AMEN SE
Caar. XI. SUR S.
qu'il ne demeure en leurs testes quelque opinion abjecte et terrienne de Dieu, sinon quand leurs esprits sont haut eslevez par-dessus le monde, à ceste cause l'Escriture nous renvoye au ciel, et tesmoigne que c’est le siége de Dieu, et son habitation, Isaie LXVI, 4. Quant aux yeux, ce n’est point une telle cérémonie qu’il la fale tousjours observer, et telle que sans icelle nous ne puissions faire oraison droite et bonne : car le Péager lequel ha la face baissée contre terre, ne laisse pas pourtant de percer le ciel par sa foy. Néantmoins cest exercice est utile et proufitable, par lequel les hommes se resveillent pour aller chercher Dieu.
Mais bien plus, la grande ardeur de prier souventesfois esmeut tellement le COrps, que sans y penser il suit de soymesme laffection du cœur. Certes il ne faut douter que quand Christ esleva les yeux au ciel, il n’ait esté là ravi d’une véhémence admirable. Joint que comme il avoit toute sa pensée vers son Père, aussi a-il voulu attirer à luy les autres avec soy. Père, je te ren grâces. I] commence par action de grâces, et toutesfois il n'avoit rien demandé. Mais combien que sainct Jehan ne récite pas que Jésus- Christ ait dressé quelque formule de prière, néantmoins il ne faut point douter qu'il n’y ait eu quelque requeste précédente : car il ne pouvoit estre ouy sans cela. Et il est facile à croire qu’au milieu de ses frémissemens desquels l’'Evangéliste a parlé, il a prié, d'autant que ceci ne conviendroit nullement, qu’il se fust tempesté dedans soy-mesme, comme ont accoustumé les hommes stupides. Maintenant ayant impétré la vie de Lazare, il rend grâces à son Père. Au demeurant, quant à ce qu'il recognoist ceste vertu estre de son Père, et qu’il ne s’attribue rien, en cela il se déclare seulement estre ministre et serviteur de son Père : car selon qu’il s’accommode à la capacité des hommes, tantost il maintient ouvertement sa Divinité, et s’attribue tout ce qui est de Dieu, tantost se contentant de représenter la personne d’un homme, il cède à son Père toute la gloire de Divinité : L’Evangéliste accorde yci trèsbien Vun et l’autre en un mot, quand il dit que
Christ est ouy de son Père : mais qu'il rend grâces, afin que les hommes sçachent qu’il a esté envoyé du Père, c’està-dire qu’ils le recognoissent Fils de Dieu.
Car pource que la majesté de Christ ne pouvoit estre appréhendée en sa hautesse et grandeur, la vertu de Dieu qui est apparue en la chair d’iceluy, a eslevé de degré en degré jusques à ceste hautesse les sens grossiers et tardifs des hommes.
Ainsi, puis qu’il à voulu estre entièrement nostre, il ne se faut esbahir sil s’accommode à nous en diverses sortes :
et mesme, puis qu'il a souffert d’estre anéanti pour nous, il n’y a nulle absurdité de dire qu’il s’abbaisse pour l'amour de nous.
42 Je scavoye bien, etc. I] prévient afin que nul ne pensast qu’il n’eust point une si grande grâce, et ne fust si bien venu envers son Père, qu’il ne Juy fust fort facile et aisé de faire tous les miracles qu’il luy eust pleu. Il signifie donc qu’il y a un si bon accord entre luy et son Père, que le Père ne Iuy déniera rien, et mesme qu'il n’avoit besoin de prier, veu qu’il ne faisoit sinon exécuter ce qu’il sçavoit bien luy estre enjoint de son Père. Mais afin que les hommes cognussent mieux que ce miracle estoit une œuvre vrayement Divine, il a pour ceste cause invoqué le nom du Père. On pourra réplicquer, Pourquoy donc n’a-il ressuscité tous les morts ? Mais la response est facile : asçavoir que par le conseil de Dieu il y a eu certain nombre limité aux miracles, tel qu’il cognoissoit suffire pour l'approbation de PEvangile.
43 Il cria à haute voix, Lazare, etc.
En ce qu’il ne touche point de la main, ains seulement s’escrie de la voix, sa puissance Divine se démonstre beaucoup mieux. Avec ce, il nous propose une efiicace secrète et admirable de sa Parole.
Car comment est-ce que Christ rend la vie aux morts, sinon par la Parole? Et pourtant il a monstré en ressuscitant Lazare, un signe visible de sa grâce spirituelle, laquelle les fidèles expérimentent tous les jours, par le sentiment de leur fOY.
44 Ayant les mains et les pieds liez de bandes, etc. L’Evangéliste fait men-
tion expresse du couvrechef et des bandes, afin que nous entendions que Lazare est sorti hors du sépulchre tout ainsi qu’il y avoit esté mis. Les Juifs gardent encore aujourd'huy ceste façon d’ensevelir, qu'ils couvrent le corps d’un linceul, et enveloppent la teste à part d'un couvrechef. Desliez-le, et le laissez aller. {1 ne restoit plus que cela pour amplifier la gloire du miracle, afin que les Juifs touchassent mesme des mains ceste œuvre Divine, laquelle ils avoyent veuë de leurs yeux. Car Christ pouvoit bien faire que Lazare jettast là les bandes desquelles il estoit lié, ou que d’elles-mesmes elles se destachassent : mais il s’est
Car. XI.
voulu servir des mains des assistans, afin qu’elles en fussent comme tesmoins. Or les Papistes se monstrent plus que ridicules, qui tirent leur confession auriculaire de tout ceci. Voyci qu'ils disent, Après que Christ eut rendu la vie à Lazare, il a voulu que ses Apostres le’ desliassent. Ce n’est donc assez que nous soyons réconciliez à Dieu, mais avec cela il faut que l'Eglise nous pardonne nos péchez. Mais d’où devinent-ils que ceste commission ait esté donnée aux Apostres de deslier Lazare? Plustost au contraire, nous pouvons recueillir qu’il commanda cela aux Juifs, pour leur oster tout scrupule et doute. |
45 Parquoy plusieurs des Juifs qui estoyent venus à Marie, el avoyent veu les choses que Jésus avoit faites, creurent en luy. 16 Mais aucuns d'eux s’en allèrent aux Pharisiens, et leur dirent les choses
que Jésus avoit faîtes.
47 Adonc les principaux Sacrificateurs, et les Pharisiens assemblèrent le conseil, et disoyent, Que faisons-nous? car cest homme-ci fait beaucoup de
signes.
48 Si nous le laissons ainsi, chacun croira en luy, et les Romains viendront qui nous raseront, et le lieu, et la nation.
49 Alors l’un d'eux appelé Caïphe, qui estoit le souverain Sacrificateur de ceste année-la, leur dit, Fous ne scavez rien,
50 Et ne pensez point qu'il nous est expédient qu'un homme meure pour tout le peuple, el non point que toute la nation périsse.
51 Or cela ne dit-il point de par soy-mesme : mais luy estant souverain Sacrificateur de ceste année-là, prophétiza que Jésus devoit mourir pour la
nation :
52 El non-seulement pour ceste nation, mais afin aussi qu'it assemblast en un les enfans de Dieu qui estoyent dispersez.
45 Parquoy plusieurs des Juifs qui estoyent venus, etc. Christ n’a point permis que le miracle qu’il avoit fait fust sans fruit : car par ce moyen il en tira aucuns à la foy. Aussi faut-il que nous entendions que les miracles ont double usage, asçavoir, ou qu’ils nous préparent et disposent à la foy, ou qu'ils nous conferment en icelle. Le premier usage est yci dénoté par l’Evangéliste : car il entend que ceux desquels il parle, ont eu en admiration et révérence la puissance Divine de Christ, pour se soumettre à estre ses disciples, autrement le miracle de soy ne pouvoit suflire pour avoir foy. Et pourtant, par ce mot de Croire, il ne nous
faut yei entendre autre chose, sinon une docilité et promptitude à recevoir la doctrine de Christ. Es autres qui accusent Christ, on y apperçoit une ingratitude vileine et détestable, ou plustost une rage horrible. Dont nous recueillons combien limpiété est aveugle et forcenée. Et vrayement la résurrection du Lazare devoit amollir voire des cœurs de pierre, mais il n’y à œuvre de Dieu que l’impiété n'infecte ou corrompe par l’amertume de son venin. Ainsi donc, avant que les hommes puissent faire leur proutit des miracles de Dieu et de ses œuvres, il faut nécessairement qu’ils ayent premièrement le cœur purgé. Car ceux qui n’ont nulle
Cuar. XI. SUR S.
crainte de Dieu, et qui ne luy portent nul honneur ne révérence, quand le ciel et la terre se devroyent mesler et brouiller ensemble, encore ne cesseront-ils de rejetter la saincte et bonne doctrine. Ainsi voyons-nous aujourd’huy plusieurs ennemis furieux de l'Evangile semblables à gens phrénétiques, combatre contre la main ouverte et manifeste de Dieu. Cependant toutesfois ils requièrent des miracles de nous, et ne les demandent point à autre fin, sinon pour monstrer qu’ils sont des monstres horribles entre les hommes, en résistant opiniastrement. Or quant à ce que ce rapport est fait aux Pharisiens plustost qu’à quelques autres, c’est pource que selon leur hypocrisie ils estoyent plus aspres à combatre l'Evangile, et à oppugner la vérité de Dieu. Pour ceste mesme raison il les nomme bien tost après expresséement, quand il dit, Que le conseil fut assemblé. Vray est qu’ils estoyent une partie des Sacrificateurs, mais l’'Evangéliste les nomme spécialement, d'autant qu’ils estoyent comme soufilets pour enflammer la rage de tout le conseil.
47 Adonc les principaux Sacrificateurs et les Pharisiens assemblèrent le conseil, etc. On voit yei un aveuglement és Sacrificateurs non moins estrange et horrible qu’és autres. S'ils n’eussent esté plus que stupides et brutaux, pour le moins devoyent-ils estre touchez de quelque révérence de Christ, après une espreuve si manifeste de sa vertu Divine :
maintenant ils s’assemblent de propos délibéré pour ensevelir la gloire de Dieu, du regard de laquelle ils sont contraints d’estre estonnez. Bien est vray qu'ils ne disent point ouvertement qu'ils veulent faire la guerre à Dieu : mais comme ainsi soit qu’ils ne peuvent esteindre Christ, sinon en renversant la vertu de Dieu, aussi est-il bien certain qu’ils combatent contre ceste vertu ouvertement par une outrecuidance et audace sacrilége. L’impiété voirement est tousjours orgueilleuse etplene de mespris de Dieu, toutesfois elle ne se desborde pas du premier coup jusques-là, qu’elle dresse ses cornes contre Dieu : mais après que les hommes ont longuement résisté à Dieu, voyci la fin qui en advient, qu'ils s’efforcent de mon-
ter sur les cieux à la façon des Géans, sans aucune crainte de la Divine majesté.
Car ils confessent bien que Christ fait plusieurs miracles. Et d’où ha-il si grande vertu? Ils se préparent donc de propos délibéré, et de malice obstinée, à opprimer la vertu de Dieu, laquelle reluit és miracles et œuvres admirables de Jésus- Christ. Cependant Dieu n’est point oisif, mais combien qu’il dissimule pour quelque temps, il se mocque et rit de leur folle arrogance, jusques à ce que le temps viene de monstrer ouvertement son courroux : comme il est dit au Pseaume Il, 12. Que faisons-nous? Is accusent leur lascheté par ces paroles : comme s'ils disoyent que leur paresse estoit cause que Christ s’avançoit de plus en plus : pource que en se monstrant diligens, ils pouvoyent rompre son cours. Telle est la folle confiance et hardiesse outrecuidée des infidèles, par laquelle ils se promettent orgueilleusement toutes choses, comme s’il estoit en leur puissance de faire selon leur appétit, et comme si l'événement des affaires ne pouvoit estre que selon leurs désirs. Et si on considère bien le tout, ils opposent vei leur industrie, et en font un bouclier contre la vertu Divine, com; me s'ils pouvoyent vaincre Dieu par leurs diligences, et à force de se démener.
48 Si nous le laissons ainsi, chacun croira en luy, et les Romains viendront, etc. Que sera-ce s'ils ne le laissent point P C’est ce qui a esté dit, qu’ils pensent fermement qu’il est bien en leur puissance de fermer le chemin à Christ, et de le garder de passer plus outre, pourveu qu’ils mettent peine de l’empescher. Or si Christ eust esté quelque trompeur ou affronteur, il est bien vray que leur office estoit de s'opposer, afin qu’il ne retirast les brebis du troupeau du Seigneur : mais en confessant ses miracles et œuvres admirables, ils monstrent assez qu’ils ne se soucient pas beaucoup de Dieu, la vertu duquel ils mesprisent si orgueilleusement et hardiment. Æ4 les Romains viendront. Hs prenent une belle couleur pour couvrir leur meschanceté, asçavoir le désir et zèle du bien public. La principale crainte qui leur rongeoit le cœur, estoit que leur domination tyrannique ne fust
mise bas : mais ils font semblant d’estre songneux du Temple, du service et honneur de Dieu, du nom de leur sation, et de Pestat du peuple. Et à quel propos tout ceci? car il ne semble point qu’ils cherchent de telles belles couvertures pour tromper. Ils ne preschent point publiquement et ouvertement devant le peuple, mais délibèrent à part entr’eux et en secret. Veu qu’ils se sentent tous coulpables d’une mesme trahison et desloyauté, que ne produisent-ils rondement et franchement leurs conseils et opinions? C’est pource que quoy qu'impiété soit lourde, évidente, et convaincue, toutesfois elle est quasi tousjours accompagnée d’hypocrisie. Ainsi, elle s’entortille de circuits obliques, ou cachetes, afin qu’elle décoyve sous espèce de vertu. Vray est que la principale intention de ceux-ci, estoit de monstrer quelque apparence de gravité, et de prudence honneste et modérée pour tromper les autres : toutesfois il est bien facile à croire qu’eux-mesmes ont esté déceus de ceste vaine masque, se faisans à croire que ce leur estoit une juste occasion de persécuter Christ. Voylà comment les hypocrites, combien que leur conscience les rédargue au dedans, néantmoins s’enyvrent puis après de vaines imaginations, afin qu’en péchant ils semblent estre innocens. Cependant ils se contredisent à eux-mesmes ouvertement : car du commencement ils ont confessé que Christ faisoit beaucoup de miracles : maintenant ils craignent les Ro-
mains, comme s’il n’y avoit point assez
et plus qu’assez de secours en la vertu de Dieu, laquelle se monstroit présente en ces signes-là. Les Romains viendront, etc. L’Evangéliste signifie que c’estoit-ci la somme de leur délibération et conseil, de se donner garde du danger qui estoit éminent. Voyci qu'ils disent, Si les Romains entendent que quelque chose soit innovée en l'estat et au gouvernement publie, il est à craindre qu’ils n’envoyent une armée pour ruiner et destruire nostre nation avec le Temple, et le service de Dieu. Or c’est une consultation perverse, quand on cherche d'éviter les dangers desquels il est impossible de se des-
velopper, si on ne se veut destourner du
Cap: XI.
droit chemin. Il faut demander en premier lieu, que c’est que Dieu nous commande et ordonne, et qu’il veut que nous facions : et puis nous-nous devons là fermement arrester, quoy qu’il en puisse advenir. Mais ceux-ci délibèrent d’esteindre et oster du milieu Jésus-Christ, de peur que quelque inconvénient n’adviene finalement, quand ils lauront souffert persévérer comme il a commencé. Et sil est envoyé de Dieu? Rejetteront-ils un Prophète de Dieu du milieu d’eux, afin qu'ils rachètent la paix avec les Romains?
Tels sont les conseils de ceux qui re révèrent point Dieu de cœur, et à bon escient. Ils ne se soucient point de droiture et équité, pource qu’ils dépendent seulement de l'événement. Maïs la seule façon de bien et sainctement délibérer, est, premièrement que nous cherchions ce qui est bon devant Dieu, et ce qui luy est agréable : puis après, que suyvions hardiment tout ce qu’il ordonne, et que nulle crainte ne nous face perdre courage, voire quand nous serions assiégez de mille morts : car il ne nous faut point dresser nos opérations à chacune bouffée de vent, mais nous les devons perpétuellement compasser à la bonne et saïncte volonté de Dieu, et non d’autre. Quiconque mesprise hardiment les dangers, où pour le moins ayant surmonté la crainte d’iceux, obéit Simplement à Dieu, il aura finalement une issue bonne et heureuse :
car contre l’espérance de tous les hommes, nostre bon Dieu bénit la constance qui est fondée en lobéissance de sa Parole. Mais quant aux incrédules, tant s’en faut qu'ils proufitent en se donnant garde, que tant plus qu’ils sont craintifs, ce sont dautant plus de lags qu’ils rencontrent pour s’entortiller. Au reste, nous avons en ceste histoire la forme de nostre temps naïfvement descrite. Ceux qui demandent d’estre réputez sages, bien avisez, et regardans de loin, ont à tous propos ceste chanson en la bouche, Qw’il faut avoir soin de la tranquillité publique et du commun gouvernement : que la réformation que nous taschons d'introduire, n’est pas sans beaucoup de dangers et grans périls. Après qu’ils nous ont Chargez de ceste fausse envie, ils ne trou-
+ so tie
Car. XI. SUR $.
vent point de remède plus court que d’ensevelir ou esteindre la mémoire de Christ, pour obvier à tous troubles.
Voire, comme s’il estoit possible de veoir bonne issue d’un si meschant mespris de la grâce de Dieu, quand pour appaiser les troubles, ils inventent ce remède, que la doctrine de-salut soit du tout abolie.
Mais plustost, ce que tels meschans craignent leur adviendra : et combien qu’encores ils puissent obtenir ce qu’ils espèrent, toutesfois la récompense est trop desraisonnable, d’appaiser le monde en offensant Dieu. Osteront nostre lieu. On ne sçauroit pas bien dire s'ils entendent le Temple, ou leur pays : tant y a qu'ils pensoyent que leur salut dépendist de l’un et de l’autre : car quand le Temple eust esté démoli, les sacrifices eussent cessé, et le service ordinaire de Dieu semblablement, avec l’invocation de son Nom. S'il y avoit donc quelque soin de la religion en eux, il faloit qu'ils fussent songneux du Temple. Or maintenant ceci servoit grandement à maintenir Pestat de l'Eglise, qu’ils ne fussent menez hors de leur terre derechef. Il leur souvenoit encore de la captivité de Babylone, qui avoit esté une sévère vengence de Dieu. Ils avoyent outreplus ceci comme un proverbe commun, qui se trouve bien souvent en la Loy, Que c’estoit une espèce de désaveu et renoncement, si Dieu les jettoit hors de ceste terre-là. [ls recueillent donc de cela, que l'Eglise ne demeurera point sauve, si Christ n’est destruit. |
49 Alors l'un d'eux appelé Caïphe, qui estoit le souverain Sacrificateur, etc. La consultation à esté briefve et courte, d'autant que Caïphe ne les à pas laissez longuement demeurer en doute.
Or il leur monstre qu'il ny à qu’un moyen pour racheter leur salut, asçavoir de tuer un innocent. Voylà jusques à quelle meschanceté se desbordent ceux qui sans crainte de Dieu prenent leurs conseils plustost-de leur sens charnel que de la parole de Dieu, et ont confiance que ce leur sera chose utile, quant ils entreprenent ce qui n’est point permis par lautheur de tous biens. Car c’est autant comme si Caïiphe disoit, Qu'il laut pro-
voquer lire de Dieu, afin que bon-heur et prospérité leur adviene. Parquoy apprenons de ne séparer jamais ce qui est utile de ce qui.est licite, veu qu’il ne faut rien espérer de bon ou heureux que de la bénédiction de Dieu, (Prov. XI, 14) laquelle est promise non point aux meschans et rebelles qui demandent aide au diable, mais aux fidèles qui cheminent simplement en leurs voves. Et nonobstant ceste raison avoit quelque couleur, dautant que l’utilité et bien public doit tousjours aller devant. Mais (comme j’ay desjà dit) un peuple n’est pas mieux gardé par la mort inique et meschante d’un homme innocent, que tout le corps d’un homme, quand on luy coupe seulement le gosier, où quand il ha l’estomach percé tout outre.
51 Or celane dit-il point de par soymesme, mais luy estant souverain Sacrificateur, etc. H ne l’appelle pas souverain Sacrificateur de ceste année-là, pour dire que cest oftice fust annuel, et ne durast qu’un an : mais pource qu’on l’achetoit, et estoit transféré à divers hommes, contre l’édict et ordonnance de la Loy. Dieu n’avoit point voulu que la dignité et honneur prinst fin, sinon par la mort de celuy qui Pavoit : mais les choses estans troublées et confuses, il estoit advenu que les Romains changeoyent souvent les Sacrificateurs, selon qu’il leur venoïit en fantasie. Au reste, lEvangéliste récite que Caïphe ne dit point cela de soy-mesme. Non point qu’il ait mis hors ceste parole comme un homme transporté et hors de son sens, sans entendre ce qu'il disoit : car il a parlé ainsi qu'il le sentoit. Mais l'Evangéliste signifie que sa langue a esté poussée de plus haut, pource que Dieu a voulu donner à cognoistre par la bouche d’iceluy quelque chose plus haute que ce qui luy estoit venu en l’entendement.
Caïphe donc eut pour lors comme deux langues : car il desgorgea ceste cruelle délibération de mettre à mort Christ, laquelle il avoit conceue en son Esprit :
mais Dieu luy tourna sa langue à une autre fin bien diverse en sorte que sous paroles ambiguës, il proféra un oracle et Prophétie. Or Dieu a voulu faire sor-
tir un oracle céleste du siége du Sacrificateur, afin que les Juifs eussent moins d’exeuse. Car combien qu’il n’y eust personne de toute ceste belle assemblée, qui eust la conscience touchée, toutesfois ils sentirent bien puis après que leur stupidité ne méritoit point pardon. Et ceste horrible impiété de Caïphe n’a peu empescher que sa langue ne fust organe du S. Esprit, d'autant que Dieu à plustost regardé à la Sacrificature, laquelle il avoit instituée, qu’à la personne de l’homme.
Et c’est la raison que j’ay touchée, afin que ceste parole prononcée d’un haut lieu, fust plus clairement ouye, et eust plus de révérence et authorité. En ceste mesme sorte il a voulu bénir son peuple par la bouche de ce faux-prophète Balaam (Nomb., chap. XXII, v. 8) auquel il avoit donné PEsprit de Prophétie. Mais les Papistes se monstrent yci plus que ridicules, qui recueillent de ceci qu'il faut tenir pour oracle tout ce qu’il plaira au Pape de Rome de mettre en avant.
Premièrement, quand nous leur aurions accordé que quiconque est grand Sacrificateur, est tousjours aussi Prophète (ce qui est faux toutesfois) encore faudra-il qu'ils prouvent que le Pape soit ordonné par le commandement de Dieu : car Ja Sacrificature a esté abolie par la venue d’un homme qui est Christ. Et nous ne lisons point qu’il ait esté ordonné depuis par sentence Divine, que quelqu'un fust commis pour gouverneur universel de toute l’Eglise. Mais encore que ceci leur soit ottroyé avec le premier, asçavoir que le droict, le titre, la dignité et honneur du grand Sacrificateur ait esté transféré à l’Evesque de Rome : voyons toutesfois de quoy à proufité aux Sacrificateurs d’avoir receu la prophétie de Caïphe. Pour souscrire à sa sentence et opinion, ils conspirent à faire mourir Christ. Or que telle obéissance soit chassée bien loin de nous, laquelle seroit pour nous induire à une horrible révolte, en reniant le Fils de Dieu. D’une mesme parole Caïphe blasphème, et quant et quant prophétize. Ceux qui s'accordent à son Opinion, laissent là la prophétie, et choisissent malheureusement le blasphème. Quant à nous, donnons-nous
Car. XI.
garde que le semblable ne nous adviene, si nous prestons l’aureille au Caïphe de Rome : autrement la similitude clocheroit d’un costé. Je demande d'avantage, asçavoir-mon pource que Caïphe à prophétizé une fois, si pour cela chacune parole du grand Sacrificateur sont autant de prophéties. Or est-il ainsi que bien tost après ce vénérable Caïphe a condamné comme un blasphème le principal article de nostre foy. Dont nous recueillons que ce que l’Evangéliste récite maintenant, a esté une chose extraordipaire, et que c’est abuser d’en faire une règle. Que Jésus devoit mourir. En premier lieu l’Evangéliste monstre que la somme de nostre salut et souverain bien gist en cela, que Christ nous rassemble en un. Car par ce moyen il nous réconcilie au Père, en qui est la fontaine de vie. Dont on peut bien aussi recueillir qu'il n’y a que dissipation en tout le genre humain, et qw’il est aliéné de Dieu, jusques à ce que les enfans de Dieu soyent rassemblez et unis sous le Chef, qui est Jésus-Christ. Ainsi la communion des Saincts est une préparation à la vie bien-heureuse et éternelle, d'autant que tous ceux que Christ ne recueille point à son Père, demeurent en la mort, comme nous verrons derechef au chapitre XVII.
Et pour ceste cause S. Paul enseigne que le Fils de Dieu a esté envoyé, afin qu’il recueillist toutes les choses qui sont au ciel et en la terre, Ephès., 1,40. Afin donc que nous jouissions du salut apporté par Christ, il faut nécessairement que tout discord osté, nous soyons faits un avec Dieu, avec ses Anges, et entre nous. La cause et le gage de ceste unité est la mort de Christ, par laquelle il a tiré toutes choses à soy : mais nous sommes tous les jours recueillis par l’Evangile en la bergerie de Christ.
52 Et non-seulement pour ceste nalion, mais afin aussi qu'il assemblast, etc. L’Evangéliste signifie que la réconciliation faite par Christ, s’estend aussi aux Gentils. Mais comment se fait cela, que ceux qui estoyent rendus ennemis de Dieu par la dissipation misérable en laquelle ils estoyent, soyent appelez enfans de Dieu? Je respon (comme il à
Car. XI. . SUR $.
desjà esté dit ci-dessus) que Dieu retenoit pour enfans en son cœur secrètement, tels, qui estoyent en eux-mêmes povres brebis fourvoyées et perdues, et pour mieux dire, qui n’estoyent rien moins que brebis, mais plustost loups et bestes
sauvages. C’est donc par l'élection qu’il répute enfans de Dieu, mesmes avant qu'ils soyent appelez, ceux lesquels finalement commencent à estre manifestez par foy, et à eux-mesmes et aux autres.
53 Depuis ce jour-là donc ils consultèrent ensemble de le mettre à mort. 54 Par ainsi Jésus ne cheminoit plus publiquement entre les Juifs : mais s’en alla de là en la contrée qui est près du désert, en une ville appelée Ephraïm,
et là conversoit avec ses disciples.
55 Or le jour de la Pasque des Juifs estoit prochain, et plusieurs de ce quartier-là montèrent en Jérusalem avant Pasque pour se purifier.
56 Zls cherchoyent donc Jésus, et disoyent entr'eux estans au Temple, Que vous semble? vous semble-il qu’il ne viendra point à la feste?
57 Or les principaux Sacrificateurs et les Pharisiens avoyent donné commandement que si aucun cognoissoil où il seroit, il le déclarast, afin qu'ils l’em-
poingnassent.
53 Depuis ce jour-là donc ils consulterent ensemble de, etc. L’Evangéliste récite que Christ s’en est fuy derechef, sçachant que ses ennemis estoyent embrasez d’une grande rage pour le poursuyvre. Ce nonobstant souvenons-nous qu’il n’a pas ainsi fuy pour se soustraire de la vocation de son Père: car il n’avoit point autre intention que de se présenter volontairement à la mort au temps ordonné de Dieu son Père, Au reste, la consultation de laquelle il est yei fait mention, n’estoit point tant de faire mourir Christ, que de trouver le moyen pour lopprimer. Cela estoit desjà. du tout résolu entr’eux, qu’il le faloit despescher : ceci restoit à faire, comment ils pourroyent mettre à exécution ce qu’ils avoyent résolu.
54 Appelée Ephraïm, et là conversoit avec ses disciples. Quant à ceste ville, je pense bien que ce nom estoit alors corrompu, ou bien que c’estoit un nom baillé de nouveau : car nous sçavons quel changement de langage fut fait depuis la captivité de Babylone, et quant et quant combien la forme du pays estoit diverse, en sorte qu’il ne se faut esbahir s’il y à quelques places nommées, desquelles on n’avoit anciennement aucune cognoissance. Il nomme disciples de
Christ, non pas tous ceux qui avoyent receu sa doctrine, mais ceux qui Iuy faisoyent assiduellement compagnie, et qui conversoyent ordinairement avec luy.
55 Montérent en Jérusalem avant Pasque pour se purifier. Ceci n’estoit pas préciséement commandé, qu'ils se purifiassent devant l’immolation de Pasque : et pourtant l'Evangéliste ne dit pas que tous y soyent venus, mais plusieurs.
Vray est qu'il n’estoit licite à homme souillé d'en manger : mais je di que ceuxci faisoyent ceste sanctification de leur affection privée et de leur propre gré, en sorte qu’il n’estoit point défendu aux autres de manger, combien qu’ils ne fussent préparez par une telle cérémonie devant le jour de feste. Au reste lintention de l’Evangéliste est de monstrer combien la renommée de Jésus-Christ estoit grande et divulguée par toute la région de Judée : car ceux quis’assemblent au Temple, de quelque part ou contrée qu’ils abordent, sont principalement attentifs à chercher ou demander Jésus- Christ, et tienent propos de luy entr’eux.
Il est bien vray qu’ils le cherchent d’une façon humaine: toutesfois en le cherchant ils descouvrent que c’est la tyrannie des Sacrificateurs qui empesche qu’il ne se monstre publiquement.
Crarz XII.