‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 30 sur 113 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

A Je suis le vray sep, el mon Père est le vigneron.

2 Il taille tout le sarment qui ne porte point de fruit en moy : et esmonde tout celuy qui porte fruit, afin qu'il porte plus de fruit.

3 Vous estes jà nets pour la parole que je vous ay dite.

4 Demeurez en moy, et moy en vous. Comme le sarment ne peut de soy porter fruit, s'il ne demeure au sep: ne vous aussi semblablement, si vous ne

demeurez en moy.

5 Je suis le sep, et vous en estes les sarmens. Qui demeure en moy, et moy en luy, porte beaucoup de fruit : car sans moy vous ne pouvez rien faire.

6 Si aucun ne demeure en moy, il est jetté hors comme le sarment, et se seiche : puis on l'amasse, et le met-on au feu, et brusle.

4 Je suis le vray sep, et mon Père est le vigneron. La somme de ceste similitude est, que nous sommes stériles et secs de nature, sinon qu’estans entez en Christ, nous puisons et tirons de luy une nouvelle vertu, provenante d’ailleurs que de nous. Au reste, combien que le mot Grec duquel use l’'Evangéliste yci au commencement, signifie aucunesfois la vigne, c’est-à-dire le champ où les seps sont

plantez : aucunesfois un sep : toutesfois |

je suis plustost de ceste opinion, que Christ se compare au champ où la vigne est plantée, et nous aux seps : combien que je n’en voudroye point débatre avec aucun. Seulement j’en ay voulu advertir les Lecteurs, afin qu’ils suyvent ce qu’il leur semblera plus vray-semblable par le fil du texte. Or qu’il nous souviene pour le commencement, de la règle qu’il nous faut tenir en toutes paraboles et similitudes : asçavoir qu’il ne nous faut point

curieusement ésplucher une chacune propriété de la vigne, ains seulement regarder en somme, à quelle fin Christ accommode ceste similitude. Il y a trois parties principales, Que nous n’avons faculté quelconque de bien faire que de luy :

que nous ayans racine en luy sommes taillez et purgez par le Père, et qu’il oste les seps infructueux, à ce qu'ils ardent estans jettez au feu. Il n’y a presque per-

sonne qui n’ait honte de nier que tout le

bien qu'il ba, il l’ha de Dieu : mais puis après les hommes imaginent une grâce universelle qui leur soit donnée : comme si elle leur estoit naturelle. Or Christ s’arreste principalement sur ceci, Que le suc vital, c’est-à-dire, toute la vie et vigueur procède de luy seul. Dont il s’ensuit que la nature de tous les hommes est infructueuse et stérile, et vuide de tout bien : pource que nul ne tient de la nature de la vigne, jusques à ce qu’il soit enté en luy : mais ceci est seulement donné aux éleus par une grâce spéciale.

Ainsi done, le premier autheur de toutes sortes de biens, c’est le Père, lequel nous plante de sa main : et le commencement de vie est en Christ, depuis que nous commençons de prendre racine en luy.

Quand il s'appelle le vray sep, c’est autant comme s’il disoit, Je suis vrayement le sep: les hommes donc se travaillent ‘pour néant de chercher vigueur ailleurs, d'autant qu’il ne viendra point de bon fruit d’ailleurs, que des seps qui seront produits de moy.

2 il taille tout le sarment qui ne porte point de fruit en moy, etc.

Pource qu'aucuns corrompent la grâce de Dieu, les autres suppriment malicieusement, les autres l’estouffent par leur lascheté et nonchalance : le Seigneur nous veut rendre songneux par ces paroles, quand il prononce que tous ceux qui seront seps inutiles et sans fruit, seront retranchez de la vigne. Mais on fait yei une question, Asçavoir-mon si ceux qui sont entez en Jésus-Christ, peuvent estre sans fruit. Pour respondre à cela, je di qu'il y en à plusieurs qui sont réputez estré de Ja vigne, selon lopinion des homes, qui toutesfois n'ont point fait racine en la vigne, Ainsi on voit és

Cuar. XV,

Prophètes que Dieu appelle sa vigne le

peuple d'Israël qui avoit nom d’Eglise par profession externe. £t esmonde tout celuy qui porte fruit, etc. Il enseigne par ces paroles, que les fidèles ont besoin d’estre assiduellement cultivez, s'ils ne veulent devenir bastars : et qu’ils ne pourront produire aucun bien, si Dieu ne met souvent la main en eux. Car il ne suffira point que nous ayons esté une fois faits participans de l'adoption, si nostre bon Dieu ne continue le cours de sa grâce en nous. Il parle de tailler ou purger, pource que nostre chair ha beaucoup de superfluitez et vices grandement nuisibles et n’est que trop fertile en cest endroit, qui croissent et pullulent sans fin, si nous ne sommes repurgez et taillez de la main de Dieu. Quand il dit que les vignes sont taillées, afin qu’elles apportent fruit en plus grande abondance, il monstre quels doyvent estre les avancemens des fidèles au cours de la vraye religion.

3 Vous estes jà nets pour la parole que je vous ay dite. 11 leur monstre qu’ils ont desjà expérimenté en eux-mesmes ce qu’il avoit dit : asçavoir pource qu’estans plantez en luy, ils ont aussi esté purgez. Puis après il monstre quel est le moyen de ceste purgation, asçavoir la doctrine. Et ne faut douter qu’il ne parle de la prédication externe, veu qu’il parle :

nomméement de.la parole laquelle ils avoyent ouye de sa propre bouche : non point que la voix proférée de la bouche d’un homme ait si grande eflicace : mais entant que Christ touche le cœur, et y besongne par son Esprit, la voix est l'organe ou l'instrument de la purgation.

Cependant Christ n’entend pas que les Apostres soyent purs de tout vice, mais il leur propose l’expérience, de laquelle :

ils puissent apprendre combien la continuation de la grâce est nécessaire. D’avantage il leur recommande et magnifie la doctrine de l'Evangile par le fruit qu’elle produit, afin qu'ils soyent d’autant plus aiguisez à la méditer continuellement, veu qu’elle est comme le couteau du vigneron, pour couper et retrancher les ordures et superfluitez.

4 Demeurez en moy, ei moy en vous

Case. XV. SUR S.

Comme le sarment ne peut de luymesme porter fruit, etc. I les exhorte derechef à estre affectionnez et songneux d'entretenir la grâce, laquelle ils avoyent receue : car la nonchalance de la chair ne peut jamais estre assez resveillée. Et de faict, nostre Seigneur Jésus-Christ ne tend à autre but, sinon à nous retenir sous ses ailes, comme une poule ses poussins : de peur que nostre inconstance nous transporte, et nous face voler de là à nostre ruine et perdition. À celle fin donc qu’il monstre qu’il n’a point commencé l'œuvre de nostre salut, pour la laisser imparfaite au milieu du chemin, il promet que son Esprit besongnera tousjours en nous, pourveu qu’il ne tiene à nous. Demeurez en moy, dit-il, pource que je suis prest de demeurer en vous. Outreplus, celuy qui demeure en moy, rapporte beaucoup de fruit. Par lesquelles paroles il déclare que tous ceux qui ont vive racine en luy, sont ceps fertiles.

5 Qui demeure en moy, et moy en luy, porte beaucoup de fruit. Car sans moy, etc. C’est la conclusion et applica- - tion de toute la similitude. Tandis que nous sommes hors de luy, nous ne rapportons aucun fruit qui soit bon et agréable à Dieu, pource que nous ne sommes nullement propres à bien faire. Les Papistes non-seulement amoindrissent ceste sentence, mais aussi en ostent la substance, et mesmes ne font que s’en mocquer pour se desvelopper. Car combien qu’ils confessent de bouche que nous ne pouvons rien sans Christ, toutesfois ils imaginent que nous avons de nostre costé quelque faculté laquelle n’est pas suffisante de Soy, néantmoins estant aidée de la grâce de Dieu, coopère (comme ils disent) c’està-dire besongne avec icelle. Et ne peuvent souffrir que l’homme soit tellement anéanti, qu’il ne confère quelque chose du sien. Mais ces paroles de Christ sont trop claires pour s’en desvelopper si aiséement qu'ils pensent. Voyci la belle doctrine des Papistes: Les hommes ne peuvent rien sans Christ : toutesfois es-

tans aidez par luy, ils ont quelque chose outre sa grâce. Mais Christ dit au contraire, que nous ne pouvons rien de nousmesmes. Le cep ne rapporte point de fruit de soy-mesme, dit-il. Il ne propose donc pas seulement une aide de sa grâce coopérante, mais aussi il nous prive entièrement de toute vertu, sinon de celle que luy-mesme nous fournit. Il nous faut donc résoudre ainsi ce mot, Sans moy, comme s’il y avoit, Sinon par moy. Ils ont encore une autre cavillation : car ils objectent que le cep ha quelque chose de pature : d'autant que si on plante en la vigne un autre surgeon stérile, il ne produira rien. Mais il est bien facile de soudre ceste belle difficulté : car Christ ne traitte pas que c’est que le cep ha de naturel avant qu’il soit uni à la vigne, mais plustost il entend que lors seulement nous commençons à estre faits ceps quand nous sommes unis avec luy, pour en tirer vigueur. Et certes l’Escriture monstre ouvertement ailleurs, qu'avant que nous soyons en luy, nous sommes un bois sec et inutile.

6 Si aucun ne demeure en moy, il est jetté hors comme le sarment. Leur proposant derechef la punition contre l’'ingratitude, il les aiguise et solicite à persévérance. Bien est vray que c’est un don de Dieu, mais ceste exhortation à crainte n’est pas superîlue : afin que nostre chair s’esgayant par trop, ne nous desracine, Or il est dit que ceux qui sont retranchez de Christ, devienent secs, comme un sarment mort: pource que comme le commencement de force et vigueur est de luy, aussi est la continuation perpétuelle. Non pas que jamais il adviene qu'aucun des éleus soit osté et retranché de la vigne : mais pour autant qu'il y a plusieurs hypocrites, qui selon l'apparence extérieure florissent, et verdoyent pour quelque temps, lesquels puis après, quand il faut rendre le fruit, monstrent tout le contraire de ce que le Seigneur attend et requiert des siens.

7 Si vous demeurez en moy, et mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et il vous sera fait.

Car. XV.

8 En cela mon Père est glorifié, que vous apportiez beaucoup de fruit, et

que vous soyez fails mes disciples.

-9 Comme le Père m'a aimé, ainsi vous ay-je aimez, Demeures aussi en mon

amour.

A0 Si vous gardez mes commandemens, vous demeurez en mon amour, COMme j'ay gardé les commandemens de mon Père, et je demeure en son amour. AA Je vous ay dit ces choses, afin que ma joye demeure en vous, el que

vostre joye soit plene.

7 Sivous demeurez en moy, et mes paroles demeurent en vous, etc. Pource que les fidèles sentent bien souvent qu’ils sont affamez, et qu’ils sont bien loin d’estre pleins de ceste bonne graisse qui soit suffisante pour leur faire porter un fruit abondant, à ceste cause ceci a esté expresséement adjousté, Que de quelque chose que ceux qui sont en Christ ayent besoin il y a remède prest pour subvenir à leur indigence, aussi tost qu’ils auront demandé à Dieu. Voyei une admonition grandement utile : car le Seigneur souffre bien souvent que nous soyons comme affamez, pour nous exercer à prier : mais si nous recourons à luy, il ne défaudra jamais à ce que luy demanderons : ains fournira de son abondance infinie tout ce de quoy nous aurons besoin, À Cor., I; 5.

Quand il dit, Sè mes paroles demeurent en vous, il signifie que nous prenons racine en luy par foy : car aussi tost qu’on s’est destourné ou recullé de la doctrine de l'Evangile, C’est chercher hors de luy.

Quand il promet que nous obtiendrons tout ce que nous demanderons, ce n’est pas à dire qu’il nous baïille congé de demander tout ce que nous voudrons à n0stre fantasie: veu que Dieu prouvoiroit mal à nostre salut, s’il se rendoit ainsi facile et tant obtempérant à nos désirs:

car On sçait assez comment le plus souvent les hommes s’esgayent en désirs fols, et désordonnez. Mais il restraint vei les désirs de ses fidèles à la droite règle de bien prier, laquelle assujetit au bon plaisir de Dieu toutes nos affections. Et la circonstance de ce passage conferme ceci: car il entend que les siens veulent et désirent non pas des honneurs, ne des richesses, ni autre chose semblable que la chair appète follement, mais une vertu vigoureuse du sainct Esprit, qui les face fructifier.

8 En cela mon Père est glorifié, que vous apportiez beaucoup de fruit, etc. C’est une confirmation de la sentence précédente : car il monstre qu’il ne faut nullement douter que Dieu n’exauce les prières de ses fidèles, quand ils désireront d’estre rendus fructueux : veu que celà sert grandement à sa gloire. Cependant aussi par ceste fin ou effet, il allume en eux le désir de bien faire: pource qu’il n’y à rien que nous devions avoir en plus grande recommandation, que le nom de Dieu soit magnifié et glorifié par nous.

Le second membre aussi tend à ce mesme but, quand il dit, 4fin que soyez mes disciples : car il prononce qu’il n’avoue personne de son troupeau, - Sinon celuy qui fructifie à la gloire de Dieu.

9 Comme le Père ma aimé, ainsi aussi vous ay-je aimez, etc. Il à voulu exprimer beaucoup plus grande chose qu’on n’estime communéement: car Ceux qui pensent qu’il parle de l’amour secrète du Père qu’il a tousjours eue envers son Fils, philosophent yci hors de propos :

veu que plustost l'intention de Jésus- Christ a esté de mettre (par manière de dire) en nostre sein un gage asseuré de l'amour de Dieu envers nous. Ce n’est

| donc point à propos du présent passage,

de subtilizer comment le Père s’est tousjours aimé en son Fils: mais l’amour de laquelle il est yei parlé, doit estre rapportée à nous. Car Jésus-Christ testifie que il est aimé de son Père, entant qu'il est le Chef de l'Eglise: comme de faict cela nous est plus que nécessaire : car celuy qui sans le Médiateur cherche comment il est aimé de Dieu, s’entortille en un 1abyrinthe, auquel il ne trouvera ni entrée ni issue. Et pourtant il nous faut dresser les yeux sur Jésus-Christ, auquel nous trouverons le tesmoignage et gage de l'amour de Dieu tout évident: car l’a-

Cuar. XV.

mour de Dieu a esté plenement espandue sur luy, afin que de luy elle descoulast sur ses membres. Entre ses autres gràces il a esté principalement orné de ce titre, Qu'il est le Fils bien-aimé de Dieu, auquel la volonté du Père prend son repos et bon plaisir, Matth., ITT, 47. Mais il faut noter la fin de ce titre : asçavoir à ce que Dieu nous ait agréables en luy.

Ainsi donc nous pouvons contempler en luy comme en un miroir, amour et bonté paiernelle de Dieu envers nous tous: car il n’est paint aimé à part ne pour son proufit particulier, mais à celle fin qu'il nous conjoigne au Père avec soy. Demeurez en mon amour. AUCUNS EXPOsent ceci en ceste sorte, que Christ requiert de ses disciplesune amour mutuelle.

Les autres le prenent mieux, qui l’exposent de l’amour du Fils de Dieu envers nous: car il veut que nous jouissions sans fin de l'amour de laquelle il nous a une fois aimez: et pourtant il remonstre qu’il nous faut garder de nous en priver nousmesmes: car plusieurs refusent la grâce quand elle leur est offerte: les autres rejettent ce qu’ilsavoyent desjà entre mains.

Ainsi donc, depuis que nous avons esté receus en la grâce de Jésus-Christ, il faut aviser que par nostre propre faute nous ne décheyons d’icelle. Aucuns infèrent mal à propos de ces paroles, qu’il n’y a aucune efficace en la grâce de Dieu, si elle n’est aidée par nostre constance. Car je n’accorde pas que le S. Esprit seulement requière de nous ce qui est de nostre puissance: mais il monstre ce qu’il faut que nous facions, afin que si forces nous défaillent, nous ne les demandions et cherchions ailleurs. Comme quand Jésus-Christ nous exhorte yci à persévérance, il ne faut pas que nous-nous appuyons sur nostre force et propre industrie: mais nous devons prier celuy mesme qui nous fait ce commandement, qu'il nous conferme en sa dilection.

40 Sè vous gardez mes commandemens, vous demeurerez en mon amour, etc. I monstre quel est le moyen de persévérer: asçavoir si nous SUyvons où il nous appelle. Car comme dit S. Paul, (Romains, VITE, 4) Ceux qui sont en Jé-

sus-Christ, ne cheminent pas selon la

SUR S

chair, mais selon l'Esprit. Car ces deux choses sont perpétuellement conjointes, asçavoir la foy, laquelle appréhende Pamour gratuite de Christ, et la bonne conscience et nouveauté de vie. Et certes Jésus-Christ ne réconcilie point les fidèles au Père, à ce qu’ils ayent congé de se desbaucher à leur plaisir, laschans la bride à leurs folles concupiscences : mais afin que les gouvernant par son Esprit, il les retiene sous la main et domination de son Père. Dont il s’ensuit que ceux-là rejettent l'amour du Seigneur Jésus, lesquels ne monstrent par vraye obéissance qw’ils sont ses disciples. Si quelqu'un objecte que la fermeté de nostre salut dépend de nous: je respon qu’on fait tort aux paroles de Jésus-Christ de les tirer à ce but: car lobéissance que les fidèles luy rendent, est plustost l’eïflet de son amour qu’il continue envers nous, que la cause. Et d’où vient cela qu’ils respondent à leur vocation, sinon qu’ils sont gouvernez et menez de l'Esprit d’adoption gratuite? Mais il semble bien que la condition qui nous est imposée, est trop difficile : asçavoir que nous gardions les commandemens de Christ, lesquels contienent perfection entière de justice, laquelle à la vérité surmonte de beaucoup nostre mesure: car il s’ensuit de là, que l'amour du Fils de Dieu sera inutile, si nous ne sommes douez d’une saincteté ou:

pureté Angélique. La solution est facile :

car quand Jésus-Christ fait mention du désir et effort de bien et sainctement vivre, il n’exclud pas ce qui est le principal article en sa doctrine, asçavoir de l’imputation gratuite de justice: laquelle fait que par le pardon gratuit nos œuvres sont agréables à Dieu, lesquelles d’ellesmesmes estans imparfaites et souillées, méritoyent bien d’estre rejettées. Les fidèles donc sont réputez garder les commandemens de Jésus-Christ, quand ils appliquent là leur zèle et affection, combien qu’ils soyent encore bien loin du but: car ils sont délivrez de ceste rioueur de la Loy, Maudit est quiconque n'aura accompli toutes les choses, etc.

Deut., XX VII, 26. Comme j'ay gardé les commandemens. Comme nous sommes éleus en Jésus-Christ, aussi l’image

de nostre vocation nous est au vif représentée en luy. Et pourtant à bon droict il se propose yei pour patron, à l’imitation duquel tous fidèles se doyvent conformer. En moy (dit-il) reluit et est au vif représentée la similitude des choses que je requier de vous: car vous voyez bien comment je suis vrayement addonné à rendre parfaite obéissancé à mon Père, et comme je persévère en ceste vocation.

Luy aussi de son costé m'a aimé, non point pour un moment, ou quelque peu de temps, mais il continue perpétuellement son amour envers moy. Or ceste conformité entre le Chef et les membres nous doit estre devant les yeux incessamment, non-seulement afin que les fidèles s’estudient à se former à l'exemple de Christ, mais afin qu’ils ayent bonne confiance qu'ils seront tous les jours réformez par son Esprit de bien en mieux, pour cheminer en nouveauté de vie jusques à la fin.

A1 Je vous ay dit ces choses, afin que ma joye demeure en vous, etc. Il adjouste que son amour n’est point incognue aux fidèles: mais qu’elle est cognue par le sentiment de la foy, à ce que leurs consciences jouissent de la paix et repos bien-heureux. Car la joye de laquelle il parle, provient de ce repos, lequel ont avec Dieu tous ceux qui Sont justifiez par grâce. Toutes fois et quantes donc qu’on nous presche l’amour et bonté paternelle de Dieu envers nous, sçachons que matière de vraye resjouissance nous est donnée, afin qu'ayans les consciences paisibles, nous soyons certains de nostre salut. Au reste, ceste joye est appelée

Cuar. XV.

Joye de Jésus-Christ, et nostre joye, par divers regars. Elle est de Jésus-Christ, pource qu’elle nous est donnée de luy: car il en est autheur et cause. Je di qu’il en est la cause, d’autant que nous avons esté exemptez de condamnation, quand le chastiment de nostre paix a esté mis sur luy. Je l’appelle aussi autheur: pource que par son Esprit il efface et oste toute crainte et anxiété de nos cœurs: dont sort ceste plaisante et belle resjouissance. Elle est appelée nostre, pour une autre raison, d'autant que nous jouissons d’icelle depuis qu’elle nous est donnée. Or puis que Christ prononce qu’il a dit ces choses afin que les disciples se resjouissent, nous concluons par ces paroles que tous ceux qui auront bien proufité en ce sermon, auront en quoy ils se puissent reposer. Par ce mot Demeurer, il signitie que la joye de laquelle il fait mention, n’est point caduque ou temporelle, mais qu’elle ne s’escoule jamais. Parquoy apprenons de chercher en la doctrine de Jésus-Christ l’asseurance de salut, laquelle ait force et vigueur tant en la vie qu’en la mort. Æt que vostre joye soit plene.

Il adjouste que ceste joye sera plene et solide : non pas que les fidèles soyent entièrement exempts de toute tristesse, mais pource que la matière de joye surmontera: en sorte que jamais ils ne seront engloutis d’aucune-crainte, ou tristesse, ou anxiété : car ne la vie, ne la mort, ni aucunes fascheries ou misères n’empescheront point ceux ausquels il est ottroyé de se glorifier en Christ, qu'ils ne desfient hardiment toute tristesse.

12 C’est mon commandement, que vous aimiez l'un l'autre, comme je vous

ay aimez.

13 Nul n'ha plus grande amour que ceste-ci, asçavoir quand quelqu'un met

son &me pour ses amis.

14 Vous serez mes amis, si vous faites tout ce que je vous commande.

45 Je ne vous di plus mes serviteurs : car le serviteur ne scait que son maistre fait. Mais je vous ay dit mes amis: pourtant que je vous ay fait cognoistre tout ce que j ay ouy de mon Père.

12 C'est mon commandement que | dressions nostre vie selon le commandevous aimiez l'un l'autre comme je vous | ment de Christ, il faut entendre en preay aimez. Puis qu'il convient que nous | mier lieu que c’est qu’il veut et ordonne.

Cuar. XV.

Maintenant donc il répète ce qu’il avoit dit auparavant, qu’il veut sur toutes choses que les fidèles exercent mutuelle charité entre eux. Vray est que l’amour et révérence de Dieu précède : mais pource que le vray tesmoignage d’icelle est en la dilection du prochain, il s’arreste principalement sur ce poinct. Au reste, comme ci-dessus en l'observation générale de la doctrine il nous à proposé un patron lequel nous devons ensuyvre, autant en fait-il maintenant en une espèce : car il a aimé tous les siens, à celle fin qu’ils s’aiment l’un l’autre. Au surplus, nous avons dit au chapitre précédent pourquoy il ne parle point yci expresséement d'aimer les incrédules.

43 Nul n'ha plus grande amour que ceste-ci. Quelque fois le Seigneur Jésus presche la grandeur de son amour envers nous, pour mieux confermer la fiance de nostre salut : mais yei il passe plus outre, asçavoir à nous enflamber par son exemple à aimer nos frères. Toutesfois il conjoint l’un et l’autre ensemble : car il veut que nous goustions par fey la douceur inestimable de sa grande bonté. En après, il nous attrait par ce moyen à suyvre l'exercice de charité. Sainet Paul (Ephés.

V, 2) procède d’une semblable facon, disant, Cheminezendilection, comme Christ nous a aimez, et s’est livré soy-mesme pour nous en oblation et sacrifice à Dieu en odeur souefve. Dieu nous pouvoit bien racheter en disant seulement le mot, ou par sa simple volonté, si bon ne luy eust semblé autrement pour nostre proufit, afin que n’espargnant point son propre Fils et unique, il donnast à entendre en la personne d’iceluy, quel grand soin il ha de nostre salut. Or maintenant il faut bien que les cœurs qui ne pourront estre amollis par ceste douceur tant inestimable de l'amour de Dieu, soyent plus durs que fer ou pierre. Toutesfois on fait yei une question, Comment Jésus- Christ est mort pour ses amis, veu que nous luy estions ennemis avant qu’il nous réconciliast. Car faisant la purgation de nos péchez par le sacrifice de sa mort, il a effacé l’inimitié qui estoit entre Dieu et nous. Nous avons donné la solution de ceste question au troisième chapitre ci-

SUR S. JEHAN

dessus, où nous avons dit que vray est qu'il y à dissension entre Dieu et nous, au regard de nous, jusqu’à ce que nos péchez soyent abolis par la mort de Jésus-Christ : et au reste; que l'amour perpétuelle de Dieu, de laquelle il aimoit mesme ceux qui luy estoyent ennemis, à esté la cause de ceste grâce, qui a esté manifestée en Jésus-Christ. En ceste sorte aussi le Fils de Dieu à exposé sa vie pour ceux qui estoyent estrangers, mais tellement estrangers, qu’il les aimoit desjà : autrement il ne fust point mort pour eux.

A4 Vous serez mes amis, Si vous faites tout ce que je vous commande.

n'entend pas que nous obtenions un si grand honneur par nostre propre mérite :

mais il remonstre seulement sous quelle condition il nous reçoit en grâce, et nous daigne réputer du nombre de ses amis :

comme il a n’aguères dit, Vous demeurerez en ma dilection, si vous gardez mes commandemens. Car comme il est dit (Tite, IF, 41.) La grâce de Dieu nostre Sauveur est apparue, nous instruisant que renonçans à toute impiété et désirs mondains, nous vivions chastement, religieusement et sainctement en ce monde.

Mais au contraire, les hommes profanes qui se desbordent contre Jésus-Christ, par un mespris détestable de son Evangile, renoncent à son amitié.

15 Je ne vous di plus mes serviteurs, car le serviteur ne sçait, etc. Il démonstre par un autre argument l'amour qu'il portoit à ses disciples : asçavoir qu'il s’est déclaré à eux entièrement, comme porte la communication familière entre amis. Je vous ay (dit-il) beaucoup plus déféré, que l’homme mortel n’a accoustumé de déférer à ses serviteurs.

Prenez donc ceci pour gage de la charité que j’ay envers vous, que je VOUS ay exposé amiablement et bénignement les secrets de la sapience céleste, lesquels j'avoye ouys de mon Père. Voylà vrayement une louange excellente donnée à l'Evangile : asçavoir que nous y avons le cœur de Christ ouvert (par manière de dire) afin que nous ne doutions point de son amour, ou l’appréhendions légèrement. ]] ne faut point que nous désirions

de monter par-dessus les nues, ou d’entrer au profond des abysmes, pour chercher la certitude de nostre salut. Contentons-nous de ce tesmoignage d'amour, qui est contenu en l'Evangile : car nous n’en serons jamais trompez. Moyse disoit au peuple ancien, Y a-il nation si noble sous le ciel, qui ait Dieu si prochain de soy, comme aujourd’huy Dieu se communique à toy? Deut., IV, 7. Mais encore nostre noblesse est plus excellente, depuis que Dieu s’est entièrement donné à nous en son Fils. Cela fait que d'autant plus est vileine et meschante l’ingratitude et perversité de ceux qui ne se contentans point de la sapience admirable de l'Evangile, courent à des nouvelles spéculations par un appétit orgueilleux.

Tout ce que j'ay ouy, etc. C’est une chose bien certaine que les disciples n’ont point cognu tout ce que le Fils de Dieu sçavoit. Et certes il ne se pouvoil faire qu'ils atteignissent jusqu’à une si grande hauteur. Et comme ainsi soit que la sapience de Dieu soit incompréhensi-

Car. XV.

ble, il a départi certaine mesure de science à un chacun, selon qu’il a cognu en estre besoin. Pourquoy donc dit-il qu’il a manifesté toutes choses P Je respon que ceci ge doit restraindre à la personne du Médiateur et à son office. Il se met au milieu entre Dieu et nous, ayant puisé et receu du secret sanctuaire de Dieu les choses, pour nous les donner de main en main. Jésus-Christ donc n’a rien omis envers ses disciples de toutes les choses qui estoyent pour nostre salut, et lesquelles il nous estoit besoin et expédient de sçavoir. Par ce moyen, entant qu’il est ordonné Maistre et Docteur unique de l'Eglise, il n’a certes rien ouy de son Père, qu’il n’ait fidèlement enseigné à ses éleus et fidèles. Seulement apportons un désir prompt et une affection humble d'apprendre, et nous sentirons que ce nest point sans bonne raison que sainct Paul appelle l'Evangile sapience, qui rend les hommes parfaits, Colossiens, [, 28.

16 Fous ne m'avez point éleu: mais je vous ay eleus, el vous ay ordonnez, afin que vous alliez, et apportiez fruit, et que vostre fruit soit permanent, à celle fin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il le vous

donne.

17 Je vous commande ces choses, afin que vous-vous aimiez l'un l'autre.

18 Si le monde vous haît, scachez qu'il m'a eu en haine premier que vous.

19 Si vous eussiez esté du monde, le monde aimeroit ce qui seroit sien: or pource que vous n'estes point du monde, mais que je vous ay éleus du monde,

pourtant vous haît le monde.

20 Ayez souvenance de la parole que je vous ay dite, Que le serviteur n’est point plus grand que son maistre. S'ils m'ont persécuté, aussi vous persécuteront-ils : s'ils ont gardé ma Parole, aussi garderont-ils la vostre.

21 Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon Nom : pource qu'ils

n'ont point cognu celuy qui ma envoyé.

16 Vous ne m'avez point éleu : mais je vous ay éleus, et vous ay ordonnez,

- elc. Il exprime encore plus clairement

que ce qu’ils sont parvenus à un si excellent honneur, ne doit point estre imputé à leur mérite, mais à sa grâce. Car quand il dit qu’il n’a point esté éleu par eux, c’est autant comme s’il disoit que tout ce qu’ils ont, ils n’en ont rien acquis par leur propre sçavoir ou industrie.

On a accoustumé d'imaginer une concur-

rence mutuelle de la grâce de Dieu et de la volonté humaine : mais ceste opposition, Je vous ay éleus, vous ne mw’avez point éleu : attribue entièrement au seul Seigneur Jésus ce qu’on à accoustumé de partir entre luy et l’homme : comme s’il estoit dit que l’homme n’est point esmeu à chercher Jésus-Christ de son bon gré, jusques à ce qu’il ait esté cherché par iceluy. Il est bien vray qu’il n’est point yei question de l’élection commune

Cuar. XV.

des fidèles, par laquelle ils sont adoptez pour estre enfans de Dieu : mais de l’élection particulière, par laquelle il avoit destiné ses Apostres à l'office de prescher l'Evangile. Toutesfois s’ils ont esté gratuitement et sans aucun mérite éleus à la dignité et office d’Apostre, il est tout certain que beaucoup plus Pélection est gratuite, par laquelle d’enfans d’ire et de semence maudite nous sommes faits héritiers de la vie éternelle.

Joint que Christ en ce passage exalte tellement sa grâce, par laquelle ils avoyent esté éleus et ordonnez pour estre Apostres, que quant et quant il conjoint la grâce première, par laquelle ils avoyent esté insérez au corps de l'Eglise : ou pour mieux dire, il comprend sous ces mots généralement toute la dignité et l'honneur qu’il leur avoit conféré. Cependant toutesfois je confesse bien qu’il est yei proprement et notamment parlé de l’office d’Apostre : car l'intention du Seigneur Jésus est d'inciter ses disciples à exécuter leur office diligemment et fidèlement. Il tire la matière de son exhortation de la faveur gratuite qu’il leur avoit faite : car tant plus que nous sommes obligez au Seigneur, tant plus aussi fautil que nous soyons fervens à luy rendre les services qu’il requiert de nous: autrement nous-nous monstrerons vileinement ingrats. Dont il appert qu’il n’y a rien qui nous doyve plus vivement inciter à vivre bien et sainctement, que quand nous reécognoissons que nous devons tout à Dieu, et que nous n'avons rien de propre à nous, et que tant le commencement de nostre salut, que toutes les parties qui s’en ensuyvent, descoulent de sa miséricorde gratuite. Or nous pouvons bien veoir clairement combien ceste sentence de Christ est véritable, par ce que Jésus à éleu pour ses Apostres ceux qui pouvoyent sembler estre les plus mal propres sur tous autres : combien qu’en leur personne il a voulu monstrer un tesmoignage perpétuel de sa grâce. Car comme dit S. Paul en la 2e aux Corinth., chap. I, v. 16, Qui est celuy d’entre tous les hommes qui sera trouvé idoine pour exécuter ceste Ambassade bienheureuse, par laquelle Dieu réconcilie à

SUR S. JEHAN

soy le genre humain? Ou pour mieux dire, qu'est-ce de l’homme mortel, pour dire qu’il soit suffisant à représenter la personne de Dieu ? Il n’y a donc que Jésus-Christ qui fait les hommes idoines par son élection. Et pour ceste cause sainct Paul attribue son office d’Apostre à la grâce, Rom., I, 5. D’avantage, il dit aux Galat., chapitre I, v. 15, qu’il a esté segregé du ventre de sa mère. Et qui plus est, veu que nous sommes {ous serviteurs du tout inutiles, ceux qui semblent bien estre les plus excellens de tous les autres, ne seront pas suflisans ou idoines, non pas mesme pour la plus petite vocation, jusqu’à ce qu'ils soyent éleus. Cependant, tant plus que quelqu'un sera eslevé haut à quelque degré d'honneur, qu’il se souviene qu'il est d'autant plus obligé à’ Dieu. Æt vous a ordonnez. L'élection est cachée et occulte jusqu’à ce qu’elle soit manifestée de faict, quand la charge est baillée à l’homme, à laquelle il estoit destiné.

Comme en ce #r des Gal., saint Paul après avoir dit qu’il a esté segregé du ventre de sa mère, il adjouste puis après qu’il a esté créé Apostre, quand il a semblé bon à Dieu. Aïnsi le Seigneur testifie qu’il cognoissoit bien Jérémie avant qu’il fust au ventre de sa mère, lequel nonobstant il appelle à l'office de Prophète en son temps limité et destiné, Jérém., I, v, 5. Bien est vray qu’il se pourra faire que quelqu'un estant desjà façonné viendra à faire l'office d’enseigner, et mesme cela est ordinaire en l'Eglise, qu'aucun

ne soit appelé, qui ne soit desjà garni

de grâces nécessaires. Quant à ce que Christ se fait autheur des deux, il ne s'en faut pas esbahir : veu que le Père ne besongne que par luy : et luy besonghe avec son Père. Ainsi donc, tant l'élection que l’ordination ou vocation est commune à tous deux. Afin que vous alliez. Il monstre maintenant à quel propos il à fait mention de sa grâce : asçavoir afin qu’il les rendist plus alaigres à la besongne. L’Apostolat n’estoit point une dignité sans soin et oisive, mais ils avoyent à combatre avec grandes difficultez. Et pourtant Christ leur donne courage, à celle fin qu’ils ne refusent ne

labeurs, ne dangers, ni ennuis, ne fascheries quelconques. Cest argument est tiré de la fin : mais après Christ argumente par l'effet, quand il dit, Et apporliez fruit. Car à grand’peine se peut-il faire que quelqu'un s’employe à la besongne diligemment et à bon escient, s’il n’ha espérance que son labeur rapportera quelque fruit. Pourtant Christ prononce que leurs efforts ne seront point frustratoires ni inutiles, pourveu qu’ils soyent prompts à obéir et suyvre où il les appellera. Car il ne donne point seulement règle à ses Apostres de ce que leur condition porte ou requiert, mais il leur promet aussi issue heureuse : afin qu’ils ne devienent languissans, ou qu’ils ne se refroidissent. À grand’peine pourroit-on dire de combien grande importance est ceste consolation contre les tentations qui à toutes heures survienent aux ministres de Jésus-Christ. Ainsi donc, toutes fois et quantes qu’il nous semble que nous perdons nostre temps, réduisons ceci en mémoire, Que Christ fera finalement que nostre labeur ne sera point vain ne sans effet : car quand il w’apparoist devant nos yeux aucun fruit, c’est lors principalement que ceste promesse ba lieu. Les gaudisseurs, et ceux qui semblent bien estre sages selon le monde, se mocquent aujourd’huy et rient de nous, comme travaillans inconsidéréement et disent que cest temps et veine perdue à nous, de penser mesler le ciel avec la terre : pource que cependant le fruit n’est point correspondant à nos désirs. Mais puis que le Fils de Dieu a promis au contraire, que le fruit s’ensuyvra, lequel est caché pour quelque temps, ne laissons pas pour toutes les mocqueries et gaudisseries du monde de travailler diligemment à faire nostre office. On fait yei une question, Pourquoy Christ dit que ce fruit sera perpétuel, en disant, Et que vostre fruit soil permanent.

Pource que la doctrine de l'Evangile acquiert les âmes à Jésus-Christ en salut éternel, plusieurs pensent que cela est la perpétuité de fruit. Mais j’esten ceste sentence bien plus loin : asçavoir que PEglise demeurera jusques à la fin du monde. Car le labeur des Apostres fruc-

Cuar. XV,

tifie encore aujourd’huy, et nostre prédication n’est pas seulement pour un aage, mais elle peuplera l'Eglise, en sorte qu'on en verra sortir nouveau fruit après nostre mort. Quand il dit, Vostre fruit, il parle comme si ce fruit estoit acquis par leur industrie : et toutesfois sainct Paul enseigne que ceux qui arrousent ou plantent, ne font rien, en la 4re aux Corint., chapitre JET, v. 7. Et de faict, la création de l'Eglise est une œuvre si excellente et haute, que la gloire n’en doit point estre attribuée aux hommes. Mais pource que ce bon Dieu desploye sa vertu par la main des hommes, afin qu'ils ne travaillent en vain, il a aussi accoustumé de leur transférer ce qui luy est propre.

Cependant toutesfois souvenons - nous qu’il loue si libéralement.ses disciples, afin de leur donner bon courage, et non pas pour les enfler. 4 celle fin que tout ce que demanderez, etc. Ce membre n’a point esté adjousté comme une sentence rompue, ainsi que plusieurs pourroyent penser. Car comme ainsi soit que desjà la charge d'enseigner surmonte de beaucoup les forces humaines, il y survient des assaux innumérables de Satan, lesquels on ne pourroit jamais soustenir sans la vertu de Dieu. Aïnsi donc à celle fin que les Apostres ne perdent courage, Jésus-Christ vient au-devant avec un bon remède : comme sil disoit, Si vous y trouvez de la difficulté si grande que ne puissiez satisfaire à exécuter vostre charge et office, mon Père ne vous défaudra point : car je vous ay ordonnez ministres de l'Evangile à ceste condition, que mon Père aura le bras estendu pour vous aider, toutes fois et quantes que vous luy ferez requeste en mon Nom qu’il vous donne secours. Et de faict, ce qu’il y a plusieurs docteurs qui s’anéantissent par nonchalance, ou perdent tout courage et espoir de faire leur charge, cela ne vient d’ailleurs sinon qu’ils sont paresseux à s'exercer en prières. Parquoy ceste promesse du Fils de Dieu nous solicite à invoquer Dieu : car quiconque recognoistra l'issue de l'œuvre estre de Dieu seul, cestuy-là offrira son labeur avec crainte et tremblement. Au contraire, celuy qui s'appuyant sur sa propre force et indus-

Car. XV.

trie n’est point sorngneux à invoquer l’aide de Dieu, ou il jettera [à la lance, l’espée et le bouclier, quand ce viendra au besoin, ou bien il pourra travailler beaucoup, et toutesfois ne proufitera rien. Or il nous faut yci bien garder de deux vices, asçavoir d’arrogance et de desfiance : car tout ainsi que ceux qui pensent avoir la chose en leur main, ne tienent pas grand conte de l’aide de Dieu, aussi plusieurs succombent pour les difficultez, pource qu'ils ne considèrent pas qu'ils bataillent par la vertu de Dieu, sous lenseigne duquel ils marchent en guerre.

17 Je vous commande ces choses, afin que vous aimiez l’un l’autre. Ceci aussi est adjousté bien à propos, afin que les Apostres sceussent que la dilection mutuelle est requise entre les ministres sur toutes choses, à ce qu’ils s’employent tous d’un commun accord à édifier l'Eglise. Car il n’y a point de plus grand empeschement, que quand chacun travaille à part, et tous ne rapportent pas en commun leurs labeurs. Si donc les ministres wentretienent société fraternelle entr’eux, il pourra bien advenir qu'ils dresseront quelque grande apparence de bastiment, mais ce seront toutes choses lourdes, mal jointes et compassées, et cependant il n’y aura en cela aucun édifice d’'Eglise.

18 Si le monde vous hait, scachez qu'il ma eu en haine premier que vous.

Après que Christ a armé ses Apostres au combat, il les exhorte quant et quant à patience : car l'Evangile ne peut estre publié, que le monde n’enrage incontinent. Parquoy il ne se pourra jamais faire que les fidèles Docteurs évitent les haines du monde. Jésus prédit ceci de bonne heure, afin qu’il ne leur adviene ce qu’on voit communéement advenir aux nouveaux gendarmes, lesquels par faute d'expérience font des vaillans, avant qu’avoir veu les ennemis : mais quand la bataille est preste à donner, ils sont tout esperdus de frayeur. Et le Seigneur Jésus n'advertit pas seulement les siens, afin qu’ils ne soyent surprins à cesprouveu, et que rien de nouveau ne leur adviene, mais aussi il les conferme par son exem-

SUR S. JEHAN

ple. Car ce n'est pas raison que Christ ait esté hay au monde, et que nous qui représentons sa personne, ayons le monde favorable, lequel est tousjours semblable à soy-mesme. Jay mieux aimé traduire, Vous sçavez, que Sçachez :

combien que si quelqu'un est de contraire avis, je n’y Contredi pas : car le sens n’est en rien changé pour cela. Mais au mot qui s'ensuit incontinent après, il y a plus de difficulté : car quand il s’appelle premier que les disciples, cela se peut rapporter tant au temps qu’à la dignité.

La première exposition est plus receue, Asçavoir que Christ a esté hay du monde avant que les Apostres. Mais j’approuve plus la seconde, que veu que Christ (qui toutesfois est beaucoup plus excellent) p’a point esté exempt des haines du monde, les serviteurs et ministres ne doyvent point refuser une semblable condition :

car c’est une mesme façon de parler que nous avons veue deux foix au chapitre f, v. 27, 30, où Jehan Baptiste dit, Celuy qui vient après moy, est préféré à moy, d'autant qu’il estoit premier que moy.

19 Si vous eussiez esté du monde, le monde aimeroil, etc. C’est une autre consolation, que pource qu'ils sont séparez du monde, aussi sont-ils hays du monde. Or c’est-ci leur vraye gloire, félicité, et béatitude, d'autant que par ce moyen ils sont délivrez de perdition et ruine. Ælire, signifie yei Séparer. Or s'ils ont esté éleus du monde, il s’ensuit qu’ils ont esté une partie du monde, et qu’il n’y a que la seule miséricorde de Dieu qui les discerne des autres qui périssent. Au reste, par ce mot de monde, Jésus-Christ signifie yci tous ceux qui ne sont point régénérez par l'Esprit de Dieu :

car il fait une opposition entre l'Eglise ct le monde, comme nous verrons plus amplement ci-après au chapitre XVII. Et toutesfois l’exhortation de S. Paul aux Romains, chap. XII, v. 48, Ayez paix avec tous entant qu’en vous est, ne répugne point à ceste doctrine : car ceste exception qu'il adjouste, vant autant comme s'il disoit qu'il nous faut regarder ce qui nous est licite, afin que nul ne s’abandonne aux Corruptions du monde, luy voulant complaire. Mais on peut

encore faire une autre question: car nous

voyons ädvenir ceci coustumièrement , que les meschans qui sont du monde, non-seulement sont hays des autres,

mais aussi sont en exécration. En cest endroit-là certes le monde n’aime pas ce qui est sien. Je respon que les hommes terriens qui sont menez et gouvernez de leur sens charnel, n’ont jamais vrayement en haine le péché, mais selon qu’ils sont esmeus du soin de leur propre proufit ou

dommage. Combien que l'intention du

Seigneur Jésus n’a pas esté de nier que le monde ne soit bouillant de discors et

dissensions dedans soy, et qu’il ne tempeste en soy-mesme. Il a seulement voulu monstrer que le monde n’ha rien en haine és fidèles, sinon ce qui est de

Dieu. Et il appert par ceci combien est

sotte la resverie des Anabaptistes, qui recueillent par ce. seul argument qu'ils sont serviteurs de Dieu, pource qu’ils desplaisent à la plus grand'part des hommes. Car on leur peut répliquer facilement, qu'il y en à plusieurs qui sont du monde, lesquels favorisent à leur doctrine : asçavoir ceux qui prendroyent bien plaisir que toutes choses fussent confuses et en désordré. Au contraire aussi, qu'il y en a plusieurs au monde qui la hayssent, pource qu’ils désirent que l’ordre politique demeure en son entier.

20 Ayez souvenance de la parole que je vous ay dite, que le serviteur, etc. On pourroit aussi lire Ceci en ceste sorte, Vous avez souvenance : et le sens ne seroit guères changé : mais il me semble qu’il vaut mieux suyvre la première lecture. Or c’est une confirmation de la sentence précédente, où Christ disoit qu’il avoit esté hay du monde, combien qu’il fust plus excellent que ses disciples : car il n’est pas raisonnable que la condition du serviteur soit plus heureuse que celle de son maistre. Au reste, après avoir parlé des personnes, il fait aussi mention de la doctrine. Car il n’y a rien qui trouble plus les fidèles, que quana ils voyent qué les homines mesprisent or-

Cuar XV.

gueilleusement la doctrine qui est de Dieu : car c’est une chose plus que monstrueuse, le regard de laquelle pourroit esbranler le plus constant courage qui pourroit estre. Mais quand d'autre part il nous souvient que le Fils de Dieu mesme na pas moins expérimenté de contumace et rébellion, il ne faut point que nous-nous esbahissions si la doctrine de Dieu ha si peu de révérence entre les hommes. Quand il nomme sa doctrine, e£ leur doctrine, cela se rapporte au ministère. Vray est que Jésus-Christ est le seul Maistre et Docteur de l'Eglise :

mais il a voulu que sa doctrine de laqüelle il avoit esté le premier ministre, fust puis après preschée par ses Apostires.

21 Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, etc. Pource que la fureur du monde est une chose monstrueuse, quand il est ainsi enragé contre la doctrine de son salut, nostre Seigneur Jésus amène la cause, pour autant qu’il est transporté d’une ignorance aveugle à se ruiner s0y-mesme : car autrement jamais homme ne s’eslèveroit contre Dieu de propos délibéré pour luy faire la guerre. C’est donc l’aveuglement et l’ignorance de Dieu qui transporte le monde, en sorte qu’il ne fait difficulté de guerroyer contre Jésus-Christ. Il faut donc tousjours regarder la cause: et la vraye consolation ne consiste ailleurs qu’au tesmoignage de la bonne cotiscience. Cela nous doit aussi dresser nos cœurs à recognoistre la bonté de Dieu, que cependant que le monde périt en son aveuglement, Dieu nous fait ce bien de nous donner sa lumière. Et quant et quant entendons ceci, que la haïne qu’on porte à Jésus-Christ, vient d’estourdissement d'esprit, quand on ne cognoist point Dieu. Car (comme je di souvent) l’incrédulité est aveugle : non pas que les méschans et infidèles n’entendent où ne sentent rien, mais pource que toute la cognoissance qu'ils ont est confuse et s’esvanouit tout incontinent. Mais il a esté parlé ailleurs plus amplement de ceci. |

Car. XV.

SUR S. JEHAN

29 Si je ne fusse venu, et n'eusse point parlé à eux, ils n'auroyent point de péché : mais maintenant ils n'ont point excuse de leur péché.

23 Qui me hait, il hait aussi mon Père.

24 Si je n'eusse fait les œuvres entr'eux que nul autre n'a faites, ils n'auroyent point de péché : mais maintenant ils les ont veues, et ont hay moy et

mon Père.

25 Mais c'est afin que la parole soit accomplie, qui est escrite en leur Loy, disant, Z/ m'ont eu en haine sans cause!,

26 Mais quand le Consolateur sera venu, lequel je vous envoyeray de par mon Père, l'Esprit di-je de vérité, qui procède de mon Père, cestuy-là tesmoi-

gnera de moy.

27 Et vous aussi en tesmoignerez : car vous estes dés le commencement

avec moy. .

1) Ps., XXXV, 19.

22 Si je ne fusse venu, et n'eusse point parlé à eux, ils n'auroyent, etc.

Il avoit dit que les Juifs avoyent en haïne l'Evangile, pource qu’ils ne cognoissoyent point Dieu. Or afin que nul ne pensast que cela servist à amoindrir leur faute, il adjouste que c’est par malice qu'ils sont aveugles: comme si quelqu'un fermoit les yeux, afin qu’il ne fust contraint de veoir la lumière. Car autrement on eust peu faire ceste objection à Jésus-Christ, S'ils ne cognoissent point ton Père, pourquoy est-ce que tu ne remédies à leur ignorance? Pourquoy n’astu pour le moins essayé s'ils estoyent du tout indociles ou non? Il respond qu’il a fait office d’un bon et fidèle Docteur, mais il n’a rien proufité, pource que leur malice les a gardez de s’amender. Au reste, sous leur personne il a bien voulu donner crainte à tous ceux qui rejettent la vérité qui leur est offerte, ou qui à leur escient combatent contre icelle l’ayans cognue. Or combien qu’une terrible vensence de Dieu leur soit apprestée: nonobstant Christ regarde plus yci ses disciples, afin de leur donner bon courage, leur proposant certaine asseurance de la victoire, de peur que quelques fois ils ne suecombent par la malice des meschans :

car quand nous oyons que l'issue sera telle, nous pouvons desjà triompher comme au milieu de la bataille. Z/s n'auroyent point de péché. 11 semble que Jésus- Christ vueiile dire par ces paroles, qu’il n’y a point d'autre péché qu'incrédulité :

et il y en a aucuns qui le pensent ainsi.

Sainct Augustin parle plus sobrement, toutesfois il approche de ce sens. Car pource que la foy pardonne et efface les péchez, il dit qu’il n’y+a que le péché d’incrédulité qui damne l’homme. Ceci est bien dit, veu que l’incrédulité nonseulement empesche que les hommes soyent exempts de la condamnation de mort, mais aussi est la source et cause de tous maux. Mais toute ceste disputation ne sert de rien au présent propos :

car le mot de Péché, n’est pas yci pris généralement, mais selon la circonstance de la matière qui est traittée : Comme si le Seigneur Jésus disoit que leur ignorance n’est aucunement excusable, autant qu’en sa personne ils avoyent malicieusement rejetté Dieu: comme si nous nommions et déclarions un homme innocent, juste et pur, lequel nous ne voudrions absoudre que d’un crime duquel il estoit accusé. Ceste absolution donc de Christ se restraint à une seule espèce de péché, pource qu’il oste aux Juifs toute couverture d’ignorance en ce péché de mespris et haine de l'Evangile. Toutesfois on fait encore yci une autre question, Asçavoir si devant l’advénement du Seigneur Jésus, l’incrédulité n’estoit pas suffisante pour condamner les hommes.

Et il y a aucuns esprits fantastiques qui recueillent à tort de ce passage, que tous ceux qui devant la venue de Jésus-Christ sont morts hors la foy, sont demeurez en un estat douteux et suspens, jusques à ce

que Christ s’est manifesté à eux. Comme s’il n’y avoit point plusieurs passages de Escriture, qui tesmoignent que leur seule conscience a esté suffisante pour les condamner. La mort a régné au monde jusques à Moyse, dit sainct Paul, Rom., V, 14. Et il enseigne que ceux qui n’auront point eu de Loy, périront sans Loy, Rom., II, 12. Qu'est-ce donc que Christ veut dire ? Il y a certes comme une concession en ces paroles, par laquelle il signifie qu'il ne reste plus rien aux Juifs qu’ils puissent mettre en avant pour excuser leur faute, depuis que de leur propre sceu et gré ils ont repoussé la vie et grâce qui leur estoit offerte. Par ce moyen l’excuse qu’il leur accorde ne les absout pas du tout, mais seulement amoindrit la grandeur de leur péché: selon ce qui est dit, Le serviteur sçachant bien la volonté de son maistre, et ne tenant conte de la faire, sera plus griefvement puni, Luc, XIT, 47. Car ce n’a pas esté l'intention du Seigneur Jésus de promettre pardon aux autres, mais de tenir ses ennemis convaincus, qui avoyent rejetté obstinéement la grâce de Dieu, afin qu'on cognust ouvertement qu'ils estoyent indignes de tout pardon et miséricorde. Or il nous faut noter qu’il ne parle point simplement de son advénement, mais il conjoint quant et quant la doctrine: car ils n’eussent pas esté coulpables d’un si grand erime pour la seule présence corporelle, mais le mespris de la doctrine les rend du tout inexcusables, 23 Qui me hait, il haïit aussi mon Père. Voyci un beau passage, par lequel nous sommes enseignez que nul ne peut hayr la doctrine de l'Evangile, qu’il ne monstre son impiété envers Dieu. Vray est que plusieurs monstrent bien un autre semblant par paroles: car combien qu'ils ayent l'Evangile en horreur, toutesfois ils veulent estre réputez bons serviteurs de Dieu. Mais ce n’est que mensonge: car ils ont un mespris de Dieu caché dedans. Par ce moyen il advient que Jésus-Christ descouvre la fausse hypocrisie de plusieurs par la Inmière de sa doctrine. Et de ceci nous en avons plus amplement parlé sur ce passage, Celuy

Cuar. XV.

qui fait mal, haïit Ja lumière‘. Item sur ce passage, Qui n’honore point le Fils, il n’honore point aussi le Père?.

24 Si je n'eusse fait les œuvres entr'eux que nul autre n'a faites, etc.

Par le mot d'œuvres, il comprend (selon mon advis) tous les tesmoignages par lesquels il avoit monstré la gloire Divine.

Car il a monstré apertement tant par les miracles, que par la puissance du sainct Esprit, et autres enseignemens, qu’il estoit le Fils de Dieu: en sorte qu’on pouvoit ouvertement contempler en luy une majesté convenable et séante au Fils unique de Dieu : comme nous avons veu au premier chapitre. Quant aux miracles, on à accoustumé de faire ceste objection, qu’il n’en a point fait plus ne de plus grans que Moyse et les Prophètes. Mais la s0lution est toute notoire, que Christ a esté plus excellent en miracles, pource qu'il en a esté non pas ministre seulement comme les autres, mais propre autheur:

car il les a faits en son propre nom, de son authorité, et de sa vertu propre. Au reste, comme j'ay dit, il comprend en général tous les tesmoignages de la puissance céleste et spirituelle, par lesquels sa Divinité a esté déclarée. Mais maintenant ils les ont veues. 11 conclud que ses ennemis ne pourront eschapper par aucune tergiversation, veu qu'ils ont mesprisé sa vertu, laquelle on voyoit manifestement estre du tout Divine: car Dieu avoit clairement monstré sa Divinité en son Fils. Parquoy ils n’eussent rien proufité de dire qu’ils avoyent seulement affaire avec un homme mortel. Ce passageci nous admoneste que nous soyons attentifs à considérer les œuvres de Dieu, esquelles quand il desploye sa vertu, il veut qu’on luy porte l'honneur qui luy est deu. Dont s’ensuit que tous ceux qui obscurcissent les dons de Dieu, ou qui les laissent passer sans en tenir conte, sont ingrats envers Dieu et malins.

25 Mais c’est afin que la parole soit accomplie, qui est escrile, etc. Ce qui est contre nature, semble estre ineroyable. Or il n’y a rien plus contraire à toute raison, que de hayr Dieu. Et pourtant Christ dit qu'ils estoyent envenimez en

1) Clap. IL, v, 20, 2) Chap, Y, x, 2%

Car. XV, SUR S.

leurs esprits de si grande malice, que sans cause ils le hayssoyent. Par cela il amplifie leur meschanceté. Or Jésus- Christ allègue un passage du Pseaume XXXV, v. 19, lequel il dit estre maintenant accompli : non pas que le mesme ne fust desjà advenu à David: mais c’est pour reprendre la malice obstinée de ce peuple, laquelle régnoit sans fin d’aage en aage, se continuant des grans pères aux enfans des enfans: comme s’il disoit qu'ils n’estoyent en rien meilleurs que leurs pères, qui avoyent hay David sans cause. Par ce mot de Loy, il dénote les Pseaumes, pource que toute la doctrine des Prophètes n’estoit autre chose qu’une dépendance de la Loy. Et nous sçavons que le ministère de Moyse a duré jusques au temps de Jésus-Christ. Au reste, il appelle leur loy, non pas pour leur faire honneur, mais pour les poindre plus asprement par ce tesmeignage à eux familier : comme s’il disoit, Ils ont la Loy comme par droict d’héritage, en laquelle ils voyent leurs mœurs dépeintes au vif.

926 Mais quand le Consolateur sera venu, etc. Après avoir monstré à ses Apostres qu'ils ne doyvent point moins estimer l'Evangile, pour autant qu’il ha plusieurs adversaires, voire au milieu de l'Eglise, maintenant à l’opposite de la rage meschante des ennemis, il met le tesmoignage du sainct Esprit, sur lequel les consciences des siens estans appuyées, ne puissent jamais estre esbranslées :

comme s’il disoit, Vray est que le monde sera embrasé de cruauté contre vous:

aucuns se mocqueront de vostre doctrine, les autres l’auront en exécration :

mais il n’y aura nulles impétuositez si violentes, qui puissent esbransler la fermeté de vostre foy, après que le sainct Esprit vous aura esté donné, lequel vous confermera par son tesmoignage. Et de faict, quand le monde tempeste de tous costez, tout nostre appuy et force est, que la vérité de Dieu seellée en nos cœurs par le sainct Esprit mesprise et desfie tout ce qui est au monde: car si elle estoit sujete aux jugemens des hommes, il adviendroit que nostre foy seroit cent fois le jour opprimée. I faui done que nous notions diligemment où cest qu’il faut

FE

JEHAN. 321 que nous demeurions fermes au milieu de tant d’agitations et orages: asçavoir que nous avons receu l'Esprit, non point de ce monde, mais l'Esprit qui est de Dieu, afin que nous Cognoissions les choses qui nous ont esté données de Dieu, 4 Corinthiens, chap. IT, v. 42. Ce seul tesmoin chasse, dissipe et renverse puissamment tout ce que ce monde dresse et eslève en haut, pour obscurcir ou fouller aux pieds la vérité de Dieu. Tous ceux qui sont garnis de cest Esprit, tant s’en faut qu’ils puissent perdre courage pour les haines ou mespris du monde, qu’un chacun d'eux obtiendra victoire glorieuse sur tout le monde. Cependant, il nous faut bien donner garde que nostre foy ne dépende aucunement du regard des hommes : car tandis que la foy extravaguera ainsi, ou pour mieux dire, aussi tost qu’elle sera sortie hors du Sanctuaire de Dieu, il faut qu’elle flotte povrement, I la faut donc tousjours rapporter au tesmoignage intérieur et secret du S. Esprit, lequel les fidèles sçavent leur estre donné du ciel. Or quant à ce qui est dit que le S. Esprit rend tesmoignage de Christ, c'est pour autant qu’il retient et arreste nostre foy à luy seul, afin que nous ne cherchions ailleurs aucune partie de nostre salut. Il Pappelle derechef Consolateur, afin qu’estans appuyez Sur sa protection et défense, nous ne soyons jamais estonnez: car Christ a voulu fortifier nostre Toy par ce titre-ci, afin qu’elle ne succombe pour quelques tentations ou afflictions qui survienent. Il nous faut aussi accommoder à la circonstance présente ce qu'il appelle PEsprit de vérité : car il faut présupposer l’antithèse, asçavoir que les hommes sont transportez çà et là en diverses sortes, quand ce tesmoin est hors de leurs consciences, et ne demeurrent jamais fermes: mais là où il parle, les entendemens des hommes sont délivrez de toute doute et crainte d’estre abusez. Quant à ce qu’il dit, Qu'il l’envoyera de par son Père: et derechef, qu'il procède de son Père, cela sert pour luy donner plus grand poids et authorité: car le tesmoignage de l'Esprit pe seroit pas suffisant contre tant de rudes assaux, ei tant d'efforts impétueux,

si nous n'avions ceste certaine persuasion qu'il procède de Dieu. Or donc c’est Christ qui envoye le S. Esprit, mais c’est de la gloire céleste, afin que nous sçachions que ce n’est point un don des hommes, ains un gage certain de la grâce Divine. Dont on peut bien veoir combien estoit frivole et ridicule la subtilité des Grecs, qui sous prétexte de ces paroles ont nié que le S. Esprit procédast du Fils. Car Jésus-Christ nomme vci le Père selon sa coustume, afin d’eslever nos yeux à la contemplation de sa Divinité.

97 Et vous aussi en tesmnoignerez, car vous, etc. Jésus-Christ signifie que dE tesmoignag e de l’Esprit ne sera point tel, que les Apostres l'ayent pour leur particulier, et qu’ils en ayent seuls la jouissance, mais que par eux il s’espandra plus loin, pource qu'ils devoyent estre organes du sainct Esprit: comme de faict il à parlé par leur bouche. Nous voyons maintenant comment la foy est par louve :

et nonobstant elle ha sa certitude du seau et arre du S. Esprit. Ceux qui ne cognoissent pas bien combien sont espesses les ténèbres de l’entendement humain, pensent qu'on conccoit naturellement la foy de la seule ouye et prédication. Et au contraire, il y à plusieurs fantastiques qui ont en desdain la prédication, se

Car. XVI.

vañtans à plene bouche de révélations et inspirations secrètes. Mais nous voyons que Jésus-Christ conjoint ces deux choses ensemble. Combien donc qu’il ny ait point de foy jusques à ce que l'Esprit de Dieu ait illuminé nos entendemens, et seellé nos cœurs: nonobstant si ne fautil pas que nous allions chercher aux nues des visions ou oracles célestes: mais la parole qui est près de nous, en nostre bouche et en nostre cœur, doit tenir tous nos sens attachez et fichez Sur Soy :

comme Isaïe dit très bien au chap. LIX, v. 24, C’est-ci mon alliance, dit le Seigneur, Mon Esprit que j’ay mis sur toy, et les paroles que j’ay mises en ta bouche ne défaudront point, etc. Ceste particule, vous estes dés le commencement avec moy, à esté yci adjoustée, afin que nous sçachions que nous devons adjouster d'autant plus de foy aux Apostres, qu’ils sont tesmoins de veue des choses qu'ils annoncent: comme S. Jéhan dit, Nous vous annonceons ce que nous avons veu, CE que nous avons ouy, ét ce que nos mains ont touché, 1 Jean, I, 1. Aïnsi Dieu a voulu en toutes façons prouvoir à nostre salut, afin que rien ne nous défaillist pour entière approbation de VEvangile.

1) Deut., XXX, 1%, Rom., X, 8.

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