qu'il est Prophète.

1) Ou, mal vivant.

13 Ils ameénent aux Pharisiens celuy qui autrefois avoit eslé aveugle.

La narration suyvante monstre bien que tant s’en faut que les meschans et infidèles facent leur proufit des œuvres de Dieu, que tant plus qu’ils sont pressez de Ja puissance d’icelles, tant plus sont-ils contraints de mettre hors la poison qu'ils avoyent conceue dedans leurs cœurs.

Vrayement la veue rendue à cest aveugle devoit amollir les cœurs de pierre, oupour le moins les Pharisiens devoyent estre estonnez de la nouveauté de ce faict, et de la grandeur de ce miracle, et demeurer en doute jusqu’à tant qu'ils se fus-

sent enquis si c’estoit une œuvre Divine : mais la haine qu’ils ont contre Christ les rend sihébétez, qu’ils condamnent sur-lechamp ce qu'ils oyent estre fait par luy.

L'Evangélistenommeles Pharisiens, non pas qu’il y eust d’autres sectes qui favorisassent à Christ : mais pource que par-dessus tous autres, ceux-ci estoyent les plus grans zélateurs à maintenir leur estat présent. L’hypocrisie est tousjours orgueilleuse et cruelle. Veu donc qu'ils estoyent enflez d’une fausse opinion de saincteté, la doctrine de l’Evangile les navroit et blessoit principalement, laquelle condamnoit toutes leurs justices fausses

Cuar. IX.

et contrefaites. Et mesmes ils combatoyent pour leur règne et puissance, Sous ombre de vouloir maintenir la Loy. Or quant à ce que l’Evangéliste récite que le peuple amena cest homme qui avoit esté aveugle, aux Pharisiens : on ne sçauroit pas bien dire à quelle intention cela a esté fait. À grand’peine y en avoit-il un seul alors qui ne sceust bien de quelle haine et rage les Pharisiens estoyent embrasez contre Christ. Il se peut donc bien faire que plusieurs flateurs pour acquérir leur grâce, ayent voulu de propos délibéré obscureir et couvrir la gloire de ce miracle. Toutesfois ceci me semble probable, que la plus grande partie du peuple ait voulu faire juges et arbitres ceux qui gouvernoyent les affaires publiques, laissans le jugement en suspens, comme on voit advenir coustumièrement. Cependant en s’aveuglant à leur escient en plein soleil, ils attirent des ténèbres sur eux, pour obscurcir sa clarté. Voylà comment ce peuple est religieux tout au rebours, en sorte que sous prétexte de révérence et honneur de Dieu il adore les cruels tyrans de l'Eglise, et mesprise Dieu mesme, tant en sa Parole qu’en ses œuvres, où pour le moins ne daigne le regarder.

A4 Or estoit-il Sabbath quand Jésus avoil fait la boue, et luy avoit, etc.

Christ à choisi tout à propos le jour du Sabbath, lequel devoit donner occasion et matière de scandale aux Juifs. F avoit desjà assez expérimenté au paralytique, que cest œuvre aussi seroit sujete à calomnie. Pourquoy donc ne prévient-il le scandale, veu qu’il luy estoit bien facile, sinon que la défense malignement entreprinse par les hommes, devoit servir à magnifier la vertu de Dieu? Le jour du repos leur est comme une pierre ou queux pour les aiguiser, à celle fin qu'ils s’enquièrent plus aigrement de tout ce qui avoit esté fait. Mais que leur proufite finalement leur entreprise si songneuse, et si diligente, sinon que la vérité du miracle reluit plus clairement ? Au surplus, nous sommes enseignez par cest exemple, que pour suyvre Jésus-Christ il faut aigrir les ennemis de lPEvangile, et que ceux qui accordent le monde avec le Fils de Dieu, en sorte qu’ils condamnent tous

SUR S. JEHAN

scandales, ne font que resver, veu que plustost Jésus-Christ a irrité les meschans de son propre gré et sçeu. Il nous faut donc tenir la règle laquelle il ordonne ailleurs, Asçavoir qu’il ne faut tenir conte des aveugles, ne des gouverneurs et conducteurs d’aveugles, Matth. XV, 414.

15 Les Pharisiens donc l'interrogquerent aussi derechef comment il avoit

recouvré la veue, etc. Le peuple avoit

desjà ouy ceste confession, mesme de la bouche de Paveugle : maintenant les Pharisiens sont faits tesmoins d’icelle, lesquels pouvoyent faire ceste objection, que ce bruit avoit esté témérairement suscité par le commun populaire, et non moins témérairement receu. Or en premier lieu, laissans là la question du faict, ils débatent seulement du droit : car ils ne nient pas que Christ n’ait rendu la veue à cest aveugle, mais ils trouvent un crime en la circonstance du temps, et disent que ce n’est point une œuvre de Dieu, veu que le Sabbath a esté violé par icelle. Mais premièrement il faloit demander si une œuvre de Dieu estoit violation du Sabbath. Or qui les empesche de veoir ceci, sinon qu’estans aveuglez d'un zèle malin, et affection malicieuse et perverse, ils ne peuvent rien veoir? Joint qu'ils avoyent esté desjà auparavant plus que assez enseignez par Jésus-Christ, que les bénéfices que Dieu eslargit aux hommes, ne répugnent non plus au Sabbath qu’à la Circoncision. Et les paroles de la Loy .

commandent aux hommes de se reposer

de leurs œuvres seulement, et non point des œuvres de Dieu, Exode XX, v. 9.

Ce donc qu’ils prenent cest erreur pour une chose toute résolue, lequel toutesfois avoit esté si vivement repoussé, il le faut imputer à une malice obstinée.

Pour le moins il n’y à autre cause qui les face errer, sinon qu’il leur plaist ainsi.

Aussi voyons-nous aujourd’huy que les Papistes ne cessent de mettre en avant avec impudence, leurs sottes et frivoles calomnies, combien qu’on y ait respondu cent fois. Qu’est-il donc question de faire? Quand lPoccasion nous est donnée nous devons repousser entant qu’en nous est l’impudence effrontée de ceux qui par une fausse envie chargent l'Evangile de dif-

fame. Si nous ne leur pouvons fermer la bouche par aucune défense tant juste soitelle, il ne faut point pourtant que nous nous lassions, ains foulions aux pieds d’un courage magnanime cest appétit desbordé et obstiné de mesdire, par lequel ils nous veulent opprimer. Ils prenent des maximes lesquelles nous leur accorderons volontiers, Asçavoir qu'il ne faut point escouter ceux qui se révoltent de l'Eglise, et rompent l’unité de la foy : mais ils laissent passer sans faire aucun semblant, ce qu’il faloit principalement esplucher, et ce que nous avons clairement exposé en plusieurs passages, Asçavoir que le Pape avec toute sa bande, n’est rien moins que l'Eglise : que-cest amas recueilli et rapeassé de bourdes contrefaites, et infecté de tant de superstitions controuvées, est bien loin de la pureté de la foy. Mais quoy ? leur furieuse arrogance n’empeschera point que la vérité tant de fois et tant fermement tesmoignée par nous, ne viene finalement au-dessus. En ceste sorte les Pharisiens prenoyent contre Christ une maxime favorable, Que quiconque ne gardoit point le Sabbath, n’estoit pas de Dieu : mais cela estoit faux et inique, qu’ils disoyent que l’œuvre de Dieu fust violation du Sabbath.

A6 Comment peut un homme pécheur Jaire ces signes? et y avoit dissension entr'eux. Ce mot de pécheur est yei prins pour un homme mal-vivant et contempteur de Dieu, comme aussi il est prins en plusieurs autres passages. Comment se fait que vostre Maistre mange avec les pécheurs P (Mare, chapitre I, v. 16) c’està-diré, avec les mal-vivans, et qui sont estimez meschans de tous. Car les ennemis de Christ faisoyent ceste conséquence de la violation du jour du repos, qu’il estoit homme profane et sans religion.

Mais ceux-ci qui ne font ne pour lun ne pour l’autre, et qui jugent en plus grande équité, font ceste résolution en eux-mesmes, que c’est un homme religieux et craignant Dieu, puis qu’il est doué d’une si excellente vertu de Dieu à faire miracles. Toutesfois il semble bien que cest argument n’est pas assez ferme : car il advient quelque fois que Dieu permet aux faux-prophètes de faire quelques signes

Car. IX.

ou miracles : et nous sçavons que Satan imite comme un singe les œuvres de Dieu, et les contrefait, pour prendre à desprouveu les hommes, et les décevoir.

Et mesme Suétone récite que quand Vespasian estoit en Alexandrie, comme il estoit assis en son siége judicial pour faire droict à un chacun, il fut prié par un aveugle, qu'il oignist ses yeux de son crachat, luy déclarant qu’un certain Sérapis luy avoit monstré ce remèdeen dormant. Mais pource que Vespasian ne se vouloit point follement exposer à mocquerie, ne se laissa pas facilement induire à ce faire : toutesfois ses amis le pressèrent de tous costez, et fut contraint d’ottroyer à l'aveugle ce qu’il demandoit, et par ce moyen les yeux de cest aveugle furent incontinent ouverts. Or qui est ce-luy qui pour cela mettra Vespasian au rang des serviteurs de Dieu, ou qui Pornera de louange de piété? A cela je respon, qu’envers les fidèles et ceux qui craignent Dieu, les miracles sont arres indubitables de la puissance du sainet Esprit :

mais il advient par le juste jugement de Dieu, que Satan esblouit les yeux des incrédules, comme par enchanteries, et les déçoit par faux miracles. Je ne pense point que ce que je vien de réciter, qui est

prins de Suétone, soit une fable : mais

plustost j'attribue cela à une juste vengence de Dieu, que d’autant que les Juifs avoyent mesprisé tant et de si excellens miracles du Fils de Dieu, ils ont esté finalement renvoyez au diable, comme ils Pavoyent bien mérité : car ils devoyent avoir proufité au pur service de Dieu par les miracles du Seigneur Jésus, ils devoyent par iceux estre confermez en la doctrine de la Loy, et dresser leurs cœurs droit à ce Messias, qui estoit la fin de la Loy. Et certes Jésus-Christ en illuminant aveugle, avoit rendu clair tesmoignage qu’il estoit le Messias. Ceux qui refusent de recognoistre Dieu en ses œuvres, ne font point ce refus par nonchaloir seulement, mais aussi par un contemnement malicieux : ainsi sont-ils pas bien dignes que Dieu les livre aux fallaces de Satan ?

Souvenons-nous done qu’il faut chercher Dieu d’un zèle pur, et de ronde affection de cœur, afin qu'il se manifeste à nous

Cuar. IX. SUR S$.

par la vertu de son Esprit : qu’il nous faut prester les aureilles à sa parole en toute obéissance, afin qu’il marque les vrais Prophètes par ses miracles. Ainsi il adviendra que les miracles nous proufiteront comme ils doyvent, et ne serons exposez aux fallaces et tromperies de Satan. Quant à ceux-ci, combien qu'ils facent bien ceci, qu’ils parlent révéremment des miracles, ausquels la puissance de Dieu apparoist, néantmoins ils ne mettent point en avant raison assez vallable pourquoy Jésus-Christ doyve estre réputé Prophète de Dieu. Et aussi l'Evangéliste n’a point voulu que leur response fust receue pour oracle. Il produit seulement la meschante obstination des ennemis du Seigneur Jésus, lesquels ne peuvent qu'ils ne voyent là manifestement les œuvres de Dieu, et toutesfois les reprenent malicieusement et après avoir esté advertis, ne se daigneroyent seulementun peu arrester en icelles. Y avoit dissension entr'eux. Un schisme et division est un mal fort dommageable et pernicieux en l'Eglise de Dieu. Comment donc se fait cela que Jésus-Christ sème une matière de discord entre les Docteurs mesmes de l'Eglise ? La response est facile, Asçavoir que nostre Seigneur Jésus ne prétendoit à autre but sinon qu’il amenast tous hommes à Dieu son Père, comme leur baillant la main. Or la dissension est procédée de la malice obstinée de ceux qui n’avoyent nulle affection de venir à Dieu.

Or donc tous ceux qui ne veulent obéir à la vérité de Dieu, rompent l'unité de l'Eglise par schismes : néantmoins il vaut beaucoup mieux que les hommes soyent discordans entr’eux, que tous d’un consentement se révoltent de la vraye religion. Toutes fois et quantes donc que nous voyons lever les discors, il nous faut tousjours considérer la source.

17 Ils disent derechef à l’aveugle, Toy, que dis-tu de luy, de ce qu'il la

Louvert les yeux? Tans plus qu'ils s’en-

quièrent diligemment, tant plus puissamment se monstre la vérité de Dieu : car ils font autant comme si quelqu'un vouloit esteindre une grande flamme de son souffle. Et pourtant toutes les fois que nous voyons que les meschans machinent tout ce qu'ils peuvent pour opprimer la vérité de Dieu, il ne faut point que nousnous estonnions, ef que nous soyons par trop songneux de Pévénement. Et en ce faisant que proufiteront-ils, sinon qu’ils allumeront d'avantage la lumière d’icelle.

Au reste, quant à ce qw’ils interroguent ce povre homme quelle opinion il ha de Jésus-Christ, ils ne le font pas pour dire qu'ils se vueillent arrester à son jugement, ou qu’ils estiment son opinion tant peu que ce soit : mais pource qu'ils espèrent que cest homme estoñné de crainte, respondra selon leur désir. Et nonobstant Dieu les frustre en cest endroit :

car de faict, ce que ce povre homme, encores qu’il soit de bien petite estime, ne craint point leurs menaces, ains afferme hardiment que Jésus-Christ est Prophète, il le faut à bon droict attribuer à la grâce de Dieu, en sorte que ceste hardiesse est comme un autre miracle. Que si ce povre homme qui n’entendoit point encore que le Seigneur Jésus fust Fils de Dieu, a toutesfois confessé si franchement, et d’une telle hardiesse qw’il estoit Prophète, combien est vileine la deslayauté de ceux, qui estans abbatus de crainte, ou le désavouent, ou bien se taisent, combien qu'ils sçachent qu’il est assis à la dextre glorieuse de son Père, et que de là il viendra juger tout le monde? Comme ainsi soit donc que cest aveugle n’ait point estoufié une petite estincelle de cognoissance qu’il avoit, il nous faut donner ordre que nous facions reluire une franche et entière confession de ceste plene lumière qui a reluy en nos CŒUrS.

18 Mais les Juifs ne creurent point de luy qu'il eust esté aveugle, et eust recouvré la veuë, jusques à ce qu'ils appelèrent le père et la mére de celuy qui

avoit recouvré la veuë :

19 Æt les interroguèrent, disans, Est-ce ci vostre fils que vous dites avoir esté nay aveugle? Comment donc voit-il maintenant ?

CHar. IX.

20 Le père et la mère d'iceluy leur respondirent, et dirent, Nous scavons que c’est-ci nostre fils, et qu'il a esté nay aveugle :

91 Mais comment maintenant il voit, nous ne scavons, ou qui a ouvert ses yeux nous ne scavons. Il ha de l'aage, interroguez-le, il parlera de scy-

mesme.

22 Son père et sa mère dirent ces choses, pource qu'ils craignoyent les Juifs : car les Juifs avoyent desjà arresté, que si aucun le confessoit estre le Christ,

il seroit mis hors de la Synagogue.

23 Pour ceste cause son père et sa mère dirent, Il ha de l’aage, interro-

quez-le.

18 Mais les Juifs ne creurent point de luy qu'il eust esté aveugle, et eust recouvré, etc. nous faut yci noter deux “hoses: premièrement qu’ils ne Croyent point qu'il y eust aucun miracle fait en cest aveugle: puis après, qu’estans de leur propre gré aveugiez d’une haine perverse contre Jésus-Christ, ils ne voyent point ce qui est manifeste. L’Evangéliste récite qu’ils n’ont point creu. Si on demande la raison, il ne faut point douter que leur aveuglement n’ait esté volontaire. Car qui les empesche de veoir ceste œuvre de Dieu si manifeste, qui estoit proposée clairement devant leurs yeux:

voire qu’estans plus que convaincus, toutesfois ils ne croyent ce qu’ils ont desjà cognu, sinon que la malice intérieure de leur cœur tient leurs yeux fermez? S.

Paul monstre que le mesme est accompli en la doctrine de l'Evangile (2 Cor., IV, 3) car il dit qu’elle n’est point cachée ou obscure sinon aux réprouvez, les entendemens desquels le dieu de ce monde a aveuglez. Estans admonestez par tels exemples, apprenons de n’attirer point à nous les empeschemens qui nous destournent de la foy. En nommant les Juifs, il entend seulement une partie, asçavoir les gouverneurs et ceux qui avoyent la supérintendance sur le peuple.

19 Est-ce ci vostre fils que vous dites avoir esté nay aveugle? Pource que leur premier moyen n'estoit pas venu à propos, ils en attentent maintenant un autre: mais Dieu non-seulement destourne leur entreprise par une façon admirable, mais aussi la convertit à une fin toute contraire. Or ils ne font point seulement une demande, mais aussi ils enveloppent plusieurs choses, afin qu’ils rom-

père et la mère de l’aveuglene recueillent de toute ceste interrogation embrouillée et captieuse, que la moitié, à laquelle ils respondent. Is testifient que c’est leur ils et qu’il est nay aveugle. Il s'ensuit de cela qu'il ne voit point naturellement mais que les yeux luy ont esté ouvers par miracle. Mais pource que ceci leur estoit odieux, asçavoir que la veue luy avoit esté rendue miraculeusement, ils le Jais-sent passer. Par ce silence ils monstrent bien leur ingratitude. De faict, ayans receu un bénéfice de Dieu tant excellent, ils doyvent brusler de désir à célébrer sa renommée : mais estans abbatus decrainte, ils ensevelissent la grâce de Dieu entant qu’en eux est, sinon qu’ils substituent un tesmoin en leur place, asçavoir leur fils, par lequel le faict soit entièrement déclaré comme il est advenu, et auquel] on peut adjouster plus de foy, et porter moins de haine. Âu reste, combien qu'en évitant le danger ils usent de prudence, quand-ils inventent ce moyen de testifier obliquement de Christ par la bouche de leur fils :

néantmoins cela n’empesche point que le sainct Esprit ne condamne leur cœur efféminé et par trop délicat, par la bouche de l’Evangéliste, pource que cependant ils laissent de faire leur office. Et pourtant, combien moins d’excuse auront ceux qui oppriment et ensevelissent le Seigneur Jésus par un desloyal reniement avee sa doctrine, avec ses miracles, avec toute sa vertu et grâce ?

22 Car les Juifs avoyent desjà arresté que si aucun le confessoit, etc. Ce passage nous monsire que la façon d’excommunier est ancienne, et observée, et usitée de tout temps: car l'excommunication n’a pointesté lors premièrement inven-

pent la broche à toute response. Mais le! tée : mais c’estoit une punition ancienne-

Cnar. IX.

ment receue en usage contre les apostats, etcontempteurs dela Loy, de laquelle ceuxci ont usé contre les disciples de Christ.

Nous entendons donc que la façon d’excommunier est procédée d’une trèsancienne discipline de l'Eglise. D’avantage, que ce vice n’est pas nouveau, ne seulement d’un temps, Asçavoir que les hommes infidèles corrompent les sainetes institutions de Dieu, par leurs sacriléges. Or Dieu a voulu dés le commencement du monde, qu'il y eust quelque forme de correction, par laquelle les rebelles fussent réprimez.

Les Sacrificateurs et Scribes non-seulement ont abusé tyranniquement de ceste puissance pour tourmenter et fascher les innocens, mais ont à la fin aussi meschamment oppugné Dieu mesme et sa doctrine. Veu que la vérité de Christ estoit si puissante qu'ils n’estoyent pas assez forts pour Iuy résister par droict ni par aucune procédure de justice, ils ont lancé les foudres de leurs excommunications pour lPopprimer. Autant en a-on fait au peuple Chrestien : car à grand’peine pourroit-on exprimer quelle tyrannie barbare les faux évesques ont exercée pour matter et asservir le peuple, en sorte que nul n’osoit ouvrir la bouche. Et maintenantnous voyons de quelle violence cruelle on darde ceste flèche d’excommunication contre tous les serviteurs de Dieu. Mais voyei où il nous faut arrester, quand par Pappétit des hommes l’excommunication est transportée à une autre fin qu’elle n’a esté ordonnée, nous la pouvons hardiment mespriser. Car quand Dieu a donné à son Eglise puissance d’excommunier, il ne Va point armée de glaive, et n’a point voulu mettre en besongne des tyrans ou bourreaux pour estrangler les àmes, mais l'a donnée pour règle, afin de gouverner son peuple, voire sous ceste condition, que luy tiendroit le souverain Empire, et auroit les hommes pour ministres et ser-

SUR S. JEHAN

viteurs. Que les faux évesques donc foudroyent tant qu'ils voudront, si est-ce qu’ils n’estonneront par leurs tintamarres sinon ceux qui errent çà et là en doute, et ne sont point encores enseignez par ja voix du grand Pasteur Jésus-Christ, quelle est la vraye bergerie. En somme, il n’y à rien plus certain que ceux que nous voyons n’estre point assujetis au Seigneur Jésus, sont privez de la puissance légitime d’excommunier. Et ne faut point craindre qu’ils nous bannissent de leur compagnie, puis que Christ, qui est nostre salut et vie, en est banni. Mais plustost si nous voulons estre conjoints avec le Fils de Dieu, il faut que nous-nous séparions et reculions de nostre bon gré de toutes les synagogues du Pape: tant s’en faut que la crainte d’en estre déchassez nous doyve empescher. Au reste, jà soit que la façon et cérémonie d’excommunier fust si vileinement corrompue en l'Eglise ancienne, néantmoins nostre Seigneur Jésus n’a voulu qu’elle fust abolie par son advénement, ains la remise en sa pureté, afin qu’elle eust sa vigueur entière entre nous.

Ainsi, combien qu’il y ait aujourd’huy en la Papauté une profanation vileine et horrible de ceste saincte discipline, si est-ce toutesfois qu’il nous la faut plustost remettre en sa première intégrité, voire avec grande diligence, que labolir du tout. El n’y aura jamais si bon ordre au monde, que toutes les loix de Dieu, tant sainctes soyent-elles, ne soyent corrompues, et vileinement abbastardies par le vice des hommes. Vrayement on donneroit trop de licence à Satan, s’il pouvoit réduire à néant tout ce qu’il falsifie : nous n’aurions plus aucun Baptesme de reste, il n’y auroit plus de Cène: brief, il n’y auroit plus de religion: car il n’y a aucune partie d’'icelle qui ne soit souillée de ses ordures. |

24 Ils appelèrent donc pour la seconde fois l'homme qui avoil esté aveugle, et luy dirent, Donne gloire à Dieu, nous scavons que cest homme est pécheur",

95 I respondit, et dit, Je ne scay s’il est pécheur ?: je scay une chose, c'est que j'estoye aveugle, et maintenant je voy.

26 Dont üls luy dirent derechef, Que L'a-il fait? comment a-il ouvert les yeux?

4) Ou, meschants 2) Ou, meschante

27 Il respondit, Je le vous ay desjà dit, et ne l'avez point escouté : pourquoy

le voulez-vous encores ouyr ? F'oulez-vous aussi estre ses disciples.

28 Lors ils l'injurièrent, et dirent, Toy, sois son disciple: quant à nous,

nous sommes disciples de Moyse. .

29 Nous scavons que Dieu a parlé à Moyse, mais cestuy-ci nous ne scavons

d'où il est.

30 L'homme respondit, et leur dit, Certes en cela c’est merveilles, que vous ne scavez d'où il est, et toutesfois il a ouvert mes yeux.

31 Or nous scavons que Dieu n'exauce point les pécheurs!: mais si aucun est serviteur de Dieu, et fait la volonté d’iceluy, il lexauce.

32 1l ne fut jamais ouy qu'aucun ouvrist les yeux d'un aveugle nay.

33 1 cestuy-ci n'estoit de Dieu, il ne pourroit rien faire.

1) Ou, mal-vivans.

24 Ils appelèrent donc pour la se- conde fois, etc. I ne faut point douter que la honte ne les ait contrains de rappeler cest homme aveugle, lequel ils avoyent trouvé auparavant trop constant et ferme. En ceste sorte, tant plus qu'ils résistent aigrement, et bataillent contre Dieu, tant plus de laqs se mettent-ils au col, et plus fort se serrent. Au surplus, ils interroguent tellement ce povre homme, qu’ils taschent à Iuy faire dire ce qu'ils veulent. Voylà une belle préface voirement, quand ils l’exhortent à donner gloire à Dieu : mais tout incontinent ils défendent estroittement qu’il responde selon ce qu’il sentoit en son cœur. Et pourtant, sous ombre du nom de Dieu, ils requièrent de luy une obéissance servile. Donne gloire à Dieu. Combien que ceste adjuration puisse estre rapportée à la circonstance de la cause présente, afin que l’aveugle n’obscurcisse la gloire de Dieu, en transférant à un homme le bénéfice qu’il avoit receu : toutesfois j'aime mieux souscrire à l'opinion de ceux qui pensent que C’estoit une forme solennelle, laquelle on avoit accoustumé de mettre en avant quand on demandoit le serment à quelqu'un. Car Josué adjure Acham par ces paroles, mesmes quand il veut tirer de luy ure vraye confession du larrecin qu’il avoit fait du pillage interdit. Or par telles paroles il advertissoit que Dieu estoit grandement outragé, quand quelqu'un jurant par son Nom, mentoit ou trompoit. Et de faict, toutes fois et quantes qu’il nous faut jurer, nous-nous devons souvenir de ceste préface, afin que la vérité ne nous

soit moins précieuse que la gloire de Dieu. Si nous le faisions ainsi, nous ferions bien autre conscience de jurer.

Maintenant, pource que la plus part des hommes ne pense point qu’on désavouëê Dieu, quand son Nom est invoqué pour maintenir le mensonge ,' et que pour ceste cause ils se desbordent à jurer sans propos et à la volée, nous voyons que tout est rempli de parjures: On voit cependant comment les hypocrites, voire lors qu’ils font semblant de porter une grande révérence à Dieu, non-seulement déçoyvent, mais aussi se mocquent impudemment. Car ils adjoustent ceci quant et quant, qu'ils vouloyent que cest aveugle jurast de parler à leur fantasie, avec un manifeste opprobre de Dieu. Voylà comment Dieu tire en lumière leurs meschans conseils, quelque chose qu’ils taschent de leur bailler belle couleur, et les couvrir d’ombrages contrefaits.

25 Je ne scay S'il est pécheur, etc-.

Il semble que cest homme aveugle fleschisse aucunement par crainte, et ne tesmoigne pas franchement. Car il n’est point croyable qu’il ait douté de Jésus- Christ, comme les paroles sonnent : mais plustost je pense qu’il a dit ceci par ironie (C'est-à-dire comme en se mocquant) afin qu’il les picquast plus vivement. Il avoit confessé un peu devant que Christ estoit Prophète : voyant qu’il ne proufitoit de rien, il suspend le jugement de la personne, et propose le faict mesme. Il leur accorde donc tellement qu’il se mocque d’eux.

26 Dont Ùs luy dirent derechef, Que

l'a-il fait? Quand nous voyons les mes-

Caar. IX.

Léhr init

Cap. IX. SUR S.

chans estré si diligens en ce qu’ils font, ayons pour le moins honte de nostre paresse, en ce que nous-nous employons si froidement aux affaires de Christ. Or combien que ceux-ci cherchent de tous coStez matière de calomnier, toutesfois Dieu fait esvanouir tous leurs efforts par la constañce invincible de cest aveugle.

Car non-seulement il persévère en son Opinion, mais il les reprend sévèrement et hardiment, de ce qu'après avoir assez cognu la vérité de ce faict, nonobstant ils s’enquièrent tant de fois, et non à autre intention que pour ensevelir ceste vérité. Il leur reproche aussi ceste haine perverse qu'ils avoyent contre Christ, quand il.dit, ’oulez-vous aussi estre de ses disciples? Car il signifie que combien qu'ils ayent esté convaincus cent fois, néantmoins ils sont tellement préoccupez d’une affection maligne et envenimée, qu'ils ne céderont jamais. Voyci certes une liberté admirable, qu’un homme de basse condition et contemptible, voire estant en opprobre, pource qu’il mandioit, toutesfois ne craind point de provoquer la rage de tous les Sacrificateurs contre soy: Si une tant petite préparation de Ja foy luy à donné si grande hardiesse quand c’est venu au combat, quelle excuse prétendront céux qui seront grans prescheurs de l'Evangile, estans hors des dangers, et cependant devienent muets, quand ils voyent le danger devant leurs yeux ? Au Surplus, ceste interrogation aussi est faite par ironie: car il signifie qu’ils sont poussez d’une malveillance, et non point d’une droite affection de la vérité, quand ils le pressent si instamment à respondre sur ce faict.

98 Lors is l'injuriérent, et dirent, Toy, sois, etc. On peut facilement prouver qu'ils luy ont dit toutes les injures qu’ils ont peu amasser en ceste impétuosité et rage furieuse où ils estoyent. Or entre plusieurs autres choses, ils l'appeloyent apostat de la Loy. Car selon leur jugement, il ne pouvoit estre disciple -de Christ, qu’il ne se fust révolté de la Loy de Movse. Et opposent expresséement ces deux choses, comme répugnantes Pune à l’autre. Au demeurant, il semble bien que c’est-ci une fort belle couleur,

JEHAN. 207 qu'ils craignent de s’eslongner de la doctrine de Moyse. Car v’est-ci la vraye règle de piété, Ascavoir qu’on doit ouir les Prophètes, par lesquels apparoist pour certain que Dieu a parlé, afin que nostre foy ne flotte çà et là par chacunes doctrines des hommes. Or ils déduisent de ce principe la certitude laquelle ils ont de la Loy de Moyse : mais ils mentent, disans qu’ils sont disciples de Movyse, veu qu'ils se destournent de la fin de la Loy. Ainsi les hypocrites ont accoustumé de deschirer Dieu par pièces, quand ils veulent prétendre le nom de Dieu. Si Jésus-Christ est l’âme de la Loy (comme S. Paul enseigne, 2 Cor., IIT, 17) que sera-Ce de la Loy, quand elle sera séparée de luy, simon un corps mort? Nous sommes enseignez par cest exemple, que Dieu n’est point vrayement ouy, sinon quand l'auditeur est atténtif à ouïr la voix d’iceluy, afin d'entendre ce qu’il veut dire.

Or quand ïls disent qu'ils ne sçavent d'où il est, cela ne se rapporte point au pays de Jésus-Christ, ou au lieu de sa naissance, ains à la dignité Prophétique.

Car ils mettent en avant qu’ils n’ont nulle cognoissance de sa vocation, en sorte qu'ils le puissent recevoir comme venu de Dieu.

30 Certes en cela c’est merveille, que vous, elc: H les reprend obliquement de ce que n’estans aucunement esmeus d’un miracle si évident, ils font semblant de ne cognoistre la vocation de Christ : comme s’il disoit, I] n’est point convenable qu’un tesmoignage si manifeste de la vertu Divine ne soit rien estimé, et que la vocation de Christ tant bien approuvée et testifiée, ne puisse toutesfois obtenir cela envers eux, qu'ils luy adjoustent foy. Et afin qu'il monstre plus clairement leur bestise, ou malice, il amplifie la grande excellence de ce miracle, de ce que de la dernière mémoire des hommes on n’ouit oncques dire qu’une telle chose ait jamais esté faite. Dont il s’ensuit qu’ils sont malins et ingrats, pource qu’ils ferment les yeux de leur propre gré à une œuvre de Dieu si manifeste. Il recueille done qu'il faut bien qu’il soit envoyé de Dieu, veu qu’il est garni d’une si grande puissance de l'Esprit de Dieu, pour ac-

quérir foy et authorité tant à sa personne qu'à sa doctrine.

31 Or nous scavons que Dieun'exauce point, etc. Ceux qui pensent que l’aveugle a ainsi parlé selon la commune opinion du peuple, s’abusent. Car (comme nous avons veu un peu auparavant) ce mot de Pécheur, Signifie un homme adonné à meschancetez. Or on trouvera tousjours ceste doctrine en lEscriture, Que Dieu n’exauce point sinon ceux qui l’invoquent d’un vray cœur et d’un zèle entier. Car comme ainsi soit qu'il n’y ait ‘que la foy qui nous ouvre la porte pour aller à Dieu il est certain que tous meschans sont repoussez de son accès : et

qui plus est, il proteste qu’il ha leurs

Car IX.

oraisons en abomination, comme aussi leurs sacrifices luy sont en horreur. Car ce qu’il invite à soy ses enfans, c’est par un privilége et grâce spéciale, et n’y a que l'Esprit d'adoption qui crie en nos cœurs, Abba, Père. En somme, nul n’est bien disposé à prier Dieu comme il appartient, s’il n’ha le cœur purgé par foy. Mais quant aux meschans, tout ainsi qu'ils profanent le nom sacré de Dieu en leurs oraisons, aussi sont-ils plustost dignes d’estre punis de cest horrible sacrilége, que d’impétrer quelque chose à leur salut. Pour ceste raison l’aveugle n’argumente pas mal, Que Christ est venu de Dieu, veu que Dieu luy favorise ainsi à ses désirs.

34 Ils respondirent, et luy dirent, Tu es du tout nay en péchez, et tu nous

enseignes ? Et le jettèrent hors.

35 Jésus entendit qu'ils l’avoyent jetté hors, et l'ayant trouvé, luy dit,

Crois-tu au Fils de Dieu?

36 1l respondit, et dit, Et qui est-il, Seigneur, afin que je croye en luy?

37 Jésus luy dit, Tu l'as veu, et est celuy qui parle avec toy.

38 Lors il dit, Je croy, Seigneur : et l'adora.

39 Et Jésus dit, Je suis venu en ce monde pour exercer jugement, afin que ceux qui ne voyent point, voyent : et ceux qui voyent, soyent faits aveugles.

A0 Et aucuns des Pharisiens qui estoyent avec l'uy ouirent cela, et luy dirent,

Et nous, sommes-nous aussi aveugles :

41 Jésus dit, Sivous estiez aveugles, vous n’auriez point de péché : mais maintenant vous dites, Nous voyons : pourtant demeure vostre péché.

34 Tu es du tout nay en péchez, etc.

Je ne doute point qu’ils n’ayent voulu faire allusion à son aveuglement: comme les hommes orgueilleux ont accoustumé de faire, de tormenter ceux qui ont quelque misère ou calamité. Et pourtant ils le rejettent fièrement, se mocquans de luy, comme s’il fust sorti du ventre de sa mère avec la marque de ses péchez. Car tous les Scribes estoyent persuadez en leurs cœurs, que les âmes sortans d'un corps, entroyent en un autre, et là soufiroyent les peines de leurs péchez passez. De cela ceux-ci infèrent que cest homme qui estoit nay aveugle, estoit dés lors abbruvé, et tout couvert de péchez. Ceste censure ainsi faite à rebours, nous doit servir d'enseignement, que nous-nous devons diligemment garder que ne mesurions tousjours les péchez d’un chacun par les

fléaux et verges de Dieu : car comme nous avons veu ci-dessus, le Seigneur ba diverses fins pourquoy il envoye des adversitez aux hommes. Or outre ce que ces hypocrites mal-heureux se mocquent

outrageusement de ce povre homme, avec “

ce ils rejettent fièrement ses remonstran-

ces, combien qu’elles soyent sainctes et “ bonnes. Comme C’est une chose plus que «

commune, qu’on ne pourra souffrir d’es-«

tre enseigné par celuy qu’on mesprise.

Au reste, puis que Dieu doit tousjours «

estre ouy quand il parlera par quelque homme que ce soit, apprenons de ne mespriser personne, afin que Dieu nous trouve tousjours dociles, voire quand il se servira des hommes les plus contemptibles qu’on sçauroit dire pour nous enseigner. Car il n’y a point de peste plus dangereuse, que quand l’orgueil nous es-

sl. rond dt ati

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