CHAPITRE XIX
A Alors donc Pilate print Jésus, et le fouetta 2 Et les gendarmes plièrent une couronne d’espines, qu'ils meirent sur sa teste et le vestirent d'un vestement de pourpre :
Cuar. XIX.
3 Et disoyent, Roy des Juifs, bien te soit : et luy donnoyent des buffes*.
4 Ce fait, Pilate derechef sortit hors, et leur dit, Voyci, je le vous amène dehors, afin que vous cognoissiez que je ne trouve aucun crime en luy.
5 Jésus donc sortit hors, portant la couronne d'espines et le vestement de pourpre. Et Pilate leur dit, Foyci l'homme.
6 Mais quand les principaux Sacrificateurs et les officiers le veirent, ils s’'escrièrent, disans, Crucifie, crucifie. Pilate leur dit, Prenez-le vous-mesmes, et le crucifiez : car je ne trouve point de crime en luy.
1) Ou, des coups de leurs verges.
à Alors donc Pilate print Jésus, et le fouetta.Pilate persévère en son intention :
toutesfois outre la première ignominie, il s’avise d’en adjouster encore une autre, pource qu'il espère quand Christ aura esté fouetté, que les Juifs se contenteront de ce chastiment léger. Or quant à ce qu'il travaille si fort, et cependant il ne proufite rien, en cela il nous faut considérer le décret céleste, par lequel Jésus-Christ estoit destiné à la mort. Cependant son innocence est souvent déclarée par le tesmoignage du juge, afin que nous sçachions qu’estant exempt de toute coulpe et offense, il est mis en la place des autres, et porte la peine qui estoit deue pour les péchez et offenses des autres. Au reste, nous voyons en Pilate un exemple notable d’une conscience tremblante. Il absout Christ de sa bouche, et confesse qu’il n’y à en luy aucun crime :
toutesfois il le punit comme sil estoit coulpable. Aïnsi faut-il nécessairement que ceux qui n’ont point le courage si ferme, que de défendre d’une constance hardie et asseurée ce qui est juste et équitable, soyent transportez çà et là, et tirez en opinions contraires et répugnantes. Nous condamnons bien tous Pilate, cependant toutesfois c’est une honte de tant de Pilates qu’il y à aujourd’huy au monde, qui non-seulement fouettent Jésus-Christ en ses membres, mais aussi en sa doctrine. Il y en aura plusieurs qui pour sauver la vie à ceux qui sont persécutez pour l'Evangile, les contraignent à renier malheureusement Jésus-Christ. Et ceci qu'est-ce, sinon exposer le Fils de Dieu à mocquerie, afin qu'il vive estant noté d’infamie? Après, il y en a d’autres qui recueillent quelque peu de sentences de l'Evangile pour les approuver, et cependant ils mettent tout l'Evangile en
pièces, [ls pensent que c’est bien besongné si quelque peu d'abus des plus grossiers sont corrigez. Mais quoy? il vaudroit bien mieux que la doctrine fust ensevelie pour quelque temps, que d’estre ainsi fouettée : car elle renaistra en despit du diable et de tous les tyrans.
Mais il ny a rien plus difficile que de faire qu’elle soit remise en sa première pureté, quand elle a esté une fois corrompue.
2 Et les gendarmes plièrent une couronne d'espines, qu'ils meirené, etc.
est bien certain que ceci a esté fait par le commandement de Pilate, pour imposer par déshonneur au Fils de Dieu une marque de ce qu’il s’estoit fait Roy, et ce afin de satisfaire à la rage des Juifs, en monstrant qu'il eroyoit que Jésus-Christ eust esté accusé par eux justement et à bon droict : toutesfois la meschanceté et insolence des gendarmes se desborde plus qu’il ne leur estoit commandé par le Gouverneur : comme les meschans empoingnent de grand courage l’occasion de mal faire, aussi tost qu’elle leur ést présentée. Cependant on voit yei une cruauté merveilleuse en ce peuple des Juifs. Ils ont devant eux un spectacle si piteux, et toutesfois leurs cœurs ne peuvent estre fléchis à compassion et miséricorde. Mais Dieu gouverne tout cela, afin qu’il réconcilie le monde à soy par la mort de son Fils.
6 Prenez-le vous-mesmes, et le cru- Cifiez : car je ne trouve point, etc. Il n’a point voulu livrer Jésus-Christ en leurs mains, ne l’abandonner à leur appétit furieux : seulement il dit qu'il ne veut point estre leur bourreau. Ce qu’on peut cognoistre par la raison qu'il adjouste incontinent après, où il dit qu’il ne trouve aucun crime en luy : comme sil disoit
Cuar. XIX.
qu’on ne pourra jamais gaigner ce poinct sur luy, que pour leur complaire il espande le sang innocent. Quant à ce qu’il n'y a que les Sacrificateurs et les oficiers qui demandent à le faire mourir, il
SUR S
JEHAN. 371 appert par cela que le peuple n’estoit pas si forcené, sinon entant qu’il a esté depuis enflammé par ces soufflets et boutefeux.
7 Les Juifs luy respondirent, Nous avons la Loy, et selon nostre Loy il doit
mourir, car il s’est fait Fils de Dieu.
8 Quand donc Pilate eut ouy ceste parole, il craignit plus fort. 9 Et entra derechef au Prétoire, et dit à Jésus, D'où es-tu? Et Jésus ne luy
donna point de response.
10 Adonc Pilate luy dit, Ne parles-tu point à moy? ne scais-lu pas que j ay puissance de te crucifier, et puissance de te délivrer ?
A1 Jésus respondit, Tu n'aurois aucune puissance sur moy, S'il ne t'estoit donné d'enhaut. Pour ceste cause celuy qui ma livré à toy, ha plus grand
péché.
7 Nous avons la Loy, et selon nostre Loy il doit mourir, car il s’est, etc. Is signifient que c’est à bon droict qu'ils poursuyvent Jésus-Christ, et non point par haine ou d’affection désordonnée :
car ils sentoyent bien que Pilate les avoit obliquement taxez. Or ils parlent comme devant un homme ignorant de la Loy :
comme s'ils disoyent, Il nous est permis de vivre à nostre façon, et nostre religion ne peut porter qu'aucun se glorifie et vante estre Fils de Dieu. Au reste, ceste accusation n’estoit pas du tout sans couleur : mais ils failloyent en Papplication.
La doctrine générale estoit bien vraye :
asçavoir qu’il n’est nullement licite aux hommes de s’attribuer aucune chose de l'honneur qui appartient à Dieu, et que ceux qui tiroyent à eux ce qui estoit propre à Dieu seul, estoyent dignes de mort.
Or là cause d'erreur estoit en la personne de Jésus-Christ, en ce qu’ils n’ont point considéré quels titres baïlle PEscriture au Messias : car on eust peu facilement recueillir de là, qu'il estoit Fils de Dieu : et semblablement en ce qu'ils n’ont daigné s’enquérir si Jésus-Christ estoit ce Messias qui avoit esté jadis promis de Dieu. Nous voyons donc comment d’un vray principe ils tirent une fausse conséquence : car ils l’appliquent mal.
Nous sommes admonestez par cest exemple, de distinguer diligemment entre la doctrine générale et l'application d’icelle : Car il y à plusieurs hommes ignorans et
inconstans, qui rejettent les principes mesmes de lEscriture, s’il est advenu quelques fois qu’ils ayent esté déceus sous ombre de vérité. Et ceste licence court aujourd’huy par le monde plus qu’il ne seroit de besoin. Souvenons-nous donc de nous donner tellement garde des tromperies, que les principes qui sont vrais demeurent en leur entier, et que l’authorité de l’Escriture n’en soit amoindrie. D'autre part, on pourra par ce moyen facilement repousser les meschans, qui allèguent faussement et à tort le tesmoignage de l’Escriture, et les principes qu'ils tirent d’icelle pour couvrir et desguiser des mauvaises causes : comme quand les Papistes exaltent aujourd’huy si magnifiquement l’authorité de l'Eglise, ils n’amènent rien en quoy tous les enfans de Dieu ne s’accordent. Ils disent que l'Eglise est mère des fidèles, qu’elle est la colomne de vérité, qu’elle doit estre ouye, qu’elle est conduite et gouvernée par le sainct Esprit. Nous ne devons rien nier de tout cela : mais quand ils veulent tirer à eux toute lauthorité qui appartient à l'Eglise, ils ravissent à eux meschamment et d’une audace plene de sacrilége, ce qui ne leur appartient nullement : car il faut considérer l’application, asçavoir s'ils méritent le titre d’Eglise. Or est-il ainsi qu’ils défaillent yci du tout. Semblablement quand ils exercent une cruauté furieuse contre tous fidèles, ils s’excusent de ceste belle cou-
leur, qu’ils sont ordonnez pour maintenir la foy et la paix de l'Eglise. Mais quand on vient à regarder le faict de plus près, on voit clairement qu’ils n’ont rien moins au cœur que la défense de la vraye doctrine, qu’ils ne sont de rien moins touchez que du soin de la paix et de concorde, mais qu’ils bataillent seulement pour maintepir leur tyrannie. Ceux qui se contentans de principes généraux ne regardent point aux circonstances, pensent que c’est à bon droict que les Papistes nous assaillent : mais la cognoissance de cause fait facilement esvanouir ces fumées, par lesquelles ils abusent les simples.
8 Quand donc Pilate eut ouy ceste parole, il craignit plus fort. On peut tirer double sens de ceci : le premier est, Pilate a craint que quelque blasme ne luy fust mis sus, s’il y eust eu quelque tumulte, pource qu’il n’auroit pas condamné Jésus-Christ. Le second est, qu'après qu’il eut ouy parler du Fils de Dieu, son esprit fut touché de religion. Ce second sens est confermé par ce qui Sensuit en la déduction du texte, asçavoir qu’estant entré derechef au Prétoire il interrogue Jésus-Christ d’où il est : car il appert par là qu’il fut en perplexité et angoisse, d'autant qu'il craignoit destre puni comme sacrilége, s’il mettoit la main sur le Fils de Dieu. Or ïl faut noter que quand il interrogue d’où est Jésus-Christ, il n’enquiert pas de son pays : mais cela vaut autant comme s’il eust dit, Es-tu un homme nay en terre, ou si tu es quelque Dieu? Voylà donc comme j’expose ce passage, qu’estant saisi de crainte et révérence de Dieu, il estoit en perplexité et doute de ce qu’il devoit faire : car d’un costé il voyoit la sédition et mutinerie enflammée, d'autre part sa conscience le pressoit d’une crainte qu’il ne veinst à offenser Dieu, en cuidant éviter le danger.
Or cest exemple est bien digne d’estre noté. Combien que Jésus-Christ fust là en une contenance si difforme, toutesfois aussi tost que Pilate oit le nom de Dieu, il est saisi de crainte de violer la majesté Divine en un homme qui estoit plus qu’abject et contemptible. Or si la révérence de Dieu à eu si grande vertu en
Car. XIX.
cest homme profane, ne faut-il pas bien dire que ceux qui jugent aujourd’huy des choses Divines par manière de jeu et passe-temps, tout à leur aise et sans aucune crainte, sont plus que réprouvez ?
Car de faict, Pilate nous est pour enseignement que les hommes ont un sentiment de religion naturellement imprimé en eux, qui ne permet point qu’ils se jettent follement à l'abandon partout où ils voudroyent bien, quand il est question des choses Divines. Pourtant ay-je dit que ceux qui en traittant de la doctrine de lPEscriture ne sont non plus esmeus de révérence envers la majesté de Dieu, que si on disputoit de l’ombre d’un asne, c’est-à-dire de quelque faribole, sont livrez en sens réprouvé. Nonobstant ils sentiront quelque fois à leur ruine et confusion, de quelle révérence et honneur le nom de Dieu est digne, duquel ils se mocquent aujourd'huy par si grand outrage. C’est une horreur de penser combien les Papistes condamnent orgueilleusement la vérité de Dieu tant claire et tant bien approuvée, et de quelle cruauté ils espandent le sang innocent.
Je vous prie, d’où procède ceste stupidité tant enyvrée, sinon qu’ils ne réduisent point en mémoire qu’ils ont affaire avec Dieu ?
9 D'où es-tu? Et Jésus ne luy donna point de response. On ne doit trouver estrange que nostre Seigneur Jésus ne respond rien, voire si on réduit en mémoire ce que j’ay remonstré ci-dessus, qu’il n’estoit point là venu devant Pilate pour défendre sa cause, comme ont accoustumé les malfaiteurs qui désirent estre absous, mais plustost pour souffrir condamnation : car il faloit qu’il fust condamné, comparoissant en nostre personne. C’est la raison pourquoy il ne se défend point. Et toutesfois ce silence de Jésus-Christ ne répugne point avec la sentence de sainct Paul au chapitre VI de la première Epistre à Timothée, v. 43, où il dit, Aye souvenance que Jésus-Christ a rendu borne confession sous Pilate. Car il à là maintenu la foy de l'Evangile autant qu'il estoit de besoin, et sa mort n’a esté autre chose qu'un seau pour confermer la doctrine qu’il avoit ensei-
Cap. XIX. SUR S.
gnée. Jésus-Christ donc n’a rien omis de ce qui estoit nécessaire à faire une Confession légitime, mais il s’est teu quant à demander d’estre absous. Joint qu'il y avoit danger que Pilate ne veinst à absoudre Jésus-Christ, comme estant quelqu'un des dieux forgez par les hommes :
comme l’empereur Tybère le voulut mettre au rang des dieux Romains. A bon droiet donc Jésus-Christ repousse ceste superstition folle par son silence.
10 Ne scais-lu pas que j'ay puissance de te crucifier, etc. On voit par ceci que cest estonnement duquel Pilate fut soudainement esmeu, mavoit point de vives racines, et pourtant s’est esvanouy bien tost. Car maintenant, mettant en oubli toute crainte, il monte en orgueil, et vient à mespriser Dieu d’une façon arrogante : car il fait yei des menaces à Jésus-Christ, comme s’il n’y avoit point de Juge au ciel. Mais il faut que ceci adviene tousjours aux hommes profanes, que chassans toute crainte et révérence de Dieu, ils retournent incontinent à leur naturel. Dont aussi nous pouvons facilement recueillir que ce n’est point sans cause que le cœur humain est appelé décevable et plein de cautèles, en Jérémie, chapitre XVIE, v. 9. Car comme ainsi soit qu'il y ait quelque semence de crainte de Dieu, il en sort toutesfois quant et quant comme par bouillons une pure impiété. Tout homme donc qui n’est régénéré de l'Esprit de Dieu, combien qu’il face semblant pour quelque temps de porter révérence et honneur à la majesté Divine, néantmoins il monstrera bien tost après par faits contraires, que toute ceste crainte n’estoit qu’une feintise. Au reste, nous voyons en Pilate une image d’un homme orgueilleux , lequel est poussé à rage par son ambition : car quand il veut haut eslever sa puissance, il se prive de louange et renom de bonne justice. Il confesse que Jésus-Christ est innocent et hors de tout crime : que reste-il donc sinon qu’il se fait semblable à un brigand, quand il se vante qu’il ha puissance de luy couper la gorge ? Ainsi faut-il nécessairement que les meschantes consciences soyent agitées, esquelles la foy et la vraye cognoisssance de Dieu ne
JEHAN. 313 règnent point, et qu’il y ait là diverses affections de la chair, qui bataillent l’une contre l’autre. Et Dieu se venge fort bien par ce moyen de l’orgueil des hommes, quand ils outrepassent leurs limites pour s'usurper une puissance infinie : c’est qu’eux-mesmes se condamnans dinjustice, ils se déshonorent et diffament grandement. Pour ceste raison pouvons-nous dire qu’il n’y a plus grand aveuglement que d’orgueil. Et ne s’en faut point esbahir, veu qu’orgueil sent la main de Dieu contre laquelle il heurte, armée de vengence. Parquoy ayons mémoire qu'il ne nous fant follement esgayer en frivoles vanteries, de peur que ne soyons faits ridicules, et exposez à bon droict à la mocquerie des autres. Et principalement ceux qui sont haut eslevez en grandes dignitez, qu'ils se contienent modestement, et n’ayent honte de s’assujetir à Dieu, et de se soumettre aux loix.
11 Tun'aurois aucune puissance sur moy, S'il ne l'estoit donné d'enhaut, etc.
Aucuns exposent ceci généralement, que rien ne se fait au monde que par le congé ou permission de Dieu : comme si Christ disoit que Pilate, jà soit qu’il pense avoir toute puissance, néantmoins ne pourra non plus faire que Dieu luy permettra.
Ceste sentence est bien vraye, que le monde est gouverné par la volonté de Dieu, et quelques machinations que facent les meschans, que toutesfois ils ne pourront pas seulement remuer le petit doigt, que la puissance occulte de Dieu ne gouverne par-dessus. Mais ceux qui restraignent ce passage à la charge et office du Magistrat, ont meilleure opinion, selon mon jugement. Car par ces mots Jésus-Christ réprime la folle arrogance de Pilate, de ce qu’il s’eslève haut, comme si Sa puissance n’eust point esté de Dieu : comme s’il eust dit, Tu t’attribues toutes choses, comme s’il ne te faloit pas une fois rendre conte à Dieu : si est-ce que tu n’as esté fait juge sans sa providence. Pense donc que son thrône céleste est plus haut et par-dessus ton siége judicial. On ne pourroit trouver remonstrance plus propre pour réprimer l’insolence et audace orgueilleuse de ceux qui sont constituez pour estre gouver-
neurs par-dessus les autres, à ce qu’ils n’abusent de leur droict ou authorité. Le père pense que toutes choses luy sont licites envers ses enfans, le mari envers sa femme, le maistre envers ses serviteurs, le Roy ou le Prince envers son peuple, sinon quand ils regardent à Dieu, qui a voulu que leur domination fust limitée et réglée. Pour ceste cause celuy qui m'a livré à toy. I y en a aucuns qui pensent que ceci tend à monstrer que les Juifs sont beaucoup plus coulpables que Pilate, pource que d’une meschante haine ou desloyauté malicieuse ils sont envenimez contre un homme innocent, voire eux qui estoyent hommes privez, n’ayans puissance ou domination légitime. Mais j'expose ceci autrement, asçavoir que ceste circonstance rend leur crime beaucoup plus énorme et moins excusable, que par force ils veulent faire servir à
Car. XIX.
leur appétit désordonné, la puissance et domination instituée de Dieu : car c’est un sacrilége horrible et exécrable d’abuser d’une saincte ordonnance de Dieu, pour la faire servir à toute meschanceté.
Un brigand qui coupera la gorge à un passant de sa propre main, est à bon droict détestable : mais celuy qui sous ombre de justice met à mort un innocent, est beaucoup plus meschant. Au reste, il n’amplifie pas leur crime pour dire qu’il vueille amoindrir la faute de Pilate : car il ne fait point comparaison entr’eux et luy, mais plustost il les met tous en une mesme condamnation, d'autant qu’ils polluent également une puissance saincte. I y a cela de différence seulement, qu'il reprend directement les Juifs, et taxe obliquement Pilate, qui obtempère à leur meschante volonté. ‘
429 Depuis cela, Pilate taschoit de le délivrer : mais les Juifs crioyent, disans, Si tu délivres cestuy-ci, tu n'es point ami de César. Car quiconque se fait
Roy, contredit à César.
13 Et quand Pilate eut ouy ceste parole, il amena Jésus dehors, et s’asseit au siége judicial, au lieu appelé Pavement, et en Hébrieu Gabbatha. 14 Or estoit-il lors la préparation de Pasque, environ six heures, et Pilate
dit aux Juifs, Voyci vostre Roy :
15 Mais ils crioyent, Oste, oste, crucifie-le. Pilate leur dit, Crucifieray-je vostre Roy? Les principaux Sacrificateurs respondirent, Nous n'avons point
de Roy, sinon César.
16 Parquoy lors il leur livra pour estre crucifié. Ils prindrent donc Jésus,
et l’emmenèrent.
A2 Depuis cela Pilate taschoit à le délivrer, mais les Juifs crioyent, disans, etc. Combien que Pilate ne se porte point yei en homme de bonne conscience, et qu'il soit poussé plustost d’ambition que d’une affection de justice, et que pourtant il chancèle mal-heureusement, toutesfois sa modestie est à louer, qu’estant aigrement reprins par Jésus-Christ, nonobstant il ne se courrouce point : et qui plus est, il encline tant plus à le délivrer. Il est juge, et néantmoins il souffre bénignement et avec douceur, que celuy qui luy estoit là présenté comme malfaiteur, soit son correcteur. Certes à grand” peine trouvera-on de cent l’un qui endure si paisiblement quelque répréhension,
voire par un qui sera son pareil, Tunes
point ami de César. Par menaces ils
rangent Pilate à condamner Christ. Car ils ne luy pouvoyent objecter chose plus odieuse, ne qui le deust plus estonner, que quand ils le rendent suspect de desloyauté et mauvaise foy envers César :
comme s'ils disoyent, Tu monstres bien que tu ne te soucies pas de l’empire de César, si tu absous celuy qui s’est efforcé de troubler tout. Ceste meschanceté impudente à finalement rompu le cœur de Pilate, qui estoit auparavant seulement esbransié de leurs clameurs violentes et furieuses. Or ce n’est point sans bonne cause que l’Evangéliste déduit si diligemment ces circonstances, et insiste des-
Cuar. XIX. SUR S.
sus : car il nous est fort nécessaire de sçavoir que le Fils de Dieu n’a point esté condamné par Pilate, que mesme par la bouche d'iceluy il n’eust esté auparavant absous trois et quatre fois : afin que nous recueillions de cela, que c’est pour nos péchez qu'il a esté condamné, et non point en son nom. On peut aussi recueillir de ceci, comment d’une prompte volonté il s’est offert à la mort, veu qu’il na tenu conte de s’aider de ceste bonne affection que le juge avoit envers luy. Et de faict, ceste abéissance a fait que sa mort a esté un sacrifice de bonne odeur pour effacer tous les péchez.
13 Et s'assil au siége judicial, au lieu appelé Pavement, et en Hébrieu, Gabbatha. 1 appert par ceci combien de divers avis Pilate avoit en son esprit, comme si un basteleur jouoit deux personnages. Il monte au siége judicial, afin de condamner Jésus à mort solennellement à la façon accoustumée : cependant il déclare apertement qu’il fait cela contre son vouloir et sa propre conscience. Il appelle Jésus-Christ Roy par mocquerie, signifiant que C’estoit une calomnie frivole de laquelle les Juifs le chargeoyent :
ou bien pour appaiser leur fureur, il leur remonstre que cela tombera en déshonneur à toute leur nation, si on vient à sçavoir que quelqu'un d’entr’eux ait esté condamné à mort pour avoir voulu estre roy. Quand l’Evangéliste récite que Gabbatha estoit le nom Hébrieu de ce lieulà, il entend le langage Chaldaïque ou Syriaque, qui estoit pour lors en commun usage : car Gabba, selon les Hébrieux, signifie Haut eslevé. Il faloit donc que Jésus-Christ fust condamné d’un haut lieu, afin que descendant du ciel grand et souverain Juge, nous soyons par luy absous au dernier jour.
1% Environ six heures, et Pilate dit au Juifs, Voyci vostre Roy. H semble que les Evangélistes ne s'accordent pas bien en la supputation du temps. Les autres trois disent que ténèbres ont esté faites depuis six heures, Jésus-Christ estant desjà en la croix. Sainct Mare aussi dit nomméement qu’il estoit environ trois heures, quand la sentence fut prononcée contre luy. Toutesfois la solution n’est
point difficile. I appert assez par d’autres passages que le jour estoit alors divisé en quatre parties : comme aussi la nuit avoit quatre veilles. De là vient que quelque fois les Evangélistes assignent à chacun jour seulement quatre heures, et qu’ils estendent chacune heure en trois. Cependant ils content l’espace de lheure qui décline vers la fin avec l’heure suyvante.
Or selon ceste supputation, sainct Jehan récite que Jésus-Christ fut condamné environ les six heures : carle temps du jour déclinoit à six heures, ou à la seconde partie. Nous recueillons de ceci que nostre Seigneur Jésus a esté crucifié à six heures ou environ : car le lieu estoit près de Jérusalem, comme il dira tantost après.
Les ténèbres commencèrent entre six et neuf heures, lesquelles durèrent jusques à neuf heures, et alors Jésus-Christ mourut.
45 Nous n'avons point de Roy, sinon César, Yci se monstre une fureur horrible, que les Sacrificateurs qui devoyent estre exercez en la Loy, rejettent le Messias, auquel tout le salut du peuple estoit enclos, duquel dépendoyent toutes les promesses, en qui toute la religion estoit fondée. Et vrayement ils se privent de la grâce de Dieu et de tous biens, en rejettant Jésus-Christ. Nous voyons donc comment ils estoyent hors du sens. Mettons le cas que Jésus-Christ ne fust point le Christ : toutesfois ils n’ont excuse quelconque, en ce qu’ils ne recognoissent autre Roy que César. Car premièrement ils se révoltent du Royaume spirituel de Dieu.
Secondement, ils préfèrent la tyrannie de l'empire Romain, laquelle ils ayoyent en grande exécration et horreur, à un gouvernement légitime, tel qu'il avoit esté promis de Dieu. Ainsi, les meschans pour fuir Christ, non-seulement se privent de la vie éternelle, mais ils attirent sur leurs testes toutes sortes de misères. Au Contraire, la seule félicité des fidèles est, d’estre assujetis sous le Royaume de Christ, soit qu’ils soyent quant à la chair sous une juste et légitime domination, soit qu’ils soyent opprimez sous la violence des tyrans.
16 Parquoy lors il le leur livra pour estre crucifié. Ils prindrent , etc. Vray
est que Pilate a esté contraint par leur importunité de leur livrer Jésus-Christ :
et toutesfois ceci n’a point esté fait comme en tumulte ou sédition, mais il a esté condamné solennellement à la façon accoustumée : car il yeut deux brigans aussi, qui après cognoissance de cause
CHar. XIX.
ont esté avec luy condamnez à estre crucifiez. Mais sainct Jehan use de ce mot pour mieux confermer que pour contenter la cruauté insatiable de ce peuple, Christ n’estant convaincu d’aucun crime à esté livré à mort.
17 Eticeluy portant sa croix, veint en la place qu'on appelle la place du
Test, et en Hébrieu Golgotha".
48 Où ils le crucifièrent, et avec luy deux autres d'un costé et d'autre, et
Jésus au milieu.
19 Æt Pilate escrivit un escriteau, et le meit sur la croix, où il y avoit en escrit, Jésus Nazarien, le Roy des Juifs.
20 Plusieurs donc des Juifs leurent cest escriteau : car le lieu où Jésus estoit crucifié estoit près de la cité. et estoit escrit en Hébrieu, en Grec, et en Latin.
21 Parquoy les principaux Sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate, N'escri point, Le Roy des Juifs : mais que cestuy-ci a dit, Je suis le Roy des Juifs.
22 Pilate respondit, Ce que j ay escrit, je l'ay escrit.
1) Ou, Calvaire.
17 Et iceluy portant sa croix, veint à la place qu'on, etc. Les circonstances qui Sont yci mises servent grandement, non-seulement à la certitude de ceste histoire, mais aussi à l’édification de nostre foy. 11 nous faut chercher justice en la satisfaction faite par Jésus-Christ. Pour monstrer donc qu’il estoit la satisfaction de nos péchez, il a voulu estre mené hors la ville, et estre pendu au bois. Car selon le commandement et ordonnance de la Loy, on avoit accoustumé de porter hors Vost les bestes, le sang desquelles estoit espandu pour le péché : Lévitique, chapitre VI, v. 30, et XVI, 27 : et d'autre part la Loy mesme prononce maudit quiconque est pendu au bois, Deut., chapitre XXI, v. 23. L'un et l’autre à esté accompli en nostre Seigneur Jésus, afin que nous ayons ceste certaine persuasion que nos péchez ont esté purgez par le sacrifice de sa mort : qu’il a esté sujet à malédiction, afin qu’il nous rachetast de Ja malédiction de la Loy, Gal., UF, 43 : qu'il a esté fait péché, afin qu’en luy nous fussions justice de Dieu, 2 Cor., V, 21 :
qu’il a esté mené hors de la ville, afin qu’il emportast avec soy et ostast nos ordures qui avoyent esté mises sur luy :
comme il est dit Héb., XIIF, 42. A ceci aussi appartient ce qui s'ensuit après des
deux brigans : car comme si le torment n’eust pas esté assez grief de soy, ceci y est encore adjousté, qu’il est pendu en la croix au milieu de deux brigans : comme s’il n’eust point esté seulement comme quelqu'un du rang commun d’entre les brigans, mais le plus meschant et détestable de tous les autres. Car il faut tousjours réduire cela en mémoire, que ces meschans et iniques bourreaux de Christ n’ont rien fait qui n’eust esté décrété et ordonné par le conseil de Dieu : car Dieu n’a point exposé son Fils à leur fol appétit, mais il a voulu que selon sa volonté et bon plaisir il luy fust sacrifié. Que si le conseil de Dieu n’a esté sans bonne raison en toutes les choses qu’il a voulu que Jésus-Christ son Fils endurast, il nous faut considérer d’un costé la pesanteur horrible de son ire contre le péché :
d'autre part, la grandeur infinie de sa bonté envers nous. La condamnation de nous {ous ne pouvoit autrement estre abolie, sinon que le Fils de Dieu fust fait exécration pour nous. Nous voyons qu’il est traîné hors en un lieu exécrable, comme s’il estoit pollué d’un abysme de tous forfaits exécrables, afin qu’il apparoisse là maudit devant Dieu et les hommes.
Vrayement nous sommes trop stupides, si nous ne voyons clairement en ce mi-
Criar. XIX. SUR S.
roir, combien Dieu ha les péchez en grande abomination : et nous sommes plus endurcis que pierres, si nous ne venons à estre effrayez d’un tel jugement
qu’il en a fait. Mais quand d'autre part
Dieu testifie que nostre salut luy a esté en recommandation si singulière qu’il n’a point espargné son propre Fils, quelle abondance de sa grâce, et queile excellente et admirable bonté voyons-nous en cela ? Quiconque donc considérera de bien près les causes de la mort de nostre Seigneur Jésus-Christ, avec le fruit qui nous en revient, la doctrine de la croix ne luy sera point folie comme aux Grecs, ne scandale comme aux Juifs (4 Cor., I, 23) mais plustost un gage et tesmoignage inestimable de la vertu, bonté, sagesse, et justice de Dieu. Quand sainct Jehan dit que le lieu estoit appelé Golgotha, en langage Hébraïque, il le prend pour le Chaldaïque ou Syriaque. Or ce mot descend de Galgal, qui signifie Rouler : car au test il y a une rondeur comme d’une pelote ou d’une boule.
19 Et Pilate -escrivit un escriteau, et le meit, etc. Saïinct Jehan récite yci un faict mémorable de Pilate après qu’il eut prononcé la sentence. Il est paraventure vray que c’estoit une chose usitée d’apposer des dictons quand on exécutoit quelques malfaiteurs, afin que tous cognussent la cause de la punition, et que cela leur fust en exemple. Mais en Christ il y à eu cela d’extraordinaire, d'autant que le titre qui luy est apposé ne contient aucun opprobre ou ignominie : car l’intention de Pilate estoit pour se venger obliquement des Juifs (qui avoyent par leur opiniastreté et importunité arraché de luy sentence inique de mort contre un innocent) de blasmer toute la nation en la personne de Jésus-Christ. Ainsi il ne met sur Jésus-Christ aucune note de forfait par luy commis. Mais la providence de Dieu à regardé bien plus haut, laquelle gouvernoit la main de Pilate. Vray est qu’il n’est point venu en fantasie à Pilate de magnifier Jésus-Christ comme autheur de salut, et le Nazarien de Dieu, et le Roy du peuple élu : toutesfois Dieu luy à dicté ceste louange de l'Evangile, combien qu’il ne cognust que valoit ce
qu'il escrivoit. Il est aussi advenu par la conduite secrète du sainct Esprit, qu’il a publié ce titre en trois Langues. Car il n’est pas vray-semblable que cela fust un commun usage : mais Dieu a monstré par ce préparatif, que le temps estoit desjà prochain auquel le Nom de son Fils seroit publié par tout.
91 Parquoy les principaux Sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate, etc.
Ils sentent bien qu’ils ont esté touchez et picquez, et pourtant ils voudroyent bien que le titre fust changé, en sorte que Christ fust seul déshonoré, et que la nation n’en fust point blasmée. Cependant toutesfois ils ne dissimulent point de quelle haine ils sont envenimez contre la vérité, veu qu'ils ne peuvent souffrir une seule estincelle d’icelle tant petite soitelle. C’est ainsi que Satan pousse tousjours ses ministres, à ce qu’ils taschent tant qu’ils pourront à esteindre par leurs ténèbres, ou pour le moins estouffer ce qu’ils verront reluire de la lumière Divine, tant petit soit-il. Or ce que Pilate est constant en son faict, il le faut attribuer à la providence de Dieu : car il ne faut point douter qu’ils n’ayent essayé en plusieurs sortes s'ils le pourroyent faire changer de propos. Sçachons donc qu’il a esté retenu Divinement, à ce qu’il demeurast ferme sans vouloir fléchir aucunement. Pilate n’a point acquiescé aux prières des Sacriticateurs, et ne s’est point laissé corrompre par eux : mais cependant Dieu a testitié par sa bouche, combien le Royaume de son Fils est ferme et stable. Que si en l’escriture de Pilate a esté monstrée une si grande fermeté du Royaume de Christ, qu’elle n’a peu estre esbranslée pour toutes les machinations de ses ennemis envenimez, quelle opinion au pris devons-nous avoir des tesmoignages des Prophètes, les bouches et mains desquels Dieu à consacrées à son service? Outreplus, l'exemple de Pilate nous admoneste de nostre office :
c’est que nous SOYONS Constans à maintenir la vérité. Cest homme profane ne rétracte point ce qu'il a vrayement et bien escrit du Seigneur Jésus, combien qu’il n’entendist ce qw’il faisoit. Quel déshonneur donc nous sera-ce, si estans es-
tonnez par menaces ou dangers, nousnous reculons de la profession de ceste doctrine, que Dieu a seellée en nos cœurs par son Esprit? Outreplus, il nous faut noter combien la tyrannie des Papistes est horrible et exécrable, laquelle défend au commun populaire de lire l'Evangile et toute la saincte Escriture. Pilate qui estoit un homme réprouvé, et au demeurant or-
Car. XIX.
gane et instrument de Satan, nonobstant par un instinct secret, a esté destiné trompete de l'Evangile, à ce qu’il publiast en trois Langues un brief sommaire d’iceluy. En quel rang donc mettrons-nous ceux qui font tout ce qu’ils peuvent pour supprimer la cognoissance d’iceluy, veu qu'ils se monstrent piresque Pilate ?
23 Or quand les gendarmes eurent crucifié Jésus, ils prindrent ses vestemens, (et en feirent quatre parties, à chacun gendarme une partie) ils prindrent aussi le sage. Mais le saye estoit sans cousture, tissu depuis le haut tout du
long.
24 Dont üls dirent entr'eux, Ne le coupons point, mais jettons sort dessus à qui ù sera. Et Ce afin que l’Escriture fust accomplie, disant, Ils ont parti mes vestemens entr eux, et ont jetté sort sur mon habillement *. Les gendarmes
donc feirent ces choses.
1) Ps., XXII, 18.
23 Or quand les gendarmes eurent crucifié Jésus, ls prindrent ses vestemens, etc. Les autres Evangélistes font aussi mention des vestemens du Seigneur Jésus partis entré les gendarmes. I y avoit quatre gendarmes qui partirent entr’eux ses autres habillemens : il restoit le saye qui estoit sans cousture : et d’autant qu'il ne pouvoit estre parti, ils jettèrent le sortsur iceluy. Orles Evangélistes, afin d’arrester nos esprits à considérer le haut conseil de Dieu, admonestent qu'en cest endroit aussi lPEscriture a esté accomplie : toutesfois il semble que le passage qu’ils allèguent du Pseaume XXIL, est tiré mal à propos pour servir à la matière présente. Car comme ainsi soit que David se plaigne là qu’il a esté exposé en proye à ses ennemis, Sous ce mot de vestemens ou habillemens, il dénote par métaphore et similitude généralement tous ses biens : comme s’il disoit tout en un mot, qu’il a esté destroussé et mis à blanc par les meschans. Et les Evangélistes laissans là ceste figure, se reculent du sens naturel. Mais il faut entendre en premier lieu, qu’on ne doit point restraindre le Pseaume en la personne de David, comme il appert par plusieurs sentences, et principalement par une clausule, où il y a ainsi escrit, Je célébreray ton Nom entre les Gentils : laquelle il faut nécessai-
rement exposer de Jésus-Christ. Or maintenant ce n’est point de merveilles, si ce qu’on voit clairement en Jésus-Christ, a esté obscurément figuré en David, voire autant plus ouvertement et clairement, que la vérité doit estre plus claire que sa figure. Au reste, sçachons que le Seigneur Jésus-Christ à esté despouillé de ses habillemens, afin qu’il nous vestist de sa justice, que son corps nud a esté exposé aux opprobres des hommes, afin que nous apparoissions avec gloire devant le siége judicial de Dieu. Quant à ce qu’aucuns faisans vci une allégorie, tirentce passage à l’Escriture, et disent que les hérétiques la deschirent par pièces, cela est par trop contraint. Or il n’y auroiït point de mal, quand on l’appliqueroit en ceste sorte par comparaison, Tout ainsi que les vestemens du Seigneur Jésus ont esté une fois partis par des gendarmes profanes, aussi aujourd’huy il y a des hommes pervers, qui par inventions estranges deschirent toute l’Escriture, delaquellenostre Seigneur Jésus estrevestu pour se manifester à nous. Mais l’impudence effrontée des Papistes, accompagnée d’un blasphème horrible contre Dieu, n’est aucunement à supporter. Ils disent que lPEscriture est deschirée par les hérétiques, et que le saye, c’est-à-dire l'Eglise, demeure en son entier : et par ce moyen ils veu-
Cnar. XIX. . SUR $.
lent gaigner ce poinct, que sans nous arrester à l’authorité de l’Escriture, l'unité de la foy consiste au seul titre d’Eglise.
Voire, comme si l’unité de l'Eglise estoit fondée ailleurs qu’en l’authorité de l’Escriture. Quand donc ils séparent la foy d'avec l’Escriture, afin qu’elle demeure attachée simplement à l’Eglise, non-seulement ils despouillent Christ de ses habillemens par un tel divorce, mais aussi
ils deschirent son corps, et le rompent en pièces par sacrilége meschant. Mais encore que ceci leur soit ottroyé, que le saye sans cousture est figure de l’Eglise, ils ne gaigneront pas toutesfois ce qu’ils pourchassent : car encore faudra-il qu’ils preuvent que l'Eglise est devers eux, de laquelle ils ne sçauroyent monstrer une seule marque.
25 Or estoyent là près de la croix de Jésus, sa mère, et la sœur de sa mère Marie femme de Cléopas, et Marie Magdalène.
26 Æt Jésus voyant sa mère, et le disciple qu'il aimoit estre là, \ dit à sa
mère, Femme, voylà ton fils.
27 Et après dit au disciple, Poylà ta mère. Et dés ceste heure-là le disciple
la receut chez soy.
25 Or estoyent là près de la croix de Jésus, sa mère, etc. L’Evangéliste récite yci en passant, que Christ a tellement obéy à Dieu son Père, que cependant il n’a laissé de faire office de fils envers sa mère. Il est bien vray qu’il s’est Oublié soy-mesme, et toutes choses autant qu'il estoit besoin, pour rendre Obéissance à son Père : mais s’estant acquitté de ceste obéissance, il n’a voulu omettre le devoir envers sa mère. Or nous apprenons par ceci comment nous devons recognoistre nostre devoir envers Dieu et les hommes. Il advient souvent que quand Dieu nous appelle à quelque office et Charge, les pères et mères, la femme, les enfans, nous retienent tout au rebours, en sorte que nous ne pouvons pas satisfaire à tous tout ensemble.
Si nous mettons les hommes en degré égal avec Dieu, c’est mal compassé. Parquoy il nous faut préférer le commandement de Dieu, il faut préférer le service et honneur deu à Dieu : puis après rendons tant que nous pourrons aux hommes le droict qui leur appartient, Et certes les commandemens de la première et seconde Table, ne combatent jamais l’un contre l’autre, comme il semble toutesfois de prime face. Mais il faut commencer par le service de Dieu, et le premier honneur luy est deu : après cela le second lieu doit estre donné aux hommes. A ceci appartienent ces sentences, Qui aime son
père ou sa mère plus que moy, il n’est pas digne d’estre des miens, etc. Matth., X, 37, Luc XIV, 26. Nous-nous devons donc tellement employer pour les hommes, qu’ils ne nous empeschent de rendre à Dieu le service et obéissance qui luy appartient. Après que nous aurons rendu à Dieu son obéissance, lors nous viendrons à penser de nos pères et mères par bon ordre : comme Jésus-Christ ha soin de sa mère, mais c’est après qu'il est en la croix, à laquelle il estoit appelé par décret et ordonnance de son Père.
Au reste, si nous considérons de bien près la circonstance du lieu et du temps, la piété et révérence filiale de Jésus- Christ envers sa mère a esté admirable.
Je laisse les grans et extrèmes tormens de son corps, je ne parle point des opprobres qu’il a endurez : mais lors que les horribles blasphèmes contre Dieu luy navroyent le cœur dune tristesse incroyable, lors qu’il soustenoit un merveilleux combat contre le diable, et contre la mort éternelle, néantmoins il n’y a rien de tout cela qui le puisse empescher d’estre songneux de sa mère. On peut aussi recueillir de ce passage, quelle est ceste révérence et honneur que Dieu veut par sa Loy qu’on porte aux pères et mères. Jésus-Christ résignant son office à son disciple, luy baille sa mère pour la nourrir, et en avoir le soin : il s'ensuit donc que l'honneur qui est deu aux pères
et aux mères, ne consiste point en froide cérémonie, ains en tous oflices nécessaires. Maintenant il faut d'autre part considérer la foy de ces sainctes femmes. II est bien vray que ce qu’elles ont suyvi Jésus jusques à la croix, elles l’ont fait d’une affection d'amour singulière :
toutesfois si elles n’eussent esté garnies de foy, jamais elles n’eussent peu assister à un tel spectacle. Or touchant ce disciple, qui est sainct Jehan, nous recueillons que sa foy a esté tellement estouffée pour bien peu de temps, que nonobstant elle n’a point esté du tout esteinte. Maintenant quelle honte nous doit-ce estre, si l'horreur et ignominie de la croix nous retarde de suyvre Christ, veu qu’il nous . propose devant les yeux la gloire de sa résurrection, au lieu que ces bonnes et sainctes femmes ne pouvoyent veoir qu'ignominie et malédiction? Au reste, il est yei parlé de Marie de Cléopas. I y en à aucuns qui pensent que C’estoit la femme de Cléopas : mon opinion est que c’estoit plustost sa fille. Il l’appelle sœur de la mère de Jésus, selon la phrase de la langue Hébraïque, laquelle sous ce mot de Frère, comprend les cousins et autres parens. Quant à Marie Magdalène, nous voyons qu’elle n’a point esté pour néant délivrée des sept diables, veu qu’elle s’est monstrée jusques à la fin disciple si fidèle de Jésus-Christ.
26 Femme, voylà ton fils. Et après dit au disciple, Foylà ta mère. Comme s’il disoit, Je ne converseray plus doresenavant en terre pour te pouvoir rendre devoir de fils : je substitue donc cestuy-ci en ma place, qui sera pour faire mon office. Il signifie le mesme quand il dit à
Car. XIX.
Jehan, 'oilà ta mère : car il luy enjoint par ces paroles qu'il la traitte et reçoyve comme sa mère, et qu’il en ait autant de soin comme de sa propre mère. Quant à ce qu'il dit Femme, et se déporte de l'appeler sa mère, aucuns pensent que cela a esté fait afin qu’il ne la navrast plus griefvement en son cœur. Je ne rejette point ceste conjecture : cependant toutesfois il y a une autre conjecture qui ne me semble moins vray-semblable :
c’est que Jésus-Christ a voulu monstrer qu'après avoir parachevé le cours de la vie humaine, maintenant il despouille ceste condition sous laquelle il avoit vescu, et qu'il entre au Royaume céleste, où il sera Dominateur et monarque par-dessus les Anges et les hommes : car nous sçavons que Christ à tousjours accoustumé de retirer ses fidèles du regard de la chair. Or il faloit que cela se feist principalement en la mort.
27 Et dés ceste heure-là le disciple la receut chez soy. C'est un signe de révérence de disciple envers son maistre, en ce que Jehan obéit si promptement au commandement de Christ. Aussi on voit bien par ceci que les Apostres ont eu leurs familles : car Jehan ne pouvoit pas héberger la mère de Jésus-Christ, ne la recevoir à SOy, S’il n’eust eu une maison, et quelque certaine façon de vivre. Parquoy ceux-là resvent bien, qui disent que les Apostres laissèrent tous leurs biens et facultez, et qu’ils s’en veindrent ainsi totalement desnuez à Christ. Mais encore ceux-là qui constituent perfection en Ja mendicité et bélistrerie sont pires que fols et insensez.
28 Puis après Jésus scachant que toutes choses estoyent jà accomplies, afin que l'Escriture fust accomplie, dit, J'ay soif.
29 Æt là estoit mis un vaisseau plein de vinaigre. Iceux donc emplirent de vinaigre une esponge, et la meirent à l'entour de l'hyssope, et luy présente-
rent à la bouche.
30 Or quand Jésus eut prins le vinaigre, il dit, Tout est accompli, Et ayant
baissé la teste, rendit l'esprit.
28 Puis après Jésus scachant que | de propos délibéré, lesquelles les autres toutes choses estoyent accomplies, etc. trois récitent. Maintenant il descrit le L’évangéliste laisse beaucoup de choses | dernier acte auquel il y a grande impor-
Car. XIX.
tance. Quand sainct Jehan récite que /à estoit mis un vaisseau, il parle comme d’une chose accoustumée pour lors. On dispute diversement de ceci : mais je m’accorde à l'opinion de ceux qui disent (comme aussi l’usage en est approuvé par les histoires) que c’estoit une sorte de bruvage, duquel coustumièrement on usoit pour avancer la mort des povres malfaiteurs, après qu’ils avoyent esté assez tormentez. Or il est à noter que Jésus-Christ ne demande point à boire jusques à ce que toutes choses soyent accomplies. Par cela il rend tesmoignage de son amour infinie envers nous, et une affection et zèle inestimable de nostre salut. On ne sçauroit assez exprimer par paroles combien estoyent grandes les douleurs qu’il enduroit : et nonobstant il ne désire point en estre délivré jusques à ce qu'il ait satisfait au jugement de Dieu, et que la purgation soit parfaite en tout et par tout : comme s’il s’estoit oublié jusqu’à ce qu'ayant satisfait au payement de nos offenses, il déclare qu’il n’est pas insensible, mais que lamour qu’il nous pourtoit a surmonté toutes ses angoisses. Mais comment dit-il que tout estoit parachevé, veu que le principal poinct estoit encore à parfaire, asçavoir sa mort? Outreplus, n’est-il pas ainsi que la résurrection sert à l’accomplissement de nostre salut? Je respon que sainct Jehan comprend les choses qui devoyent advenir bien tost après.
Jésus-Christ n’estoit point encore mort, il n’estoit point encore ressuscité, mais il voyoit qu’il ne luy restoit plus rien qu’il ne passast la mort, et entrast en la résurrection. Et par ainsi il nous instruit par son exemple à une parfaite obéissance, à ce qu’il ne nous soit point grief de vivre selon le bon plaisir de Dieu, voire quand il nous faudroit languir au milieu de grandes et extrêmes douleurs.
Et ce n’est pas à nous de déterminer combien, où jusques à quand : tel jugement doit estre réservé à Dieu. {fin que l'Escrilure fust accomplie. On peut facilement recueillir des autres Evangélistes, qu'il marque yci le lieu du Pseaume LXIX, 21, où il est dit, Ils ont donné du fiel en ma viande, et m'ont abruvé de
SUR S. JEHAN
vinaigre en ma soif. Vray est que c’est une façon de parler qui emporte métaphore ou similitude, par laquelle David signifie que non-seulement on luy a refusé aide de laquelle il avoit besoin, mais aussi qu’on luy a cruellement redoublé son mal. Mais il n’y a nul inconvénient, si ce qui avoit esté figuré obscurément en David, a esté plus clairement et ouvertement démonstré en Jésus-Christ.
Car nous voyons mieux par ceci la différence qui est entre la vérité et les figures, veu que les choses que David à seulement endurées en figure, apparoissent ouvertement et comme à plein en Jésus-Christ.
Afin donc que Jésus-Christ monstrast qu'il estoit celuy duquel David avoit représenté la personne, il a voulu esire abruvé de vinaigre, et ce pour la confirmation de nostre foy. Ceux qui forgent yci un sens allégorique en ce mot de Soif, comme s’il vouloit dire qu’au lieu de bruvage doux et amiable, on luy a donné de Pamertume, comme pour luy escorcher le gosier, s’estudient plus à trouver quelque subtilité, qu’à vrayement édifier. Et mesme ils sont manifestement repoussez par l’Evangéliste, qui dit que Jésus-Christ demanda le vinaigre, quand il approchoit de la mort. En quoy il appert qu’il nestoit plus question de nulles délices. Quand il dit qu’il y eut une esponge entortillée d’'hyssope, il faut entendre qu’on la picqua au bout d’un baston d’hyssope, afin qu’on la peust apporter jusques à la bouche de Jésus-Christ : car là les hyssopes sont grans comme petis arbrisseaux.
30 Toul est accompli. Et ayant baissé la teste rendit l'esprit. I répète le mesme mot dont il avoit usé n’aguères.
Or ceste parole du Seigneur Jésus-Christ est bien digne de mémoire : car nous sommes enseignez par icelle, que tout l'accomplissement de nostre salut, et toutes les parties d’iceluy consistent en sa mort. Nous avons desjà remonstré cidessus, que la résurrection n’est point séparée de la mort. Seulement l'intention de nostre Seigneur Jésus est, de retenir nostre foy en soy, et qu’elle ne regarde point ailleurs. Voyci donc quel est le sens, Que tout ce qui sert pour le salut des hommes, consiste en Jésus-Christ, et
qu’il ne le faut point chercher ailléurs :
ou en ceste sorte qui revient tout à un, Que la perfection de salut est enclose en luy. Au reste, il y à yei une opposition tacite : car il oppose sa mort aux sacrifices anciens, et à toutes les figures :
comme s’il disoit, De tout ce qui estoit en usage sous la Loy, il n’y avoit rien qui de soy peust effacer les péchez, ni appaiser lire de Dieu, ni acquérir justice :
mais maintenant le vray salut est monstré et manifesté au monde. De ceste doctrine dépend l’abolissement de toutes les cérémonies de la Loy : car il n’y auroit point de raison si nous suyvions maintenant les ombres, depuis que nous avons le corps en Jésus-Christ. Que si nous . acquiesçons à ceste voix de Christ, il faut quant et quant que sa mort nous suflise à salut, et n’est besoin que nous allions chercher d’autres aides ailleurs : car celuy qui estoit envoyé du Père céleste pour nous acquitter plenement, et achever nostre rédemption, sçavoit bien son office, et ne s’est pas espargné en ce qu’il scavoit estre requis. Or notamment pour appaiser nos consciences, et nous faire contenter, il a prononcé ce mot, Que c’estoit fait. Arrestons-nous y donc, si nous ne voulons estre frustrez du salut qu’il nous a acquis. Et toutesfois toute la religion de la Papauté tend à ce but, que les hommes se forgent des moyens innumérables pour acquérir salut. Dont nous recueillons qu’elle est toute plene de sacriléges horribles et abominables : et principalement l’abomination de leur Messe est condamnée par ceste parole de Jésus-Christ. Il a falu que tous les sacrifices de la Loy ayent cessé : car le salut des hommes a esté parachevé par le seul sacrifice de la mort de Jésus-Christ. Quel droict doncques, ou quelle couleur pré-
Cuar. XIX.
tendront les Papistes, qu’ils ont authorité de dresser un nouveau sacrifice, qui soit pour réconcilier les hommes avec Dieu ? Ils répliquent que ce n’est point un sacrifice nouveau, mais celuy mesme que nostre Seigneur Jésus a offert. Mais il est bien facile de réfuter cela, d’autant qu'ils n’ont ne charge ni ordonnance d'offrir : d'avantage, pource que Jésus- Christ s’estant acquitté une fois d’une seule oblation, prononce estant en la croix, que tout est fait. Ils sont donc plus que faussaires, d'autant qu'ils corrompent et falsifient meschamment le Testament seellé par le sang précieux du Fils de Dieu. Z! rendit l'esprit. Tous les Evangélistes expriment diligemment la mort de nostre Seigneur Jésus, et à bon droict : car la fiance de la vie éternelle nous vient de là : par icelle aussi nousnous glorifions hardiment contre la mort, d'autant que Jésus-Christ le Fils de Dieu Pa soufferte pour nous, et combatant contre icelle a obtenu la victoire. Cependant il nous faut bien noter ceste facon de parler de laquelle use sainct Jehan, par laquelle nous sommes enseignez que tous les fidèles qui meurent en Jésus- Christ, mettent en la garde de Dieu leurs âmes, comme en dépost asseuré : car il est fidèle gardien, et ne fera point perdre ce qu'il aura entreprins de garder. Les enfans de Dieu et les réprouvez meurent : cependant il y a grande différence, asçavoir que les réprouvez rendent l'esprit ne sçachans où il va, ne qu’il devient : mais les enfans de Dieu le mettent en la garde et protection de Dieu, comme un dépost précieux, duquel il sera fidèle gardien jusqu’au jour de la résurrection. Ce mot d’Esprit est yei prins pour l’âme immortelle, comme il appert assez.
31 Adonc les Juifs, afin que les corps ne demeurassent point en croix au jour du Sabbath, pource que lors estoit le jour de la préparation, (car c'estoit le grand jour de ce Sabbath-là) prièrent Pilate qu'on leur cassast les jambes,
et qu'on les ostast.
32 Les gendarmes donc veindrent, et rompirent les jambes du premier, et
de l'autre qui estoit crucifié avec luy.
33 Mais quand ils veindrent à Jésus, et veirent qu'il estoit desjà mort, ils
ne luy rompirent point les jambes.
CHar. XIX.
SUR S. JEHAN
34 Mais l'un des gendarmes luy perca le costé avec une lance, et tout incon-
tinent il en sortit sang et eau.
35 Et celuy qui l’a veu en à rendu tesmoignage, et son tesmoignage est digne de foy, et cestuy-là scait qu'il dit vray, afin que vous le croyez. 36 Car ces choses ont esté faites, afin que l'Escriture fust accomplie, Pas
un os d'iceluy ne sera cassé!.
37 En encore une autre Escriture dit, Ils verront celuy qu’ils ont percé.
1) Exode, XII, 46. Nomb., IX, 12. Zach., XIT, 10.
31 Pource que lors estoit le jour de la préparation, etc. Ce récit aussi sert à l'édification de nostre foy. Premièrement, pource qu'il est monstré par iceluy, qu'en la personne de Jésus-Christ a esté accompli ce qui avoit esté prédit és Escritures : secondement, pource que *eci contient un mystère qui n’est point de petite importance, l'Evangéliste dit que les Juifs prièrent que les corps fussent ostez des croix. Il est bien vray que cela avoit esté ordonné par la Loy de Dieu, mais (comme les hypocrites ont accoustumé de faire) les Juifs regardent seulement aux menus fatras, et cependant sans aucun scrupule laissent hardiment passer les gros et énormes forfaits. Car pour célébrer leur Sabbath en grande dévotion, ils sont fort curieux d’oster les pollutions et ordures externes : cependant ils ne considèrent point quelle meschanceté horrible c’estoit d'oster la vie à un homme innocent. Ainsi avons-nous veu Cidessus qu’ils ne sont point entrez au Prétoire, afin qu’ils ne fussent contaminez :
et tout le pays estoit infecté de leurs ordures et impiétez. Cependant le Seigneur exécute par eux ce qui servoit grandement à nostre salut : c’est que par un moyen merveilleux le corps de Christ demeure entier, et que de son costé descoule sang et eau. Car c’estoit le grand jour de ce Sabbath-là. L'autre lecture est plus receue, asçavoir, Ce jour-là de Sabbath estoit grand. Toutesfois celle que j'ay suyvie se trouve en plusieurs exemplaires anciens et approuvez : les lecteurs suyvront celle qui leur semblera bonne. Si nous suyvons la première lecture, le Sabbath sera prins pour la sepmaine : comme si l’'Evangéliste eust dit que le jour de feste de ceste sepmaine-Rà estoit fort solennel, à cause de la Pasque (or l’Evangéliste parle du jour prochain
suyvant, lequel commencoit dés le soleil couchant) et à ceste cause tant plus grand danger y avoit-il de laisser les corps pendus au gibbet. Que si nous aimons mieux dire, Ce jour de Sabbath estoit grand, ce sera presque un mesme sens en substance : il n’y aura diversité qu'aux mots, asçavoir que ce Sabbath estoit beaucoup plus solennel, pource que la feste de Pasque estoit le lendemain.
33 Mais quand ils veindrent à Jésus, et veirent qu'il estoit, etc. On apperçoit une œuvre extraordinaire de la providence de Dieu en ce, qu'après qu’ils ont cassé les jambes des deux brigans, ils trouvent Jésus-Christ mort, et pour ceste cause ne touchent point à son corps. Vray est que les hommes profanes pourront bien dire qu’il advient naturellement qu'un homme mourra plustost que l’autre : mais si on considère de bier près toute la suite de l’histoire, on sera contraint d'attribuer au conseil occulte de Dieu, que la mort de Christ a esté avancée contre toute opinion des hommes, et que par ce moyen les jambes ne luy ont point esté brisées.
34 Mais l’un des gendarmes luy perca le costé avec une lance, etc.
Quand ce gendarme luy a percé le costé avec Sa lance, Ç’a esté pour esprouver s’il estoit mort : mais Dieu a bien regardé plus haut, comme nous verrons bien tost après. Or les Papistes se monstrent bien ridicules, lesquels du mot Grec Lonchi, qui signifie une Lance, en ont fait un nom propre d'homme, nommans ce gendarme Longis : et pour faire leur conte rond, et continuer leurs mensonges, ils ont songé qu’il estoit aveugle, et qw’après avoir receu la veue, il fut converti à la foy. Ainsi ils l’ont mis au cathalogue des saincts.
Puis que leurs prières sont appuvées sur tels patrons, toutes les fois qu’ils invo-
Lit
quent Dieu, je vous prie, que pourrontils jamais obtenir ? Mais tous ceux qui|s cherchent les intercessions des morts, sont bien dignes que le diable les transporte après tels fantosmes et illusions estranges. En sortit du sang et de l'eau.
uns se sont abusez, forgeans vci un miracle. Car c’est une chose naturelle, que quand le sang est caillé, après avoir perdu sa rougeur, il devient comme eau.
On sçait bien aussi qu’il y a de l’eau contenue en la taye qui est la plus prochaine des entrailles. Or ce qui les a fait abuser, C’est que lEvangéliste disant qu’il est sorti de l’eau avec du sang, aussi songneusement comme s’il récitoit quelque chose non accoustumée, et outre l’ordre de nature. \ Mais il à bien eu une autre intention, asçavoir d’accommoder son récit aux tesmoignages de lEscriture, lesquels il adjouste incontinent après : et principalement afin que les fidèles tirassent de cela ce que lui-mesme remonstre ailleurs, C’est que Jésus-Christ est venu avec eau et sang, 4 Jehan, V, 6.
Par lesquelles paroles il signifie que
Christ a apporté avec foy la vraye satisfaction et le vray lavement : car la rémission des péchez, et la justice, et la pureté de l’âme estoyent figurées par ces deux signes en la Loy, asçavoir par les Sacrifices et lavemens. Es Sacrifices, le sang purgeoit les péchez, et estoit la ranceon pour appaiser lire de Dieu. Les lavemens estoyent tesmoignages de la vraye pureté, et remèdes pour purger l’immondicité, et effacer les ordures de la chair. Or afin que la foy ne s’arreste plus en ces élémens, S. Jehan au chapitre V de son Epistre, testifie que l’accomplissement de toutes ces deux grâces est en Christ et
, yci il propose un signe visible de ce faict. …. Les Sacremens que Jésus-Christ a laissez
à son Eglise, tendent à ce mesme but:
car la purgation et la pureté de l’âme, laquelle consiste en nouveauté de vie, nous est monstrée au Baptesme: et la Cène est un gage de l’expiation et satisfaction accomplie. Mais ils diffèrent grandement des figures anciennes de la Loy, pource que par iceux Jésus-Christ nous est offert comme présent, au lieu que les figures de la Loy monstroyent qu’il estoit loin en-
s’yarreste
Cuar. XIX.
core. Parquoy je ne rejette point ce que sainct Augustin dit, que nos Sacremens sont descoulez du costé de Jésus- Christ.
Car nous sommes lors vrayement lavez et nettoyez de nos souilleures, et renouvelez en vie saincte : lors estans rachetez de mort, et délivrez de condamnation, nous vivons devant Dieu, quand le Baptesme et la saincte Cène nous mènent au costé du Seigneur Jésus, afin que de là, comme de nous figurent. —— 36 Afin que l’Escriture fust accomplie, Pas un os d’iceluy ne sera cassé.
Ce tesmoignage est prins du douzième chapitre d'Exode, où Moyse traitte de l’Agneau Paschal. Or sainct Jehan prend pour une chose toute résolue, que cest agneau-là estoit une figure du vray et unique sacrifice, par lequel l'Eglise devoit estre rachetée. Et à cela ne répugne point qu’il estoit sacrifié en mémoire de la rédemption desjà faite: car Dieu vouloit que ce premier bénéfice fust tellement célébré, que cependant il servist aussi à rafreschir la promesse de la délivrance et rédemption spirituelle de VEglise pour le temps à-venir. Pour ceste raison S. Paul mesme sans aucune difficulté accommode à Jésus-Christ la forme de manger l’agneau que Moyse ordonne, A Cor., V, 7. De ceste proportion ou similitude, la foy recueille un fruit singulier, pour autant qu’en toutes les cérémonies de la Loy, elle contemple le salut qui a esté manifesté en Christ. Et à ceci tend l'intention de sainct Jehan, que le Fils de Dieu a esté non-seulement le vray gage de nostre rédemption, mais aussi le pris: pource qu’on voit accompli en luy ce qui a esté jadis monstré sous la figure de Pasque au peuple ancien. Par cela sont aussi admonestez les Juifs, qu'il faut chercher en Christ la substance et vérité de toutes les choses que la Loy a figurées, et non point accomplies de faict.
37 Ils verront auquel ils ont percé.
Ceux qui taschent d'exposer ce passage de Christ selon la letre, luy font trop grande violence. Et aussi l’Evangéliste ne Va point allégué à ceste fin, mais plustost pour monstrer que Christ est ce Dieu mesme qui s’est plaint anciennement par
Cuar. XIX. SUR
Zacharie, que les Juifs luy avoyent percé le cœur. Or Dieu parle là à la façon des hommes, signifiant que les péchez du peuple le navrent, et principalement le mespris obstiné de sa Parole: comme la blesseure est mortelle en l'homme quand il ba le cœur percé : comme il dit ailleurs, qu’on a contristé son Esprit, Isaïie, LXI, 10. Or pource que Jésus-Christ est Dieu manifesté en chair, S. Jeban dit qu’en sa chair visible a esté manifestement accompli ce que sa majesté Divine avoit enduré des Juifs, selon la façon qu’elle pouvoit endurer. Non pas que Dieu soit sujet aux outrages des hommes, ou que les blasmes
ou injures qu’on luy fait en la terre, par-
vienent jusques à luy: mais pource qu’il a voulu exprimer par ceste forme de parler, de quel sacrilége est coulpable limpiété des hommes, quand üis s’eslèvent Obstinéement contre le ciel. Au reste, à
qui a esté fait par un gendarme Romain :
comme il est dit ailleurs qu’ils ont crucifié le Fils de Dieu, combien qu’ils n’y eussent pas touché seulement du doigt, Actes, IE, 36. On fait une question sur ce passage du Prophète, asçavoir si Dieu promet là aux Juifs repentance à salut, ou s’il les menace qu’il se monstrera juge rigoureux envers eux. De ma part, quand je considère de bien près le passage, je pense qu’il comprend l’un et l’autre, asçavoir que finalement Dieu rassemblera quelque petit résidu de ceste gent perdue et désespérée pour le sauver: et monstrera par une horrible vengence aux contempteurs, à qui ils ont eu affaire. Car nous sçavons qu’ils se sont mocquez aussi hardiment des Prophètes, comme s'ils leur eussent conté des fables, sans aucun commandement de Dieu. Dieu leur dénorce donc qu'ils n’en demeureront pas
bon droict S. Jehan attribue aux Juifs ce | impunis : car à la fin il défendra sa cause.
38 Après ces choses, Joseph d’'Arimathée (qui estoit disciple de Jésus, secret toutesfois pour crainte des Juifs) pria Pilate, qu'il luy permist d'oster le corps de Jésus : Et Pilate le permit. Il veint donc, et print le corps.
39 Nicodème aussi qui estoit venu premièrement de nuict à Jésus, y veint apportant une mistion de myrrhe ei d'aloës, environ cent livres.
40 Lors prindrent le corps de Jésus, et le lièrent de linges avec senteurs aromaliques; comme la coustume des Juifs est d'ensevelir.
A1 Or y avoit-il au lieu où il fut crucifié un jardin, et au jardin un sépulchre neuf, auquel personne n'avoil encore esté mis.
42 Ils meirent donc là Jésus, à cause du jour de la préparation des Juifs,
pource que le sépulchre estoit pres.
__ 88 Aprés ces choses Joseph d’Arimathée, qui estoit disciple. S. Jehan récite maintenant par qui, et en quel lieu, et en quel honneur Jésus-Christ a esté enseveli.
Il en nomme deux qui l’ont mis en sépulture, asçavoir Joseph et Nicodème. Joseph pria Pilate de luy bailler le corps de Christ, lequel sans cela eust esté abandonné aux gendarmes pour en faire à leur plaisir. Sainet Matthieu dit qu'il estoit riche, et sainct Luc, qu’il estoit conseiller. Et quant à Nicodème, on a peu veoir ci-dessus au chap. HE, qu’il estoit
| parié. Jusques à présent donc les riches-
ses les avoyent empeschez de se déclarer disciples de Christ, et pour l’advenir elles ne les pouvoyent pas moins garder de faire une telle profession tant infâme et odieuse: aussi l’Evangéliste dit expresséement que Joseph avoit esté retenu par crainte au paravant, en sorte qu'il n’osoit confesser ouvertement qu’il fust disciple de Jésus-Christ : et quant à Nicodème, il répète ce que nous avons veu cidessus, qu’il veint en cachete et de nuict à Jésus-Christ. D'où leur vient donc une
honorable entre ies Juifs. Aussi on peut | telle magnanimité héroique si soudaine-
recueillir qu’il estoit riche, pource que ce | ment, que lors que toutes choses estoyent
n'a esté Sans grans frais qu'il apporta | désespérées, ils se monstrent hardiment
ceste confection de laquelle il est ycil sans crainte? Je laisse à parler du grand
et évident danger auquel il faloit qu'ils se meissent. Mais c’est grand’chose qu’ils n’ont point fait difficulté de se mettre en inimitié perpétuelle de ceux de leur nation. C’est donc une chose bien certaine que ceci a esté fait par une inspiration Céleste, qu'eux qui cependant que Christ vivoit, né luy avoyent point porté l’honpeur qu'ils devoyent, estans retenus de crainte, maintenant accourent à Son corps mort, comme estans faits nouveaux hommes. Ils apportent leurs confections et odeurs aromatiques pour embaumer le corps du Seigneur Jésus: mais ils n’eussent jamais fait cela s’ils n’eussent esté perfumez de la bonne senteur de la mort d'iceluy. Dont il appert combien estoit vray ce que Jésus-Christ mesme avoit dit ci-dessus au chap. XIE, v. 24, Si le grain du froument ne meurt, il demeure tout seul, mais après qu'il est mort, il fructifie en abondance. Car nous avons yci un tesmoignage évident que sa mort a esté plus vivifiante que sa vie. Et la senteur souefve et bonne odeur que la mort de Christ a rendu és cœurs de ces deux hommes, a eu si grande efficace, qu’elle a facilément esteint toutes affections de la chair. Quand Pamour des richesses, et l’ambition régnoit en eux, la grâce de Christ leur estoit fade et sans goust: mais maintenant ils commencent à se desgouster de tout le monde. Au surplus, sçachons qu’il nous est monstré par leur exemple, que c’est que nous devons au Seigneur Jésus. Ces deux hommes pour rendre tesmoignage de leur foy, après avoir.osté Christ de la croix, non sans grand danger l’ont hardiment porté au sépulchre. Ce sera donc une honte et lascheté vileine à nous, si nous luy refusons confession de foy, maintenant qu’il est régnant en la gloire céleste. Et autant plus est inexcusable Pimpudence de ceux qui combien qu'ils renient aujourd’huy Christ par un faux semblant et desloyale simulation, néantmoins se couvrent faussement de l'exemple de Nicodème. Je confesse bien qu'ils luy ressemblent en une chose, c’est qu’ils taschent bien d’ensevelir le Fils de Dieu entant qu’en eux est: mais il n’est plus temps maintenant de l’ensevelir, depuis qu'il est monté
Car, XIX.
à la dextre du Père, afin qu’il soit éminent par-dessus les hommes et les Anges, et que toute langue annonce sa souveraine et haute domination: comme il est dit Philip., I, 9. Secret toutesfois pour la crainte des Juifs. Pource que ceste crainte est mise à l’opposite de la saincte constance et hardiesse que l'Esprit du Seigneur a ouvrée au cœur de Joseph, on peut bien penser que ceste crainte n’a point esté sans vice. Non point que toute crainte par laquelle les fidèles et Chrestiens se donnent garde des tyrans et ennemis de l'Evangile, soit vicieuse : mais pource que l’imbécillité de la foy se monstre toutes fois et quantes que la confession de la foy est supprimée par crainte.
Il nous faut tousjours regarder ce que le Seigneur nous commande et ordonne, et jusques où il veut que nous-nous avancions. Celuy qui demeuré au milieu du chemin, monstre qu’il ne se fie point en Dieu : et celuy qui estime plus sa vie que le commandement de Dieu, n’a aucune excuse. Quant à ce que PEvangéliste fait cest honneur à Joseph de l’appeler désciple, lors qu’il estoit trop craintif, et n’osoit rendre tesmoignage de sa foy devant les hommes, nous cognoissons par cela de quelle clémence et bénignité Dieu use envers les siens, et de quelle douceur paternelle il supporte leurs vices et infirmitez. Toutesfois les faux Nicodémites n’ont:
de quoy se flattér, qui non-seulement tienent la foy cachée au dedans, mais aussi en faisant semblant de consentir aux superstitions abominables, entant qu’en eux est nient qu’ils soyent disciples du Seigneur Jésus-Christ.
40 Comme la coustume des Juifs est d'ensevelir. Après que Jésus-Christ eut enduré une ignominie extrême en la croix, .
Dieu à voulu que sa sépulture fust honorable, afin que ce fust un préparatif de la gloire de sa résurrection. Nicodème et Joseph font de grans frais, en sorte qu’il peut sembler qu’il y ait Superfluité : mais il faut regarder quel est le conseil de Dieu, lequel aussi les a poussez par son Esprit à faire cest honneur à son Fils :
afin que par la bonne odeur du sépulchre il nous ostast l'horreur de la croix. Au surplus, les choses qui sont extraordinai-
Cake. XX. SUR S.
res, ne doyvent estre tirées en exemple.
D’avantage, l’Evangéliste exprime nomméemenht, qu'il a esté enseveli selon Ja façon et coustume des Juifs. Par lesquelles paroles il signifie que c’estoit une des cérémonies de la Loy : car il faloit que le peuple ancien qui n’avoit pas un si clair tesmoignage de la résurrection, ni espreuve et gage d’icelle, que nous avons maintenant en Jésus-Christ, fust soustenu de telles aides, afin qu’il attendist d’une ferme et constante foy la venue du Messias. Parquoy notons la différence qui est entre nous, qui sommes illuminez par la clarté de l'Evangile, et les Pères anciens ausquels les figures suppléoyent l’absencé de Jésus-Christ. C’est-ci la raison pourquoy une pompe plus grande de cérémonies estoit lors tolérable, laquelle ne séroit aujourd'huy sans vice. Car ceux qui ensevelissent aujourd'huy avec si grande somptuosité leurs morts, n’ensevelisseht point tant les hommes que Jésus-Christ mesme le Roy de vie, le tirant hors du ciel entant qu’en eux est : d’autant que sa résurrection glorieuse a aboli ces cérémonies anciennes. Il y à eu aussi entre les Payens grand soin et cérémonie à ensevelir les morts, laquelle pour certain venoit des Pères anciens des Juifs, comme les sacrifices. Mais pource qu’il n’y avoit nul espoir de la résurrection entr’eux, ils n’ont point esté imitateurs des Pères, ains plustost singes : car la promesse et la parole de Dieu est comme l’ânie qui donne vie aux cérémonies. Que la Parole soit ostée, toutes les cérémonies que les hommes usurperont, combien qu’en apparence elles ressemblent à la pure observation des fidèles, néant-
moins tout cela rest rien qu’une folle et sotte superstition. Mais quant à nous, comme il a esté dit, il faut que nous gardions sobriété et modération en cest endroit : car lés frais trop excessifs estouffent la bonne senteur de la résurrection du Fils de Dieu,
41 Or y avoit-il au lieu où il fut crucifié, un jardin, etc. Cest-ci le troisième poinct, lequel (comme j’ay dit) doit estre observé en ceste histoire de la sépulture.
L’Evangéliste exprime le lieu pour plusieurs raisons. Premièrement ceci n’est point advenu par cas fortuit, mais par une certaine providence de Dieu, que le corps du Seigneur Jésus a esté mis en un sépulchre nouveau. Car combien qu’il soit mort comme les autres hommes meurent, nonobstant pource qu’il devoit estre le premier-nay d’entre les morts, et les prémices de ceux qui ressuscitent, il à eu un sépulchre neuf, où personne n’avoit encores esté mis. Vray est que Nicodème et Joseph avoyent une autre considération : car pource qu’il n’y avoit plus guères de temps jusques au soleil couché, qui estoit le commencement du Sabbath, ils eurent esgard à la commodité du lieu.
Dieu cependant a prouveu d’un sépulchre neuf à son Fils, sans qu’ils y pensassent.
Ces bons personnages donc ne regardent qu’à la proximité du lieu, afin que le Sabbath ne soit violé : mais Dieu leur offre ce qu'ils ne cherchoyent pas, à celle fin que la sépulture de son Fils eust quelque marque pour la discerner du rang Commun des autres. La circonstance du lieu servoit aussi à ce que la résurrection fust plus manifeste, et à esclaircir beaucoup histoire escrite au chapitre suyvant.