CHAPITRE XI
À Jésus donc six jours devant Pasque veint en Béthanie, où estoit Lazare qui avoit esté mort, lequel il avoit ressuscité des morts.
2 EL luy feirent ta un soupper, et Marthe servoit à table : et Lazare nf un de ceux qui estoit assis à table avec luy.
3 Adonc Marie print une livre d'onguent d’aspic liquide de grand pris, et oignit les pieds de Jésus, ei les essuya de ses cheveux, et la maison fut remplie
de l'odeur de l'onguent.
4 Lors Judas, ascavoir Iscariot, fils de Simon, un de ses disciples, celuy. qui
le devoit trahir, dit,
5 Pourquoy cest onguent w'a-il esté vendu trois cens deniers, et donné aux
povres?
6 Cela dit-il, non point qu'il luy chalust des povres, mais pourtant qu'il estoit larron, et avoit la bourse, et portoit ce qu’on y mettoit. T Jésus donc dit, Laisse-la, elle la gardé pour le jour de ma sépulture.
8 Car vous aurez tousjours les povres avec vous
point tousjours.
A Jésus donc six jours devant Pasque, veint en Béthanie, où estoit Lazare, etc. On voit yei que ceux qui avoyent pensé que Jésus-Christ ne viendroit point à la feste, ont jugé trop hastivement. Par cela nous sommes admonestez qu’il ne se faut point tellement haster, quenous n’attendions patiemment et en repos d’esprit, jusques à ce que l'opportunité soit venue, laquelle nous est incognue. Or Jésus-Christ veint en Béthanie premièrement, afin que de là il s’en allast trois jours après en Jérusalem. Cependant il a voulu donner temps et lieu opportun à Judas pour le trahir, afin que luy se présentast tout prest au sacrifice, quand l'heure préfixe seroit venue : car il sçait bien ce qui doit advenir, toutesfois il se présente volontairement et de bon cœur au sacrifice. Or estant venu six jours devant Pasque en Béthanie, il y demeura quatre jours, comme on peut facilement recueillir de sainct Matthieu et de sainét Marc. Sainct Jehan n’exprime point en quel jour ce banquet luy fut fait, auquel il fut oinct par Marie: mais il est vray-semblable qu’il luy fut fait bien tost après qu’il fut arrivé.
Au reste, quant à ce qu’il y en a aucuns qui pensent que l’onction de laquelle il est fait mention en sainct Matthieu et en sainct Marc, est une autre diverse onc-
: mais vous ne MAUTCZz
tion de ceste-ci, ils s’abusent. Ce qui les meut d’avoir telle opinion, c’est le regard du temps, d'autant que les deux autres Evangélistes désignent le temps de deux jours, avant que réciter que Jésus-Christ fut oinct. Mais la solution est bien facile à donner, voire en deux sortes: car sainct Jehan ne dit pas que Jésus-Christ ait esté oinct le premier jour qu’il arriva:
Ainsi, ceci s’est bien peu faire lors qu’il se préparoit à s’en aller. Norobstant, comme j'ay desjà dit, l’autre conjecture est plus probable, qu’il à esté oinct un jour ou deux, pour le moins avant son partement : car il est bien certain que Judas avoit comploté avec les Sacrificateurs, avant que Jésus-Christ eust envoyé deux de ses disciples pour faire apprester la Pasque. Or il faut qu'il ait eu pour le noins un jour entre-deux. Les Evangélistes disent outreplus, qu’il espia l’opportunité pour livrer nostre. Seigneur Jésus-Christ depuis qu’on luy eut baillé l'argent qu'on luy avoit promis. Ainsi donc, quant à ce qu’ils font mention de deux jours, et puis après ils adjoustent ceste histoire de l’onction, ils récitent en dernier lieu ce qui estoit desjà advenu auparavant. Et la raison est, d'autant qu'après qu'ils ont récité ces paroles de Jésus-Christ, Vous sçavez que le Fils de l’homme sera livré après deux jours, ils
Cuar. XIL
adjoustent maintenant ce qui avoit esté omis auparavant, asçavoir comment et pour quelle occasion il à esté livré par un sien disciple. Or ceci est sans différent quelconque, que nostre Seigneur Jésus- Christ a esté oinct en Béthanie. Sainct Matthieu et sainct Marc disent qu’il banqueta lors en la maison de Simon le lépreux. Sainct Jehan ne fait nulle mention de la maison, mais il démonsitre assez qu’il banqueta ailleurs qu’en la maison de Lazare et de Marthe, quand il met Lazare comme un de ceux qui estoyent assis à table au banquet, asçavoir comme estant convié avec Jésus-Christ. Cependant aussi il n’y a nul discord en ce que sainct Matthieu et sainct Marc récitent que la teste de Jésus-Christ fut ointe, et sainct Jehan dit que ç’ont esté les pieds.
Cela se faisoit ordinairement, qu’on oignoit le chef: et pour ceste cause, Pline répute pour une superfluité excessive ce qu'aucuns se faisoyent oindre les talons.
Tous les trois Evangélistes s'accordent bien en ceci, que Marie n’espargna pas Vonguent pour oindre Jésus-Christ, ains espandit sur Iuy une abondance fort grande d’onguent. Quant à ce donc que sainct Jehan parle des pieds, c’est autant comme S'il eust dit que tout le corps de Christ a esté oinct jusques aux pieds. Car il y a une amplification en ce mot de Pieds : ce qu’on cognoistra mieux par ce qui est dit ci-après, quand il adjouste que Marie essuya les pieds de Jésus de ses cheveux.
3 Etla maison fut remplie de l'odeur de l'onguent. Ce n’estoit point une Hiqueur simple tirée de nard ou aspic, mais une confection composée de plusieurs choses odoriférantes. Et pourtant il ne se faut pas esbahir si la maison fut remplie de la bonne senteur.
4 Lors Judas, ascavoir Iscariot, fils de Simon, un de ses disciples, etc. S’ensuit le murmure de Judas, lequel murmure sainct Matthieu attribue indifféremment à tous, et sainct Marc à aucuns d’entr’eux. Mais l’Escriture use coustumièrement de ceste façon, de transférer à plusieurs ce qui appartient à un où à peu. Toutesfois je pense estre vray-semblable que ce murmure est seulement pro-
cédé de Judas, mais que les autres en furent esmeus, pour consentir à ce qu’il disoit. Comme de faict les murmures sont ainsi que des soufllets, lesquels facilement allument en nous diverses affections. Et principalement, comme nous sommes trop enclins à faire des mauvais
jugemens, les détractions trouvent faci-
lement place en nous. Mais ceste crédulité que le S. Esprit reprend és Apostres, nous est pour exemple, à ce que nous ne
Soyons trop faciles et crédules à ouïr des paroles de détraction.
5 Pourquoy cest onguent n'a-il esté vendu trois cens deniers, etc. La livre de l’onguent commun ne coustoit que dix deniers, tesmoin Pline : mais quant au plus souverain onguent, Pline mesme dit qu’il coustoit au plus trois cens et dix deniers. Or les Evangélistes s’accordent en ceci, que cest onguent estoit du
plus exquis. Et pourtant, ce n’est point
sans cause que Judas estime la livre trois cens deniers, laquelle somme monte environ cinquante livres de la monnoye de France, selon la supputation de Budée.
Or comme ainsi soit que toutes délices ayent une abondante et superfluité excessive enveloppée en elles, tant plus que la perte de l’argent estoit grande, tant plus belle couleur eut Judas à murmurer:
comme s’il eust dit, Si Marie n’eust point desfrayé grand argent, elle auroit quelque excuse: mais maintenant veu qu’en une chose de néant elle à perdu une si grande somme d'argent, n’a-elle pas fait tort aux povres, qui $e pouvoyent grandement sentir de cela? Son faict donc ne mérite aucun pardon.
6 Pourtant qu'il estoit larron, et avoit la bourse, et portoit ce qu'on y mettoit. Vray est que les autres Apostres ne condamnent point Marie d’une mauvaise affection, mais cependant ils la condamnent inconsidéréement. Mais Judas cherche une honneste couverture pour cacher sa meschanceté, alléguant les povres, desquels il ne se soucioit nullement.
Or nous sommes enseignez par cest exemple, quelle beste horrible et monstrueuse c’est que la convoitise d’en avoir.
La perte que Judas pense avoir faite d’avoir perdu matière et occasion de des-
robber, le pousse à une telle rage, qu’il n’ha nulle honte, et ne fait nulle difficulté de trahir Jésus-Christ. Et est facile à croire que non-seulement il a menti envers les autres, en prenant ceste excuse de la perte des povres, mais aussi s’est flatté soy-mesme au dedans, comme coustumièrement les hypocrites font:
comme si trahir Jésus-Christ eust esté une légère faute, par laquelle il prétend récompenser la perte laquelle il avoit faite. Certes il n’avoit autre cause de trahir Jésus-Christ, sinon qu'il vouloit retirer à soy en quelque sorte que ce fust, la proye qui luy estoit eschappée des mains: car lPindignation conceuë pour le gain qu’il avoit perdu, l’avoit poussé à entreprendre de trahir Jésus-Christ. Or c’est merveilles comment Jésus-Christ avoit choisi un tel despensier, lequel H sçavoit estre larron. Car qu’estoit-ce autre chose, sinon luy donner un chordeau, duquel il s’estranglast® L'homme mortel ne peut rien trouver yci que respondre, sinon que les jugemens de Dieu sont un abysme profond. Cependant, le faict du Seigneur Jésus ne doit point estre tiré en règle commune, asçavoir que nous donnions la charge des povres, ou quelque autre office sainct à un meschant homme : çar Dieu nous a imposé loy et règle de ceux qui doyvent estre appelez au gouvernement de l'Eglise, et autres offices, laquelle il n’est licite de transgresser. C’a esté autre chose de Christ, lequel comme il estoit la Sapience éternelle de Dieu, a donné lieu à sa prédestination secrète en la personne de Judas.
7 Laisse-la, elle l'a gardé pour le jour de ma sépulture. Quand Jésus- Christ commande qu’on laisse faire Marie, il monstre que ceux qui ennuyent leurs prochains sans cause et raison, et esmeuvent noise de rien, font mal et injustement. Or la response de Jésus-Christ est plus longue és autres Evangélistes, toutesfois ils tendent à un mesme but, et la somme est semblable. L’onction que Judas reprend, est maintenue, pour ceste raison qu'elle servoit à la sépulture. Jésus-Christ donc ne l’approuve point comme un service ordinaire, et de laquelle l'usage doyve estre commun en PEglise :
Car. XIL
car s’il vouloit qu’on luy rendist tous les jours un tel service, il eust plustost dit toute autre chose, que de dire que cela concernoit sa sépulture. Et de faict, Dieu ne s’arresle point aux pompes extérieures, mais qui plus est, d'autant qu’il voit le naturel de l’homme estre trop enclin à services et cérémonies charnelles, il commande souventesfois que nous soyons sobres et modestes en icelles.
Parquoy, ceux qui infèrent de la response de Jésus-Christ que les services somptueux et magnifiques sont agréables à Dieu, ne sont pas bons expositeurs, veu que plustost il excuse Marie de ce qu’elle luy a fait un service extraordinaire, lequel il ne faloit rapporter à une règle perpétuelle de servir et honorer Dieu. £lle l’a gardé pour le jour de ma sépulture.
Quand il dit que cest onguent a esté gardé, il signifie qu’il n’a point esté espandu hors temps et saison, ains selon la circonstance du temps. Car nous disons qu’on garde une chose, quand on la tient comme enfermée et de réserve, afin de la mettre en avant en temps et lieu : car il est certain que si quelqu'un leust auparavant chargé de délices somptueuses, il ne l’eust pas souffert. Aussi il nie que Marie ait fait ceci comme une chose accoustumée, maisafin que pour la dernière fois elle feist son devoir envers luy. Au reste, ceste onction des corps m’estoit point pour lors une cérémonie inutile, ains plustost estoit une figure spirituelle, pour mettre devant les yeux l’espérance dela résurrection. Les promessesestoyent encores obscures : Jésus-Christ n’estoit point encores ressuscité, lequel est à bon droict appelé Les prémices de ceux qui ressuscitent, 4 Corint., chapitre XV, v. 20.
Ainsi doncques, les fidèles avoyent besoin de telles aides qui les dressassent à Jésus-Christ, lequel estoit encores absent. Et pourtant, l'onction de Christ n’a point esté superflue alors, veu que le temps de sa sépulture approchoïit : car on Poinet comme celuy qui bien tost sera enseveli.
Les disciples ne sçavoyent pas encores cela : et pour certain Marie a esté poussée soudainement par la conduite de ’Esprit, à faire ce à quoy elle n’avoit point pensé auparavant. Mais Jésus-Christ ap-
CHar. XII. SUR S.
plique à l'espérance de sa résurrection, ce que les disciples trouvoyent tant mauvais, afin que Putilité laquelle il leur monstre en ce faict, les retire du jugement chagrin et pervers qu'ils en faisoyent.
Mais comme Dieu a voulu que l’enfance du peuple ancien d'Israël fust conduite et gouvernée anciennement par tels exercices, ainsi ce seroit aujourd’huy une grande absurdité de vouloir faire le semblable. Et cela ne se pourroit faire sans qu’on feist grand tort au Seigneur Jésus, lequel a chassé telles ombres par la splendeur de son advénement. Mais pource que sa résurrection n’avoit pas encores apporté accomplissement aux ombres et figures de la Loy, sa sépulture devoit estre ornée d’une cérémonie extérieure.
Maintenant l'odeur de sa résurrection ha efficace assez grande de s0y, sans nard ou aspic, où autres senteurs précieuses, pour vivifier tout le monde. Au surplus, souvenons-nous que quand il faudra juger des faits des hommes, nous-nous devons arrester à la sentence de Jésus- Christ, devant le siége judicial duquel il nous faut comparoistre une fois.
8 Vous aurez tousjours les povres avec vous, mais vous ne Mmaurez point tousjours. I nous faut retenir ce que j'ay remonstré ci-dessus, que Jésus-Christ fait yci notamment distinction entre le
faict extraordinaire de Marie, et le service ordinaire qui luy est deu, Parquoy ceux qui appetent de servir et honorer Christ par pompes et appareils somptueux et braves, sont singes, et non point imitateurs : comme si Christ approuvoit ce qui a esté fait une fois, et non plustost défendoit de le faire à l’advenir. Quant à ce que il dit qu’il ne sera pas tousjours avec ses disciples, cela se doit rapporter à l’espèce de sa présence, à laquelle un service charnel et honneur somptueux puisse convenir.| Car touchant ce qu'il :
nous est présent par la vertu et grâce de son Esprit, qu’il habite en nous, et aussi qu'il nous repaist de sa chair et de son sang, tout cela n’ha rien de commun avec les services corporels Parquoy toutes les:
pompes que les Papistes ont inveniées pour honorer et servir Jésus-Christ, c’est en vain qu’ils les luy addressent, veu qu'il les rejette apertement. Et quant à ce qu'il dit que les povres seront tousjours avec nous, combien qu’il reprene en cela l'hypocrisie des Juifs, toutesfois nous pouvons recueillir de cela une bonne doctrine et proufitable, asçavoir que les aumônes par lesquelles on soulage la nécessité des povres, sont sacrifices agréables et de bonne odeur devant Dieu, et que:
tous autres frais qui seront faits pour servir Dieu, ne sont pas droitement faits. :;
9 Adonc grande multitude des Juifs cognut qu'il estoit là, et y veindrent non pour Jésus seulement, mais aussi afin qu'ils veissent Lazare, lequel il
avoit ressuscité des morts.
10 Dont les principaux Sacrifi cateurs consultèrent de mettre aussi à mort
Lazare,
A1 Car plusieurs des Juifs se départoyent à cause diceluy, et croyoyent en
Jésus.
12 Le lendemain une grande multitude qui estoit venue à la feste, ayant
Ouy que Jésus venoit en Jérusalem,
13 Prindrent des rameaux de palmes, et sortirent au-devant de luy, et crioyent, Hosänna : Bénit soit le Roy d'Israël, qui vient au nom du Seigneur.
44e Et Jésus ayant trouvé un asnon, s’assit dessus, comme il est escrit,
15 Ne crain point fille de Sion, voyci, ton Roy vient assis SUT un poullain
d'une asnessef,
1) Zach., IX, 9.
9 Adonc grande multitude des Juifs | dela mort de Jésus-Christestoit prochain, cognut qu'il estoit lu, et y veindrent non | tant plus faloit-il que tous célébrassent pour Jésus, etc. Tant plus que le temps | son Nom, afin que cela fust une prépara-
tion à la foy plus ample après sa mort : et principalement l’Evangéliste récite que ce miracle fait de fraische mémoire en la ressuscitation de Lazare, estoit en grand bruit par tout. Et pource que Jésus-Christ avoit monstré en iceluy une espreuve singulière de sa Divinité et haute majesté, Dieu a bien voulu qu’il y eust plusieurs tesmoins de cela. Quant à ce qui est dit qu’ils y veindrent non-seulement pour Jésus, mais aussi pour Lazare, il n'entend pas qu’ils feissent cela pour Pamour de Lazare, comme luy faisans cest honneur à part, mais afin qu’ils veissent
ceste espreuve admirable de la vertu de
Christ en Lazare.
10 Dont les principaux Sacrificateurs consulièrent de mettre aussi à -mort Lazare. Voyci vrayement une rage plus que phrénétique, qu’ils taschent à faire mourir celuy que tous sçavoyent avoir esté ressuscité par la vertu Divine.
Mais voylà l’esprit d’estourdissement duquel Satan tourmente furieusement les meschans, en sorte qu’il n’y a point de fin en leur forcènerie, voire quand Dieu leur mettroit au-devant le ciel, la terre, et la mer: car ceste consultation si détestable est yci descrite, afin que nous sçachions que les ennemis de Christ n’ont point esté induits par folie ou ignorance à une telle obstination, ains par malice furieuse, en sorte qu’ils n’ont point craint de faire mesme la guerre à Dieu. D’avantage, afin que nous sçachions que la puissance de Dieu ra point esté obscure en la résurrection de Lazare, veu que pour effacer la mémoire d’icelle, les meschans n’ont peu songer autre remède, sinon de commettre un meurtre vilein et exécrable, en tuant un homme innocent. Au reste, veu que Satan s’addonne du tout à ensevelir entièrement, ou pour le moins obseurcir aucunement les œuvres de Dieu, c’est à nous de nous rendre diligemment attentifs à les méditer continuellement.
12 Le lendemain une grande mullitude qui estoit venue à la feste, ayant, etc. Ceste entrée de Christ est plus amplement descrite par les autres Evangélistes : toutesfois sainct Jehan comprend yci en somme tous les points. Or il faut en premier lieu sçavoir quelle est linten-
| Car. XII.
tion du Seigneur Jésus, asçavoir qu’il est venu en Jérusalem de son bon gré, pour se présenter à la mort : car il faloit que sa mort fust volontaire, d'autant que l'ire de Dieu contre nous, ne pouvoit estre appaisée que par un sacrifice d’obéissance. Et de faict, il sçavoit bien quelle en seroit l’issue : néantmoins ayant qu'il soit mené à la croix, il veut que le peuple luy face entrée solennelle comme à son Roy :
et qui plus est, il déclare apertement qu'il commence son règne en marchant à la mort. Au reste, combien que grande multitude de peuple célèbre son advénement, toutesfois il est incognu à ses ennemis, jusques à ce qu’il a monstré qu’il estoit le vray Messias ou Rédempteur, par l’accomplissement des prophéties , lesquelles on verra ci-après chacune en son lieu : car il n’a rien voulu omettre de tout ce qui pouvoit servir à la plene confirmation de nostre foy. Grande multitude qui estoit venue. Les estrangers donc ont esté beaucoup plus prompts à rendre service et honneur au Fils de Dieu, que les citoyens et bourgeois de Jérusalem, lesquels toutesfois devoyent donner exemple à tous autres : car ils avoyent ordipairement les sacrifices : le Temple estoit tousjours devant leurs yeux, lequel devoit enflammer leurs cœurs à un ardent désir et zèle de chercher Dieu. Là estoyent les principaux Docteurs de l'Eglise : là estoit le Sanctuaire de la lumière Divine. Ils monstrent donc une ingratitude par trop vileine, d'autant qu’estans instruits dés leur bas aage en tels exercices, toutesfois ils rejettent ou mesprisent le Rédempteur qui leur avoit esté promis. Mais ce vice a presque tousjours régné, que tant plus que Dieu se présente familièrement et de près aux hommes, tant plus le mesprisent-ils hardiment.
Mais és autres, qui ayans délaissé-leurs maisons, estoyent venus au jour de feste, on y apperçÇoit beaucoup plus grande ferveur, jusques-là qu'avec grande solicitude ils s’enquièrent de Jésus-Christ, et quand ils oyent dire qu’il vient en la ville, ils vont au-devant pour luy faire un joyeux et honorable recueil. Et certes il ne faut point douter que par un mouvement seeret du sainct Esprit, ils n’ayent esté in-
PP TR ta
Car. XII. SUR $.
citez à venir au-devant de luy. Or nous ne lisons point que ceci luy ait esté fait d'autres fois auparavant : mais comme les princes terriens font venir leurs sujets par le son de la trompete, ou par la crie publique, quand ils entrent en possession de leur règne, ainsi Jésus-Christ par un mouvement de son Esprit, a assemblé ce peuple lequel lavouast pour Roy. Quand le peuple le voulut faire son Roy, lors qu'il estoit au désert, il se retira secrètement en la montagne : car ils n’imaginoyent pour lors autre royaume, sinon sous lequel ils fussent bien engraissez comme bestes. Jésus-Christ donc n’eust peu nullement obtempérer à leur fol désir, qu'il ne se reniast soy-mesme, etqu'il ne rejettast la charge que son Père luy avoit enjointe : mais maintenant il s’attribue un Royaume tel qu’il avoit receu du Père. Je confesse bien que ce peuple mesme qui luy est venu au-devant, ne Cognoissoit pas bien la nature de ce Royaume, mais Jésus-Christ a regardé pour l’advenir. Cependant il n’a point souffert que rien ait esté yci fait qui ne fust convenable à son Royaume spirituel.
13 Des rameaux de palmes, et sortirent au-devant de luy. etc. La Palme estoit un signe de victoire et de paix entre les Anciens, mais ils avoyent accoustumé d’user de rameaux de palmes, quand ils déféroyent le royaume à quelqu’un, et le couronnoyent pour leur Roy, ou quand ils faisoyent humble supplication à celuy qui avoit obtenu la victoire par-dessus eux. Il semble bien toutesfois que ceux-ci ont pris en leurs mains des rameaux de palmes en signes de liesse et resjouissance, en faisant recueil à leur nouveau Roy. Æt crioyent Hosanna.
Par ceste parole ils ont rendu tesmoignage qu'ils recognoissent en dJésus- Christ, ce Messias et Rédempteur jadis promis aux Pères, et duquel il faloit attendre rédemption et salut car le Pseaume CXVIIT, duquel ceste acclamation a esté prinse, a esté composé du Messias, à ceste fin que tous les Saincts et fidèles attendissent continuellement, et désirassent d’un désir et zèle ardent sa venue, et luy feissent recueil en toute révérence et honneur, quand il seroit
manifesté. Il est donc probable, et mesme on peut asseuréement recueillir que ceste prière estoit fréquente entre les Juifs, voire estoit communéement en la bouche de tous. Et pourtant le sainct Esprit mettoit les mots en la bouche de ces hommes,- quand ils ont ainsi souhaitté heureuse venue au Seigneur Jésus : et ils ont esté éleus de luy comme hérauts, pour annoncer que le Messias ou Rédem- ‘pteur estoit venu. Ce mot Hosanna, est composé de deux dictions Hébraïques, et vaut autant que si on disoit, Sauve je te prie. Il est bien vray que les Hébrieux le prononcent &’une autre façon, asçavoir /losianna : mais c’est une chose usitée, que la prononciation est facilement corrompue, toutesfois et quantes que les mots sont transférez en une Langue estrange. Toutesfois les Evangélistes ont expresséement retenu le mot Hébraïque, combien qu'ils escrivissent en Grec, alin qu'ils exprimassent mieux que le peuple avoit usé de la forme accoustumée de prier, laquelle avoit esté premièrement faite par David, puis après par continuelles successions de temps receue entre le peuple de Dieu, et finalement consacrée péculièrement pour bénir le Royaume du Messias. À ceci mesme appartient ce qui s'ensuit incontinent après, Bénit soit le Roy d'Israël, qui vient au nom du Seigneur : Car C’est aussi une prière joyeuse pour le bon ét heureux avancement de ce règne, duquel dépendoit la restauration et prospérité de l’Eglise de Dieu.
Toutesfois pource qu’il semble que David en ce Pseaume parle plustost de soy que du Méssias, il faut en premier lieu en-.
tendre ceste difficulté : et la solution n’est pas difficile. Nous sçavons bien à quelle fin le Royaume a esté establi à David et à ses héritiers et successeurs, asçavoir afin que ce fust comme un préparatif de ce Royaume éternel qui devoit estre manifesté en son temps : car il ne faloit point que David s’arrestast à soy : et le Seigneur par ses Prophètes commande en plusieurs endroits à ses fidèles de jetter leurs yeux ailleurs qu'à David. Ainsi donc, tout ce que David a chanté de soy, est à bon droict transféré à ce Roy, qui selon la promesse devoit issir de la gé-
Cuar. XII.
nération et semence de David, pour estre | tiene et garde le Royaume de Jésus-
le Rédempteur. Or il nous faut recueillir une admonition utile de ceci : car si nous sommes membres de l'Eglise, le Seigneur nous solicite encore aujourd’huy à avoir un mesme désir qu’il vouloit que les fidèles eussent anciennement sous la Loy, asçavoir que nous souhaitions de tout nostre cœur que le Royaume du Seigneur Jésus fleurisse et prospère : et nonseulement cela, mais aussi que nous le monstrions par nos oraisons et prières.
Et afin que nous ayons plus grand courage et zèle à prier, il nous faut noter que luy-mesme nous dicte les mots. Malheur donc à nostre lascheté et paresse, si nous esteignons par nostre froidure ceste ardeur que Dieu suscite en nous, ‘ou l’estouffons par nostre stupidité. Cependant sçachons que nos désirs et prières ne seront point inutiles, lesquelles nous faisons ayans Dieu pour nosire conducteur et Maistre, qui nous y gouverne.
Pourveu que nous ne Soyons paresseux,
et ne nous lassions point de prier, iceluy |
se monstrera fidèle protecteur de ce Royaume, pour le maintenir par sa force et vertu invincible. Vray est que quand nous demeurerons endormis et oisifs, la majesté d’iceluy ne laissera point d’estre ferme et stable : mais il est bien certain que c’est par nos vices qu’il advient que bien souvent il ne fleurit point si magnifiquement qu'il devroit, ains plustost va en décadence, comme aujourd’huy nous voyons une dissipation horrible d’iceluy. Et quant à ce que nous n’en appercevons qu’une bien petite restauration, ou presque nulle, imputons-le à nostre nonchalance. Or nous demandons tous les jours à Dieu que son règne adviene, mais à grand’peine y en a-il de cent l’un qui désire à bon escient ceste venue heureuse. Si donc nous sommes privez de la bénédiction de Dieu, c’est à bon droict, d'autant qu'il nous fasche de la demander et souhaiter. Nous sommes aussi admonestez par ce mot, qu'il n'y à que Dieu qui gouverne et maintiene l’Eglise : car il ne s’attribue, et ne commande qu’on luy attribue sinon ce qui est sien.
Comme ainsi soit done que luy conduisant nos langues, nous demandons qu’il main-
Christ, nous confessons, à ce que ce Royaume demeure en son estat, que Dieu luy-mesme est seul autheur et garent de salut. Il est vray que pour ce faire il use du moyen des hommes, mais c’est de ceux qu'il a appropriez et façonnez de Sa main. Outreplus, il met tellement les hommes en œuvre pour avancer ou entretenir le Royaume de Jésus-Christ, que cependant c’est luy seul qui commence et parachève le tout en la vertu de son Esprit par eux. Qui vient, etc. Premièrement il faut entendre que veut dire ceste façon de parler, venir au nom de Dieu. Certes celuy-là vient au nom de Dieu, qui ne s’ingère point, et ne s’usurpe point faussement l’honneur, mais qui estant deuement appelé, ha Dieu pour garent et conducteur de toutes ses actions et opérations. Ce titre-ci compète à tous vrais ministres de Dieu. Le Prophète qui estant conduit par le sainct Esprit, enseigne aux hommes fidèlement et purement la doctrine laquelle il a receue du ciel, vient au nom de Dieu. Le Roy aussi par la main duquel Dieu gouverne son peuple, vient au nom de Dieu.
Mais pource que l'Esprit du Seigneur a reposé sur Jésus-Christ, et qu'iceluy mesme est le Chef de tous, et que tous ceux qui jamais furent ordonnez pour gouverner l'Eglise, ont esté sujets sous sa domination, et qui plus est, ont esté ruisseaux descoulans de luy comme d’une fontaine, pour ceste raison il est proprement dit de luy, Qu'il est venu au nom de Dieu. Et non-seulement il est excellent par-dessus les autres pour le regard du haut degré de domination, mais pource que Dieu se manifeste à nous entièrement en luy. Car (comme dit sainct Paul en l’Epistre aux Colossiens, chapitre I, v. 9) plénitude de Divinité habite en luy corporellement, et il est la vive image de Dieu : brief, il est le vray Immanuel.
Parquoy ceci est par un droict spécial qu’il est dit estre venu au nom de Dieu, d'autant que Dieu s’est entièrement manifesté par luy, et non point en partie, comme il avoit fait auparavant par les Prophètes. Il faut donc commencer par luy, comme par le Chef, quand nous vou-
Car. XIL. SUR S.
lons bénir les ministres de Dieu. Or pour autant que les faux-prophètes se vantent orgueilleusement du nom de Dieu, et s'insinuent en la grâce des hommes par ceste fausse couverture, estans toutesfois par la rage et suggestion du diable poussez à destruire l'Eglise, il faut yci suppléer une opposition et prière contraire, asçavoir que le Seigneur les dissipe et réduise à néant. Ainsi nous ne pouvons bénir Jésus-Christ, que nous ne maudissions le Pape et sa tyrannie sacrilége qu’il a dressée contre le Fils de Dieu. Vray est qu’il darde d’une grande roideur contre nous ses excommunications, comme si c’estoyent des foudres, mais nous les devons mespriser hardiment, et n’en tenir non plus de conte que de vessies plenes de vent. À l’opposite le S. Esprit nous dicte yci un maudisson horrible, par lequel le Pape soit foudroyé jusques au profond des enfers, avec toute sa splendeur, pompe, et orgueilleuse magnificence. Et n’est besoin qu’il y ait quelque Evesque ou Pontife pour prononcer la malédiction contre luy, veu que Jésus- Christ a donné une fois ceste puissance et authorité aux enfans, quand il a ratifié leur acclamation : comme il est récité par les autres Evangélistes.
1% Et Jésus ayant trouvé un &SnOn, s’assil dessus comme il est escrit, etc.
- Les autres Evangélistes récitent plus distinctement ceste partie de l’histoire, asçavoir que Jésus-Christ envoya deux &e ses disciples pour luy amener lPasne.
Sainet Jehan qui a escrit le dernier après tous les autres, s’est contenté de noter en brief le sommaire des choses qui avoyent desjà esté traittées par les autres : cela est cause qu’il omet beaucoup de circonstances. Or il est bien facile de résoudre l'apparence de répugnance qui trouble beaucoup de gens. Quant à ce que S. Matthieu dit que Jésus estoit assis sur l’asnesse et sur l’asnon, c’est une façon de parler qui comprend quelquesfois le tout pour une partie, ou une partie pour le tout. Aucuns songent qu’il s’assit premièrement sur l'asnesse, et puis après
sur l’asnon : et tirent une allégorie de leur songe, asçavoir qu’il s’est assis premièrement sur le peuple des Juifs qui
estoit dés long temps accoustumé à porter le joug de la Loy : et puis après a subiugué les Gentils, comme un asnon, qui n’a encore porté le bast. Mais voyci quelle est la simple vérité, que Jésus monta sur un asnon, lequel on avoit amené avec sa mère : et comme les paroles du Prophète s ‘accordent, en la Iecture duquel il y a une répétition familière aux Hébrieux, laquelle exprime deux fois une mesme chose par diverses paroles, Sur lasne, dit-il, et sur le poullain de l’asnesse. Nostre Evangéliste qui s’estudie à briefveté, laissant le premier membre, amène seulement le second. Au surplus, les Juifs mesmes sont contraints d'exposer du Messias la prophétie de Zacharie, laquelle fut lors accomplie. Cependant ils se mocquent de nous, de ce qu’estans abusez de l'ombre de l’asne, nous attribuons l'honneur du Messias an Fils de Marie. Mais nostre foy est bien appuyée sur d’autres tesmoignages. Et certes quand nous disons que Jésus est le Messias, ou le Christ, nous ne commençons pas par à, qu'estant assis et monté sur un asne, il est entré en Jérusalem : car On a veu en luy une gloire telle comme il convenoiït au Fils de Dieu, ainsi que nous avons veu au chap. L. Et principalement sa vertu Divine a reluv en sa résurrection glorieuse. Toutesfois ceste confirmation n’est à mespriser, que Dieu par sa providence admirable à proposé en ceste entrée, comme sur un eschaffaut ou en un théâtre, l’accomplissement de ce que Zacharie avoit prophétizé.
15 Ne crains point, fille de Sion, voyci, ton Roy vient sur un poullain, etc.
En premier lieu, il faut noter en ceste sentence du Prophète, selon que lEvangéliste la récite, que nos esprits ne recouvrent jamais tranquillité ne repos asseuré, et que la crainte et tremblement ne nous sera jamais osté, Sinon quand nous sçaurons asseuréement que Christ règne entre nous. Vray est que les paroles du Prophète Zacharie au chapitre IX sont autres: car il exhorte les fidèles à se resjouir et à chanter: mais nostre Evangéliste a exprimé comment nos cœurs s’esgayent de vraye joye, asçavoir quand la crainte est ostée, de laquelle il
faut que tous soyent tourmentez, jusques à ce qu’estans réconciliez à Dieu, ils recouvrent ceste paix qui procède de la Foy, Rom., V, 4. Ce bien donc nous advient par Christ, qu’estans délivrez de la tyrannie de Satan rompu, la condamnation effacée, et la mort abolie, nous nous glorifions hardiment, estans munis de l’aide de nostre Roy, sous la protection et sauvegarde duquel quand nous sommes, il ne faut point que nous craignions aucun danger.
Non point que nous soyons exempts entièrement de crainte, tant que nous vivons en ce monde: mais pour autant que la fiance fondée sur Jésus-Christ, surmonte toute crainte. Combien que Christ fust encore bien loin, toutesfois le Prophète Zacharie exhortoit les hommes fidèles de ce temps-là à s’esgayer et resjouir, d'autant que Christ devoit venir.
Voyei, disoit-il, ton Roy viendra, et pourtant ne crains point. Maintenant de-
, le lien de péché estant ;
Car, XII.
puis qu’il est venu, afin que nous jouissions de sa présence: tant plus fort et plus hardiment nous faut-il batailler contre la crainte, afin qu’estans asseurez de nos ennemis, nous servions paisiblement, et honorions alaigrement nostre Roy. Le Prophète addressoit son propos à Sion en son temps, d'autant que là estoit le domicile, le siége, et l’habitation de V’Eglise. Maintenant vray est que Dieu s’est recueilli une Eglise de toutes les parts du monde, néantmoins ceste promesse s’addresse particulièrement aux fidèles qui se soumettent et obéissent à Christ, afin qu’il règne en eux. Quant à ce qu'il introduit Jésus monté sur un asne, il signifie que son Royaume n’aura rien de commun avec la pompe, magnificencé, puissance, et les richesses de ce monde. Et faloit que ceci fust monstré par signe extérieur, afin que tous cognussent manifestement que ce Royaume estoit spirituel.
16 Ses disciples ne cognurent point ces choses du premier coup, mais quand Jésus fut glorifié, adonc ils eurent mémoire que ces choses estoyent escrites de luy, et qu'ils luy avoyent fait ces choses.
17 Et la multitude qui estoit avec luy portoil tesmoignage qu'il avoit appelé Lazare du sépulchre, et qu'il l'avoit ressuscité des morts.
18 Pourtant aussi alla le peuple au-devant de luy, car ils avoyent ouy qu'il
avoit fait ce miracle.
19 Et les Pharisiens disoyent entr'eux-mesmes, Ne voyez-vous pas que vous ne proufitez rien? Voyci, le monde est allé après lu Y.
16 Ses disciples ne cognurent point ces choses du premier coup, etc. Tout ainsi que la semence ne germe point aussi tost qu’elle est jettée en terre, semblablement le fruit des œuvres de Dieu ne se monstre pas du premier coup. Les Apostres servent yci de ministres à Dieu pour accomplir la prophétie: mais cependant ils n’entendent pas ce qu’ils font. Ils oyent la clameur du peuple, qui n'estoit pas une crierie ou bruit confus, mais que Jésus-Christ estoit salué Roy apertement et distinctement: nonobstant ils n’entendent point à quoy tend cela, ne que c’est qu'il signitie. Cela donc leur est comme un spectacle inutile, jusqu’à ce que le Seigneur après sa résurrection glorieuse
leur ouvre les veux. Quand il est dit qu'ils se souveinrent à la fin que ces choses estoyent dites de luy, il dénote la cause de ceste si lourde et grossière ignorance qui a précédé l'intelligence de ceci, asçavoir dautant qu'ils n’avoyent pas alors l'Escriture pour guide et maistresse, laquelle dressast leurs esprits à la droite et pure considération: car nous sommes aveugles, si la parole de Dieu ne va devant nous pour nous guider. Combien qu’il ne suffit pas que la mesme parole dé Dieu nous esclaire, si le sainct Esprit ne nous illumine les yeux de l’autre part, lesquels sans cela seroyent aveugles en plene clarté. Jésus-Christ feit ceste grâce à ses Aposires ‘après sa résurrection,
Car, XIE. SUR S.
d'autant que jusques à ce qu'il fust receu en la gloire céleste, le temps opportun n’estoit pas encore venu, auquel il deust desployer et espandre les richesses de son S. Esprit en grande abondance et à nidin ouverte, comme nous avons veu au chap. VIE, v. 39. Or nous sommes en- Seignez par cest exemple, de ne faire jusement de toutes les choses qui appartienent à Christ, que par l’Escriture, et non point sélon nostre propre sens charel. D’avantage, entendons que c’est-ci une grâce spéciale du sainct Esprit, de nous instruire par succession opportune dé temps, à ce que nous ne soyons stupides à considérer les œuvres de Dieu.
Quant à ce membre, que ces choses estoyent escrites de luy, et qu'ils les luy avoyent faites, voyci comment je l’expose, que lors premièrement il veint en l’entendement aux Apostres que ces choses n’avoyent point esté faites à la volée à Jésus-Christ, et que ces hommes n’avoyent point joué une bastelerie, mais que tout cest affaire avoit esté gouverné par la providence de Dieu, d'autant qu’il faloit nécessairement que toutes les choses qui avoyent esté escrites, fussent accomplies. Et pourtant voyci comment nous devons résoudre ceci, Ils Iuy ont
JEHAN. 259 fait toutes ces choses, comme elles estoyent escrites de luy.
A7 Et la mullitude qui estoit avec luy, portoit tesmoignage, etc. I] répète derechef ce qu’il avoit dit, que plusieurs incitez par le bruit d’un miracle si excellent, veindrent au-deévant de Jésus-Christ.
La raison pourquoy ils sortent par troupes, c’est pour autant que le bruit estoit par tout espandu de Lazare qui avoit esté remis en vie. Ces hommes donc avoyent juste matière attribuer l’honneur du Messiàs au fils de Marie, veu que sa vertu si excellénte leur estoit cognue.
19 Et les Pharisiens disoyent entr'eux-mesmes, Ne voyez, etc. Is s’incitent par ces paroles à plus grande rage :
car c’est comme une reproché dé lascheté et nonchalance : comme s’ils disoyent que le peuple se tournoit du costé de Jésus- Christ, d'autant qu’ils estoyent trop paresseux et efféminez. Voilà comment les hommes désespérez ont accoustumé de parler, quand ils se préparent à éssayer toutes choses extrêmes. Que si les ennemis de Dieu sont si endurcis et obstinez au mal, combien beaucoup plus devonsnous estre Constans et fermes en une saincte et juste délibération?
20 Or y avoit-il aucuns Grecs de ceux qui estoyent montez pour adorer à
la feste.
21 Lesquels veindrent à Philippe, qui estoit de Bethsaïida de Galilée, et le priérent, disans, Seigneur, nous désirons de veoir Jésus. 22 Philippe vient et le dit à André : et der echef André et Philippe le disent
à Jésus.
23 Et Jésus leur respondit, disant, L'heure est venue que le Fils de l’homme
doit estre glorifié.
24 En vérité, en vérilé je vous di, si le grain de froument cheant en la terre ne meurt, il demeure seul: mais il meurt, it apporte beaucoup de fruit.
25 Qui aime sa vie, il la perdra: et dera en vie éternelle.
26 Sè aucun me sert, qu'il me suyve :
qui hait sa vie en ce monde, ü la gar-
et là où je seray, mon servileur y sera
aussi. Et Si aucun me sert, mon Père l’'honorera.
20 Or y avoit-il aucuns Grecs de ceux qui estoyent montez pour, etc. de ne pensé point que ce fussent Gentils ou incirconcis, pource qu’il S'ensuit bien tost après, qu'ils veindrent pour adorer. Or ceci estoit estroitement défendu par les
édits Romains: et les Proconsuls et autres Gouverneurs et Magistrats punissoyent ceci rigoureusement, quand on en trouvoit quelqu'un qui avoit laissé la religion de Son pays pour venir à la religion des Juifs. Mais quant aux Juifs qui estoyent
espars par la Grèce et Asie, il leur estoit permis de passer la mer pour aller offrir sacrifices au Temple en Jérusalem. D’avantage, les Juifs n’eussent jamais souffert qu'au service solennel de Dieu les Gentils eussent esté meslez parmi eux :
car ils eussent pensé que les sacrifices, le Temple, et eux-mesmes eussent esté pollus par ce moyen. Or combien qu’ils fussent nais de Juifs, nonobstant pource qu'ils habitoyent bien loin outre la mer, il ne se faut point esbahir si l'Evangéliste les introduit comme estrangers et forains, et comme gens ne sçachans rien de toutes les choses qui se faisoyent pour lors en Jérusalem, et és lieux voisins. Voyci done quel est le sens, Que Christ a esté receu pour Roy, non-seulement des habitans de Judée qui estoyent venus des villages et villes à la feste, mais aussi que sa renommée est parvenue jusques à ceux qui demeuroyent et habitoyent outre la mer, et estoyent venus de terres lointaines. Pour adorer. Ils pouvoyent aussi faire cela aux pays où ils habitoyent:
mais S. Jehan dénote yci un service s0lennel, qui estoit conjoint avec les sacrifices. Car combien que la religion et crainte de Dieu ne fust attachée au Temple, toutesfois il n’estoit licite de faire oblations et sacrifices ailleurs, et ils mavoyent point ailleurs l'Arche du tesmoignage, qui leur fust signe de la présence de Dieu. Un chacun adoroit tous les jours Dieu spirituellement en sa maison, nonobstant il faloit que les fidèles sous la Loy feissent profession de service et obéissance extérieure, telle qu’elle estoit commandée par Moyse: c’est asçavoir qu'ils se présentassent au Temple devant la face du Seigneur. Les jours de feste estoyent ordonnez à ceste fin. Que si ceux-ci ont entreprins un si long voyage qui n’a peu estre sans grans frais, sans srande fascherie, et grand danger, de peur de mettre à nonchaloir et oubli la profession extérieure de leur religion, quelle excuse pourrons-nous aujourdhUY prétendre, si nous ne rendons tesmoignage en nos maisons que nous adorons le vray Dieu? Le service de la Loy à prins fin voivement, mais le Seigneur a laissé à son Eglise le Baptesme, la saincte
Car, XIT, Cène, et les prières publiques, afin qu’en ces choses les fidèles s’exercent. Si donc pous les mesprisons, cela monstre bien que l'affection de vraye et pure religion est par trop froide en nous.
21 Lesquels veindrent à Philippe qui esloit.de Bethsaïida de Galilée, etc.
C’est un signe de révérence quand ils ne s’addressent point à Jésus-Christ, ains désirent qu’entrée leur soit donnée par Philippe : car la révérence engendre tousjours modestie. Or quant à ce que les Papistes recueillent de ceci qu’il faut invoquer les Saincts trespassez, afin qu’ils nous soyent advocats envers Jésus-Christ et son Père, cela est si ridicule qu’il n’ha point besoin de réfutation. Voyci, les Grecs parlent à Philippe en présence, ceux qui addressent leurs oraisons aux Saincts trespassez, desquels ils sont séparez, qu'ont-ils de semblable, je vous prie? Mais voylà quels sont les fruits de l'audace humaine après. qu’elle s’est une fois permis de sortir hors des limites de la parole de Dieu. Les Papistes ont témérairement forgé de leur cerveau l’invocation des Saïncts : maintenant pour se bailler une fausse couverture empruntée de la parole de Dieu, ils corrompent et deschirent l’Escriture par pièces, et n’ont nulle honte de l’exposer à mocqueries meschantes.
23 L'heure est venue que le Fils de l’homme doit estre glorifié, etc. Plusieurs exposent ceci de la mort du Fils de Dieu, d'autant que par icelle la gloire d’iceluy a esté esclaircie. Ainsi selon leur opinion, Christ prononce que le temps de sa mort est bien prochain. Mais je le rapporte plustost à la publication de l’'Evangile : comme s’il eust dit que la cognoissance de luy seroit bien tost esparse par toutes les contrées et régions du monde. Ainsi, il a bien voulu venir audevant de l’estonnement auquel sa mort pouvoit faire tomber ses disciples : car il monstre qu’il n’y a rien qui leur doyve faire perdre courage, d'autant que la doctrine de l'Evangile ne doit point estre publiée par tout le monde. Au reste, afin que ceste appréhension de sa gloire ne s’esvanouisse bien tost après quand il sera jugé à mort, et pendu au gibbet de
Cuar. XIE SUR S.
la croix, et finalement enseveli, il prévient de bonne heure et remonstre que l'ignominie de sa mort n’empesche point sa gloire. Et pour monstrer cela, il use d'une similitude fort propre, Si le grain (dit-il) ne’ meurt, ou pourrit en la terre.
il demeure sec et stérile : mais la mort de la semence la vivifie mieux à ce que fruit en sorte. Brief, Jésus-Christ compare Sa mort à une semaille, laquelle semble tendre à la ruine du froument, et toutesfois elle est cause de fruit beaucoup plus abondant. Or combien que ceste admonition fust principalement nécessaire à ceste heure-là, néantmoins elle ha son usage perpétuel en l'Eglise. Et premièrement il faut commencer par le Chef.
Ceste terrible apparence d’ignominie, et ceste malédiction horrible qui apparoist en la mort de Jésus-Christ, non-seulement obscurcit la gloire d’iceluy, mais l'oste entièrement de devant nos yeux. Il ne se faut donc point arrester à la mort, mais il faut quant et quant considérer le fruit que sa résurrection glorieuse a rapporté. Ainsi, il n’y aura rien qui empesche que sa splendeur et gloire ne reluise de toutes parts. Après cela derechef il nous faut venir aux membres : car nonseulement nous pensons que nous périssons en la mort, mais aussi nositre vie est comme une mort perpétuelle, comme il est dit en lEpistre aux Colossiens, chap. IE, v. 3. Ainsi donc ce sera fait de nous, Si ceste consolation ne survient, laquelle sainct Paul nous propose en la seconde Epistre aux Corinthiens, chapitre IV, v. 46, Sinostre homme extérieur se corrompt, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Ceci donc soit une méditation continuelle aux fidèles, quand ils Sont enserrez en angoisses, et pressez de diverses fascheries : quand ils sont assaillis de famine ou de povreté, ou de maladie : quand ils sont injuriez et outragez : quand il semble qu’ils doyvent estre presque engloutis à toutes heures de la mort, que tout cela est une semaille qui produira fruit en son temps.
25 Qui aime sa vie, il la perdra, et qui haîl sa vie en ce monde, etc. Xésus- Christ adjouste une exhortation à la docirine : car s’il nous faut mourir pour
rapporter fruit, il faut aussi que nous souffrions patiemment que Dieu nous mortifie. Or pource qu’il oppose l’amour de la vie et la haine, l’un à l’autre, il faut entendre que c’est d’aimer la vie, et de la hayr. Celuy-là aime sa vie, qui estant enveloppé d’un désir ou volonté excessive de la vie présente, ne peut laisser le monde que par force et contrainte : mais celuy qui en mesprisant ceste vie va d’un grand courage à la mort, cestuy-là hait sa vie. Non pas que nous devions hayr simplement nostre vie, laquelle à bon droict est réputée entre les bénéfices excellens de Dieu : mais pource que les fidèles la doyvent de bon cœur et volontairement laisser quand elle les empesche et retarde d'approcher de Christ: comme si quelqu'un secouoit un fardeau fascheux et pesant de dessus ses espaules, quand il veut aller en diligence autre part. Brief, aimer ceste vie n’est point mauvais de soy, pourveu que nous ne facions que passer comme pèlerins par icelle, regardans et fichans les yeux tousjours à nostre but.
Car la vraye mesure d’aimer nostre vie, est que nous demeurions en icelle autant qu’il semblera bon à Dieu, et que nous soyons prests de partir d’icelle, lors que son bon plaisir sera venu : ou pour dire en un mot, que (par manière de dire) la porians entre nos bras, nous la présentions à Dieu en sacrifice. Tous ceux qui outre cela sont addonnez à la vie présente, perdent leur vie : c’est-à-dire ils la jettent en perpétuelle ruine. Car perdre, ne signifie pas yei faire perte d’une chose précieuse, mais mettre en perdition. Cela est assez vulgaire, que le mot d’ame est prins pour la vie. Aucuns le prenent yci pour le siége des affections : comme si Jésus-Christ eust dit, Celuy qui à bride avallée s’abandonne trop à ses affections, iceluy perd sa vie : mais cela est trop contraint. L'autre sens premier est beaucoup plus simple, Que celuy qui ne tient conte de sa propre vie, c’est cestuy-là qui ha vrayement esgard à jouir perpétuellement de la vie. Or afin que le sens soit plus clair, ceste particule en ce monde, qui n’est yci exprimée qu’une fois, doit estre deux fois répétée, en sorte que le sens soit, que ceux qui aiment leur vie
oO
en ce monde, ne prouvoyent pas bien à la contregarder : au contraire, que ceux qui la mesprisent et hayssent en ce monde, sont ceux qui sçavent à la vérité comment il la faut garder. Et de faict, quiconque est attaché au monde, il se prive de son propre gré de la vie céleste, de laquelle nous ne pouvons estre autrement héritiers, sinon que nous Soyons estrangers et forains en ce monde. Et pourtant ceste affection qui règne en tous incrédules est bien brutale, quand appetans d’estre, ils enferment Cestuy leur Estre en ce bas monde. De là vient que tant plus qu’un chacun est attentif à se maintenir, tant plus il s’esirange du Royaume bien-heureux de Dieu, CSS de la vraye vie. Qui hait sa vie. Fay desjà remonstré que ceci est dit par comparaison, d'autant qu'il nous faut rejetter la vie, toutesfois et quantes qu'elle nous empesche de vivre à Dieu. Car si la méditation de la vie céleste emporte le poids en nos cœurs, le monde ne nous sera rien, et ne nous pourra retenir. Et cela estant ainsi entendu, nous servira pour résoudre une objection {qu’on pourroit yGi faire. Plusieurs se tuent eux-mesmes par désespoir ou pour autres Causes, et principalement quand ils se faschent de vivre : et toutesfois nous ne dirons pas que ceux-là prouvoyent à leur salut.
Aussi il y en a plusieurs que lambition traine à la mort, lesquels se précipitent bas à une ruine éternelle avec leur ambition, Mais Christ parle yci expresséement de la haine ou mespris de ceste vie caduque, que les fidèles conçoyvent par le sentiment d’une meilleure vie. Parquoy, quiconques ne regarde point au Ciel, il n’a point encore apprins comment il faut garder la vie. Au reste, Jésus-Christ a adjousté ce dernier membre pour donner crainte à ceux qui sont convoiteux par trop de ceste vie ter-
Cuar. XII.
rienne: car sinous sommes plongez en l amour du monde, en sorte qu’il nous soit difficile de oublier, il est impossible que nous allions au ciel. Mais veu que le Fils de Dieu nous resveille d’une si grande violence, ce seroît une chose trop absurde si nous dormions un dormir mortel, 26 Et. si aucun me sert, qu'il me suyve, et là où je seray, mon, etc. Afin que la mort ne nous soit trop horrible et fascheuse, Christ nous invite par son exemple à la recevoir volontairement. Et certes nous aurons honte de refuser cest honneur d’estre ses disciples. Or est-il ainsi qu’il ne nous reçoit point au nombre des siens sous autre condition, sinon que nous suyvions le chemin qu l nous monstre. Il est nostre conducteur et guide à la mort. L'aigreur donc de la mort s’addoucit, et est aucunement rendue gracieuse, quand la condition de mourir nous est commune avec le Fils de Dieu, Tant s’en faut donc qu’il fale avoir Christ en horreur à cause.de la croix, que plustost il faut désirer la mort pour l'amour de luy. Ce qui s’ensuit tend à ce mesme but, asçavoir, Mon servileur sera là où je Suis : car il requiert ceci deses serviteurs, qu'ils ne refusent point de se soumettre à la mort, à laquelle ils le voyent aller dev ant eux : car ce n’est pas raison que le serviteur ait quelque chose séparée de son Seigneur. Or ce. mot Sera, est mis pour LE à la façon des Hébrieux. Les autres pensent que ce soit une consolation, comme si le Fils de Dieu promettoit à ceux qui ne se fascheront point de mourir avec luy, qu'ils seront participans de sa résurrection. Mais ce que j'ay dit est plus probable, car il adjouste la consolation à la fin, que.le Père ne laissera point sans récompense les serviteurs de Christ qui luy auront tousiours tenu bonne compagnie, tant en la vie qu’en la mort.
27 Maintenant mon âme est troublée : el que diray-je? Père, sauve-moy de ceste heure : mais pour cela suis-je venu en ceste heure. 28 Pere, glorifie ton Nom. Lors une voix veint du ciel, disant, Et je l'ai glo-
rifié, et derechef le ÿ glorifieray.
29 Æt la troupe qui estoit là, et qui l'avoit ouy, disoit que c’estoit un tonnerre qui avoit esté fait. Les autre es disoyent, un Ange à parlé à luy.
Car. XIL.
30 Jésus respondit, et dit, Ceste voix n’est point venue pour moy, mais pour
vous.
31 Maintenant est le jugement de ce monde:
monde sera jetié dehors.
maintenant le prince de ce
32 Et moy, si je suis enlevé de la Et je tireray tous hommes à moy. 33 Or cela disoit-il, signifiant de quelle mort il devoit mourir.
97 Maintenant mon âme est trou-|
blée, et que diray-je? Père etc. I semble bien de prime face que ceste sentence est grandement discordante au propos précédent. Cela partoit d’un cœur plus que Magngnime, d’exhorter les siens nonseulement à recevoir la mort, mais à la désirer d’un grand courage et volontairement, quant il en sera besoin. En fuyant maintenant la mort, il se monstre estre délicat : toutesfois nous ne lisons rien yei qui ne conviene fort bien : comme un chacun fidèle est bien enseigné par sa propre expérience. Or si les gaudisseurs se mocquent, il ne se faut point esbahir: car à la vérité on ne pourra entendre ceci, si ce n’est par prattique. Au reste, il a esté grandement utile, voire nécessaire pour nostre salut, que le Fils de, Dieu ait senti ceci en soy. En sa mort
il faut principalement regarder la la purga-
tion et satisfaction, par Sr il a appaisé l’ire ef malédiction de Dieu. Or cela ne se pouvoit faire qu’il ne prinst Sur SOY nostre condamnation. 11 faloit donc que la mort qu'il devoit endurer fust plene d'horreur : car il ne pouvoit satisfaire pour nous, que par son sentiment il n’appréhendast le jugement horrible de Dieu.
Et par cela nous cognoissons mieux com- - bien est grande l’énormité du péché, pour lequel le Père céleste a requis une peine si griefve de son Fils unique et bien-aimé. Sçachons donc que la mort n’a point esté un jeu ou comme un esbatement à Christ, mais qu’il a esté abbaïissé jusques à soustenir des tormens horribles et extrèmes pour l'amour de nous. Et n’a point esté chose mal convenable que le
Fils de Dieu ait esté ainsi troublé : car
la Divinité estoit comme cachée, et Hit manière de dire e) se reposoit, ne monstrant point sa vertu, afin, qu’elle feist place à Ja réparation ou purgation qui
devoit estre faite par luy. Or le Fils de Dieu avoit vestu non-seulement nostre
chair, mais les affections humaines aussi.
Il est tout certain voirement que ces affections ont esté volontaires en Iuy, d’autant qu'il a craint, non point par force et contrainte, mais pource qu’il s’estoit assujetti de son bon gré à la crainte.
Toutesfois il faut résoudre que ce n'a esté par faux semblant qu’il a craint, mais en vérité: néantmoins il V à eu grande différence en ‘ceci entre luy et les autres hommes, d'autant qu’il a eu ses affections compassées à l’obéissance de la justice de Dieu : comme il a esté dit ailleurs. Encore une autre utilité nous revient de ceci. Si le Fils de Dieu n’eust senti en soy aucun troublement de la crainte et horreur de la mort, qui est celuy de nous qui pensast que son exemple luy apparteinst? Car il ne nous est point donné de mourir sans sentiment de douleur : mais quand nous oyons dire que le Fils de Dieu n’avoit point en soy une dureté de pierre ou de fer, nous prenons courage à le suyvre. Et l’infirmité de nostre chair humaine, qui ha la mort en horreur et espovantement, ne nous garde point de nous adjoindre à la compagnie de nostre Capitaine pour combatre. Æt que diray-je? Nous voyons yci comme devant nos yeux, combien nostre salut a cousté au Fils de Dieu, veu qu'estant r'éduit en extrêmes destresses, il ne peut trouver paroles pour exprimer la grande véhémence de sa douleur, ne conseil selon l’homme. Or il ha son recours aux prières, qui luy estoit le seul remède de reste : et demande estre délivré de la Or D'autre Rat pource qu'il voit il a ordonné et destiné. pour estre le sacrifice pour les péchez des hommes, il
corrige tout soudain ce désir et affection
que la grande et véhémente tristesse luy avoit fait prononcer : et comme mettant la main au-devant, il se retire pour acquiescer du tout au bon plaisir de son
264% Père. Il nous faut noter en ce passage cinq degrez. Car il y a premièrement la complainte qui sort de ceste douleur véhémente. Secondement, il sent qu’il ha besoin de remède : et afin qu’il ne soit opprimé de crainte et horreur, il demande à part soy qu’il estoit de faire. Tiercement, il Se retire vers son. Père, et le prie de luy estre libérateur. Pour le quatrième, il rétracte son désir, lequel il cognoist estre contraire à sa vocation: et désire d’endurer toutes choses plustost qu'il n’accomplisse ce que son Père luy
avoit enjoint. Finalement, se contentant
de la seule gloire de Dieu, bli toutes autres choses, el ne les répute rien. Mais il semble bien avis que ceci n’est pas bien séant au Fils de Dieu, qu'un désir Iuy eschappe inconsidéréement, auquel il fale tout incontinent renoncer, afin qu’il rende obéissance à son Père. Je confesse bien que c’est-ci la folie de la croix, laquelle est en scandale aux hommes orgueilleux : mais tant plus que le Seigneur de gloire s’est anéanti, tant plus avons-nous manifesté espreuve de son amour infinie envers nous. Au reste, réduisons en mémoire ce que j’ay remonstré ci-dessus, Que les humaines affections desquelles Jésus-Christ na point esté exempt, ont esié pures en luy, et sans péché. La raison est, pource qu’elles estoyent bien ordonnées et compassées à l’obéissance de Dieu. Car rien n’empesche que Christ n’ait naturellement la mort en horreur, et toutesfois il désire d’obéir à Dieu, ascçavoir selon divers regars. De là vient qu’il se corrige, disant, Je suis venu en ceste heure pour cela. Car combien qu’il soit licite de soy d’avoir en horreur la mort, néantmoins pource qu’il considère à quelle fin il a esté envoyé, et que C’est que requiert l'office du Rédempteur, il offre à Dieu son Père cest espovantement et horreur qu’il avoit conceue de son sentiment naturel, pour la donter et réprimer : ou plustost, après ceste espovantable horreur dontée, estant à délivre et délibéré, il se prépare à exécuter le commandement de son Père. Or s’il a falu que les affections de nostre Seigneur és tant bien repurgées de iout vice, ayent esté
il met en ou-
Caar. XIT.
ainsi dontécs, afin qu’il fust obéissant à son Père, de quel effort nous devonsnous au pris employer à ce faire, veu qu'autant qu’il y a d’affections qui bouillonnent de nostre chair, ce sont autant d’ennemis de Dieu en nous ? Que les fidèles donc s’exercent sans cesse à se faire violence jusques à ce qu'ils ayent renoncé à eux-mesmes. Il faut aussi noter qu’il ne faut point seulement donter et réprimer les affections qui sont directement répugnantes à la bonne et saincte volonté de Dieu, mais aussi celles qui empeschent et retardent le cours de nostre vocation, combien qu'autrement elles ne soyent ne perverses ne vicieuses. Et afin que ceci soit mieux entendu, il faut mettre au premier degré la volonté de Dieu : au second, la volonté de l’homme pure et entière, telle que Dieu. V’avoit donnée à Adam, et quelle à esté en Christ : et finalement il faut mettre la nostre, laquelle est infectée de la contagion de péché. La volonté de Dieu est une règle à laquelle il faut que tout ce qui est au-dessous soit assujetti. Or la pure volonté de nature ne sera point de soy rebelle à Dieu : nonobstant plusieurs destourbiers surviendront à l’homme, voire quand il seroit tout formé à droiture, sinon qu’il assujettisse ses affections à Dieu. Jésus-Christ donc n’a eu qu'un seul et simple combat : asçavoir que ce qu il craignoit naturellement, il cessast de le craindre! quand il reco- Ep À que 1 eu de Dieu . autre.
Et MTS
contre FR Contumace et obstination de la chair. Cela fait que les plus vaillans et hardis combateurs mesmes ne peuvent vaincre sans estre blessez. Père sauvemoy, etc. Voyci l’ordre lequel il nous faut garder toutes fois et quantes que nous sommes angoissez de crainte, ou pressez de douleur : asçavoir que tout incontinent nos cœurs s’eslèvent haut à Dieu. Car il n’y a rien pire ou plus dommageable, que de nourrir au dedans ce qui nous tormente : COMME nous voyons que la plus grande partie du monde se ronge de tormens cachez. Et c’est une juste punition de la nonchalance de tous
Cuar, XIL
ceux qui ne s’eslèvent point à Dieu, qu’ils ne sentent aussi aucun allégement.
28 Père, glorifie ton nom. Lors une voix veint du ciel, disant, etc. I tesmoigne par ces paroles qu’il préfère la gloire de son Père à toutes autres choses, voire à sa propre vie. Et c’est-ci la vraye modération de tous nos Gésirs, si nous appetons tellement la gloire de Dieu, que toutes autres choses luy facent place : car ceste récompense nous doit abondamment suflire, pour nous faire porter patiemment toutes choses fascheuses et ennuyeuses. Je l’ay glorifié.
C’est autant comme s’il eust dit, Je parferay ce que j’ay commencé. Car Dieu ne laisse point les œuvres de ses mains imparfaites : comme il est dit au Pseaume CXXXVIIE, v. 8. Or pource que l’intention de Dieu estoit de prévenir le scandale de la croix, non-seulement 1l promet que la mort de Jésus-Christ sera glorieuse, mais aussi il met en los éternel tant de vertus desquelles il Pavoit orné auparavant.
29 Que c'estoit un tonnerre qui avoit esté fait. Les autres, ete. Ceci est vrayement une chose fort estrange, que ceste compagnie de gens a esté stupide à un miracle si évident. Aucuns ont les aureilles si sourdes, qu’ils prenent comme un son confus ce que Dieu avoit prononcé si distinctement : les autres ne sont pas hébétez, toutesfois ils diminuent beaucoup de la majesté de la voix Divine, quand ils disent, que c’est un Ange qui à parlé. Mais on voit aujourd’huy le semblable advenir : car Dieu parle assez intelligiblement en l'Evangile, et en iceluy la vertu et efficace du S. Esprit se manifeste telle, que le ciel et la terre en doyvent estre esbranlez. Mais combien y en a-il à qui la doctrine est aussi froide comme si seulement elle procédoit de la bouche d’un homme mortel ? Et aux autres la parole de Dieu leur est barbare et confuse, ne plus ne moins qu’un tonnerre. Mais on fait yci une question, asçavoir si ceste voix à retenti du ciel sans fruit ou proufit quelconque. Je respon que ce que l’Evangéliste attribue vyci à la tourbe, ne compète qu’à une partie: car il y en à eu aucuns sans Îles Aposires,
SUR S. JEHAN
qui n'ont point pris ceste voix si mal à droit. Mais l’Evangéliste à voulu yci démonstrer en brief ce qu’on fait coustumièrement au monde: asçavoir que la plus grande partie en oyant parler Dieu, toutesfois ne l’oit point, jà soit qu’il parle apertement et distinctement.
30 Ceste voix n’est point venue pour moy, mais pour vous. Jésus n’a-il point eu besoin de confirmation, ou si le Père céleste a eu moins de souci de luy que de nous? Mais il faut retenir ce principe, que comme Christ s’est fait homme pour lamour de nous, aussi tous les biens qu’il a receus du Père, luy ont esté donnez pour l'amour de nous. D’avantage, ceci aussi est vray, que la voix à esté envoyée du ciel pour le regard du peuple : car luy n’avoit besoin d'aucun miracle extérieur et apparent. Au reste, il y a yci une reproche tacite, Que les Juifs sont sourds comme pierres à ouir la voix de Dieu.
Car puis que Dieu parle à cause d’eux, leur ingratitude ne peut estre aucunement excusée, quand ils ne luy prestent point les aureilles.
31 Maintenant est le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde, etc. Le Seigneur maintenant, comme estant venu au bout du combat, s'esgaye ayant obtenu victoire non-seulement sur la crainte, mais aussi sur la mort mesme : car il loue hautement le fruit de sa mort, laquelle pouvoit estre cause de grand estonnement à ses disciples. Aucuns prenent ce mot jugement, pour réformation : les autres pour condamnation. Je reçoy plustost la première Opinion, asçavoir de ceux qui l’exposent ainsi, Que le monde doit estre mis en bon ordre, car le mot Hébrieu Misphat, qui est yci translaté Jugement, signifie droite constitution, ou estat et ordre bien disposé. Or nous sçavons qu'il n’y a que confusion au monde hors Christ.
Et combien que le Seigneur Jésus eust commencé à dresser le Royaume de Dieu, toutesfois sa mort a esté le vray commencement d’un estat bien disposé, et la plene restauration du monde. Néantmoins il nous faut aussi noter que ceste droite disposition et ordonnance ne peut estre dressée au monde, que le royaume
de Satan ne soit premièrement mis bas et aboli: que la chair et tout ce qui est adversaire à la droiture et justice de Dieu, ne soit réduit à néant. Brief, il faut nécessairement que la mortification précède la nouveauté ou renouvellement du monde. Et pourtant Christ prononce qu’il faut que le Prince de ce monde soit chassé hors. Car la dissipation horrible et déformité vient de là, que quand Satan usurpe la tyrannie, l’iniquité se desborde par tout. Quand donc Satan sera chassé hors, le monde est rappelé de son révoltement, pour estre remis sous la juste obéissance et domination de Dieu. Si quelqu'un demande, comment Satan a esté chassé en la mort de Christ, veu qu’il ne cesse de faire la guerre assiduellement : je respon que ce deschassement ne se doit restraindre à quelque peu de temps, mais qu’yci est descrit cest effet singulier de la mort de Jésus-Christ qui apparoist ordinairement.
32 Et moy si je suis enlevé de la terre, je tireray, etc. C’est-ci la forme de faire ce jugement : asçavoir que Christ estant eslevé haut en la croix, recueillera tous à soy, afin qu’en les tirant du bas de la terre, il les eslève haut au ciel. L’Evangéliste dit que Christ a monstré de
Cuar. XII.
quelle mort il devoit mourir : et pourtant il est certain que le sens ést tel, Que la croix sera comme un chariot, par lequel il eslèvera tous ayec s0y à son Père. Il pouvoit sembler estre retranché de là terre pour lors, tellement qu’il n’auroit plus rien de commun avec lés hommes :
mais il dit qu’il en adviendra bien autrement : asçavoir qu'il tirera haut à soy ceux qui estoyent fichez en la terre. Or combien qu’il face allusion à la forme de la mort, toutesfois il entend généralement que sa mort ne sera pas une division, par laquelle il soit séparé des hommes, mais que ce sera un nouveau moyen d’attirer la terre en haut au ciel. Quant à ce qu'il dit tous, il le faut nécessairement rapporter aux enfans de Dieu, qui sont du troupeau diceluy. Nonobstant j’accorde volontiers avec Chrysostôme, qui dit que Jésus-Christ a usé de ceste particule universelle, {ous : pource que PEglise devoit estre recueillié des Gentils et des Juifs ensemble, selon ceste sentence, Il y aura un Pasteur et une bergerie : ci-dessus au chapitre X, v. 16: La vieille translation ha ainsi, Je ‘üreray toutes choses à moy : ét S. Augustin débat qu’il faut lire ainsi : mais le consentement de tous les exemplaires Grecs doit avoir plus de poids envers nous.
34 La troupe luy respondit, Nous avons ouy par la Loy, que le Christ de-
meure éternellement : comment donc dis-tu, Qu'il faut que le Fils de l'homme soit enlevé? Qui est ce Fils de l’homme?
35 Adonc Jésus leur dit, Encore pour un petit de temps la lumière est avec vous. Cheminez tandis que vous avez la lümière, que Les ténèbres ne vous sur-
prenent. Car qui chemine en ténèbres, ne sçaitl où il va. 36 Tandis que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez fils de lumière. Ces choses dit Jésus, puis s’en alla, et se cacha d'eux.
34 Nous avons ouy par la Loy, que le Christ, ete. est bien certain que la délibération de ceux-ci estoit de renver- . Ser par cayillation les paroles de Christ : et pourtant leur propre malice les aveugle, en Sorte qu’ils ne voyent goutte en plene lumière. Ils disent qu’il ne faut point qu'ils recoyvent Jésus pour le Christ, “pource qu’il à dit qu'il devoit mourir :
veu que la Loy attribue perpétuité au
Messias. Comme si l’un et l’autre m’estoit apertement exprimé en la Loy : asçavoir que quand le Christ aura enduré la mort, son Royaume fleurira jusques à la fin du monde. Mais ceux-ci empoignent le second membre, et en prenent occasion de le calomnier. Or le commencement de leur erreur et bestise, c’est qu’ils estimoyent et mesuroyent la splendeur et gloire du Royaume du Messias selon leur sens
Cnar. XII.
charnel. Cela est cause qu'ils rejettent Jésus-Christ, d'autant qu'il n’est correspondant à leur folle fantasie. Sous ce mot de Loÿ, ils comprenent aussi les Prophètes : et quand ils disent Demeure, ils le prenent pour Demeurera : comme lès Hébrieux ont accoustumé de parler. Ceste interrogation, Qui est ce Fils de l'homme ? Contient une mocquerie : comme si par cesté réfutation Christ demeuroit confus, Sans avoir plus que dire. Dont il appert combien est orgueilleuse lignorance : car c’est autant que s'ils eussent dit, Or bien, va maintenant, et te vante que. tu es le Christ, veu que tu es rédargué par ta propre confession, que tu nas rien de commun avec le Messias.
35. Encore pour un petit, etc. Combien que par. ceste response le Seigneur Jésus les admoneste bénignement, toutesfois il les poingt quant et quant asprement : car il les rédargue de ce qu'ils sont aveugles en plene lumière : et aussi il leur dénonce que bien tost la lumière leur sera ostée. Quant à ce qu’il dit, qu'il y a encore un peu de temps de reste de lumière : il conferme ce qu'il avoit desjà dit de sa mort. Car combien qu’il n’entende point la lumière de sa présence corporelle, ains la lumière de l'Evangile, néantmoins il fait allusion à son département : comme s’il disoit, Quand je seray parti hors d’yci, je ne laisseray pour cela destre lumière, ainsi rien de ma gloire ne me sera diminué pour vos ténebres Quand il dit qu'ils ont la lumière présente, il les taxe obliquement, d’autant qu'ayans les yeux fermez, ils passent outre sans regarder la lumière :
pour ceste raison il signifie qu’ils ne méritent pas qu'il responde à leur objection, d'autant qu'ils cherchent matière d'errer de leur propre gré. Quand il dit que la lumière esclaire entr’eux pour un bien peu de temps : cela est commun à tous. les incrédules. Car l’Escriture fait promesse aux enfans de Dieu qu’ils seront esclairez par le grand Soleil de justice, qui aura lumière perpétuelle : Le soleil ne vous luira point ci-après de jour,
SUR S. JEHAN
pe la lune de nuit : mais le Seigneur vous sera en lumière perpétuelle !, Toutesfois il faut bien que tous cheminent songneusement, pource qu’en mesprisant la lumière, on fait venir les ténèbres. C’est-ci la cause pourquoy par ci-devant il y a eu une nuit si espesse et obscure sur le monde, laquelle a duré fort long temps :
asçavoir que bien peu de gens ont daigné cheminer en la lueur de la Sapience céleste : car Christ nous esclaire par l’Evangile, afin que nous suyvions la voye de salut, laquelle il nous monstre. Et pour ceste raison {ous ceux qui n’usent point de la grâce de Dieu, esteignent, enfant qu’en eux est, la lumière qui leur est offerte. Et afin qu’il donne plus grand estonnement et frayeur, il remonstre combien est misérable la condition de ceux qui estans destituez de lumière, ne font que se fourvoyer et esgarer à toutes heures, et tout le temps de leur vie. Car de faict, ils ne peuvent remuer le pied, qu’ils ne soyent en danger de tomber, ou de se rompre le col. Or maintenant Jésus dit que nous sommes en ténèbres obseures, s’il ne nous esclaire par sa lumière, Nous pouvons bien recueillir de ceci combien vaut la subtilité de lentendement humain, quand elle se guide et est maistresse à soy-mesme, hors Christ.
36 Croyez en la lumière, afin que vous soyez, eic. Il les exhorte à retenir et contregarder par le moyen de Ja foy, la possession et jouissance de la lumière :
car il appelle enfans de lumière, ceux qui comme vrais héritiers jouissent ’icelle jusques à la fin. Jésus dit ces choses. On se pourroit esbahir pourquoy il s’est caché d’eux, veu qu'ils l’avoyent recueilli de si bon courage. Mais on peut facilement recueillir des autres Evangélistes, qu’il est yci parlé des envieux, lesquels brusloyent de despit, voyans la bonne et saincte affection des bons et simples. Car les estrangers qui estoyent venus au-devant de Christ, l’ont suyvi jusques au Temple, où il rencontra les Scribes et le peuple de la ville.