‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 22 sur 113 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

À En vérité, en vérité je vous di, Celuy qui n'entre par la porte à la bergerie des brebis, mais y monte par ailleurs, est larron et brigand,

2 Et qui entre par la porte, il est le Pasteur des brebis.

3 Le portier ouvre à cestuy-là, et les brebis oyent sa voix, et il appelle ses propres brebis par leur nom, et les mène hors.

4 Et quand il a mis hors ses brebis,

vent: car elles cognoissent sa voix :

il va devant elles, et Les brebis le suy-

5 Et ne suyvront point un estranger, mais s'enfuyront de luy : car elles ne

cognoissent point la voix des estrangers.

6 Jésus leur dit ceste similitude, mais ils ne cognurent point ce qu'il leur

disoit.

A En vérité, en vérité je vous di, ce-| qui estoyent réputez Pasteurs de lEgliluy qui, etc. Pource que Christ avoit | se, il faloit nécessairement qu’ils fussent

affaire avec les Scribes et Sacrificateurs,

despouillez de l'honneur de ce titre, S'il

Cuar. X. SUR S$.

vouloit que sa doctrine fust receuë. Le petit nombre des croyans pouvoit aussi diminuer beaucoup de l’authorité de sa doctrine. Il débat donc qu’il ne faut point mettre au rang des Pasteurs et bergers, ni au nombre des brebis, tous ceux qui usurpent extérieurement place en PEglise. Mais on pourra discerner par ceste marque les Pasteurs légitimes avec les réprouvez, et les vrayes brebis des contrefaites, si luy seul est le but de tous, le commencement et la fin. Ceste admonition a esté grandement proufitable en tous temps, mais aujourd’huy sur tout elle est nécessaire : car il ny a point de peste qui puisse apporter plus grand dommage à l'Eglise, que quand les loups sous masque de Pasteurs, brigandent en Eglise. Nous sçavons aussi combien ce scandale est grief à porter, quand il y à des Israélites bastars et forlignans, qui se disent estre enfans de l'Eglise, et qui sous ceste ombre s’eslèvent fièrement contre les fidèles. L'Eglise a esté tousjours sujete à ces deux maux presque par continuelles successions de temps : mais aujourd’huy il n’y à rien qui trouble plus les rudes et infirmes, que quand ils voyent le Sanctuaire de Dieu estre occupé par les plus grans enuemis de l'Evangile. Car ils ne mettent point cela facilement en leur entendement, que c’est la doctrine de Christ celle à laquelle les Pasteurs de l'Eglise résistent si asprement. D'avantage pource que la plus grand'partie des hommes sont induits çà et là en divers erreurs par fausses doctrines, cependant que les uns regardent et s’attendent aux autres, il n’y a presque homme qui puisse ne vueille souffrir qu’on le réduise au droit et bon chemin. Il nous faut donc garder sur toutes choses que ne soyons trompez par des pasteurs masquez, et brebis contrefaites, si nous ne voulons de nostre propre gré nous jetter entre les pattes des loups, larrons et brigans. Ce nom d’Eglise est magnifique, et honorable, et à bon droict : mais tant plus qu’il mérite de révérence et honneur, tant plus devons-nous estre songneusement attentifs à noter la différence qui est entre la vraye Eglise, et la fausse et bastarde. Christ

dit yei apertement, qu’on ne doit réputer pour Pasteurs tous ceux qui se vantent estre tels, ni estimer pour brebis tous ceux qui se glorifient de quelques marques marques extérieures. Or il parle de l'Eglise Judaïque, mais ceci nous appartient aussi bien. Il faut (comme j’ay desjà dit) considérer la fin et le but de son intention : c’est que les consciences infirmes ne soyent estonnées ou abbatues, quand elles voyent que ceux qui règnent en l'Eglise et la gouvernent, au lieu de Pasteurs sont ennemis et contraires à l'Evangile, et qu'elles ne se reculent ou destournent aucunement de la foy, si elles voyent qu'elles ayent bien peu de compagnons disciples à ouir la doctrine de Christ, voire entre Ceux qui se nomment Chrestiens. Celuy qui n'entre par la porte. C’est sottement fait, selon mon avis, d’esplucher trop subtilement chacune partie de ceste parabole. Contentons-nous donc de ce sommaire, que puis qu'’ainsi est que Christ fait l'Eglise semblable à une bergerie, en laquelle Dieu assemble tous les siens, et qu'il se compare à un huis, pource qu’il ny a ouverture pour entrer en l’Eglise que par luy:

il s'ensuit de cela que ceux-là sont seuls bons pasteurs et fidèles, qui mènent droit à Christ : que ceux-là sont recueillis vrayement en la bergerie de Dieu pour estre de son troupeau, lesquels s’addonnent à Christ seul. Au reste, tout ceci se rapporte à la doctrine. Car comme ainsi soit que tous les thrésors de science et sapience soyent cachez en Jésus-Christ, quiconque se divertit de luy pour aller ailleurs, iceluy ne tient point le droit chemin, et si n'entre point par l’huis.

Maintenant si quelqu'un ne refuse d’ouir l’admonition de Christ, il se dépestrera facilement de ceste doute, laquelle tient beaucoup de gens en grande perplexité, asçavoir qui est l'Eglise, et qui sont ceux lesquels on doit ouir pour pasteurs. Car si ceux qui sont appelez pasteurs, taschent à nous destourner de Christ, nous les devons fuir selon le commandement de Christ, voire comme loups ou larrons.

Et ne faut point contracter société avec d’autres brebis, ou avec un autre troupeau, que celuy qui est d’un mesme ac-

cord ou consentement en la pure foy de l'Evangile. Et pour ceste mesme raison Christ exhorte ses disciples de se séparer de la multitude incrédule de toute leur nation, et qu'ils ne se laissent point gouverner aux meschans Sacrificateurs, et ne souffrent point qu'on les abuse par des noms pleins d’orgueil et vains.

3 Le portier ouvre, etc. Si par ce mot de Portier, on veut entendre Dieu, je n’y contredi point : et mestie il semble bien que Christ oppose yei tout à propos le jugement de Dieu, à la fausse opinion des hommes, quand il est question d'approuver les pasteurs. Comme s’il disoit, Vray est que le monde applaudit bien souvent aux autres, et les ha volontiers en révérence et honneur : mais Dieu qui ha la domination entre ses mains, n’en recognoist, et n’en approuve point d’autres, sinon ceux qui mènent les brebis par ce chemin. Or quant à ce que Christ dit que les brebis sont appelées par nom, je le rapporte au consentement mutuel de la foy, d’autant que le disciple et le précepteur sont conjoints ensemble par un mesme Esprit de Dieu, en Sorte que le précepteur va devant, et le disciple le suit. Aucuns pensent qu’yci est exprimée une cognoissance particulière que le pasteur doit avoir de chacune de ses brebis, mais je ne sçay si cela est assez ferme.

4 Et les brebis le suyvent. Combien qu’il parle des ministres, néantmoins il veut que plustost on oye Dieu parler par eux, qu’eux-mesmes : car il faut retenir ceste exception qu’il a mise, asça-

Crar. X.

voir qu’il n’y à point d'autre fidèle pasteur de l'Eglise, sinon celuy qui conduit et gouverne les brebis sous la conduite de Christ. Or il faut noter la raison pourquoy il est dit que les brebis suyvent, car elles sçavent bien discerner les pasteurs des loups, par la voix. C’est-ci Esprit de discrétion, par lequel lës éleus jugent entre la vérité de Dieu, et les fausses inventions des hommes. Ainsi donc la cognoissance de vérité précède és brebis de Christ, puis après suyt un zèle et vraye affection de rendre obéissance, en sorte que non-seulement elles cognoissent ce qui est véritable, mais aussi le reçoyvent de bon cœur et de vive affection. Et non-seulement il loue l’obéissance de la foy, en ce que les brebis s’assemblent paisiblement à la voix du pasteur, mais aussi en Ce qu’elles noyent point la voix des estrangers, et ne s’espardent point quand quelqu'un crie.

6 Jésus leur dit, etc. Voylà pourquoy estans eslevez de vanterie de sapience, ils rejettoyent la lumière de Christ : car en une chose qui n’est pas fort obscure, ils sont plus que hébétez. En ces paroles, Ils ne cognurent pas que c’estoit, etc.

il y a diverse lecture entre les Grecs.

Aucuns livres ont ainsi de mot à mot, Ils n’entendirent point ce qu’il disoit.

L'autre lecture que j’ay suyvie est plus ample, combien que le sens reviene tout à un. La troisième lecture est, Que ils ne cognurent point que luy qui parloit de soy-mesme, fust Fils de Dieu :

mais ceste lecture est la moins receue.

7 Et Jésus derechef leur dit, En vérité, en vérité je vous di, que je suis la

porte des brebis.

8 Tout autant qu'il y en est venu devant moy, sont larrons et brigans : mais

les brebis ne les ont point ouys.

9 Je suis la porte, si aucun entre par moy, Ü sera sauvé : il entrera et sor-

tira, et trouvera pasture.

10 Le larron ne vient sinon pour desrobber et tuer et destruire. Je suis venu afin qu'elles ayent vie, et qu'elles en ayent en abondance.

1 En vérité, en vérité je vous di, que | pose plus clairement ce qui estoit le prin-

je suis, elc. Si ceste exposition n’eust esté adjoustée, tout ce propos n’eust esté qu'une allégorie : maintenant il ex-

cipal en toute la similitude, quand il afferme qu’il est l’huis. Or la somme est, comme nous avons dit, que le principal

CHar. X. SUR S$.

article de toute la doctrine spirituelle, de laquelle les âmes sont repeuës, consiste en Christ. Et pourtant S. Paul (qui est l’un des pasteurs) n’estimoit rien si utile de sçeavoir, sinon Christ, 4 Cor., EE, 2. Or ceste façon de parler vaut autant comme si Jésus-Christ eust testifié que c’est luy seul auquel il faut que nous soyons assemblez. Parquoy il convie et exhorte de venir à luy tous ceux qui désirent estre sauvez. Il signifie par ces paroles, qu’on aura beau trotter çà et là, quand on le laissera pour aller à Dieu, et qu’on ne proufitera rien : car il n’y a qu'une porte ouverte, et qu’on y viene de tous autres costez, on n’y trouvera point d'accès.

8 Tout autant qu'il en est venu devant, etc. Ceux qui restraignent ceci à Judas Galiléen et ses semblables, se reculent bien loin de Pintention de Christ, selon mon opinion : car il oppose toutes fausses et meschantes doctrines en général à l'Evangile, et tous faux-prophètes aux Docteurs et Ministres fidèles. Et mesmes ce ne sera pas mal à propos, si nous estendons ceci jusques aux Gentils :

asçavoir que autant qu’il y en à eu depuis le commencement du monde, qui se sont dits estre Docteurs, et cependant n'ont point tasché de recueillir et amener les brebis à Christ, il est certain qu’il ont tous abusé de ce titre pour destruire les âmes. Au demeurant, on ne pourra pas dire que ceci appartiene à Moyse ni aux Prophètes, lesquels n’ont eu autre délibération ne propos, que d’establir le royaume de Christ. Car il nous faut noter que comparaison est yci faite par les paroles de Jésus-Christ entre choses opposites l’une à l’autre. Or est-il ainsi que tent s’en faut qu’on puisse trouver discord entre la Loy et la doctrine de PEvangile, que la Loy n’est autre chose qu’une préparation à lEvangile. En somme, nostre Seigneur Jésus-Christ testifie que toutes les doctrines, par lesquelles le monde avoit esté destourné de luy, ont esté autant de pestes mortelles : car hors luy il n’y a plus qu’une dissipation mortelle et horrible. Cependant nous voyons de quelle importance est l’antiquité devant Dieu, et combien

nous la devons estimer toutes fois et quantes qu’on la met à Popposite contre Christ, pour batailler contre luy. Car afin que nul ne se trouble de ce que de tous temps et siècles il y a eu des docteurs qui ne se sont de rien moins souciez que d'amener les hommes à Christ, luy-mesme déclare expresséement que c’est tout un s’il y en à eu beaucoup de semblables, et si de si long temps ils ont commencé à se monstrer. Car il faut considérer ceci, qu’il y à seulement une porte, et ceux qui pour la laisser font des ouvertures ou crevasses aux murailles sont larrons. Mais les brebis ne les ont point ouys. Il conferme maintenant plus clairement ce qu'il avoit dit ci-dessus plus obscurément sous la figure d’allégorie, asçavoir que ceux qui ont esté tirez hors du chemin par les atfronteurs et séducteurs, n’estoyent point de l'Eglise de Dieu. Premièrement ceci est dit, afin que quand nous voyons une grande multitude de gens errans, nous ne prenions plaisir de tomber en ruine à leur exemple : puis après, que nous ne chancelions point quand Dieu lasche la bride aux séducteurs, pour en décevoir plusieurs. Car ce n’est point-ci une petite consolation, ou matière d’une petite asseurance, quand nous sçavons bien que Christ par une seure protection a tousjours fermement maintenu toutes ses brebis entre divers assaux et embusches de loups et de brigans, en sorte qu’il n’y en a pas eu une seule qui lait laissé. Mais on fait yci une question, Quand est-ce que quelqu'un commence à estre du troupeau du Fils de Dieu? car nous en voyons plusieurs qui sont fourvoyez la plus grand”partie de leur vie par les désers, et sont enfin amenez à la bergerie du Seigneur Jésus. Je respon à cela, que ce mot de Brebis, est yei prins en deux sortes.

Quand Jésus-Christ dira ci-après, Qu'il ha d’autres brebis, il comprend tous les éleus de Dieu, qui n’avoyent rien alors qui fust semblable à des brebis : maintenant il entend les brebis qui estoyent desjà marquées de la marque de leur Pasteur. Il est bien certain que de nature nous ne sommes rien moins que brebis, mais plustost nous naissons tous lions,

tygres, loups et ours, jusques à ce que l'Esprit du Seigneur Jésus nous apprivoise, ét que de bestes sauvages et farouches, il nous face brebis débonnaires.

En ceste façon, selon l'élection secrète de Dieu, nous sommes desjà brebis et ouailles en son cœur, devant mesme que nous SOYONS nais : mais nous COMMENÇONS à estre brebis en nous, par la vocation, par laquelle il nous recueille en sa bergerie. Ainsi nostre Seigneur Jésus-Christ afferme que ceux qui sont appelez en l’ordre des fidèles, luy sont conjoints si fermement, qu'ils ne peuvent estre transportez çà et là, pour estre fourvoyez par quelque vent de quelque nouvelle doctrine que ce soit. Si quelqu'un vouloit yci faire ceste objection, Que ceux-mesmes qui s’estoyent addonnez à Jésus-Christ, peuvent bien quelques fois errer, et que cela se peut prouver par expérience ordinaire, et que ce n’est point en vain qu’en Ezéchiel, chapitre XXXIV, v. 12, cest office est attribué au bon Pasteur, de rassembler les brebis dispersées : je confesse bien que ceci advient souventesfois, que ceux qui avoyent esté domestiques de la foy, soyent aliénez pour quelque temps : toutesfois ceci ne répugne point avec la sentence de nostre Seigneur Jésus-Christ ; car entant qu'ils se fourvoyent, ils cessent, par manière de dire, d’estre brebis. Voyci que Christ veut dire simplement, Que tous les éleus de Dieu, quelque chose qu'ils ayent esté tentez de s’esgarer, voire en mille sortes, nonobstant sont retenus en l’obéissance de la foy pure, afin qu’ils ne fussent exposez en proye à Satan, ni à ses ministres. Or ceste œuvre de Dieu, quand il rassemble les brebis qui s’estoyent peu à peu fourvoyées, n’est pas moins admirable que si elles demeuroyent en la bergerie tousjours enfermées. Ceci demeurera tousjours véritable, ét sans exception, Que ceux qui sont sortis d'avec nous, n’estoyent pas des nostres, 1 Jehan chapitre I, v. 49 : mais ceux qui sont des nostres, demeurent avec nous jusques à la fin. Au demeurant, ce passage nous devroit bien faire avoir grand’honte.

Premièrement, d'autant que nous sommes si mal accoustumez à la voix de nostre

Car. X.

Pasteur, qu'à grand’peine y en a-il bien peu qui l’escouttent froidement : d’avantage, que nous sommes lasches et paresseux à le suyvre. Je parle des bons, ou pour le moins de ceux qui sont tolérables : car une grande partie de ceux qui se vantent estre disciples du Fils de Dieu, regimbent fièrement contre Iuy. Finalement, pource qu'aussi tost que quelque voix d’un estranger a retenti, nous sOmmes incontinent transportez çà et là par inconstance, ceste légèreté monstre bien :

que nous avons encore bien peu proufité en la foy. Que si le nombre des croyans est plus petit qu'il ne seroit à désirer, et combien que de ce petit nombre plusieurs s’escoulent souventesfois, nonobstant les docteurs fidèles ont ceste consolation de reste pour se soustenir, asçavoir, qu'ils sont escoutez des éleus de Dieu, qui sont brebis de Jésus-Christ.

C'est à nous voirement de faire tant grande diligence que nous pourrons, que tout le monde (s’il se peut faire) soit assemblé en unité de foy : cependant toutesfois contentons-nous de nostre nombre.

9 Si aucun entre par moy, Ù sera sauvé, il entrera et sortira. Voyci une singulière consolation pour les fidèles, Que quand ils auront une fois receu Jésus-Christ, ils oyent yei qu'ils seront hors du danger : car le Seigneur leur promet salut, et un estat heureux. Puis après il exprime deux parties, Qu'ils chemineront en seureté en quelque part qu’il sera besoin : d'avantage, qu’ils seront rassasiez à suflisance. Par ces deux mots, entrer et sortir, l’Escriture signifie bien souvent toutes les opérations de la vie :

comme nous disons en langage François, Aller et Venir, pour converser. Ces paroles donc nous proposent double utilité de l'Evangile, asçavoir que nos âmes trouveront pasture en iceluy, lesquelles autrement sont languissantes et affamées, et ne sont nourries que de vent : d’avantage, qu’il nous sera une garde fidèle, et seure forteresse contre les courses des loups et des brigans.

10 Le larron ne vient sinon pour desrober, etc. Christ, par manière de dire,

|nous tire l’aureille par ceste sentence,

RE

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afin que les ministres de Satan ne nous trouvent dormans, et ne nous prenent à despourveu : car nostre trop grande nonchalance fait que nous sommes de tous costez exposez à fausses doctrines. Et dont vient une si grande légèreté à croire, en sorte que ceux qui se devoyent reposer fermes en Jésus-Christ, voltigent çà et là, s’esgarans en beaucoup de sortes, sinon qu'ils ne craignent point assez les faux-docteurs, et ne se donnent point garde d’eux ? Il y a ceci d'avantage, que nostre Curiosité insatiable prend si grand plaisir aux inventions nouvelles et estranges des hommes, que de nostre propre gré nous courons comme enragez aux brigans et aux loups. Ce n’est donc point sans cause que le Fils de Dieu nous testifie yei que les faux-docteurs sont tousjours garnis de poison mortelle, et la portent tousjours avec eux, quelque bonne mine qu’ils facent pour s’insinuer, afin que nous soyons plus attentifs à les chasser arrière de nous. Sainct Paul aussi nous fait une semblable admonition au chapitre IT des Colossiens, v. 8, Avisez bien, dit-il, qu'aucun ne vous brigande par vaine philosophie, etc. Je suis venu afin, etc. C’est une autre similitude : car comme ainsi soit que jusques ycei le Seigneur Jésus ait dit qu’il est la porte ou lPhuis, et ceux qui amènent et rassemblent les brebis à cest huis, sont vrais Pasteurs : maintenant il joue le personnage du Pasteur, voire il dit qu’il est le

Pasteur unique. Comme de faict cest honneur et titre ne compète point proprement à autre quelconque : car autant qu'il y a de fidèles Pasteurs en l'Eglise, pource toutesfois que c’est luy qui les suscite, qui les fournit de grâces nécessaires, qui besongne en eux, les conduisant et gouvernant par son Esprit, ils ne peuvent faire que luy ne gouverne seul et préside en son Eglise, et qu’il ne soit seul Pasteur. Car jà soit qu'il se serve de leur ministère, nonobstant il ne laisse point de faire et exécuter l'office de Pasteur par sa vertu. Ainsi les autres sont tellement maistres et docteurs, que cependant ils ne déroguent point à la maistrise d’iceluy. Brief, quand le nom de Pasteur est transféré aux hommes, il est subalterne, comme on dit. Et Christ commurique tellement son honneur aux ministres, que cependant il demeure seul Pasteur, tant d'eux que de tout le troupeau. Maintenant quand il dit qu’il est venu afin que les brebis ayent vie, il signifie que ceux seulement qui ne se peuveut tenir à ses pieds, sont exposez à la rapine des loups, et aux larrecins des larrons. Et pour donner plus grande asseurance, il dit que la vie croist et proufite assiduellement en tous ceux qui ne se révoltent point de luy. Et de faict, tant plus qu’un chacun proufite en la foy, tant plus près aussi approche-il de la plénitude de vie, d'autant que l'Esprit, qui est la vie, croist en luy.

14 Je suis le bon Pasteur. Le bon Pasteur met sa vie pour ses brebis : 12 Mais le mercenaire, el celuy qui n’est point pasteur, à qui n’'appartienent point les brebis, voit venir le loup, et délaisse les brebis, et s'enfuit : et le loup

ravit et espard les brebis.

13 Le mercenaire, di-je, s'enfuit, pource qu'il est mercenaire, et ne luy chaut

des brebis.

14 Je suis le bon Pasteur, et cognoy mes brebis, et suis cognu des mienes. 15 Comme mon Père me cognoist, aussi cognoy-je mon Père, el mets ma vie

pour mes brebis.

11 Le bon Pasteur met sa vie pour ses brebis. 1] monstre combien il est bon Pasteur, par l'affection singulière qu’il ha envers les brebis : car il est si songneux de leur salut, que mesme il n’espargne point sa propre vie. Dont il s’ensuit que

ceux qui refusent la garde et protection de ce Pasteur tant amiable, et tant bénin, sont plus qu’ingrats, et cent fois dignes de périr, et sont exposez à toutes malheuretez. Au demeurant, ce que sainct Augustin nous remonstre, est très vérita-

ble, Asçavoir qu’yci nous est proposé ce que nous devons désirer, ce que nous devons fuir, et ce que nous devons endurer au gouvernement de PEglise. I n’y à rien plus désirable que l'Eglise soit gouvernée par bons et diligens Pasteurs. Christ proteste qu’il est seul le bon Pasteur, qui entretient l'Eglise en son entier, premièrement par SOY, et puis après par ses instrumens. Toutes fois et quantes donc qu’il y a bon ordre, et qu’il y à des hommes idoïnes et propres pour gouverner, Christ alors se monstre estre vrayement Pasteur : mais il y a beaucoup de loups et larrons, qui se couvrans du titre de pasteurs et gouverneurs, dissipent malheureusement l'Eglise. Que tels se glorifient de tel nom qu’ils voudront, toutesfois nostre Seigneur Jésus dénonce qu'il les faut fuir. Quant aux mercenaires, si On en pouvoit purger l'Eglise, tout se porteroit mieux : mais pource que Dieu par ce moyen exerce la patience de ses fidèles, aussi sommes-nous indignes de ce bénéfice singulier, que Christ se déclare à nous par bons Pasteurs. Il nous les faut endurer, combien que ne les approuvions, et combien qu’il nous desplaisent, voire à bon droict. Or touchant ce mot de Mercenaires, il nous faut entendre ceux qui retienent la pure doctrine, et qui par occasion annoncent la vérité (comme dit sainct Paul aux Philippiens, chapitre F, v. 15) plustost que par un zèle droit et pur. Combien que telle manière de gens ne servent fidèlement à Christ, toutesfois nous les devons ouyr : car tout ainsi que nostre Seigneur Jésus a voulu que les Pharisiens fussent ouys, pource qu’ils estoyent assis sur la chaire de Moyse, aussi faut-il que nous portions cest honpeur à l'Evangile, que nous ne nous faschions des ministres d’iceluy, encores qu'ils ne soyent gens de bien. Or pource qu’il ne faut pas grand empeschement pour nous faire trouver l'Evangile fade, afin que telles délices ne nous retardent, Souvenons-nous tousjours de ce que j'ay touché ci-dessus, Que si l’Esprit du Seigneur Jésus n’ha pas si puissante vigueur és ministres, qu'il se monstre apertement Pasteur en iceux, ce sont nos péchez qui en sont cause, ét que Ce-

"Crar. X.

pendant nostre obéissance est esprouvée.

12 Mais le mercenaire est celuy qui n'est point pasteur, etc. Combien que le Seigneur Jésus attribue à soy seul ce nom de Pasteur, toutesfoisilsignifie tacitement qu'il est aucunement commun à ses organes, esquels il besongne. Car à la vérité nous sçavons qu’il y en a eu plusieurs après Christ, qui n’ont point fait de difficulté d’espandre leur sang pour le salut de l'Eglise : et les Prophètes aussi devant son advénement n’ont point espargné leur propre vie. Mais il propose un patron parfait en sa personne, afin qu’il baïlle une règle certaine à ses ministres. Car quelle vilenie et honteuse paresse sera-ce à nous, si nostre vie nous est plus précieuse que le salut de l'Eglise, lequel le Seigneur Jésus-Christ à préféré àsa propre vie? Au reste, ce qui est yci dit, de mettre sa vie pour ses brebis, est comme un signe certain et principal d’une affection paternelle. Premièrement, nostre Seigneur Jésus a voulu donner à cognoistre quel singulier tesmoignage il a donné en sa mort de Pamour qu’il nous portoit : puis après, provoquer tous ses ministres par SOn exemple. Toutesfois il faut noter la différence qui est entre luy et eux, asçavoir qu'il à donné sa vie en pris de satisfaction, qu’il a espandu son sang pour purger nos âmes, qu’il a offert son corps en sacrifice d’expiation, pour appaiser son Père envers nous : mais rien de tout cela ne peut estre és ministres de l'Evangile, lesquels ont tous besoin de purgation, et sont tous purgez et réconciliez à Dieu par ce seul sacrifice. Mais Christ ne dispute point yci de l’efficace de sa mort, pour se comparer aux autres, mais pour prouver de quel zèle et affection il a esté esmeu envers nous, et avec ce pour inciter les autres à suyvre son exemple. En somme, tout ainsi que ceci a esté particulier à nostre Seigneur Jésus-Christ, de nous acquérir la vie par sa mort, et d'accomplir tout ce que l'Evangile contient : aussi ceci est l'office commun des Pasteurs, de maintenir, voire jusques à la mort, la doctrine qu'ils annoncent, et de seeller Ja parole de l'Evangile par leur propre sang, el monstrer que ce nest point en vain qu’ils enseignent que Christ leur à acquis salut

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à eux et aux autres. Mais on peut faire yei une question, Asçavoir-mon si on doit réputer mercenaire celuy qui pour quelque cause que ce soit s’enfuit devant les loups. Ceste question a esté anciennement débatue comme sur le faict présent, quand les tyrans exerçoyent de merveilleuses cruautez contre l’Eglise. Tertullian et ses semblables ont esté trop austères en cest endroit, selon mon jugement.

La modération de sainct Augustin est beaucoup meilleure, lequel permet tellement aux Pasteurs de s'enfuir, que leur fuite proufite plustost au salut public, que de trahir le troupeau qui leur est commis, en l’abandonnant. Or il monstre que cela se fait quand l'Eglise n’est point destituée de Pasteurs suffisans, et quand on cherche tellement la vie du Pasteur en particulier, que son absence appaise la rage des ennemis. Que s’il y a danger aussi bien pour les brebis que pour la personne du Pasteur, et s’il y a crainte qu’on pense que le Pasteur s’enfuye, non point par volonté de pourvoir aux affaires de l’Eglise, ains par crainte de mourir, il dit que cela n’est nullement licite : car lPexemple de sa fuite nuira plus, que sa vie ne pourra proufiter à l’advenir. Si on en veut veoir d'avantage, on pourra lire PEpistre cent octantième dudit S. Augustin à Honorat. Selon ceste raison, il a esté licite à sainct Cyprian de fuyr, lequel tant s’en faut qu'il eust la mort en horreur, qu'il fut constant jusques-là, qu’il aima mieux mourir que de sauver sa vie en repiant desloyaument Christ. C’est assez quand on retiendra ceci, qu'il faut que le Pasteur préfère son troupeau, voire une chacune brebis à sa propre vie. 4 qui n'appartienent point les brebis. 1 semble bien que Christ face mercenaires tous les autres Pasteurs sans exception : car veu que luy seul est Pasteur, il n’est licite à pas un de nous de dire sienes Îles brebis qu'iceluy paist. Mais souvenonshous que ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, estiment propre à eux ce

qui appartient au chef : et ce non point afin qu’ils usurpent la puissance, mais afin qu'ils gardent fidèlement ce qui leur est donné en garde. Car celuy qui est vrayement conjoint à Christ, n’estimera jamais contraire à SOy ce qu’il a estimé si chèrement. C’est ce qu’il dit puis après, que le mercenaire s'enfuit, pource qu’il ne se soucie point des brebis : comme s’il disoit qu’il n’est point esmeu de la dissipation du troupeau, pource qu’il pense qu’elles ne luy appartienent de rien : car celuy qui regarde au loyer, et non point au troupeau, quoy qu’il abuse les autres tandis que l'estat de l'Eglise est paisible, toutesfois quand il faudra finalement venir au combat, il monstrera sa trahison.

14 Je suis le bon Pasteur, et cognoy mes brebis, el suis cognu des mienes.

Au premier membre il propose derechef l'amour qu’il ha envers nous : car la cognoissance procède d'amour et n’est point sans soin. Cependant toutesfois il signifie qu’il ne se soucie aucunement de tous ceux qui n’obéissent point à l'Evangile :

comme il répète ceci au second membre, et conferme ce qu’il avoit dit ci-dessus, Qu'il est aussi cognu des brebis.”

15 Comme mon Père me cognoist, aussi cognoy-je mon Père, el mets, etc.

Il n'est point besoin, non pas mesme expédient, d'entrer en ées spéculations difficiles, Comment c’est que le Père cognoist. sa Sapience : car ceci doit estre simplement entendu, que Christ entant qu’il est le lien de la conjonction que nous avons avec Dieu, se miet entre luy et nous.

Comme s’il disoit qu’il ne se peut non plus faire que luy nous oublie, qu'il est possible que son Père le rejette, ou n’en tiene conte. Cependant il requiert mutuellement de nous ce que nous luy devons : Car tout ainsi que pour nous Mmaintenant il employe toute la puissance qu’il a receue de son Père, aussi veut-il que nous luy soyons obéissans, et du tout adonnez à luy, comme aussi il est du tout à son Père, et rapporte tout à Juy.

16 J'ay aussi d'autres brebis qui ne sont point de ceste bergerie, il me les faut aussi amener : et elles orront ma voix, et il y aura une bergerie, el un

- Pasteur.

Cuar. X.

A7 Pour ceste cause le Père m'aime : pourtant que je laisse ma vie, afin que

je la prene derechef.

18 Nul ne me l'oste, mais je la laisse de par moy-mesme. J'ay puissance de la laisser, et si ay puissance de la prendre derechef. T'ay receu ce mande-

ment de non Père.

16 Jay aussi d'autres brebis qui ne sont point de ceste bergerie, etc. Combien qu’aucuns rapportent indifféremment ceci à tous hommes, tant des Juifs que des Gentils, qui n’estoyent point encore disciples de Christ, je ne doute point toutesfois qu'il n’ait regardé à la vocation des Gentils. Car il appelle Bergerie, le rassemblement du peuple ancien, par lequel estant séparé de tous les autres peuples du monde, il avoit esté uni en un corps pour estre l'héritage de Dieu :

car Dieu avoit tellement adopté les Juifs, qu’il les avoit environnez de cérémonies comme de hayes et cloisons, afin qu’ils ne fussent meslez avec les incrédules.

Nonobstant l’huis de l’estable, c’estoit l'alliance gratuite de la vie éternelle et bien-heureuse, establie et confermée en Christ. Pour ceste raison il appelle autres brebis, celles qui n’avoyent pas une mesme marque, ains estoyent de diverse espèce. En somme, l’office pastoral de Christ n’est point enclos dedans les limites de Judée, ains il ha son estendue plus loin. Car ce que S. Augustin dit yci est bien véritable, Tout ainsi qu’il y à beaucoup de loups dedans l’Eglise, aussi y ail beaucoup de brebis dehors. Mais cela ne convient pas en tout et partout au présent passage, où il est question de l'apparence extérieure de l'Eglise : et ce d'autant que les Gentils qui ont esté estrangers pour quelque temps, ontesté depuis appelez au Royaume de Dieu ensemble avec les duifs. Toutesfois je confesse que ceste sentence deS. Augustin convient en quelque partie, que Christ nomme brebis ceux qui sont incrédules, et qui de soy ne pouvoyent estre rien moins estimez que brebis. Et non-seulement il monstre par ce nom de Brebis, quels ils doyvent estre, ains plustost il rapporte ceci à l'élection secrète de son Père, d’autant que nous sommes desjà brebis de Dieu, avant que nous sentions qu’il nous soit Pasteur. Comme il est dit ailleurs, Que

nous luy estions ennemis lors qu’il nous aimoit, Rom., V, 10. Pour ceste raison aussi sainct Paul dit aux Galatiens, chapitre IV, v. 9, Que Dieu nous à cognus avant que nous le cognussions. 77 me les faut aussi amener. Il signifie que l'élection de Dieu sera ferme, en sorte que rien de tout ce qu’il veut estre sauvé, ne périra : car le conseil secret de Dieu, par lequel les hommes sont destinez à vie, est finalement manifesté en son temps par la vocation, voire avec efficace, quand par son Esprit il régénère pour luy estre enfans, ceux qui auparavant estoyent engendrez de chair et de sang.

Toutesfois on demande comment les Gentils ont esté amenez pour estre associez avec les Juifs : car il ne faloit point que les Juifs rejettassent l’alliance que Dieu avoit faite avecques leurs Pères, pour se joindre à Christ : et ne faloit aussi d'autre part que les Gentils se soumissent à la Loy, afin qu’estans entez en Christ, ils fussent associez avec les Juifs.

Il nous faut yci retenir la distinction qui est entre la substance de l’alliance, et les accessoires externes. Car de faict, les Gentils ne pouvoyerit autrement accorder à la foy du Seigneur Jésus, qu'en embrassant ceste alliance éternelle, en laquelle le salut du monde estoit fondé. En ceste sorte les Prophéties ont esté accomplies : asçavoir, Les estrangers parleront le langage de Chanaan, Isaïe, XIX, 18. Item, Sept hommes des Gentils empoingneront un Juif par le manteau, et diront, Nous cheminerons avec vous, Zacb., VIT, 23, Item, Ils viendront de régions lointaines, et monteront en la montagne de Sion, Isaïe, chap. LX, v. 4. Pour ceste cause aussi Abraham a esté appelé père de plusieurs nations, Gen., XVI, 5.

Car il en devoit venir d'Orient et d’Occident, qui devoyent estre assis avec luy au Royaume de Dieu, Matth., VIE, 41.

Or touchant les cérémonies, c’est-ei la paroy du milieu, laquelle sainct Paul en-

CHar. X. SUR S.

seigne avoir esté rompue, Ephés., IE, 14.

Ainsi avons-nous esté conjoints en l’unité de la foy avec les Juifs, quant à la substance. Et les cérémonies ont esté abolies, afin que rien n’empeschast les Juifs de nous tendre la main. Et ù y aura une bergerie et un Pasteur. C'est-à-dire, Afin que tous les enfans de Dieu soyent assemblez et unis en un mesme corps.

Tout ainsi que nous confessons et croyons qu’il y a une saincte Eglise universelle, aussi faut-il nécessairement qu'il y ait un corps d’un mesme chef. Il y a un Dieu, dit sainct Paul, une Foy, un Baptesme. Par ainsi il faut que nous soyons un, comme aussi nous sommes appelez en une mesme espérance. Ephés., IV, 4.

Or combien qu’il semble que ce troupeau soit séparé en diverses bergeries, toutesfois les fidèles qui sont espars çà et là par tout le monde, sont enclos dedans des parcs qui sont communs à {ous Ceux qui sont du troupeau : Car une mesme parole est annoncée à tous : ils usent tous de mesmes Sacremens : ils ont tous un mesme ordre de prier Dieu, et tout le reste qui est requis pour la profession de la foy. Ii nous faut noter le moyen comment le troupeau de Dieu est recueilli, c’est quand il y a seulement un Pasteur pour tous, et quand sa voix seule est ouye. Il est signifié par ces paroles, que quand l'Eglise est soumise au seul Seigneur Jésus, et obéit à son commandement et oit sa voix et sa doctrine, alors son estat voirement est bien dressé et ordonné. Si les Papistes nous peuvent monstrer qu'il y ait quelque chose de semblable entr’eux , vrayement qu'ils jouissent de ce beau titre d’'Eglise, duquel ils se vantent et glorifient si orgueilleusement. Mais au contraire, si le Seigneur Jésus y est muet, si sa majesté y est foullée aux pieds, et si ses sainctes ordonnances y sont exposées en mocquerie, que pouvons-nous dire de leur belle unité, sinon que C’est une conspiration diabolique, qui est pire beaucoup, et sans comparaison, plus exécrable que toute dissipation ? Réduisons donc ceci en mémoire, qu'il faut tousjours commencer par le chef. Et pourtant, quand les Prophètes descrivent la restauration de lE-

glise, ils conjoingnent tousjours David avec Dieu. Or c’est comme s'ils disoyent qu’il n’y à point d’Eglise, sinon là où règne Christ : et qu'il n’y a point de Royaume de Dieu, sinon où l’honneur de Pasteur est déféré à Christ.

17 Pour ceste cause le Père m'aime, pourtant que je laisse ma vie, etc. Vray est qu’il y à une autre cause plus haute, pourquoy le Père aime son Fils : car ce na point esté pour néant que ceste voix a esté ouye du ciel : asçavoir que c’est le Fils bien-aimé auquel réside le bon plaisir de Dieu, Matth., II, 47. Mais pour autant qu'il à esté fait homme pour l’amour de nous, et que son Père l’a aimé à ceste fin qu'il nous réconciliast à soy, il ne se faut point esbahir s’il afferme qu’il a esté aimé pour ceste raison qu’il ha nostre salut plus cher que sa propre vie. Or voyci une merveilleuse louange de l’amour et bonté de Dieu envers nous, et laquelle nous doit à bon droict ravir en son admiration, Que non-seulement il espand jusques à nous l'amour deue au Fils unique, mais aussi il la rapporte à nous comme à la cause finale. Et de faict, il n’estoit nullement besoin que Christ print nostre humanité, en laquelle il fust aimé, sinon afin qu’il fust comme le gage de la miséricorde de son Père, en nous rachetant. {fin que je la prene.

Pource que les disciples se pouvoyent grandement contrister après qu’ils eurent ouy parler de la mort de Christ, voire et que cela pouvoit fort esbranler leur foy, il les console par l'espérance de sa résurrection, qui devoit suyvre sa mort de bien près : comme s'il disoit qu’il ne mourra point, pour dire qu’il soit englouti de la mort, mais il ressuscitera.

bien tost après comme victorieux. Et aujourd’huy mesme il faut que nous considérions tellement la mort de nostre Seigneur Jésus, que cependant nous réduisions en mémoire la gloire de sa résurrection. Ainsi nous cognoissons qu’il a esté la vie, d’autant que bataillant contre la mort, il la magnifiquement vaincue, et a rapporté un noble triomphe.

18 Nul ne me l'oste, mais je la laisse de par moy-mesme : j ay puissance de, etc. C’est une autre consolation par

laquelle les disciples puissent prendre courage en la mort de Christ, asçavoir qu’il ne meurt point par contrainte, ains s'offre de son bon gré pour le salut de son troupeau, Or non-seulement il dit que les hommes n’ont pas la puissance de le faire mourir, sinon entant qu’il leur permettra : mais il s’exempte de toute violence de nécessité. Il y à une autre raison en nous : car nécessité de mourir nous est imposée à cause de nostre péché. Vray est que Christ mesme est nay homme mortel, mais ça esté une soumission volontaire, et non point une servitude qui luy fust enjointe d’ailleurs.

Christ donc à voulu munir ses disciples, de peur que quand ils le verroyent bien Lost après tirer à la mort, ils ne perdissent courage, comme s’il eust esté opprimé par ses ennemis, mais afin qu’ils Cognussent que cela se faisoit par une merveilleuse providence de Dieu, qu’il mourust pour la rédemption de son troupeau.

Et mesme en ceste doctrine il y a une

Caar. X.

perpétuelle utilité : car la raison pourquoy la mort du Fils est la purgation de nos péchez, c’est pource que son sacrifice a esté volontaire : selon ce que dit sainct Paul, Plusieurs ont esté faits justes par l'obéissance d’un. Ces paroles, Je la laisse de par moy-mesme, peuvent estre exposées en deux sortes : ou que Christ se despouille de la vie, demeurant cependant en son entier : comme S'il y avoit quelqu'un qui ostast sa robbe ou vestement de dessus son corps : ou qu'il meurt selon sa volonté, ou pour son plaisir. Jay receu ce mandement.

nous ramène au conseil éternel de son Père, afin que nous sçachions qu’il a eu si grand soin de nostre salut, qu’il nous a dédié et consacré son Fils unique, aussi grand et excellent qu’il peut estre.

Et Christ luy-mesme, qui est venu au monde afin qu’il se rendist du tout obéissant à son Père, conferme qu’il n’ha en toutes choses autre but, sinon de procurer nostre bien.

19 donc dissension fut faite derechef entre les Juifs pour ces paroles.

20 Et plusieurs d'entr'eux disoyent, pourquoy l'escoutez-vous ?

Il ha le diable, et est hors du sens :

21 Les autres disoyent, Ces paroles ne sont point d'un démoniaque. Le

ao peut-il ouvrir les yeux des aveugles ?

2 Or la feste de la Dédicace se feit en Jérusalem, et estoit hyver.

j Et Jésus se pourmenoit au Temple au porche de Salomon.

24 Les Juifs donc l'environnèrent, et luy dirent, Jusques à quand tiens-tu nostre âme en suspens ? Si tu es le Christ, di-le nous franchement.

25 Jésus leur respondit, Je le vous ay dit, el ne le croyez point. Les œuvres que je fay au nom de mon Père, rendent tesmoignage de moy.

26 Mais vous ne croyez point, car vous n'estes point de mes brebis, comme

je vous ay dit.

27 Mes brebis, oyent ma voix, et je les cognoy, et aussi elles me suyvent : 28 Et je leur donne vie éternelle, el ne périront jamais, nul aussi ne les

ravira de ma main.

29 Mon Père qui me les a données, est plus grand que tous, et personne ne

les peut ravir des mains de mon Père.

30 Moy et le Père sommes un.

19 Adonc dissension fut faite derechef entre les Juifs, etc. Voyci quel fruit à apporté Je sermon de nostre Seigneur Jésus: asçavoir qu'aucuns par ce moyen se sont rendus de ses disciples.

Mais pource que sa doctrine ha aussi beaucoup d’adversaires, de là s’esi en-

gendrée dissension : en sorte que ceux qui auparavant estoyent comme un corps d’Eglise, sont maintenant bandez et divisez entr’eux. Car tous estoyent d’un accord, et faisoyent une mesme profession d’adorer le Dieu d'Abraham, et de suyvre la Loy de Moyse: maintenant quand

Crar. X. SUR S.

Christ commence à se monstrer, ils ont dissension entr’eux à cause de luy. Or si ceste profession eust esté vraye, Christ qui est le grand et souverain lien de Charité , et l'office duquel est de recueillir es choses qui sont dissipées , ne romproit point leur consentement :

mais il descouvre l'hypocrisie de plusieurs par la clarté de son Evangile, qui estans seulement fardez d’une fausse couverture, se vantoyent estre le peuple de Dieu.

Ainsi la perversité de plusieurs est maintenant aussi cause que l'Eglise est troublée par discors, ei que les contentions sont embrasées. Cependant ceux qui troublent la paix, rejettent la faute sur nous, et nous appellent schismatiques. Car c’est-ci le blasme principal duquel les Papistes nous chargent, Que nostre doctrine a fait esbranler lPestat paisible de l'Eglise. Mais quoy ? Si eux-mesmes se soumettoyent paisiblement à nostre Seigneur Jésus, et s’ils consentoyent à la vérité, toutes esmotions seroyent incontinent appaisées : mais puis qu’ils ne font que bruire et murmurer contre Christ, et ne permettent que soyons en repos SOUS autre. condition, sinon que la vérité de Dieu soit esteinte et que Jésus-Christ soit banni de son royaume: c’est à grand tort qu'ils nous mettent sus que nous sommes schismatiques, et cependant toutesfois il n’y a personne qui ne voye bien que ce sont eux-mesmes à qui ce crime doit estre imputé. Nous devons estre bien marris voirement, de ce que nous voyons l'Eglise estre ainsi deschirée par discors esmeus entre ceux qui font profession d’une mesme religion: mais qu’y ferions-nqus ? Il vaut beaucoup mieux qu'il y en ait aucuns qui se séparent des meschans pour estre unis à Jésus-Christ leur Chef, que de dire que tous soyent d’un mesme accord à mespriser Dieu. Et pourtant, quand nous voyons des schismes, il faut tousjours considérer qui sont

ceux qui se révoltent de Dieu et de sa

pure doctrine.

20 Il ha le diable, etest hors du sens, pourquoy d escoutez-vous ? NS diffament Jésus-Christ par un opprobre le plus infâme duquel ils se peuvent aviser, afin

que tous ayent en horreur de l’ouir. Car

les meschans d'un costé fermans les veux se desbordent furieusement à mespriser Dieu d’un orgueil intolérable, afin qu'ils ne soyent contraints de luy quitter la place : et d'autre part incitent les autres à une mesme rage, afin qu’une seule parole du Seigneur Jésus, ne soit ouye en silence. Mais la doctrine mesme de Jésus- Christ est assez puissante de soy pour se défendre contre les calomnies et fausses accusations. Et c’est ce que les fidèles entendent vci par leur response, quand ils disent que ce ne sont point- ci paroles d'un démoniaque. Car c’est autant que

s'ils requéroyent qu’on jugeast selon le faict mesme : veu que la vérité est assez ferme de soy pour se maintenir, comme il a esté dit. Et c’est-ci la forteresse seule de nostre foy, Que les meschans ne pourront jamais faire que la vertu et sapience admirable de Dieu, et aussi sa bonté, ne lise en l'Evangile.

99:93 Or la feste de la dédicace se Jeit en Jérusalem, et estoit hyver. Le mot Grec pour lequel nous avons mis Dédicace, signifie comme si on disoit Renouvellemens: car le Temple qui avoit esté pollu, fut derechef consacré à l’aveu de Judas Machabée. Et alors fut faite une ordonnance, qu'on Célébreroit tous les ans le jour de la dédicace ou consécration: afin que le peuple réduisist en mémoire la grâce de Dieu, qui avoit mis fin à la tyrannie d’Antiochus. Or Jésus-Christ selon sa coustume se monstra lors au Temple, afin que sa prédication apportast plus de fruit et utilité, lors qu'il y auroit plus grande assemblée de gens.

L’Evangéliste appelle le porche de Salomon Temple : non pas que ce fust le Sanctuaire, ains seulement une dépendance du Temple. Et il n'entend point le porche ancien, lequel Salomon avoit fait jadis bastir, lequel avoit esté du tout destruit par les Chaldéens: mais celuy que les Juifs paraventure tout incontinent qu’ils furent retournez de la captivité de Babylone, avoyent fait faire selon le patron du premier, luy donnans le mesme nom, afin qu’il eust plus grande authorité, et après eux Hérodes, lequel feit faire un nouveau Temple.

24 Les Juifs donc l'environnérent, et

22% luy dirent, Jusques à quand, etc. I ne faut point douter qu’ils n’ayent finement assailli Jésus-Christ: pour le moins ceux qui estoyent autheurs et premiers inventeurs de ce conseil. Car il se peut bien faire que le commun populaire ait désiré sans fraude que Jésus-Christ déclarasi apertement que Dieu l’avoit envoyé pour libérateur : mais que peu d’entr'eux vouloyent par cautèle secrète arracher ceste parole de luy, afin qu’il fust occis par tumulte :

ou bien afin que les Romains meissent les mains sur luy. Quant à ce qu'ils se plaignent qu’il les tient en suspens et en doute, ils monstrent par là, ou en font le semblant, qu’ils ont un si ardent désir de la rédemption qui leur estoit promise, qu’ils sont iicessamment solicitez en leurs cœurs de l'attente du Messias. Et c’est la vraye affection de piété, de ne trouver ailleurs qu’au seul Seigneur Jésus, qui satisface et contente nos esprits, ne qui les appaise vrayement. Comme aussi luymesme dit en S. Matthieu, Chap. XI, v. 28, Venez à moy, vous tous qui estes angoissez et chargez, et je vous soulageray, et vos àmes trouveront repos. Parquoy il faut que ceux qui vienent à Jésus-Christ, soyent préparez COMME CeEUXci en font le semblant. Mais ils ont tort de blasmer Jésus-Christ, comme s’il n’avoit confermé leur foy jusques à présent :

car il n’avoit tenu qu’à eux qu’ils n’eussent plene et entière cognoissance de luy.

Mais ceci advient tousjours aux incrédules, qu’ils aiment mieux flotter en doute, que d’estre fondez en la certitude de la parole de Dieu. Ainsi nous en voyons beaucoup aujourd’huy, lesquels fermans les yeux à leur escient, espardent Îles brouillars de leur doute, par lesquels ils puissent obscurcir la claire lumière de l'Evangile. On voit aussi plusieurs esprits volages, qui en voltigeant par des frivoles spéculations, ne trouvent point en toute leur vie aucun lieu ferme de repos. Quand ïls demandent que Jésus- Christ se manifeste hardiment, ou franchement, ou apertement, leur intention est telle, qu’il ne s’insinue plus obliquement, ne par ambages. Ainsi ils blasment sa doctrine, comme si elle estoit embrouillée et obscure, laquelle toutesfois avoit

Car. X.

esté assez ouverte et résonnante hautement, si elle n’eust rencontré des hommes sourds. Or ceste histoire nous admoneste que nous ne pouvons éviter les embusches et fausses accusations des meschans, si nous sommes appelez pour prescher l'Evangile. Et pourtant il faut que nous Soyons au guet, et que ne nous estonnions point comme d’une chose nouvelle et non ouye, quand ce qui est advenu à nostre Maistre, nous adviendra.

25 Jelevous ay dit, et vous nele croyez point, les œuvres que je fay au nom, etc.

Nostre Seigneur Jésus ne dissimule pas qu'il est le Christ, toutesfois il ne les enseigne pas comme s'ils estoyent idoines pour apprendre, mais leur reproche plustost la malice en laquelle ils estoyent endurcis et obstinez. Car combien que jusques alors ils fussent enseignez tant par les œuvres que par la parole de Dieu, toutesfois ils n’avoyent encore rien proufité. Il impute donc à leur vice ce qw’il n’est point cognu d'eux : comme s’il disoit, Ma doctrine est assez facile de soy à entendre: mais la faute est en vous, pource que vous résistez à Dieu obstinéement et malicieusement. Puis après il parle de ses œuvres, afin qu’il les rende doublement convaincus d’opiniastreté.

Car outre la doctrine ils avoyent un clair et évident tesmoignage en ses miracles, s'ils n’eussent esté ingrats à Dieu. Il répète donc ceci deux fois, qu’ils ne croyent point: afin qu’il monstre ouvertement qu'ils sont sourds à sa doctrine, et aveugles à ses œuvres de leur propre gré: qui est un signe d’une malice extrême, et obstination désespérée. Il dit qu’il a fait ses œuvres au nom de son Père: car c’estoit-ci son but, de leur donner à cognoistre la vertu de Dieu, dont on cognust manifestement qu’il estoit venu de Dieu.

26 Car vous nestes point de mes brebis, comme je vous ay dit. 11 amène une cause plus haute, pourquoy ils ne croyent ni à ses œuvres ou miracles, ni à sa doctrine : asçavoir pource qu’ils sont réprouvez. Or il nous faut noter l’intention du Seigneur Jésus: car d’autant qu'ils se vantoyent estre l'Eglise de Dieu, afin que leur incrédulité ne diminue rien

Cuar. X. SUR S.

de l’authorité de l'Evangile, il prononce que le don de croire est particulier. Et de faict, avant que les hommes cognoissent Dieu, il faut premièrement qu'ils soyent cognus de luy : comme dit S. Paul aux Galat., IV, 9. Au contraire, il faut nécessairement que ceux que Dieu ne regarde point, ayent tousjours la face destournée de luy. Si quelqu'un murmure à l'encontre de ceci, Que Dieu est cause de Pincrédulité, d'autant que luy seul ba puissance de faire que les hommes devienent brebis : je respon qu'il n’est nullement coulpable, pource que les hommes ne rejettent sa grâce que de leur malice volontaire. Dieu les attire bien assez pour se faire croire: mais qui apprivoisera des bestes sauvages? Cela ne se fera jamais,

jusques à ce que par l'Esprit de Dieu elles

soyent changées en brebis. Ceux qui sont tels ne gaigneront rien de rejetter sur Dieu la faute de leur nature sauvage, d'autant qu’ils sont naturellement sauvages. En somme, nostre Seigneur Jésus- Christ signifie qu’il ne se faut point esbahir s’il en ha bien peu qui obéissent à son Evangile: d'autant que tous ceux qui par l'Esprit de Dieu ne sont dontez à l’obéissance de la foy, sont bestes farouches et sauvages. En quoy nous devons tant mieux appercevoir que c’est une chose desraisonnable et absurde, que Pauthorité de l'Evangile dépende de la créance des hommes: mais il faut plustost que les fidèles réputent qu'ils sont d'autant plus obligez à Dieu, qu’en lieu que les autres demeurent en aveuglement, eux sont tirez au Seigneur Jésus par lillumination du sainct Esprit. Aussi les ministres de l'Evangile ont yci de quoy se consoler, quand leur labeur ne proufitera point à tous.

27 Mes brebis oyent ma voix, et je les cognoy, et aussi elles me suyvent. Il prouve par un argument pris des choses contraires, qu'eux ne sont point brebis, pource qu’ils n’obéissent point à l'Evangile : car Dieu appelle avec efficace ceux qu’il a éleus. Ainsi les brebis de Jésus- Christ sont approuvées par foy. Et de faict, la raison pourquoy le nom de brebis est transféré aux fidèles, c’est pource qu'ils se présentent à Dieu pour estre

gouvernez par la main du souverain Pasteur, et ayans despouillé ceste première nature sauvage, se rendent dociles et obéissans. C’est aussi une grande consolation aux Docteurs fidèles, que combien que la plus grande partie du monde ne preste point l’aureille au Seigneur Jésus, nonobstant il ha ses brebis, lesquelles il cognoist, et desquelles aussi il est cognu.

Qu'ils s’estudient tant qu’en eux est à rassembler tout le monde à la bergerie de Jésus-Christ : mais quand les choses n’advienent point selon leur désir, qu’ils se contentent de ceci seulement, que ceux qui sont brebis, seront recueillis par leur moyen. Le reste à esté exposé cidessus.

28,29 Æt ne périront jamais : nul aussine les ravirademamain,etc.Voyci un fruit inestimable de la foy, que Jésus-Christ veut que nous SOYOns certains et asseurez, quand par foy nous sommes rassemblés en sa bergerie. Mais aussi il nous faut noter sur quoy est appuyée ceste certitude : asçavoir pource qu’iceluy sera gardien fidèle de nostre salut :

car il testifie que nostre salut est entre ses mains. Et si ceci ne suffit, il adjouste qu’il sera seurement gardé par la vertu de son Père. Voycei un beau et excellent passage, par lequel nous sommes enseignez que le salut de tous éleus n’est pas moins certain que la puissance de Dieu est invincible. Au surplus, Jésus-Christ n’a point voulu jetter ceste voix follement en l'air, mais donner promesse certaine aux siens, laquelle soit vivement imprimée dedans leurs cœurs. Et pourtant nous recueillons de ceci, que la sentence de nostre Seigneur Jésus tend à ce but, que les éleus soyent asseuréement certains de leur salut. Il est bien vray que nous sommes environnez de forts ennemis : et avec ce il y à une si grande imbécillité en nous, que nous sommes à chacune heure bien prochains de la mort :

mais pour autant que Celuy qui garde nostre dépost, est plus puissant que tous, quels qu’ils soyent, il ne faut point que nous tremblions, Comme si nostre vie estoit en danger. On peut aussi recueillir de ceci, combien est vaine, voire enragée, la fiance et asseurance des Pa-

en

pistes, veu qu ils se reposent sur leur franc-arbitre, sur leur propre vertu, et sur les mérites de leurs œuvres. Nostre Seigneur Jésus instruit bien ses fidèles d’une autre façon : c’est qu’ils se souvienent qu’ils sont en ce monde comme en une forest, entre un nombre infini de brigans, et qu’ils cognoissent qu’outre ce qu’ils n’ont aucunes armes pour se défendre, dont ils sont exposez en proye et rapine, qu'ils ont aussi dedans eux la matière de mort enclose, afin que s’appuyans sur la seule garde de Dieu, ils cheminent en seureté. Brief, nostre salut nous est ferme et certain, pource qu’il est entre les mains de Dieu, d'autant que nostre foy est infirme, et que nous aussi sommes par trop enclins à chanceler. Or Dieu qui nous à receus sous sa protection, est assez fort et robuste pour faire esvanouir par son seul soufflement, toutes les furieuses machinations et entreprises de nos ennemis. Il nous faut là dresser les yeux, afin que la crainte des tentations ne nous face perdre courage. Car mesme nostre Seigneur Jésus nous a voulu monstrer le moyen comment les brebis converseront paisiblement. entre les loups. £t personne ne les peut ravir

Car. X.

des mains de mon Père. C’est comme s’il disoit, Nul donc ne les ravira, etc.

Car veu que la puissance et force de Dieu est invincible, Jésus-Christ recueille de cela, que le salut des fidèles n’est point sujet à lappétit de leurs ennemis : car il faudroiït nécessairement que Dieu fust vaincu, lequel nous a receus sous sa sauvegarde.

30 Moy et le Père sommes un. I à voulu venir au-devant des mocqueries orgueilleuses des meschans. Car ils pouvoyent mettre ceci en avant, que la puissance de Dieu ne luy appartenoit en rien, en sorte qu’il peust promettre à ses disciples qu’ils seroyent en garde seure sous icelle. I! testifie donc qu’il ha ses moyens tellement conjoints avec son Père, que Vaide d’iceluy ne luy faudra jamais, ni à ses brebis. Les Docteurs anciens ont grandement abusé de ce passage, pour prouver que Jésus-Christ est d’une mesme essence avec Son Père : car nostre Seigneur Jésus ne dispute point yei de l'unité de la substance, mais de laccord ou consentement qu’il ha avec son Père:

asçavoir que tout ce qu’il fait, sera confermé par la vertu de son Père.

31 Adonc les Juifs prindrent derechef des pierres pour le lapider. 32 Jésus leur respondit, Je vous ay fait veoir plusieurs bonnes œuvres de mon Père : pour laquelle d’icelles me lapidez-vous ? 33 Les Juifs luy respondirent, disans, Nous ne te lapidons point pour bonne œuvre, mais pour blasphème : et pource qu'estant homme, tu te fais Dieu. 34 Jésus leur respondit, N'est-il pas escrit en vostre Loy, J'ay dit, vous estes

dieux ?

35 Si elle appelle ceux-là dieux, ausquels la parole de Dieu est addressée,

el l'Escrilure ne peut estre enfreinte,

36 Diles-vous que je blasphème, moy que le Père a sanctifié et envoyé au monde, pourtant que j'ay dit que je suis le Fils de Dieu?

31 Adonc les Juifs prindrent derechef des pierres pour le lapider. Tout ainsi que la pure religion et vraye crainte de Dieu ha son zèle, duquel elle brusle pour maintenir la gloire de Dieu, lequel est modéré et gouverné par l'Esprit de Dieu : aussi linfidélité est la mère de rage : et le diable agite tellement les infidèles et meschans, qu’ils ne font que wachiner meurtres. Ceste issue démons-

tre de quelle affection ils ont interrogué Jésus-Christ: car la confession ouverte, laquelle ils faisoyent semblant de désirer, les met soudain hors du sens.

Néantmoins combien qu’ils fussent transportez d’une si grande violence pour opprimer Jésus-Christ, toutesfois il ne faut point douter qu’ils n’ayent prétendu quelque couleur de jugement : comme s'ils faisoyent cela selon ordonnance de la

Car, X. SUR S.

Loy, par laquelle Dieu commande que les faux-prophètes soyent lapidez, au Deutéronome, chap. XIE, v. 5.

32 Je vous ay fait veoir plusieurs bonnes œuvres de mon Père, pour laquelle, etc. Jésus-Christ non-seulement dit yci qu’il n’y a point de cause pourquoy ils deussent estre ainsi envenimez de cruauté, mais aussi il les blasme et accuse d'ingratitude, d'autant qu'ils rendent une si inique récompense aux bénéfices de Dieu. Et ne dit point seulement qu’ils soyent tenus et obligez à Iuy d’une œuvre ou.de deux, mais qu'il a monstré sa bénéficence envers eux en beaucoup de sortes. Et puis il les convainc d’ingratitude, non-seulement envers [uy, mais plustost envers Dieu, quand il se dit estre ministre de son Père, qui a manifestement monstré la vertu d’iceluy, afin qu’elle leur fust cognue et testifiée : car quand il dit, de mon Père : il signifie que Dieu en a esté lautheur. Voyci qu’il veut dire en brief, Dieu vous a voulu manifester par moy ses excellens bénéfices : il les vous a conférez par ma main : il s’est donné à cognoistre à vous par moy : chassez-moy tant que vous voudrez, si est-ce que je n’ay rien fait entre vous qui ne soit digne de louange, et de quoy ne me deussiez sçavoir bon gré.

Il faut donc nécessairement qu’en me persécutant vous monstriez vostre rage contre les dons de Dieu. Or Pinterrogation ha plus grande véhémence pour poindre leurs consciences, que s’il eust simplement affermé.

33 Nous ne te lapidons point pour bonne œuvre, mais pour blasphème, etc. Encore que les meschans et.infidèles facent guerre ouverte à Dieu, nonobstant ils ne veulent jamais pécher sans quelque couverture honneste. Et pourtant, quand ils sont enragez à lencontre du Fils de Dieu, encore non contens de ceste cruauté, ils laccusent et blasment sans estre provoquez, et ils se font advocats et protecteurs de la gloire de Dieu. Pour ceste cause il faut nécessairement qu’une bonne conscience nous soit comme une muraille d’airin, par laquelle nous repoussions vertueusement toutes les calomnies , toutes les injures et opprobres jettez

contre nous : car de quelque couleur que leur malice soit bien parée, et quelque ignominie qu’ils nous facent pour quelque temps, si nous bataillons pour la querele de Dieu, iceluy ne se reniera point qu’il ne maintiene sa vérité. Mais pource que les meschans ne sont jamais sans quelque belle couverture pour charger les serviteurs de Dieu, et qu'avec cela il y à une impudence effrontée, en sorte que combien qu’ils soyent vaincus, nonobstant ils ne laissent point de mesdire et calomnier, nous avons bon besoin de patience et mansuétude, par laquelle nous soyons soustenus jusqu’à la fin. Quant à ce mot de Blasphème, il est général entre les autheurs profanes, et se prend pour toutes injures et outrages :

mais l'Escriture saincte le rapporte à Dieu, quand sa majesté est offensée et outragée. Et pource qu'estant homme tu te fais Dieu. 1 y a deux espèces de blasphème : ou quand Dieu est despouillé de son honneur propre, ou quand on luy attribue quelque chose qui est contraire ou non convenable à sa nature. Îls prétendent donc que Jésus-Christ est blasphémateur et homme sacrilége, pource qu’estant homme mortel il s’usurpe un honneur Divin. Et de faict, c’estoit ci une vraye description du blasphème, si Jésus- Christ n’eust esté autre chose qu'homme.

Is faillent seulement en ceci, qu'ils ne daignent contempler la Divinité, qui monstroit apertement en ses miracles.

34,35 N’est-il pas escrit en vostre Loy, J'ay dit, vous estes dieux. {] se purge de ce blasme qui luy avoit esté imposé ne niant point toutesfois qu'il fust Fils de Dieu, mais maintenant que cela avoit esté bien dit. Nonobstant il accommode plustost sa response aux personnes, qu'il nexplique entièrement le faict : car ce luy à esté assez de repousser pour le présent leur malice. Au surplus, il monstre obliquement en quel sens il s’est nommé Fils de Dieu, plusiost qu’il n’exprime ple: nement qu'il fust tel. Or largument duuel il use west pas prins de choses semblables, mais est déduit du plus petit au plus grand. L’Escriture appelle dieux, ceux ausquels Dieu à donné une charge honorable. Celuy donc que Dieu a séparé

à part pour estre haut éminent par-dessus les autres, est beaucoup plus digne de ce titre honorable. Dont il s'ensuit qu’ils estoyent faux et malins expositeurs, d’admettre le premier, et au second prendre cause de scandale. Ce tesmoignage que Christ allègue est au Pseaume EXXXII, 6, où Dieu se plaind des rois et juges de la terre qui abusent de leur domination et puissance à opprimer Îles povres, et commettre toute iniquité pour contenter leur fol appétit. Or il leur reproche qu'ils profanent le nom de Dieu sans se soucier beaucoup ne se souvenir dont ils ont receu une telle dignité. Le Seigneur Jésus accommode cela à la présente matière, Qu'ils sont appelez Dieux, et sont ornez de ce titre, pour ce qu’ils sont ordonnez ministres de Dieu pour gouverner le monde. Pour ceste raison mesme l’Escriture appelle les Anges, Dieux : d'autant que par eux le monde est esclairé de la gloire de Dieu. Il faut noter ceste façon de parler, Ausquels la parole de Dieu est addressée, ou destinée : car Jésus-Christ entend qu'ils ont un certain mandement.

Dont nous recueillons que les empires ou dominations n’ont point esié introduites à la volée, ne par cas fortuit, ne par l'ignorance des hommes, mais ont esté instituées et ordonnées par la volonté de Dieu : pource qu’il veut qu’il y ait un ordre politique entre nous, et que nous soyons conduits et gouvernez par droicts et loix. Pour ceste raison sainet Paul dit que tous ceux qui résistent à la puissance, sont rebelles à Dieu : d'autant qu'il ny a puissance qui ne soit ordonnée de Dieu, Rom., XII, 4. Si quelqu'un vouloit faire ceste objection, Que les autres vocations sont aussi de Dieu, et les approuve : et toutesfois les savatiers, les cordonniers, les cousturiers, laboureurs et bouviers ne sont pas pourtant appelez Dieux : je respon que ceci n’est point général, que tous ceux qui sont appelez de Dieu à quelque certaine façon de vivre, soyent appelez dieux : mais que Jésus-Christ parlé des rois, lesquels Dieu a eslevez en quelque haut degré pour présider et gouverner. En somme, sçachons que la rai-

son pourquoy les magistrats ou les prin- |

Car. X.

ces sont dieux, c'est pource que Dieu leur a donné authorité. Or par ce mot de Loy, nostre Seigneur Jésus comprend toute la doctrine, par laquelle Dieu à gouverné Eglise ancienne. Pource que les Prophètes ont esté seulement expositeurs de la Loy, à bon droict les Pseaumes sont répuiez comme un accessoire de la Loy.

Quand il dit, L'Escriture ne peut estre enfreinte, c’est autant comme s’il disoit, La doctrine de lEscriture est inviolable.

36 Diles-vous que je blasphème, moy que le Père a sanctifié et envoyé au monde, pourtant que j ay dit, etc. y a une sanctification qui est commune à tous fidèles : mais Jésus-Christ s’attribue yci une chose beaucoup plus excellente, asçavoir que luy seul a esté séparé de tous les autres, afin que la vertu du sainct Esprit, et la majesté de Dieu fust manifestée en Juy. Comme aussi il disoit ci-dessus au chapitre VIE, v. 27, qu’il avoit esté marqué de son Père. Or ceci se rapporte proprement à la personne de Christ, entant .

qu’il a esté manifesté en chair. Parquoy ces deux choses sont conjointes, qu’il a esté sanctifié, et qu’il a esté envoyé au monde. Mais il nous faut aussi entendre à quel propos, et à quelle condition il a esté envoyé : asçavoir afin qu’il apportast le salut venant de Dieu, et qu’il se monstrast en tout et par tout estre vray Fils de Dieu. Dites-vous que je blasphème. Les Arriens abusoyent anciennement de ce passage, pour prouver que Christ n’estoit point Dieu naturellement, mais qu’il avoit la Divinité comme par emprunt. Mais cest erreur est bien facile à réfuter : car Jésus-Christ ne dispute point yci quel il est en Soy, ains quel on le doit recognoistre par ses miracles en sa Chair humaine.

Car nous ne pourrons jamais comprendre sa Divinité éternelle, si nous ne le recevons pour Rédempteur, tel que le Père le nous à manifesté. Outreplus, il nous faut souvenir de ce que j’ay touché cidessus, que Jésus-Christ ne testifie pas yci apertement ne clairement (comme il feroit entre ses disciples) quel il est :

mais plustost insiste à repousser la calomnie de ses ennemis

Car. X.

37 Si je ne Jay les œuvres de mon Père, ne me croyez point :

38 Et si je les fay, encore que ne me croyez point, croyez aux œuvres : afin que vous cognoissiez et croyez que le Père est en moy, et moy en luy.

39 1ls cherchoyent donc derechef à le prendre, mais il eschappa de leurs

mains.

40 Et s'en alla derechef outre le Jourdain, au lieu où Jehan premièrement

baptizoit, et demeura là.

41 Et plusieurs veindrent à luy et disoyent, Vray est que Jehan n’a fait aucun signe : mais toutes les choses que Jehan avoit dites de luy, estoyent vrayes. 42 Et plusieurs creurent en luy en ce lieu-la.

37 Sijene fay, etc. Afin que les Juifs ne répliquassent qu’il se vantoit en vain de la sanctification, et de tout ce qui dépendoit d’icelle, il propose derechef ses miracles, esquels il avoit monstré une espreuve assez évidente de sa Divinité.

Or il dit ceci par forme de concession :

comme s’il disoit, Je ne veux point que vous soyez obligez à m’adjouster foy, sinon que vous voyez le faict évident devant vos yeux. Qu'il vous soit licite hardiment de me rejetter, si Dieu ne m’a rendu apertement tesmoignage. Au demeurant, il appelle les œuvres de son Père, pource qu’elles estoyent vrayement Divines, et que si grande puissance reluisoit en icelles, qu’elle ne pouvoit estre attribuée à un homme.

38 Et si je les fay. I monstre qu'ils sont plenement convaincus d’estre infidèles contempteurs de Dieu et sacriléges, pource qu’ils ne portent aucune révérence ni honneur aux œuvres manifestes de Dieu. Or cest-ci encore une autre con- “ession : comme S'il disoit, Encore que je vous permette que doutiez de ma doctrine, pour le moins vous ne pourrez nier queles miracles que j'ay faits, ne soyent de Dieu. Vous rejettez donc Dieu apertement et de propos délibéré, et non point un homme. Au reste, quant à ce qu’il met la science devant la foy, comme si la foy estoit au-dessous, il le fait pource qu’il avoit à faire à des gens obstinez et incrédules, lesquels ne peuvent faire place à Dieu, qu'ils ne soyent contraints et convaincus par l’expérience : car les rebelles veulent sçavoir avant que croire. Et toutesfois nostre bon Dieu nous espargne aussi jusques-là, que par la cognoissance

de ses œuvres il nous prépare à la foy.

Néantmoins la cognoissance de Dieu et de sa sapience secrète va après la foy :

car l'obéissance de foy nous ouvre la porte du Royaume des cieux. Que le Père est en moy, et moy en luy. Il répète le mesme qu’il avoit dit ci-dessus en d’autres paroles, Moy et mon Père sommes un. Le tout tend à ce but, qu’en son ministère il n’ha rien qui soit contraire à son Père. Le Père est en moy (dit-il) c’est-àdire, La vertu Divine se manifeste en moy. Et je suis en mon Pere : c’est-àdire, je ne fay rien que sous la conduite et à l’aveu de mon Père : en sorte qu'il y a une conjonction mutuelle entre moy et mon Père. Car il n’est point yei question de l’unité de Pessence, mais de la manifestation de la puissance Divine en la personne -du Seigneur Jésus : dont apparoissoit qu'il estoit envoyé de Dieu.

39 Ils cherchoyent donc, etc. Il ne faut point douter que ce ne fust afin qu’ils le chassassent et jettassent hors du Temple, pour le lapider incontinent : car leur fureur n’estoit point appaisée par les paroles de Christ. Quant à ce qui est dit, qu'il eschappa de leurs mains : cela ne s'est peu autrement faire que par une vertu admirable de Dieu. Par cela nous sommes admonestez que nous ne sommes point exposez à l’appétit des meschans, lequel Dieu retient par sa bride toutes fois et quantes que bon luy semble.

10 Et s'en alla, etc. Jésus-Christ passa outre le Jourdain, afin de n’avoir à batailler assiduellement sans grand proufit. Parquoy quand quelque occasion se présente, il en faut user, comme il nous a enseignez par son exemple. Touchant

le lieu de sa retraitte, il faut recourir au chapitre I, v. 28.

AA Et plusieurs veindrent à luy. Ceste assemblée monstre bien que Christ n’a point cherché un lieu solitaire pour laisser de faire son office, mais afin de choisir un sanctuaire de Dieu au désert, ou en lieu de retraitte, puis que Jérusalem,

qui estoit le propre siége et habitation |

d’iceluy, le repoussoit d’une si violente télonie et obstination. Et de faict, ç’a esté une punition et vengence horrible de Dieu, que le Temple que Dieu avoit éleu, fust une caverne de brigans, et que l’Eglise ait esté rassemblée en un lieu si peu honorable. Jehan n'avoit fait aucun signe. Is font cest argument, que Christ est plus excellent que Jehan, d'autant qu’il avoit fait plusieurs miracles, et Jehan n’en avoit pas fait un seul. Non pas qu’on doyve tousjours faire jugement par les miracles : mais pource que les miracles estans conjoints avec la doctrine, ne sont pas de petite importance, comme nous avons desjà dit assez de fois. Au reste, il ya quelque défaut en ce propos :

Cuar. XI.

car ils comparent Christ avec Jehan Baptiste, mais ils expriment seulement l’un des membres. D’avantage ils prenént ceci pour une chose toute manifeste, que Jehan estoit un grand Prophète de Dieu, et qu’il estoit doué d’une singulière grâce du $. Esprit. Ils déduisent donc très bien leur argument, Que Christ doit estre préféré à Jehan, d'autant que ceci n’a esté fait que par une certaine providence de Dieu : asçavoir que Jehan Baptiste, qui autrement estoit Prophète fort excellent, toutesfois n’a fait aucun miracle. De cela s'ensuit qu’on a eu esgard au Seigneur Jésus en cest endroit, à ce qu’il fust plus estimé. Mais toutes les choses, etc.

semble bien qu'eux n’ont point dit ceci, mais qu’il a esté adjousté par l’Evangéliste, pour monstrer qu’ils ont ésté induits pour deux raisons à croire en Jésus- Christ. D'un costé ils voyent de faict que le tesmoignage que Jehan avoit rendu dé luy, estoit véritable : d'autre part, les miracles qu'il avoit faits, luy acquéroyent plus grande authorité.

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