‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 31 sur 113 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

À Je vous ay dit ces choses, afin que vous ne soyez point scandalizez.

2 1ls vous chasseront hors des Synagogues, mesmes le temps vient que quiconque vous fera mourir, cuidera faire service à Dieu.

3 Et vous feront ces choses, pourtant qu'ils n'ont coqgnu ne le Père ne moy.

À Mais je vous ay dit ces choses. afin que quand l'heure sera venue, il vous souviene que je les vous ay dites. Toutesfois je ne vous ay point dit ces choses dés le commencement, pource que j'estoye avec vous.

5 Mais maintenant je m'en vay à celuy qui m'a envoyé : et personne de vous

ne me demande, Où vas-tu?

6 Mais pourtant que je vous ay dit ces choses, tristesse a rempli vosire Cœur. EN À outesfois je vous di la vérité, il vous est expédient que je m'en aille : car

si je ne m'en vay, le Consolateur ne viendra point à vous :

je le vous envoyeray.

el si je m'en vay,

A Je vous ay dit ces choses, afin que | sont préparez, ils ont besoïn d’estre de-

vous ne soyez, elc. I] récite derechef qu'il |

vant le temps garnis d’armes nécessaires.

n’y a rien de superflu en tout ce qu’il a | Cependant il signifie que s’ils méditent

dit : car puis que combats et assaux leur

bien ceste doctriné, ils seront assez forts

Case. XVE. SUR $.

et suflisans pour résister. Au reste, souvenons-nous que ce qu'il a dit lors aux Apostres, nous est aussi dit aujourd’huy.

Et premièrement nous devons entendre que Jésus-Christ ne fait pas, descendre les siens au combat sans bastons et armes : et pourtant que nul ne perd .courage en cesie guerre, si ce n’est par faute de sa lascheté. Et certes il ne nous faut point attendre jusqu’à ce que nous Soyons venus présentement au combat, mais il faut plustost mettre peine qu’estans accoustumez à ces paroles du Fils de Dieu, et exercez familièrement en icelles, nous entrions en bataille quand il en sera besoin : car il ne faut point douter que la victoire ne soit en nos mains, quand ces admonitions de Jésus-Christ seront vivement imprimées en nos cœurs. Car quand il dit, À celle fin que ne soyez scandalizez , il signifie qu'il n’y a nul danger que rien nous destourne du droit chemin.

Mais il apper bien qu’il y a peu de gens qui apprenent ceste doctrine comme il appartient, veu que ceux qui la pensent bien sçavoir par cœur estans loin des Coups, quand se vient à combatre et joindre, perdent totalement courage, comme S'ils en estoyent du tout ignorans, et que jamais ils n’en eussent ouy parler. Approprions-nous donc tellement ces armes, qu’elles ne nous tombent jamais des mains.

2 Isvous chasseront hors des Synagogues, mesme le temps vient, etc.

C’estoit un bien grand scandale pour troubler leurs cœurs, qu'ils devoyent estre chassez hors de la compagnie des fidèles, comme gens meschans et de vie exécrable, pour le moins de la compagnie de ceux qui se vantoyent estre le peuple de Dieu, et se glorifioyent du titre d’Eglise.

Car les fidèles ne sont pas seulement sujets à persécutions, mais aussi à Opprobres et ignominies : comme dit sainct Paul en la première aux Corintb., chapitre IV, v. 11. Toutesfois Jésus-Christ leur commande de demeurer fermes aussi contre cest assaut, pource que combien qu’ils soyent chassez des Synagogues, néantmoins ils demeurent au Royaume de Dieu. La somme est que les pervers jugemens des hommes ne nous doyvent point

JÉHAN. 925

faire perdre cœur, ni empescher de porter hardiment et constamment l’opprobre de la croix du Seigneur Jésus, nous contentans que nostre cause, laquelle les hommes condamnent injustement et meschamment, est approuvée de Dieu. Or nous recueillons de ceci, que les ministres de l'Evangile non-seulement sont mal traittez des ennemis manifestes et ouverts de la foy, mais aussi endurent quelque fois grandes ignominies et opprobres de ceux qui semblent estre domestiques de l'Eglise, voire qui bien souvent sont estimez comme les principaux pilliers d’icelle. Les Scribes et Sacrificateurs par lesquels les Apostres ont esté condamnez, se glorifioyent et vantoyent qu’ils estoyent ordonnez de Dieu juges en l'Eglise. Et de faict, ils avoyent en leurs mains le gouvernement ordinaire de l'Eglise : et l’oflice de juger estoit de Dieu, non pas des hommes : mais ils avoyent par leur tyrannie corrompu tout cest ordre institué de Dieu. Par cemoyen la puissance qui leur avoit esté donnée en édification, w’estoit autre chose qu’une oppression horrible des serviteurs de Dieu : et l’excommunication qui devoit estre une médecine pour purger l'Eglise, estoit convertie tout au rebours, pour oster et exterminer toute révérence de Dieu du milieu de PEglise. Or puis qu’ainsi est que les Apostres desjà de leur temps ont expérimenté ceci, il ne faut point que les excommunications du Pape, desquelles aujourd’huy il foudroye contre nous à cause du tesmoignage de l'Evangile, nous estonnent beaucoup : car il ne faut point craindre qu’elles nous nuisent, non plus que ces anciennes ont fait aux Apostres. Mais bien plus, il n’y à rien que nous deussions mieux désirer que d’estre chassez de celle compagnie de laquelle Jésus-Christ est banni. Cependant notons que combien que cest abus d’excommunication fust si lourd, toutesfois cela n’a peu faire que la discipline que Dieu avoit ordonnée et instituée du commencement en son Eglise ait esté abolie. Car combien que Satan mette toute son estude à corrompre toutes les institutions de Dieu, si ne luy faut-il pas quitter la place, et permettre que ce que Dieu a establi pour

32h | tout jamais, soit aboli à cause des corruptions que les hommes y ont meslées.

Et pourtant, comme le Baptesme et la Cène du Seigneur, aussi l’excommunication doit estre remise en son pur et légitime usage, les vices et abus qui sont survenus estans retranchez et corrigez.

Mais le temps vient. Jésus-Christ s’ar- “reste encore sur ce scandale, que les ennemis de l'Evangile s’attribuent ceste authorité, qu'ils pensent faire sacrifice à Dieu quand ils tuent les fidèles. Voyci desjà une chose assez dure de soy, que gens innocens soyent cruellement tormentez : mais ceci est encores beaucoup plus fascheux et grief à porter, que les injures et outrages que les meschans et infidèles font aux enfans de Dieu, soyent estimez justes punitions et bien deues à leurs meschancetez. Mais il nous faut tellement asseurer en la droiture de bonne conscience, que nous endurions patiemment d’estre ainsi opprimez pour quelque temps, jusques à ce que Christ apparoisse du ciel pour défendre sa cause et la nostre. Mais c’est merveilles, veu que les ennemis de la vérité sentent bien en eux qu’ils ont mauvaise conscience, que non-seulement ils déçoyvent les hommes, mais aussi s'attribuent louange devant Dieu d’une cruauté inique. Je respon que combien que la conscience rédargue les hypocrites, toutesfois ils attirent tousjours quelque couleur et flatterie pour se tromper eux-mesmes. Ils sont ambitieux, pleins de cruauté et orgueil, mais ils couvrent tous ces vices sous le nom de zèle, pour se lascher la bride sans rien craindre. Avec cela, il y a je ne sçay quelle yvrongnerie furieuse, après qu’ils se sont une fois abruvez du sang des Martyrs.

3 Etvous feront ces choses, pourtant qu'ils n'ont cognu ne, etc. Ce n’est pas sans cause. qu’il ramène souventesfois ses Apostres à ceste considérafion, asçavoir qu’il y à une seule cause pourquoy les inerédules sont ainsi enragez et furieux à l'encontre d'eux, c’est d'autant qu’ils ne cognoissent point Dieu. Or toutesfois ceci n’est point dit pour excuser ni amoindrir leur faute, mais c’est afin que les Apostres mesprisent de grand courage

Cuar. XVE

leur fureur. Car il advient bien souvent que lauthorité et grande puissance des meschans, et la splendeur qui reluit en eux, esbranlent les esprits modestes et fidèles : mais au contraire, Jésus-Christ commande aux siens de s’eslever d’une saincte magnanimité, pour mespriser hardiment leurs ennemis, qui ne sont poussez que d’ignorance-et aveuglement. Car cest-ci nostre muraille d’airin, quand nous sommes asseuréement persuadez que Dieu est de nostre costé, et que d’autre part Ceux qui nous pourchassent son destituez de raison. Au reste, ces paroles nous remonstrent quel grand mal c’est de ne cognoistre point Dieu, veu que cela fait que les parricides mesmes et meurtriers pensent acquérir louange et applaudissement de leur meschanceté.

4 Afin que quand l'heure sera venue, il vous souviene que je les vous, etc.

Il répète derechef ce qu’il avoit dit, que ce n’est point yci une doctrine pour philosopher en l'ombre et loin des coups, mais qu’il la faut mettre en prattique et usage : et qu’il leur parle à ceste heure de ces choses, afin qu’ils monstrent par effet que ce n’est pas en vain qu’ils ont esté enseignez. Quand il dit, ZZ vous souviene : premièrement il ordonne qu'ils mettent en leurs cœurs les choses qu'ils avoyent ouyes : secondement qu’ils s’en souvienent quand le besoin le requerra : finalement il signifie que ce n’est pas peu de cas qu’il leur prophétize des choses à-venir. Je ne vous ay pas dit ces choses dés le commencement. Comme ainsi soit que les Apostres fussent encore tendres et intirmes, lors que Christ à conversé avec eux en chair, ce bon Maistre et très débonnaire les a espargnez, et n’a point souffert qu’ils fussent opprimez plus que leurs forces ne pouvoyent porter. Et pourtant ils n’avoyent grand besoin lors de confirmation, quand ils estoyent en repos et exempts des persécutions maintenant il leur dénonce qu’il leur faut changer de façon : et pource que nouvelle condition leur est préparée, il les exhorte quant et quant qu’ils se disposent à batailler,

5 Mais maintenant je m'en vay à ce- | Jury quim'a envoyé, cf personne, efc.

Caar. XVI. SUR S.

Il adoucit par une fort bonne consolation la douleur qu’ils pouvoyent concevoir de son département : et cela leur estoit grandement nécessaire. Jusqu'à ceste heure ayans esté traittez à leur aise, maintenant ils estoyent appelez à grans et fort difficiles combats pour le temps advenir.

Qu’eussent-ils donc fait s'ils n’eussent sceu que Jésus-Christ est au ciel pour maintenir leur salut? Car aller au Père n’est autre chose qu’estre receu en la gloire céleste, pour jouir de l’Empire souverain. Ceci donc leur est proposé pour remède et soulagement de leur fascherie et tristesse, que combien que Jésus-Christ soit absent de corps, il sera toutesfois assis à la dextre du Père, afin qu'il maintiene les fidèles par sa vertu.

Au reste, il reprend yci deux vices en ses Apostres, qu’ils estoyent trop addonnez à la présence visible de sa chair : outre plus, qu'icelle estant ostée, ils estoyent saisis de tristesse, et ne levoyent point leurs yeux plus haut. Autant nous en advient-il : car nous attachons ordinairement Jésus-Christ à nos sens, et puis s’il ne nous apparoist selon nostre désir, nous-nous forgeons matière de désespoir.

Il semble bien que ceci soit à tort objecté aux Apostres, Qu'ils ne demandent point où va leur Maistre, veu que par ci-devant ils s’en estoyent enquis avec grande instance. Mais la solution est facile, qu’ils se sont tellement enquis, que cependant ils n’eslevoyent point leurs esprits en as-

seurance, et nonobstant c’estoit ce qu'ils devoyent faire principalement. Ainsi donc le sens est, Aussi tost que vous oyez parler de mon département, vous estes estonnez, et ne considérez point où je vay, ou à quelle fin je m'en vay.

7 Toutesfois je vous di la vérité, à vous est besoin que je men, etc. Afin qu’ils ne demandent plus de lavoir devant leurs yeux présent, il testifie que son absence leur sera utile : et adjouste une mapière de serment. Car pource que nous sommes Charnels, il n’y a rien plus difficile que d’arracher de nos cœurs ceste affection perverse, par laquelle nous voulons tirer le Fils de Dieu du ciel à nous.

Or il exprime lutilité, disant que le S.

Esprit ne leur pouvoit estre autrement donné, si luy ne laissoit le monde. Or ceste présence de nostre Seigneur Jésus nous est beaucoup plus utile et plus désirable, quand il se communique à nous par la vertu, puissance et grâce de son sainct Esprit, que s’il nous estoit là visible et présent devant nos yeux. Et ne faut point faire yci ceste question, Jésus- Christ n’a-il peu tirer le S. Esprit des cieux, quand il conversoit et habitoit en terre ? car Jésus-Christ prend pour résolu tout ce qui estoit ordonné par son Père. Et de faict, depuis que le Seigneur a monstré une fois que c’est qu'il veut estre fait, toute la dispute laquelle puis.

après on fera de la possibilité, sera folle et nuisible.

8 Et quand cestuy-là sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice,

et jugement.

9 De péché, di-je, pource qu'ils ne croyent point en moy.

10 De justice, pource que je m'en vay à mon Père, et ne me verrez plus.

11 De jugement, pource que le prince de ce monde est jà jugé.

12 Jay à vous dire encore plusieurs choses, mais vous ne les pouvez porter

maintenant.

13 Mais quand cestuy-là sera venu,

c’est-à-dire, l'Esprit de vérité, il vous

conduira en toute vérité : car il ne parlera point de par soy, mais il dira tout ce qu'il aura ouy, et vous annoncera les choses advenir. 1% Cestuy-là me glorifiera : car il prendra du mien, et le vous annoncera. 45 Tout ce qu'ha mon Père est mien. Pourtant ay-je dit qu'il prendra du

mien, et le vous annoncera.

8 Et quand cestuy-là sera venu, il| Laïssant là la diversité des expositions convaincra le monde de péché, etc. | que l'obscurité de ce passage nous a en-

gendrée, je diray seulement ce qui me semble estre conforme à la vraye intention de Christ. I] avoit promis son Esprit à ses disciples : maintenant en proposant l'effet de ce don, il loue l’excellence d’iceluy, asçavoir que cest Esprit les gouvernera, Ssoustiendra et défendra, non pas seulement en leur privé, mais espandra plus loin sa vertu et efficace. 77 rédarguera le monde, dit-il, c’est-à-dire, Il ne demeurera point enclos en vous, mais sa puissance sortira de vous pour se monstrer à tout lé monde. Il leur promet donc un Esprit qui sera juge du monde, et par lequel leur prédication sera si vive et de telle efficace, qu’elle rangera ceux qui auparavant s’esgayans d’une liceñce desbordée, nestoyent touchez d'aucune crainte ne révérence. Or il faut noter que Jésus-Christ ne parle point yci des révélations secrètes, mais de la vertu du sainet Esprit, qui apparoist en la doctrine externe de l'Evangile, et en la voix proférée par les hommes. Car d’où vient cela que la voix sortant de la bouche d’un homme entre dedans les cœurs, qu’elle y prend vive racine : brief, qu’elle y fructifie, convertissant des cœurs de pierre en des cœurs de chair, et renouvelant mesme les hommes, sinon d’autant que l'Esprit de Jésus-Christ la vivifieP Autrement ce seroit une létre morte, et un son inutile : comme sainct Paul enseigne très bien, 2 Corinth., LE, 6, où il se vante estre ministre de l'Esprit, pource que Dieu besongnoit puissamment en sa doctrine.

Le sens donc est tel, Que quand les Apostres auront receu le sainct Esprit, ils seront munis d’une vertu céleste et Divine, par laquelle ils exerceront jurisdiction en tout le monde. Au surplus, ceci est plustost attribué au sainct Esprit qu’à eux, d'autant qu'ils n'auront rien de puissance particulière, veu qu’ils seront seulement ministres et organes, et que le sainct Esprit seul sera leur conducteur et gouverneur. Je pense que sous ce mot de monde, sont compris tant ceux qui devoyent estre vrayement convertis à Jésus- Christ, que les hypocrites et réprouvez :

car le saint Esprit rédargue les hommes en deux sortes en la prédication de PEvangile. 1 y en à aucihs qui sont tou-

Car. XVI.

chez à bon escient, en sorte qu'ils

s’humilient de bon gré, et souscrivent

volontairement au jugement par lequel

ils oyent leur condamnation. Les autres, combien qu’estans convaincus ils ne peu-

vent éviter la condamnation, toutesfois

ils ne se rangent pas de bon cœur, et ne

s’abbaissent sous l’authorité et jurisdic-

tion du sainct Esprit : mais plustost es-

tans par force contraints et abbatus ils

ne laissent pas de murmurer dedans leurs

cœurs, et opprimez de confusion ne ces-

sent toutesfois de nourrir une contumace

et obstination dedans eux. Nous enten-

dons maintenant comment l'Esprit devoit rédarguer le monde par les Apostres :

asçavoir pource que Dieu a ouvertement

manifesté Son jugement en l'Evangile,

duquel les consciences estans frappées,

ont commencé à sentir leurs maux, et la grâce de Dieu. Car ce mot de Rédarguer,

est yci pris pour Convaincre. Et ce que dit sainct Paul servira beaucoup pour esclaircir l'intelligence de Ce passage. Si tous prophétizent (dit-il) et qu'un infidète ou idiot entre, il est jugé de tous, il est rédargué de tous, et ainsi les secrets de son cœur sont manifestez ouvertement,

A Cor., XIV, 24. S. Paul parle là particulièrement d’une espècé de rédarguer,

asçavoir quand le Seigneur amène ses éleus à repentance par l'Evangile. Maïs}

appert clairement par cela, comment VEsprit dé Dieu contraint les hommes qui n’estoyent point encore accoustumez au joug, de s’assujetir sous sa domination et gouvernement par le son de la voix hu-

maine, On demande à quelle fin Christ a

dit ceci. Aucuns pensent que la cause de

la haine, de laquelle il avoit fait mention,

est yei dénotée : comme S'il disoit qu'ils

seront hays du monde, pource que d’au-

tre part le S. Esprit le presserà par eux.

Mais je suis plustost de l'avis de ceux qui

enseignent que l'intention de Christ a

esté autre, comme j'ay desjà touché "au

commencement : Car il estoit bien requis

que les Apostres sceussent qué ce don du

sainct Esprit qui leur avoit esté promis,

n’estoit pas petit. Yei donc est descrite

excellence singulière d’iceluy, asçavoir

que Dieu par ce moyen dressera son siége

judicial pour juger tout le monde:

Cuar, XVI ” SUR S.

9 De péché, di-je pource qu'ils ne croyent point en moy. Maintenant il reste à veoir que c’est-à-dire, Rédarguer de péché. Il semble bien que Christ fait l'infidélité seule cause de péché. Et ceci est destourné à divers sens par les expositeurs: mais comme j'ay commencé à dire, je ne réciteray point les particulières opinions d’un chacun. Il faut noter en premier lieu, que le jugement de l'Esprit commence par la démonstrance du péché:

car C’est-ci le commencement de la doctrine spirituelle, que les hommes engendrez en ordure et péché, n’ont en eux que matière de péché. Au reste, Christ a fait mention d’infidélité, pour monstrer quelle est la nature des hommes en soy: car puis. que la foy est le lien par lequel il s’unit Avec nous, jusqu'à ce que nous croyions en Juy, nous sommes hors de luy et séparez. Ses paroles donc valent autant comme s’il eust dit, Quand l'Esprit sera venu, il monstrera évidemment que hors moy le péché règne au monde. Parquoy linfidélité est yei nommée, pource qu’elle nous sépare de Christ: et par ce moyen elle fait que rien ne nous est délaissé de reste que le péché. En somme, par ces mots est condamnée la corruption et perversité de la nature humaine, afin que ne pensions qu’il y ait une seule goutte de droiture en nous sans Christ.

10 De justice, pource que je men vay à mon Père, etc. I faut retenir l’ordre des degrez que Jésus-Christ met yci.

Il dit maintenant que le monde sera rédargué de justice : car les hommes n’auront jamais faim ne soif de justice, mais plustost rejetteront desdaigneusement tout ce qui sera dit d’icelle, s'ils n’ont esté premièrement touchez du sentiment de péché. Et principalement il nous faut entendre quant aux fidèles, qu’ils ne peuventaucunement proufiter en l'Evangile, s'ils n’ont esté premièrement humiliez :

ce qui ne se peut faire, sinon qu’ils ayent cognu leurs péchez. Vray est que le propre office de la Loy, c’est d’adjourner les consciences au jugement de Dieu, et de les navrer d’estonnement : mais l'Evangile ne peut estre presché comme il appartient, qu'il ne nous amène de péché à juslice, et de mort à vie. Parquoy il faut né-

cessairement qu’il emprunte de la Loy ce premier membre duquel Jésus-Christ a parlé. Au reste,. il faut yci entendre la justice, celle qui nous est communiquée par la grâce du Seigneur Jésus. II la constitue en ce qu’il monte à son Père, et à bon droict: car comme (selon le tesmoignage de sainct Paul) il est ressuscité pour nostre justification, aussi est-il maintenant assis à la dextre du Père, afin , qu’il exerce toute la puissance qui luy est baillée, et par ce moyen qu’il remplisse toutes choses, Rom., IV,925, et Ephés,, IV, 40. Brief, du lieu de sa gloire céleste il parfume tout le monde de l'odeur souefve et bonne senteur de sa justice. Or PEsprit prononce par l'Evangile, que c’estci le seul moyen par lequel nous sommes réputez justes.

A1 De jugement, pource que le prince de ce monde est jà jugé. Ceux qui prenent ce mot de Jugement pour Condamnation, ne sont pas sans raison : pource que Christ adjouste bien tost après, Que le prince de ce monde est jugé.

Toutesfois il me semble qu’un autre sens convient mieux: asçavoir que la lumière de l'Evangile estant allumée, l'Esprit manifeste que l’estat du monde a esté disposé en bon ordre par la victoire de Christ, par laquelle il a osté la dominas tion à Satan: comme s’il disoit que c’est ci la vraye restauration, par laquelle {toutes choses sont réformées, quand Christ obtient seul le royaume, ayant subjugué et mené en triomphe Satan. Il met donc le Jugement à l’opposite des choses confuses et dissipées : ou pour dire plus briefvement, c’est le contraire de Confusion: comme si nous disions Droiture: et aussi il est bien souvent prins en ce sens en l’Escriture. Le sens donc est, Que tandis que Satan occupe l'empire et le gouvernement, il brouille et trouble tout, en sorte qu’il y à une vileine et laide confusion des œuvres de Dieu: mais après qu’il est despouillé de sa tyrannie par le Fils de Dieu, alors le monde est restauré, et on voit reluire un ordre bien tempéré.

12 J'ay à vous dire encore plusieurs choses, mais vous, etc. Le Sermon de Christ n’a peu obtenir si grand poids en-

vers les disciples, que leur rudesse ne les reteinst encores en perplexité en beaucoup de choses. Et qui plus est, à grand”peine goustoyent-ils légèrement les choses qui les devoyent rassasier du tout, si l'imbécillité de la chair n’y eust mis empeschement. Il ne se pouvoit donc faire que sentans leur indigence ils ne fussent en crainte et anxiété : mais Jésus-Christ y remédie par ceste consolation, Qu’après qu'ils auront receu le sainct Esprit, ils deviendront nouveaux hommes, et tont autres qu'ils n’estoyent. Quand donc il dit, qu’ils ne pourroyent porter maintenant, S’il leur disoit beaucoup de choses d'avantage, et plus hautes et grandes :

il le fait afin qu’estans redressez d’une espérance de mieux proufiter, ils ne perdent point courage. Car il ne faloit pas qu'ils mesurassent et estimassent selon ce qu’ils sentoyent lors en eux, la grâce qui leur devoit estre donnée, veu qu’ils estoyent si loin du ciel. Brief, il veut qu’ils prenent bon courage, quelque chose qu'ils soyent foibles maintenant. Au reste, pource qu'il n’y avoit appuy sur lequel ils se deussent reposer que la doctrine, Christ admoneste qu’il la modérée et compassée à leur capacité : en sorte toutesfois qu'ils la doyvent espérer plus haute et abondante en brief : comme s’il disoit, Si ce que vous oyez de moy n’est encore assez suffisant pour vous confermer, ayez patience pour un peu de temps :

car bien tost, quand vous aurez esté enseignez en l’eschole du $S. Esprit, rien ne vous défaudra plus : iceluy polira ce qui est encore rude et imparfait en vous.

Maintenant on fait yci une question, Qui sont ces choses que les Apostres ne pouvoyent encore apprendre? Les Papistes abusent impudemment de ce passage, pour faire que leurs inventions soyent receues pour oracles de Dieu. Jésus-Christ (disent-ils) a promis de nouvelles révélations aux Apostres : et pourtant il ne se faut arrester à l’Escriture, d'autant qu’il appelle les siens par-dessus icelle. Premièrement, sil semble bon de parler comme sainct Augustin, la solution sera facile et prompte. Ses paroles sont telles, Puis que Christ s’est teu, qui est celuy de nous qui dira c’est ceci ou cela? ou bien

Cuar. XVI.

s’il Pose dire, d’où le prouvera-il? Qui est l’homme tant outrecuidé et téméraire, encore qu'il dise vray, qui ose toutesfois affermer sans aucun tesmoignage Divin, que ce sont les choses que le Seigneur ma point voulu dire pour lors?

Mais nous avons pour les repousser un moyen plus certain, prins des paroles mesmes du Seigneur Jésus. L'Esprit que le Fils de Dieu a promis à ses Apostres est appelé Maistre ou Docteur parfait de vérité. Mais à quelle fin leur est-il promis, sinon à ce qu’ils donnassent aux autres comme de main en main la sapience receue de cest Esprit? L'Esprit leur a esté donné, sous la guide et conduite duquel ils ont exécuté la charge qui leur estoit enjointe. Or ce mesme Esprit les avoit desjà conduits en toute vérité, quand ils ont rédigé par escrit la somme de leur doctrine. Quiconque pense qw’il fale adjouster quelque chose à ceste doctrine, comme si elle estoit imparfaite ou seulement demie, non-seulement il accuse les Apostres de mauvaise foy, mais aussi il blasphème contre le sainct Esprit. Si la doctrine qu’ils ont mise par escrit estoit procédée de nouveaux apprentis, ou gens encore mal exercez, ce ne seroit chose superflue d’y adjouster: mais maintenant, veu que leurs escrits sont comme registres authentiques et perpétuels de ceste révélation qui leur a esté promise, et accomplie en eux : on n'y pourroit rien adjouster sans faire grand outrage au sainct Esprit. Au reste, quand on est venu à nommer les choses, les Papistes se monstrent plus que ridicules : car ils disent que ces secrets que les Apostres ne pouvoyent.porter, sont ces beaux badinages qu'on voit aujourd’huy entr’eux, qui sont choses les plus folles, sottes et vaines qu'on pourroit penser. Voire, n’estoit-il pas bien besoin que le sainet Esprit descendist du ciel, afin que les Apostres apprinssent quelle cérémonie estoit nécessaire pour consacrer et bénir les calices avec leurs autels, comment il faloit baptizer les cloches, faire l’eau bénite, et célébrer la Messe ? Maïs, je vous prie, d’où est-ce donc que les petits enfans et les badins qui sçavent toutes ces choses sur le doigt, les ont apprinses?

Cuar. XVL. SUR S.

Il n'y a rien donc si manifeste, que les Papistes se mocquent de Dieu, quand ils veulent faire accroire que telles choses sont procédées du ciel, lesquelles ressemblent autant aux mystères de Cérès ou de Proserpine, comme elles n’ont nulle convenance avec la pure sapience du sainct Esprit. Mais quant à nous, si nous ne voulons estre ingrats à Dieu, arrestonsnous à ceste doctrine, de laquelle il est

bien certain que les Apostres sont au--

theurs, comme leurs escrits en rendent tesmoignage : veu que la souveraine perfection de la sapience céleste nous est là manifestée, qui peut rendre l’homme de Dieu parfait, 2 Tim., II, 47. Ne pensons pas qu'il soit licite de passer plus outre :

car nostre hauteur, nostre largeur, et nostre profondeur gist en cela, que nous sçachions quelle est la charité de Dieu, qui nous est manifestée en Christ. Ceste cognoissance surmonte de beaucoup toute science, comme dit sainct Paul, Ephés.

IH, 48. Et quand il enseigne aux Colos.

II, 3, que tous les thrésors de sapience et science sont cachez en Christ, il ne forge point un Christ incognu, mais tel qu’il Va peint au vif par sa prédication :

en sorte que nous le voyons devant nos veux crucifié, par manière de dire : comme il dit au chapitre II des Galat., v. 1.

Au surplus, afin qu’il ne demeure aucune ambiguïté de reste, Jésus-Christ luymesme déclare puis après par ses propres paroles, qui sont ces choses que les Apostres ne pouvoyent encore porter. Z/ vous annoncera (dit-il) les choses qui doyvent advenir. Il est bien vray qu’aucuns restraignent ceci à l'Esprit de prophétie : mais selon mon avis, il dénote plustost l’estat à-venir de son Royaume spirituel, tel que les Apostres le veirent bien tost après sa résurrection : mais pour lors ils ne le pouvoyent nullement comprendre. I ne leur promet point des prophéties des choses à-venir après leur mort : ains seulement il signifie que son royaume sera d’une autre nature, et que la gloire d’iceluy sera plus grande que leurs esprits ne pourroyent maintenant comprendre. Sainct Paul en l’Epistre aux Ephésiens depuis le chapitre I jusques à ja fin du IV, déclare les thrésors de ceste

sapience secrète, laquelle les Anges célestes mesmes apprenent par lEglise, voire avec admiration. Et pourtant il ne faut point que nous lallions chercher dedans les chartres ou coffres du Pape.

13 Car il ne parlera point de par soy, mais il dira tout ce qu'il, etc. C’est la confirmation de ce qu’il avoit dit, Iceluy vous mènera en toute vérité. Or nous sçavons que Dieu est la fontaine de vérité : et qu’il n’y a rien de certain ou ferme hors luy. Parquoy afin que les Apostres puissent seurement adjouster plene foy aux oracles du sainct Esprit, Jésus- Christ prononce que ce seront des oracles Divins : comme s’il disoit que tout ce que PEsprit apportera, procèdera de Dieu.

Toutesfois ces paroles ne sont point pour amoindrir la majesté du sainct Esprit, comme s’il n’estoit pas Dieu, ou comme s’il estoit moindre que le Père : mais elles se rapportent à la capacité de nostre entendement. Car d’autant qu’à cause du voile qui est entre-deux, nous ne comprenons pas assez de quelle révérence nous devons recevoir les choses que le sainct Esprit nous révèle, pour ceste raison il est expresséement fait mention de la Divinité. Comme il est appelé ailleurs l’Arre, par laquelle Dieu nous ratifie nostre salut : et le Seau, par lequel il nous seelle la certitude de ce salut, Ephés., Ï, 43. En somme, Jésus-Christ a voulu monstrer que la doctrine du sainét Esprit ne seroit point de ce monde, comme si elle naissoit en l'air : mais qu’elle sortiroit des secrets du Sanctuaire celeste.

14 Cestuy-là me glorifiera, car il prendra du mien, etc. Maintenant le Seigneur Jésus admoneste que lEsprit ne viendra point pour dresser un nouveau royaume, mais plustost pour establir la gloire qui luy a esté donnée de son Père. Car plusieurs imaginent que Jésus-Christ a seulement enseigné pour donner des rudimens, et petis commencemens, et pour envoyer puis après ses disciples en une plus haute eschole. Par ce moyen ils n’estiment non plus l'Evanoile que la Loy, de laquelle il est dit qu’elle estoit pédagogue du peuple ancien, Galat., IL, 24. Il y à encore un autre erreur qui procède de cestuy-ci, le-

quel n’est non plus tolérable : asçavoir que laissans Christ derrière, comme si son règne ayant pris fin il n’estoit rien maintenant, ils substituent le S. Esprit en sa place, Les sacriléges du Pape et de Mahommet ont esté puisez de ceste fontaine. Car combien que ces deux Antechrists soyent différens entr’eux en plusieurs choses, toutesfois ils ont un principe commun : Asçavoir que nous avons bien en l'Evangile les premières instructions pour estre amenez à la droite foy, mais qu’il faut chercher ailleurs la perfection de doctrine, laquelle nous polisse du tout. Si on objecte l’Escriture au Pape, il dit qu’il ne s’y faut pas arrester : d’autant que le sainct Esprit survenant, nous a eslevez par-dessus icelle par plusieurs admonitions. Mahommet dit que sans son alcoran les hommes demeurent tousjours enfans, Le monde donc à esté ensorcelé par une fausse couverture du sainct Esprit, à se destourner de la simple pureté de Christ. Car aussi tost que l'Esprit est séparé de la parole de Jésus-Christ, la porte est ouverte à toutes resveries et tromperies. Plusieurs esprits fantastiques ont de ce temps essayé un semblable moyen de tromper. Ils ont pensé que la doctrine qui est escrite, est litérale : parquoy il leur à semblé bon de forger une nouvelle théologie, laquelle consistast en

révélations. Nous voyons maintenant que

l’admonition du Seigneur Jésus n’a point esté superflue ni inutile : asçavoir qu’il devoit estre glorifié par l'Esprit lequel il devoit envoyer : afin que nous entendissions que loflice de l'Esprit n’est point autre que d’establir ét confermer le royaume de Jésus-Christ, et de maintenir à perpétuité tout ce qui luy a esté baillé de son Père. À quel propos donc nous est-il parlé de la maistrise de PEsprit? Ce n’est pas afin qu’il nous retire de Peschole du Fils de Dieu : mais plustost afin que ceste parole soit ratitiée, par laquelle il nous est commandé de lescouter : autrement il diminueroit la gloire de Christ. Puis après la raison est adjoustée, Car il prendra du mien, dit le Seigneur Jésus : par lesquels mots il signifie que nous recevons l'Esprit à ceste fin que

Cuar. XVI.

nous jouissions de ses bénéfices. Car que nous confère-il? Que nous soyons lavez par le sang de Jésus-Christ, que le péché soit osté et aboli en nous par sa mort et passion, que nostre vieil homme soit crucifié, que sa résurrection ait efficace à nous reformer en nouveauté de vie:

brief, que nous soyons faits participans de ses biens. L'Esprit donc ne nous confère rien qui soit hors de Jésus-Christ :

mais il prend de Jésus-Christ pour mettre en nous. il en faut autant penser de la doctrine : car il ne nous illumine pas pour nous destourner tant peu que ce soit du Fils de Dieu, mais pour accomplir ce que dit sainct Paul, Que Jésus- Christ a esté fait sapience, 1 Cor., [, 30.

Car il nous desploye et ouvre les thrésors qui sont cachez en Jésus-Christ. En somme, le sainct Esprit ne nous enrichit point d’autres richesses que des richesses du Fils de Dieu : afin qu'il magnite en tout et par tout, et esclaircisse. ja gloire d’iceluy.

15 Tout ce qu ha mon Père est mien:

pourtant ay-je, etc. Pource qu’il eust peu sembler que Jésus-Christ ravist à son Père ce qu’il s’attribuoit, il confesse franchement que tous les biens qu'ilnous communique par le sainct Esprit, il les a receus de son Père. Au reste, quand il dit que toutes les choses ou biens que son Père ha, sont siens, il: parle en la personne du Médiateur : pource qu’il faut que nous puisions de sa plénitude. Ilregarde tousjours à nous, comme.il a esté dit. Mais quoy? Nous voyons que la plus grand’part des hommes se trompe, laquelle laissant là Jésus-Christ, se met hors du chemin pour chercher Dieu par circuits esgarez. Or il y en a aucuns qui exposent ceci, Que tout ce que le: Père ha, est commun au Fils, entant: qw'il est un mesme Dieu. Mais il ne parle pas tant yci de sa puissance occulte et intérieure, que de son office qui luy a esté enjoint pour exercer envers nous. En somme il fait mention de ses richesses, afin qu'il nous convie à la jouyssance d'icelles : et met le sainct Esprit entre les dons que nous recevons de son Père par sa main.

Cnar. XVI.

SUR S. JEHAN

16 Un petit de temps, ef vous ne me verrez point : et derechef un petit de temps, éé vous me verrez: car je men vay à mon Père.

17 Dont aucuns de ses disciples dirent entr'eux, Qu'est-ce ci qu'il nous dit, Un petit de temps ef vous ne me verrez point : et derechef un petit de temps et vous me verrez? Et, Car je m'en vay à mon Père?

18 Is disoyent donc, Qu'est-ce qu'il dit, Un petit de temps? Nous ne scavons

qu'il dit.

19 Æt Jésus cognoissant alors qu'ils le vouloyent interroquer, leur dit, Vous demandez entre vous ce que j'ay dit, Un petit de temps ef vous ne me verrez

plus : et derechef un petit de temps et vous me verrez. 20 En vérité, en vérité je vous di que vous pleurerez

et lamenterez, et le

monde S'esjouira: vous serez di-je contristez, mais vostre tristesse sera con-

verlie en joye.

16 Un petit de temps et vous ne me verrez point, et derechef un petit de temps, etc. Jésus-Christ a souventesfois averti ses disciples de son département :

en partie afin qu’ils le portassent de plus grand courage : en partie afin qu’ils désirassent plus ardemment la grâce du S. Esprit : de laquelle ils n’avoyent pas grand désir, tandis qu’ils avoyent Jésus- Christ présent corporellement. Gardonsnous donc de nous ennuyer de lire ce que Jésus-Christ ne répète pas tant souvent sans Cause. Premièrement, il dit qu'il leur sera bien tost osté : afin que quand ils seront privez de sa présence, en laquelle ils se reposoyent, ils ne laissent pas pourtant d’estre constans et d’avoir bon courage. Puis après il leur promet un bien qui sera pour récompenser son absence : mesme il testifie qu’il leur sera rendu bien tost après qu’il leur aura esté osté: mais ce sera d’une autre fa- ÇOn, asçavoir par la présence du sainet Esprit. Toutesfois aucuns exposent ce second membre d’une autre façon : asçavoir, Vous me verrez quand je seray ressuscité : mais ce sera pour bien peu de temps, paurce que je seray bien tost receu au ciel. Maïs 1 me semble que les paroles n’admettent point un tel sens, quand il dit, Un bien peu de temps, et vous me verrez : ains plustost il propose ceste consolation, pour soulager et addoucir da tristesse de son absence, asçavoir qu’elle ne durera pas long temps. Et par cela il magnifie la grâce du Sainct Esprit par laquelle il leur sera perpétuel-

lement présent: comme s’il leur faisoit promesse qu’il retournera bien tost après, et qu’ils ne seront, pas longuement privez de sa présence. Et ceci ne doit sembler estre absurde, qu'il dit qu'il est veu, quand il habite en ses disciples par son Esprit. Car combien qu'il ne soit point veu des yeux corporels, toutesfois sa présence est cognue par certaine expérience de la foy. Ge que sainct Paul enseigne est bien vray, asçavoir que tandis que les fidèles conversent et habitent en ce monde, ils sont absens du Seigneur, pource qu’ils cheminent par foy, et non point par regard, 2 Cor., V, 6. Mais il est aussi vray qu'ils se peuvent à bon droict cependant gloritier, qu’ils ont Christ demeurant en eux par foy, qu'ils luy adhèrent comme les membres au chef, qué par espérance ils possèdent le ciel avec luy. Aïnsi done la grâce du sainet Esprit nous est un miroir, auquel Christ veut estre regardé : selon ce que dit sainct Paul, Encore que nous ayons bien cognu Christ selon la chair, toutesfois nous ne le cognoissons plus, 2 Cor., V, 16. Si donc quelqu'un est en Christ, qu'il soit nouvelle créature. Car je m'en vay à mon Père. Aucuns exposent Ceci, Que Jésus-Christ ne sera plus veu des disciples, pource qu'il sera au ciel, et eux en terre. Quant à moy, il me semble qu’il doit estre plustost rapporté au second membre. Vous me verrez bien tost, pource que ma mort n’est pas une ruine, par laquelle je soye séparé de vous : mais c’est un passage pour entrer en la gloire

céleste, et de là ma vertu Divine s’espandra jusques à vous. Il a donc voulu monstrer, selon mon avis, quelle devoit estre . Sa condition après sa mort : afin qu’ils se contentassent de sa présence spirituelle, et qu’ils ne pensassent point que ceci leur veinst à perte, s’il ne conversoit plus avec eux comme homme mortel.

19 Et Jésus cognoissant qu'ils le vouloyent interroguer, leur dit, etc.

Combien qu’il semble que quelque fois le Seigneur parle à des sourds, et qu’il perd ses peines, toutesfois finalement il remédie tellement à la rudesse des siens, que sa doctrine n’est point inutile. Cependant nostre office est de donner ordre qu’avec Ja tardiveté il n’y ait aussi de l’orgueil ou de Ja nonchalance : mais plustost rendons-nous modestes et humbles, et Soyons convoiteux d'apprendre.

20 Fous pleurerez et lamenterez, et le monde s'esjouira, etc. Il monstre pour quelle raison il a prédit que son département estoit prochain, et pourquoy il a fait quant et quant promesse de retourner bien tost : asçavoir afin qu’ils sceussent mieux combien l’aide du sainct Esprit leur estoit nécessaire. Voyci qu’il dit, Une dure et difficile tentation vous est préparée : Car quand je seray osté par mort, le monde fera ses triomphes de vous, vous serez en grande angoisse : le monde s’estimera bien-heureux, et vous tiendra pour misérables. Jay donc bien voulu vous garnir d'armes nécessaires pour soustenir ceste bataille. Or il dénote le temps qui devoit estre entre sa mort et le jour que le sainct Esprit fut envoyé : pource que (par manière de dire)

Cuar. XVI

leur foy a esté pour lors abatue et accablée. Mais vostre tristesse sera converlie en joye. I entend ceste joye, laquelle les Apostres eurent après avoir receu le S. Esprit : non pas qu'ils ayent esté depuis exempts de toute tristesse : mais pource que toute la tristesse qu’ils devoyent avoir, a esté engloutie par la joye spirituelle. Nous sçavons que tant que les Apostres ont vescu, ils ont soustenu une guerre dure et aspre, qu'ils ont enduré de vileins opprobres, et qu’ils ont eu beaucoup d'occasions de pleurer et gémir : mais estans renouvelez par le S. Esprit, il ont despouillé le premier sentiment de leur infirmité : en sorte que d’un courage haut et magnanime ils foulloyent aux pieds tous les maux qui se présentoyent. Yci donc est conférée l’infirmité qu’ils avoyent lors, avec la haute vertu du sainct Esprit, laquelle ils devoyent recevoir bien tost après. Car ayans esté presque accablez pour un temps, ils ont puis après non-seulement combatu alaigrement, mais aussi triomphé glorieusement au milieu des combats. Toutesfois il nous faut aussi observer que non-seulement est dénoté le temps qui a esté entre la résurrection du Seigneur Jésus, et la mort des Apostres, mais aussi le temps qui a suyvi puis après : comme si Christ disoit, Pour un bien peu de temps vous serez comme abatus par terre: mais quand le sainet Esprit vous aura relevez, lors commencera une joye nouvelle, laquelle augmentera, en continuant tousjours, jusques à ce qu’estans receus en la gloire céleste, vous-vous esjouissiez parfaitement.

21 Quand la femme enfante, elle ha douleur, pource que son heure est venue : mais après qu’elle à fait un petit enfant, il ne luy souvient plus de l'angoisse, pour la joye quelle ha qu'une créature humaine est née au

monde.

22 Vous donc aussi avez bien maintenant tristesse : mais je vous verray derechef, et vostre cœur s’esjouira, el personne ne vous ostera vostre joye.

23 En ce jour-là vous ne m'interroguerez de rien. En vérité, en vérité, je vous di, que toutes choses que vous demanderez au Père en mon nom, il les

vous donnera.

24 Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom, demandez, et vous recevrez, afin que vostre joye soit plene.

Cnar. XVI. SUR S.

21 Quand la femme enfante, elle ha douleur, pource que son heure est venue, etc. 11 conferme la prochaine sentence par une similitude : ou pour mieux dire, il exprime plus clairement son intention: asçavoir que non-seulement leur tristesse sera changée en joye, mais aussi qu’elle contient en soy matière de joye. Il advient bien souvent que quand la prospérité est venue après l’adversité, les hommes mettans en oubli leur douleur passée, s’adonnent du tout à resjouissance : et toutesfois la douleur qui a précédé n’est pas cause de la joye. Mais Christ signifie que la tristesse que les siens auront endurée à cause de l’Evangile, sera proufitable. Et de faict, il ne se peut faire que toutes douleurs r’ayent mauvaise issue, sinon quand elles sont bénites en Christ: mais pource que Ja croix du Seigneur Jésus ha tousjours la victoire enclose en la foy, à bon droict Christ compare la douleur qui en procède, à la douleur et tristesse d’une femme qui est en travail d’enfant ; laquelle tristesse est récompensée de son guerdon, quand le fruit estant venu en lumière, donne liesse à la mère accouchée. Or la similitude ne conviendroit pas, sinon que la douleur engendrast joye és membres de Jésus-Christ, quand ils communiquent et sont faits participans de ses afflictions : comme le travail d'enfant en la femme est cause de l’enfantement. Il faut aussi appliquer la similitude à ce, que comme la douleur de la femme est fort aspre et presse bien fort, aussi elle s’esvanouit bien tost.

Ce n’estoit donc pas un petit soulagement aux Apostres, quand ils oyent dire que leur douleur ne dureroit pas long temps.

Maintenant il faut accommoder à nous l'usage de ceste doctrine. Depuis que nous sommes régénérez par l'Esprit de Christ, nous devions sentir en nous la force de ceste joye. La joye devoit avoir vigueur et force en nous, laquelle etfaçast tout le sentiment de nos maux. Nous devions, di-je, ressembler aux femmes accouchées, lesquelles pour le regard seul de leur fruit, se contentent tellement, que leur douleur ne leur est plus douleur.

Mais pource que nous avons seulement

gousté les prémices, voire bien petites, à

grand’peine sentons-nous des bien petites gouttes de la liesse spirituelle, lesquelles puissent un bien peu arrouser nostre douleur, et adoucir laigreur d’icelie. Et nonobstant ceste tant petite portion monstre clairement que tant s’en faut que ceux qui regardent Christ par une vraye foy, soyent accablez de douleur, qu’au milieu de leurs maux extrêmesils ne laissent pas de s’esjouir magnifiquement.

Cependant toutesfois pource que ceste condition est généralement imposée à toutes créatures, qu’elles travaillent jusquesau grand jour de la rédemption : sçachons qu'il nous faut aussi pleurer et gémir, jusques à ce qu’estans délivrez des misères continuelles de la vie présente, nous voyons apertement le fruit de nostre foy. En somme, les fidèles sont semblables aux accouchées, entant qu’estans régénérez en Christ, ils sont desjà entrez au Royaume céleste, en la vie bien-heureuse : et sont semblables à femmes enceintes et qui sont en travail d'enfant, entant qu’estans encore détenus captifs de la chair, ils souspirent à cest estat bienheureux, lequel est caché sous espérance.

22 Je vous verray derechef, et vostre cœur s'esjouira, et personne ne, etc.

La perpétuité fait que la joye doit estre beaucoup plus prisée : car il s'ensuit de là que les fascheries sont bien légères, et qu’on les doit porter patiemment, puis qu’elles sont de petite Aurée. Au reste, Christ monstre par ces paroles quelle est la vraye joye. Il ne se peut faire que le monde ne soit bien tost privé de ses joyes, lesquelles il ne cherche sinon és choses caduques. Il faut donc venir à Ja résurrection du Seigneur Jésus, en laquelle il y à une fermeté éternelle. Quand il dit qu’il verra ses disciples, il entend quand il les visitera derechef par la grâce de son Esprit, afin qu'ils jouissent perpétuellement de sa présence.

23 En ce jour-là vous ne m'interroquerez de rien, etc. Après que Christ a promis à ses disciples qu’ils auront joye de leur constance et force invincible, maintenant il parle d’une autre grâce du sainct Esprit, laquelle leur devoit estre donnée: asçavoir qu'ils receveront une si

33/4 grande lumière d'intelligence, qu’elle les eslèvera jusques aux secrets et hauts mystères célestes. Ils estoyent lors si tardifs et pesans, qu'il ne faloit qu'un bien petit scrupule pour les faire douter.

Car comme les enfans qui apprenent Va bc, ne sçauroyent lire une ligne sans

s’arrester souvent: ainsi ils s’achop-

poyent presque en chacune parole de Chrisi, et cela les empeschoit de proufiter. Mais bien tost après estans illuminez par le sainct Esprit, ils n’ont plus eu de retardement qui les ait empeschez que la sapience de Dieu ne leur ait esté familière et notoire, pour passer parmi les secrets et hauts mystères de Dieu sans s'achopper. Vray est que les Apostres n’ont pas laissé d’interroguer la bouche du Seigneur Jésus, mesme depuis qu’ils ont esté eslevez au souverain degré de sapience: mais yei est seulement faite comparaison de deux estats : comme si Jésus-Christ disoit que leur rudesse sera corrigée, en sorte qu'eux qui S’arrestent maintenant és bien petites choses, entreront jusques aux grans mystères sans difliculté. Il y a un semblable passage en Jérém., XXXI, 34, Un chacun n’enseignera plus son prochain, disant, Cognoy le Seigneur : car tous depuis le plus petit jusqu’au plus grand me cognoistront, dit le Seigneur. C’est une. chose bien certaine que le Prophète n’abolit point la doctrine, laquelle doit avoir vigueur principalement au royaume de Christ: mais quand tous seront divinement enseignez, il dit que ceste ignorance lourde et grossière n'aura plus de lieu, laquelle occupe les entendemens des hommes, jusques à ce que le Soleil de justice Jésus-Christ, leur esclaire par les rayons de son Esprit. Au reste comme ainsi soit que les Apostres fussent comme enfans, ou plustost fussent semblables à des troncs de bois, on voit assez clairement quels ils sont devenus après qu’ils ont esté enseignez par la maistrise du S. Esprit. Toutes choses que vous demanderez au Père, etc. I déclare d’où ceste faculté ou puissance nouvelle leur viendra : asçavoir pource qu’ils pourront à plene bouche

puiser de Dieu, qui est la source de.sa-.

pience, autant qu’il en sera besoin: com-

Cnar. XVE.

me s'il disoit, Il ne faut point craindre que vous soyez despouryeus du don d’intelligence: car mon Père sera prest avec toute abondance de biens pour vous enrichir suffisamment. Au surplus, il admoneste par ces paroles, que le sainct Esprit n’est point promis, afin que ceux ausquels il est promis, lattendent en dormant et estans oisifs: mais plustost à celle fin qu’ils soyent diligemment attentifs à désirer et demander la grâce qui leur est offerte. En somme, il prononce que lors il fera tellement office de Médiateur, que tout ce qu’ils demanderont, il l’obtiendra de son Père abondamment, et plus qu’ils ne sçauroyent dire. Or toutesfois d’yci sort une question difficile, Asçavoir si Dieu commença lors seulement à estre invoqué au nom de Christ, lequel n’a jamais peu estre propice aux hommes que pour l'amour du Médiateur.

Christ dénote le temps à-venir, auquel le Père céleste devoit bailler aux disciples tout ce qu’ils demanderoyent au nom d'iceluy. Or si ceste grâce est nouvelle et non accoustumée, il semble qu’on peut bien recueillir de cela, que tandis qu'il a conversé en terre, il n’avoit fait encore office d’Advocat, afin que les prières et oraisons des fidèles fussent agréables à Dieu par luy. Ce que mesme il exprime bien tost après plus clairement, Jusques à ceste heure, dit-il, vous n’avez rien demandé en mon nom. Si est-il vray-semblable que les Apostres ont gardé la règle de prier qui estoit ordonnée en la Loy. Or nous sçavons que les Pères n’avoyent point accoustumé de faire oraison sans Médiateur, veu que Dieu les duisoit à une telle forme de prier par tant d’exercices. Ils voyoyent le souverain et grand Sacrificateur entrer au Sanctuaire au nom de tout le peuple. Outreplus, ils yoyoyent offrir tous les jours des sacrifices, afin que les oraisons de l'Eglise fussent agréables devant Dieu. C’estoit donc ci un des.

principes de Ja foy, Que les prières adressées à Dieu, estoyent faites à la volée et en vain, sinon que le Médiateur fusi entre-deux. Or maintenant Christ avoit assez {estilié à ses Apostres qu'il estoit ce Médiateur: mais leur cognoissance estoit si obscure, qu’ils ne pouvoyent pas

Cuar. XVI. SUR S.

encore bien former leurs prières et'oraisons au nom d’iceluy. Et certes il n’y a nulle absurdité en cela, qu’ils ayent prié Dieu sous la fiance du Médiateur, et selon la règle et ordonnance de la Loy, et toutesfois n’ayent pas plenement et clairement entendu que signifioit cela. Le voile du Temple estoit encore tendu : la majesté de Dieu estoit cachée sous l'ombre des Chérubins : le grand et vray Sacrificateur n’estoit pas encore entré au Sanctuaire du ciel, afin qu’il intercédast pour les siens: il n’avoit pas encore dédié la voye par son sang. Il ne se faut donc esbahir s’il n’a pas esté recognu pour Médiateur, comme il est maintenant, depuis quw’estant entré au ciel il comparoist pour nous devant son Père, le réconciliant à nous par son sacrifice, afin que nous povres misérables hommes, osions bien nous présenter là avec hardiesse et fiance.

Car de faict, Christ estant receu au ciel, après avoir parachevé la purgation et satisfaction des péchez, a démonstré ouvertement qu’il estoit le Médiateur. Au surplus, il faut noter ceste répétition si fréquente de ce poinct, Que nous devons former nos oraisons au nom de Christ :

afin que nous sçachions que c’est une horrible et meschante profanation du nom de Dieu, quand quelqu'un est si bardi de se présenter devant le siége judicial de Dieu, laissant derrière Jésus-Christ. Que si ceste persuasion est vivement imprimée dedans nos cœurs, Que Dieu nous donnera très volontiers et abondamment tout ce que nous luy demanderons au nom de

son Fils, nous n'irons point çà et à appeler à nostre secours divers patrons où advocats : mais il nous suflira d’avoir ce seul Advocat, qui tant bénignement et tant de fois se présente à s’employer pour nous. Or nous prions au nom de Jésus- Christ, quand nous le proposons pour nostre advocat, afin qu'il nous réconcilie et nous face trouver grâce envers son Père, encore que nous n’exprimions apertement son nom de bouche.

24 Demandez, etc. Ceci se doit rapporter au temps de la manifestation, qui devoit estre faite bien tost après. Ainsi tant moins sont excusables aujourd’huy ceux qui obscurcissent ceste partie de doctrine par intercession des saincts qu'ils ont controuvée. Il faloit que le peuple sous l’ancien Testament dressast ses yeux à son Sacrificateur qui luy estoit donné pour figure et ombre, et aux sacrifices des bestes, toutes fois et quantes qu’il vouloit faire oraison. Nous sommes donc plus qu’ingrats, si nous'ne teons tous nos sens fichez et arrestez sur le vray Sacrificateur, lequel nous est offert pour Propiciateur, afin que par ‘iceluy nous ayons accès ouvert et facile au thrône de la gloire de Dieu. Or il adjouste finalement, Æfin que vostre joye soit plene. 1 signifie par cela que rien ne nous défaudra que nous n’ayons une parfaite abondance de tous biens, accomplissement de nos désirs, et un rassasiement plein de tranquillité, moyennant qu’en son nom nous demandions à Dieu tout ce qui nous est mécessaire.

25 Je vous ay dit ces choses en similitudes : mais l'heure vient que je ne parleray plus à vous en similitudes, mais je vous parleray plus ouvertement

de mon Père.

26 En ce jour-là vous demanderez en mon nom. Et je ne vous di point que

je prieray le Père pour vous.

97 Car le Père mesme vous aime, pource que vous m avez aimé, el avez

creu que je suis issu de Dieu.

28 Je suis issu du Père, et suis venu au monde : derechef je délaisse le

monde, et vay au Père.

25 Je vous ay dit ces choses en similitudes. L'intention de Christ est de donner courage à ses disciples, afin qu’espérans de mieux proufiter, ils ne

pensent point qué la doctrine, laquelle ils oyent maintenant, soit inutile, combien qu'ils ne comprenent pas beaucoup en icelle. Car ce souspecon leur pouvoit ve-

nir en fantasie, que Christ ne vouloit estre entendu, et qu’il les tenoit en suspens de propos délibéré. Il leur dénonce donc qu’il adviendra bien tost qu’ils sentiront le fruit de ceste doctrine, laquelle par son obscurité pouvoit desgouster tous les cœurs. Massal selon les Hébrieux, signifie quelque fois Proverbe : mais pource que les Proverbes contienent vo- Jontiers des figures, cela est cause que les Hébrieux appellent Messalim, les énigmes ou sentences notables, que les Grecs nomment Apophtegmes : lesquelles ont presque tousjours quelque obscurité ou ambiguïté. Le sens donc est tel, Il semble que je parle à vous maintenant en figures et termes obscurs, et non point simplement ni apertement : mais bien tost je parleray à vous plus familièrement, à celle fin que rien ne vous soit perplex ou difficile en ma doctrine.

Nous voyons maintenant ce que j’ay desjà touché, que ceci est pour accourager les Apostres, en leur proposant espérance de mieux proufiter ci-après : afin qu'ils ne rejettent point la doctrine pourtant s'ils n’entendent point encore ce qu’elle veut dire. Car si l’espérance de proufiter ci-après ne nous baille courage, il ne se peut faire que le désir d'apprendre ne se refroidisse en nous. Au surplus, le faict démonstre bien ouvertement que Jésus-Christ n’a point parlé en énigmes ou en termes obscurs, ains qu'il a usé envers ses disciples d’une façon de parler facile, voire grossière : mais leur rudesse estoit si grande, qu’estans tout estourdis ils ne sçavoyent que faire sinon le regarder. Parquoy ceste obscurité n’estoit pas tant en la doctrine qu’en leurs entendemens. Et de faict, le semblable nous advient aujourd’huy. Car ce n’est pas sans Cause que la parole de Dieu est ornée de ce titre, Qu'elle est nostre lumière : mais nos ténèbres obscurcissent tellement la clairté d’icelle, qu'il nous semble que ce ne sont que pures allégories de ce que nous oyons. Car comme il menace par son Prophète Isaïe, chapitre XX VIE, v. 44, qu'il sera barbare aux incrédules et réprouvez, comme s’il avoit la langue bègue : et sainct Paul dit que PEvangile est caché à telles gens, pource

Cnar. XVI.

que Satan a avenglé leurs entendemens, 2 Corinthiens, IV, 4 : ainsi, quand il parle aux infirmes et rudes, il leur semble pour la plus grand’part, qu’ils oyent quelque propos confus, en sorte qu’ils ne entendent point : car combien que leurs entendemens ne soyent pas du tout obscurcis de ténèbres, comme sont les entendemens des intidèles, toutesfois ils sont comme enveloppez de brouillars et nuées. Et Dieu souffre que nous soyons ainsi stupides et hébétez pour quelque temps, afin de nous abatre et humilier par le sentiment de nostre propre indigence. Mais ceux qu’il illumine par son Esprit, il les fait tellement proufiter, que ceste parole leur est familière et notoire.

Et à cela se rapporte le second membre, quand il dit, L'heure vient : c’est-à-dire, L'heure viendra bien tost que je ne parleray plus à vous par figures, ni en termes obscurs. Certes le sainct Esprit n’a point enseigné aux Apostres sinon ce qu'ils avoyent ouy de la bouche de Christ mesme : mais illuminant leurs cœurs, il a chassé leurs ténèbres, afin qu'en oyant parler le Seigneur Jésus comme d’une nouvelle et diverse façon, ils entendissent facilement son intention.

Quand il dit qu'il parlera ouvertement de son Père : il nous admoneste que le vray but de sa doctrine est de nous amener à Dieu, auquel consiste la vraye béatitude et ferme félicité. Mais il reste une question à soudre, Comment c’est qu’il dit ailleurs qu’il est donné aux disciples de cognoistre les mystères du royaume de Dieu : et yci il confesse qu’il parle à eux en termes obscurs. Car là, asçavoir en sainct Matthieu, XII, 44, il met différence entr’eux et le reste du peuple, di- Sant qu'il parle au peuple en paraboles et sentences obscures. Je respon que les Apostres n’estoyent pas si rudes et grossiers, que pour le moins ils ne goustassent petitement ce que leur Maistre vouloit dire. Ainsi ce n’est point sans cause qu'il les met hors du rang des aveugles.

Maintenant il dit que sa Parole leur a esté comme une allégorie, au pris de ceste claire lumière d'intelligence, laquelle il leur devoit donner bien tost après par la grace Ge son Esprit, L'un et l’autre done

Car. XVI. SUR S.

est vray, Qu'ils estoyent beaucoup plus excellens que ceux qui ne prenoyent aucune saveur ne goust à la parole de l’'Evangile : et que toutesfois ils estoyent encore rudes, et comme à l’a b c; au regard de la nouvelle sapience qui leur a esté apportée par le sainct Esprit.

26 En ce jour-là vous demanderez en mon nom, et je ne vous di point, etc.

Il répète derechef la cause pourquoy les thrésors célestes doyvent estre lors tant libéralement ouverts : asçavoir pource qu'ils demanderont au nom de Jésus- Christ tout ce qui leur sera besoin : et Dieu ne refusera rien de ce qui sera demandé au nom de son Fils. Mais il semble qu’il y ait yci contrariété és paroles :

car il adjouste incontinent après, qu’il ne sera point besoin qu’il prie son Père. Or quel besoin est-il de prier en son nom, s’il ne prend la charge d’estre nostre Advocat ou Intercesseur ? Et sainct Jehan en un autre lieu l'appelle nostre Advocat, 4 Jehan, Il, 4. S. Paul aussi tesmoigne qu'il intercède maintenant pour nous, Rom. VII, 26. L’autheur de l’Epistre aux Hébrieux conferme le semblable, Héb.

VII, 25. A cela je respon que Christ ne nie pas yci simplement qu’il sera nostre Advocat ou Intercesseur : mais il veut seulement dire que son Père sera si enclin à bien faire à ses disciples, que sans difficulté il leur donnera de son bon gré tout ce qu'ils luy auront demandé comme s’il disoit, Mon père viendra audevant : et pour la grande amour qu’il vous porte, il préviendra l’intercesseur ou Advocat, lequel autrement porteroit la parole pour tous. Au demeurant, quand il dit que Christ intercède pour nous envers son Père, n’imaginons rien de charnel de luy : comme si estant à genoux devant son Père, il faisoit là quelque humble supplication en nostre nom. Mais la vertu de son sacrifice et oblation unique, par laquelle il a une fois appaisé son Père envers nous, son sang tousjours vertueux et vigoureux, par lequel il a effacé nos offenses et péchez, et l’obéissance qu’il a rendue, est une continuelle intercession pour nous. (’est-ci à la vérité un fort beau passage, par lequel nous sommes ensei£nez que NOUS avons

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JEHAN. 331 le cœur du Père céleste, aussi tost que nous luy avons mis au-devant le nom de son Fils.

27 Pource que vous m'avez aimé, et avez creu que je suis issu de Dieu. Ces paroles nous remonstrent que le seul lien de nostre çonjonction avec Dieu est, que nous soyons conjoints avec Christ. Cr nous luy sommes conjoints par foy non feinte, mais procédante d’une affection pure, qui est dénotée par le mot d’A4mour. Car nul ne croit purement en Christ, sinon celuy qui l’aime de vraye affection de cœur. Parquoy il a bien exprimé la vertu et nature de la foy par ce mot, Mais quoy? Si Dieu commence à nous aimer lors seulement que nous aimons Christ, il s'ensuit que le commencement de nostre salut est de nous, pour autant que nous prévenons la grâce de Dieu. Et toutesfois tant de tesmoignages de l’'Escriture sont répugnans à ceste sentence. La promesse de Dieu est telle, Je feray qu'ils n’aimeront. Et S. Jehan dit, Non point que nous layons aimé les premiers, À Jehan, IV, 10. Ce seroit une chose superflue de recueillir beaucoup de passages : pource qu’il n’y a rien plus certain que ceste doctrine, Que le Seigneur appelle les choses qui ne sont point, qu'il ressuscite les morts, qu’il s'adjoint avec ceux qui luy estoyent estrangers, que des cœurs obstinez et de fer il en fait des cœurs de chair, qu’il se monstre à Ceux qui ne le cherchent point. Je respon à ceste difficulté, que Dieu aime les hommes d’une facon secrète devant leur vocation, s’ils sont des éleus : car il aime tous les siens avant qu’ils soyent crééz. Mais pource qu’ils ne sont pas encore réconciliez, ils sont réputez à bon droict ennemis de Dieu :

comme sainct Paul parle aux Romains, chap. V, v.10. Selon ceste raison il est yci dit que nous sommes aimez de Dieu, quand nous aimons Christ : pource que nous avons le gage de son amour paternelle, au lieu que nous lavions en horreur auparavant, COMME un juge courroucé contre nous.

28 Je suis issu du Père, et suis vent au monde : et derechef je laisse le, ele, Ceste façon de parler nous rend tes-

moignage de la vertu Divine en Christ : car la foy que nous avons en luy ne pourroit estre ferme, si elle n’appréhendoit sa puissance Divine. Car sa mort et résurrection, qui sont les deux piliers de la foy, ne nous serviroyent pas grardement, ou rien du tout, si la vertu céleste ne leur estoit annexée, Nous entendons maintenant comment nous devons aimer Jésus-Christ, asçavoir en sorte que n05tre foy considère le conseil et la vertu de Dieu, de la main duquel il nous est offert.

Car il ne faut pas prendre froidement ce mot, Qu'il est issu de Dieu : mais il faut quant et quant entendre pour quelle raison ou à quelle fin il est issu : asçavoir afin qu’il nous fust sapience, sanctification, justice et rédemption, 4 Cor., E, 30.

Caps XVI, Au second membre, qui est adjousté incontinent après, est dénotée la perpétuité de sa vertu. Car les disciples eussent peu penser que ce bénéfice fust temporel, asçavoir qu’il estoit envoyé au monde pour Rédempteur. Il dit donc qu’il retourne à son Père, afin qu'ils ayent pour tout résolu que par son département rien ne se perd de tous les biens qu'il avoit appor-" tez : pource que de sa gloire céleste il espand au monde la vertu et l’efficace de sa mort et résurrection. Il a donc délaissé le monde, quand despouillant nos infirmi:

tez il a esté receu en gloire céleste : mais sa grâce ne laisse point d’avoir vigueur et force envers nous, d'autant qu’ilest assis à la dextre du Père, afin d’estre Empereur et Dominateur de tout le monde:

29 Ses disciples luy disent, Foyci maintenant tu parles quner en) et ne

dis nulle similitude.

30 Maintenant nous scavons que tu scais toutes choses et n'as besoin qu'aucun l’interrogue. Par cela nous croyons que Lu es issu de Dieu.

31 Jésus leur respondit, Croyez-vous maintenant ?

32 Voyci, l'heure vient, el est jà venue, que vous serez espars chacun à part soy, et me délaisserez seul : mais je ne suis point seul, car le Père est avec moy.

33 Je vous ay dit ces choses, afin que vous ayez paix en moy: vous aurez angoisse au monde : mais ayez bon courage, j'ay vaincu le monde.

29 Ses disciples luy disent, Foyci maintenant tu parles ouvertement, et ne dis, etc. 1 appert par ceci de combien grande efficace à esté la consolation du Seigneur Jésus, par laquelle il a bien tost redressé en grande alaigreté.les esprits de ses Apostres qui estoyent auparavant abbatus. Et toutesfois il est certain que les disciples n’ont pas encore entendu le poids du propos de Jésus-Christ : car combien qu’ils n’en fussent encores capables, toutesfois la seule odeur d’iceluy les a récréez. Quant à ce qu’ils s’escrient que Jésus parle ouvertement et sans fioure : vray est qu’ils excèdent mesure en cela, nonobstant ils le disent à la vérité, selon qu’ils le sentoyent en leurs cœurs. Ce que nous expérimentons aussi aujourd’huy : car celuy qui a seulement quelque peu gousté de la doctrine de l’'Evangile, est plus embrasé, et sent beaucoup plus de vertu et efficace en ceste bien petite mesure de foy, que s’il avoit

entière cognoissance de tous les escrits de Platon. Et qui plus est, les gémissemens que le sainct Esprit suscite és cœurs des fidèles, sont suflisans tesmoins que Dieu besongne d’une façon secrète pardessus leur capacité : car autrement sainct.

Paul, Rom. VII, 26, w’appelleroit point ces gémissemens inénarrables. Ainsi donc il faut entendre que les Apostres ont senti quelque proufit, en sorte qu'ils pouvoyent vrayement testifier que les paroles de Christ ne leur estoyent point maïntenant du tout obscures : mais ils ont esté trompez en ceci, qu’ils pensoyent y entendre plus qu’ils ne faisoyent. Or la!

faute venoit de là, qu’ils ne sçavoyent pas:

quel devoit estre le don du sainet Esprit:

Ils s'esgayent donc devant qu'il en soit temps : comme si quelqu'un pensoit estre:

bien riche pour une pièce d'or. Ils recueillent par quelques signes que Christ est issu de Dieu : et se glorifient de cela; comme s’il ne leur faloit rien d'avantage.

Cuar. XVI. SUR $.

Cependant toutesfois ils estoyent encore bien loin de ceste cognoissance, tandis qu'ils n’entendoyent pas quel leur devoit estre Christ à l’advenir.

31 Jésus respondilt, Croyez-vous maintenant? Pource que les disciples se plaisoyent par trop, le Seigneur Jésus les admoneste que se souvenans bien de leur infivmité, ils se contienent plustost dedans leur petite portée. Or nous ne cognoissons jamais bien ce qui nous défaut, et combien nous sommes loin de la plénitude de la foy, jusques à ce que nous soyons venus à quelque expérience vive, et qui nous touche de près : car lors le faict démonstre combien nostre foy estoit débile, laquelle nous pensions bien estre plene. Christ rappelle ses disciples à cela, et prononce que bien tost il adviendra qu'ils le délaisseront : car la persécution est comme une pierre de touche pour esprouver la foy, de laquelle quand la petitesse apparoist, ceux qui estoyent enflez auparavant, commencent à trembler et à se resserrer. Ainsi donc l’interrogation laquelle fait Christ, contient une ironie : comme s’il eust dit, Vous glorifiezvous ainsi, comme si vous estiez remplis de foy? Mais l’espreuve est bien prochaine, laquelle manifestera combien vous estes vuides. Voylà comment il faut réprimer et brider nostre folle asseurance, quand elle s’esgaye par trop. Mais il pourroit sembler que les Apostres n’avoyent point de foy du tout, ou qu’elle fust esteinte lors qu'ayans abandonné Jésus-Christ ils furent dispersez çà et là.

À cela je respon que combien que leur foy fust abbatue et comme défaillie, il y en avoit toutesfois quelque résidu, dont devoyent sortir nouveaux boutons puis après,

32 Mais je ne suis point seul : car le Père est avec moy. Ceste correction est adjoustée, afin que nous sçachions que Jésus n’est en rien diminué, quand il est délaissé des hommes. Car comme ainsi soit que la vérité et gloire d’iceluy soit fondée en luy, et qu’elle ne dépende point de ce que le monde y adjouste foy ou non : s’il advient qu’il soit délaissé de tout le monde, nonobstant il ne laisse pas de demeurer entier : car il est Dieu,

JÉHAN,

n'ayant besoin quelconque de l’aide d’au-

truy. Quand il dit, Car mon Père. est

avec moy : C'est comme s’il disoit que.

son Père tiendra son parti, en sorte qu’il n'aura besoin de rien emprunter des

hommes. Quiconque aura ceci bien imprimé en son cœur, quand tout le monde

seroit esbranslé, encore ne laissera-il

point de demeurer ferme, et le révolte-

ment de tous les autres ne renversera point sa foy. Car nous n’atiribuons point à Dieu l’honneur qui Iuy appartient, si

nous ne nous contentons de luy seul.

33 Je vous ay dit ces choses, afin que

VOUS ayez paix en MOY : VOUS au-

tres, etc. I] répète derechef combien sont

nécessaires les consolations, lesquelles il leur avoit proposées. Or il le prouve par ce, que plusieurs tribulations et fascheries leur sont préparées au monde, Premièrement donc il nous faut noter ceste

admonition, afin que tous fidèles soyent résolus en ceci, que leur vie sera sujete

à beaucoup de misères et grandes cala-

mitez, afin qu’ils se disposent à endurer.

Puis donc que le monde nous est comme une mer troublée, on ne trouvera point vraye paix ailleurs qu’en Jésus-Christ.

Maintenant il faut noter le moyen de jouir de ceste sas lequel il nous déclare yci,

Il dit qu’ils auront paix, s'ils proufitent en ceste doctrine. Voulons-nous doncques avoir nos esprits paisibles et à délivre au milieu des afflictions ? Ouvrons les aureilles pour nous rendre attentifs à ceste remonstrante du Seigneur Jésus, laquelle nous donnera la paix en luy.

Ayez bon courage. Tout ainsi qu’il est bien convenable que nostre stupidité et nonchalance soit corrigée par diverses affictions, et que nous soyons resveillez pour chercher le remède de nos maux :

aussi le Seigneur ne veut pas que nous ayons les courages abbatus, mais plustost que nous combations alaigrement, Ce qui ne se peut faire, si nous ne sommes bien certains de l'issue : car s’il faut combatre en doute et à l’aventure, toute nostre affection s’esvanouira incontinent, Jésus-Christ donc nous appelant au combat, nous arme d’une certaine fiance de Ja victoire, combien qu’il nous fale encore suer. Au reste, pource qu'il y a tous-

Ja HE

jours en ñous béaucoup de matière de trembler, il nous monstre pour quelle raison nous-nous devons asseurer : asçavoir pource qu'il a obtenu victoire sur le monde, non point pour soy particulièrement, ains pour nostre proulit. Ainsi il adviendra qu’estans presque accablez en nous, pourveu que nous regardions à ceste gloire magnifique, à laquelle nostre Chef a esté eslevé, nous pourrons hardiment mespriser tous les maux qui nous pendent sur la teste. Parquoy si nous vou-

Car. XVIE

lons estre Chrestiens, il ne faut point que nous cherchions d’estre exempts de la Croix : mais contentons-nous de ce seul poinct, que guerroyans sous l’enseigne du Seigneur Jésus, nous sommes hors de tous dangers, voire au milieu de la bataille. Sous cemotde Monde, Jésus-Christ comprend yci tout ce qui est contraire au salut des fidèles : et principalement toutes les corruptions, desquelles Satan abuse pour nous dresser des embusches.

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