‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 32 sur 113 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

A Jésus dit ces choses :

puis eslevant ses yeux au ciel, dif,

Père, l'heure est

venue, glorifie ton Fils, afin que ton Füls te glorifie,

2 Comine tu luy as ‘donné puissance sur toute chair : afin qu’il donne vie éternelle à tous ceux que tu luy as donnez.

3 Et ceste est la vie éternelle, qu’ils te cognoissent seul vray Dieu, et celuy que tu as envoyé, asçavoir Jésus-Christ.

4 Je l’'ay glorifié sur la terre : j'ay parachevé l'œuvre que tu n'as baillée à Jaire.

8 Et maintenant, toy Père, glorifie-moy envers toy-mesme de la gloire la-

quelle j'ay euë avec toy devant que le monde fust fait.

À Jésus dit ces choses : puis eslevant ses yeux au ciel, dit, etc. Après que le Seigneur Jésus a presché ses disciples de porter la croix, il leur à proposé des consolations, sur lesquelles s’appuyans ils persévérassent : et leur ayant promis la venue du sainct Esprit, les a redressez en une meilleure espérance, et à traitté de la splendeur et gloire de son Royaume.

Maintenant il se met à prier, et à bon droict : car la doctrine n’ha pulle vertu, si elle ne reçoit efficace d’enhaut. Parquoy il propose exemple à tous ceux qui ont charge d’enseigner, à ce qu'ils ne s’employent point seulement à semer la Parole, mais aussi que meslans les prières, ils implorent l’aide de Dieu : afin que la bénédiction diceluy rende leur labeur fructueux. En somme, ceste prière du Seigneur Jésus à esté comme un seau de la doctrine précédente, tant afin qu’elle fust ratifiée en soy-mesme, qu’afin aussi qu’elle eust plene certitude et authorité envers les disciples. Quant à ce que sainct Jeban récite que Christ pria ayant les yeux eslerez au ciel : cela a

esté un signe d’une ardeur et véhémence singulière. Car le Seigneur Jésus a vrayement testifié par ce geste, que d'affection de cœur il estoit plus au ciel qu’en la terre : afin que délaissant les hommes, il devisast familièrement avec Dieu. Or il a regardé le ciel, non pas que Dieu soit là enclos, lequel remplit aussi la terre, mais pource que sa majesté se monstre là principalement : avantage, pource que le regard des Cieux nous admoneste que la majesté Divine est eslevée sans comparaison par-dessus toutes créatures. A cela mesme tend leslévation des mains és prières : Car Comme ainsi soit que les hommes soyent naturellement paresseux et tardifs, et que leur entendement terrestre les tire contre bas, ils ont besoin de telles incitations, ou plustost de tels chariots pour les eslever à Dieu. Au reste, si nous voulons vrayement imiter Christ, il nous faut bien garder qu’il n’y ait plus de gestes en nos cérémonies, que de bonne volonté en nos cœurs :

mais que l'affection intérieure pousse les

veux, les mains, la langue, ef tout ce qui

Cuar. XVIL. SUR $.

est en nous. Quant à ce que le Péagier ayant les yeux baissez en terre, n’a pas laissé de faire une bonne prière à Dieu, cela n’est point contraire à ceste sentence, Luc, XVIII, 43, Car combien qu'estant confus de ses péchez, il se soit humilié et abbatu, néantmoins une telle déjection ne l’a point gardé de demander pardon avec certaine asseurance. Mais il estoit bien convenable que Christ priast autrement, veu qu’il n’y avoit rien en luy pourquoy il se deust sentir confus. D’avantage, C’est une chose bien certaine que David à prié tantost d’une façon, tantost d’une autre en divers temps, selon les affaires qu’il avoit. Père, l'heure est venue. Jésus-Christ demande que son Royaume soit glorifié, afin que de son Costé aussi il magnifie la gloire de son Père. Il dit que l’heure est venue, pource que combien que par plusieurs miracles et toutes sortes de vertus il avoit esté manifesté estre Fils de Dieu :

toutesfois son Royaume spirituel estoit encore obscur, lequel a esté descouvert en plene clairté bien tost après. Si on 0bjecte qu’il n’estoit pas possible de trouver chose ayant moindre apparence de gloire que la mort de Christ, qui estoit lors prochaine : je respon qu’en ceste mort-là nous appercevons un triomphe plus que magnifique, lequel est caché aux meschans. Car nous recognoissons là, que les péchez estans effacez, le monde à esté réconcilié à Dieu, la malédiction abolie, Satan mis bas. Et aussi la prière du Seigneur Jésus tend à ce que sa mort produise par la puissance de l'Esprit céleste le fruit qui avoit esté ordonné par le conseil éternel de Dieu : car il dit que l’heure est venue, non point une heure qui soit déterminée à la fantasie et appétit des hommes, mais ordonnée de Dieu.

Cependant toutesfois la prière n’est point superflue : d'autant que Jésus-Christ dépend tellement de la bonne volonté de Dieu, que néantmoins il sçait que son devoir est de souhaiter et désirer ce que son Père avoit promis devoir certainement advenir. Vray est que Dieu fera ce qu’il à une fois décrété et ordonné, voire quand non-seulement tout le monde dormiroit, mais aussi y Contrediroit. Cepen-

JEHAN. au

dant toutesfois c’est à nous de luy demander par oraisons toutes les choses qu’il a promises : car la fin et l’usage des promesses est de nous soliciter à prier.

Afin que ton Fils te glorifie. I signifie qu'il y a une correspondance mutuelle entre l’exaltation de sa gloire, et de la gloire de son Père. Car pourquoy est-ce que Jésus-Christ apparoist, sinon afin qu’il nous mène à son Père ? Dont il s’ensuit que tout l’honneur qu’on porte à Jésus-Christ, tant s’en faut qu’il diminue rien de l’honneur du Père, que plustost il en est beaucoup plus confermé. Il faut tousjours réduire en mémoire en quel titre Jésus-Christ parle yci : car il ne nous faut pas seulement regarder sa Divinité éternelle, veu qu’il parle entant qu’il estoit Dieu manifesté en chair, et ‘selon l'office de Médiateur.

2 Comme tu luy as donné puissance. Il conferme derechef qu'il ne demande rien qui ne soit accordant à la volonté et au bon plaisir de son Père :

comme c’est la règle perpétuelle de bien prier, de ne demander non plus que Dieu nous veut donner de son bon gré : car il n’y a rien plus loin de raison, que de proposer devant Dieu tout ce qui nous plaist. Puissance sur toute chair, signifie le Royaume ou empire qui a esté donné au Seigneur Jésus, quand le Père Va ordonné Roy et constitué Chef. Mais il faut noter la fin, asçavoir qu’il donne vie éternelle à tous les siens. Jésus- Christ donc a receu l'empire, non point tant pour soy, que pour nostre salut. Il est donc bien convenable que nous-nous soumettions au Seigneur Jésus de bon gré : non-seulement afin que nous obéissions à Dieu, mais aussi pource qu’il n’y a rien plus amiable ou plus désirable que ceste sujétion, veu qu’elle nous apporte la vie éternelle. Au surplus, Jésus-Christ ne dit pas qu’il soit ordonné gouverneur sur tout le monde, pour conférer la vie à tous hommes indifféremment : mais nous voyons qu’il restraint ceste grâce seulement à ceux qui luy sont donnez.

Mais comment luy sont-ils donnez? car le Père luy a assujeti les réprouvez. Je respon qu'il n’y à que les éleus qui soyent de son troupeau et de sa bergerie

particulière, laquelle il a prinse en sa garde comme pasteur et berger. Ainsi donc le Royaume de Jésus-Christ s’es- -tend bien à tous hommes : mais il n’apporte salut sinon aux éleus, lesquels d’une obéissance volontaire suyvent la voix du Pasteur. Car quant aux autres, il les contraint par violence forcée de luy obéir, jusques à ce que finalement il les brise du tout de son sceptre de fer.

3 Et ceste est la vie élernelle, qu'ils te cognoissent seul vray Dieu, etc. I déclare maintenant la facon de donner.

la vie : asçavoir quand il illumine ses éleus et fidèles en la vraye cognoissance de Dieu. Car à ne traitte point yei de la fruition de la vie que nous espérons, mais seulement comment les hommes parvienent à la vie. Et afin que nous entendions bien ceste sentence, il faut sçavoir en premier lieu, que nous sommes tous généralement en la mort, jusques à ce que Dieu, qui est Seul Vie, nous illumine de sa clairté. Et quand il nous a illuminez, pource que nous le possédons par foy, quant et quant nous entrons en possession de la vie. Voylà pourquoy la cognoissance de luy est à bon droict et vrayement appelée salutaire, où apportant salut. Or il n'y à yei presque un seul mot qui n’emporte son poids : car il ñe faut pas penser qu’il dénote yei une cognoissance de Dieu telle quelle : mais celle qui nous réforme à l’image de Dieu de foy en foy, où plustost qui est une avec la foy, par laquelle estans insérez

au Corps de Jésus-Christ, nous sommes |

faits participans de l’adoption Divine, qui nous fait enfans et héritiers du Royaume des cieux. Au reste, pource que Dieu n’est cognu qu’en la face de Jésus-Christ, qui est la propre et vive image d’iceluy, pour ceste cause il est dit, Qu'ils Le cognoissent et Jésus-Christ lequel tu as envoyé. Car ce que le Père est mis au premier lieu, cela ne se rapporte à l’ordre de la foy : comme si nostre esprit, après avoir cognu Dieu, descendoit au Fils puis “après : mais le sens est, que Dieu est adonc cognu des hommes, quand le Médiateur est mis entre-deux. I y a deux épithètes adjoustez, asçavoir, vray el seul : pource qu'il faut premièrement que

Cuar. XVIL.

la foy discerne Dieu d’avec les vaines inventions des hommes, et que l’embrassant d’une ferme certitude, jamais elle ne fléchisse ne chancelle : d'avantage, que s’asseurant qu'il n’y a tien défaillant ou imparfait en Dieu, elle se contente de luy seul. Quant à ce qu'aucuns veulent résoudre ces mots comme S'il y avoit, Qu'ils te cognoissent, toy qui es seul Dieu : cela ést bien froid. Le sens doncques est, Qu'ils te cognoissent seul pour vray Dieu. Mais il semble bien qu’en ceste sorte Jésus-Christ se démet de tout droict et nom de Divinité. Si nous respondons que le nom de Dieu en ceste sentence doit estre aussi bien rapporté à Jésus-Christ qu’au Père, on pourra encore faire la mesme question du sainct Esprit. Car si seulement le Père et le Fils sont un Dieu, le sainct Esprit est débouté de ce degré : qui est une chose autant absurde que la première. Or la solution est bien facile, si nous regardons de près la façon de parler que Jésus-Christ tient par tout en cest Evangile de S/Jehan : de laquelle j’ay tant de fois desjà adverti les lecteurs, qu'ils y doyvent estre tout accoustumez. Jésus-Christ Se monstrant en forme d'homme, dénote sous la personne du Père, 14 puissance, l'essence et la majesté de Dieu. Aïnsi doncques le Père de nostre Seigneur Jésus est le seul vray Dieu : c’est-à-dire, ce Dieu qui jadis avoit promis le Rédempteur au monde, est le Dieu seul et vray. Mais l’unité et la vérité de Divinité se trouvera en Jésus-Christ : car Christ a esté humilié, afin qu’il nous eslevast en haut. Quand nous sommes venus jusques-là, lors sa majesté Divine se monstre : lors (di-je) nous recognoissons que luy est tout en son Père, et le Père est tout en luy. Brief, celuy qui Sépare Jésus-Christ de la Divinité du Père, il ñe cognoist point encore celuy qui est seul vray Dieu : mais plustost il se forge un dieu estrange. Pour ceste cause il nous est enjoint et ordonné de cCognoistre Dieu, et Jésus-Christ lequel il à envové, par lequel il nous invite à soy, comme nous tendant la main. Quant à ce qu'il y en à aucuns qui pensent estre une chose inique et injuste, si les hommes périssent

Car. XVII. SUR S.

seulement pour n’avoir point cognu Dieu, cela se fait d'autant qu’ils ne considèrent point qu'il n’y à ne source ne fontaine de vie sinon en Dieu, et que tous ceux qui sont aliénez de Juy, sont privez de la vie. Or si ainsi est qu’on n’approche de Dieu que par foy, il faut conclure nécessairement que l’infidélité nous détient en la mort. Si quelqu'un fait ceste objection, que c’est faire tort à ceux qui au reste sont justes et innocens, s'ils sont condamnez : la response est facile, asçavoir qu'il n’y à nulle droiture ni aucune pureté és hommes, tandis qu’ils demeurent en leur nature. Or nous sommes renouvelez en l’image de Dieu (comme dit sainct Paul aux Colossiens, IE, 40) par la cognoissance d’iceluy. Maintenant il nous faut recueillir ensemble les trois articles que nous avons veus : que le Royaume de Jésus-Christ apporte vie et salut. Secondement, que tous ne reçoyvent pas vie de luy : et aussi que son oflice n’est pas de bailler vie à tous, mais seulement aux éleus que le Père luy a donnez en garde. Tiercement, que ceste vie consiste en la foy, et que Jésus-Christ la baille à ceux qu’il illumine en la foy de l'Evangile. Dont nous recueillons que le don d'illumination et de sapience céleste n’est point commun à tous, mais particulier aux éleus. Il est bien vray que l'Evangile est indifféremment offert à tous : mais Jésus-Christ parle yci

de la façon secrète d’enseigner, et qui

ha l’efficace conjointe, par laquelle les enfans de Dieu seulement sont tirez à la foy.

4 Je l'ay glorifié sur la terre, j'ay parachevé l'œuvre que tu m'as, eic.

dit ceci, pource que Dieu s’estoit manifesté au monde tant en la doctrine de son Fils, qu'és miracles d’iceluy. Et la gloire de Dieu est, que “ous cognoissions quel il est. Quand à adjouste qu'il a parachevé l'œuvre qui luy estoit enjointe :

il entend qu’il a parachevé tout le cours de sa vocation. Car lors le temps estoit venu, auquel il devoit estre receu en la gloire céleste. Et il ne parle point seulement de sa charge et office d'enseigner, mais il comprend aussi les autres parties de son ministère. Car combien que le

principal article fust encore à faire, asçavoir le sacrifice de la mort, par lequel il devoit purger nos ordures et péchez :

toutesfois pource que lheure de sa mort estoit bien prochaine, il parle tout ainsi que s’il leust desjà endurée. La somme donc de ceste requeste est, que le Père le mette en possession de son Royaume :

veu qu'ayant parachevé sa charge, il n’avoit plus rien à faire, sinon à desployer par la vertu de son Esprit, l’efficace et le fruit de toutes les choses qu’il avoit faites sur terre, par le commandement et ordonnance de son Père : suyvant ce que dit S. Paul, Philip., If, 7. Il s’est humilié et anéanti soy-mesme, ayant prins forme de serviteur. Pour ceste cause Dieu Pa exalté, et luy a donné un Nom, etc.

5 De la gloire laquelle j ay eue avec toy devant que le monde fust fait. N désire estre glorifié envers son Père, non pas afin que son Père le glorifie en privé, sans aucuns tesmoins : mais qu’estant receu en la gloire céleste, il démonstre là magnifiquement sa puissance et grandeur, afin que tout genouil se ploye devant luy, etc. Philip. IE, 10. Et pourtant ceste particule, Envers le Père, au premier membre, est opposée à la gloire terrestre et caduque : comme sainet Paul voulant exprimer l’immortalité bien-heureuse de Christ, dit qu’estant mort une fois à péché, il vit maintenant à Dieu, Rom. VI, 40. Puis après Christ déclare qw'il ne désire rien de nouveau, mais seulement qu'il apparoissé tel en chair qu’il estoit devant la création du monde : ou pour parler plus clairement, que la majesté Divine qu’il avoit tousjours eue, reluise en la personne de Médiateur, et en la chair humaine qu’il avoit vestue.

Voyci un fort beau passage, par lequel nous sommes enseignez que Jésus-Christ west point un Dieu nouvellement forgé, ou survenu depuis quelque temps. Car si sa gloire a esté éternelle, il a aussi esté de tout temps. D’avantage, yci est exprimée une distinction manifeste entre sa personne et la personne du Père. Dont nous recueillons qu’il n’est point seulement Dieu éternel, mais aussi qu’il est la Parole éternelle de Dieu engendrée du Père devant les siècles.

Cuar. XVII

6 Jay manifesté ton Nom aux hommes, lesquels tu n'as donnez du monde : ils estoyent tiens, et tu me les as donnez, et ont gardé ta Parole.

7 Maintenant ils ont cognu que tout ce que tu m'as donné, est de toy.

8 Car je leur ay donné les paroles que tu m'as données, et les ont receuës, et ont vrayement cognu que je suis issu de toy, et ont creu que tu m'as envoyé.

9 Je prie pour eux, je ne prie point pour le monde, mais pour ceux lesquels tu mas donnez, car ils sont tiens.

A0 Æt tout ce qui est mien, est tien, rifié en eux.

et ce qui est tien, est mien, et suis glo-

A1 Et maintenant je ne suis plus au monde, mais ceux-ci sont au monde, et je vien à toy. Père sainct, garde-les en ton Nom, ceux, di-je, que tu m'as donnez, afin qu'ils soyent un ainsi que nous.

6 Jay manifesté ton Nom aux hommes, lesquels tu m'as donnez du monde : ils estoyent, etc. Jésus-Christ commence yei à prier son Père pour ses disciples, et luy recommande leur salut de la mesme affection d'amour, qu’il devoit bien tost souffrir la mort pour eux.

Or la première raison qu’il allègue en sa recommandation est, qu’ils ont receu la doctrine laquelle rend les hommes vrayement enfans de Dieu. Il est tout certain qu’il n’y à eu faute de fidélité ne de diligence en Jésus-Christ pour appeler tous hommes à Dieu : mais son labeur n’a point eu efficace ne fruit, sinon envers les éleus : sa prédication, laquelle manifestoit le nom de Dieu, a esté commune à tous : et il n’a cessé de maintenir la gloire d’iceluy-mesme envers les obstinez. Pourquoy donc dit-il qu’il a manifesté le nom de son Père seulement à quelque petit nombre de gens, sinon d'autant qu'il n’y à que les éleus qui proufitent par la gràce de l'Esprit qui les enseigne au dedans? Recueillons donc de ceci, que tous ceux ausquels on propose la doctrine, ne sont pas pourtant vrayement enseignez et avec fruit, mais seulement ceux desquels les entendemens sont illuminez. Or Jésus-Christ attribue la cause à l'élection de Dieu : car il ne met point autre différence, pourquoy il a manifesté ke nom de son Père à aucuns, laissant les autres, sinon pource qu’ils luy avoyent esté donnez. Dont il s'ensuit que la foy descoule de la prédestination éternelle de Dieu, et que pourtant elle n'est point donnée à tous hommes indif-

| féremment : pource que tous n’appartienent pas au Fils de Dieu. Quand il adjouste, Z{sestoyent tiens, et tu me les as donnez : premièrement l’éternité de l’élection est dénotée par ces paroles : outreplus, comment il faut que nous la considérions. Jésus-Christ déclare que les éleus ont tousjours esté à Dieu. Dieu donc les discerne d’avee les réprouvez, non point par foy ou mérite quelconque, ains par pure grâce. Car lors mesmes qu'ils sont tant et plus aliénez de luy, toutesfois il les répute siens en son conseil secret. Et la certitude de ceste élection gratuite gist en ce, qu’il donne en garde à son Fils tous ceux qu’il a éleus, afin qu’ils ne périssent. Et c’est là où il faut que nous dressions nos yeux, afin que nous Soyons certains que nous sommes du nombre et rang des enfans de Dieu : car la prédestination de Dieu en soy est occulte et cachée, mais elle nous est manifestée en Christ seul. Ont gardé ta parole. C’est-ci le troisième degré :

car le premier c’est l’élection gratuite :

et le second est ceste donation ou bail par lequel nous entrons sous la sauvegarde de Christ : estans receus de Christ, nous sommes recueillis en la bergerie par foy.

La parole de Dieu escoule aux infidèles et réprouvez, mais elle prend racine aux éleus. Et pour ceste raison il est dit qu’ils la gardent.

7 Maintenant ils ont cognu que tout ce que tu mas donné est de toy, etc.

Yci est exprimé ce qui est le principal en la foy, quand on croit tellement en Christ, que la foy ne s’arreste point au regard

Car. XVI. SUR $.

de la chair, mais apprébende la vertu et gloire Divine d’iceluy. Car quand le Seigneur Jésus dit, Z{s ont cognu que toutes les choses que tu m’as données sont de toy : il entend que les fidèles sentent que tout ce qu’il ha est céleste et Divin.

Et de faict, si nous n’appréhendons Dieu en Jésus-Christ, il faudra nécessairement que nous soyons perpétuellement en bransle. F

8 Car je leur ay donné les paroles que tu m'as données, et les, etc. I exprime le moyen de ceste cognoissance, pource qu’ils ont accepté et receu la doctrine qu’il leur avoit enseignée. Mais afin que nul ne pensast que sa doctrine fust une doctrine humaine, ou forgée en terre, il déclare que Dieu est autheur d’icelle, quand il dit, Je leur ay donné les paroles que tu m as données. Or il parle selon sa coustume en la personne de Médiateur ou ministre de Dieu, quand il proteste qu'il n’a rien enseigné qu’il ne l'ait receu de son Père. Car d'autant que Sa Condition estoit encore basse et contemptible, luy estant en la chair, et que sa majesté haute et gloire Divine estoit encore Cachée sous la forme de serviteur, sous Ja personne du Pere, il entend simplement Dieu. Cependant, il nous faut tousjours tenir ferme ce que sainct Jehan a tesmoigné au commencement de son Evangile, que Christ entant qu'il estoit la Parole éternelle de Dieu, a tousjours esté un Dieu avec le Père. Ainsi donc le sens est, que Jésus-Christ a esté fidèle tesmoin de Dieu envers ses disciples, en sorte que leur foy n’estoit fondée qu’en la seule vérité de Dieu, veu que le Père a parlé en son Fils. Au demeurant, quand il dit, Jls les ont receues : ceste réception vient de ce qu’il leur avoit manifesté le nom de son Père par le sainct Esprit avec efficace et fruit. Ont vrayement cognu. Il répète par autres paroles cela mesme qu’il avoit touché ci-dessus : car quand il dit qu’il est issu du Père, et qu’il a esté envoyé, cela vaut autant que ce qu'il à dit ci-dessus, Que toutes les choses qu’il ha, sont de son Père. Le sommaire de ceci est, que la foy doit jetter ses yeux droit sur Christ, en telle sorte toutesfois qu’elle ne conçoyve rien

JEHAN. 345 de luy qui soit terrien ou contemptible, mais qu’elle s’eslève en haut à la puissance Divine d’iceluy : afin qu’elle soit toute résolue qu’elle ha parfaitement en luy, et Dieu, et tout ce qui est de Dieu.

Observons aussi qu’au premier membre il use de ce mot Cognoistre, puis après il parle de croire. Car par cela il monstre qu’on ne peut rien cognoistre de Dieu comme il appartient, sinon par foy : mais cependant qu’il y à une telle certitude en la foy, qu’elle est à bon droict appelée science ou Sçavoir.

9 Je prie pour eux, je ne prie point pour le monde, mais, etc. Jusques yci le Seigneur Jésus a récité ce qui pouvoit acquérir grâce aux disciples envers son Père : maintenant il forme sa prière, en laquelle il monstre qu’il ne demande rien qui ne soit accordant à la volonté de son Père, veu qu’il luy recommande seulement ceux que luy-mesme aime volontairement et de son bon gré. Car il dit apertement qu'il ne prie point pour le monde : pource qu’il n’est songneux que de son propre troupeau, lequel il a receu de la main de son Père. Toutesfois ceci pourroit sembler absurde : ear il ne faut pas chercher meilleure règle de prier qu’en suyvant Jésus-Christ pour Conducteur et Maistre. Or est-il ainsi qu’il nous est commandé de prier pour tous en général. D’avantage, Jésus-Christ luy-mesme a puis après fait requeste indifféremment pour tous, disant, Père, pardonneleur, car ils ne sçavent ce qu’ils font. Je respon que combien que nous facions prières pour tous, toutesfois telles prières se restraignent aux éleus de Dieu seulement. Nous devons désirer que cestuy-ci, et cestuy-là, et un chacun soit sauvé, et ainsi comprendre tout le genre humain, pource que nous ne pouvons pas encore distinguer les éleus des réprouvez : cependant toutesfois en désirant l'advénement du Royaume de Dieu, nous prions quant et quant que Dieu confonde et brise ses ennemis et adversaires. I y a seulement cela de différence, que nous prions pour le salut de tous ceux que nous cognoissons esire créez à l’image de Dieu, et qui ont une mesme nature avec nous, laissans au jugement de Dieu

la ruine de ceux qu’il cognoist estre réprouvez : mais quant à ceste prière qui est yei récitée, il y a eu en icelle quelque raison spéciale, qui ne doit point estre tirée en exemple. Car yci Jésus-Christ ne prie pas selon le simple sentiment de la foy'et de charité seulement, mais estant entré au dedans du Sanctuaire céleste, il se propose devant ses yeux, et contemple présentement les jugemens occultes du Père qui nous sont cachez tandis que nous cheminons par foy. Au reste, nous recueillons de ces paroles, que Dieu choisit du monde ceux qu’il luy semble bon pour estre héritiers de la vie : et que ce chois n’est point fait selon le mérite des hommes, mais dépend de son bon plaisir et pure grâce. Car ceux qui constituent la cause de l'élection és hommes, il faut nécessairement qu’ils commencent par la foy. Or Jésus-Christ prononce apertement que ceux quiluy sont donnez, estoyent à son Père. Et il est certain qu'ils luy sont donnez à ce qu’ils croyent, et que Ja foy descoule de ceste donation. Si la foy prend son origine de ceste donation, et si l’élection précède encore icelle donation en ordre et temps, que reste-il plus sinon que nous confessions clairement et ouvertement que ceux que Dieu veut estre sauvez du monde, sont gratuitement éleus? Maintenant puis que le Seigneur Jésus fait requeste seulement pour les éleus, il est nécessaire de croire Particle de l'élection, si nous voulons que nostre salut soit par le Fils recommandé au Père. Ceux donc qui taschent deffacer et oster la cognoissance de lélection du cœur des fidèles, leur font grand outrage, d'autant qu'ils les privent de la recommandation et intercession du Fils de Dieu. D’avantage, par ces paroles est repoussée la bestise et perversité de ceux, qui sous couverture de lélection s’addonnent à oïisiveté et nonchalance, en lieu que plustost elle nous doit aiguiser l'affection et le zèle de prier : comme Jésus-Christ nous enseigne par son exemple.

10 Et tout ce qui est mien, est tien, et ce qui est tien, est mien, etc. Le premier membre tend là, que pour certain il sera exaucé de son Père. Je ne te recom-

Cuar. XVII.

mande point d’autres, dit-il, sinon ceux que tu avoues et recognois pour tiens, pource que je may rien séparé de toy: je ne seray donc refusé ni esconduit. Au second membre il monstre qu’il ha juste et bonne cause d’avoir soin des éleus, d’autant qu’ils sont siens, puis qu’ils sont à son Père. Toutes ces choses sont récitées pour la confirmation de nostre foy. Il est certain qu'il ne nous faut chercher salut ailleurs qu’en Jésus-Christ. Or nous ne nous contenterons point de Jésus-Christ, si nous ne sommes certains et bien asseurez que nous possédons Dieu en luy.

Il faut donc que nous retenions ceste unité du Père avec le Fils, laquelle fait qu’ils n’ont rien séparé l’un d'avec lautre. Ce qu’il adjouste qu'il est glorifié en ses disciples, dépend du second membre : Car il s'ensuit que c’est une chose bien raisonnable, que de son costé il procure leur salut. Et ceci est un bon tesmoignage pour confermer mostre foy :

asçavoir que le Fils de Dieu n’oubliera jamais le soin de nostre salut, puis qu’il est glorifié en nous. |

A1 Et maintenant je ne suis plus au monde, mais ceux-cù sont au monde, etc. 1 amène une autre raison, pourquoy il prie si songneusement pour ses disciples: asçavoir pource que bien tost ils seront destituez de sa présence corporelle, sous laguelle ils s’estoyent reposez jusques à présent. Tandis qu’il avoit babité et conversé avec eux, il les entretenoit sous ses ailes comme une poulle ses petis poussins : maintenant Se voyant près de son département, il demande à son Père qu’il les maintiene et garde sous sa protection. Et il le fait pour leur regard :

car il remédie à leur tremblement et espovantement : comme s’il leur disoit qu'il faut qu’ils se reposent sur Dieu mesme, auquel il les baïille maintenant comme de main en main. Or nous avons une grande consolation de ceci, quand nous oyons que le Fils de Dieu est tant plus songneux du salut des siens, quand'il lès laisse selon le corps. Car il faut recueillir de cela, qu'aujourd’huy aussi quand nous sommes travaillez en ce monde, il ha ses yeux sur nous pour remédier d’enhaut de sa gloire céleste à toutes nos angoisses et fasche-

Cuar. XVII. SUR $,.

ries. Père sainct, garde-les en ton nom.

Toute ceste oraison tend à ceste fin, que les Apostres ne perdent point courage, comme si leur condition estoit empirée par l'absence corporelle du Maistre. Car comme ainsi soit que pour un temps Jésus-Christ leur eust esté donné pour gardien et protecteur par le Père, maintenant comme s’estant acquitté de sa charge, il les remet en la main de son Père, afin que d’oresenayant ils soyent gardez par la vertu d’iceluy, et maintenus sous sa saincte conduite. Ainsi donc le sommaire de ceci est, que quand la présence charnelle de Christ est ostée aux disciples, ils ne font point de perte: pource que Dieu les reçoit en sa saincte sauve-

garde et protection, la vertu duquel est perpétuelle. Or il monstre le moyen comment ils seront préservez et gardez :

asçavoir qu'ils soyent un. Car ceux que le Père céleste a délibéré garder, il les assemble en une saincte unité de foy et d'esprit. Mais pource que ce n’est point assez que les hommes s'accordent ensemble en quelque sorte, il adjouste, ainsi que nous. Lors donc seulement nostre unité sera bien-heureuse, quand elle représentera l’image de Dieu le Père, et de Jésus-Christ son Fils, comme la cire reçoit la forme de l’anneau, qui est gravé et imprimé en icelle. Au surplus, je déclareray bien tost après comment le Père et Jésus-Christ son Fils sont un.

12 Quand j'estoye avec eux au monde, je les gardoye en ton nom: j ay gardé ceux que tu m as donnez, el nul d'eux n’est péri, sinon le fils de perdition, afin que l'Escriture fust accomplie.

13 Æt maintenant je vien à toy, et di ces choses au monde, afin qu'ils ayent

ma joye accomplie en eux-mesmes.

12 Quand j estoye avec eux au monde, je les gardoye en ton nom: jay gardé ceux, etc. Jésus dit qu'il les a gardez au nom de son Père: pource qu'il se constitue seulement comme ministre, qui n’a rien fait que par la vertu de Dieu, et sous sa conduite. [1 signifie donc qu’il n’est point raisonnable qu’ils périssent maintenant, comme si par son département la vertu de Dieu devoit estre esteinte ou morte. Mais il semble avis que ceci soit fort absurde, que Christ résigne à Dieu l'office de garder, comme si après avoir achevé le cours de sa vie, il n’estoit plus gardien des siens. La solution est facile, qu'il est yci parlé de la garde visible seulement, laquelle a prins fin en la mort de Christ. Et de faict, tandis qu’il

a conversé au monde, ‘il wa point eu be-|

soin d'emprunter vertu d’ailleurs, par laquelle il mainteinst et gardast ses disciples. Mais tout ceci se rapporte à la per-

-sonne du Fils, comme estant Médiateur, |

au ciel. Dont nous recueillons que le Fils de Dieu ne garde point moins aujourd'huy les fidèles qu’il faisoit jadis : mais c'est d’une autre façon, pource que la majesté Divine reluit apertement en luy.

Ceux que tu mas donnez. N use derechef du mesme argument, qu’il n’est point convenable que le Père rejette ceux que le Fils par le commandement diceluy a gardez jusques à la fin de son ministère :

comme s’il disoit, J’ay fidèlement exécuté et accompli la charge que tu m’avois commise, et gardé diligemment que rien ne se perdist en mes mains. Quand tu reçois maintenant ce que tu m’avois donné en garde, c’est à toy à faire de regarder qu’il demeure sain et sauf. Quant à ce qu’il excepie Judas, ce n’est pas sans raison: car combien qu’il ne fust des éleus et du vray troupeau et bergerie de Dieu, néantmoins Ja dignité de son office monstroit en apparence qu'il en fust. Et de faict, jamais homme n’eust eu autre opi-

qui pour quelque temps est apparu en | pion de luy, tandis qu’il a demeuré en forme de serviteur. Or maintenant il veut ; cest ordre si excellent et honorable. C’est qu’aussi tost que ses disciples commen-| donc une façon de parler, qui selon la rèceront à estre despourveus d'aide exter-\ gle de grammaire n’est pas propre: mais ne, ils lèvent les yeux et les sens droit | si nous considérons la chose de bien

près, il faloit que Jésus-Christ parlast ainsi, s’'accommodant à l'opinion commune des hommes. Au surplus, afin que nul ne pensast que l'élection de Dieu fust renversée en la damnation de Judas, il à adjousté qu'il estoit fils de perdition: par lesquelles paroles il signifie que la ruine d'iceluy, laquelle tout en un coup se descouvrit devant les veux des hommes, avoit esté cognue de Dieu long temps auparavant. Car selon les Hébrieux, le fils de perdition signifie autant comme un homme perdu, ou destiné à perdition et ruine. Afin que l'Escriture fust accomplie. Ceci se rapporte au membre précédent, Judas est tombé afin que PEscriture fust accomplie. Au demeurant, ce seroit fort mal argumenté, si on vouloit recueillir de cela, que lapostasie ou révoltement de Judas doit estre plustost imputé à Dieu qu’à luy, pource que la prophétie luy à imposé nécessité: car l’événement des choses ne doit estre attribué aux prophéties, pourtant s’il a esté prédit en icelles. Et certes les Prophètes ne dénoncent autre chose sinon ce qui fust advenu quand mesmes ils n’en eussent point parlé. Ainsi donc la cause des choses ne doit point estre prinse de là. Je confesse bien que rien n’advient qui ne soit ordonné de Dieu: mais il est yei seulement question de l’Escriture, asçavoir si les choses qu’elle a prophétizées et prédites, apportent nécessité aux hommes, ce que j’ay desjà monstré estre faux.

Et mesme l'intention de Christ n’est point de transférer à l’Escriture la cause de la ruine de Judas : mais il a voulu seulement oster la matière du scandale qui pouvoit esbransler les consciences infirmes. Le moyen d’oster ce scandale, c’est pource que l'Esprit de Dieu avoit desjà dés long temps tesmoigné qu'il en ad-

Cuar. XVIL.

viendroit ainsi : car il advient coustumièrement que nous sommes estonnez, quand nous voyons advenir des choses nouvelles et soudaines. Or c’est une admonition fort utile, et laquelle s’estend bien loin.

Car d’où vient cela qu’aujourd’huy la plus grand’part des hommes succombe sous les scandales, sinon qu’il ne leur souvient point des tesmoignages de lEscriture, desquels Dieu a très bien muni ses fidèles, prédisant de bonne heure tous les maux et troubles qu’ils devoyent veoir devant leurs yeux ?

13 Et di ces choses au monde, afin qu'ils ayent ma joye, etc. Le Seigneur Jésus remonstre yci que la cause pourquoy il a si songneusement prié son Père pour ses disciples, ce n’a point esté qu’il fust en doute de leur estat avenir, mais plustost pour remédier à leur anxiété.

Nous sçavons combien nos esprits sont enclins tousjours à aller chercher les aides externes : si aucunes se présentent, nous les empoignons comme à belles dents, et ne pouvons souffrir d’estre arrachez d’icelles. Jésus-Christ donc prie son Père devant ses disciples, non pas qu’il ait besoin d’aucunes paroles, mais atin qu’il leur oste toute doute. Je di ces choses au monde (dit-il) c’est-à-dire, en leur présence : afin que leurs cœurs soyent paisibles. Car de leur salut il estoit desjà en seureté, veu que Jésus- Christ l’avoit mis en garde entre les mains de Dieu. Il appelle ceste joye, siene:

pource qu’il faloit que ses disciples la teinssent de luy : ou pour dire plus briefvement, il la dit siene, pource qu’il en est autheur, cause et gage. Car il n’y à rien en nous qu’estonnement et inquiétude fascheuse, mais en Jésus-Christ seul, paix et joye. l

14 Je leur ay donné ta Parole, et le monde les a hays, pource qu'ils ne sont point du monde, comme aussi je ne suis point du monde.

15 Je ne prie point que tu les ostes du monde, mais que tu les gardes du mal.

16 Jls ne sont point du monde, comme aussi je ne suis point du monde.

17 Sanctifie-les par ta vérité, Ta Parole est vérité.

18 Comme tu m'as envoyé au monde, je les ay aussi envoyez au monde.

19 Et pour eux je me sanctifie moy-mesme, afin qu'eux aussi soyent sanc-

tifiez en vérité,

Car. XVII.

14 Je leur ay donné ta parole, et le monde les a hays, pource, etc. N recommande ses disciples à son Père pour une autre raison : pource qu’à cause de la haine du monde ils ont besoin de son aide. Il monstre quant et quant la cause de ceste haine, asçavoir qu’ils ont receu la parole de Dieu, laquelle le monde ne peut porter : comme s’il disoit, C’est à toy de recevoir en ta garde ceux qui pour ta parole sont hays du monde.

Maintenant il faut réduire en mémoire ce que nous avons n’aguères ouy : que la fin de ceste requeste est, à ce que la joye de Christ soit accomplie en nous. Toutes fois et quantes done que la rage du monde est tellement embrasée contre nous, qu'il semble que ce soit fait de nous, apprenons de mettre tout soudain au-devant ce bouclier, que Dieu ne délaissera jamais ceux qui travaillent pour la querelle de l'Evangile. Il dit que ses disciples ne sont point du monde : pource que tous ceux qu’il régénère par son Esprit sont séparez du monde. Dieu donc ne permettra point que ses brebis soyent esparses parmi les loups, qu’il ne se monstre leur Pasteur.

15 Je ne prie point que tu les ostes du monde, mais que tu les gardes du mal. 1 monstre en quoy gist le salut des fidèles : c’est-à-dire comment ils sont gardez, asçavoir non pas qu’estans délivrez de toutes fascheries et ennuis, ils vivent en délices et à leur aise, mais en ce qu’au milieu des dangers ils ne laissent point toutesfois de demeurer saufs par l’aide de Dieu. Car il ne fait point yei une admonition à son Père, pour luy remonstrer ce qui est de faire : mais plustost il subvient à leur infirmité, afin que par la mesure qu’il leur prescrit, ils modèrent leurs désirs, lesquels volontiers passent borne. Brief, il promet à ses disciples la grâce de son Père, non pas qui soit pour les exempter de toute solicitude et travail, mais pour leur fournir une force invincible contre leurs enpenis, ne permettant point qu'ils soyent accablez du pesant fardeau d’assaux ou combats qu’ils auront à soustenir. Et pourtant, si nous voulons estre gardez et préservez selon la règle que Christ à

SUR S. JEHAN

baillée, il ne faut point que nous désirions d’estre exempts de maux, et ne devons point prier Dieu que tout incontinent il nous transfère au repos bienheureux : mais soyons contens de Ja fiance certaine de la victoire : cependant résistons Courageusement à tous maux, desquels Christ a prié son Père de nous donner bonne et heureuse issue. En somme, Dieu n’oste point ses fidèles du monde, pource qu'il ne veut pas qu'ils soyent délicats, lasches et nonchalans :

toutesfois il les délivre du mal, afin qu’ils ne soyent du tout opprimez : car il veut qu'ils combattent, mais il ne permet point qu’ils soyent blessez à mort.

16 Ils ne sont point du monde, comme aussi je ne suis point du monde.

Afin que le Père céleste se monstre plus favorable à les secourir, il répète derechef que tout le monde les haït : et monstre quant et quant que ceste hfine ne procède pas de leur faute, mais pource que le monde hait Dieu et Jésus-Christ.

17 Sanctifie-les par ta vérité. Ta parole est vérité. Geste sanctification comprend le Royaume de Dieu et sa justice :

asçavoir quand nostre Dieu nous renouvelle par son Esprit, et quand il conferme en nous la grâce de renouvellement, et la poursuit jusques en la fin. En premier lieu donc il fait requeste à son Père, qu’il sanctifie ses disciples, c’est-à-dire, qu'il les dédie du tout à soy, et qu’il les maintiene comme son héritage sacré.

Puis après il monstre le moyen de la sanctification, et non sans cause : car il y à un tas de fantastiques qui gazouillent beaucoup de la sanctification : mais ce sera en telle sorte qu’ils omettent la vérité de Dieu, par laquelle il nous consacre à sOy. Pource aussi qu'il y en a d’autres aussi grans resveurs, qui babillent de la vérité, et cependant ne tieñent conte de la parole d’icauy : Jésus-Christ déclare yci apertement qu’on ne trouvera point ailleurs qu’en la Parole, ceste vérité par laquelle Dieu sanctifie ses enfans.

Car ce mot de Parole, est yci prins pour la doctrine de l’Evangile, laquelle les Apostres avoyent desjà ouye de la bouche de leur Maistre : et de laquelle ïls deyoyent bien tosi estre anyonciateurs en-

J0Ù vers les autres. En ce sens sainct Paul enseigne aux Ephésiens, V, 26, que PEglise est nettoyée du lavement d’eau en la parole de vie. Vray est que c’est Dieu seul qui sanctifie : mais pource que lEvangile est la puissance diceluy en salut à tout croyant, il faut nécessairement que quiconque se reculle de ce moyen, deviene de plus en plus ord et souillé.

Ce mot de vérité, est ci prins par excellence, pour la lumière de la Sapience céleste, en laquelle Dieu se manifeste à nous, afin qu’il nous face conformes à son image. Il est bien vray que la prédication externe de la parole de Dieu ne fait point cela de soy, laquelle mesme les réprouvez profanent mal-heureusement :

mais souvenons-nous que Jésus-Christ parle des éleus, lesquels le sainct Esprit régénère par la Parole avec eflicace. Or comme ainsi soit que les Apostres ne fussent pas du tout desprouveus de ceste grâce, il nous faut recueillir des paroles de Jésus-Christ, que la sanctification west point parfaite en nous du premier jour, mais que nous proufitons continuellement en icelle tout le cours de nostre vie, jusqu'à ce que finalement Dieu nous ayant despouillez de ceste chair, nous remplisse de sa justice.

18 Comme tu m'as envoyé au monde, je les ay aussi envoyez au monde. I conferme sa prière par un autre argument, asçavoir pource que la vocation et de luy et des Apostres, est une mesme

vocation, et commune à luy et à eux : maintenant (dit-il) je leur enjoin un office lequel j’ay jusques à présent fait par ton commandement. Il est donc nécessaire qu'ils soyent garnis de la vertu de ton Esprit, afin qu’ils puissent satisfaire à une telle charge.

19 Et pour eux je me sanctifie moymesme, afin qu'eux aussi, elc. Il monstre plus clairement par ces paroles, de quelle source ou fontaine sort ceste sanctification, qui est parachevée en nous par la doctrine de l'Evangile : asçavoir pource qu’il s’est sanctifié et consacré soy-mesme à son Père, afin que sa saincteté parvéinst jusques à nous. Car tout ainsi que des prémices la bénédiction est espandué sur toute la moisson, ainsi l'Esprit de Dieu

nous arrouse de la saineteté de Jésus- | Christ, et nous fait participans d’icelle +!

et non-seulement par imputation, car en’

ce sens il est dit qu'il nous est fait jus-

tice : mais il est aussi dit qu’il nous est

Cuar. XVI

fait sanctification, pource qu’il nous a *

(par manière de dire) en sa personne

présentez à son Père, afin que nous :

soyons renouvelez en vraye saincteté par

son Esprit. Au reste, combien que ceste

sanctification appartiene à toute la vie de Christ, néantmoins elle s’est monstrée sur tout magnifique et évidente au sacrifice de sa mort : car lors il se monstra

estre le vray Sacrificateur, en consacrant

le Temple, l’autel, tous les vaisseaux, et le peuple, par la vertu de son Esprit.

20 Or je ne prie point seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croi-

ront en moy par leur parole.

21 Afin que tous soyent un : ainsi que toy, Père, es en moy, et moy en toy, afin di-je qu'eux aussi soyent un en nous : afin que le monde croye. que tu m'as

envoyé.

OGM 1/72 € ue \ }

22 Je leur ay aussi donné la gloire laquelle tu m'as donnée, afin qu'ils

soyent un, COMME NOUS SOMMES Un.

23 Je suis en eux, el toy en moy: afin qu'ils soyent consommez en un, et que Le monde cognoisse que tu m'as envoyé, et que tu les aimes, ainsi que m'as aimé.

20 Je ne prie point seulement pour | qu'il y en aura jusques à la fin du monde.

eux, mais aussi pour Ceux qui croiront, etc. Maintenant il estend plus loin sa prière, en laquelle il avoit seulement comprins ses Aposires : il Pestend, di-je,

à tous les disciples de l'Evangile, autant |

Voyeci vrayement grande matière de fiance : car si nous croyons en Jésus- Christ par la doctrine de l'Evangile il ne faut nullement douter que nous ne soyons desjà rassemblez sous une garde asseu-

Car, X VE. SUR $.

rée avec les Apostres, afin que nul de nous ne périsse. Ceste prière du Seigneur Jésus est un port asseuré, auquel si nousnous retirons, nous sommes en seureté, et hors de tout danger de périr : car c’est autant comme si Jésus-Christ eust juré solennellement qu’il ha soin de nostre salut, et ha en grande recommandation.

Or'il a commencé par ses Apostres : afin que leur salut, qui nous est bien asseuré, nous rendist plus certains de nostre propre salut. Toutes fois et quantes donc que Satan nous donne des assaux, apprenous de luy opposer ce bouclier, Que ce n’est point pour néant que nous sommes par la bouche sacrée du Fils de Dieu conjoints aux Apostres, afin que le salut de tous fust lié comme en un faisseau.

Parquoy il ny a rien qui nous doyve plus vivement aiguillonner à recevoir l’Evangile : car comme c’est un bien inestimable, que nous soyons offerts à Dieu par la main de son Fils pour estre préservez de perdition, aussi le devons-nous à bon droict aimer et avoir en recommandation sur toutes autres. choses. Le monde monstre bien en cest endroit qu’il est hors du sens et hébété d’une merveilleuse façon. Tous appètent de venir à salut : Jésus-Christ nous enseigne un moyen indubitable pour lobtenir, “duquel quiconque. se desitournera, il ne luy reste plus une seule goutte de bonne espérance : toutesfois à grand’peine y en a-il de cent l’un qui daigne recevoir ce qui estoit offert tant bénignement. Cependant il nous faut noter ceste façon de parler.

Le Fils de Dieu prie pour tous Ceux qui croiront en luy. Il signifie par cela ce que nous avons desjà dit quelques fois, asçavoir que nostre foy doit jetter son regard sur luy. L'autre membre qui suit incontinent après, Par leur parole : exprime très bien la vertu et nature de Ja foy : et quant et quant nous est une confirmation bien familière : à nous, di-je,

qui sçavons que nostre foy est fondée en l'Evangile enseigné par les Apostres.

Que le monde donc nous condamne mille fois, néantmoins ceci seul nous &Goit suffire, que Jésus-Christ nous recognoist pour. son acquisition, el nous recommande à Dieu son Père, Mais malheur

aux Papistes, desquels la fOY est eslon:

gnée. de ceste règle, qu’ils n’ont point de honte de desgorger ce blasphème Lans horrible et exécrable, asçavoir qu’il n’y 4 rien en l’Escriture qui ne soit obscur et ambigu, et. qu’on ne puisse. tirer en di-

vers sens. Ainsi ils n’ont autre règle et.

addresse de leur foy, que |a la tradition de Le

l'Eglise. Mais quant à nous, qu il nous souviene que le Fils de Dieu, qui seul en peut. et doit prononcer, n'approuve poin£ d'autre Toy: sinon celle qui est conceue trouvera certain tesmoignage d’icelle ailleurs qu'en leurs escrits. si faut aussi noter ceste manière de parler, croire que leur parole : laquelle signifie que la foy procède de l’ouye, d'autant que la prédication externe des hommes est l'insirument par lequel. Dieu nous tire à la foy. Pour ceste raison Dieu est proprement autheur de la foy, et tous les autres sont ministres, par lesquels on croit :

comme aussi sainct Paul enseigne, 4 Corinth. HE, 5.

21 Afin que tous soyent un, ainsi que toy, Père, es en moy, et moy, etc. Derechef il constitue le but de nostre félicité en l'unité, et à bon droict:

ruine du genre humain est en ce, qu’estant aliéné de Dieu, il est aussi en s0y desmembré et dissipé. Pour le restaurer donc, tout au contraire il faut qu’il soit bien uni en un mesme corps: comme sainct Paul constitue la perfection de l'E-

ÿ L «le M 4 bent S € À

tyIMITE carla UNE

glise en cela, que les fidèles soyent con-

joints ensemble d’un mesme esprit, Ephés., IV, 5 et412 : et dit que les Apostres, Prophètes, Evangélistes, et Pasteurs ont esté donnez, afin qu’en édifiant ils restaurent et remettent sus le corps de Jésus-Christ, jusques à ce qu’on parviene

en l'unité de foy. Et pourtant il exhorte -

les fidèles qu’ils croissent en Jésus-Christ, qui est le Chef, duquel tout le corps lié ensemble, et conjoint par chacune jointure du fournissement, selon l’opération en la mesure de chacune partie, prend aecroissement du corps ou bastiment «le soy-mesme en charité. Parquoy, toutes fois et quantes que Jésus-Christ parle de l’unité, réduisons en mémoire la dissipation horrible et vileine qui est au monde

hors luy. D’avantage, sçachons que le commencement de la vie bien-heureuse est, que nous soyons tous ensemble gouvernez, et vivions par le seul Esprit de Christ. Au reste, il faut entendre que toutes les fois que Jésus-Christ en ce chapitre se dit estre un avec son Père, il n’est point simplement parlé de son essence Divine, mais il est appelé Un, au regard de son office de Médiateur, et entant qu'ilest nostre Chef. Vray est qu’ aucuns Docteurs anciens ont prins préciséement «es mots en ce sens, que Jésus- Christ est un avec son Père, pource qu’il est Dieu éternel. Mais le débat qu'ils avoyent contre les Arriens, les à amenez

là, qu’ils ont souvent prins en l’Escriture

des demies sentences, et les ont tirées hors de leur simple sens pour s’en servir contre les adversaires. Or l’intention de Jésus-Christ tend bien à un autre but que de nous eslever à une simple spéculation de sa Divinité occulte: car il fait un argument prins de la fin, comme on dit: as-

| Çavoir que nous devons estre un, pource

que sans cela lunité qu’il ha avec son Père, ne viendroit point à sa fin, mais de-

meureroit inutile et sans fruit. ‘Afin donc

que nous comprenions comme il appartient à quel but tend ceci, que Jésus- Christ et le Père sont un, gardons-nous bien de despouiller Jésus-Christ de son office de Médiateur: mais plustost considérons-le selon qu'il est le Chef de l’Eglise, et conjoignons-le avec ses membres. Ainsi le fil du texte coulera fort bien, asçavoir qu’afin que l’unité du Fils avec le Père ne soit vaine ou inutile, il faut que la vertu d’icelle s’espande par

=> tont le corps des fidèles. Dont nous re-

cueillons aussi que nous sommes un avec le Fils de Dieu, non point pour dire qu’il transmette sa substance en nous: mais pource que par la vertu de son Esprit, il nous communique sa vie et tous les biens qu’il a receus de son Père. {fin que le monde croye. Aucuns disent que le Monde signifie yei les éleus qui estoyent encore lors s dispersez: mais pource qu’en tout ce chapitre ce mot de Monde, est prins pour les réprouvez, j'aime mieux suyvre l’opinion contraire. Joint que tout incontinen£ après il sépare de tous les

Cuar. XVII.

siens ce mesme monde duquel maintepant il fait mention. Or quant à ce mot Croire, l’Evangéliste en a improprement parlé pour Cognoistre : asçavoir quand les incrédules estans convaincus par l’expérience mesme, apperçoyvent la gloire céleste et Divine de Christ. Ainsi il advient qu’en croyant ils ne croyent point :

pource que ce sentiment n’entre point jusques à l’affection intérieure du cœur.

Et c’est une juste vengence de Dieu, que la lueur de la gloire Divine esblouit les yeux aux réprouvez, d'autant qu’ils ne sont pas dignes d’un pur et clair regard d’icelle. Il use puis après de ce mot Cognoistre en mesme sens.

22 Je leur ay aussi donné la Gloire:

laquelle tu m'as donnée, etc. Il nous faut yci observer qu’il y a tellement eu en Christ un vif pourtrait de la béatitude parfaite, que cependant il n’a rien eu de propre à soy: ains plustost a esté riche pour enrichir les fidèles. Nostre félicité et béatitude est, que l’image de Dieu soit réparée en nous, et de nouveau réformée, laquelle a esté effacée par le péché. Jésus- Christ est la vive image de Dieu, non-seulement entant qu’il est la parole éternelle de Dieu, mais mesme en sa nature humaine, laquelle il ha commune avec nous:

l'effigie de la gloire du Père y a esté engravée, afin qu’il transfigure ses membres en icelle. S. Paul enseigne ceci mesme en la 2e aux Corinth., chap. ITF, v. 18, asçavoir qu'en contemplant la gloire de Dieu à face descouverte, nous sommes transformez comme de gloire en gloire en la mesme image. Dont il s'ensuit que nul ne doit estre réputé des disciples de Christ, sinon ceux ausquels on voit la gloire de Dieu imprimée par Peffigie de Christ, comme d’un cachet. Les paroles qui sont adjoustées incontinent après, tendent à ce mesme but, asçavoir,

23 Je suis en eux, et toy en moy, afin qu'ils soyent consommez en un, etc.

Car le Seigneur Jésus veut bien monstrer qu’en luy réside toute plénitude de biens :

et que ce qui estoit caché en Dieu, est maintenant manifesté en luy, pour en faire les siens participans : comme l’eau descoulant de la fontaine çà et là par les Canaux, arrouse les champs de tous cos-

Car. XVII. SUR S$.

tez. Et que tu les aimes. 1] signifie que c’est-ci un très bon gage, et un signe très évident de l’amour de Dieu envers les fidèles, lequel le monde est contraint de sentir, vueille on non, quand le sainct Esprit habitant en eux jette des rayons célestes de justice et saineteté. Il est certain que Dieu nous donne bien à cognoistre par d’autres façons innumérables, combien il nous aime d’une affection paternelle : mais la marque d'adoption est à bon droict préférée à tout le reste. Il adjouste d'avantage, Et lu les aimes, ainsi comme tu m'as aimé. Par lesquels mots il a voulu dénoter la cause et origine de l’amour : car de faict, nous devons résoudre ceci comme s’il eust dit, Pource que tu m'as aimé: car il n’y a que le seul Seigneur Jésus, auquel appartiene le titre de Bien-aimé. Puis après, l’amour que le Père céleste a portée au Chef de Eglise, il la continue aussi envers tous les membres, en sorte que nul n’est aimé de luy, Sinon en Jésus-Christ. Toutesfois il y a yei quelque “apparence de lr'épugnance :

car comme nous avons Ouy ci-dessus au chap. IE, Jésus-Christ luy-mesme prononce que la grande amour de e Dieu enson Fils unique. AIT Tant que la cause soit devant son effet, nous recueillons que les hommes ont esté aimez de Dieu le Père hors Christ: c’est-à-dire, avant que le Seigneur Jésus eust esté ordonné Rédempteur. Je respon qu’en ce passage et autres semblables, Amour se prend pour la miséricorde, de laquelle nostre bon Dieu a esté esmeu envers les hommes indignes, et mesmes ses ennemis, et laquelle il leur a portée avant qu’il les réconciliast à soy. Et vrayement c’est une

merveilleuse bonté de Dieu, et du tout incompréhensible à leutendement humain, qu’estendant sa bonne affection envers les hommes, lesquels il ne pouvoit sinon hayr, il a osté la cause de la haine, afin qu'il n’y eust rien qui empeschast son amour. Et de faict, sainct Paul monstre que nous avons esté aimez en Jésus-Christ en deux façons. Premièrement, pource que le Père nous a éleus en luy devant la fondation du monde, Ephés., I, 4. Secondement, pource qu’en luy-mesme il nous à réconciliez, et s'est monstré propice et favorable envers nous, Rom., V, 10. Voylà comment

nous sommes à Dieu ennemis et amis tout :

ensemble , jusques à Ce que l'expiation de”

nos péchez estant faite, nous soyons réconciliez avec luy. Mais quand nous sommes justifiez par foy, c’est lors propre ment que nous Commençons à estre aimez de Dieu, comme enfans de leur père.

Or ceste amour par laquelle Christ a esté ordonné pour celuy en qui nous fussions gratuitement éleus avant que fussions pais, estans toutesfois desjà perdus en Adam, est cachée en Dieu, et surmonte de beaucoup la capacité de l’'entendement humain. fl est vray que nul ne sentira ja-

mais Dieu favorable, s’il ne l’appréhende

appaisé en Christ. Mais comme le goust de l'amour de Dieu s’esvanouit dn tout, Christ estant osté, aussi pouvons-nous hardiment résoudre que depuis que nous sommes par foy insérez en son Corps, il ne faut point craindre que nous descbeyons de Pamour de Dieu. Car ce fondement ne peut estre aucunement renversé, que nous sommes aimez, pource que le. Père a aimé son Fils.

24 Père, je veux que ceux lesquels tu m'as donnez, là où je suis ils soyent aussi avec MO : afin qu'ils contemplent ma gloire, laquelle tu m'as donnée : car tu m'as aimé devant la fondation du monde.

95 Père juste, le monde ne La point cognu, mais je l'ay cognu: el ceux-ci ont cognu que tu m'as envoyé.

26 Et je leur ay baillé à cognoistre ton Nom, et leur feray cognoistre, afin que l'amour de laquelle tu m'as aimé soit en eux, moy en eux.

24 Père, je veux que ceux lesquels tu | c’est comme s’il disoit, Je désire: car ce m'as donnez, etc. Quand il dit, Je veux, | n’est point yci un propos de commande-

Il 29

ment, mais de prière et requeste. Toutesfois ceci peut estre entendu en deux sortes: ou bien qu’il vueille que ses disciples jouissent de sa présence externe, ou bien que Dieu les amène finalement au Royaume céleste et bien-heureux, Rà où il va devant. Ainsi aucuns exposent, contempler la gloire, pour jouir de la participation de la gloire que Christ ha. Il y en a d’autres qui l’interprètent en ceste sorte, Sentir par l'expérience de foy que c’est de Jésus-Christ, et combien sa majesté est grande. De ma part, quand j'ay tout bien considéré je pense que Jésus- Christ parle de la parfaite béatitude et félicité des fidèles : comme s’il disoit que son désir ne sera point assouvi, que ses fidèles ne soyent receus au ciel. Je rapporte à ce mesme but le regard de la gloire. Is voyoyent desjà lors la gloire de Christ, asçavoir comme une petite lumière et obscure parvient par les petites fentes à un homme qui est enclos en ténèbres: maintenant Jésus-Christ désire qu’ils proufitent tant, qu’ils vienent à jouir manifestement de la plene lueur au ciel.

Brief, il requiert que son Père les conduise par continuels avancemens jusques “au plein regard de sa gloire. Car tu m'as aimé. Ceci aussi convient beaucoup mieux à la personne du Médiateur, qu’à la Divinité simple de Christ. Ce sens seroit bien dur et estrange, de dire que le Père a aimé sa Sapience : nonobstant encore que cela soit receu, la déduction toutesfois du texte nous mène ailleurs. Il est bien certain que Jésus-Christ a parlé comme estant Chef de l'Eglise, quand il à désiré que ses Apostres fussent conjoints avec luy, et veissent la gloire de son Royaume: maintenant il dit que l’amour de son Père en est la cause : parquoy il s'ensuit qu’il a esté aimé, entant qu’il estoit ordonné Rédempteur du monde, le Père l’a aimé de ceste dilection avant la fondation du monde, afin qu’il eust en qui il aimast ses éleus.

25 Père juste, le monde ne l’a point cognu, mais je l’'ay cognu, etc. Il fait comparaison de ses disciples au monde, afin de mieux amplifier par cela la recommandation et la grâce en laquelle ils sont envers le Père. Car c’est bien raison que

Cap, XVII.

ceux-là soyent privilégez qui seuls cognoissent Dieu, lequel tout le monde rejette : c’est bien raison que Jésus-Christ recommande d’une affection singulière ceux lesquels l’incrédulité obstinée du monde n’a peu empescher de recognoistre et avouer Dieu. En appelant son Père juste, il desfie le monde et sa malice :

comme s’il disoit, Quelque chose que le monde mesprise Dieu orgueilleusement, ou qu’il le rejette, que toutesfois rien de sa majesté n’est diminué pour cela, et ne se peut faire que l’honneur de sa justice ne luy demeure sauf et entier. Il nous remonstre par ces paroles, que la foy des fidèles doit estre tellement fondée en Dieu, que quand tout le monde se banderoït à l'encontre, elle ne laisse pas de tenir tousjours bon. Comme aujourd’huy il nous faut condamner la Papauté d’injustice, afin que nous maintenions Dieu en son honneur, et luy donnions la louange qui luy appartient. Au surplus, Jésus- Christ ne dit pas simplement que Dieu ait esté cognu des disciples, mais il met deux degrez, Qu'il a cognu le Père : êt puis après, que les disciples ont cognu qu'il estoit envoyé du Père. Mais pource qu’il adjouste incontinent après, qu'il leur a baïllé à cognoïstre le Nom de son Père : il les loue (comme j’ay dit) de ce qu'ils ont cognu Dieu, laquelle cognoissance les sépare de tout le reste’ du monde. Cependant il nous faut noter l'ordre de la foy, tel qu’il est yci descrit. Le Fils qui est sorti du sein du Père, est celuy seul qui le cognoist proprement :

tous ceux donc qui désirent d'approcher de Dieu, il faut nécessairement qu'ils reçoyvent Jésus-Christ venant au-devant d'eux, et qu’ils se dédient à son obéissance. Iceluy finalement estant cognu par ses disciples, les eslèvera jusques à Dieu le Pére.

26 EL je leur ay baillé à cognoïstre ton Nom, et leur feray cognoistre, etc.

Il est bien vray que Jésus-Christ à fait office de Docteur : mais pour baïller à cognoistre son Père, il a usé de la révélation secrète du sainct Esprit, et non point seulement du son de la voix. Il entend donc qu’il à enseigné ses Apostres avec eflicace, Au reste, pource que leur

Caar. XVII. SUR S$S.

foy estoit encore débile, il promet plus grans avancemens pour le temps à-venir :

el par ce moyen il les prépare à espérer plus ample grâce du sainet Esprit. Or combien qu’il parle des Apostres, nonobstant il nous faut recueillir une commue exhortation de cela : c’est que nous taschions de proufiter assiduellement, et ne pensions pas avoir si bien couru, qu’il n’y ait encores beaucoup de chemin à faire, tandis que nous sommes environnez de nostre chair. {fin que l’amour :

c’est-à-dire, afin que tu les aimes en moy :

ou, afin que l’amour de laquelle tu m'as aimé, s’espande jusques à eux. Car à proprement parler, la dilection de laquelle nostre bon Dieu nous aime, n’est point autre que celle de laquelle il a aimé son Fils dés le commencement, afin qu’il nous rendist aussi agréables à soy, et capables de l’amour en son Fils. Et de faict

Page 1