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d’estre ministres de la libéralité de Dieu envers nous. Ainsi donc par ceste manière de parler est dénotée une communication mutuelle entre Dieu et les hommes. Or c’est un bénéfice qu'il faut recognoistre nous estre conféré par Christ. Car sans luy les Anges ont plustost inimitié mortelle avec nous, qu’un soin familier de nous aider. Et pourtant il est dit qu’ils montent et descendent sur luy : non pas qu'ils servent à luy seul, mais pource qu'à son regard et pour lhonneur de luy, ils comprenent tout le corps de l'Eglise en leur solicitude. Et je ne doute point qu'il ne face | allusion à leschelle qui a esté monstrée en songe au Patriarche Jacob. Genèse XX VII, 12. Car ce que ceste vision-là figuroit, est vrayement accompli en Christ. Brief, la somme de ce passage est, qu’en lieu que tout le genre humain estoit banni du royaume de Dieu, la porte des cieux nous est maintenant ouverte, afin que nous soyons combourgeois des Saincts, et compagnons des Anges, Eph. IF, 19 : et que les Anges ordonnez pour estre gardes de nostre salut, descendent du repos bien-heureux de
sa gloire céleste pour subvenir à nos misères.
- A Trois jours après on faisoit des nopces en Cana de Galilée : et la mére de
Jésus y estoit.
9 Et Jésus fut aussi appelé aux nopces, et ses disciples. 3 Or le vin estant failli, la mère de Jésus luy dit, Ils n'ont point de vin. 4 Et Jésus luy dit, Qu'y a-ilentre toy el moy, femme? Mon heure n'est point
encore venue.
5 Sa mère dit aux serviteurs, Faîtes tout ce qu'il vous dira. 6 Or y avoit-il là six cruches de pierre, mises selon la purification des Juifs, lesquelles contenoyent chacune deux ou trois mesures.
haut.
7 Jésus leur dit, Emplissez ces cruches d'eau : et ils les emplirent jusqu'au
8 Adonc il leur dit, Versez maintenant, et en portez au maistre d'hostel : et
ils luy en portérent.
9 Quand le maistre d'hostel eut gousté l'eau qui avoit esté faite vin (or ne scavoit-il d'où cela venoit, mais les serviteurs qui avoyent tiré l'eau le scavoyent
bien) il appelle le marié,
10 Et luy dit, Tout homme met le bon vin le premier, et puis le pire apres qu'on à bien beu : mais toy, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant.
AA Jésus feit ce commencement de signes en Cana Ville de Galilée, et démonstra sa gloire : et ses disciples creurent en luy.
A Trois jours après on faisoit des nopces, etc. Comme ainsi soit que ceste histoire contiene le premier miracle que Christ à fait, quand il n’y auroit autre raison, cela seul nous doit rendre bien attentifs à la considérer : combien qu’il y ait d’autres causes (comme nous verrons ci-après) qui nous la doyvent faire avoir en recommandation. Mais la déduction nous moustrera plus clairement les divers proufits que nous en pouvons recueillir.
L’Evangéliste nomme premièrement le lieu, asçavoir Cana de Galilée : non pas celle laquelle située vers Sarepte entre Tyr et Sidon, est appelée la grande en comparaison de ceste-ci, qu'aucuns disent estre de la portion de la lignée de Zabulon, les autres l’assignent à la lignée d’'Aser. Car sainct Hierome mesme tesmoigrie, qu’encore de son temps Il y avoit en cest endroit-là une petite ville ainsi nommée. Tant y a qu’il est bien de croire qu’elle estoit prochaine de la ville de Nazareth, puis que la mère de Christ veint là aux nopces. On verra par le chap. IV qu’elle estoit distante de la ville de Capernaüm seulement d’une journée. On peut aussi recueillir par cela mesme, qu’elle n’estoit guères loin .de la ville de Bethsaïda, d'autant que l’'Evangéliste raconte que trois jours après que Christ avoit esté en ces quartiers-là, les nopces furent célébrées en Cana, il se peut bien faire aussi qu’il ya eu une troisième Cana, non pas loin de Jérusalem, et toutesfois hors de Galilée : mais je laisse cela comme une chose qui n’est incognue. Et la mère de Jésus y estoit. 1 est vraysemblable que ce fut quelque cousin ou parent de Christ, léquel espousoit femme. Car Jésus est yci mis comme faisant compagnie à sa mère. Quant à ce que les disciples quant et quant y furent conviez, on peut recueillir de cela combien simple et frugale estoit la façon de vivre que tenoit Christ, veu qu’il vivoit en Commun avec eux. Mais il pourroit sembler absurde, qu'un homme qui n’estoit pas grandement riché ni abondant (comme on COgnoistra par le défaut du vin) semond quatre ou cinq autres pour l’amour de Christ. Mais les povres sont plus prompts et francs à inviter les autres, pouree qu’ils ne crai-
Car. Il.
gnent point le déshonneur, s’il leur advient de ne traitter leurs hostes opulemment et magnifiquement. Car les poyres retienent et gardent mieux la coustume ancienne de communication mutuelle. Toutesfois il y a encore une chose qui ne semble estre guères civile, c’est que l’espoux laisse au milieu du banquet le vin défaillir à ceux que il a conviez. Car c’est le faict d’un homme de peu de sens, de n’avoir fait provision de vin autant qu’il en faut pour les gens qu’il festie. Je respon qu'il n’est yei rien récité qui n’adviene bien souvent, et principalement où on n’a pas accoustumé de boire du vin ordinairement. D’avantage, on peut veoir par la déduction du texte, que le vin commença à faillir sur la fin du banquet : lors que selon la coustume est à présumer qu'ils avoyent desjà mangé suffisamment.
Car voyci que dit le maistre d’hostel, Les autres mettent le pire vin, après qu'on a bien beu : mais toy, tu as gardé le meilleur jusques à maintenant. Outre plus, je ne doute point que tout ceci n’ait esté gouverné par une certaine provi- Etre de Dieu, afin que le miracle eust lieu. 1e
3 La mère de Jésus luy dit, Is n'ont point de vin. On pourroit douter si elle demande quelque chose à son Fils, et espère qu’il besongne, veu qu ’il n’avoit encore fait aucun miracle, Et il se peut faire que n’attendant point un tel remède, éllé l’admonesta de faire quelque saincte exhortation, de peur que la compagnie se ennuyast , et aussi pour couvrir honnestement la honte de lPespoux. Au reste, je pren céste parole, comme d’une personne esmeue de véhémente compassion. Car pource que la saincte femme voyoit que le banquet pourroit estre troublé d'autant que ceux qui estoyent invitez, pensans qu’on ne les traittoit pas guères honorablement, eussent par aventure murmuré contre le marié, elle souhaïta quelque honeste couverture pour l’excuse.du désordre. Chrysostome pense qu’estant menée d’une affection de femme, elle pourchassoit je ne sçay quelle faveur } pour SOYy et pour son Fils : mais c’est une conjecture où il n’y à apparence ne raison. Mais pourquoy est-ce que Christ la repousse
Cuar. IL
si rudement? Je respon, Que combien qu’elle né fust poussée ne d’ambition, ne d'autre affection charnelle, toutesfois elle failloit en cela, qu’elle outrepassoit ses limites. Quant à ce qu’elle est songneuse de l’incommodité des autres, et désire d’y remédier en quelque façon que ce soit, celà est une humanité, et luy doit estre imputé à vertu : cependant toutesfois en s’ingérant , elle pouvoit obscurcir aucunement la gloire de Christ. Combien qu’il faut aussi noter que ce que Christ à ainsi parlé, n’a pas tant esté pour le regard d'elle, que pour les autres. Elle estoit si modeste et craignant Dieu, qu’elle n’avoit pas besoin d'uné correction si sévère :
davantage, elle ne failloit pas de propos délibéré : mais Christ prévient seulement le danger, afin qu'on ne prene autrement -qu'il ne faut la parole de sa mère : comme si le miracle qui s’en est ensuyvi avoit esté fait par luy au commandement d'icelle.
4 Qu'ya-ilentre toy et moy, femme?
Le Grec ha de mot à mot, Qu’y a-il à toy et à moy? Mais cela vaut autant comme s’il disoit, Que as-tu affaire avec moy ?
Le translateur Latin ancien en à abusé plusieurs, qui ont pensé que Christ entende que ce n’est point à luy ni à sa mère d’avoir soin si le vin est failli. Et aussi on peut facilement recueillir du second membre, combien cela est loin de intention de Christ : car il en prend le soin, et tesmoigne que c’est à luy à faire, en disant que son heure n’est point encore venue. 1 faut donc conjoindre tous les deux ensemble , asçavoir que Christ entend bien ce qu’il est besoin de faire , et toutesfois qu’il ne fera rien en ceci par ladvertissement de sa mère. Voyci certes un fort beau passage : car pourquoy refuse-il préciséement à sa mère ce qu’il a depuis tant de fois ottroyé tant libéralement à d’autres indifféremment? Outreplus ; pourquoy: est-ce que ne se contentant point de luy refuser simplement, il la met du rang commun des autres femmes, ne daignant l’appeler mère? Or on voit apertement que par ceste parole de Christ il est dénoncé aux hommes qu'ils se donnent garde qu’en eslevant trop superstitieusement l'honneur du nom de
SUR S$. JEHAN
mère en la vierge Marie, ils ne luy transfèrent les choses qui sont propres à Dieu.
Christ donc parle ainsi à sa mère, afin de donner une règle perpétuelle et commune pour tous temps, qu’en attribuant un honneur excessif à sa mère, on ne obscurcisse sa gloire Divine. Au reste, les lourdes et vileines superstitions qui sont depuis survenues, donnent à cognoiïstre plus qu’il ne seroit de besoin, combien ceste admonition à esté nécessaire. Car on fait Marie, Royne du ciel, l'Espérance, la Vie, et le Salut du monde : brief, la rage s’est desbordée jusques-là, qu'ils Pont parée des despouilles de Christ; le laissant presque tout nud. Et quand nous condamnons ces blasphèmes exécrables contre le Fils de Dieu, les Papistes nous appellent malins et envieux. Et qui pis est, ils nous calomniént malicieusement, que nous sommes ennemis mortels de l'honneur de la saincte Vierge. Voire, comme si elle n’avoït pas l’honneur qui luy est deu, sinon qu’elle soit faite déesse : ou comme s’il luy estoit honorable, qw’estant ornée de titres ravis par sacrilége, elle soit substituée en la place de Christ.
Les Papistes donc font grande injure à la vierge Marie, quand ils ostent à Dieu ce qui luy est propre, pour la desfigurer de fausses louanges, et qui ne luy conviepent pas. Mon heure n'est point encore venue. Il signifie que ce qu'il a différé jusques à présent de faire miracles, ce n’a point esté par paresse ou inadvertance :
cependant il monstre couvertement qu’il aura soin de Paffaire quand l'opportunité sera venue. Comme donc il reprend sa mère de ce qu’elle se haste par trop avant le temps, aussi d'autre part il donne espérance qu’il fera miracle. La saincte Vierge recognoist l’un et l’autre : car elle ne retourne plus à limportuner, et en advertissant les serviteurs qu'ils facent ce qu’il leur commandera, elle monstre bien qu’elle espère quelque chose de nouveau. Âu reste, ceste doctrine s’estend plus loin, asçavoir que toutes fois et quantes que le Seigneur nous tient en suspens, et diffère son aide, ce n’est pas à dire pourtant qu’il soit endormi : mais plustost qu’il modère tellement ses œuvres, qu’il ne fait rien sinon quand il est
temps. Ceux qui ont tiré ce passage à la disposition fatale des temps, se monstrent si ridicules que il n’est besoin d’alléguer un seul mot pour les réfuter.
L'heure de Christ est quelque fois appelée celle qui luy est ordonnée de son Père et il appellera ci-après son temps, celuy qui luy estoit commode et propre pour exécuter la charge et commission qu’il avoit receuë de son Père : mais en ce passage il s’attribue lauthorité de prendre et choisir l'opportunité de besongner et desployer sa vertu Divine.
Bb Sa mère dit aux serviteurs, etc.
La saincte Vierge monstre yci un tesmoignage de vraye obéissance , laquelle elle devoit à son Fils, quand il estoit question de sa puissance Divine, et non point des affaires du monde. Elle acquiesce doncmodestement à la response de Christ, et exhorte les autres semblablement de faire ce qu’il commandera. Je confesse bien que la Vierge à ainsi parlé selon la circonstance présente : comme si elle disoit qu’elle n’ha aucune authorité en cest endroit, et que Christ fera selon son bon plaisir ce qu’il voudra. Toutesfois si nous regardons de plus près son intention, ceste sentence s’estend plus loin. Car en premier lieu elle se démet de la puissance et authorité qu’il pouvoit sembler qu’elle eust usurpée contre son devoir : puis après, elle Pattribue toute à Christ seul, quant elle dit, Qu'on face tout ce qu'il commandera. Par ceci donc nous sommes généralement enseignez, que si nous désirons avoir quelque chose de Christ, nous ne l’obtiendrons point, sinon que nous dépendions entièrement de luy, regardions vers luy, brief que nous facions tout ce qu’il nous commande. Or est-il ainsi qu’il ne nous renvoye point à sa mère, mais plustost il nous convie et appelle à soy.
6 Or y avoi-il là, six cruches de pierre selon, etc. On peut reencillir par la supputation de Budée, que ces cruches tenoyent beaucoup : car chacune tenoit pour le moins un sextier de ce pays de Savoye. Christ donc fournit le banquet de grande abondance de vin, asçavoir pour contenter plus de cent et cinquante personnes en un bon festin. Joint que
Cuar. IL.
tant le nombre des cruches, que la mesure, sert pour monstrer la vérité du miracle. S'il n’y eust eu que deux ou trois brocs, plusieurs eussent peu penser qu'on les eust apportez d’ailleurs. Si le changement de l’eau en vin eust esté fait seulement en un vaisseau, la certitude du miracle n’eust pas esté si manifeste ne tant approuvée. Ce n’est donc'point sans cause que saint Jehan récite le nombre, et exprime combien elles tenoyent. Or la superstition avoit engendré ceci, que tant de vaisseaux et si grans estoyent là mis. Vray est qu'ils avoyent bien la cérémonie de se laver, prescrite en la Loy de Dieu :
mais comme le monde est tousjours excessif és choses externes, les Juifs ne se contentans point de la simplicité que Dieu leur avoit limitée en ceci, prenoyent plaisir à se laver quasi continuellement. Et comme la superstition est ambicieuse, il ne faut douter qu'ils ne feissent aussi servir la chose à pompe et ostentation.
Comme nous voyons anjourd’huy en la Papauté, que toutes choses qu'ils disent appartenir au service Divin, sont dressées à une pure ostentation. Il y avoit donc double vice : premièrement, que sans commandement de Dieu ils s’amusoyent inconsidéréement à une cérémonie de leur invention et superflue : en après, que sous ombre de religion l’ambition régnoit en cest appareil. Or il y a eu des garnemens merveilleusement impudens en Ja Papauté, qui ont bien osé dire qu'ils avoyent entre leurs reliques de ces cruches esquelles Christ avoit fait ce miracle en Cana, et en monstroyent lesquelles premièrement sont de petite mesure, et puis les unes plus grandes que les autres. Et aujourd’huy mesmes, au milieu d’une si grande clarté de l'Evangile, ils n’ont point de honte de faire encore feste de tels fatras et tromperies. Certes cela n’est point abuser les gens par enchantemens, mais plustost se mocquer hardiment d'eux comme de povres aveugles.
Et c’est bien à dire que le monde est ensorcelé du diable, veu qu’il n’apperceoïit point des mocqueries si grossières et lourdes.
7 Jésus leur dit, Emplissez, etc. Ce commandement pouvoit sembler ridicule
Cap. IT. SUR $.
aux serviteurs : car il n’y avoit desjà que trop d’eau. Mais voylà comment le Seigneur à accoustumé de faire avec nous, afin que d’un événement nullement attendu on cognoisse beaucoup mieux combien sa puissance est grande : combien que ceste circonstance est adjoustée pour magnifier le miracle. Car veu que les serviteurs avoyent empli ces cruches d’eau, et toutesfois ils versent du vin, il n’y pouvoit plus avoir de souspeçon.
8 Et en portez au maistre d'hostel.
À ce mesme but tend que Christ voulut que le maistre d’hostel goustast et essayast la saveur du vin, avant que luymesme en goustast, ou autre de ceux qui estoyent invitez au banquet. Or quant à ce que les serviteurs luy obéissent en “ tout tant paisiblement, nous recueillons de cela, qu’il y avoit grande révérence et majesté en luy. L'Evangéliste appelle Maistre d'hostel, celuy qui estoit commis pour donner ordre au banquet, ét dresser les tables : non pas que le festin fust de si grand appareil, ne tant magnifique : mais pource que les noms honorables desquels les riches usent selon leurs délices et grande magnificence, se transfèrent aussi aux nopces des petits compagnons. Mais c’est merveille que Christ, qui est le maistre de frugalité et Sobriété, eslargit yci grande abondance de vin, voire fort bon et excellent. Je respon, que quand Dieu nous donne ordinairement grande cueillette de vin, si nous prenons sa libéralité en occasion d’intempérance et dissolution, cela advient par nostre propre vice. Car au contraire elle est plustost une vraye approbation de nostre attrempance et sobriété, quand au milieu de l’abondance nous ne laissons point d’estre espargnans et modérez.
Comme sainct Paul se gloritie qu’il a apprins l’un et l’autre, asçavoir d’abonder, et d’avoir faim, Philip., IV, 42.
AA Jésus feit ce commencement de signes en Cana. Le sens est, que ce fut le premier des miracles de Christ. Car ce que les Anges annoncèrent aux Pasteurs qu'il estoit nay en Bethléhem, que l’estoille est apparue aux Sages, que le sainct Esprit est descendu sur luy en espèce visible de colombe : combien que ç’ayent
esté autant de miracles, toutesfois on ne dit pas proprement qu'il les ait faits :
mais il est yci parlé des miracles desquels luy-mesme à esté autheur. Car c’est une exposition frivole et ridicule, ce qu'aucuns disent, que ce miracle est conté le premier entre ceux que Christ feit en Cana de Galilée. Voire, comme s’il avoit choisi ce lieu pour manifester sa gloire, auquel on ne lit point qu’il ait esté plus de deux fois. Plustost lintention de l’Evangéliste a esté de noter l’ordre du temps que Christ a gardé pour manifester sa vertu. Car jusques en l’aage de trente ans, il s’est tenu en la maison comme caché ainsi qu’un homme n'ayant aucune charge publique. Après avoir esté introduit en son office, et comme sacré par le Baptesme, il a commencé à se monstrer publiquement, et déclarer par œuvres manifestes à quelle fin son Pere Va envoyé. Ine se faut donc pas esbahir s’il a différé jusques à ce temps-là, le premier tesmoignage de sa Divinité. C’est une grande louange pour le mariage, que Christ non-seulement a bien daigné se trouver au banquet des nopces, mais aussi l’a honoré du premier de ses miracles. fl y à quelques anciens Canons, qui défendent à ceux du Clergé de se trouver aux nopces. La cause de ceste inhibition est, qu’en regardant les dissolutions qui se font là ordinairement , ils ne soyent aucunement approbateurs d’icelles. Mais ils eussent beaucoup mieux fait d'apporter là une telle gravité avec eux, que par icelle ils eussent réprimé les desbordemens que les hommes dissolus et desbauchez se permettent en cachete. Or quant à nous, que plustost l'exemple de Christ nous soit pourloy :et ne pensons pointqu’il yait manière de faire plus utile, que ce que nous lisons avoir esté fait par iuy. Æt démonstra sa gloire. Asçavoir d'autant qu’il feit alors un acte mémorable et magnifique, par lequel on cognust manifestement qu’il estoit le Fils de Dieu. Car tous les miracles qu’il a monstrez au monde, ont esté autant de tesmoignages de sa puissance Divine. Or le temps opportun de manifester sa gloire estoit venu alors, qu’il se vouloit donner à cognoistre, suyvant la commission qu’il en avoit de par
38 COMMENTAIRES Car. IT.
le Père, Dont aussi nous recuéïllons | mièrement son enfance. Et qui plus est, quelle est Ja fin des miracles. Car ceste | il n’y a homme au monde en qui elle soit facon de parler vaut autant comme s’il | si parfaite, qu'il ne falle que tous jusestoit dit, que Christ afin de manifester | ques à un proufitent en croyant. Ainsi sa gloire a fait ce miracle. Que devons- | ceux qui Croyoyent desjà, commencent nous donc penser des miracles'qui obscur- | encores à croire, entant qu'ils avancent cissent la gloire de Christ? Æé ses disci- | tous les jours de plus en ‘plus pour atples creurent en luy. S'ils estoyent dis- | teindre au but. Que ceux-là donc qui ont eiples , il faloit bien qu’ils eussent desjà | quelques prémices et commencemens de quelque foy : mais en lieu qu’ils Pavoyent | la foy, s’efforcent tousjours deproufitersuyvi jusques alors d’une foy qui n’es- | Semblablement le fruit des miracles nons toit pas encore bien certaine et distincte, | est yci monstré, asçavoir qu'ils se doyils commencèrent adonc à s’addonner à | vent rapporter à la confirmation etracluy, jusques à le recognoistre pour le | eroissement de la foy. Quiconque les des- Messias, tel qu'il leur avoit esté desjà | tourne ailleurs, corrompt et falsifie tout annoncé. En quoy la débonnaireté de | l'usage d’iceux. Comme nous voyons que Christ a esté grande, de tenir pour dis- |les Papistes ne mettent en avant leurs ciples ceux qui avoyent encore si petite | faux miracles, sinon afin qu’ils ensevelisfoy. Or c’est une doctrine qui s’estend | sent la foy, et destournent de Christ les généralement à nous tous : car la foy qui | cœurs des hommes, pour les arres{ier aux est maintenant devenue grande, à eu pre- l'créatures. °
rem émet teheenretente RP
> Après cela il descendit en Capernaüm, luy et sa mère, et ses frères, et ses Are et demeurérent là peu de jours.
43 Or la solennité de la Pasque des Juifs estoit prochaine : Jésus donc monta en Jérusalem : 7
14 Et trouva au Temple gens qui vendoyent bœufs, et brebis, et pigeons : et les changeurs qui y estoyent assis.
45, Et ayant fait un fouet de chordelettes, il les jetta tous hors du Temple, et les brebis et les bœufs : et respandit la monnoye des changeurs, et renversa les, iehtes |
Et dit à ceux qui vendoyent les pigeons, Ostez ces choses d ycù : ne faites . la maison de mon Père, un lieu de marché.
17 Or ses! disciples eur ent souvenance qu'il est escrit, Le zèle de ta maison
ma mangé ?.
1) Ou, Lors ses. 2) Ps., LXIX, 9.
12 Après cela il descendit en Caper-| qu'il s’est mis à exercer son ambassade :
naüm, luy et sa mère, etc. L'Evangé- | et l’autre fois, quand le temps, approchoit liste passe maintenant à une nouvelle | qu'il deyoit partir du monde pour aller à histoire. Et pource que son intention es-| son Père. Mais pour. bien. entendre. la toit de recueillir quelques points dignes | somme de ceci, espluchons briefvement de mémoire , que les autres Evangélistes | chacun poinct par ordre, Quant à ce avoyent omis il marque le temps au-| qu’il y avoit, au Temple des bœufs , quel ce qu’il veut dire fut fait, Car les | des brebis, et pigeons à vendre, et autres trois aussi récitent ce que nous li- qu AL avoit aussi des changeurs, ‘cela sons yci Christ avoir fait : mais la diver-| n’a point esté sans honneste couverture. sité du temps monstre bien que c’est un | Car ils pouvoyent alléguer que, Ja marsembialne faict, et non pas le mesme. Par chandise qu'ils y €exerCeOYENL n’estoié deux fois donc Christ a purgé le Temple | point profane, mais plustost appartenoit d’une vileine et profane marchandise. La | au sainct service de Dieu, afin qu’un chapremière fois, environ le commencement | cun rencontrast là promptement et sur-le-
.‘“hgmc 4
M NOMIÉ SUR S.
champ ee qu’il faloit pour offrir au Seigneur. Et de faict, c’estoit une grande commodité aux fidèles de trouver là à propos toutes sortes d’oblations, et par ce moyen estre relevez de peine d'aller
trotter çà et là. C’est donc merveille comment cela à despleu à Christ si fort.
Mais il nous faut noter deux raisons.
Car d'autant que les Sacrificateurs abusoyent de ce marché à leur gain et avarice, il n’estoit point question de souffrir une telle mocquerie de Dieu. D’avantage, quelque excuse que les hommes puissent mettre en avant, toutesfois aussi tost que ils déclinent du commandement de Dieu tant peu que ce soit, ils sont à reprendre, et ont besoin e correction. Et c’est la raison principale pourquoy Christ à entreprins de purger le Temple : comme il prononce clairement que le Temple de Dieu n’est point un lieu de marché. Toutesfois on pourroit yci faire une question, Pourquoy il n’a commencé plustost par la doctrine. Car il semble que c’est procéder par cholère , et non pas par 0rdre, de mettre la main à corriger les vices,
avant qu’on y ait appliqué le remède de la doctrine. Mais Christ à eu une autre considération : car pource que le temps estoit venu qu'il devoit publiquement exercer la charge que son Père luy avoit enjointe, il voulut aucunement prendre possession du Temple, et faire un acte pour donner à cognoistre son authorité Divine. Et afin que tous fussent attentifs à sa doctrine , il faloit quelque faict nouveau et non accoustumé , pour resveiller leurs esprits enrouillez et assopis. Desjà le Temple estoit un sanctuaire de la doctrine céleste et de vraye religion. Ainsi, puis qu’il vouloit remettre la pureté de la doctrine en son entier, il estoit bon qu’il se monstrast estre le Maistre du Temple.
Joint qu'il ne pouvoit autrement réduire les sacrifices et autres exercices de vraye religion à leur fin spirituelle, qu’en ostant l'abus. Parquoy ce qu’il a fait lors, a esté comme un préparatif de la réformation, pour laquelle faire il avoit esté envoyé du Père. En somme, il faloit que les Juifs fussent resveillez par cest exemple, à attendre de Christ quelque chose d’excellent et non accoustumé. [l faloit aussi
| qu'ils fussent advertis que le service de
Dieu estoit corrompu et perverti, afin qu'ils ne refusassent point l’amendement de telle corruption. Et ses frères. On ne sçauroit pas bien dire pourquoy les frères de Christ loft accompagné, sinon que paraventure ils devoyent aller ensemble en Jérusalem. Au reste, il est tout notoire qu’en Ja langue Hébraïque par ce mot de Frères, sont dénotez tous cousins et parens.
13 La Pasque des Juifs estoit prochaine, Jésus donc monta. I y a motà mot au Grec, Et il monta: mais l’'Evangéliste a mis Æt, en lieu de Pource, ou Donc. Car il veut dire qu’il veint lors en Jérusalem, afin d'y célébrer la feste de Pasque. Or il le faisoit pour deux raisons: Car d'autant que luy qui estoit le Fils de Dieu, s’estoit assujeti à la Loy pour l'amour de nous, il a voulu en gardant estroittement tous les commandemens de la LOy, nous monstrer en sa personne le patron et exemple de parfaite sujétion et obéissance. Et puis, d'autant qu'il pouvoit faire plus de proufit en grande assemblée de peuple, il à presque tousjours usé de ceste occasion. Ainsi donc, toutes fois et quantes que il sera dit ci-après que Christ est venu en Jérusalem aux jours de feste, que les lecteurs observent qu’il la fait premièrement afin de garder Comme les autres, lés exercices de piété que Dieu avoit ordonnez: et puis, afin de publier sa doctrine en plus grande assemblée de peuple.
16 Ne faites point, etc. Pour la seconde fois que il chassa les marchands hors du Temple, les autres Evangélistes récitent qu'il parla en termes plus sévères et rigoureux : asçavoir que du Temple de Dieu ils en faisoyent une caverne de brisans. Et voylà comment il en faut faire, quand un gracieux chastiment n’a de rien proufité. Yci il les advertit simplement qu'ils ne profanent point le Temple de Dieu en le faisant servir à usages estranges. Le Temple estoit appelé la maison de Dieu, d’autant que Dieu vouloit là spécialement estre invoqué, qu’il manifestoit là sa vertu, et finalement qu’il Pavoit destiné pour l’administration des cérémonies spirituelles et sacrées, Or Christ prononce
qu'il est le Fils de Dieu, afin de monstrer qu'il ha droict et authorité de purger le Temple. Au reste, pource que Christ rend yei raison de son faict, si on veut recueillir quelque fruit de cela, il se faut principalement arrester à ceste sentence.
Pour quoy donc chasse-il les vendeurs et acheteurs hors du Temple? Afin de remettre en son entier le service de Dieu, lequel les hommes avoyent corrompu par leurs vices: et par ce moyen restablir et maintenir la saincteté du Temple. Or nous scavons bien que ce Temple-là avoit esté édifié, afin qu'il fust comme une ombre des choses dont la vive image est en Christ. Pour demeurer donc consacré à Dieu, il faloit que il ne fust appliqué sinon à usages spirituels. Pour ceste cause il dit qu’il n’est licite de le convertir en un lieu de marché. Car il prend son principe et fondement sur lPinstitution de Dieu, laquelle il nous faut tousjours garder.
Quelques illusions donc que Satan nous mette devant les yeux pour nous esblouir, sçachons toutesfois que tout ce qui desvoye du commandement et ordonnance de Dieu tant peu que ce soit, est pervers.
C’estoit une belle couverture pour décevoir, de dire qué le service de Dieu estoit entretenu et avancé, quand les fidèles trouvoyent prompiement ce qu’ils devoyent offrir: mais pource que Dieu avoit destiné son Temple à d’autres usages, Christ ne s’arreste point aux choses qu’on pouvoit objecter contre l’ordre que Dieu avoit mis. Ce n’est pas de mesme quant à nos temples aujourd’huy : mais ce qui est dit du Temple ancjen, compète proprement à l'Eglise : car elle est en terre le Sanctuaire céleste de Dieu. Parquoy, nous devons avoir devant les yeux incessamment la majesté de Dieu, laquelle réside en l'Eglise, afin qu’elle ne soit par nous souillée d’aucunes pollutions. Or sa saincteté demeurera lors en son entier, quand on ne fera rien en icelle qui soit contraire à la parole de Dieu.
A7 Or ses disciples, etc. Aucuns se tormentent yei sans propos, demandans comment les disciples ont eu souvenance de l’Escriture, de laquelle ils estoyent encores ignorans. Car il ne faut pas entendre que ce passage de lEscriture leur
Car. IL veint lors en mémoire; mais depuis, quand estans divinement enseignez, ils considérèrent en eux-mesmes que signifioit ce faict de Christ, par l’addresse du S. Esprit ce passage de l’Escriture se présenta à eux. Et de faict, la cause des œu
vres de Dieu ne nous apparoist pas tousjours sur l’heure, mais puis après par succession de temps il nous manifeste son conseil. Et c’est une bride fort propre pour réprimer nostre audace et outrecuidance, à ce que nous ne murmurions contre Dieu, si quelque fois il advient que nous ne trouvions pas bon à nostre jugement ce que il fait. Nous sommes aussi admonestez que quand Dieu nous tient comme en suspens, il faut patiemment attendre le temps dune plus plene cognoissance, et réprimer la hastiveté excessive qui nous est naturelle. Car la raison pourquoy Dieu diffère la plene manifestation de ses œuvres, est afin qu'il nous retiene en modestie et humilité. Le sens donc est, que les disciples cognurent finalement que le zèle de la maison de Dieu, duquel Christ estoit embrasé, lavoit poussé à chasser hors ces profanations. Il ne faut point douter que David ne comprene sous le nom de Temple, tout le service de Dieu en général, prenant une partie pour le tout. Car le vers entier ha ainsi, Le zèle de ta maison m’a mangé, et les opprobres de ceux qui te reprochoyent sont cheus sur moy. On voit bien que le second membre respond au premier: et pour mieux dire, ce n’est qu'une répétition pour esclaircir ce qui avoit esté dit. La somme de tous les deux membres est, que David a esté d’une si grande affection songneux de maintenir la gloire de Dieu, qu’il à de bon gré présenté sa teste pour recevoir tous les opprobres que les malins jettoyent contre Dieu : et qu'il a esté embrasé d’un zèle si ardent, que ceste seule affection engloutissoit toutes les autres. Or il testifie bien qu’il avoit luy-mesme un tel sentiment : mais il ne faut point douter qu’il n'ait figuré en sa personne les choses qui convenoyent proprement au Messias. Et pourtant l’'Evangéliste dit que ça esté yci l’une des marques par lesquelles les disciples ont cognu que Jésus estoit pro-
Car. I.
tecteur et restaurateur du règne de Dieu.
Or il nous faut noter qu’ils ont suyvi la conduite de PEscriture, pour avoir telle opinion de Christ qu’il estoit convenable.
Et de faict, jamais homme n’entendra quel est Christ, ou à quel but tend tout ce qu’il a fait et enduré, sinon qu’il soit enseigné et addressé par lEscriture.
Parquoy, selon qu’un chacun de nous désirera de proufiter en la cognoissance de Christ, il aura aussi besoin de méditer diligemment l’Escriture. Au reste, ce n’est point sans cause que David fait mention de la maison de Dieu, quand il est question de la gloire d’iceluy. Car combien que Dieu ait en soy toute suflisance, et n’ait affaire de personne, mais se puisse passer de soy seul, toutesfois il veut que sa gloire soit cognue et magnifiée en l'Eglise. En quoy il monstre un
SUR S. JEHAN
kA
tesmoignage de l'amour qu’il nous porte, d'autant qu'il conjoint sa gloire avec nostre salut, comme d’un lien indissoluble. Il reste maintenant, afin que chacun de nous se dispose à imiter Christ (puis qu'en lexemple du Chef une doctrine générale est proposée à tout le corps : comme sainct Paul remonstre en lPEpistre aux Romains, chapitre XV, v. 3) qu’entant qu’en nous est nous ne soufrions point que le sainet Temple de Dieu soit pollué en façon que ce soit. Cependant -toutesfois il nous faut bien garder qu’aucun n’outrepasse les limites de sa vocation. Le zèle nous doit estre commun à tous avec le Fils de Dieu: mais cependant il n’est pas loisible d’empoingner un fouet pour corriger par voye de faict les vices.
Car nous n’avons pas receu mesme puissance ne commission.
18 Les Juifs donc respondirent, et luy dirent, Quel signe! nous monstres-tu
que tu fais telles choses?
19 Jésus respondit, et leur dit, Destr
relèveray. 20 Les Juifs donc dirent, Ce Temple
uisez ce temple, et en trois jours je le
a esté édifié par l'espace de quarante-
six ans, et tu le relèveras en trois jours ?
21 Mais ü parloit du temple de son corps.
22 Parquoy, quand il fut ressuscité
des morts, ses disciples eurent souve-
nance qu'il leur avoit dit cela: et creurent à l'Escriture, et à la parole que
Jésus avoit dite.
1) Ou, miracle.
18 Les Juifs donc respondirent, etc. | Quand en une si grande assemblée nul n’a mis la main sur Christ, et que nul de ces vendeurs de bestes et changeurs ne l’a repoussé par force et violence, nous pouvons recueillir qu'ils furent tous estonnez de Dieu, en sorte qu’ils demeurèrent là comme gens esperdus. Parquoy s’ils n’eussent esté du tout aveuglez, c’estoit un miracle assez évident, qu’un homme seul eust entreprins une si grande chose contre tant de gens: un homme sans armes contre gens puissans : un homme incognu contre si grans seigneurs. Car pourquoy ne luy résistoyent-ils, veu qu’ils estoyent les plus forts de beaucoup, sinon d'autant que leurs mains estoyent lasches, et comme rompues ? Toutesfois si ont-ils quelque cause de faire ceste interrogation. Car il n'appartient
pas à chacun de changer tout soudain, s’il y a quelque chose vicieuse, ou qui luy desplaise au Temple de Dieu. Vray est qu’il est en la liberté de tous de condamner les corruptions et abus: mais si un privé vient mettre la main pour les oster, il sera rédargué de témérité.
Pource que la coustume de vendre au Temple, estoit communément receuë, Christ à yei entrepris une chose nouvelle et non accoustumée: et pourtant à bon droict ils demandent qu'il prouve qu’il est envoyé de Dieu. Car ils prenent ce principe, Qu’il n’est point licite de rien changer en l’administration publique, sans certaine vocation et mandement de Dieu. Mais ils failloyent en l’autre poinct, qu’ils ne vouloyent point admettre la vocation de Christ, sinon qu’il eust fait miracle, Car cela n’a point esté perpétuel
és Prophètes et autres serviteurs: de Dieu, de faire des miracles : et Dieu ne s’est point astraint à ceste nécessité. Et pourtant ils font mal d'imposer loy à Dieu, en demandant un signe. Quant à ce que l’'Evangéliste récite que les Juifs l’ont intérrogué, il est certain que par ce mot il entend la multitude qui estoit là présente, et comme tout le corps de l’Église.
Comme s’il disoit, Que ce n’a point esté yci la parole seulement d’un ou de deux, ains de tout le peuple.
19 Destruisez ce temple, et en trois jours je le relèveray, etc. Cest une manière de parler allégorique : et Christ a ainsi parlé obscuréement de propos délibéré, d'autant qu’il les jugeoit indignes de response claire et ouverte, comme il tesmoigne ailleurs (Matth., XII, 44) qu'il parle en paraboles à eux, d'autant qu’ils ne peuvent comprendre les secrets du Royaume céleste. Or en premier lieu, il leur refuse le signe qu’ils demandoyent, ou pource que céla n’eust de rien proutité, ou pource qu’il sçavoit que le temps n’estoit pas opportun. I à bien quelquesfois fait des choses à leurs prières qui estoyent mesmes mal réglées et importunes. Il faut donc maintenant qu’il y ait eu quelque grande cause pourquoy il leur ait refusé ce qu’ils demandoyent. Cependant toutesfois afin que par cela ils ne pensent estre excusez, il leur donne à entendre que sa puissance sera approuvée et confermée par un signe excellent et non vulgaire, Car on ne pouvoit désirer une plus grande approbation de vertu Divine en Christ, que sa résurrection des morts. Mais Cependant il leur dit cela par figure, c’est-à-dire en termes cou- - vers, pource qu'il ne les estime pas dignes d'avoir une promesse ouverte. En somme, il traitte ces mal-heureux incrédules comme ils le méritent : et cependant contre tout leur mespris se maintient en authorité. Il est bien vray qu'il n’apparoissoit point encores qu’ils fussent du tout, obstinez : mais Cbrist sçavoit bien quelle estoit leur affection. Toutesfois on pourroit demander, Veu qu’il a tant fait de miracles, et de diverses sortes, pourquoy c’est qu'il n’en touche vyci
Cuar. II.
qu'un. Je respon qu’il s’est teu de tous les autres miracles, pource que la résurrection seule éstoit suffisante pour leur fermer la bouche : d'avantage, pource qu’il ne vouloit point prostituer la vertu de Dieu à leurs mocqueries, car aussi pour ceste raison mesme il a parlé par allégorie de la gloire de sa résurrection.
Pour le troisième, je di qu'il a mis en avant ce qui convenoit au propos. Car il monstre par ces paroles qu'il ha tout droict et authorité sur le Temple, veu qu'il ha si grande puissance à édifier. le vray Temple de Dieu. Or combien qu’ il accommode le nom de Temple à la circonstance du faict présent, toutesfois c’est bien proprement et convenablement, que le corps de Christ est appelé Temple. Le corps d’un chacun de nous est!
appelé Tabernacle (2 Cor., V,Y. Let A Pierre, I, 13Y 4° autant que l'âme habite en iceluy : : mais le corps de Christ a esté le domicile de sa Divinité. Car nous sçavons que le Fils de Dieu a tellement vestu nostre nature, que la majesté éternelle de Dieu a habité en la chair qu'il a | prise, comme en son sanctuaire. Quant | à ce que Nestorius abusoït de ce passage pour prouver que ce n’est pas un mesme et seul Christ, Dieu et homme : il est aisé de le réfuter. Car voyci l'argument qu’il faisoit, Le Fils de Dieu a habité en la chair comme en un temple : les natures doncques estoyent séparées en sorte qu’un mesme n’estoit pas Dieu et homme.
Mais on pourroit transférer cest argu- | ment aux hommes. Car il s’ensuyvyra de | cela que ce n’est point un homme seul, | celuy duquel l'âme habite au corps com- !
me en un tabernacle. Et pourtant c’est une sottise de vouloir faire servir ceste façon de parler à oster l’unité de personne en Christ. Au reste, il nous faut noter que nos Corps aussi Sont appelez temples de Dieu (1 Cor., IT, v. 46'et VI, 19 et 2 Cor., VI, 16) mais C’est en un autre sens, aSçavoir pource que Dieu habite en nous par la grâce et vertu de son S. Esprit : mais en Christ la plénitude de Divinité habite corporellementt, en sorte qu’il est vrayement Dieu manifesté en chair ?. £t je le relèveray au tiers jour.
1) Col., 11,9. 2) 1 Tim., IT, 16,
as
La
Caar. II.
Christ s’attribue la gloire de sa résurrection, et toutesfois l’Escriture tesmoigne par tout que c’est une œuvre de Dieu le Père. Mais les deux s'accordent très hien. Car l’Escriture, pour nous magnifier la puissance de Dieu, attribue expresséement au Père, qu’il à ressuscité son Fils dés morts : et.yei Christ se propose spécialement en sa majesté divine. EtsS.
Paul accorde tous les deux au chapitre VII de l’Epistre aux Romains, v. 11, car faisant l'Esprit autheur de sa résurrection, il le nomme indifféremment mainte- . nant Esprit du Père, maintenant du Fils.
20 Ce temple a esté édifié par l’espace de quarante-six ans, etc. La supputation de Daniel s accorde avec Ce passage : car il nombre sept sepmaines, lesquelles font quarante-neuf ans : mais avant que la dernière fust finie, le Temple fut parachevé. Quant à ce qu’en Phistoire d'Esdras est fait mention d’un temps beaucoup plus brief, combien que cela ait quelque apparence de répugnance, nonobstant il n’est point contraire aux paroles du Prophète. Car après que le Sanctuaire fut dressé, avant que l’édifice du Temple fust mis à fin, ils commencèrent à Offrir des Sacrifices. Depuis, l’œuvre commencée fut long temps entremise par là paresse du peuple : comme on peut veoir clairement par les complaintes du Prophète Haggée, chapitre I, v. 4. Car il reprend aigrement Îles Juifs de ce qu’ils estoyent trop diligens à bastir leurs maisons particulières, et cependant laissoyent imparfait le Temple de Dieu. Mais à quel propos font-ils mention du Temple, lequel Hérode avoit abatu quarante ans auparavant, ou environ? Car le Temple qu’ils avoyent pour lors, combien que €e fust un bastiment fort magnifique, et qui avoit cousté un merveilleux argent, avoit esté basti par Hérode en huit ans contre toute l'espérance des hommes, ainsi que Josèphe le récite au quinzième livre des Antiquitez Judaïques, chapitre dernier.
Je trouve vray-semblable qu’on prenoit ce nouveau bastiment du Temple, comme si l’ancien fust tousjours demeuré en son estat, afin qu'on y portast plus de révérence : et ainsi qu’ils ont parlé à la façon
SUR S. JEHAN
commune et usitée, disans, Que les Pères avoyent à grand’peine peu bastir ce Temple par l’espace de quarante-six ans. Au reste, ceste response démonstre bien de quelle affection ils ont demandé un signe.
Car. s’ils eussent esté prests d’obéir en toute révérence à un Prophète envoyé de Dieu, ils n’eussent rejetté avec un tel orgueil ce qu’il eur avoit dit de l'approbation de son office. Ils veulent avoir quelque tesmoignage de vertu Divine, et cependant ils ne veulent rien recevoir qui ne responde à la petite capacité des hommes. Voylà comment les Papistes demandent aujourd’huy des miracles : non pas qu’ils veulent donner lieu à la puissance de Dieu (Car ils ont cela pour arresté, qu'ils veulent donner le premier lieu aux hommes, et mettre Dieu derrière, et ne lascher tant peu que ce soit de ce qu’ils ont une fois receu par coustume et usage) mais afin qu’il ne semble que ce soit sans raison qu'ils sont rebelles à Dieu, ils prenent ceste couleur pour couvrir leur obstination. Voylà comment les cœurs des infidèles se tempestent en eux-mesmes d’une impétuosité aveugle, désirans que la main et puissance de Dieu leur soit monstrée, et toutesfois ne veulent pas qu’elle soit Divine.
22 Parquoy, quand il fut ressuscité des morts, ses disciples eurent souvenance. Ceste souvenance à esté semblable à la précédente, de laquelle S. Jehan a fait mention ci-dessus. Les disciples n'entendoyent point Christ quand il disoit ceci : mais puis après, ceste doctrine qui sembloit estre bien esvanouye en l'air et perdue, a produit fruit en son temps. Parquoy, combien que plusieurs choses soyent pour un temps obscures és faits et dits de Christ, il ne faut pas pourtant quitter là tout par désespoir, ne mespriser ce que nous n’entendons pas tout incontinent. Au reste, il nous faut bien noter yci la suite des mots, Qu'ils ont creu à l'Escriture, eë à la parole de Christ. Car l'Evangéliste signifie qu’en conférant l’Escriture avéc la parole de Christ, ils ont esté aidez à proufiter en la foy.
Car. IL.
93 Et luy estant en Jérusalem à Pasque au jour de la feste, plusieurs creurent en son Nom, contemplans les signes qu’il faisoit.
24 Mais Jésus ne-se fioit point en eux, par ce qu'il les cognoissoil tous.
25 Et qu'il ne luy estoit point de besoin qu'aucun luy rendist tesmoignage de l'homme : car il scavoit ce qui estoit en l’homme.
23 Et luy estantenJérusalem à Pasque au jour de la feste, etc. L’'Evangéliste conjoint bien à propos ce récit avec l'autre. Christ n’avoit point fait de signe tel que les Juifs le demandoyent : maintenant veu qu'il n’a rien proufité envers eux par tant de miracles, sinon qu’ils ont conceu une foy froide, et qui n’estoit qu’une ombre de foy, cest événement démonstre bien qu’ils estoyent indignes que Christ obtempérast à leurs désirs.
Vray est que Ça esté quelque fruit des signes, qu'il y en eut plusieurs qui creurent en Christ, et mesme ex son Nom, en sorte qu’ils faisoyent profession de vouloir suyvre sa doctrine. Car le mot de Nom, est yci mis pour Authorité. Ceste telle quelle apparence de foy, qui estoit encores sans vertu, se pouvoit convertir à la fin en vraye foy : ce pouvoit estre une préparation utile pour célébrer le nom de Christ envers les autres.
Toutesfois ce que nous avons dit demeure véritable, Qu'ils estoyent encores bien loin d’une droite affection, pour faire leur proufit des œuvres de Dieu comme il appartenoit. Au reste, ce n’a point esté une feintise de foy, par laquelle ils voulussent avoir bruit et se faire valoir entre les hommes. Car ils estoyent persuadez que Christ estoit quelque grand Prophète : et paraventure luy attribuoyentils mesme cest honneur de penser qu’il fust le Messias, duquel lattente estoit grande par tout alors. Mais pource qu’ils n’entendoyent pas quel estoit le propre
-office du Messias, leur foy estoit mal réglée, d'autant qu’elle s'arrestoit au monde et aux choses terriennes : outreplus, cestoit une persuasion froide et vuide de vraye affection du cœur. Car les hypocrites consentent à l'Evangile, non pas pour s’adonner à l’obéissance de Christ, ne pour suyvre de vraye et nayfve piété
Dieu qui les appelle : mais pource qu’ils n’osent totalement rejetter la vérité qu'ils ont cognue, et principalement quand ils ne -trouvent occasion d'y répugner. Car comme ils ne font pas la guerre à Dieu de leur propre gré et à leur plaisir : aussi quand ils sentent que la doctrine est contraire à leur chair et à leurs affections perverses, ils s’aigrissent incontinent, ou pour le moins ils se retirent de la foy qu’ils avoyent desjà conceue. Je n’enten doncques point que ceux que l'Evangéliste dit avoir creu, ayent fait semblant d’avoir une foy n’en ayans point : mais qu’ils ont esté aucunement contraints de se ranger à Christ. Et toutesfois il appert que leur foy r’estoit ne vraye ne légitime, veu que Christ les exclud du nombre des siens, au jugement duquel il se faut arrester. Joint que ceste foy dépendoit seulement des miracles, et n’avoit encores prins aucune racine en l'Evangile :
ainsi elle ne pouvoit estre ne ferme ne stable. Vray est que les miracles aident bien aux enfans de Dieu à parvenir à la foy : mais cela n’est point encores croire vrayement, quand ils ont en admiration la vertu de Dieu, pour croire simplement que la doctrine est vraye, et non pas pour s’assujétir du tout à icelle. Parquoy, quand il est parlé de la foy en général, sçachons qu’il y a une foy laquelle on appréhende seulement d’entendement, et puis après s’esvanouit facilement, d’autant qu’elle n’est point vivement imprimée au cœur. Et c’est celle que sainct
Jaques {chapitre I, v. 47 et 26) appelle -
morte : mais la vraye foy ha tousjours en soy l'Esprit de régénération. Au reste, notons que tous ne proufitent pas également és œuvres de Dieu. Car aucuns sont amenez jusques à Dieu par icelles, les autres en sont seulement touchez d’un mouvement aveugle et confus, en sorte