PE LD
Cuar. Ï.
luy avoyent esté envoyez, que celuy où il faloit chercher la vérité et vertu du Baptesme, estoit desjà venu, et conversoit au milieu du peuple : il le monstra le lendemain devant tous. Car ces deux actes conjoints d’une suite continuelle de temps, ont plus grande eflicace à esmou-
voir les cœurs. C’est la raison mesme
pourquoy Christ se présente devant luy.
Voycil Agneau de Dieu qui oste le pé-|
ché du monde. I] comprend le principal office de Christ en peu de paroles, mais bien familièrement, asçavoir qu’effaceant les péchez du monde par le sacrifice de sa mort, il réconcilie les hommes à Dieu.
Vray est. que le Seigneur nous confère bien d’autres bénéfices : mais cestuy-ci est le plus grand, et duquel les autres dépendent, qu’en appaisant lire de Dieu, il fait que nous sommes réputez justes et purs. Car tous les ruisseaux des biens qui nous sont communiquez descoulent de ceste fontaine, que Dieu ne nous imputant point nos offenses, nous reçoit en grâce.
Pourtant Jehan Baptiste afin denous amener à Christ, commence par le pardon gratuit. des péchez que nous obtenons par luy. Au reste, au mot d’'Agneau, il fait allusion aux sacrifices anciens de la Loy.
IL avoit affaire aux Juifs, lesquels estans accoustumez aux sacrifices, me pouvoyent estre enseignez de la purgation et satisfaction des péchez, autrement qu’en leur proposant quelque sacrifice. Or comme ainsi soit qu'il y eust plusieurs espèces de sacrifices, il leur en propose seulement une pour toutes, suyvant la façon de parler par Synecdoche. Et il est vraysemblable que Jehan a regardé à l'agneau Paschal. En somme, il faut noter que Jehan Baptiste a usé de ces termes qui estoyent plus propres pour enseigner les Juifs, et avoyent plus d’efficace. Comme nous aujourd’huy à cause de l'usage du Baptesme, appréhendons beaucoup mieux que vaut la rémission des péchez acquise par le sang de Christ, quand il est dit que par luy nous sommes lavez et purgez de nos ordures. Cependant pource que les Juifs ayoyent communéement une opinion superstitieuse touchant les sacrifices, Jehan Baptiste corrige ce vice en passant, remonstrant en brief à quel but ils ten-
SUR $S. JEHAN
doyent tous. C’estoit un très mauvais abus de là cérémonie de sacrifier, qu'ils avoyent leur, fiance, arrestée és signes extérieurs. Ainsi donc Jeban proposant Christ, testifie qu’il est l'Agneau de Dieu.
Par lequel mot il signifie que tous les sacrifices que les Juifs avoyent accoustumé d'offrir sous la Loy, n’ayvoyent point la vertu d'effacer les péchez, mais estoyent seulement figures, desquelles la vérité a
| esté manifestée en la personne de Christ.
Il met péché au nombre singulier, par cela signifiant toute iniquité : comme s’il disoit que tout tant qu’il y à d’iniquité qui aliène les hommes de Dieu, est ostée par Christ. Et en disant le péché du monde, il estend indifféremment ceste grâce à tout le genre humain : afin que les Juifs ne pensent que le Rédempteur soit envoyé pour eux seuls. Mais de ceci nous recueillons que tout le monde est enserré en une mesme condamnation : et d'autant que tous hommes sans exception sont coulpables d’injustice devant Dieu, qu’ils ont besoin de réconciliation envers luy.
Jehan Baptiste donc en nommant généralement le péché du monde, nous a voulu faire sentir nostre propre misère, et nous exhorter à chercher le remède.
Maintenant nostre devoir est de recevoir et embrasser ce bénéfice, qui est à tous Offert : tellement que chacun en son endroit soit résolu que rien ne l’empeschera de trouver réconciliation en Christ, pourveu qu’ils vienent à luy en foy: Au reste, il ne met que un seul moyen pour oster les péchez. Nous sçavons que dés le commencement du monde les hommes, pource que leur propre conscience les tenoit convaincus, se sont fort travaillez à trouver les moyens d'obtenir pardon. De jà sont venues tant d'espèces de purgations, esquelles ils se sont abusez, pensans que ce fussent choses propres pour appaiser Dieu. Je confesse bien que toutes les cérémonies bastardes . qu’on à pensé estre moyens d’appaiser Dieu, ont tiré leur origine d’un sainct commencement : asçavoir pource que Dieu avoit ordonné les sacrifices, par lesquels les hommes fussent adressez à Christ : mais tant y a toutesfois que chacun s’est forgé un moyen particulier d’appaiser Dieu. Mais
Jehan nous ramène à Christ seul, et remonstre que Dieu ne nous est propice autrement que par le bénéfice d'iceluy, d'autant que c’est luy seul qui oste les péchez. Parquoy il ne laisse autre refuge aux pécheurs, sinon qu'ils recourent à Christ. Et par cela il renverse toutes satisfactions inventées par les hommes, toutes leurs purgations et rédemptions : comme de faict ce ne sont que choses plenes d’impiété, forgées par lastuce du diable. Le mot D'’oster, peut estre exposé en deux sortes : ou que Christ a prins sur say le fardeau pesant qui nous accabloit : comme il est dit (4 Pierre, IF, 24) qu'il a porté nos péchez et iniquitez au bois : et Isaïe chapitre LMI, v. 5, dit que le chastiement de nostre paix à esté imposé sur luy, ou bien qu’il abolit nos péchez. Mais pource que ce dernier poinet dépend du premier, Je reçoy volontiers lun et l’autre, asçavoir que Christ en portant nos péchez, les abolit et oste.
Combien donc que le péché soit tousjours attaché à nostre nature, il est nul toutesfois quant au jugement de Dieu, pource awestant aboli par la grâce de Christ, il ne nous est point imputé. Et je trouve bonne l’annotation que Chrysostôme fait yci, Que par le verbe du temps présent est dénoté un acte continnel. Car la purgation et satisfaction que Christ a une {ois faite, ha tousjours sa vigueur. Au reste, il n’enseigne pas simplement que le péché est osté par Christ, mais il monstre quant et quant le moyen, asçavoir qu’il nous à rendu son Père propice et favorable par le bénéfice de sa mort.
Car c’est ce qu’il entend sous ce mot d’Agneau. Sçachons donc qu’adonc nous sommes réconciliez à Dieu par la grâce de Christ, quant nous-nous adressons droit à sa mort, et avons pour tout résolu qu'iceluy crucifié est le sacrifice unique de satisfaction, par lequel toute nostre iniquité et la condamnation que nous avons méritée est abolie.
30 C’est celuy duquel je disoye, 4près moy vient, etc. I] compren en brief le tout, quand il afferme qu’iceluy est le Christ, lequel il a dit devoir estre preféré à luy. Car il s'ensuit de cela, que Jehan Baptiste n’est sinon un héraut en-
Car. Î.
voyé pour l’amour de luy : dont il apvert derechef que Christ est le Messias.
Au reste, il met yci trois choses. Car quand il dit qu'un homme vient après luy, il signifie qu'il a précédé Christ quant au temps, afin de Juy préparer la voye, selon le tesmoignage de Malachie, chapitre TTL, v. 4, disant, Voyci, j’envoye mon Ange devant ma face. Quand il dit que Christ est préféré à luy, cela se rapporie à la gloire de laquelle Dieu a orné son Fils quand il est venu au monde, pour accomplir loffice de Rédempteur.
Finalement pour le troisième, la raison est adjoustée : asçavoir, d'autant que Christ surmonte de beaucoup en dignité Jehan Baptiste. L’honneur doncques duquel son Père l’a orné, n’estoit point un honneur duquel il ait esté accreu de nouveau, mais C’estoit un honneur deu à sa majesté éternelle. Au demeurant, quant à ceste façon de parler, Qw’il est préféré pource qu’il estoit premier, j'en ay touché ci-dessus.
31 Et je ne le cognoissoye point, etc. Afin que son tesmoignage ne soit suspect, comme s’il estoit rendu par amitié ou faveur : il prévient le souspecon qu’on en pouvoit avoir, disant qu’il n’ha autre cognoissance de Christ, que celle qui luy a esté baillée par inspiration de Dieu. La somme donc est, que Jehan ne parle point de son sens ou mouvement propre, ni en faveur d’homme, mais par l'instinct du sainct Esprit, et mandement de Dieu. Je suis venu (dit-il) baptizer d'eau, c'est-à-dire, ay esté appelé et ordonné à cest office afin que je le manifestasse à Israël. Ce que l'Evangéliste monstre plus clairement puis après, et conferme, quand il lintroduit rendant tesmoignage qu'il n’ha cognoissance de Christ que par oracle :
c'est-à-dire advertissement et révélation de Dieu. Au lieu qu’il est yci dit, Je suis venu pour baptizer : à il exprime notamment qu'il est envoyé. Car il n’y a que la vocation de Dieu seule, qui fait que les Ministres de l'Eglise soyent légitimes : pource que quiconque s’y fourre et ingère de soy-mesme, tant éloquent ou sçavant soit-il, ne mérite toutesfois aucune authorité : et la raison est,
SUR S$
Caar. I.
pource qu'il n'ha point Dieu pour au-!
iheur. Or puis qu’il à falu que Jehan, vour légitimement baptizer, ait esté envoyé de Dieu : recueillons de cela qu’il “'est pas en la puissance d'homme quelconque d’instituer des Sacremens, mais que ce droict appartient à, Dieu seul, et luy est propre, comme aussi en un autre passage Christ voulant prouver le Baptesme de Jehan, demande s’il est du ciel ou des hommes. Matth. XXI, 25.
32 J'ay veu l'Esprit descendant du ciel, etc. C’est une façon de parler par figure, et non pas selon la propriété de la signification des mots. Car de quels yeux pouvoit-il veoir le S. Esprit? Mais pource que le Pigeon estoit un signe certain et infaillible de la présence du S. Esprit, il est appelé L'Esprit, par une figure nommée Métonymie, qui est quand un nom est mis pour l’autre. Non pas que le Pigeon fust vrayement l'Esprit, mais pource qu’il le monstroit autant que la capacité de l’homme peut porter. Et c’est une façon de parler par métaphore et similitude, laquelle est toute commune és Sacremens. Car pourquoy est-ce que Christ appelle le pain son corps (Matth.
XXVI, 26) sinon d'autant que le nom de la vérité est bien à propos transféré au signe? et principalement quand le signe nous est quant et quant un gage vray el d’efficace, par lequel nous soyons rendus certains que la vérité mesme qui y est signifiée, nous est donnée. Il ne faut pas toutesfois entendre que le S. Esprit, lequel emplit ciel et terre, ait esté enclos sous le pigeon : mais qu’il estoit présent par sa vertu, en sorte que Jehan cognoissoit qu’un tel spectacle n’estoit point présenté en vain devant ses yeux.
Comme maintenant en la Cène nous Sçavons que le corps de Christ n’est point attaché au pain, mais toutesfois nous jouissons de la participation d’iceluy. Au reste, on pourroit faire sur ceci une question, Pourquoy c’est que le S. Esprit apparut lors en forme d’un pigeon.
Pour response nous avons à noter qu’il faut tousjours retenir la correspondance et comme proportion des signes avec la vérité. Quand le S. Esprit fut envoyé sur les Apostres, langues comme de feu dé-
parties apparurent, Act. If, 3, d'autant que la prédication de l'Evangile devoit estre esparse par toutes Langues, et avoir une vertu de feu. Mais en ce passage Dieu a voulu manifestement représenter la douceur et débonnaireté de Christ, laquelle le Prophète Isaie descrit et magnifie au chap. XLIT, v. 3, disant, Il v’esteindra point le lin qui fume, et ne brisera paint le roseau cassé. Car lors premièrement le S. Esprit a esté veu descendre sur Juy : non pas qu’il en fust despourveu auparavant, mais pource qu’il fust lors consacré en son office comme par une cérémonie solennelle. Car nous sçavons qu’il a esté comme caché l’espace de trente ans, ainsi qu’un homme privé :
pource que le temps de sa manifestation n’estoit encore venu. Mais quand il s'est voulu manifester et donner à cognoistre au monde, il a commencé par le Baptesme. Lors donc il receut le S. Esprit, non point tant pour SOy que pour les siens : et pourtant ceste descente a esté visible, afin que nous sçachions qu’en luy réside l’abondance de tous les dons, desquels nous sommes despourveus et vuides. Ce qui se peut facilement recueillir des paroles de Jehan Baptiste.
Car quand il dit, Celuy sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est luy qui baptize du S. Esprit : c’est autant comme s'il disoit que ce que le sainct Esprit a esté veu sous forme visible, et a reposé sur Christ, a esté afin que Christ arrousast tous les siens de sa plénitude. Quant à ce mot Baptizer du sainct Esprit : Jay touché en peu de paroles ci-dessus que c’est qu’il signifie :
asçavoir, donner au Baptesme son efficace, à ce qu’il ne soit vain ou inutile :
ce que Christ accomplit par la vertu de son Esprit.
33 Celuy sur quitu verras l'Esprit, etc. Yci se présente une question difficile. Car si Jehan ne cognoissoit point Christ, pourquoy refuse-il de le recevoir au Baptesme”? Il est certain qu’il ne diroit pas à un homme qui luy seroit incognu, Moy-mesme plustost j’ay besoin d’estre baptizé de toy, Mat. IT, 14. Aucuns respondent qu'il le cognoissoit, entant qu'il luy portoit révérence comme à
Cuar. I.
un Prophète excellent, et cependant ne |adjousté pour confirmation, et ce non
sçavoit pas qu'il fust le Fils de Dieu.
Mais c'ést une solution bien maigre :
car chacun doit obéir à la vocation de Dieu, sans s’arrester à l'apparence des personnes quelle qu'elle soit. Ainsi il n’y a dignité ni excellence d'homme qui nous doyve empescher de faire nostre office.
Parquoy Jehan eust fait tort à Dieu et à son Baptesme, s’il eust ainsi parlé à autre quelconque qu'au Fils de Dieu. Il est done nécessaire qu'auparavant il le cognust estre le Christ. En premier lieu, il faut noter qu’il est yci parlé de la cognoissance qu'on peut avoir par CONVErsation familière et fréquentation mutuelle.
. Combien donc qu'il recognoisse Christ quand il le voit, toutesfois il ne laisse point d’estre vray, que ils ne s’entrecognoissoyent point à la facon commune des hommes : d'autant que le commencement de la cognoissance est procédé de Dieu.
Toutesfois il semble que la solution de ceste question n’est pas encore du tout donnée. Car il dit que le regard du S. Esprit a esté la marque pour le monstrer.
Or n’avoit-il encore veu PEsprit, quand il parle à Christ comme au Fils de Dieu. Quant à moy, j’ensuy volontiers l'opinion de ceux qui pensent que ce signe fut
{ant pour le regard de Jehan, que de nous tous. Vray ést que Jehan l'a veu seul, mais plustost pour les autres que pour soy. Bucer allègue bien à propos
le passage de Moyse, Ceci vous sera
pour signe, Après que vous aurez fait le chemin de trois jours, vous m’offrirez sacrifice en la montagne. Exode, IF, 12.
Il est certain que quand ils sortoyent, ils sçavoyent desjà bien que Dieu estoit Vautheur et conducteur de leur délivrance :
mais Ça esté une confirmation donnée par ce qui est advenu depuis. Ainsi outre la première révélation qui avoit esté donnée à Jehan, ceci 'a esté D ru comme de surcroist.
34 Et je l’ay veu, eten ay rendu tes:
moignage, etc. I] signifie qu’il n’amène rien de douteux : pource que Dieu luy a fait entièrement et certainement! Cognoistre les choses desquelles il devoit estre tesmoin au monde. Et ceci est bien digne d’estre noté, Qu'il a rendu tesmoignage que Christ estoit le Fils de Dieu, d’autant qu'il faut que le Christ soit celuy qui donne le sainét Esprit : d’autant aussi que l’honneur et office de réconcilier les hommes à Dieu, ne compète à autre quelconque.
85 Le lendemain derechef Jehan s'arresta, et deux de ses disciples :
36 Et regardant Jésus cheminer, dit, Foylà l'Agneau de Dieu."
37 Et les deux disciples l'ouyrent parler, et suyvirent Jésus.
38 Lors Jésus se relourna, et les voyant qu'ils le suyvoyent, leur dit, Que cherchez-vous ? Ils luy dirent, Rabbi, (qui vaut autant à dire que Maistre) où
demeures-tu?
39 {leur dit, Venez et le voyez, Ils y allèrent, et veirent où il demeuroit : et demeurerent avec luy ce jour-là. Or estoit-il! environ dix heures. |
1) Ou, Car il estoit.
35 Le lendemain derechef Jehan s’arresta, etc. Voylà l' Agneau de Dieu, etc.
Par ceci appert plus clairement ce que j'ay desjà remonstré ci-dessus: asçavoir que Jehan Baptiste se sentant approcher de la fin de sa course, insistoit sans cesse afin de quitter la place à Christ. Sa constance aussi qu’il monstre en demeurapt ferme en un mesme propos, donne plus d’authorité à son tesmoignage. Mais quand par plusieurs jours suyvans l’un
l’autre il insiste si songneusement à réitérer la louange de Christ, par cela il
donne bien à entendre que son cours s’en -
va parachevé. Outre plus nous voyons yei combien le commencement de l'Eglise a esté pétit et bas. Vray est que Jehan préparoit des disciples à Christ: mais Christ commence seulement maintenant à recueillir une Eglise. Or il n’ha seulement que deux hommes de basse condition, et comme incognus: mais ceci
nn
Car. I.
mesme sert pour mieux monstrer le lustre de sa gloire : pource qu’en bien peu de temps il estend d'un costé et dautre son règne par une façon merveilleuse et incroyable, sans aide de moyens humains, et sans main forte; comme on dit. Or il faut noter à quel but principalement sainct Jehan amène les hommes, asçavoir qu'ils cherchent en Christ la rémission des péchez. Et comme Christ s’estoit ex- , pressément présenté à ses disciples à ce qu’ils veinssent à Iuy : ainsi maintenant qu’ils vienent à luy il les accourage et exhorte bénignement. Car il u’attend point qu’ils parlent les premiers, mais leur demande, Que cherchez-vous ? Ceste semonce tant douce et gracieuse qui à esté une fois faite à deux, s’addresse maintepant.à tous. Parquoy il ne faut pas craindre que Christ se recule de nous, ou qu’il nous refuse facile accès, moyennant qu'il nous voye aspirer à luy : plustost au contraire, il nous tendra la main, et aidera à nos efforts.Et comment ne se présenteroit-il à ceux qui vienent à luy, veu qu’il cherche bien loin de povres errans et vagabons, pour les ramener au droit chemin ?
38 Rabbi. Ce nom estoit commun aux gens d’estat, etquiestoyent en quelque degré d'honneur : mais l'Evangéliste dénote yei un autre usage de: son temps, asçavoir qu'on appeloit de ce nom les Docteurs et expositeurs de la parole de Dieu.
Combien donc que ces deux disciples ne recognoissent point encore Christ pour le Maistre unique de l'Eglise, estans toutesfois esmeus du tesmoignage que en avoit rendu Jehan Baptiste, ils le tienent comme
40 Or André frère de Simon Pierre, parler à Jehan, et qui le suyvirent.
4A Cestuy-ci trouva le premier Simon son frère trouvé Le Messias, (qui vaut autant à dire que Christ.)
SUR S. JEHAN
un Prophète et docteur: qui est le premier degré de vraye docilité. Où demeures-tu? Nous sommes enseignez par cest exemple, qu’il faut concevoir un tel goust de Christ par les premiers rudimens de PEglise, que par cela nous soyons enflammez'en une affection de proufiter. Et puis, qu’il ne nous faut pas contenter d’un regard nud et qui s’ésvanouit, ains désirer de sçavoir le lieu où il demeure, à celle fin qu’il nous reçoyve pour hostes.
Car il y en a plusieurs qui flairent seulement de loin l'Evangile, et ainsi laissent soudain esvanouir Christ, et escouler tout ce qu’ils avoÿent apprins de la cognoissance d’iceluy. Au reste, combien que ces deux-ci n’ayent pas esté faits pour lors ses disciples ordinaires, toutesfois il ne faut point douter que il ne les ait plus plenemert enseignez ceste nuit-là, afin qu’il les eust bien tost après du tout de son escholes
39 Or estoitil environ dix heures.
C'est-à-dire, le soir approchoit: car il n’y avoit plus que déux heures jusqu’au soleil couché. Car ils partissoyvent alors le jour en douze heures, lesquelles estoyent plus longues en esté, et plus courtes en hyver.
Toutesfois decestecirconstance du temps, nous recuelllons que ces deux disciples ont eu une affection si ardente d’ouir Christ, et cognoistre de plus près, qu'ils ne se sont point souciez où ils logeroyent ceste nuict-là. Quant à nous, pour la plus grand’ part, il s’en faut beaucoup que nous leur ressemblions, veu que nous ne faisons que barguigner de jour en jour, d'autant qu’il ne nous vient jamais à propos de suyvre Christ.
estoit l'un des deux qui en avoyent ou
: el luy dit, Nous avons
42 Et l’'amena à Jésus. Jésus l'ayant regardé, dit, Tu es Simon le fils de Jona : Lu seras appelé Céphas (qui vaut autant à dire que Pierre.)
40 Or André frère de Simon Pierre, estoit l'un des deux, etc. L’intention de l’'Evangéliste jusques à la fin du chapitre tend à cela, que nous sçachions comment peu à peu onLesté amenez des disciples à
Christ. Il parle vei de Pierre: puis après il fera mention de Philippe et de Nathanaël. Quant à ce qu'André amène tout incontinent son frère, en cela voyous-noüs
exprimée la nature de :la foy, laquelle ne
supprime point la lumière au dedans, “our la suffoquer, mais plustost l’espand &à et là. À grand’peine André en ha-il une estincelle, et toutesfois d’icelle il esclaire à son frère. Maudite donc soit nostre lascheté, si estant plus plenement illuminez, nous ne nous efforçons de faire que les autres soyent participans de la nesme grâce. Qui plus est,nous pouvons appercevoir deux choses en André, lesquelles Isaïe, chapitre IF, v. 3, requiert des enfans de Dieu: asçavoir qu’un chacun prene son prochain par la main : puis après qu’il dise, Venez, montons en la montagne du Seigneur, et il nous enseignera. Car André tend la main à son frère, mais cependant il ha ce but proposé, qu’iceluy soit disciple avec luy en l’eschole de Christ. D’avantage, il nous faut noter le conseil de Dieu, qui a voulu que Pierre qui devoit estre beaucoup plus excellent qu’André, toutesfois ait esté amené à la cognoissance de Christ par le moyen et ministère d’iceluy: afin que nul de nous, tant excellent soit-il, ne refuse d’estre enseigné par un qui sera moindre que luy. Car celuy qui pour le mespris d’un homme desdaignera de venir à Christ, sera griefvement puni de s’estre monstré si fascheux et chagrin, ou plustost si orgueilleux.
41 Nous avons trouvé. L'Evangéliste a interprété en Grec le mot de Messias, afin de divulguer à tout le monde ce qui estoit secret entre les Juifs. C’estoit le titre ordinaire des Rois: comme l’onction aussi leur estoit une cérémonie s0lennelle. Cependant ils sçavoyent bien qu'un Roy devoit estre oinct de Dieu, sous lequel on devoit espérer une félicité parfaite et éternelle: veu mesme qu'ils avoyent expérimenté que le règne terrien de David m’estoit point perdurable. Et depuis, comme eux ayans esté dontez et oppressez de diverses calamitez, Dieu pour les consoler les addressa à l'attente du Messias, aussi leur manifesta-il plus clairement la venue d’iceluy prochaine. Car la prophétie de Daniel est claire et manifeste sur toutes autres, quant au nom de Christ. Car il ne l’attribue point aux Rois, comme font les autres Prophètes qui estoyent devant luy : mais il l’ap-
Cuar. Ï.
proprie seulement au Redempteur. De là estoit venu que ceste façon de parler es-
toit communément receue, que toutes :
fois et quantes qu’on faisoit mention du Messias ou Christ, on n’entendoit parler d'autre que du Rédempteur. Suyvant cela la femme Samaritaine dira ci-après au quatrième chapitre, Le Messias doit venir. Et d'autant plus y a-il à s’esbahir, que celuy que tous attendoyent d’ainsi, grand désir, et qu'ils avoyent incessamment en la bouche, ait esté receu de si petit nombre de gens.
42 Tues Simon, etc. Christ met un nom à Simon, non pas comme On à accoustumé de faire entre les hommes qui imposent noms pour le regard de quelque chose desjà advenue, ou laquelle on voit présentement : mais d'autant qu’il le devoit faire Pierre. Premièrement il dit, Tu es Simon fils de Jona. Il nomme le père de Pierre d’un nom abbrégé, ce qui est assez Commun quand les noms sont transférez en autres Langues. Car on verra au dernier chapitre, qu'il estoit fils de Johanna, ou de Jehan. Or tout ceci vaut autant comme s’il disoit qu’il sera bien autre qu’il n’est maintenant, car ce n’est pas par honneur que il fait mention du père d’iceluy: mais comme ainsi soit qu'il fust sorti de povres parens et de nulle estime entre les hommes, il prononce que ceci ne l’empeschera pas qu’il ne luy donne une force invincible, et le face homme constant et magnanime. L’Evangéliste donc faisant mention qu'un surnom nouveau a esté imposé à Simon, le récite comme pour Prophétie. Or j’enten Prophétie, non-seulement pource que Christ ait préveu une constance de Foy qui seroit en Pierre, mais pource qu’il a prédit ce qu’il luy devoit donner. Il magnifie donc maintenant la grâce qu'il avoit délibéré luy donner puis après : et pourtant il ne dit pas que ce soit son surnom dés à présent, mais il le diffère au temps à-venir: Tu seras appelé Céphas, dit-il. Bien est vray qu'il faut que tous fidèles soyent Pierres, Jesquels estans fondez en Christ, soyent appropriez au bastiment du temple de Dieu: mais cestuy-ci est ainsi seul appelé, à cause de son excellence singulière. Cependant les
Cuar. L. SUR $.
Papistes se monstrent bien ridicules, qui mettent Pierre au lieu de Christ, à ce qu’il soit le fondement de l'Eglise. Voire,
comme si luy-mesme pmavoit pas esté| fondé en Christ, aussi bien que les au-!
tres. Mais ils se monstrent doublement ridicules, quand d’une pierre ils en font.
une teste. Car on trouve és bobulaires et
rapetasseries de Gratian, un sot Canon qui est attribué à Anaclétus, lequel faisant eschange du mot Hébrieu avec le Grec, et ne distinguant point entre le mot Grec Céphalé, et l’'Hébriéeu Céphas, pense que
JEHAN. 29 Pierre par ceste imposition de nom ait |esté constitué et ordonné chef de PEgjlise.
| Au reste, Cépha est plustost un mot Chaldaique qu'Hébrieu, mais on le prononçoit ainsi communéement depuis la captivité de Babylone. Il n’y a donc rien d’ambiguité és paroles de Christ. Car il promet à Pierre ce qu'il n’eust jamais attendu, et magnifie la grâce à tous siècles, afin que sa première condition ne luy dérogue en rien, veu que ce titre excellent déclare qu'il a esté fait nouvel homme.
43 Le lendemain Jésus voulut aller en Gallilée, et trouva Philippe, auquel
il dit, Suy-moy.
44 Or Philippe estoit de Bethsaida, ville d'André et de Pierre.
45 Philippe trouva Nathanaël, et luy dit, Nous avons trouvé Jésus de Nazareth, fils de Joseph, duquel Moyse a escrit en la Loy, et les Prophètes.
46 Et Nathanaël luy dit, Peut-il venir quelque bonne chose de Nazareth?
Philippe luy dit, Fien, et voy.
43 Suy-moy. De ce que le cœur de Philippe a esté enflammé par ce seul mot à suyvre Christ, nous recueillons combien est grande l’efficace de la parole : mais elle. n’apparoist pas indifféremment en tous, car Dieu parle à plusieurs sans rien proufiter, non plus que si leurs aureilles estoyent batues d’un son qui s’esvanouist en l'air. Ainsi donc, la prédication externe de la parole est de soy sans eflect et fruit aucun, sinon qu'elle blesse à mort les réprouvez, en sorte qu’ils soyent rendus inexcusables devant Dieu : mais quand la grâce secrète du sainct Esprit la vivifie, il faut nécessairement que tous les sens soyent tellement esmeus, que les hommes soyent prests de suyvre où Dieu les appelle. Parquoy il faut prier Christ qu’il desploye en nous une telle puissance de PEvangile. Au reste, il y a en Philippe une condition spéciale de suyvre Christ :
car il luy est commandé de suyvre nonseulement comme à un chacun de nous, mais pour luy estre domestique, et luy tenir tousjours compagnie familière. Mais toutesfois ceste vocation est un miroir de la vocation de nous tous.
44 Or Philippe estoit de Bethsaida , ville d André et de Pierre. il semble que le nom de ceste ville soit yci mis ex-
pressément pour mieux faire apparoistre la grande bonté de Dieu en ces trois Apostres. Nous sçavons quelle rigoureuse menace fait ailleurs Christ à ceste ville-ci et comment il la maudit. Parquoy ce que d’un peuple si meschant et abominable Dieu en a receu aucuns en grâce, il nous le faut estimer comme s'ils avoyent esté tirez du profond des enfers. Et quant à ce que Christ les ayant arrachez de cest abysme profond, leur fait un si grand honneur, qu’il les ordonne Apostres, c’est un bénéfice excellent et digne de mémoire.
45 Philippe trouva Nathanaël. Quoy que les orgueilleux ayent en mespris ces petis commencemens de l'Eglise, nonobstant est à nous d'y cognoistre une plus grande magnificence et gloire de Dieu, que si dés le commencement l’estat du règne de Christ eust esté magnifique et reluisant en toutes sortes. Car nous sçavons combien ceste semence tant petite est creuë en grande moisson un peu après. Au reste, une telle affection d’édifier nous est yci proposée en Philippe, que celle que nous avons ouye ci-dessus en André. Sa modestie aussi est monstrée, en ce qu’il ne désire et ne cherche autre chose que d’avoir des compagnons, qui
apprenent avec luy de celuy qui est le Maistre commun de tous. Nous avons trouvé Jésus de Nazareth. 1 appert par ceci qu'il y avoit encore bien petite mesure de foy en Philippe, veu qu'il ne peut parler de Christ pour en dire seulement quatre mots, qu'il n’y mesle deux erreurs bien lourds. Il le fait fils de Joseph, et assigne Nazareth pour le lieu de sa nativité : qui estoyent deux choses fausses :
et nonobstant pource qu’il ha un pur désir de proufiter à son frère, et de manifester Christ, Dieu approuve la songneuse diligence qui est en luy, et mesme lissue en est bonne. Vray.est qu’il faut bien qu'un chacun mette peine de se contenir sobrement dedans ses limites. Et aussi il est certain que l’Evangéliste ne dit point de Philippe comme chose digne de louange, et qu’il desfigure Christ par deux fois : mais il récite que sa doctrine, quoy qu’elle fust vicieuse et embrouillée d'erreur, ha encore fait fruict : pource qu’il tendoit néantmoins à ce but, que Christ fust vrayement cognu. Il parle follement de dire que Jésus est fils de Joseph : et puis en homme ignorant, quand il le dit estre de Nazareth : mais cependant il ne mène sinon au Fils de Dieu, qui est nay en Bethlehem : et ne forge point un faux Christ, mais seulement veut qu’on le cognoisse tel que Pont proposé en leur doctrine Moyse et les Prophètes. Parquoy nous voyons que le principal en la doctrine est, que ceux qui nous oyent vienent au Fils de Dieu en quelque sorte que ce soit.
Plusieurs en disputant subtilement de Christ, l’obscurcissent toutesfois et l’enveloppent tellement par leurs subtilitez, qu’on ne le peut jamais trouver. Comme pour exemple, les Papistes ne diront pas que Christ soit fils de Joseph (car ils sçavent bien distinctement quel est son nom) mais cependant ils anéantissent sa vertu, tellement qu'ils monstrent un phantosme au lieu du vray CBrist. Ne vaudroit-il pas mieux béguayer grossièrement avec Philippe, et retenir le vray Christ, qu’en usant d’éloquence et d’une subtile facon de parler en introduire un faux ? Au contraire, il y a aujourd’huy plusieurs povres gens, qui sont mal polis et ignorans à bien parler, lesquels toutesfois enseignent
Car. I.
trop plus fidèlement le vray Christ, que tous les théologiens du Pape avec leurs hautes spéculations. Ce passage donc nous admoneste que s’il advient que de simples gens et non letrez nous disent quelque chose de Christ moins proprement qu’il ne faut, nous ne les rejettions pas desdaigneusement, pourveu qu’ils nous addressent au vray Christ. Mais afin que ne soyons distraits de Christ par les fausses imaginations des hommes, ayons tousjours ce remède devant les yeux, dé chercher en la Loy et és Prophètes la pure cognoissance d’iceluy.
46 Peut-il venir quelque bonne chose de Nazareth! Nathanaël recule du commencement, estant scandalizé du pays de Christ, voire selon que Philippe Iuy avoit déclaré. Mais premièrementil est déceu par le propos inconsidéré de Philippe :
car ce que Philippe avoit follement pensé, Nathanaël le prend pour certain. En après, il y a avec cela le pervers jugement , qui procède de la haine ou mespris du lieu.
Et ce sont deux points qui doyvent estre diligemment observez. Peu s’en est falu que ce sainct personnage ne se Soit comme fermé la porte, et osté le moyen de venir à Christ. Pourquoy cela? Pource qu'il croit à la volée ce que Philippe luy avoit mal rapporté de Christ : en après, pource qu’il estoit desjà préoccupé de ceste opinion, de rien espérer de bon de ce qui venoit de Nazareth. Si donc nous ne nous tenons bien sur nos gardes, nous pourrons bien tomber en: semblable danger.
Et de faict, Satan s’efforce tous les jours de nous faire reculer de Christ par tels empeschemens. Car il ha ceste rusé, qu’il fait semer par-ci par-là beaucoup de mensonges, pour nous rendre l'Evangile suspect ou odieux, afin que nous n’osions ën gouster. Et puis il ne cesse d’essayer aussi Paufre moyen, asçavoir que nous ayons Christ en mespris, Car nous YOYOns combien il y en a qui se scandalizent de Phumilité de la croix, laquelle apparoist tant au Chef qui est Christ, qu'en ses membres. Au reste, pource qu'à grand’peine nous pouvons-nous Si bien garder, que nous ne Soyons tentez par Ces ruses de Satan, pour le moins qu’il nous souviene incontinent de cest advertissement,
Cuar. LL SUR S.
Vien, et voy. Nathanaël a bien voulu souffrir que sa faute, qui estoit double, fust corrigée par ce mot que Philippe luy a dit. Ainsi à son exemple, soyons premièrement vrayement dociles et obéissans : puis après, ne plaignons point la peine de nous enquérir, quand Christ luymesme est prest de nous résoudre des doutes qui nous tormentent. Quant à ceux qui lisent ceste sentence, non pas par in-
terrogant, ains par affirmation, Il peut venir quelque bonne chose de Nazareth :
ils s’abusent grandement. Premièrement, le propos seroit merveilleusement froid et sans grâce : d'avantage, on sçait bien que la ville de Nazareth n’estoit point lors en réputation. Aussi la response de Philippe monstre assez que cela avoit esté dit comme par doute ou desfiance.
47 Et Jésus voyant Nathanaël venir à luy, dit de luy, Voyci vrayement un
Isräélite, auquel n'y a point de fraude.
48 Nathanaël luy dit, De quoy me cognois-tu? Jésus réspondit, et luy dit, Avant que Philippe l'eust appelé, quand tu estois sous le fiquier, je te voyoye. 49 Nathanaël respondit, et luy dit, Maistre, tu es le Fils de Dieu, tu es le
Roy d'Israël.
50 Jésus respondit, et luy dit, Pource que je l'ay dit que je te voyoye sous le figuier, tu crois! : tu verras plus grandes choses que ceci.
51 Il luy dit aussi, En vérité, en vérité je vous di, désormais vous verrez le ciel ouvert, et les Anges de Dieu montans el descendans sur le Fils de l'homme.
1) Ou crois-tu ?
47 Jésus voyant Nathanaël venir à luy, etc. Ce que Christ louë Nathanaël, il ne le fait point à cause de Iuy, mais sous la personne d’iceluy propose une doctrine commune. Car pource qu’il y en a plusieurs qui se vantent d’estre fidèles, qui toutesfois ne sont rien moins que fidèles :: il est besoin qu'il y ait quelque marque pour discerner les bons et vrais fidèles d’avec ceux qui lé sont à fausses enseignes. Nous sçavons de quel orgueil: les Juifs se glorifioyent en leur père Abraham, et de quelle outrecuidance ils se sont vantez de la saincteté de leur race :, cependant à grand’peine s’en trouvoit-il de cent l’un qui ne fust devenu du tout bastard, et aliéné de la foy des Pères. Ainsi donc, Christ pour oster ce masque aux hypocrites, monstre briefvement que c’est d’un vray Israélite, et quant et quant oste le scandale que devoit apporter un peu après la perverse et mal-heureuse obstination de ce peuple. Car ceux qui vouloyent estre réputez enfans d'Abraham, et le sainct peuple de Dieu, eux-mesmes bien tost après devoyent estre ceux qui persécuteroyent de haine mortelle l'Evangile. Afin donc que l'impiété qu'on voyoit communée-
ment quasi en tous estats ne descourageast ou troublast. quelqu'un, il advertit de bonne heure qu'entre plusieurs qui font bouclier du nom d’Israélite, il y en a bien peu qui soyent vrais Israélites:
Au reste, pource qu’en ce passage est contenue aussi la définition de Chrestienté, il ne le faut point passer légèrement. Mais afin que nous entendions en peu de mots lintention de Christ, il faut noter que Fraude est opposée à rondeur et syncérité. Il appelle donc cauteleux et frauduleux, ceux que lEscriture appelle ailleurs Doubles de cœur. Et ce n’est pas seulement pour taxer ceste lourde et grossière hypocrisie, quand les hommes de mauvaise conscience font semblant d'estre gens de bien : mais aussi une autre hypocrisie intérieure, quand les hommes sont tellement aveuglez en leurs vices, qu'ils n’abusent pas seulement les autres, mais aussi eux-mesmes. Ainsi, l'intégrité du cœur devant Dieu, et la droiture envers les hommes fait l’homme Chrestien. Mais Christ note principalement la fraude, de laquelle il est parlé au Pseaume XXXII, 2. Ce mot 'rayement, signifie yci plus que Certainement.
Vray est que le mot Grec se prend sou-
vent pour une simple aflirmation : mais pource qu’il faut yci suppléer une 0pposition entre la vérité et le titre nud, on dit celuy estre vrayement, qui est par effet tel qu’on l’estime.
48 De quoy me cognois-tu? Combien que Christ par le propos précédent ne le voulust pas flatter, toutesfois il a voulu estre ouy de luy pour en tirer une nouvelle interrogation, à laquelle respondant il prouvast qu’il estoit le Fils de Dieu.
Or Nathanaël n’interrogue point sans cause dont Christ le cognoist : car c’est une chose bien clair semée, de trouver un bomme si rond, qui soit vuide de . toute fraude : et puis il n’y à que Dieu qui puisse cognoistre ceste pureté de cœur. Au reste, il semble que la response de Christ ne soit pas fort à propos. Car s’il a veu Nathanaël sous le figuier, ce n’est pas à dire qu’il ait peu pénétrer jusques aux profondes cachetes du cœur d'iceluy. Mais il y a une autre raison :
car comme c’est le propre de Dieu de cognoistre les: hommes sans les avoir veus, aussi est-ce à luy de veoir ce qui n’apparoist à nos yeux. Nathanaël donc sçachant que Christ ne l’avoit point veu à la façon des hommes, mais d’un regard vrayement Divin, à bien peu recueillir de à qu'aussi il ne parloit point maintenant en homme. C’est donc une probation prinse des choses pareilles : car il ne compète pas moins à Dieu de veoir ce qui est hors de nostre veuë, que de juger de la pureté du cœur. D’avantage, il faut recueillir de ceci une doctrine bien utile, Asçavoir qu’alors que nous ne pensons point à Christ, néantmoins il jette ses yeux sur nous. Et est bien nécessaire qu’il le face ainsi, afin de nous ramener au droit chemin quand nous en sommes du tout destournez.
49 Tues le Fils de Dieu, etc. Quant à ce qu'à cause de sa puissance Divine qui s’estoit démonstrée, Nathanaël le recognoist Fils de Dieu, ce n’est pas de merveille : mais quelle raison ba-il de appeler Xoy d'Israël : car il ne semble point que ce soyent choses conjointes.
Mais Nathanaël regarde plus haut. Il avoit esjà ouy que c’estoit le Messias : à ceste doctrine il adjouste la confirmation
Car. I.
qui luy estoit donnée. Il ba aussi un autre principe, asçavoir que le Fils de Dieu ne viendra que pour faire office de Roy envers le peuple de Dieu. Il ha donc raison de confesser que celuy qui est le Fils de Dieu, est aussi le Roy d'Israël. Et de faict, la foy ne doit pas estre arrestée en Ja seule essence de Christ, mais estre attentive à la vertu et office d'iceluy. Car il proufiteroit bien peu de sçavoir qui est Christ, si ainsi faut parler, si ce second poinct aussi n’y est adjousté, asçavoir quel il veut estre envers nous, et à quelle fin le Père l’a envoyé. De là est advenu que les Papistes n’ont qu’une ombre de Christ, d'autant qu’ils ne se sont souciez que d'appréhender son essence nue : et cependant mont tenu conte de son règne, lequel consiste en la vertu de sauver. Au reste, quant à ce que Nathanaël l’appelle Roy d'Israël, au lieu que son règne s’estend jusques aux derniers bouts de la terre, cest une confession limitée selon la mesure de sa foy. Car il n’estoit encore venu jusqueslà, qu'il sceust que Christ est destiné Roy à tout le monde : ou plustost que de toutes parts devoyent estre recueillis des enfans à Abraham, afin que tout le monde fust lIsraël de Dieu. Mais nous, à qui la longue estendue du règne de Christ a esté manifestée, devons bien passer plus outre. Cependant à l’exemple de Nathanaël, exerceons nostre foy en oyant la Parole, et la confermons par toutes aides et moyens qui nous seront possibles : et qu’elle ne demeure point ensevelie : mais se monstre hors par une vraye confession.
50 Jésus respondit, et luy dit, Pource que je l’ay dit, etc. I] ne reprend pas Nathanaël comme ayant esté trop léger à croire, mais plustost approuvant sa foy, il promet tant à luy que aux autres, plus grans argumens de confirmation. Joint que ceci estoit particulier à un homme d’avoir esté veu sous le figuier par Jésus-Christ, absent et fort loin : mais yei Christ amène une probation qui devoit estre commune à tous, et pourtant comme changeant de propos, en lieu qu’il parloit à un seul, il s’addresse à tous.
Cuar, LL. SUR S$.
51 Fous verrez (dit-il) le ciel ouvert, etc. Ceux-là, selon mon avis, faillent lourdement, qui s’enquièrent curieusement du temps et du lien, asçavoir, où et quand Nathanaël et les autres ont veu le ciel ouvert. Car il dénote plustost une chose continuelle qui devoit tousjours estre de l’estat de son règne. Je confesse bien que les disciples ont quelquesfois veu les Anges, lesquels ne nous apparoissent point aujourd’huy : je confesse aussi que la manifestation de la gloire céleste ‘a esté autre quand Christ monta au ciel, que nous ne l’avons aujourd’huy. Mais si nous considérons bien la chose, ce qui fut fait lors, dure perpétuellement. Car en lieu qu'auparavant le royaume de Dieu nous estoit clos, il nous a esté véritabiement ouvert par Christ. Et de ceci a esté faite une monstre visible, tant à S. Estiene qu'aux trois Apostres en la montagne, et aux autres disciples, quand Christ monta au ciel. Mais tous les siones par lesquels Dieu se monstre présent à nous, dépendent de ceste ouverture du ciel, et principalement quand Christ se communique à nous pour estre nostre vie. Après cela s'ensuit un second membre touchant les Anges. Il est dit qu'ils nontent et descendent, afin